Salut, salut ! On commence par une bonne partie sur Charlie et Tonks et franchement, ça fait pas de mal. Vous trouvez pas ? Prochain chapitre, pas mal d'actions. En attendant, bonne lecture à tous ! A très vite !
Charlie se pencha pour voir la tête d'Alison Pemberly ; depuis une heure, elle jouait aux échecs puis à la bataille explosive avec eux et était ensuite devenue étonnamment silencieuse, et s'était tournée vers la fenêtre.
Dawn Carter, préfète-en-chef pour le temps qu'il lui restait, avait sangloté avec force pendant la dernière demi-heure, ce qui avait amusé tout le monde dans le compartiment, bien que les taquineries aient été plus timides que les années passées ; même Tom Durban – un Serpentard – s'était contenté de quelques railleries avant de se déplacer pour aller placer son bras autour d'elle.
Charlie regarda les bâtiments qui se faisaient de plus en plus visibles et il s'enfonça de nouveau dans son siège, en grattant les oreilles de Canis pour faire bonne mesure. Le petit chat de Tonks se mit à ronronner et se pressa encore davantage contre sa main. Tonks, quant à elle, leva la tête du livre qu'elle parcourait pour les fixer. Le chat arrêta immédiatement de ronronner et lui rendit son regard, jusqu'à ce qu'elle ne se replonge dans son livre.
Charlie, déterminé à en faire le plus possible pendant le temps qu'il lui restait dans le train, sortit son cahier de dessin et – après quelques petites tapes pour l'y obliger – posa son cahier sur Canis. Il l'ouvrit à la page avec le dessin inachevé du dragon et – une fois qu'il eut trouvé son fusain – ajouta une autre ligne qui allait former l'aile du dragon.
Il fronça les sourcils, ajouta une autre ligne et déplaça un peu le cahier. Il murmura un petit sort pour effacer les traits de fusain et recommença. Après le troisième essai, Tonks souffla bruyamment et lui retira le cahier des mains. Canis tenta d'attraper sa main, mais échoua.
« Hey ! »
« Je trouve qu'il est bien. » dit-elle, en examinant le dessin.
« Tiens-le plus haut. » dit Charlie.
Elle s'exécuta. Il regarda le dessin avec des yeux plissés et hocha la tête.
« C'est pas si mal. » dit-il.
« Pour un Gryffondor. » lança Tom.
Charlie se mit à sourire.
« Tu devrais mettre tes lunettes, Durban. Si tu pouvais voir correctement, tu pourrais l'apprécier pour le travail qu'il représente. »
Tom lâcha un rire.
« Oh, alors tu l'aimes maintenant ? » murmura Tonks.
Charlie lui adressa un clin d'œil et lui reprit le dessin. Il ajouta des épines sur le dos du dragon jusqu'au bout de sa queue, et était en train d'ajouter des ombres autour des ailes quand Dawn laissa échapper un sanglot bruyant et que le train se mit à ralentir visiblement.
Tonks fourra son livre dans sa valise, la sortit de l'étagère à bagages – en cognant presque la tête d'Alison au passage – et retira Canis des genoux de Charlie. Avant que le petit chat ait même réalisé que c'était la maîtresse qu'il méprisait qui le tenait, Tonks l'avait placé dans son panier en osier et avait refermé le rabat. Un sifflement furieux en sortit, mais elle le verrouilla sans aucun problème.
Au moment où le train s'arrêtait complètement, les affaires de tout le monde avaient été descendues, ne laissant plus beaucoup de places pour poser les pieds. Dawn et Alison passèrent par-dessus la valise de Tom pour enlacer Tonks. Celle-ci leur adressa un regard surpris ; le seul endroit où elle et les autres filles avaient passé du temps ensemble était la bibliothèque, à étudier, ou dans les trajets en train, comme celui-ci, mais elle accepta les câlins avec un sourire stupéfait et les filles enlacèrent Charlie, firent un petit salut à Tom et quittèrent le compartiment de leur côté.
Tonks et Charlie furent les derniers à partir, car Charlie savait qu'elle n'aurait aucune chance de pouvoir sortir du train avant que la plupart des autres élèves n'en soient sortis.
« C'est la dernière fois. » dit Tonks avec un sourire triste, tandis qu'elle et Charlie quittaient le train.
« Pas pour moi. » répondit Charlie, en lui tendant le panier de Canis.
Le chat cracha quand Tonks l'attrapa et elle ne put s'empêcher de lui tirer la langue.
« Je viendrais pour accompagner Percy et les jumeaux l'année prochaine, Ron dans deux ans, et Ginny l'année d'après. »
« Pas si tu vas dresser les dragons, dit-elle avec un sourire. En Norvège, c'est ça ? »
« Roumanie, dit-il. Mais c'est un grand 'si'. Bill a dû se battre pendant des jours pour que Maman le laisser aller à Londres. »
« Londres et la Roumanie ne sont pas si différents. » répondit Tonks, l'air pensif.
Charlie lui adressa un regard incrédule.
« Ce n'est pas différent. Je ne pense pas que l'endroit où tu es importe. C'est surtout le fait que tu ne sois pas à la maison. »
« Peut-être. » répondit Charlie, pas vraiment convaincu.
Il tendit la main et rattrapa Tonks qui venait de se cogner à un première année. Canis cracha à nouveau dans son panier.
« Désolé. » lança-t-elle, joyeusement, tandis que le garçon rougissait et se cachait derrière ses parents.
Charlie se mit à rire.
« Oh, tais-toi. »
« Nymphadora ! Hey, Nymp- »
« Appelle-moi encore une fois 'Nymphadora' ... » marmonna Tonks, en regardant autour d'elle.
Ses cheveux bleus étaient devenus violets, puis rouges. Elle soupira en repérant Booth et Williams qui luttaient contre la foule pour les rejoindre, et ses cheveux redevinrent bleus.
« Alors eux, ils ont le droit de t'appeler par ton prénom ? » demanda Charlie, l'air indigné.
« C'est des Poufsouffle, murmura-t-elle. Ils sont trop polis pour comprendre la menace qui plane sur eux. »
Elle tira sur son écharpe de Gryffondor, trébucha et manqua de l'étrangler avec. Charlie essaya de retrouver son souffle.
« De leurs côtés, commença-t-elle, en se redressant. Les Gryffondor le font pour le frisson. »
« Le frisson ? »
« Oh, allez, il y a toujours un risque élevé de se prendre une remarque ou un maléfice. Combien de retenues j'ai eu cette année ? »
« Moins que les années précédentes. » dit Charlie.
« Toujours beaucoup plus que toi, dit-elle avec fierté. Salut. »
Booth et Williams venaient d'apparaître devant eux.
« Salut, Nymph- euh- Tonks, désolé. » dit Williams.
« Salut. » lança Booth.
« Weasley. » ajouta Williams.
Charlie supposa que ces deux-là étaient pour lui ce que Dawn et Alison étaient pour Tonks ; des amis pour elle et par conséquent, ses amis à lui, mais seulement par association.
« Hey. »
« Charlie ! Charlie – oh, désolé, Ron – Charlie, par ici ! »
Charlie pouvait voir Maman et le reste de la famille – moins Papa et Bill – qui agitaient frénétiquement la main depuis un pilier.
« C'est pour moi. » dit Charlie, en souriant.
Il fit un petit signe de main à Maman pour lui faire voir qu'il les avait vus, étreignit rapidement Tonks et adressa un signe de tête à Booth et Williams.
« On se voit plus tard. »
« Rappelle-toi d'écrire, s'empressa de dire Tonks. Si tu ne le fais pas, j'écrirai à Tom et l'obligerai à te faire répondre ! »
« Tom n'écrira pas, lança Charlie, en riant. Quand est-ce qu'il a déjà répondu à une lettre ? »
« Raison de plus pour que tu écrives. Entre vous deux ... »
Tom voulait être un soigneur de dragons et irait probablement en Roumanie avec Charlie. Charlie était heureux d'avoir un visage familier là-bas, et soupçonnait que Tom pensait pareil, mais Tom était bien trop Serpentard pour l'admettre.
« Je veux une lettre par semaine ! Je ne veux pas avoir à aller en Norvège pour- »
« Roumanie. »
« Peu importe. C'est toujours loin et je ne veux pas avoir à faire le voyage juste pour vous remonter les bretelles ! »
« Si c'est ce qu'il faut pour que tu viennes nous voir ... »
« Crétin. »
« Salut, Canis. » dit-il en tapotant le panier.
Le chat gémit étrangement. Tonks le fusilla du regard et il cracha.
« Tais-toi. » dit-elle, en donnant une tape au panier.
Elle serra une dernière fois Charlie dans ses bras et disparut ensuite dans la foule avec les deux autres.
Charlie traversa une troupe de filles de quatrième année et put rejoindre sa famille. Avant qu'il n'ait pu atteindre Maman, cependant, une petite silhouette maigrichonne le percuta.
« Charlie ! » s'exclama Ginny.
« Gin. » dit-il, en ébouriffant ses cheveux.
Elle les remit en ordre et s'écarta, en fronçant le nez. Il la souleva du sol et la lança sur son épaule avec facilité, comme il le faisait avec son balai sur le chemin de l'entraînement. Elle cria et donna des coups de pied. Charlie prétendit que le combat était trop pour lui et la reposa, en soufflant dramatiquement.
« Qu'est-ce qui s'est passé, petite puce ? T'as grandi depuis Noël ! »
« Je suis plus grande que Ron maintenant. » dit-elle joyeusement, en serrant sa main.
« Malgré tout ce qu'il mange ? Je le crois pas. »
« C'est vrai, dit-elle, en l'emmenant jusqu'au reste de la famille. Regarde. »
Elle le relâcha et alla se placer près de Ron, montrant qu'elle était, en effet, plus grande.
Maman le serra fortement contre elle et passa une main dans ses cheveux.
« Papa va venir directement du travail – il va nous rejoindre à la voiture. »
« Il n'avait pas à faire ça. » dit Charlie, touché.
« Il en avait envie, dit Maman, tout sourire. Oh, Charlie, je ne peux pas croire que j'ai deux fils qui ont fini l'école. »
« Tu as plein de fils qui ont fini l'école, fit remarquer Fred, en l'écartant du chemin pour que lui et George puissent étreindre Charlie. C'est les vacances. »
« Mais quand ce n'est pas- » répliqua Maman.
« Il reste juste Percy, dit George. On a même pas encore commencé, et le petit Ronnie non plus. »
« Ils t'appellent Ronnie maintenant ? » demanda Charlie, en riant et en tournant son attention sur son plus jeune frère.
Ron affichait une étrange expression – comme s'il ne savait pas s'il voulait sourire à Charlie ou fusiller Fred et George du regard – mais le sourire remporta le combat, éclairant son visage plein de taches de rousseur.
« Ouais, dit-il, tristement. Je suis le Weasley le plus petit. »
Charlie l'étreignit.
« Tu es le plus petit des garçons Weasley. » corrigea-t-il.
Et intérieurement, il ne pensait pas que ça durerait bien longtemps ; Bill, Percy et Ginny avaient toujours été grands et fins pour leurs âges respectifs. Cependant, Bill avait désormais une taille moyenne et il imaginait que Ginny s'arrêterait de grandir assez tôt et serait petite comme Maman. Lui et les jumeaux avaient toujours été plus petits et plus costauds. Ron ne rentrait dans aucune case ; il semblait qu'il avait pris un peu de poids – son visage était un peu plus rond que ce dont Charlie se souvenait de Noël – mais si son poids ne restait pas au même niveau, Tonks n'était pas métamorphomage.
« Ginny est la plus petite des filles. »
« Ginny est la seule fille. » répliqua George.
Ginny lui adressa un regard noir.
« Je ne sais pas, lança Fred. Si Percy se laisse pousser les cheveux ... »
« Où est Percy ? »
« J'sais pas. » dit Ron, en essayant de le repérer dans la foule.
« Ne t'embête pas à chercher. » lui dit Fred.
« Ouais, dit George, en souriant. Laisse ça aux grands Weasley. »
Ron fit une grimace et reprit la parole.
« Il est là-bas ! »
« Quoi ? » demanda Fred.
« Où ? » ajouta George.
« Clairement, la taille ne fait pas tout ... » dit sournoisement Ron, tandis que Ginny s'éloignait dans la foule.
Cinq minutes plus tard, ils s'étaient tous – enfin, tous sauf Bill qui les rejoindrait pour le dîner – éloignés. Maman, Papa, George et Ginny étaient assis à l'avant ; Ginny était assise sur les genoux de Papa et elle n'arrêtait pas de bouger pour que Papa puisse voir la route. George regardait Papa conduire avec un air malicieux, et de temps à autre, il se tournait et échangeait un regard avec Fred. Charlie les connaissait suffisamment pour savoir qu'ils cherchaient à apprendre à conduire cette chose ... Mais il secoua la tête ; ils avaient beau être joueurs, il ne pensait pas qu'ils essayeraient quelque chose comme ça.
Charlie lui-même se trouvait entre Percy – qui regardait par la fenêtre, l'école lui manquant déjà – et Ron qui parlait avec animation d'un voyage sur le Chemin de Traverse.
« -au Chaudron Baveur et ce garçon est sortit de la cheminée, tu vois. »
« Je vois. » murmura Charlie, qui n'écoutait pas vraiment.
« Eh bien, on n'en a rien pensé de particulier à ce moment-là, mais tu sais qui c'était ? »
« Non, dis. » demanda Charlie, en baillant.
« C'était Harry Potter ! »
Ginny laissa échapper un cri depuis le siège avant. Papa sursauta et donna un coup de volant au dernier moment, pour empêcher un accident.
« Ginny ! Pas quand ton père est en train de conduire ! » lança Maman avec irritation.
« Désolé. » dit Ginny, qui n'avait absolument pas l'air désolé.
Elle passa par-dessus George, vers l'arrière du siège et se glissa entre Ron et Fred.
« Raconte-lui, Ron. » dit-elle, ses yeux marron devenus brillants.
Charlie écoutait désormais avec intérêt ; il en savait pas mal à propos de l'affaire Potter-Black parce que Tonks voulait devenir Auror et lui avait souvent résumé les articles de journaux. Ron hocha la tête, impatient.
« Alors il est sorti de la cheminée, nous a un peu parlé et il est parti. Je suis allé aux toilettes, mais quand je suis sorti, je l'ai retrouvé de nouveau. Il avait ses lunettes cette fois, par contre, et je l'ai reconnu et il m'a dit de ne rien dire à personne et alors, une dame l'a vu aussi et il s'est enfui. »
« On a été interviewé et tout ça, dit Ginny avec mauvaise humeur. J'ai trouvé que les journalistes étaient malpolis. Il avait l'air gentil et tout ce qui leur importait, c'était une histoire pour leur journal ridicule. »
« On ne leur a rien raconté, dit Ron avec fierté. Et après, Maman s'est disputée avec un journaliste qui essayait de nous suivre jusqu'à la maison. »
« C'était super, dit Fred. Elle avait sorti sa baguette et tout. »
« J'savais pas que t'avais ça en toi, Maman. » dit Charlie, impressionné.
Maman eut l'air plutôt flattée.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé d'autre ? » demanda Percy.
« Les gnomes sont revenus. » soupira Maman.
« Papa nous a aidés, moi et Ron- »
« Ron et moi. » corrigea Percy.
Fred le hua.
« Papa nous a aidés, Ron et moi, poursuivit Ginny, en souriant à Percy. À leur construire une maison dans le jardin. »
Charlie se mit à sourire.
« Vous me montrerez quand on arrivera à la maison ? »
« En premier, acquiesça Ron. Mais la peinture est horrible. »
« Ginny est responsable de ça. » dit Fred.
« On dirait qu'une licorne a vomi dessus, dit George. Tout est brillant et coloré. »
« C'est joli. » se défendit Ginny.
Fred, George et Ron échangèrent des regards.
« Je suis sûr que ça l'est. » dit Charlie, en bougeant un peu pour pouvoir sourire à Papa dans le rétroviseur.
« Plus de devoirs, dit Alfred. Et tu sais quoi ? »
Tonks détourna ses yeux de Charlie – qui venait juste d'être enlacé par sa petite sœur Ginny – et se mit à rire.
« Quoi ? »
« Je crois que ça va me manquer, en fait. » dit Alfred, en faisant la grimace.
« Pas moi, dit Keith. Je vais rejoindre notre équipe de Quidditch local et apprendre aux enfants à jouer. »
Les yeux d'Alfred se mirent à briller.
« Tu crois que je pourrais aider ? »
Tonks savait qu'Alfred voulait travailler au Département de Régulation et de Contrôle des Enfants Sorciers.
« Bien sûr. » dit Keith, en haussant les épaules.
« Brillant- Oh, voila Bec. »
Il agita la main en direction d'une grande fille avec des cheveux blonds et courts – la petite sœur d'Alfred, Louise, était là aussi. Il enlaça Tonks, serra la main de Keith et tira sa valise derrière lui pour les rejoindre.
Tonks salua Rebecca de la main, celle-ci lui rendit le signe et le sourire ; elle avait été Préfète-en-chef durant la cinquième année de Tonks.
« C'est sympa de sa part d'être venu les chercher. » dit-elle.
Keith haussa les épaules.
« Elle n'avait pas beaucoup de choix, puisque Alfred a raté l'examen de transplanage. »
« Elle aurait pu leur faire prendre le Magicobus. » répliqua Tonks.
« J'imagine, dit-il, l'air un peu nerveux. Alors, t'as des plans pour l'été ? »
« Je vais passer du temps avec Maman et Papa, dit Tonks, en souriant à cette pensée. Maman m'a proposé quelques gallions si je l'aidais à la banque, alors je pense que je vais faire ça pendant un temps, et Papa a dit que j'étais toujours la bienvenue à la station, alors peut-être que j'irais là-bas aussi. Et toi ? »
« Du Quidditch, comme je disais. » murmura Keith.
Il frotta un peu l'une de ses baskets sur le sol et leva les yeux avec espoir.
« Je me demandais aussi si ça te dirait qu'on se voit ? »
« Bien sûr, dit-elle. On n'est pas prêt de se perdre de vue, Keith. »
« Super. » répondit Keith, en souriant.
« Envoie-moi un hibou ou quelque chose pour me dire quand tu n'es pas occupé. »
Elle regarda sa montre et grimaça.
« Il faut que j'y aille – j'ai dit à Papa que je serais là à cinq heures ... »
« Ouais, pas de problème. J'ai dit à Maman que je l'aiderais avec le repas. »
Ils s'étreignirent et il disparut dans la foule d'étudiants. Tonks se rapprocha du train. Elle utilisa la vitre comme miroir, allongeant ses cheveux jusqu'aux épaules, les rendant brun et changeant ses yeux pour qu'ils deviennent bleus – la même couleur que ses cheveux jusque-là. Elle ne toucha pas à son visage – pâle et en forme de cœur – rendit à son nez sa forme habituelle – petit – et ajouta quelques taches de rousseur. Elle s'examina d'un œil critique, haussa les épaules et attrapa sa valise.
Elle savait que ça serait plus simple de transplaner depuis le quai, mais la nostalgie la poussa à rejoindre le monde moldu une dernière fois, alors elle se glissa dans la foule.
C'est la dernière fois, pensa-t-elle tristement, en regardant le mur. Elle jeta un dernier regard au train à vapeur écarlate et releva les épaules. Elle souleva sa valise et le panier de Canis et traversa. Un moldu lui adressa un regard surpris, avant de secouer la tête et de s'en aller. C'est drôle comme les moldus se donnent tant de peine pour ignorer la magie, pensa-t-elle, en souriant légèrement, tandis qu'elle commençait à marcher dans la gare.
« Tu es toujours là ? demanda-t-elle à Canis, qui cracha de nouveau. Tu devrais t'estimer heureux que je ne t'ai pas laissé à l'école. »
Il cracha encore.
« Oui, eh bien, je ne t'aime pas beaucoup non plus. »
« Mère, nous sommes en retard ! cria une petite fille à côté de la barrière que Tonks venait de traverser, en regardant sa mère. Bertram et Clarice sont sûrement les derniers là-bas ! »
La mère, une grande femme élancée aux cheveux noirs – la petite fille lui ressemblait beaucoup, en miniature – soupira et prit la parole.
« Vas-y alors, Astoria, et dis-leur que nous arrivons. »
« Pourquoi elle a le droit d'y aller ? » demanda une fille blonde, tandis que la petite s'éloignait en courant avec un cri joyeux.
« Tu peux y aller aussi. » répondit calmement la femme.
La blonde adressa un regard suspicieux à la femme et se mit à courir après la petite fille aux cheveux noirs.
« Tu y vas, Vivienne ? »
« Non, dit la troisième petite fille, qui avait aussi les cheveux noirs. Plus Clarice passe de temps avec Edmond, plus elle sera heureuse pendant les vacances. »
La femme se mit à rire.
« Tu penses ? »
« Oui. » dit la petite fille sur un ton neutre.
Elle vit que Tonks la regardait et sourit. Tonks lui rendit son sourire et percuta quelque chose de doux, laissant tomber le panier de Canis. Il s'ouvrit et le chat sortit la tête du panier en regardant autour de lui, avant de partir en toute hâte.
« Attention ! » dit un homme costaud avec une moustache fournie.
« Désolé ! » dit-elle, en redressant sa valise.
« Vous devriez l'être, en effet, dit une femme aussi large que l'homme. Les jeunes de nos jours ! Plus aucun respect pour personne. Elle est aussi mauvaise que le garçon que tu- »
Tonks s'attendit à être réprimandée, mais l'expression de l'homme changea radicalement à la mention de ce mystérieux garçon. Il sembla oublier Tonks.
« Il est parti ! dit l'homme avec gaieté, tout en s'éloignant. Tu n'as visiblement pas lu les journaux, Marge ... »
Tonks attrapa le panier de Canis et le posa sur sa valise.
« Tiens. » dit la fille, en lui tendant Canis.
« Merci. » dit Tonks.
Canis cracha dans sa direction et planta ses griffes dans le pull de la fille.
« Désolé, dit-elle, en la libérant. Il n'est pas très bien élevé. »
« Comment il s'appelle ? »
« Canis. »
« C'est un drôle de nom. »
« Vivienne ! dit la femme, l'air embarrassé. Je suis terriblement désolée- »
« Tout va bien. » répondit joyeusement Tonks, en replaçant son chat dans son panier.
Elle adressa un clin d'œil à la fille.
« Je lui ai donné un drôle de nom exprès. »
Elle sourit et la mère sembla se détendre un peu.
« Merci encore. » dit Tonks, en réunissant ses affaires.
Les deux femmes traversèrent la barrière, tandis que Tonks sortait de la gare pour entrer dans le Londres moldu. Elle traîna sa valise et le panier de Canis jusque dans une allée, vérifia la présence de moldus et transplana dans une pièce de stockage au studio. Canis brailla, la faisant sursauter.
Elle jura et stabilisa la boîte de cassettes qu'elle avait manqué de renverser. Tonks passa un moment dans l'obscurité avec l'oreille collée à la porte et une fois qu'elle eut décidé qu'il n'y avait personne, elle rejoignit le couloir lumineux.
Elle était en train d'attendre près de l'ascenseur – Canis était toujours en train de grogner dans son panier – quand il s'ouvrit et que trois personnes en sortirent. Deux d'entre eux avaient l'air très professionnel, une femme et un homme, avec tous les deux des cheveux courts et lisses et des expressions pincées. La troisième personne s'arrêta en la voyant.
« Dora ! » dit Jim, en lui adressant un grand sourire, très blanc.
« Jim ! » dit Tonks, ravie.
Lui et son père travaillaient ensemble depuis sa naissance et elle avait passé beaucoup de temps au studio dans son enfance. Elle lâcha sa valise pour l'enlacer.
« Je pensais que tu étais trop âgée pour les câlins. » dit-il, en la laissant s'écarter.
« Jamais, dit-elle. Comment vas-tu ? »
« Pas trop mal, merci, répondit-il. Dawes – tu connais Kevin Dawes, le présentateur météo ? »
« Je crois que Papa a parlé de lui. » dit Tonks, en fronçant les sourcils.
« Papa a parlé de lui ... répéta Jim, en secouant la tête. Bien sûr qu'il a parlé de lui ; c'est le plus vieux présentateur météo de Londres ! »
« Quand est-ce qu'il a rejoint la station ? »
« Il y a quelques années, dit Jim, en secouant encore la tête. On pourrait croire que tu ne regardes pas les informations. »
« Pas toujours. » répondit-elle, en haussant les épaules.
« Tu dois faire parti d'une minorité. Mon frère n'arrive pas à décoller ses enfants de la télévision. Bref, Dawes prend sa retraite en mars et il me forme pour prendre sa place. »
Il resserra sa cravate, avec fierté.
« Génial. » dit Tonks.
Il se mit à sourire.
« J'attends ça avec impatience – j'ai déjà fait la météo quelques fois, il y a des années, avant que Dawes ne travaille dans cette station. Attends, on bloque le hall. »
Il attrapa sa valise et la traîna jusque dans le couloir.
« J'ai entendu dire que tu avais fini l'école ? »
« C'est vrai. »
« Je me sens vieux, dit-il tristement. Je me souviens encore quand tu avais cinq ans et que tu portais ce grand bonnet en tricot partout où tu allais. »
Tonks éclata de rire.
« Je me souviens de ça. » dit-elle.
Jusqu'à ses sept ans, elle avait eu du mal à contrôler ses capacités de métamorphomage et avait du porter le bonnet partout pour couvrir ses cheveux, qui avaient été – et étaient toujours – la partie d'elle qui changeait le plus facilement.
« Tu ne voulais pas l'enlever, même en été, dit-il avec tendresse. Alors, comment tu te sens ? »
« A propos de quoi ? D'être libéré de ce bonnet ? C'est super. »
« Non, imbécile. Finir l'école. »
« Oh, dit-elle en riant. Un peu triste, en fait, mais je pense que je suis prête à affronter le monde réel. »
« Tu sais ce que tu vas faire ? »
Elle essaya de se rappeler le nom des représentants de l'ordre moldus, mais n'y parvint pas. Une conversation qu'elle avait eue quelques semaines plus tôt lui revint à l'esprit.
« De la politique. » dit-elle, pour gagner du temps.
Et ça y ressemble un peu ... Pilates ? Pol-quelque chose ...
« De la politique ? Toi ? Vraiment ? »
« Non, non pas vraiment. Je pensais rejoindre les forces de police. » dit-elle en riant.
« J'y crois déjà davantage. On y est. » répondit-il, en souriant.
Tonks cligna des yeux en regardant la porte qui affichait Ted Tonks.
« Ça a déménagé. Quand- ? »
« La semaine dernière, dit Jim. Un idiot de la publicité a décidé qu'il voulait un meilleur bureau alors ton père a échangé. »
« Pourquoi ? »
« Parce que Parker aurait démissionné autrement et qu'il a trop de valeur, soupira Jim. Ted s'en fiche un peu, je pense. Il n'est là que les après-midis de toute façon. »
Il frappa et ouvrit la porte.
« Ça et si j'ai moins d'espace, je devrais être plus organisé. » dit Papa, tandis qu'ils entraient.
Tonks jeta un œil au bureau et sourit.
« Papa, tu ne sais pas comment être organisé. »
Papa la serra dans ses bras.
« Bien sûr que je sais. »
« Je n'ai jamais vu ça. » dit-elle.
Elle débarrassa un petit coin sur le bureau et y posa le panier.
« En plus, je suis bordélique et je ne tiens certainement pas ça de Maman. »
« Vrai. » dit Papa.
Ses yeux se posèrent sur Jim et il sourit.
« Oh, Jim, tu n'avais pas besoin de porter ça. Tu aurais dû la laisser s'en occuper. »
« C'est rien, vraiment, dit Jim. En plus, elle portait le chat. »
Canis siffla pour rappeler à tout le monde qu'il était là.
Le téléphone se mit à sonner. Papa dut déplacer plusieurs dossiers et sa mallette pour pouvoir répondre.
« Ted Tonks, à l'appareil, dit-il. Ouais, il y a de la place. »
Il secoua rapidement la main. Tonks reconnut le geste et attrapa un morceau de papier, un stylo moldu et les lui donna. Il sourit et se débattit avec le bouchon.
« Mmmhmm. »
Il rédigea quelque chose et s'arrêta.
« Non ! »
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » chuchota Tonks, mais il agita la main pour lui dire de se taire.
« Oui ... Oui ... Oui, envoie les détails ... Non, mais je vais voir ce que je peux faire ... D'accord. Merci, Sean. »
Il raccrocha et laissa échapper une longue respiration.
« Sean Green ? » demanda Tonks.
Sean était un ami d'école de Maman et Papa. C'était un Serpentard – rusé et talentueux, d'après Maman – mais les quelques fois où Tonks l'avait rencontré, il avait été gentil aussi, et n'avait pas de préjugés envers les moldus ou les nés-moldus. Un peu comme Tom, en fait. Pour prouver cela, il avait rejoint les relations moldus, comme Papa, et il travaillait à mi-temps pour le Ministère et l'autre moitié du temps dans un journal moldu, pour modérer les événements magiques auxquels les moldus pouvaient être exposés, et contrôler la façon dont les choses étaient présentées.
Papa acquiesça.
« Tu as vu quelque chose de suspicieux quand tu étais à la gare ? »
« Non, pourquoi ? »
« Une femme a été ... euh ... tué. »
« Où ?! demanda Tonks. Dans la gare ?! »
« Juste à la sortie. » dit Papa, qui avait pâli.
« Ils ont attrapé le responsable ? » demanda Jim.
« Non. Il a disparu, dit Papa, en croisant le regard de Tonks. Il s'est évaporé. »
Elle acquiesça pour lui faire remarquer qu'elle avait compris.
« Mais ils sont en train de chercher. »
Jim frissonna.
« C'est étrange la façon dont les criminels font ça. On pourrait croire qu'ils ont des pouvoirs magiques ou quelque chose comme ça. »
Tonks hésita, mais résista à ses instincts avant que ses cheveux ne deviennent roses à cause de son embarras ou peut-être blancs avec le choc.
« Espérons juste que notre côté possède aussi de pouvoirs magiques, alors. » lança Papa, avec un sourire léger.
Il attira un tas de papiers jusqu'à lui, ajouta un commentaire à propos du décès et vérifia sa montre.
« Je passe à cinq heures. »
« Cravate. » dit Jim, alors qu'il se levait.
Papa ajusta l'accessoire – il était noir avec des petits diamants jaunes-dorés qui montraient sa fierté envers sa maison – et coiffa un peu ses cheveux avec la main.
« Mets ta chemise dans ton pantalon. » lui conseilla Tonks.
Papa roula des yeux.
« Je serais assis, de toute façon. » dit-il, tout en s'exécutant.
Ils quittèrent tous les trois le bureau de Papa, saluèrent Jim avant de rejoindre le plateau – il devait trouver Dawes avant de continuer.
« Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda Tonks, nerveusement.
« Une femme a été enlevée. »
« Enlevé par qui ? »
« Greyback. » dit Papa, les yeux brillants.
Tonks ferma les yeux pendant un moment.
« Quelqu'un l'a reconnut et a contacté les Aurors. Ils les cherchent maintenant. Elle va être retrouvée soit morte, soit mordue. »
« Pourquoi tout le monde dit qu'elle est morte, alors ? Elle pourrait être en vie ! »
« C'est une moldue, dit Papa avec gravité. Ils ont mis la moitié du Ministère sur l'affaire et l'autre moitié essaye de couvrir l'attaque ; elle a été déclaré morte dans le monde moldu, ce que je dois annoncer ce soir et je suis supposé demander à sa famille de rejoindre un poste de police dès demain, où ils parleront à une équipe spécialisée en relations moldues. »
« C'est horrible ! » s'exclama Tonks.
Papa acquiesça d'un air sinistre. Ils poursuivirent, tournant à un angle, et s'arrêtèrent quand ils repérèrent une femme à l'entrée du studio.
« Maman ? » demanda Tonks.
« Surprise. » dit Maman d'un air penaud, en regardant Papa.
« Je ne savais pas que tu venais ! »
Tonks courut jusqu'à sa mère et la serra contre elle. Une seconde plus tard et elles se retrouvaient toutes les deux au sol.
« C'était toi ou moi ? » demanda Maman.
« Les deux. » précisa Papa, en les aidant à se remettre debout.
Tonks se mit à rire, mais Maman cria et secoua la main.
« Tes cheveux ! s'exclama-t-elle. Nymphadora ! »
« Désolé, désolé ! »
Elle crispa son visage et ses cheveux redevinrent bruns, longs jusqu'aux épaules comme ils l'étaient plus tôt, même s'ils étaient un peu plus rouges – à cause de l'utilisation de son prénom par sa mère. Elle se détendait toujours quand elle était avec sa famille – ou des sorciers, en règle générale – et voyait que ses compétences de métamorphomage agissaient en accord avec ses sensations.
Maman l'étreignit de nouveau.
« Je ne peux pas croire que tu aies terminé. Ça va être merveilleux de t'avoir de nouveau à la maison. »
Tonks échangea un regard exaspéré avec Papa, mais elle serra un peu plus ses bras autour de Maman.
« Tu vas vite en avoir marre de moi, lui assura Tonks. A manger toute ta nourriture, à me mettre sur ta route, à mettre le bordel dans la maison ... »
« Ton père fait déjà tout ça. » dit Maman avec tendresse.
« Tu vas être viré. » dit Tonks à Papa, qui se mit à sourire.
« Je vais gérer. »
« Comment était le voyage en train ? demanda Maman. Je suis sûre que tu meurs de faim ; je me souviens que le repas arrivait tôt- »
« Tu t'emportes, Dromeda. » dit Papa en souriant.
« Ma petite fille est de retour à la maison, dit-elle, en croisant les bras. J'ai le droit de m'emporter. »
« Petite fille ? demanda Tonks. Légalement, je suis une adulte. »
Maman et Papa lui adressèrent un regard amusé et Papa passa un bras autour de Maman pour la mener vers le bas du couloir qui allait jusqu'au plateau. Tonks suivit derrière, en marmonnant pour elle-même à propos de petites filles et de parents délirants.
Harry atterrit avec un bruit sourd. Patmol sursauta et tomba de sa chaise.
« Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? » demanda-t-il, mécontent.
Harry était un peu essoufflé, mais ne sentait aucun autre dommage.
« Je me suis cogné contre les protections. » souffla-t-il, en réussissant à s'asseoir.
Après avoir appris que Patmol et Harry avaient l'intention de détruire le médaillon, Kreattur avait complètement changé de personnalité ; il était maintenant très poli – même s'il avait toujours ses moments – s'occupait de la cuisine et du ménage, et avec beaucoup de persuasion de la part de Patmol, il avait même accepté de venir avec eux dans la caverne.
Il était aussi devenu un bien meilleur professeur de transplanage, et Harry avait réussi à transplaner pour la première fois la semaine passée, presque deux mois et demi après avoir commencé à apprendre. Finalement, les leçons journalières commençaient à payer ; il avait été capable de reproduire l'exercice plusieurs fois, mais sans constance pour le moment. Finite.
« Tu es blessé ? »
« Non. »
« Bien. »
Patmol se rassit sur sa chaise et chassa Harry de la table. Un Harry tout sourire en descendit, retrouva sa baguette sur le sol et pensa Ostendere me omnia. Sa vision changea et en plus de ce qu'il pouvait déjà voir, il pouvait voir sa magie maintenant, celle de Patmol, un éclat blanc moucheté de rouge et d'or qui appartenait à Harry à l'endroit où il avait transplané plus tôt, et davantage encore sur la table où il avait atterri, recouvrant Patmol qui en était totalement inconscient. Il y avait des traces roses pâle qui flottaient dans l'air là où Patmol avait fait apparaître les livres la veille et aussi la toile des protections.
Intriqués de manière complexe – liés avec de fines lignes verts sombre qui correspondaient à la magie du père de Patmol et la magie rouge qui appartenait à Patmol – il y avait des nuances que Harry n'avait jamais vu et ne serait même jamais capable de nommer. C'était comme une peau faite de milliers de fibres différentes, parfaitement accrochée au plafond, aux murs et au sol, mais c'était aussi vivant, ondulant et palpitant, et à chaque instant, un trou se formait avant de disparaître la seconde suivante. Il n'avait pas vraiment besoin d'une seconde, s'il calculait bien.
Harry se stabilisa, un de ses pieds déjà prêt à le lâcher. Un autre trou apparut juste au-dessus de la porte et Harry se tourna vers l'endroit, s'y jetant mentalement, le reste de son esprit focalisé sur le bureau du rez-de-chaussée. Harry jura en se cognant contre une surface dure et de nouveau lorsqu'il rebondit dessus et atterrit sur le tapis. Finite.
Se sentant un peu étourdi, il se fit la promesse de remercier son parrain pour son vocabulaire très développé. Il se releva, sortit quelques rouleaux de parchemin des tiroirs du bureau, attrapa deux plumes et un encrier, fourra tout dans les poches de sa robe et murmura dans sa tête l'incantation qui lui permettait de voir la magie. Il attendit et s'engouffra à travers les protections, en espérant arriver jusqu'à la bibliothèque.
« Ooh ! »
Pour la seconde fois en quelques minutes, Patmol se retrouva au sol. Cette fois, cependant, Harry s'y trouvait aussi.
Finite, pensa Harry et la magie disparut devant ses yeux.
« Désolé. » dit-il, en riant alors que Patmol l'aidait à se relever.
« Pas de prob- »
Patmol laissa échapper une drôle de toux et il se mit à rire.
« Quoi ? » demanda Harry, en vidant le contenu de ses poches sur la table.
« Tu as laissé tes cils et tes sourcils derrière. » dit Patmol en gloussant.
Harry leva une main et la passa sur son front. La peau était complètement douce, ou du moins le bas de son front l'était – sa cicatrice était toujours là. Ses paupières étaient aussi douces. Il tapota ses oreilles pour vérifier qu'elles étaient toujours là – il s'en était séparé l'avant-veille – et même si Patmol les avait rattaché sans aucun problème, ça le grattait encore terriblement.
« Tu peux réparer ça ? »
« Nope. » répondit Patmol sans même lever les yeux.
Si Harry avait eu des sourcils, ils se seraient arqués.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Eh bien, gamin, 'nope' est un synonyme de 'non', ce qui est une façon pour moi de dire que je ne peux ou ne ferais pas quelque chose. Dans ce contexte- »
« Je veux dire pourquoi pas ? »
« Ah, mais tu ne l'as pas dit. »
Patmol lui sourit et la vision de Harry lui redonna envie de rire. Les yeux de Harry se plissèrent.
« Et je ne peux pas réparer ça parce que je ne connais aucun sort pour faire pousser les poils. »
« Aucun ? » demanda Harry.
« En fait, c'est un mensonge : je connais un sort de pousse, si tu es intéressé ... »
Harry le regarda avec espérance. Patmol pencha la tête et regarda Harry d'un air pensif.
« Tu sais, une barbe devrait bien t'aller ... »
Harry plaqua ses mains à son menton et se retourna avant que Patmol ne s'exécute. Patmol se contenta de rire.
Harry traversa la pièce, en gardant tout le temps une main sur son visage, et parcourut la bibliothèque de bas en haut, cherchant un livre qui pourrait aider. Correcteurs, apprêts et ornements de beauté pour un sorcier de rêve semblait avoir un titre un peu malheureux, mais il contenait un chapitre entier sur la région des yeux et des sourcils.
Harry donna le livre à Patmol qui jeta un œil à la page avant de sortir sa baguette et de murmurer l'incantation. Le visage de Harry se mit à le gratter horriblement, ses yeux s'embrumèrent – faire pousser des cils n'était pas franchement agréable – et cela s'arrêta tout à coup. Son front commença à le picoter lorsque Patmol lança un autre sort, mais la sensation disparut aussi. Il leva la main pour sentir les résultats.
« Ça a l'air bien. » lança-t-il, hésitant.
Patmol le regarda et fronça légèrement les sourcils.
« Je crois que ton sourcil gauche est un peu de travers. » dit-il, l'air critique, mais avec un léger sourire.
Harry fronça les sourcils et leva la main pour le toucher. Le sourire de Patmol s'agrandit et il baissa les yeux sur son ventre qui venait de grogner bruyamment.
« Il nous reste encore du gâteau d'anniversaire ? »
« J'sais pas. » dit Harry, en haussant les épaules.
Toutes ses pensées concernant les sourcils de travers disparurent et un petit sourire apparut sur son visage ; les neuf ans de Harry avaient eu lieu trois jours plus tôt. Harry n'avait pas trop su à quoi s'attendre – Dudley était toujours horriblement gâté, et avait reçu de ses parents trente cadeaux l'année passée (un nombre qui aurait encore certainement augmenté cette année) tandis que Harry pouvait s'estimer heureux de recevoir même une paire de chaussettes.
Il pensait que Patmol, comme les Dursley (même si Patmol était bien plus gentil à propos de ça), avait déjà fait bien assez pour lui, lui offrant un endroit où vivre, des habits – des nouveaux, pour remplacer les affreux vêtements de Dudley – de la nourriture et lui donnant aussi des leçons de magie.
En conséquence, Harry avait été abasourdi quand Patmol lui avait offert une large réserve de bonbons, plusieurs livres de sortilèges, une cible factice digne d'une formation d'Auror et une nouvelle paire de baskets. Les bonbons seuls avaient dû lui coûter davantage que tous les cadeaux que Harry avait reçus de la part des Dursley et en plus de ça, Patmol avait demandé à Kreattur de l'aider à faire un gâteau d'anniversaire, qu'ils avaient apporté par surprise à Harry après le dîner.
« Kreattur ! » appela Patmol.
L'elfe apparut et Patmol lui demanda du gâteau pour tous les deux. Kreattur s'inclina et leur adressa même une étrange expression qui aurait pu ressembler à un sourire, avant de disparaître si facilement que Harry ne put s'empêcher de le regarder avec envie. Kreattur ne laissait pas ses oreilles ou – même s'il n'en avait pas – ses sourcils derrière.
Patmol sembla savoir ce qu'il avait en tête ; il était en train de lutter contre son envie de sourire. Harry fit la grimace et fit volte-face pour aller s'asseoir sur le canapé où il se trouvait le matin même. Ce matin, il avait lu Sortilèges simples mais efficaces pour situations délicates – qui était l'un de ses cadeaux d'anniversaire – mais Harry ne pouvait pas passer beaucoup de temps avec la tête dans un livre chaque jour, alors il avait fini par se mettre à jouer avec le puzzle en or qu'ils avaient trouvé dans le bureau d'Orion Black.
Patmol avait dit qu'il avait appartenu à Regulus quand il était un peu plus jeune que Harry, et que quand toutes les pièces étaient réunies, il formait un petit serpent qui se mettait à siffler quand on le touchait. Harry, cependant, avait essayé pendant un bon moment, mais n'avait pas encore réussi à obtenir quelque chose qui ressemblait de près ou de loin à un serpent et cela le frustra autant que ses tentatives de transplanage.
« Comment ça avance ? » demanda Patmol, tandis que Harry essayait de forcer deux pièces à s'accrocher ensemble.
Harry leva les yeux vers lui.
« Oh, si bien que ça ? »
« Tais-toi. »
« Tu peux toujours lire, dit Patmol. On est jamais trop préparé, tu sais. »
Harry lui jeta une pièce de puzzle dessus, mais à l'instant où Patmol la lui relançait et qu'il l'attrapait d'une main, ces mots résonnèrent à ses oreilles et l'estomac de Harry se serra désagréablement à la pensée de ce qui allait suivre.
