Salut à tous ! Vous avez laissé pas mal de commentaires sur les chapitres précédents et c'est tellement encourageant que ça m'a doublement motivé à vous poster la suite sans trop attendre ! Vraiment, je vous remercie largement pour toutes vos réactions. J'espère que ce chapitre vous plaira aussi ! J'imagine que vous allez encore vous poser pas mal de questions concernant le personnage de la fin, mais vous aurez bientôt davantage de réponses, pas d'inquiétude ! Bonne semaine à tout le monde et à très vite !


Des mains glacées se serrèrent autour de son cou. Sirius n'eut pas d'autre choix que de se retransformer pour être capable d'utiliser ses mains et d'essayer de faire lâcher la chose. Il échoua. La créature était trop forte et cette folle potion de Voldemort n'était pas vraiment de la Pimentine. Sa vision était déjà trouble. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne perde conscience.

Ses yeux se posèrent sur son filleul ; Harry avait attrapé la cheville de l'Inferius et essayait de le faire lâcher prise. Ça ne marchait pas très bien, mais c'était un sentiment agréable. Il faut ... le faire sortir, pensa-t-il, en regardant de nouveau Harry, tandis qu'il essayait de se débarrasser de l'Inferius.

« Kreattur. » réussit-il à souffler.

Il y eut un moment de pause et l'arche se mit à briller d'une lueur argentée. Kreattur passa à travers, ses bras serrés contre lui, et ses yeux globuleux se fixèrent sur ceux de Sirius.

« A l'aide. » dit Sirius d'une voix rauque.

Kreattur leva les mains et le monde prit feu. L'Inferius qui tenait Sirius hurla et lâcha sa prise.

« Prends Harry, Kreattur ! Ramène Harry à la maison ! Ramène- »

Ce fut à ce moment-là que le feu de Kreattur, qui brûlait avec constance, explosa.

Sirius fut immédiatement reconnaissant d'avoir placé un sort d'Ignifugation sur Harry et sur lui ; s'il ne l'avait pas fait, ils seraient tous les deux certainement déjà morts. Sirius vit Harry se faire projeter en arrière et ensuite, ce fut son tour. Il atterrit dans le lac et resta immobile pendant un moment, mais il ne perdit pas plus de temps ; aveuglés, les Inferi trébuchaient, criaient de douleur en essayant de retourner à l'eau et il savait, grâce à sa formation d'Auror, qu'il devait se saisir de chaque avantage qui lui était offert, même si bouger était la dernière chose qu'il se sentait de faire. Il vit Harry et Kreattur disparaître, mais tout était si bruyant qu'il n'entendit presque pas le transplanage.

Il attrapa sa baguette sur le sol et se mit à courir vers l'arche. Il trébucha plusieurs fois et fut cruellement tenté de rester là et de laisser la mort venir le chercher. Rapidement, il secoua la tête et se força à se lever. Il frotta sa joue – où il avait une sale coupure – sur la pierre et traversa au pas de course l'arche à la seconde où elle s'était effacée.

Il essaya de transplaner, mais n'y parvint pas, alors il pénétra avec réticence dans le bassin, prit une profonde inspiration et plongea. L'eau était glacée et le sac à dos de Harry, pourtant léger maintenant qu'il n'y avait plus à l'intérieur que du chocolat et des bouteilles vides, faisait de son mieux pour lui peser. Il était gelé, douloureux, à bout de souffle et avait avalé pas mal d'eau de mer quand il put enfin grimper sur un piton rocheux.

Il ne pouvait pas bouger, ne pouvait pas se lever. Il se sentait incroyablement malade et cela – si c'était possible – le fit se sentir encore pire. La dernière chose qu'il se sentait de faire était de transplaner, mais il savait que Harry allait s'inquiéter et probablement faire quelque chose de stupide, comme revenir à la caverne si Sirius ne rentrait pas à la maison. Sirius se força à se lever, en s'aidant de ses mains et de ses genoux et fit une drôle de petite rotation sur lui-même, incapable même de tenir debout, avant de transplaner.

Il termina dans une entrée qui ressemblait vaguement à la sienne et il soupira, soulagé, fourrant sa baguette dans sa poche. Il entendit des pas courir vers lui et réussit à sourire ; Harry était en sécurité. Alors seulement, il perdit connaissance.


« Vous vous appelez Harry James Potter, c'est exact ? »

« Oui. » répondit Harry, en se demandant ce qui se passerait s'il répondait non.

« Vous avez neuf ans ? »

« Depuis trois semaines. »

« Vous avez grandi avec votre famille moldue à Little Whinging ? »

« Oui. » dit encore Harry.

« Et vous avez été kidnappé au début de l'année par Sirius Black ? »

« Non. » dit Harry.

« Menteur, dit Ombrage, les yeux exorbités. Vous viviez avec Black ! »

« Je n'ai jamais dit que je ne vivais pas avec lui, répondit froidement Harry. J'ai juste dit que je n'ai pas été kidnappé. »

« Comment expliquez-vous ce qu'il vous est arrivé, Mr Potter ? » demanda Bones, après avoir fait taire sa collègue d'un regard.

« Il m'a proposé une autre maison et j'ai accepté. » dit Harry, très conscient des yeux perçants de Dumbledore qui le dévisageaient.

« Pourquoi avez-vous accepté ? » insista Bones, sa plume griffonnant furieusement.

« Parce que c'est mon parrain et que j'en avais envie. »

« Il ne vous a pas menacé, vous ou votre famille, de quelque façon que ce soit ? »

« Vous voulez dire les Dursley ? C'étaient eux qui le menaçaient. »

« Et comment expliquez-vous votre état, Mr Potter ? »

« Quel état ? »

« Quand Mr Lupin vous a amené ici, il y a une semaine, vous étiez en mauvaise santé, dit Bones, en triturant l'étoffe de sa robe. Êtes-vous conscient d'avoir eu des traces d'étranglements sur le cou et de larges hématomes dans le dos ? »

Harry se mit presque à rire. Presque.

« Ouais, j'en suis conscient, dit-il. Pourquoi ? »

« Votre parrain est-il le responsable de ces blessures ? »

« Bien sûr que non ! » grogna Harry.

« Et les traces de mains sur votre bras ? »

« Non. »

« Alors vous ne savez pas comment vous les avez eu ? » demanda Ombrage, sceptique.

« Euh ... Si, je le sais. »

« Partagez donc. » demanda Bones.

« Non, merci. »

« Si vous êtes maltraité, commença Ombrage. Alors- »

« Je ne le suis pas, dit Harry, en lui coupant la parole. Quelle est la question suivante ? »

Il y eut une pause et Harry se demanda s'ils allaient le laisser s'en sortir sans explication.

« Pouvez-vous expliquer les rêves que vous avez ? »

Harry étouffa un grognement ; c'était une question encore pire.

« Votre guérisseur nous a dit que vous aviez un sommeil agité et que vous ... disiez des choses. »

L'estomac de Harry était descendu dans ses pieds. Qu'avait-il dit ? Il dissimula sa crainte, cependant, et haussa légèrement les épaules.

« Vraiment ? » demanda-t-il.

« Oui, dit Ombrage. Et que vous mettiez le feu à certaines choses. »

« C'est bizarre. » répondit Harry, avec nonchalance.

Personne n'insista sur ce point. Il essuya ses mains moites sur les draps.

« Où viviez-vous ? » demanda le Ministre, excité.

Il y eut une inspiration collective de la part de tous les adultes tandis qu'ils attendaient la réponse.

« Je ne peux pas vous dire. »

Fudge se redressa, mais fut stoppé par une main d'Ombrage sur son bras.

« Vous pouvez nous faire confiance, dit-elle, avec un sourire que Harry aurait pu décrire comme celui d'un prédateur. Nous voulons vous aider, Mr Potter, mais nous ne pouvons le faire qu'avec votre confiance. »

Harry croisa son regard, sans crainte, et fut ravi de la voir légèrement reculer.

« Allons, Harry, dit Fudge, avec un rire qui sonnait faux. Nous sommes de ton côté, du bon côté. Tout ce que nous voulons, c'est que tu sois sain et sauf et ramener Black là où il devrait être. »

« Où ça ? » demanda Harry.

« Azkaban, bien sûr. » répondit Fudge, un peu agacé.

« Alors j'ai peur que nos opinions sur l'endroit où Sirius devrait être soient différentes, monsieur le Ministre. »

« C'est un criminel ! s'exclama Ombrage. Un danger pour la communauté sorcière et pour vous ! Où se cache-t-il ?! »

Oh, oui, affreusement dangereux. L'homme a juste lutté contre un Inferius pour moi.

« Je ne peux pas vous le dire. » dit Harry, incapable de savoir s'il s'amusait, ou s'il était terrifié.

« Êtes-vous conscient qu'en refusant de nous le dire, vous enfreignez la loi sorcière ? » demanda Bones, sévèrement.

« Oui. » répondit Harry, en croisant les bras avec défiance.

Tout le monde se tut et alors, Dumbledore prit la parole, changeant de tactique.

« Tu es conscient que ton parrain a fait des choses terribles, Harry ? »

« Je sais que vous le pensez. »

Harry savait qu'il poussait le bouchon, mais il n'allait pas tout leur dire et il n'allait certainement pas se coucher et les laisser l'intimider.

Dumbledore ouvrit la bouche puis la referma.

« Mrs Bones, Mrs Ombrage, monsieur le Directeur, dit Fudge, en se levant. J'aimerais vous parler à l'extérieur. »

Harry les regarda quitter la pièce tous les quatre, et vit que Fudge donnait congé aux Aurors en poste. Je n'aime pas du tout ça, pensa-t-il, alors que la porte se refermait. Il resta dans son lit, en essayant de ne pas s'inquiéter, jusqu'à ce qu'il entende des cris derrière la porte. Rapidement, il repoussa ses couvertures et se glissa jusqu'à la porte, appuyant son oreille contre l'espace en bas.

Fudge parlait.

« Mais ça suffit, Dumbledore ! C'est un enfant ! Il ne sera pas capable de le combattre ! »

« C'est un enfant ! tonna Dumbledore. Cornelius, en tant que Ministre, vous avez le devoir moral de- »

« Hum, hum. »

« Dolorès ? » demanda poliment Dumbledore.

« Ce n'est pas illégal. » dit la voix d'Ombrage, avec une petite voix.

Harry dut presser son oreille encore davantage pour l'entendre.

« Non, ça ne l'est pas, mais ce n'est pas recommandé, monsieur le Ministre. » dit Bones, avec une voix furieuse.

« Personne n'a besoin de savoir, dit vivement Fudge. Ça ne lui fera aucun mal, il ne comprendra pas ce qui arrive et nous aurons Black. Ça vaut sûrement le coup, n'est-ce pas, Dumbledore ? »

« Le garçon va penser qu'il a trahi son parrain. » dit Dumbledore d'une voix calme.

« Laissez-le donc penser ça, dit Ombrage. C'est pour le mieux. »

« Il semble réellement attaché à Black, dit Bones, avec douceur. Il serait dévasté ! »

« C'est pour le mieux, insista Fudge. Le garçon est clairement mal renseigné sur le passé de Black, ou il aurait été enclin à tout nous dire. »

« Il n'y a pas d'effets à long-terme. » dit Ombrage.

« Pas d'effets physiques, peut-être, dit Dumbledore. Mais mentalement ? L'esprit d'un enfant est une chose fragile. Il y a des raisons pour lesquelles des lois interdisent d'apprendre l'occlumancie aux enfants et de leur administrer plus qu'un soupçon de légilimancie- »

« C'est du Véritaserum, pas de la légilimancie ! »

Harry ne connaissait aucune de ces choses, mais aucune d'elles ne semblaient bonnes pour lui.

« Et nous lui ferons avaler, nous n'allons pas simplement lui forcer la tête ! »

« Harry va perdre son libre-arbitre ! » dit Bones.

« Son libre-arbitre ne coopère pas ! Quel choix avons-nous ?! Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser Black dans la nature, Dumbledore. C'est un danger. C'est la piste la plus importante que nous ayons depuis le fiasco de Lupin en mai ! Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que je laisse ça passer ! Je serais licencié ! »

« Vous pourriez être licencié pour avoir utilisé du Véritaserum sur un mineur. » dit calmement Dumbledore.

« C'est un risque que je vais prendre. » dit Fudge.

Il y eut un silence.

« Allons, Dumbledore. Je n'aime pas l'idée- »

Il aurait pu m'avoir, pensa sombrement Harry.

« -mais je n'ai pas le choix ! »

« Nous avons toujours le choix, Cornelius. »

Mais Fudge avait gagné. Harry en était certain.

Harry retourna dans son lit, tandis que les voix dans le couloir s'éteignaient. Ses yeux balayèrent la pièce, mais c'était inutile. Il n'y avait aucune échappatoire ; il n'y avait pas de fenêtre, pas de trous ou de ventilations dans le plafond ou les murs et la seule porte autre que celle à laquelle Harry avait écouté était celle de sa salle de bain. A part s'enfuir par la chasse d'eau des toilettes, il n'avait nul part où aller.

La panique s'immisça en lui, tandis qu'il patientait. Il bénéficia de quelques minutes stressantes pour réfléchir à ce qu'il allait faire avant que Dumbledore, Bones, Fudge et Ombrage ne reviennent. Cette dernière portait un plateau de thé.

« Ah, bien, dit Fudge. Vous êtes toujours là. »

« Où voulez-vous que je sois ? » demanda Harry, avec méfiance.

Au moins, Dumbledore et Bones avaient essayé de le défendre.

Fudge eut l'air déconcerté et Harry jura avoir vu la barbe de Dumbledore frémir. Personne ne parla, mais Ombrage s'affaira autour du thé – ajoutant sans aucun doute le Véritaserum, quoi que ce soit – et Bones retira une peluche de sa robe. Harry observa Ombrage, en essayant de rester calme, mais intérieurement, il criait.

Ses yeux n'arrêtaient pas de regarder la porte, mais il doutait pouvoir y arriver avant que l'un des quatre adultes ne l'arrête. Et ça ne se passerait sans doute pas terriblement bien, alors. Une petite partie irrationnelle de son esprit continuait de prier pour que Patmol débarque et le sauve, mais ça n'était pas prêt d'arriver. Patmol pourrait ne même pas être à la maiso- Il est là-bas. Il doit l'être. Et je dois y être aussi.

« Le thé est prêt. » dit Ombrage avec brusquerie.

Je parie qu'il l'est, pensa Harry, en la fixant. Une des tasses de thé explosa. Elle se mit à crier, et les trois autres sursautèrent, surpris. C'était moi, réalisa Harry. Il essaya d'en briser une autre, mais n'y parvint pas. Ombrage se nettoya et afficha un sourire à nouveau.

« J'espère que vous avez soif, Mr Potter. »

« Pas vraiment. » dit Harry, en essayant d'être désinvolte.

Quoi qu'il y ait là-dedans, cela allait le faire trahir Patmol. Il n'allait même pas prendre le risque de le sentir.

Il y eut un coup à la porte.

« Professeur Dumbledore ? Harry ? »

C'était Remus. Il portait une robe différente que celle qu'il avait plus tôt.

« Est-ce que tout va bien ici ? »

Non ! cria Harry mentalement. Ça ne va vraiment pas ! La porte s'ouvrit et Remus entra, l'air inquiet. Si Harry n'était pas habitué à vivre avec Patmol, il aurait certainement manqué le fait que Remus était en train de renifler silencieusement. C'est un Animagus, un loup, se rappela Harry. Alors il peut sentir et savoir comment je me sens.

« Désolé, dit-il, en repérant les 'visiteurs' de Harry. Je ne voulais pas interrompre ... »

Il adressa un regard interrogatif et Harry, pendant une unique seconde, laissa apparaître sa peur sur son visage, et laissa ses yeux se tourner vers le plateau de thé. Remus fronça les sourcils et regarda Dumbledore.

« J'ai juste ... euh ... »

Dumbledore sembla aussi comprendre qu'il avait senti quelque chose, même si Harry ne savait pas comment. Patmol avait dit que personne ne savait rien à propos de leurs capacités d'Animagus.

« Ce n'est rien, Remus, dit-il. Nous allions juste boire un thé, si vous voulez vous joindre à nous. Vous connaissez Amélia et Cornelius, je crois. »

Remus hocha la tête.

« Voici Mrs Ombrage du Département de Régulation et de Contrôle des Enfants Sorciers. Dolorès, voici Remus Lupin. »

Ombrage se figea et regarda Dumbledore comme s'il était devenu fou. Elle tourna ensuite les yeux vers Remus, l'air à la fois révolté et apeuré.

« Un plaisir. » répondit sèchement Remus.

« En effet. Du thé, Mr Potter ? » dit Ombrage, en tendant une tasse vers lui.

« Non, merci. » dit Harry, en remarquant que Remus fixait la tasse de thé.

Il avait dû sentir quelque chose lorsqu'elle était passée devant lui. Il regarda Harry, un peu inquiet.

« Peut-être quelque chose d'autre, alors ? Vous devez avoir soif. »

« Non, je- »

« Allons, Mr Potter. Choisissez quelque chose. »

Harry savait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne le forcent à boire quelque chose.

« Eh bien ... Le thé est déjà prêt, je suppose. »

« En effet. » répondit joyeusement Ombrage, en lui passant la tasse.

Il réussit à la prendre avec des mains fermes, mais pas très stables.

« Buvez. »

Harry bougea un peu dans son lit, en soulevant sa couverture pour couvrir ses genoux qu'il avait ramenés contre lui. Il fit semblant de prendre une gorgée et reposa la tasse sur ses genoux.

« Il est bon, n'est-ce pas ? » demanda Fudge.

Harry acquiesça.

« Buvez avant qu'il ne refroidisse. »

Harry mima encore une autre gorgée, mais cette fois, il ne put empêcher ses mains de trembler et renversa un peu de thé sur ses draps. L'étoffe blanche devint rapidement légèrement brune.

« Attention ! » glapit Ombrage.

Harry prit une autre gorgée et cette fois, au lieu de renverser le thé, il glissa un coin de drap dans la tasse. Il absorba davantage de thé. Harry le cacha rapidement pour cacher les dégâts.

« Vous êtes sûr que vous n'avez rien à dire à propos de votre parrain ? » demanda doucement Bones.

« Oui. » murmura Harry, glissant un autre bout de drap dans le thé.

« Vous buvez ? » demanda Fudge, l'air inquiet.

Harry lui montra la tasse presque vide.

« Bien, bien. Où viviez-vous ? »

« C'est un secret. » dit Harry.

Il prit une autre fausse gorgée et reposa ensuite la tasse sur la table près de son lit.

« Je suis le ministre de la Magie, Harry, dit Fudge, avec enthousiasme. Si vous ne pouvez pas me faire confiance, à qui pouvez-vous faire confiance ? »

Harry ne manqua pas le léger froncement de sourcils sur le visage ridé de Dumbledore.

« Je ne sais pas, monsieur. » dit-il.

Les adultes échangèrent des regards.

« Eh bien ? demanda Fudge, en tournant son chapeau melon entre ses mains. Où se cache Black ? »

Harry réfléchit avec rapidité et prit une décision.

« Vous savez ce qu'est un sortilège de Fidelitas, monsieur le Ministre ? » demanda-t-il doucement.

Tout le monde sembla s'affaisser. Harry sentit un petit frisson. Ils s'étaient, bien sûr, imaginés que Patmol était le Gardien du Secret. Ils seraient d'autant plus déterminés à le trouver maintenant, mais ils ne le trouveraient pas si Harry ne leur disait pas où chercher.

« Oui, je connais, soupira Fudge. Amélia, pouvez-vous- »

« Scrimgeour ? »

Fudge pencha la tête.

« Bien sûr, monsieur le Ministre. Je vais l'informer tout de suite. C'était un plaisir de vous rencontrer, Harry. »

Elle hocha la tête vers les autres et sortit.

« Qui est Scrimgeour ? » demanda Harry.

« Est-ce qu'il est à Londres, Harry ? insista Fudge. Pouvez-vous nous dire cela ? »

Harry ouvrit la bouche et la referma ; il ne voulait pas en dire trop.

« Je ne peux pas le dire. » dit-il après un instant.

« Vous alliez souvent sur le Chemin de Traverse ? »

« Pas vraiment. J'y ai été trois fois. »

« Combien de temps il vous a fallu pour y aller ? »

Harry haussa les épaules.

« C'était différent à chaque fois. »

Et c'était le cas ; la première fois, ils étaient partis de chez les Dursley. La seconde fois de Grimmaurd, mais Patmol les avait fait transplaner et la troisième fois, ils avaient utilisé le réseau de cheminées.

Le visage de Fudge se défit, mais cela ne dura pas longtemps.

« Pouvez-vous décrire la maison ? »

Harry secoua la tête.

« C'est dans un quartier moldu ? » demanda Ombrage.

« Ouais. » répondit Harry avec prudence.

Fudge semblait prêt à exploser d'excitation.

« Proche de quoi ? Des bâtiments particuliers ou des repères ? »

« Il y a ... euh ... un arrêt de bus, mentit Harry. Et un ... grand arbre. »

« Quel genre d'arbre ? »

« Je ne sais pas. »

« Est-ce que Black rencontre des gens ? Des mangemorts ? »

Harry leva les yeux au ciel.

« Non. »

« Est-ce qu'il écrit beaucoup de lettres ? »

« Non. »

« Est-ce que tu veux que Sirius soit attrapé, Harry ? » demanda doucement Dumbledore.

« Non. » répondit Harry.

« Bien, dit Ombrage. Aussi admirable que puisse être votre loyauté, vous pourriez penser au fait qu'il n'a pas l'air embêté que vous ayez été attrapé, Mr Potter. Pensez-vous qu'il vous protégerait autant si les situations étaient inversées ? »

« Oui. » dit Harry, sans hésitation.

Elle eut l'air irrité.

« Je pense que nous avons terminé. Monsieur le Ministre ? »

« Oui, je le pense aussi. Merci, Harry. Dumbledore, vous restez avec lui ? » demanda Fudge.

« J'ai bien peur d'être attendu à l'école, dit Dumbledore, en se levant. L'année commence la semaine prochaine, après tout. Remus, pouvez-vous- ? »

« Bien sûr, monsieur, dit Remus. Je vais rester avec Harry, monsieur le Ministre. »

Ombrage n'avait pas l'air heureuse du tout à propos de ça, mais Harry se fichait pas mal de ce qu'elle pensait.

« Très bien. » dit Fudge.

Il replaça son chapeau melon sur le haut de sa tête.

« Je vais vous raccompagner. Dolorès, retournez-vous au Ministère ? »

« Non, monsieur le Ministre, dit Ombrage. Mais une promenade me fera du bien. »

« Nous partons, alors, dit joyeusement Dumbledore. C'était merveilleux de te rencontrer, Harry. »

« Vous aussi, monsieur. » dit Harry, en souriant à Dumbledore, qu'il avait décidé d'apprécier.

« Je viendrais demain, je pense. »

Harry acquiesça. Fudge offrit sa main à Harry. Celui-ci la serra avec prudence.

« Au revoir, Harry. Merci pour votre coopération aujourd'hui. »

Harry acquiesça à nouveau, mais c'était un geste plus brusque. Fudge ne sembla pas le remarquer.

« Je reviendrais bientôt, Mr Potter. » fut tout ce qu'Ombrage dit.

Harry, qui se souvenait qu'elle travaillait avec les enfants sorciers, n'aima pas ce que cela impliquait.

« D'accord, dit-il. Au revoir. »

Dumbledore sortit, suivi par Fudge. Ombrage adressa un regard mauvais à Remus et se lança sur leurs talons. La porte se referma. Remus, qui était assis de façon raide, se détendit, mais très légèrement.

« Tu disais la vérité à propos de Sirius et de Peter, tout à l'heure ? » demanda-t-il, nerveux.

« Oui. »

Remus prit une respiration profonde et un sourire soulagé traversa son visage, suivi presque immédiatement par une expression sympathique, mais troublée.

« Ce n'est pas de ta faute, tu sais ? »

« Quoi ? »

« Le thé. Il t'a fait dire ces choses. Tu n'avais aucune façon de contr- »

« Le thé ne m'a rien fait dire, dit Harry. J'ai seulement fait semblant de boire. »

« Tu savais, dit-il, l'air choqué. Je me demandais quand j'ai sen- vu comme tu avais l'air inquiet, mais quand tu l'as accepté et que tu as commencé à boire, j'ai pensé que tu ne devais pas savoir. Alors tu as menti ? »

« Menti ? »

« La potion – le Véritaserum, c'est son nom – est un sérum de vérité. Tu avouerais tout à celui qui te le demande. »

Harry fixa la tasse et remercia largement Merlin et les fondateurs de Poudlard pour ne pas en avoir consommé.

« Tu as pu le sentir, pas vrai ? » demanda-t-il.

« Le Véritaserum n'a pas d'odeur. » dit calmement Remus.

Harry fronça les sourcils en le regardant. Il sourit un peu tristement.

« Il n'en a pas. C'est ce qui m'a mis sur la piste. Même l'eau a une odeur, mais le Véritaserum sent comme ... Ça ne sent rien. »

Une autre question s'imposa à lui.

« Dumbledore savait que tu pouvais le sentir. » dit-il, les sourcils froncés.

« Oui, il savait. » confirma lentement Remus.

« Pourquoi Dumbledore sait que tu es un Animagus, mais ne sait pas pour mon père, Patmol ou Pettigrow ? »

« Qu'est-ce qui te fais penser que je suis un Animagus ? » demanda Remus, l'air stupéfait.

« Patmol me l'a dit. » répondit Harry.

« Il l'a dit ? » murmura Remus.

« Alors ? demanda Harry. Pourquoi Dumbledore le sait ? »

« Qu'est-ce qui te fait croire qu'il sait ? »

Harry lui adressa un regard éloquent. Remus se mit à sourire.

« Tu ressembles horriblement à James quand tu fais ça. »

Harry sourit largement.

« Et encore plus quand tu fais ça, dit Remus, en riant. Je parie que tu rends Patmol complètement fou. »

« Tu l'as appelé Patmol. » dit Harry, instantanément distrait.

Remus eut l'air étonné, mais hocha la tête.

« Je- J'imagine que je l'ai appelé comme ça. »

« Alors tu me crois ? »

Il laissa échapper un soupir bruyant.

« J'espère que tu réalises qu'en me disant ce que tu as dit tout à l'heure, tu me forces à repenser les huit dernières années de ma vie. »

Harry grimaça.

« Mais oui, je te crois. J'ai toujours questionné la capacité de Sirius à tuer James et Lily, mais je n'ai jamais été capable de trouver d'autres explications, d'autres façons dont ça aurait pu se passer ... Ils n'avaient jamais parlé d'échange, en plus. Pas à moi, en tout cas. »

Son ton se fit un peu amer à la fin.

« C'est le deuxième plus grand regret de Patmol. » dit Harry, avec douceur.

Remus leva un sourcil.

« Le premier, c'est d'avoir changé de Gardien du Secret, bien sûr, mais le deuxième, c'est de ne pas te l'avoir dit tout de suite après ; Papa voulait le faire, mais Maman voulait le faire de vive voix. Je crois que vous étiez censés déjeuner ou dîner ensemble le jour d'après, et ils comptaient te le dire- »

Harry réalisa qu'il était en train de bégayer et il ferma la bouche.

« Dîner, murmura Remus. C'était un dîner. »

Il s'éclaircit la gorge.

« J'ai une question. »

« Ouais ? »

« Eh bien, ils ont trouvé un doigt de Peter ... »

Harry fronça le nez.

« Patmol pense qu'il se l'ai coupé après avoir fait exploser la rue. »

Remus ferma les yeux et acquiesça.

« Et ensuite, il s'est échappé par les égouts, c'est ça ? »

« Oui, c'est ça. »

« Et Sirius s'est mis à rire. C'est ce que disaient les rapports. Qu'il riait. »

Remus rouvrit les yeux.

« Je pense que j'aurais ri aussi si je m'étais fait avoir par Peter. »

Il soupira.

« Pourquoi nous n'avons pas vu ça avant ? C'était un rat ! »

« Patmol a presque dit la même chose. »

« Je l'aurais parié, soupira Remus. Harry, je ne crois pas qu'il l'aurait fait, mais je dois demander ... Ce n'est pas Sirius qui t'a blessé, n'est-ce pas ? »

« Non. » dit Harry.

Remus sembla soulagé, mais pas terriblement surpris.

« Pourquoi les gens n'arrêtent pas de demander ça ? »

« Est-ce que tu me diras ce qui t'a blessé ? »

« Euh ... Je ne pense pas, non. » dit Harry.

Remus fronça soudainement les sourcils.

« Où est Sirius ? » demanda-t-il.

Harry sut qu'il n'était pas en train de demander où ils vivaient, mais plutôt pourquoi Sirius n'était pas celui qui avait fourni des soins médicaux à Harry ou celui qui l'avait emmené voir des guérisseurs.

« Pourquoi ? » demanda défensivement Harry, en luttant pour garder une expression apaisée.

« Parce que de la façon dont tu parles de lui, la façon dont tu le défends et la façon dont vous vous défendiez l'un l'autre ce jour-là à Londres, je pense que c'est logique d'en déduire que vous tenez l'un à l'autre. »

Harry acquiesça.

« Et de ce que je savais – ou sais, je suppose – de Sirius, il ne t'aurait pas laissé dans l'état dans lequel tu étais quand tu es arrivé chez moi, sauf s'il était incapable de faire quoi que ce soit, ou s'il ne savait pas ce qui c'était passé, et je doute fortement que ce soit ça. »

Harry s'enfonça dans ses coussins.

« On a été séparé. » dit-il.

« J'avais compris ça. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

« Je ne peux p- Je ne sais pas si je suis autorisé à le dire. » dit Harry, en jouant avec un fil de sa taie d'oreiller.

Remus laissa échapper un souffle rauque.

« Est-ce que tu as un moyen de le contacter ? »

Kreattur, fut la première idée de Harry. Il avait failli appeler l'elfe plusieurs fois la semaine passée, mais ils auraient été capables de le tracer jusqu'à la famille Black et jusqu'au Square Grimmaurd grâce au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques.

« Je- peut-être, dit Harry. Pourquoi ? »

Remus jeta un œil en direction de la porte et baissa la voix.

« Parce que, si nous voulons planifier une évasion, j'aimerais d'abord être certain qu'il se trouve là où il devrait être. »

« Il le sera. Il l'est, dit fermement Harry. Et tu as parlé d'évasion ? »

Remus se mit à sourire sans grand enthousiasme.

« Ce ne sera pas facile de te ramener à la maison, dit-il dans un souffle, en regardant encore la porte. Tu es aussi surveillé qu'un Vif d'or et à la seconde où on partira d'ici, la Trace sera réactivée. »

« Tu veux dire qu'elle est désactivée ? »

« Les endroits où il y a beaucoup de magie – ici, Poudlard, Gringotts, le Ministère, le Chemin de Traverse – ont tendance à embrouiller la Trace. Il y a des protections qui permettent la même chose. »

Harry acquiesça, en pensant au Square Grimmaurd.

« Les rues du Londres moldu, par contre ... »

« Je vois, dit Harry. Si nous partons d'ici, donc, on sera capable de s'en sortir sans être repéré par la Trace ? »

« Tant que tu utilises la magie à l'intérieur du bâtiment, oui, expliqua Remus, en faisant la grimace. Mais les protections- »

Harry se mit à sourire.

« Je crois que je sais comment rentrer. » dit-il.

« Oh ? »

« Je vais avoir besoin d'une baguette. » ajouta Harry.

Remus arqua un sourcil.

« Pour faire quoi ? »

« Je ne peux pas te dire, répondit Harry. Pas encore, du moins. »

« Habituellement, ces mots finissaient par une retenue, murmura Remus, en secouant la tête. Le nombre de fois où James a pu les dire ... Alors, tu penses que tu peux sortir ? »

« Si j'ai une baguette. »

Remus souffla bruyamment.

« Si je te donne la mienne ... dit-il, en sortant une fine baguette en hêtre de sa robe abîmée. Comment tu feras pour me la rendre ? »

« Euh ... Eh bien ... »

Harry réfléchit à propos de ça et dut admettre qu'il n'en avait aucune idée. Remus secoua la tête soudainement.

« Ça ne va pas marcher. »

« Je n'ai rien proposé ! »

« Ça n'aurait pas d'importance, de toute façon. Je ne peux pas te donner ma baguette parce que les Aurors-, dit Remus, en tournant la tête vers la porte. -vérifient les baguettes de tout le monde quand on entre et quand on sort. Ils comprendront ce qu'il s'est passé dès que j'essayerais de partir et je serais amené à Azkaban, même si tu réussis à t'en sortir. »

« Ne faisons pas ça alors, s'empressa de dire Harry. A moins que tu aies un endroit où tu peux te cacher ... »

« Non. » dit Remus avec un ton d'excuse.

Ils restèrent assis en silence et Harry finit par prendre la parole.

« Peut-être ... Peut-être que tu pourrais aller chercher ma baguette. »

« Tu as- Bien sûr que tu en as une. Sirius ne s'est jamais préoccupé des traditions. Tu veux que j'aille chercher ta baguette ? »

« Eh bien, je ne peux pas vraiment aller la chercher moi-même, pas vrai ? » dit Harry, en grimaçant.

« Non, répondit Remus avec ironie. Je suppose que non ... Où est-elle ? »

« Euh ... »

Où est-ce que Kreattur avait-il bien pu la mettre après l'avoir prise à Harry ?

« Je ne suis pas vraiment sûr. »

« Utile. »

« Elle a été confisquée. » se défendit Harry.

« Par Sirius ? »

« Non. Par- par notre employé de maison. »

« J'ai toujours dit que Sirius avait besoin de quelqu'un pour s'occuper de lui, mais un employé de maison ... »

Il sourit largement et son expression redevint ensuite remarquablement sérieuse.

« Est-ce que j'ai raison de penser que, puisque c'est votre employé de maison qui a prit ta baguette, elle doit être quelque part dans la maison ? »

« Probablement, ouais. » dit Harry, en grimaçant.

« Ah. »

Cela, pensa Harry, résumait plutôt bien la situation.


Les yeux de Sirius s'ouvrirent et il réalisa, de manière désagréable, qu'il n'était pas dans son propre lit ou dans aucune des chambres de sa maison. Son lit n'avait pas d'oreillers à fleurs ou des draps brodés. Sa chambre n'avait pas de papier peint rose et beige. Il chercha à attraper sa baguette, mais elle n'était pas dans sa poche. Bordel.

Il examina la photo sur la table de chevet. Elle montrait un garçon – il devait avoir dix ans – et une femme – qui semblait être sa mère, selon Sirius. Ils avaient tous les deux les mêmes cheveux et yeux noirs et le même sourire joyeux. Je connais ce sourire, réalisa Sirius, mais il ne put se rappeler d'où.

Il sortit du lit et se dirigea vers la porte, ses muscles se tendant douloureusement. Il était à bout de souffle au moment-là où il atteignit la porte et ses genoux le lâchèrent. Cette léthargie lui donnait l'impression d'être de retour à Azkaban, et il détestait ça. Il se sentait faible et fatigué et c'était pourtant après des tonnes de chocolat, du chocolat chaud et sept années d'expérience auprès des Détraqueurs. Il comprit la raison pour laquelle ils avaient proscrit la potion du Détraqueur, et pourquoi, quand elle était encore utilisée, les prisonniers ne s'en voyaient donner qu'une minuscule quantité.

Il insulta Voldemort de tous les noms qu'il connaissait et se força à se remettre debout, utilisant la poignée comme support. Au moment où sa main toucha la poignée, un son, pareil à une alarme, se déclencha.

Il entendit de rapides et légers bruits de pas et alors, une voix de femme prit la parole.

« Éloigne-toi de la porte. »

Sirius obligea ses jambes à obéir et recula de quelques pas.

« Pas assez loin, s'écria-t-elle. Recule et assieds-toi sur le lit. »

Sirius fit ce qu'elle lui disait, mais c'était une vraie lutte. Il entendit le murmure d'un sort et la porte s'ouvrit. Une grande femme – elle était juste un peu plus petite que lui – entra dans la pièce. Elle avait les mêmes cheveux et les mêmes yeux que sur la photographie. Elle ressemblait à la femme sur la photo – elle était peut-être plus belle et son visage était plus fin – mais elle ne souriait absolument pas. Sirius regarda sa baguette qui était dirigée directement sur sa poitrine. Sa main ne tremblait pas, même légèrement. Dans son autre main, il y avait le sac à dos de Harry.

« Bonjour. » dit-il.

Sa voix ressemblait plutôt à un grognement. Il afficha un faible sourire sur son visage, même s'il avait l'air et se sentait misérable ; sa robe était déchirée et froissée, ses cheveux étaient emmêlés et il sentait le sel et les Inferi. Il était aussi exceptionnellement assoiffé.

« Je crois que c'est à toi. » dit-elle, en jetant le sac à dos vers lui.

Il était détrempé à l'intérieur et à l'extérieur et le chocolat était gorgé d'eau, mais il en mangea un morceau malgré tout. Il était salé.

« Merci. » dit-il, en fourrant un autre morceau dans sa bouche.

Elle avait l'air de ne pas savoir quoi faire de lui.

« Votre neveu ? » demanda-t-il, en désignant la photo de la tête.

« Non. » répondit-elle, d'un air pincé.

Sirius essaya encore.

« C'est une belle ... belle maison que vous avez. »

Elle lui adressa un regard éloquent. Sirius grimaça en sentant quelque chose se crisper en lui.

« Vous ... Est-ce que vous ... kidnappez souvent des gens ? »

« C'est toi qui dis ça ? »

Sirius fronça les sourcils. Est-ce que ça veut dire qu'elle sait qui je suis ... ? se demanda-t-il. Sûrement, et c'est pour ça qu'elle est si prudente. La femme fit quelques pas supplémentaires dans la pièce. Ou pas si prudente. Elle écarta sa frange de son visage et croisa les bras, en entendant qu'il dise quelque chose.

« Où est Harry ? » demanda-t-elle, finalement.

« En sécurité. » dit Sirius, d'une voix rauque.

Ou du moins, je l'espère. Ses yeux marrons se plissèrent, glissèrent sur son bras meurtri, la coupure sur sa joue, son état général de confusion et se posèrent ensuite sur son cou qu'il savait marqué par les marques de strangulation.

« Je te connais assez pour ne pas avoir confiance dans ta définition de sécurité. » dit-elle avec froideur.

« Vous me connaissez clairement si bien. » dit Sirius, en essayant d'être sarcastique, même si sa phrase sonna plutôt pathétique.

« Mieux que la plupart des gens. » dit-elle, ses yeux se plissant encore.

« Qui ... Qui êtes-vous ? »

« Tu ne me reconnais pas ? demanda-t-elle, en souriant maintenant avec amertume. Sirius, ça me blesse. »

Alors, elle ne bluffait pas, pensa sinistrement Sirius, en la dévisageant. Elle semblait vaguement familière, mais sa maison lui avait aussi semblé familière quand il y avait transplané ... Il ne savait même pas depuis combien de temps il était là.

« Par hasard, vous n'auriez pas ... de l'eau ... un verre d'eau ? » demanda-t-il, avec espoir.

Ses yeux se plissèrent à nouveau, mais elle agita sa baguette et fit apparaître un verre. Elle le remplit et le lui tendit. Sirius l'avala en un instant et leva la tête, ses yeux suppliant pour en avoir plus. Elle se figea et agita de nouveau sa baguette. Il avala cinq verres avant d'être rassasié et posa le verre sur la table de chevet.

« J'ai peur ... de n'avoir ... aucune idée ... de qui vous êtes. »

Elle bougea, l'air satisfait, mais aussi un peu blessé. Lorsqu'elle se déplaça, Sirius put sentir son parfum. Son odeur, aussi, était vaguement familière, et il était plus enclin à croire son odorat que ses yeux. Il renifla à nouveau, en essayant d'être discret. Ses yeux s'agrandirent.

« Mar ... Marlène ?! »

Ses yeux se plissèrent encore et Sirius sut qu'il avait raison. La seconde d'après, il était bouche bée.

« MERDE ! »

Sa gorge protesta, mais il était mort, alors ça n'avait plus d'importance. Il se laissa tomber sur le lit et fixa le plafond.

« Je ne m'en suis pas sorti, c'est ça ? »

« Excuse-moi ? »

« Je suis ... Je suis mort, pas vrai ? »

Elle le fixa. Oh, Harry, j'espère que tu n'as pas vu ça. J'espère que tu es en sécurité. Bon sang, par Godric ! J'avais promis que tout se passerait bien !

« Pas vrai ?! »

« Non. » dit-elle lentement.

« Va chercher ... James ... James. Et Lily, lui dit Sirius. Oh, et Reg. »

« Reg ? »

« Regulus. Mon ... Mon frère. » dit Sirius avec impatience.

Elle sembla comprendre, mais l'expression de son visage fut remplacée par de la confusion lorsqu'il continua à radoter.

« Personne d'autre. Lily, James et Reg. Attends ... je vais ... je vais le faire. »

Il sortit son miroir de sa poche avec des doigts tremblants.

« James Potter. » dit-il.

Le visage souriant de James apparut et Marlène se figea.

« Hey, je ... euh ... je suis chez Marl- » commença Sirius, en se mettant à tousser.

C'était en partie à cause de l'émotion et en partie à cause de sa fatigue. James sourit simplement.

« Sirius ! grogna Marlène. Tu n'es pas mort. »

Elle avait l'air de vouloir qu'il en soit autrement. James ne semblait toujours pas capable de lui parler, alors il supposa que c'était possible. Sirius posa son miroir sur le couvre-lit et se tourna pour la regarder.

« Alors pourquoi tu es ... ici ? »

« Parce que je vis ici, crétin. » dit-elle, agacée.

« Mais tu es morte. »

« Presque, murmura-t-elle, avant que sa voix ne se durcisse. Si tu n'avais pas passé ton temps à courir après Voldemort, peut-être que tu l'aurais su. »

« Alors tu es vivante ? »

Elle leva les yeux au ciel.

« Et moi aussi ? »

« Tu étais presque mort quand tu es apparu dans mon entrée. » dit-elle sèchement.

Sirius replaça son miroir dans sa poche.

« J'espérais que tu serais mort pendant la première nuit, mais non. »

« Première- ? »

« Tu as dormi pendant trois jours, mais je t'assure, tu es bien vivant. »

Elle le fixa avec un regard concentré.

« Pour l'instant. »

Sirius ne doutait pas qu'elle fût capable de le tuer.

« Mais Malefoy ... dit-il. J'étais là, un des premiers à arriver chez toi. Tout était détruit. »

Il ne s'était jamais vraiment remis de ce jour d'août. Elle lui adressa un sourire amer.

« Malefoy était là, confirma-t-elle. Il a décidé de se faire plaisir pendant un moment, comme il le fait toujours et il- je ... »

Elle se redressa.

« J'ai été torturé. »

Sans réfléchir, Sirius tendit la main vers elle, mais elle sursauta et recula vers la porte.

« J'ai perdu ma mémoire à court terme. Je pensais que j'étais toujours à Poudlard ... en sixième année, je crois. Je me rappelle avoir dit à Malefoy que j'allais en parler à McGonagall et faire en sorte qu'il ait une retenue. Ensuite, son elfe de maison est apparu et a commencé à bégayer à propos de son fils. Il s'est tourné pour lui dire de partir et j'ai pu attraper ma baguette, je me suis jetée par la fenêtre et j'ai transplané. Des moldus m'ont trouvé près de l'ancienne maison de mes parents et m'ont amené dans un hôpital moldu, mais la médecine moldue était inutile pour me faire récupérer ma mémoire. J'ai sûrement enfreint une quarantaine de fois le Code International du Secret Magique, en les appelant tous des moldus, en disant que le Quidditch me manquait, en réclamant ma baguette – qu'ils m'avaient pris à mon arrivée. Il y avait une télévision dans ma chambre par contre et quand Lily et James ont été tué, je l'ai vu aux informations moldues – pas complètement, bien sûr, mais j'ai rempli les blancs – et j'ai craqué. J'ai commencé à me rappeler des petites choses, mais je savais que j'avais encore besoin d'aide, alors j'ai volé ma baguette et je suis allée à Ste Mangouste. Dumbledore en a été informé et est venu me dire tout ce qu'il s'était passé pendant les mois où j'étais dans cet hôpital moldu. J'ai appris que tu étais un traître- »

Elle cracha le mot.

« -que tu avais tué Peter et que Harry avait été envoyé vivre chez l'horrible sœur de Lily. Remus est venu me voir ... Il était désemparé, pas que ça t'importe ... »

Elle soupira.

« J'allais mieux. Je me souvenais de beaucoup de choses et j'allais participer, j'allais témoigner contre les mangemorts dans tous les procès et alors- et alors ... Je- Alice et Frank sont arrivés à l'hôpital, dans mon service. Je n'ai pas pu supporter ça. Je suis partie dès que les guérisseurs m'en ont donné le droit et j'ai emménagé ici. »

« Et tu as été seule depuis tout ce temps ? » demanda Sirius avec douceur.

Ce n'était plus du tout la Marlène qu'il avait connu ; elle avait toujours aimé être entourée de gens.

« J'avais un chat, mais il est mort l'année dernière. » dit-elle brièvement.

Son visage n'avait pas du tout changé ; sa mâchoire était serrée, ses yeux étaient absents. C'était une expression que Sirius connaissait bien, après avoir passé des années à Azkaban.

« Qu'est-ce ... qu'est-ce le monde t'a fait, Marly ? » demanda-t-il, d'une voix rauque.

Son expression impassible se transforma en une expression furieuse lorsqu'elle entendit l'ancien surnom et sa baguette laissa échapper une brume rose et dorée.

« Le monde ? demanda-t-elle, avec une colère froide. Le monde ne m'a rien fait, Sirius, c'était toi et tes amis mangemorts. »

Sirius n'était pas sûr de savoir quoi répondre à ça. Il n'était pas un mangemort, mais connaissant Marlène, il serait stupéfixé ou condamné au silence avant même qu'il ne puisse le dire. A la place, il se contenta d'attendre. Cela sembla l'agacer.

« Tu vas juste rester là, assis ? » demanda-t-elle.

« Qu'est-ce que je devrais ... faire d'autre ? demanda Sirius, en frottant machinalement un hématome particulièrement douloureux sur sa gorge. Je parlerais ... si tu veux que je le fasse- »

« Je ne veux pas que tu me parles. »

« Menteuse. » fut tout ce qu'il réussit à dire, alors que sa tête se mit à le faire souffrir.

« Excuse-moi ? »

« Tu es ... excusée, mais tu mens toujours. Si tu ne voulais pas que je ... parle, tu m'aurais directement rendu à ... aux ... aux Détraqueurs, ou tu m'aurais tué toi-même. »

« Tu te plains ? » demanda-t-elle.

« Pas du tout ... Je me demande juste ... Est-ce que je suis autorisé à te parler ou non ? »

Parler était la dernière chose qu'il se sentait de faire, mais si elle était encline à l'écouter, il ne voyait pas d'autres choix. Une expression méfiante passa sur son visage.

« Tu as deux minutes. »