Bien le bonjour ! J'espère que votre Noël s'est passé de la meilleure façon possible. Sinon, toutes mes bonnes ondes vont vers vous. Je me tais maintenant et vous laisse à votre lecture. A très bientôt !
« Drago, dit Lucius. Tu peux aller vérifier l'avancement de Dobby, s'il te plaît ? »
« Demande à Hydrus de le faire. » dit Drago, en fusillant son père du regard.
« C'est mon anniversaire. » se plaignit Hydrus.
« C'était il y a des semaines. En plus, tu m'as obligé à le faire pour mon dîner d'anniversaire, alors il peut le faire pour le sien. »
Une semaine plus tôt, il n'aurait jamais répondu et particulièrement s'il y avait du monde autour les Parkinson, Greengrass, Nott, Bulstrode, Crabbe et Shafiq semblaient tous stupéfaits d'entendre Drago parler de manière si irrespectueuse. Narcissa soupira doucement.
Elle n'avait rien dit de plus à Lucius à propos de son plan fou de faire de Drago un Gryffondor après leur discussion initiale, voilà deux semaines. Lucius, parallèlement, s'était montré silencieux sur la question, mais cette fois, cela n'indiquait pas qu'elle ait gagné.
Cette fois, cela voulait dire que Lucius progressait dans son plan et essayait de le faire sans attirer son attention.
Idiot, pensa-t-elle, en regardant son mari du coin de l'œil. Lucius n'était nullement un homme bête. Plutôt l'opposé, en vérité. Il avait juste la malheureuse habitude d'oublier que peu importe à quel point il était intelligent, elle l'était encore plus.
« Drago, dit Lucius, doucement. Je crois que je te l'ai demandé. »
Hydrus sourit et quelques autres enfants se mirent à rire aux dépends de Drago.
Ils se retourneront contre lui, pensa-t-elle en regardant son plus jeune fils avec tristesse. Même Gregory et Vincent – aucun d'eux n'était très doué – savaient que Gryffondor était mauvais, alors que Serpentard était positif. Les filles Greengrass étaient les seules qui pourraient ne pas s'offusquer qu'il ne soit pas à Serpentard. Narcissa aurait pu y trouver un peu de réconfort, mais elle savait que Drago n'était pas particulièrement ami avec aucune des filles. Daphné, en particulier, semblait l'agacer.
Elle affichait un rictus en regardant Drago désormais, tandis qu'il passait devant l'un des canapés – qui avait été poussé contre le mur pour faire de la place en face de la cheminée – puis à travers les portes doubles.
« Seigneur ! dit Clémentina en regardant Drago s'en aller. Pour qui se prend-t-il à parler à Lucius de cette façon ? Si tu me demandes, Narcissa, il a besoin d'une leçon pour lui rappeler où sont ses bonnes manières. »
Narcissa sourit.
« Mais personne ne t'a rien demandé, Clémentina. » dit-elle sur un ton si plaisant qu'il fallut plusieurs secondes aux autres pour entendre l'insulte.
Clémentina la regarda, bouche bée.
« Est-ce que Drago est malade ? demanda Pansy. C'est pour ça qu'il se comporte bizarrement ? »
« C'est exactement ça. » dit Narcissa à la fillette.
Son sourire était sincère cette fois – elle préférait Pansy, après tout.
« Il n'est pas lui-même, en ce moment. »
Elle adressa un regard sévère à Lucius que, malheureusement, il ne vit pas.
« Il n'est pas malade, dit Hydrus à Gregory, Vincent et Théodore dans un soupir bruyant. Il fait semblant ! Il veut juste ruiner mon dîner d'anniversaire. »
Par chance, Sonja choisit ce moment pour plaquer une main sur sa bouche et quitter la pièce rapidement. Aucun adulte ne paya beaucoup d'attention aux propos de Hydrus.
« Hydrus. » dit Narcissa, sur un ton de menace, tandis qu'Ernest courait derrière sa femme.
Les yeux plissés de Pansy suivirent les deux adultes et Narcissa ressentit une pincée de sympathie pour la pauvre fille. Narcissa s'approcha un peu de son fils aîné et lui adressa un regard que, contrairement à Lucius, il ne manqua pas. Il murmura une excuse boudeuse et mena les autres enfants en dehors du salon.
Le dîner fut plutôt plaisant il y avait suffisamment de personnes pour que la conversation ne se tarisse pas et la cuisine de Dobby était merveilleuse. Même si le petit Cyril fit un carnage avec sa glace, il n'y eut aucune explosion Narcissa s'en était inquiétée en voyant Drago assis entre Millicent et Daphné.
Après le dîner, tout le monde s'était dispersé dans la maison Lucius et quelques autres adultes étaient partis dans son bureau pour parler d'affaires plus sérieuses que les habituelles conversations qui avaient lieu à table. Ernest Parkinson et sa sœur Nola – dont le nom était maintenant Shafiq – s'y trouvaient, tout comme Roderick et Audra Crabbe, Aloysius et Clémentina Goyle, Magnus et Théodosia Bulstrode et Léopold Nott.
Comme tous portaient la Marque des Ténèbres, il était plutôt facile de comprendre ce dont ils étaient en train de parler – Harry Potter comme nouveau Seigneur des Ténèbres – et Narcissa – qui écoutait ces conversations, selon ses envies – avait décidé de rejoindre le reste de leurs invités dans le salon. Elle pensa qu'elle avait suffisamment entendu parler de Harry Potter dernièrement.
Eléanor discutait avec son beau-fils tandis qu'il jouait avec sa petite sœur Lucius pensait qu'il était dangereux pour Théodore de se montrer si charmé par la petite Catherine, mais Narcissa pensait que c'était mignon. Les trois filles Greengrass et Nadia Shafiq – qui avait le même âge que Daphné – tenaient une conversation murmurée près de la cheminée et semblaient inconscientes de ce qu'il se passait autour.
Vincent et Gregory rôdaient près de la table – sur laquelle se trouvait une assiette de pâtisseries et de confiseries que Dobby avait préparé – et à quelques mètres de là, Hydrus, Drago, Pansy et Millicent s'étaient appropriés quatre fauteuils et étaient en train de discuter. A l'opposé de la pièce, sur l'un des canapés, Parmenia et Marius Greengrass et Nishith Shafiq parlaient d'un ami commun – Marius et Nishith avaient tous deux travaillé au Département des découvertes magiques au Ministère – et c'est ainsi que Narcissa se trouva assise en compagnie de Sonja Parkinson.
« Merci pour la soirée. » dit Sonja en grimaçant alors qu'elle se déplaçait dans le fauteuil.
Narcissa attrapa un coussin sur le canapé où elle était assise et l'offrit à l'autre sorcière. Elle l'accepta avec un sourire faible mais sincère et le plaça derrière son dos.
« Je n'avais pas vu Pansy si heureuse depuis longtemps. »
Comme pour prouver le point de vue de sa mère, Pansy commença à rire à quelque chose que Millicent avait dit. Narcissa remarqua que Hydrus avait l'air contrarié à propos de ça et que Drago affichait un petit rictus.
« Nous n'invitons plus grand monde désormais, continua Sonja en bougeant encore. Ernest travaille la plupart du temps et je ne peux pas tout préparer seule. »
Narcissa n'était pas sûre que son expression soit appropriée. Elle se décida pour un air compréhensif.
« Bientôt, je ne serais même plus capable de venir à des soirées comme celles-ci. »
« Tu y arriveras, je suis sûre. » murmura Narcissa.
« C'est ce que tout le monde dit. Je sais que c'est juste de la politesse. Je vois la façon dont ils me regardent. »
Elle sourit doucement.
« Ne pas en parler ou prétendre que tout va bien ne change rien. Je suis mourante. Les guérisseurs pensent qu'il ne me reste pas plus d'un an. »
« Si peu de temps ? » souffla Narcissa.
Sonja avait seulement quelques années de plus qu'elle. Parfois, c'était difficile de s'en souvenir, cependant avec son visage tiré, ses cheveux plats et sans couleur et son apparence squelettique, Sonja avait l'air bien plus âgée.
« Pour être honnête, c'est un soulagement, dit Sonja, avec un petit sourire triste. Ça fait cinq ans et je suis fatiguée. »
« Tu as des raisons de vivre, murmura Narcissa. Il y a Ernest et Pansy … Sonja, et Pansy ? »
« Elle sera plus heureuse quand je serais partie. » dit Sonja en regardant sa fille tandis qu'elle parlait.
Narcissa savait que Pansy avait parfois du mal avec la maladie de sa mère, mais l'avis de Sonja ne pouvait pas être vrai …
« Tu ne me crois pas, dit Sonja. Mais c'est vrai. Ma fille me déteste. »
« C'est absurde- »
« C'est vrai. Parfois, je peux presque me convaincre que c'est mieux pour elle – si elle me déteste, je ne lui manquerais pas quand je serais partie … As-tu déjà perdu quelqu'un de proche, Narcissa ? » demanda doucement Sonja.
« Tu sais que c'est le cas. » dit Narcissa.
En plus de n'avoir jamais pris la Marque, elle et Sonja avaient trois autres choses en commun. Elles avaient toutes deux perdu leur père pendant la guerre – c'est cela, en vérité, qui les avait rapproché Sonja était la cousine de Narcissa du côté de sa mère, mais le père de Narcissa et son oncle ne s'étaient jamais apprécié – elle n'avait jamais su pourquoi. Après la mort du père de Narcissa, sa mère avait retrouvé son frère pour obtenir un soutien et ils avaient réussi à se rabibocher avant qu'il ne meurt un an plus tard.
La seconde chose qu'elles avaient en commun était qu'elles avaient perdu un frère ou une sœur pendant la guerre Narcissa avait perdu Bella qui s'était retrouvée à Azkaban, tandis qu'Evan, le frère de Sonja, était décédé. La troisième chose était qu'elles avaient toutes deux un frère ou une sœur traître à son sang, avec qui elles étaient brouillés – pour Narcissa, c'était Andy. Pour Sonja, il s'agissait de Cornelius, qui avait épousé une moldue.
« Et tu te rappelles de la douleur ? Du chagrin ? »
Narcissa acquiesça brusquement et plaqua ses mains sur ses genoux.
« Peut-être que c'est mieux si Pansy ne ressent pas ça. »
« Tu parles comme si tu essayais de te convaincre toi-même. »
« C'est le cas … As-tu déjà vu quelqu'un mourir ? »
« J'ai vu des personnes mortes. » dit Narcissa.
Quatre des hommes de Dumbledore avaient été capturé et amené au Manoir la nuit avant la destruction du Seigneur des Ténèbres. Deux d'entre eux – les jumeaux Prewett – s'étaient échappés, même si elle savait qu'ils avaient été tué peu de temps après ça. Les deux autres – Caradoc Dearborn, son ancien professeur de Défense, et Benjy Fenwick, le Préfet-en-Chef dont elle était tombée sous le charme en deuxième année – avaient été explosé en milles morceaux par Evan. Narcissa se souvenait du Manoir entier qui s'était mis à trembler Drago venait de faire ses premiers pas hésitants et était tombé.
Elle s'était précipitée en bas pour voir ce qu'il s'était passé – après avoir laissé Drago et Hydrus avec Dobby – et avait trouvé Lucius, Evan, Ernest, Abraxas et Severus debout, choqués, dans la cellule noircie et ensanglantée qui avait été nettoyé depuis, mais elle détestait toujours s'y rendre. Quelqu'un – probablement Rosier, puisqu'il était responsable de tout ça – avait été chargé de laisser les restes de Fenwick dans un endroit où les partisans de Dumbledore pourraient les trouver. Il n'y avait pas eu assez de Dearborn pour faire de même.
« Mais je n'ai jamais vu personne mourir, dit-elle, en revenant à l'instant présent. Et toi ? »
« Non, dit Sonja, l'air nerveux. Tu as ressenti quelque chose pour eux ? Ces morts que tu as vu ? »
« J'étais triste. C'était de leur faute et ça devait être fait, mais c'était des vies gâchées. Ils avaient des amis, des familles et un futur ... »
« Mais tu n'as pas pleuré ? »
C'était dans des moments comme celui-ci que Narcissa se souvenait que Sonja avait été à Serdaigle.
« Non. » murmura Narcissa en plaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille, avant de croiser ses mains de nouveau.
Ça avait été triste et choquant, oui – ce n'était pas tous les jours qu'elle voyait son professeur de Défense éclaboussé sur les murs de sa cellule – mais ça n'avait pas été une perte personnelle.
« Alors peut-être que c'est une bonne chose que Pansy me déteste. »
« Tu ne crois pas vraiment ça. » dit Narcissa en regardant avec méfiance le visage de la femme.
Sonja sourit doucement.
« Non, je ne le pense pas. Mais je voudrais le faire ... »
« Pourquoi ? » demanda Narcissa.
« Parce que je veux ce qui est mieux pour Pansy. Je ne veux pas la blesser. »
« Alors pourquoi tu ne la laisses pas te détester ? »
« Parce que ce n'est pas moi qu'elle déteste. C'est le fait que je sois malade, que je sois mourante. Elle est encore trop jeune pour faire la distinction, mais je le sais et je ne veux pas qu'elle me déteste. Je vais la perdre suffisamment tôt, je veux que ma fille reste mienne aussi longtemps que je le pourrais. C'est égoïste, je sais, mais- »
« Mais ce n'est pas un souhait déraisonnable. » murmura Narcissa.
« Je lui ai écrit des lettres, tu sais, admit Sonja, en se tapotant les yeux qui commençaient à s'embuer. Pour tous ses anniversaires, pour les Noël et pour son premier jour à Poudlard … Et Ernest m'a promis de lui dire que je l'aimais, pour qu'elle s'en rappelle toujours … Et peut-être qu'avec le temps, elle me pardonnera. »
« Il n'y a rien à pardonner. »
« Bien sûr que si. Je suis sa mère et je vais l'abandonner. »
« Tu es victime des circonstances- »
« Bien sûr que nous le sommes. Ça ne veut pas dire que je ne l'abandonne pas. Je suis sa mère. Je suis supposée être là pour elle, prendre soin d'elle et je ne le ferais pas. »
Narcissa ne savait que dire.
« C'est pourquoi j'ai essayé de ne pas être jalouse du fait qu'elle aime tant son père. Ils sont toujours l'un avec l'autre – ils le seraient probablement aussi si je n'étais pas malade – et ils auront besoin de ça, ils auront besoin l'un de l'autre bien trop rapidement. »
« Essayé ? » demanda Narcissa.
« Ça ne marche pas toujours, bien sûr. Je suis parfois jalouse. Je ne dis jamais rien, à aucun d'eux. Ça serait pas juste et ça serait irrationnel. Il est logique que Pansy s'appuie sur son parent le plus stable. »
Un petit rire s'échappa de ses lèvres pâles.
« Une intuition infantile, on pourrait dire. Peut-être qu'elle sera à Serdaigle, après tout. »
« Tu ne veux pas qu'elle soit à Serpentard ? »
« Honnêtement, je me fiche de l'endroit où elle va, pourvu qu'elle soit heureuse. »
Les paupières de Sonja commencèrent à se fermer Narcissa aurait pu s'en alarmer si c'était inhabituel, mais elle avait vu Sonja le faire plusieurs fois déjà.
« Elle va avoir quelques années difficiles devant elle et je veux qu'elle soit entourée de gens qui vont la soutenir. Si elle trouva ça à Poufsouffle, qu'il en soit ainsi. Je veux juste qu'on s'occupe d'elle. »
« Tu sais que … quand le temps sera venu … Lucius, les garçons et moi-même serons toujours là pour elle et pour Ernest, bien sûr. »
« Je sais. Je sais ça. »
Les yeux de Sonja se fermèrent et elle s'affaissa dans son siège.
« Merci. » souffla-t-elle.
Narcissa regarda son corps se détendre jusqu'à ce qu'elle s'endorme, même si un léger froncement de sourcils demeura sur son visage. Narcissa étudia Sonja pendant un moment, avant de faire apparaître une couverture et de l'en recouvrir.
« Merci, dit une voix à son épaule. J'allais faire ça. »
Narcissa se retourna, surprise, avant de sourire – un peu tristement, mais elle ne put s'en empêcher – à Pansy, dont les yeux sombres étaient fixés sur sa mère.
« Elle va mourir, vous savez. » dit Pansy d'une façon détachée, en regardant toujours Sonja.
« Je sais. » dit doucement Narcissa.
« Elle est faible. » dit Pansy.
« Je trouve qu'elle est très forte, dit Narcissa. Elle est malade depuis cinq ans maintenant, mais elle est toujours là, à lutter. »
« Mais elle perd. »
« C'est vraiment fatigant d'être toujours malade. »
« C'est ce que dit Papa. » murmura Pansy.
Elle adressa un dernier regard à sa mère, avant que ses yeux ne se posent sur Narcissa.
« Eh bien, merci pour la couverture, Mme Malefoy. »
Narcissa pencha la tête et Pansy reprit place dans son fauteuil près de Hydrus. Les six enfants – parce que Hydrus, Drago, Pansy et Millicent avait été rejoint par Vincent et Gregory – recommencèrent à parler, comme si Pansy n'était jamais partie.
Ils étaient devenus doués pour cela désormais – Narcissa s'était personnellement assurée que ses deux garçons ne parleraient pas de Sonja à Pansy, à moins que Pansy n'en parle la première et même là, seulement s'ils pouvaient lui répondre sans l'offenser. Les parents de Vincent et Gregory leur avaient également demandé de ne rien dire du tout et Millicent était suffisamment maligne pour juger la situation elle-même et agir en conséquence.
Sonja bougea un peu et murmura le prénom de sa fille dans son sommeil.
Nous ne sommes pas si différentes, pensa Narcissa en regardant Sonja. Nous voulons toutes deux ce qu'il y a de mieux pour nos enfants.
Le problème était que Narcissa – après deux semaines complètes de réflexion intense – n'avait toujours aucune idée de ce qu'était le mieux.
Après être rentré de chez Lunard par la cheminée deux semaines plus tôt, Harry et Patmol s'étaient réinstallés au Square Grimmaurd. Il y avait eu du nettoyage à faire – par chance, un simple sort de Récurage s'était occupé de la poussière et des toiles d'araignée que Kreattur avait fait apparaître et la plupart des dommages avaient été causé par la magie et avaient donc pu être remis en ordre par un rapide Reparo ou Finite Incantatem.
Le nettoyage avait ramené des souvenirs de février, quand ils avaient emménagé pour la première fois, mais il y avait eu plusieurs améliorations ; d'abord, Kreattur était volontaire pour aider – il s'était montré hystérique de les avoir à la maison et les avait régalé d'histoires à propos des visites des Aurors – et leur avait offert des repas réguliers. Ensuite, Harry et Patmol se connaissaient mieux cette fois et n'étaient plus si précautionneux l'un envers l'autre qu'ils ne l'avaient été à ce moment-là et troisièmement, Lunard était avec eux dès qu'il n'était pas occupé par les recherches et était plutôt heureux de les aider et de leur proposer sa compagnie dès lors qu'un d'eux en avait besoin.
Avec tout ce nettoyage et le travail de réparation effectué dans les premiers jours après leur retour à la maison, les choses étaient finalement redevenues tranquilles, ce que Harry n'avait pas vu depuis l'incident de la caverne ; il avait toujours des cauchemars – soit Patmol essayait de tuer Rogue, soit en rapport avec la caverne – mais puisque sa chambre avait été protégé contre le feu et qu'il était raisonnablement sûr que Rogue mentait, il n'y avait aucune raison de s'inquiéter outre mesure et les mauvais rêves s'étaient espacés tandis que septembre approchait.
Patmol était tout le temps d'une humeur ridiculement joyeuse – ou peut-être que c'était juste normal et semblait inhabituel après la potion du Détraqueur – parce qu'il avait toujours soit Harry, soit Lunard avec lui pendant toute la journée et parce qu'il travaillait sur son idée de traitement ; Harry savait désormais que cela impliquait l'Occlumancie et le sortilège du Patronus que Patmol avait mentionné cette nuit-là chez Lunard. Il n'avait eu qu'une seule journée où il avait été malade depuis qu'ils étaient rentrés à la maison et il l'avait passé à faire des recherches, alors ce n'était pas une perte de temps complète.
Quand Patmol ne travaillait pas sur son traitement, il enseignait à Harry différents maléfices et d'étranges sorts qui ne seraient pas dans le programme à Poudlard, mais qu'il était tout de même utile de connaître ; Patmol ne voulait pas que Harry arrive à Poudlard en sachant tout et qu'il se retrouve à s'ennuyer, en conséquence. Lunard avait même ressorti son ancien agenda – selon Patmol, il en avait un chaque année à Poudlard – alors ils savaient quels étaient les sujets à éviter.
Pendant les jours où Lunard ne travaillait qu'à mi-temps sur les recherches, il s'occupait des leçons de Harry pour laisser à Patmol du temps pour ses recherches. Lunard prenait l'enseignement un peu plus sérieusement que Patmol – Harry avait fait explosé un chaudron et Lunard l'avait fait écrire dix centimètres de parchemin sur les possibles raisons de l'incident et sur la façon d'empêcher la reproduction de ce type d'incidents dans le futur, quand Patmol aurait juste ri – mais il était un bon professeur et Harry apprenait beaucoup.
A la fin du mois de septembre, ils avaient couverts un bon nombre des créatures magiques les plus connus – des choses comme les dragons, les loup-garous, les vampires, les sirènes (qui n'étaient apparemment pas belles du tout), les licornes et les fées – et Lunard avait aussi pensé que Harry devrait apprendre quelques sorts et potions de soin très simples – Harry pouvait désormais avec succès concocter de la Pimentine, une potion qui apaisait les maux de tête – ce dont Patmol avait souvent besoin quand il s'entraînait à l'Occlumancie – et un sort qui pouvait soigner les petites coupures et les hématomes. Lunard avait aussi – secrètement – appris à Harry quelques sorts que Patmol n'avait pas encore couvert et en conséquence, il n'avait pas su que Harry les connaissait avant qu'il ne les utilise contre lui.
« Tempus Admonius. » murmura Harry.
Une petite horloge brillante apparut dans l'air en face de lui. Il agita sa baguette pour ajuster l'horloge – une minute de plus – et tapota l'horloge, qui frémit et disparut. Harry s'assit et ramassa les morceaux du puzzle de Regulus à nouveau – il avait réussi à faire la tête du serpent et le dernier morceau de sa queue.
Deux pièces plus loin, la chasse d'eau retentit et Patmol revint dans la pièce et se rassit, chantonnant pour lui-même. Une seconde plus tard, il était de nouveau plongé dans un exemplaire du Sorcier du soir et n'avait pas remarqué les regards en coin de Harry dans sa direction.
Quand la minute fut terminée, une alarme hurlante – similaire à un alarme moldue – se mit en marche. Patmol se mit à crier et se couvrit les oreilles ; Harry ne pouvait pas le blâmer – il avait lancé le sort au niveau du menton de Patmol.
« Finite. » s'écria Patmol, en agitant sa baguette au-dessus de son épaule.
L'alarme ne s'arrêta pas. Patmol jeta un œil à Harry, qui essayait – en vain – de conserver un visage impassible ; il avait apparemment oublié que le sort ne pouvait être désactivé seulement en étant touché par une baguette. Harry pouvait voir le faible éclat du sortilège, mais il pensait que c'était seulement parce qu'il savait où regarder.
« C'est où ? » demanda Patmol, avec un large sourire.
Harry se pencha un peu et tapota l'éclat du sort avec sa baguette. Le silence revint immédiatement. Un autre coup et le sort disparut complètement, comme il était supposé le faire ; Harry n'avait toujours pas appris à faire disparaître des choses, parce que Patmol – dans un rare accès de maturité – avait décidé qu'il y avait plus de dangers associés avec le fait de l'apprendre maintenant qu'il n'y avait de bienfaits.
« Est-ce qu'être capable de faire disparaître des légumes de ton assiette vaut vraiment le risque que tu lâches accidentellement 'Evanesco' dans un duel et que tu fasses disparaître ton adversaire ? » avait-il demandé.
Harry avait été suffisamment effrayé par cette idée qu'il avait promis – sans que personne n'ait besoin d'insister – de ne pas essayer tandis qu'on ne lui expliquerait pas comment le faire, peu importe que ce soit à Poudlard dans plusieurs années, ou de la bouche de Patmol ou Lunard.
« Tu aurais du voir ta tête. » lança Harry en riant, rangeant de nouveau sa baguette dans son jean.
« Elle ressemblait à la tienne quand j'ai modifié ta chambre l'autre nuit ? » demanda Patmol sournoisement.
Harry grimaça ; tandis qu'il dormait, Patmol avait déplacé tous les meubles de sa chambre et donc, quand Harry s'était levé du lit le matin suivant, encore à moitié endormi, il était rentré dans le mur, parce que c'était là que la porte était supposée être. Patmol était debout dans l'encadrement de la véritable porte, mort de rire.
« Probablement, ouais. » murmura Harry, en essayant de ne pas sourire trop largement.
Patmol laissa échapper un rire semblable à un aboiement et ébouriffa les cheveux de Harry.
« On peut dire que c'est le moment de la trêve, alors ? »
« Trêve. » confirma Harry.
« Nous deux, dit Patmol solennellement. Lunard, par contre … »
« D'accord. » dit Harry, en riant.
« Par Merlin, on dirait Sirius. » commenta Lunard depuis la porte.
Il avait arrêté de sonner quand Patmol avait arrêté de répondre à la porte et il s'invitait tout seul désormais.
« Comment ça ? » demanda Harry avec curiosité.
« Quand tu ris, dit Lunard, en plaçant sa cape abîmée sur le dossier d'une chaise. Je ne peux pas l'expliquer … On dirait Sirius. »
« Sa voix ressemble exactement à celle de James. » le contredit Sirius.
« Je n'ai rien dit à propos de sa voix, juste son rire. » dit Lunard.
« C'est vrai … » dit Sirius en arquant un sourcil.
Il plaça un bras autour de l'épaule de Harry, tandis que Lunard attrapa une chaise près du bureau pour s'y asseoir.
« Eh bien, gamin, si tu as le même rire que moi, au moins, tu as un rire sacrément séduisant. »
Harry ne put s'empêcher ; il se mit à rire.
« Alors, poursuivit Patmol en regardant Lunard. Comment se sont passées les recherches ? Tu as trouvé ce pauvre et innocent Sirius Black et son filleul maléfique ? »
« Eh bien- » commença Lunard.
« Je crois que c'est l'inverse, dit Harry, avec obligeance. Je crois que je suis supposé être l'innocent. »
Patmol fronça les sourcils comme s'il était sérieusement en train d'y réfléchir.
« Tu es- Non … Non, je suis sûr que tu es le maléfique. »
« Ouais, en fait, peut-être que c'est vrai, dit Harry en souriant, avant de poursuivre. Désolé, Lunard. »
« C'est rien, dit Lunard, sa bouche frémissante. Et non, nous n'avons trouvé aucun de vous. Matt était dévasté. »
Lunard sourit, les yeux brillants.
« Il était ennuyé par ça au déjeuner, en vérité. Il pense que vous devez sûrement avoir quelqu'un qui vous aide. »
« Au nom de Merlin, d'où est-ce qu'il sort cette idée ? »
« Je n'en ai pas la moindre idée, renifla Lunard. Bien sûr, Matt étant Matt, il a pensé que c'était une bonne idée de partager sa théorie avec le reste du groupe. Arabella est toujours certaine que c'est Nymphadora et je crois que Dirk pense la même chose, mais il est plus subtil. »
Lunard soupira, sans trop savoir si cela l'amusait ou non.
« Elle est toujours censée prendre le relais ? » demanda Harry.
« Je n'y vais pas demain – jour de pleine lune et tout ça – mais elle s'occupe de ses affaires d'Auror le vendredi de toute façon, alors je lui ai confié les rênes samedi, puisque je ne serais pas là non plus, dit Lunard. Il ne reste pas grand chose à faire, pour être honnête, alors je suis certain qu'elle va gérer admirablement, mais c'est toujours une bonne façon de la tester. En fonction de la façon dont ça va se passer, elle pourrait reprendre rapidement. »
Il joua un peu avec un fil de son pull et leva les yeux.
« Tu as fait des progrès avec ton Patronus ? »
« Non, dit Patmol. J'ai fait un peu mise en forme ce matin, mais c'est tout depuis samedi. »
« Pourquoi ? Hier soir, tu disais que tu étais proche. »
« Je suis proche, dit Patmol, en rayonnant. Très proche. Mais la pleine lune est demain et si quelque chose ne marche pas, je ne veux pas te laisser te débrouiller tout seul. »
« Sirius- » dit Lunard, l'air mal à l'aise.
« Ça va, Lunard, dit Patmol. Je fais un truc noble. Ne ruine pas mes efforts. »
Lunard se mordit la lèvre.
« Je peux voir que tu penses encore à les ruiner, dit Patmol. Ne le fais pas. »
« Je dis juste- si tu peux aller mieux- »
« Et tu l'as quand même fait, dit Patmol, l'air résigné. Ruineur de noblesse. »
« Désolé. » dit Lunard.
Harry essayait de ne pas rire en les regardant tous les deux.
« Tu ne peux pas t'en empêcher, dit Patmol en souriant largement. Je peux gérer un jour de plus. J'ai juste besoin de trouver quelque chose à faire pour m'occuper demain. »
« J'ai peut-être une idée de ce que l'on pourrait faire », dit Lunard.
« Oh non, s'empressa de dire Patmol. Tu vas nous faire faire des choses ennuyeuses, comme réorganiser la bibliothèque ou- »
« La bibliothèque a besoin d'être réorganisé, marmonna Lunard. Tu l'as dit toi-même. »
« Je l'ai dit, mais ça ne veut pas dire que je vais le faire. » répliqua Patmol.
Harry se débrouilla pour transformer son rire en toux à la dernière minute ; il ne comptait pas prendre de parti là-dessus, en particulier parce que – peu importe quel parti il choisissait – il finirait par aider.
« Hypocrite. Et ce n'est pas quelque chose d'ennuyeux. »
« Eh bien, pas pour toi, dit Patmol. Mais nous sommes des gens normaux, Lunard. Nous ne voulons pas réorganiser la bibliothèque. »
« Je n'ai jamais parlé de la bibliothèque ! »
« Oh que si ! Tu as dit qu'il fallait la réorganiser ! »
Patmol se tourna vers Harry.
« Il va nous faire réorganiser tous ces trucs, dit-il en désignant les étagères autour d'eux. Et après, quand nous aurons fini ça, il nous enverra à l'étage pour ranger ta chambre- »
« Je l'ai déjà fait il y a une semaine ! » protesta Harry.
« Je sais, dit Patmol. Il est horrible, pas vrai ?! »
Il fixa – sans grande conviction – un Lunard exaspéré.
« Il est- »
« Oh, tais-toi, Patmol. » dit Lunard, en levant les yeux au ciel.
Patmol continuait à se plaindre dramatiquement, alors Lunard haussa la voix.
« J'allais proposer de jeter un œil à une certaine boîte qui a été mise de côté dans ma chambre d'amis depuis bien trop longtemps. » dit-il avec force.
Cela fit taire Patmol.
« Jordan, nommez une des douze propriétés du sang de dragon. »
Jordan – qui, jusque-là, riait à quelque chose que l'un des Weasley avait dit – jura et leva la tête.
« Euh … dit-il. Eh bien, mon père s'est retrouvé dans cette bagarre au Chaudron Baveur une fois et il a mit du sang de dragon – enfin, je veux dire, c'était un steak, mais il y a du sang dans les steaks, pas vrai ? – sur son visage pour le soigner. »
« J'ai demandé une propriété du sang de dragon, pas une aventure de votre père. » s'écria Severus, avant de retirer cinq points à Gryffondor.
« Il vous a donné une propriété ! » s'exclama l'un des insupportables morveux Weasley.
« Cinq points en moins pour Gryffondor pour parler alors que ce n'était pas votre tour. » dit Severus.
Yaxley et Joffs, qui étaient assis à une table au fond de la classe, ricanèrent.
« Et non, Mr Weasley, il ne l'a pas fait. En revanche, il a laissé échappé un indice. Oui, Miss Fawley ? »
« Le sang de dragon présente des propriétés médicales. » dit Fawley, en adressant un rictus en direction des Gryffondor.
« Dix points pour Serpentard, dit Severus. Vous devriez tous écrire ça ! Spinnet ! »
La fille gémit.
« J'imagine que vous connaissez une autre propriété, car je ne vois aucune autre raison valable pour que vous soyez en train de parler à Miss Johnson durant ma classe. »
« Euh … »
Spinnet se mit à jouer avec une mèche de ses cheveux, releva les yeux – l'air alarmé en voyant que Severus la regardait – et les baissa de nouveau.
« Eh bien, monsieur, le sang de dragon est utilisé dans les potions. »
« Nommez l'une d'elles. »
Tous les Gryffondor semblaient retenir leur respiration.
« Le Blemish Blitzer. » proposa Spinnet avec hésitation.
Severus retroussa les lèvres. Jordan et les Weasley se mirent à grogner.
« Si j'avais voulu le nom d'une marque, je l'aurais demandé. » dit-il.
La lèvre supérieure de Spinnet se mit à trembler.
« Si vous espérez passer cette année, vous aurez besoin d'apprendre à suivre les instructions. En conséquence, encore cinq points en moins pour Gryffondor. Aïe, aïe, Gryffondor souffre aujourd'hui … »
Il était prêt à retirer davantage de points – probablement dix cette fois, car il haïssait les jumeaux – à l'un des Weasley pour arborer une expression si insolente dans sa classe, mais il fut interrompu par un léger coup à la porte. Les sourcils froncés, Severus fit un rapide décompte de la classe, mais ils étaient tous présents. Severus se dirigea donc vers la porte et l'ouvrit.
« Severus. »
Narcissa Malefoy lui tendit une pâle main et il la serra. Il ne l'autorisa pas à voir à quel point il était surpris.
« Narcissa. »
Severus sortit de la classe et – après un court débat pour savoir s'il était plus sûr de garder un œil sur sa classe (particulièrement car elle contenait deux Weasley) – referma la porte. Il espérait juste ne pas le regretter. Narcissa avait l'air légèrement surprise.
« Que puis-je faire pour toi ? »
Elle eut l'air perdu l'espace d'un instant, avant de prendre une profonde respiration et de lisser sa robe.
« Je m'excuse d'interrompre ta classe, dit-elle, l'air sincèrement désolée. Je voulais simplement t'informer que j'étais là et que j'avais besoin de te parler, quand cela te convient. »
« Le Directeur sait que tu es là ? »
« Je ne l'ai pas informé que je venais, dit-elle, en secouant la tête. Mais cela ne veut pas dire qu'il ne sait pas. »
Tellement vrai, pensa Severus, en s'autorisant à sourire.
« J'ai demandé à Dobby de transplaner directement dans ton bureau – j'espère que ça ne t'ennuie pas. »
« Pas du tout. » dit Severus, même cela l'ennuyait un peu.
Il était plus intéressant de savoir ce qui avait fait venir Narcissa ici, seule, et avec l'aide d'un elfe de maison ; ce n'était pas quelque chose à laquelle la majorité des Sang-Purs pourraient penser, et encore moins accepter.
« De quoi as-tu besoin ? »
Elle jeta un œil en direction de la salle de classe.
« Cela peut attendre jusqu'à la fin de ta leçon. »
« Après laquelle j'ai un double cours avec ma classe d'A.S.P.I.C. »
Son visage se défit suffisamment pour qu'il le remarque.
« Un moment. » lui dit Severus.
Il retourna à l'intérieur, surprenant la classe.
« Je suis demandé quelque part. »
Il valait mieux ne pas leur donner une estimation de temps – pas que Severus en ait une, de toute façon – car cela les garderait aux aguets et impliquait qu'ils se comporteraient correctement.
« Pendant mon absence, vous allez rechercher les douze propriétés du sang de dragon dans vos livres et en faire un résumé. Vous me le rendrez quand je reviendrais, terminé. »
« Monsieur ? demanda Poole, avec la main levée. Il doit faire quelle longueur ? »
Parfois, Severus se demandait pourquoi la fille avait été placé dans sa Maison et pas celle de Filius.
« Trois centimètres par utilisation. » dit-il sèchement.
Plusieurs étudiants – et pas seulement des Gryffondor – se mirent à grogner.
« Vous pouvez échanger vos livres si nécessaire et partager vos idées entre vous, mais le rendu est individuel. Si vous n'avez pas ce qu'il faut, je vous suggère d'emprunter ce qu'il faut à quelqu'un d'autre. »
Et ensuite, puisqu'il ne pouvait pas compter sur ses Serpentard pour prêter des parchemins et de l'encre aux Gryffondor qui n'avaient pas pensé à amener les leurs, il reprit la parole.
« Personne ne quitte la pièce tant que je n'ai pas récupéré les résumés de tout le monde. »
« Mais, professeur- » gémit Joffs.
« Personne ne quitte la pièce tant que je n'ai pas récupéré les résumés de tout le monde, répéta Severus. Ne me faites pas le dire à nouveau. »
Les étudiants commencèrent à sortir des livres, des parchemins et des plumes. Il attendit que la plupart d'entre eux se soient mis au travail – ou se soient mis à faire semblant – avant de ressortir de la pièce. Narcissa l'attendait patiemment.
« Nous allons parler dans mon bureau. » dit Severus, en lui faisant signe de le suivre.
« Merci pour ça. » dit-elle, en semblant incroyablement sincère.
Severus ne trouva rien à répondre à cela – s'il répondait, il pourrait accidentellement faire un sale boulot, en échangeant quelques plaisanteries ; Narcissa était dans une humeur étrange aujourd'hui. Severus poussa la porte de son bureau et laissa passer Narcissa. Elle jeta un œil curieux aux potions et aux ingrédients alignés sur les étagères, mais son regard ne semblait pas fixé ; elle avait déjà probablement eu le temps de regarder quand elle était arrivée.
« Assieds-toi. » dit-il sèchement, en désignant le siège en face du bureau, tandis qu'il prenait place sur sa propre chaise.
« Y'a-t-il un risque qu'on nous écoute ? demanda-t-elle nerveusement. Y'a-t-il quelqu'un qui pourrait venir te chercher ? »
Severus lança un Assurdiato informulé en direction de la porte du bureau, ainsi que plusieurs autres sortilèges de protection et de confidentialité. Il aurait peut-être été plus simple de l'emmener dans ses appartements – accessibles par une porte cachée derrière l'une de ses étagères à ingrédients – mais même s'il avait davantage confiance en Narcissa qu'en Lucius, il n'était pas prêt à lui faire suffisamment confiance.
« Plus maintenant. » lui dit-il.
« Je-, commença Narcissa, avant de sembler perdre ses nerfs. Nettoyant pour four. »
« Je te demande pardon ? »
« Le sang de dragon, dit-elle, joyeusement. Il peut être utilisé comme nettoyant pour four. »
Severus cligna des yeux. Il était au courant de ça, bien sûr, mais ne pouvait imaginer comment elle pouvait savoir ça. Narcissa était douée, oui, mais pas en potions – elle avait tout juste réussi à obtenir un A pour sa B.U.S.E. de potions, si Severus se souvenait bien – et il n'était pas sûr de savoir comment une sorcière qui avait eu des elfes de maison toute sa vie pourrait savoir quelque chose sur les nettoyants pour four.
« En effet, oui. » se débrouilla-t-il à répondre.
Severus se demanda si elle était venue pour le déstabiliser. Si c'était le cas, elle avait réussi.
« C'est amusant les choses dont on se rappelle de l'école, n'est-ce pas ? dit-elle doucement. Je crois que c'est la seule chose dont je me souviens des cours de potions, en plus de la fois où Bella a été envoyé à l'infirmerie parce que Slughorn avait renversé un chaudron avec son énorme ventre. »
Severus s'en souvenait également. Cela avait sans doute été l'un des meilleurs moments de sa cinquième année ; et la cinquième année avait été une mauvaise année.
« J'imagine que tu as autre chose à dire cependant. » dit Severus, toujours stupéfait qu'elle en sache autant sur les nettoyants pour four.
« En effet. »
Elle plaqua ses mains sur ses genoux.
« J'ai besoin d'un … avis. Tu sais que j'aime mon mari, n'est-ce pas, Severus ? »
« Bien sûr. » dit Severus avant d'avancer légèrement sa chaise, juste au cas où.
Elle sourit doucement et il se demanda si elle savait ce qu'il pensait.
« Est-ce que ça a été remis en doute ? »
« J'espère que non, dit-elle, légèrement contrariée. Mais en vérité, il ne sait pas que je suis ici et je dois te demander de garder secret ce que tu vas apprendre. »
« Et si je ne le fais pas ? » demanda-t-il, avec neutralité.
Narcissa eut l'air perdu.
« Eh bien, dit-elle, l'air d'être incroyablement proche de la crise de nerfs. Eh bien- je- »
« Quoi que tu dises restera secret. » lui assura-t-il.
Dumbledore ne comptait pas. Étrangement, ses yeux se remplirent de larmes et ses épaules s'affaissèrent, comme si un fardeau venait d'y être retiré.
« Drago ira à Gryffondor. » murmura-t-elle.
Severus la fixa, en se demandant si cela était même possible. Le garçon était aussi Serpentard qu'il était possible de l'être.
« J'imagine que Lucius a prévu de modifier sa personnalité ? »
C'était la seule explication possible.
« En effet. » dit Narcissa, l'air irrité.
« Puis-je demander pourquoi ? » demanda-t-il finalement, incertain de son état d'esprit.
« Pour qu'il puisse être proche de Harry Potter. »
« Je vois, fut tout ce que Severus trouva à dire, mais son esprit était embrumé. Et pourquoi me dis-tu ça ? »
« Parce que je ne sais pas quoi faire, murmura-t-elle. Et si Harry Potter n'était pas réparti à Gryffondor ? Drago y serait pour rien ! Et si Harry Potter était mort et qu'il ne se montrait même pas à l'école- »
« Harry Potter est en vie. » dit Severus.
Narcissa était parfaitement immobile.
« Dumbledore a des gens au Département des archives magiques et le nom du garçon n'est pas apparu. Et Lucius m'a dit que tu savais pour Pettigrow. »
« En effet. » dit-elle sèchement.
« Alors pourquoi penses-tu que Harry Potter est mort ? »
« Si Lucius a raison et qu'il est le prochain Seigneur des Ténèbres, alors ça aurait du sens que Sirius le tue. Sirius s'est toujours battu pour Dumbledore, tu te souviens- »
« Je me souviens, dit Severus, avant de soupirer. Harry Potter ne sera pas un mage noir, pas si Black l'élève. Ce sera un Gryffondor, je n'ai aucun doute là-dessus. Donc, à moins que Lucius soit enclin à incliner la tête et à suivre le prodige de Dumbledore, placer Drago à Gryffondor est un acte inutile. »
« Mais Potter est puissant, le contredit Narcissa. Il a tué le Seigneur des Ténèbres. »
Le sacrifice de Lily a fait ça, pensa Severus avec irritation.
« Le Seigneur des Ténèbres n'est pas mort. »
Les yeux de Narcissa s'écarquillèrent, mais il ne réussit pas à décrypter son expression.
« Il t'a contacté- ? »
« Non, dit Severus. Je me base simplement sur les paroles de Dumbledore- »
Narcissa, au moins, avait plus de respect pour Dumbledore que Lucius ; elle ne ricanait pas ou ne faisait pas de commentaires méprisants.
« -mais Dumbledore a rarement tort à propos d'affaires si importantes. »
« Non. » dit Narcissa.
Severus ne pouvait savoir si elle était d'accord avec lui ou si elle exprimait une de ses pensées à haute voix.
« Il a disparu- »
« Disparu, oui, confirma Severus. Mais il n'est pas mort. Il reviendra et il voudra que Harry Potter et tout ceux qui se tiennent à ses côtés soient détruits. »
« Je l'ai dit à Lucius, dit-elle soudainement, en fermant les yeux. Je ne pensais pas- J'essayais simplement de lui faire retrouver la raison- »
Ses yeux s'ouvrirent et se posèrent sur le visage de Severus.
« Severus, s'il te plaît, parle-lui. Dis-lui- »
« J'ai essayé, dit Severus avec éloquence. Plus de fois que je ne peux les compter, mais Lucius a peu de respect pour les opinions de Dumbledore. »
« Mais Drago sera tué ! Tué ou forcé d'espionner- »
« Cela reste vrai, peu importe dans quelle Maison il sera placé. Avec Lucius comme père, il sera engagé dès qu'il sera assez âgé. Refuser serait une trahison. Il n'y a que deux options ici, Narcissa, et c'est la vie ou la mort. »
Le menton de Narcissa se mit à trembler.
« Je veux juste qu'il soit en sécurité … »
« Alors tu as choisi la vie. Drago servira le Seigneur des Ténèbres, tout comme Hydrus, certainement- »
Le visage de Narcissa afficha une expression de dégoût et s'adoucit la seconde d'après. Severus se demanda s'il avait même bien vu.
« Et comme Lucius n'entendra pas raison, il semble que Drago ira à Gryffondor, à moins que tu ne persuades ton mari de donner cette mission à Hydrus. »
Narcissa fixait ses genoux. Severus pensa qu'elle devait à nouveau lutter contre ses larmes. Sans un mot, elle secoua la tête.
« Dans tous les cas, un de mes fils va devenir un traître à son sang, avant d'être contraint à devenir un espion. » murmura-t-elle.
Personnellement, Severus aurait préféré que Drago ne soit pas le traître à son sang, mais il resta silencieux.
« Mais ce sera Drago. Hydrus est trop routinier. Drago est plus jeune, plus facile à influencer … »
C'était également plus sûr pour Drago, concéda Severus ; Bellatrix, en tant que marraine de Hydrus, ne voudrait plus rien avoir à faire avec Hydrus s'il était placé à Gryffondor, tandis que Severus continuerait à tolérer son propre filleul. Elle prit une lente et tremblante inspiration et plaça son visage dans ses mains.
« Mon fils, mon pauvre fils … »
Oui, pensa Severus, surpris de se sentir aussi misérable ; il avait toujours pris les intérêts de Drago à cœur bien sûr, mais il avait été prudent de ne pas trop s'attacher. Lui et les Malefoy étaient dans deux camps opposés, après tout. Et maintenant qu'ils l'étaient définitivement, parce que Drago allait devenir un espion pour le Seigneur des Ténèbres, allait être coincé à Gryffondor pour sept longues années et allait devoir se rapprocher du morveux des Potter.
Peut-être que le Seigneur des Ténèbres allait vouloir convaincre Drago de tuer Potter … Et alors, Drago deviendrait bien plus que quelqu'un dont il faut juste se méfier. Il serait une menace et les menaces devaient être gérées. Pauvre Drago. S'il ne sert pas le Seigneur des Ténèbres, il sera tué. S'il le fait, il sera probablement tué quand même et je pourrais même être celui qui devra le faire.
« … 'quel meilleur endroit que de se tenir aux côtés de Potter' ? Oh, Lucius … » murmura Narcissa, un moment après.
Severus se força à se sortir de ses propres réflexions et la fixa, par-dessus le bureau. Des larmes coulaient toujours sur ses joues pâles, mais à part cela, elle avait l'air parfaitement calme.
« Apprends-lui. » dit-elle.
Plus à elle-même qu'à lui, pensa-t-il.
« Lui apprendre quoi ? »
« A mentir. A observer. » dit-elle.
Les mots semblaient s'échapper de sa bouche contre sa volonté, mais elle les prononça avec conviction. C'était … étrange.
« Apprends-lui à survivre, comme tu l'as fait. »
Severus se contenta de l'observer.
« Tu as dupé Dumbledore, par Salazar ! Apprends-lui à faire pareil ! »
Elle se pencha en avant et agrippa le col de sa robe.
« S'il te plaît, Severus. Entraîne-le à être un espion pour que quand le Seigneur des Ténèbres reviendra, Drago soit prêt, pour qu'il sache quoi faire. S'il te plaît. »
« C'est ce que tu veux ? » demanda-t-il d'un air pincé.
« Oui. » murmura-t-elle, mais son expression et son ton indiquaient le contraire.
« Et qu'en est-il des souhaits de Drago ? » demanda doucement Severus, bien qu'il s'agissait juste de gagner du temps.
Narcissa prit une nouvelle inspiration tremblante.
« Ce dont il a besoin est le plus important. »
