Hey, vous, bonsoir.

Vous savez quoi ? Il s'agit là du dernier chapitre d'Amoureux des dragons. Ça y est. Mais pour les adieux, rendez-vous en fin de chapitre. En attendant, je vous souhaite une excellente lecture et j'espère que ce point final vous plaira.


Chapitre 22 : Charlie

Il est plus beau que jamais, pensa Sam qui sentit son cœur s'emballer lorsqu'il vit entrer Charlie, son Charlie, dans la cour du tribunal. Il éprouvait l'irrésistible envie de courir vers lui, de le prendre dans ses bras, de sentir son odeur de feu de cheminée et d'herbe fraîchement coupée, de passer sa main dans ses cheveux si bien peignés pour l'occasion. S'était-il habillé en pensant à lui ? Avait-il revêtu sa chemise en se rappelant des fois où il la lui avait enlevée, impatient de sentir la chaleur de sa peau contre la sienne ?

Leurs regards se croisèrent. Son cœur rata un battement lorsque Charlie esquissa un sourire timide, avant de détourner les yeux au moment où la femme qu'il supposait être sa mère lui frotta le bras.

Sam ne put s'empêcher de sourire. Qu'est-ce qu'il l'aimait. Et certes, il était actuellement dans une cour de justice, sur le point d'être jugé dans un procès qui n'allait pas être évident, mais tout ce à quoi il pouvait penser, c'était à lui. Comme d'habitude. Comme chaque jour depuis qu'ils s'étaient séparés. Comme chaque jour avant ça, chacune de ses pensées lui étaient dédiées. Il se passa une main derrière la nuque, et remarqua que Charlie faisait la même chose.

« Bonjour à tous », tonna le juge sans enthousiasme.

C'était un homme au corps fin et au regard sévère. La première réflexion que s'était faite Sam, quand il était arrivé dans la salle, était qu'il n'avait pas l'air bien commode. Il le rendait mal à l'aise mais le fait d'être assis dans la chaise centrale d'une grande pièce ronde, dans laquelle tout le monde était plus haut que lui, ne devait pas aider pour le confort.

Dumbledore, qui lui avait fait office d'avocat comme promis, lui avait conseillé d'éviter de gigoter, mais il éprouvait une irrésistible envie de retrousser les manches de sa chemise, de remettre ses lunettes en place, de s'asseoir dans une autre position. Il était fébrile.

Il suivit du regard la famille Weasley s'installer dans les gradins, à sa droite. Charlie observait la pièce avec une certaine curiosité, ce qu'il ne put s'empêcher de trouver adorable. Il tourna la tête vers la gauche : dans cette deuxième partie des gradins, Dumbledore, sa tante Mildred, Eddard et Elessar lui adressèrent un sourire encourageant.

Il dissimula un petit soupir déterminé : il était à présent entouré des personnes qui lui donneraient la force nécessaire pour prouver qu'il méritait une seconde chance.

« Silence, ordonna le juge. Très bien. »

Il marqua une pause, puis baissa légèrement ses petites lunettes rectangles en direction du parchemin qui se trouvait devant lui.

« Audience du 23 juin 1989, lança-t-il à la volée, ayant pour objet : infraction au code de la magie internationale participation à des actions d'opposition au Ministère de la Magie et au MACUSA violation de la restriction de l'usage de la magie chez les sorciers de premier cycle et atteinte au monde des sorciers, reprochés au dénommé Samaël Alexander Vedder, domicilié au 275, Dalkeith Road, Edimbourg. Le prévenu sera interrogé par Tiberius Crawford Shore, septième juge du Magenmagot. Greffier de l'audience : Taylor Cove Magpie. Témoin de la défense : Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore. »

Il avait dit tout cela presque d'un souffle.

« Les charges, reprit Tiberius Shore, retenues contre le prévenu sont les suivantes : en parfaite connaissance de la gravité de ses actes, il a sciemment et délibérément usé de sa capacité de Métamorphomage pour comploter contre le monde des sorciers avec le groupuscule des Corbeaux, connu pour son allégeance au feu… « Seigneur des ténébres », toussota Shore. Puis, pour tourmenter et participer à la mise en danger du dénommé Eddard Gale Pattson et de son fils, Rory Nicholas Pattson, à partir du mois d'octobre 1983. Puis, suite à sa fuite, il a eu recours à de la magie, tout en étant mineur, sans limites. »

Sam sentit ses cheveux frémir. Il se concentrait de toutes ses forces pour qu'ils ne tournent pas bleu givre. Il s'efforçait également de ne pas regarder autour de lui, mais il pouvait sentir tous les regards lui percer les tempes.

« Vous êtes bien Samaël Alexander Vedder, domicilié au 275 Dalkeith Road, Edimbourg ?, l'interrogea Shore placidement.

- Oui, répondit Sam de son ton le plus stable.

- Admettez-vous avoir commis les délits dont vous êtes accusé ? »

Il déglutit.

« Oui. »

Des murmures se propagèrent dans la salle d'audience et il put entendre le greffier s'emballer sur son parchemin. Il jeta un coup d'oeil à Dumbledore, qui hocha la tête. Il ne servait à rien de mentir : il y avait trop de preuves et trop de témoins pour prétendre l'inverse, et de toute manière, s'il était revenu, c'était pour avouer ses crimes et se repentir.

« Cela ira plus vite, dans ce cas, répondit Shore en ajustant ses lunettes. Ce procès régira donc les peines auxquelles vous ferez face. Étant donné que l'accusé est mineur, la cour propose les peines suivantes : treize mois de redressement judiciaire au Foyer des Jeunes Sorciers Délinquants de Londres, dont six mois de travaux d'intérêt général. »

Sam eut l'impression que son estomac lui sombrait dans les chaussettes. Plus d'un an à passer dans un foyer ? Quelle horreur. Les travaux d'intérêt général ne le dérangeaient pas plus que ça, mais plus d'un an à passer dans un huit-clos où on lui répéterait sans cesse qu'il n'était qu'un moins que rien ? Où il passerait ses journées à apprendre qu'il a commis des délits impardonnables ? Il ne reverrait jamais Poudlard et ses amis ne voudraient — ne voulaient sans doute déjà plus, à bien y penser — plus jamais entendre parler de lui. Et quel avenir pour quelqu'un qui sortait d'un lieu pareil ? Même Fleury et Bott ne voudraient pas de lui pour ranger les cartons.

Charlie, de son côté, sentit également son ventre se tordre dans tous les sens en entendant ce juge énumérer les peines que Sam devrait encaisser. Il se frotta la nuque, stressé. Comment réussirait-il à limiter les dégâts, sachant qu'il pouvait sentir à ses côtés l'approbation de sa mère quant aux peines proposées ? Ça lui faisait mal au coeur d'imaginer le garçon qu'il avait aimé ainsi privé d'éducation et contraint d'être enfermé dans un endroit où on lui ferait certainement vivre un enfer. Non seulement il serait traité comme un vaurien à cause de sa condamnation, mais il serait aussi jugé pour sa qualité de Métamorphomage. Charlie se souvenait des discriminations qu'il vivait en l'étant dans une société « normale » il n'imaginait pas ce que ça donnerait dans ce genre de centres.

Tiberius Shore se racla la gorge.

« Bien. Pour la défense, la parole est aux témoins suivants : Eddard Pattson, Elessar Gilraen, et Charles Weasley. La parole sera enfin donnée à Albus Dumbledore. Mr Pattson, je vous en prie. »

Ned se leva et resserra sa cravate il adressa à Sam un sourire encourageant, puis vint se placer à la barre. Il avait l'air à la fois anxieux et déterminé.

Sam prit une grande inspiration. Il pouvait sentir ses veines palpiter dans tout son corps. Était-ce seulement possible ? Il osa adresser un regard à Charlie.

Celui-ci s'efforçait de ne pas regarder Sam. Il avait le regard fixé sur le père de Rory. À ses côtés, son propre père se frottait le menton d'un air songeur quant à sa mère, elle essayait de garder les mains sur ses genoux, aussi fébrile était-elle. Charlie repassa le bout de sa chemise, bien qu'elle ne soit pas froissée. Mais c'était un réflexe. S'il ne faisait pas ça, il se passait les mains dans les cheveux, et ce n'était pas possible de ruiner la coiffure pour laquelle il s'était tant battu ce matin.

Eddard s'éclaircit la gorge. Charlie ne s'était même pas rendu compte que le juge lui avait posé une question.

« Oui. C'est un garçon gentil qui a fait preuve de beaucoup de courage. Il m'a aidé, tout autant qu'Elessar.

- Quand est-il venu à vous ?, demanda Shore.

- Il y a environ deux mois.

- Comment vous a-t-il trouvé ?

- Au bouche à oreille, répondit-il après un instant d'hésitation.

- Ce ne devait pas provenir de bouches alliées, fit remarquer le juge avec un drôle de regard.

- En effet, admit Eddard. Vous savez bien qu'il a dû user de ses contacts… Qu'il a parlé avec des Corbeaux, en se faisant passer pour l'un des leurs. La nouvelle de sa fuite n'était pas encore parvenue aux oreilles de tout le monde, aux États-Unis, et il pouvait se métamorphoser en n'importe qui de façon très convaincante.

- Vous n'avez pas douté de sa sincérité ?

- Si, bien sûr. Quand il est arrivé, je n'étais pas sûr de comprendre. Mais il m'a convaincu.

- Vous savez que c'est un bon menteur, rétorqua Shore avec sévérité.

- C'est vrai. C'en est un. Mais en l'occurrence, c'était différent. Aussi bon menteur soit-il, je sais reconnaître la vraie sincérité lorsque je l'ai sous les yeux. Sam est venu à nous à coeur ouvert. J'avais rarement vu une telle férocité dans sa détermination à nous aider. C'est quelqu'un de bien. Dès le départ, il a été transparent et a répondu à toutes nos questions. Ses réponses ont pu être vérifiées et avérées.

- Ce jugement nous revient, précisa Shore avec un sourire qui n'avait rien de très chaleureux. Merci, Mr Pattson. »

Charlie éprouvait des sentiments conflictuels vis-à-vis de ce témoignage. D'un côté, il ne pouvait qu'admirer la volonté de Mr Pattson de sauver Sam alors que ce dernier avait tourmenté son propre fils pendant des mois, et de l'autre, c'est justement ce dernier sujet qui l'agaçait. Une voix dans sa tête se demandait comment, en tant que parent, il pouvait vouloir défendre celui qui avait participé à briser sa famille. Une autre voix se disait qu'il fallait précisément faire preuve d'une grande sagesse pour passer outre et croire en la bonne volonté d'un garçon, originellement bienveillant, qui avait été manipulé. Comment Rory avait-il réagi en apprenant que son père allait le défendre ? Il faudrait qu'il lui envoie un hibou, juste après l'audience.

Avec un petit sourire rassurant à l'intention de Sam, Mr Pattson alla se rasseoir. Charlie risqua un petit coup d'oeil à son ex-petit ami celui-ci avait l'air reconnaissant envers Mr Pattson, mais il remonta ses lunettes sur son nez et Charlie, qui – il eut un pincement au cœur – le connaissait si bien, sut que Sam essayait nerveusement d'empêcher ses cheveux de changer de couleur.

Le juge appela à la barre quelqu'un que Charlie ne connaissait pas. C'était un grand homme mince aux traits burinés et aux cheveux d'une longueur que sa mère aurait certainement réprouvée. Il avait l'air sombre mais relativement sympathique et une fois à la barre, il eut l'air plutôt confiant. La première question que lui posa Shore lui permit d'apprendre qu'il s'agissait du fameux Elessar Gilraen dont Mr Pattson avait parlé.

Shore lui posa des questions similaires à celles qu'il avait posées à Eddard, puis il lui demanda enfin ce que Charlie attendait.

« Pouvez-vous expliquer à la cour ce qu'il s'est passé à partir du moment où vous êtes arrivés à Cleveland ? »

Elessar eut un petit sourire amusé, comme s'il s'agissait d'un souvenir anecdotique.

« Le plan ne s'est pas du tout passé comme prévu, expliqua-t-il. Normalement, on aurait dû arriver la vieille au soir… Mais il y a eu un petit empêchement.

- Veuillez être plus précis pour la cour.

- C'était une erreur stupide, soupira-t-il. On s'est fait repérer alors qu'on sortait de l'immeuble où on s'était installés depuis quelque temps.

- Légalement ? », l'interrompit Shore par-dessus ses lunettes.

Charlie put voir la bouche d'Elessar se tordre en une moue hésitante.

« C'était un espace vacant, répondit-il. Votre ministère n'avait-il pas donné carte blanche à Ned ? »

Sans répondre, le juge griffonna quelque chose puis l'invita à continuer d'un geste de la tête.

« On est sortis de là, et comme d'habitude, on avait d'abord vérifié si personne ne nous attendait en bas. D'apparence, le champ était libre. Samaël était déguisé, on avait nos affaires… Tout allait pour le mieux. Et puis il est arrivé.

- Qui ça ?, lui demanda immédiatement Shore.

- Gerald Griffin, le meneur du groupe qui avait enlevé Eddard il y a quelques mois de ça. Il est moins idiot que les autres. Il est parvenu à nous localiser en centralisant tous les indices qu'on avait laissés sur notre passage pour détourner les pistes… Il a sans doute fini par comprendre notre méthode. Il ne nous a pas laissé le temps de réagir, le bougre. Par derrière, il a jeté un Incarcerem à Eddard et le temps que je me retourne, il en avait aussi lancé un à Sam. J'ai réussi à éviter celui qu'il me lançait de justesse, mais ce n'est pas passé loin. »

Elessar racontait la scène comme s'il était encore sur les lieux, comme s'il était en train de vivre ce moment-là. Sam semblait tout autant plongé que lui dans ce souvenir.

« Je savais qu'il n'allait pas tarder à prévenir ses alliés, ou peut-être même qu'ils étaient déjà en route, continua l'homme. Mais je ne pouvais rien faire à part esquiver le moindre de ses sortilèges — il déviait tous les miens. C'est là que Sam a été très ingénieux. »

Il eut un petit sourire.

« Griffin était trop occupé à essayer de me toucher et à esquiver mes sorts pour regarder ce qu'il se passait pour les deux autres qu'il avait emprisonnés. Il n'a donc absolument pas vu Sam se métamorphoser de nouveau en lui-même, ce qui rendait les cordes maintenant trop lâches pour son corps. Il a pu s'en libérer, passer derrière lui pour qu'il ne puisse pas voir son visage, et lui jeter un maléfice du Saucisson. Griffin est tombé raide, face avant dans une flaque. J'aurais pris le temps de rire si Eddard n'était pas en train de s'étouffer au sol et si le reste des Corbeaux n'était pas arrivé en vociférant pile à ce moment-là. La course-poursuite a duré... »

Il poussa un profond soupir et se passa une main sur le visage.

« Je ne sais pas combien de temps. Des heures entières. On a fini par se débarrasser d'eux, mais forcément, ça nous a fait rater nos Portoloins. On aurait dû être à Cleveland à 21h et à 23h, on était encore dans les rues de Leitchfield, complètement au bout du rouleau. On ne pouvait évidemment pas revenir à notre planque. On se doutait que les Corbeaux nous traquaient. Même pour le lendemain, la mission était mise à mal. Ned ne voulait plus tenter le risque d'y aller au cas où ils se préparaient à l'arrivée de trois inconnus, ce qui était déjà un risque que nous avions décidé de prendre à la base. Sam, bien sûr, ajouta-t-il en souriant, était toujours partant pour suivre le plan. Pour ma part, je n'étais pas convaincu non plus. »

Il s'interrompit un instant pour boire un peu d'eau. Charlie se rendit compte qu'il s'était tellement avancé, pour suivre l'histoire, qu'il en était presque rendu au bout du banc. Même ses parents ne l'avaient pas remarqué, eux-mêmes concentrés sur les paroles d'Elessar.

« C'est Sam qui a motivé les troupes. Je dois dire que j'étais assez impressionné par son énergie, d'ailleurs. Malgré la fatigue, il maintenait son déguisement qu'il avait repris après avoir ensorcelé Griffin, et il nous a sorti l'un des discours les plus encourageants que j'ai pu entendre. »

Il jeta un Sam un regard complice et un sourire amusé. Ce dernier remonta de nouveau ses lunettes sur son nez, mal à l'aise, et baissa légèrement le regard.

« Bref. Le nouveau plan était de s'éloigner de Leitchfield le plus rapidement possible et de trouver un nouvel abri pour la nuit. Ça ne servait à rien de partir aussi tard, et il nous fallait trouver un autre plan avant de nous lancer vers Cleveland. On a trouvé une petite maison abandonnée à une heure de marche. On l'a sécurisée et on a dormi, mais on a fait des rondes de surveillance. En tout cas, personne n'est venu. Au petit matin, on s'est organisés et on est partis faire d'autre Portoloins qui nous emmèneraient enfin à Cleveland. On y a été séparément, comme prévu, bien que Ned n'était toujours pas très à l'aise à l'idée de laisser Sam partir seul, à son âge. Mais c'était la seule solution. »

Il adressa un regard entendu à Mr Pattson, qui esquissa un sourire discret, étirant légèrement son visage sérieux.

« J'y suis arrivé en premier. Je me suis retrouvé en retard, dans un groupe de Corbeaux ou de sympathisants aux Corbeaux qui avait eu le temps de se former et qui s'apprêtait à partir de l'aile Est. Mon arrivée quelque peu précipitée à fait tourner des regards suspicieux, en particulier celui d'un bonhomme dont j'avais déjà… Croisé la route. Ned avait été efficace dans ses sortilèges de métamorphose, fort heureusement, et mon énorme nez l'a convaincu qu'il ne m'avait jamais vu de sa vie.

- Merci de remettre vos plaisanteries à plus tard, souligna Shore en lui adressant un regard sévère par-dessus ses lunettes.

- Naturellement, répondit Elessar d'un ton faussement mielleux. Dans tous les cas, je savais qu'il faudrait que Ned et Sam soient plus discrets que moi en arrivant dans les ailes Ouest et Sud. Mais je n'avais aucun moyen de les contacter. À partir du moment où l'un de nous prenait son Portoloin, il ne pouvait plus compter que sur lui-même.

- Un pari bien risqué.

- Honnêtement, toute cette opération était risquée, répondit-il avec amusement. C'était quitte ou double. Soit le plan marchait, on réussissait malgré tous les obstacles qu'on avait déjà et tous les imprévus qui s'y étaient ajoutés, soit on ratait une seule marche et tout partait en vrille pour finir sur un échec cuisant — avec nous trois sur le pic à brochette.

- Mr Gilraen…

- Bref. Il n'y avait aucun moyen de savoir quelle serait l'issue de cette histoire. Il fallait simplement y aller au culot, ce qui me réussit généralement assez bien. Je ne doutais pas non plus des compétences des deux autres. Ned est un agent entraîné, et Sam... »

Un petit sourire étira ses lèvres.

« C'est un habitué des imprévus. »

Charlie ne put s'empêcher de pouffer légèrement. S'il y avait bien une phrase qui pouvait décrire Sam, c'était celle-ci.

« Donc, je me suis fondu dans la masse et je suis parti à la réunion du groupe.

- Qu'y avez-vous appris ?

- Que, comme Samaël l'avait entendu, un grand rassemblement allait se dérouler au nord de la ville l'après-midi même pour mettre la pagaille en ville, terroriser les Moldus, vous voyez le genre. Que, comme on l'avait appris à nos dépens, ils étaient bien plus nombreux et organisés que ne le disaient les journaux. Et que les leaders de ce beau monde seraient en effet présents au rassemblement. Par la suite, je n'ai fait que les suivre. On a tous plus ou moins fait la même chose. Dans chaque groupe, je crois qu'il y avait quelques sympathisants à surveiller l'inconnu qui avait débarqué parmi eux à la dernière minute. Ça compromettait nos plans : originellement, l'idée était de s'intégrer dans chaque groupe avant qu'il ne soit complètement formé et de poser des questions à droite et à gauche pour recueillir le plus d'informations possible, afin de pouvoir se préparer à toutes les éventualités et avoir des choses à dire au MACUSA. On n'avait plus d'autre choix que de rester discret et d'imiter le comportement des autres — et laissez-moi vous dire qu'ils n'étaient pas très aimables en plus d'être méfiants. »

Il se racla la gorge.

« Une fois sur place, tout a dégénéré. Ils se sont rendu compte que ce n'était pas un, ni deux, mais trois inconnus qui s'étaient glissés parmi eux, chacun de la même manière. Les leaders étaient déjà là. Les sortilèges ont fusé dans tous les sens. Lorsque Sam s'est jeté sur la scène pour les désarmer, il en a perdu sa couverture et a été frôlé de peu par le sortilège de la mort. J'ai bien cru que c'était la fin. Mais Ned avait contacté le MACUSA juste à temps. Les agents sont arrivés et ont eu le temps d'arrêter non seulement les leaders, que l'on avait empêchés de s'enfuir, mais aussi une dizaine de sympathisants qui n'avaient pas eu le temps de transplaner. »

Magpie, le greffier, tremblait de tous ses membres à force de retranscrire l'épais témoignage de Gilraen. Il avait les mains constellées de taches d'encre. Charlie observa Sam alors que l'homme racontait l'horreur du moment où ils avaient failli mourir. Il ne savait pas pourquoi, mais quelque chose le frappa soudain : il avait l'air plus jeune, plus vulnérable que jamais. Il était si jeune. Charlie avait du mal à croire qu'il avait son âge quand il entendait les exploits qu'il avait accomplis. Lui-même n'en aurait jamais été capable. Il se demanda ce qui l'avait fait tenir, ce qui l'avait poussé à se donner autant pendant toutes ces semaines d'angoisse.

Charlie repensa à lui.

Il sursauta presque lorsqu'il vit son ex petit ami le regarder droit dans les yeux, tout à coup. Avait-il senti l'élan d'affection qui lui avait traversé le cœur ?

« Mon chéri ?, l'appela doucement Mrs Weasley. C'est à toi. »

Avec horreur, il releva les yeux et constata que tout le monde le regardait, y compris Shore, qui toussota légèrement dans sa main. Il l'avait appelé à la barre. C'était à son tour.

Il se leva d'un bond presque comique, mais l'angoisse qui lui tenaillait le ventre ne lui fit pas esquisser le moindre sourire. Son père lui frotta calmement l'épaule au passage. Le trajet jusqu'à la barre lui parut durer des années tandis qu'il pouvait sentir tous les regards lui percer les tempes.

Mais surtout celui de Sam. Lorsqu'il arriva à destination, il réalisa qu'il lui faisait à présent face. Ces yeux qui le regardaient avec une infinie douceur lui déchirèrent le cœur, mais il ne pouvait pas s'en détourner.

« Mr Weasley, fit Shore, vous êtes ici à la défense. Dumbledore, vous avez la parole. »

Il en avait presque oublié la présence de Dumbledore. Ce dernier s'était fait discret, mais lorsqu'il hocha la tête et se leva à son tour, ce fut comme s'il avait ébloui la salle. Son coeur se calma un peu. Avec Dumbledore, il n'avait rien à craindre.

« Merci, lui répondit élégamment le vieil homme. Charles Weasley, pouvez-vous nous expliquer qui vous êtes par rapport à l'accusé ? »

Il déglutit et évita de regarder ledit accusé.

« Un ami proche. »

Malgré le fait qu'il avait détourné son regard de Sam, il avait vu ce dernier tressaillir dans sa périphérie.

« L'ami le plus proche qu'il avait à Poudlard ?

- Oui. »

Il espéra que James Ackerly ne se sentirait pas trop offusqué si jamais il entendait parler de ça.

« Mais vous êtes également un ami proche de Rory Pattson, n'est-ce pas ?

- Oui, répondit-il en essayant de ne pas montrer que cette question avait fait monter en lui un sentiment de culpabilité palpable.

- Pourquoi, dans ce cas, avez-vous accepté de défendre Samaël, aujourd'hui ? »

Charlie se tourna vers Sam. Il souriait légèrement, pas assez pour que quiconque le remarque, mais suffisamment pour que lui le voie. Ses yeux vairons brillaient.

« Parce que c'est la personne la plus courageuse que je connaisse, dit-il enfin sans quitter Sam des yeux. Parce que je n'ai jamais connu quelqu'un comme lui et qu'on ne peut pas émettre de jugement sans le connaître. Parce qu'à mes yeux, c'est l'humain le plus fascinant de cette planète. Parce que… C'est mon ami. Et que de tous mes amis, c'est à la fois celui qui m'a fait le plus de mal, mais le plus de bien, aussi. C'est le plus jeune sorcier que je connaisse qui ait vécu autant de choses terribles et qui n'en soit pas sorti amer. En plus de n'en être pas sorti amer, il a tout fait pour réparer ses erreurs, avec la sincérité qu'on lui connaît tous. Il aurait pu perdre la vie, là-bas, de multiples façons et à de multiples reprises. Mais il a tenu bon. Il s'est battu comme personne d'autre ne s'est battu contre les Corbeaux — excusez-moi de le dire —, parce que personne d'autre n'a été plus touché que lui. Ils lui ont tout volé. Ils l'ont brisé. Et malgré tout ça, il n'a pas succombé aux forces du mal. Son cœur est resté pur et c'est lui, et bien lui, qui a sauvé Eddard. Il mérite une seconde chance. J'en suis absolument certain. »

Et alors qu'il était sûr que Sam ne laisserait rien transparaître, il vit de grosses larmes rouler sur ses joues. Il savait enfin ce qu'il reconnaissait dans ses yeux, ce qu'il n'avait pas vu depuis des mois, ce dont il avait rêvé presque chaque nuit depuis la Forêt Interdite: l'amour pur.

« Merci, Mr Weasley, répondit Dumbledore en interrompant le fil de ses pensées. Ce sera tout. Vous pouvez retourner à votre place.

- Merci, monsieur », fit Charlie d'une voix qui n'était pas aussi assurée qu'il l'aurait voulue.

Alors qu'il retournait à sa place, il sentit le morceau de parchemin se froisser dans sa poche. Le discours qu'il avait écrit n'était pas du tout celui qu'il avait prononcé. Il avait osé improviser à la barre, mais ce n'était pas quelque chose qu'il avait prévu non plus. Les mots lui étaient venus tout seuls, et d'après le regard que lui adressait Dumbledore, ce n'était pas une mauvaise chose.

Quand il rejoignit ses parents, son père avait l'air troublé mais fier de lui, et sa mère se tapotait les yeux avec un mouchoir.

« Au regard de tout ce que nous avons appris, reprit Dumbledore, voilà ce que propose la défense : un abandon de toutes les charges et des peines soumises et sa remise en totale liberté.

- Pardon ?, rétorqua Shore avec une telle virulence qu'il en perdit presque ses lunettes. Mr Vedder a admis sa responsabilité. Nous ne pouvons pas abandonner les charges qu'il a acceptées ! »

Sam regarda Dumbledore avec une certaine panique dans le regard.

« Je pense que la meilleure chose que nous puissions faire pour ce garçon est de lui permettre de poursuivre son éducation, continua Dumbledore comme s'il n'y avait eu aucune interruption. Il sera sous ma surveillance et pourra se repentir comme il se doit en aidant ses camarades de classe. C'est un jeune homme très doué à l'avenir prometteur je suis profondément convaincu qu'il s'est déjà suffisamment puni lui-même. De plus, bien d'autres sorciers, adultes qui plus est, ont été pardonnés dans des procès similaires. Qu'importe ses intentions déjà infiniment plus honorables que celles de sorciers de renom — de par ses actions, Mr Vedder a permis à deux des plus puissants ministères de la magie d'obtenir des informations alors inconnues aux pouvoirs en question. Il a fourni à Eddard Pattson les outils nécessaires pour mener à bien une mission magique internationale qui était sur le point d'échouer et de nous conduire tous au chaos. Il a activement participé à la force mise en place pour contrer les sympathisants du Seigneur des Ténèbres, des forces qui, j'en suis sûr, ne vous plaisent pas le moins du monde. C'est également grâce à lui que l'on doit l'arrestation des plus dangereux d'entre eux. Une telle collaboration, j'en suis sûr, mérite votre bonne grâce. Je rappelle également à la cour que ce garçon n'a que seize ans et qu'il mérite un casier judiciaire vierge afin de continuer, de commencer, sa vie, en partant de zéro. »

Shore soupira et regarda Sam par-dessus ses lunettes. Il avait une expression impénétrable.

« Merci, Dumbledore, dit-il enfin après un interminable silence. J'ai mon verdict. Levez-vous, Mr Vedder. »

Le garçon aux cheveux gris se leva. Le visage crispé, le cœur qui battait la chamade, il dut se tendre de toutes ses forces pour éviter de trembler.

Charlie se triturait les doigts tellement fort qu'il s'en faisait mal aux mains.

« Samaël Alexander Vedder, le verdict de la cour est le suivant : toutes les charges sont abandonnées. Vous ne serez rendu coupable d'aucun délit et ne serez soumis à aucune peine. Vous pouvez partir. »

Le monde semblait s'être arrêté de tourner, pour une bonne raison, cette fois. C'était fini. Il était libre. Alors qu'Eddard était venu lui faire de grandes tapes dans le dos, et que sa tante le serrait dans ses bras, Sam semblait pétrifié sur place, incapable de comprendre ce qu'il venait de se passer.

Une intense bouffée de soulagement envahit les poumons de Charlie tandis qu'un large sourire, sincère et profondément triste, lui étirait les lèvres.

OooooooOooooooOooooooOoooooO

Il faisait très beau, à Londres. Tous, sorciers comme Moldus — Charlie n'aurait su les différencier — se promenaient le long du quai avec le même sourire désinvolte, les mêmes rires aux lèvres, la même appréciation d'une belle journée d'été.

Aux bords de la Tamise, on jouait de la guitare, on lisait le journal, on buvait des citronnades, on s'éventait paresseusement à l'ombre des arbres qui surplombaient le fleuve. Parmi eux, deux garçons s'étaient accoudés à un muret pour contempler les éclats qui se reflétaient dans l'eau l'un d'eux avait les cheveux gris, ce qui attirait les regards déconcertés des adultes et les œillades appréciatrices des jeunes qui arboraient fièrement leurs crêtes colorées.

« Alors, ça y est, tu pars bientôt ? », sourit Sam sans quitter le fleuve du regard.

Charlie esquissa un sourire à son tour.

« Dans une semaine, j'y serai, répondit-il sans cacher son excitation. Je vais dire au revoir au Royaume-Uni pendant deux mois.

- Je suis tellement content pour toi. Tu le mérites tellement. »

Sam avait légèrement tourné la tête vers Charlie. Ce dernier croisa brièvement son regard, non sans appréhension, pour y voir une fierté palpable. Ses yeux scintillaient comme la fois où il avait appris que Charlie avait été accepté dans le programme de Dragonologie. Il sentit son cœur chavirer.

« Et toi, tu vas être de retour à Poudlard, fit-il après quelques secondes de silence.

- Il paraît, oui. Je n'arrive toujours pas à y croire… »

Il baissa la tête et pouffa d'un rire nerveux.

« Ça paraît encore irréel. Je suppose que ce sera différent, quand même, après… Après tout ce qu'il s'est passé. »

Le sourire qu'il avait sur le visage perdit de sa sincérité.

« Rien ne sera plus jamais comme avant, pas vrai ? »

Cette fois, il avait décidément tourné ses yeux vers Charlie. Le rouquin ancra son regard dans le sien et il sut. Il sut qu'ils en étaient arrivés là. Et il savait aussi qu'il n'avait pas besoin de répondre pour que Sam comprenne. Ils avaient toujours su communiquer sans parler.

« Je ne peux pas revenir là où j'en étais. »

Avoir prononcé cette phrase à haute voix tordit les boyaux de Charlie. Il sentit sa gorge se serrer sous la pression des larmes qui tenaient à monter. C'était une phrase terriblement égoïste. Oui, il était en colère par rapport à ce qu'il avait fait à son meilleur ami, à Eddard, au monde entier, à ce point-là. Mais s'il ne pouvait pas revenir vers Sam, c'était presque uniquement parce qu'il lui avait brisé le cœur. Il ne voulait pas — non, il ne pouvait pas subir ça de nouveau. Il n'allait pas pouvoir le supporter. Ça le tuerait.

Et il ne pourrait jamais passer outre cette trahison. Chaque fois qu'ils seraient ensemble, chaque baiser, chaque caresse, chaque mot prononcé, chaque rire serait souillé par des actes qu'aucun deux ne pouvait oublier. Plus jamais ce ne serait comme avant. Tout aurait un goût amer et jamais il ne pourrait pleinement lui refaire confiance. Le doute s'immiscerait partout. Et quelle perspective d'avenir pour une relation teintée d'incertitudes et d'angoisse à l'égard de son propre petit ami ? C'était voué à l'échec.

Quand il s'était dit qu'on devait donner une seconde chance à Sam, il pensait au Ministère de la Magie et à Poudlard, mais pas à lui-même. Que lui-même lui accorde cette seconde chance n'était pas possible.

« Toi et moi, c'était… Je n'aurais jamais pensé connaître ça un jour. J'ai découvert un bonheur auquel je n'avais jamais goûté. Avec toi, chaque instant passé était comme gagner un match de Quidditch. Je donnerais n'importe quoi pour revivre tous ces moments où on buvait des chocolats-chantilly dans la Salle-sur-demande en se demandant si quelqu'un finirait par nous prendre en flagrant délit, tous ces moments où te serrer dans mes bras était la seule chose que j'avais envie de faire jusqu'à la fin de ma vie. Je n'oublierai jamais ça. Je ne t'oublierai jamais… Toi. »

Des larmes étaient montées dans les yeux vairons de Sam, qui força un nouveau sourire à esquisser ses lèvres. Devant le silence de l'amour de sa vie, il murmura :

« Je me doutais bien que tu dirais ça. Et malgré tout… Aïe, ajouta-t-il avec un petit rire. Tu me permets de me battre un peu pour la chose la plus merveilleuse qui me soit arrivé dans la vie ? »

Charlie hocha légèrement la tête, se mordant des joues pour essayer de retenir les larmes. Malgré la foule qui continuait de papoter joyeusement, il semblait que tout était devenu aussi gris que les cheveux de Sam.

« Je n'ai jamais été heureux, dans la vie », commença-t-il.

Sa voix se cassa instantanément. Il essaya alors de reprendre contenance, regardait en l'air pour essayer de reprendre ses esprits, souriait de toutes ses dents pour chasser l'ombre.

« Je n'ai jamais été heureux, reprit-il, sauf quand j'étais avec toi. J'avais des amis, mais les menaces de ma famille planaient constamment au-dessus de ma tête. Et quand j'étais avec toi, tout disparaissait. Il n'y avait plus que nous deux. C'était comme s'il n'y avait toujours eu que nous deux, comme si toute ma vie n'avait servi qu'à me mener à toi. Tu es mon destin, Charlie. Et tu es la personne avec qui j'ai envie de vivre le restant de ma nouvelle vie. »

Il marqua une pause.

« Tu réalises à quel point c'est dur pour moi d'entendre ça ?, rétorqua Charlie, chamboulé.

- Oui, admit Sam. Je suis désolé. Mais je ne peux pas te laisser partir sans que tu aies entendu ce que j'ai à te dire.

- Pour moi aussi, tu étais mon destin », lança-t-il avec une colère entremêlée de chagrin.

C'était si injuste de lui marteler ça à la figure !

« Moi aussi, je voulais continuer à vivre tout ça avec toi, poursuivit-il. Moi aussi, je t'aime encore !

- Je sais, l'interrompit Sam en lui prenant tout à coup les mains. Je sais, Charlie. »

Une larme roula sur sa joue et s'écrasa sur son sourire. La douceur de son geste coupa Charlie dans son ardeur.

« Je l'ai entendu lorsque tu as parlé au juge. Je l'ai vu dans tes yeux lorsque tu m'as défendu. Et c'est également à cet instant que j'ai compris. Je ne pourrai jamais te remercier suffisamment pour ce que tu as fait pour moi, aujourd'hui, pour le sacrifice que ça a requis. Je te serai toujours redevable, mais je ne veux pas que ça repose sur tes épaules. Tu mérites d'être libre. Et par-dessus tout, tu mérites d'être heureux, avec ou sans moi. Dans mon monde idéal, ce serait avec moi. »

Il lui caressa les mains.

« Tant que tu es sûr de ta décision, moi, ça me va. Mais je suis obligé de te le demander, pour de vrai, cette fois. »

Leurs regards se croisèrent à nouveau.

« Nous deux, c'est vraiment fini ? »

Soudainement, étrangement, Charlie reprit ses esprits. Il s'attendait à avoir mal en entendant cette question fatidique, mais au lieu de cela, il avait ressenti une certaine paix. Le ciel s'était éclairci. Tout paraissait logique.

Il sourit alors à Sam, tout comme Sam lui avait souri.

« Avant de t'aimer, toi, répondit-il enfin, j'ai toujours été un amoureux des dragons. Je pense qu'il faut que je me concentre sur ce côté-là de ma vie avant de penser au reste. J'ai réalisé que depuis ce qu'il s'est passé, c'est de mon tout premier rêve dont j'ai besoin. C'est celui-ci que j'ai besoin d'accomplir pour être pleinement heureux. C'est qui je suis et je crois… Je crois que j'ai besoin de retrouver ce gars-là. »

Il était Charlie Weasley, futur Dragonologiste. C'est tout ce dont il avait toujours rêvé. Il était plus crucial que jamais de se retrouver avec sa vocation, et si cela signifiait mettre un terme aux relations amoureuses, mêmes celle qui l'avait fait sentir profondément vivant, alors soit. Car il savait que quand une semaine, il serait comblé et tout aussi vivant qu'il avait pu l'être avec Sam. Il n'aurait besoin de rien d'autre que des dragons à ses côtés. Peut-être à vie. Et c'était une heureuse perspective.

Sam hocha la tête. Il eut un léger sourire et ancra ses yeux dans les siens.

« J'ai une dernière chose à te demander. »

Il s'avança vers lui, attendit que Charlie l'invite à poser sa question.

« Est-ce que je peux t'embrasser une dernière fois avant l'éternité ? »

Charlie laissa échapper un rire qui, sans être triste, ramena un lointain sanglot. En guise de réponse, il glissa ses mains sur le visage du garçon du train et l'embrassa avec toute la tendresse qu'il avait voulu lui donner depuis tous ces mois.

Il se rappela leur premier baiser, timide, innocent, sous l'arbre du parc devant le Lac noir. Il se rappela, ou peut-être qu'il sentait, actuellement, l'odeur de pamplemousse et de violette qui l'avait fait chavirer. La douceur de son visage sous ses mains, les coins froids de ses lunettes sur sa joue.

Il s'écarta légèrement de Sam, qui avait laissé ses cheveux devenir roses en public. Et il s'en fichait. Il avait un grand sourire. Lui aussi, alors, rit. Ils pouffaient tous les deux en cette chaude journée d'été, en plein centre de Londres. Tout allait bien.

« Au revoir, Sam, dit Charlie.

- Au revoir, Charlie, répondit Sam. Ne te brûle pas les ailes. »

Après un dernier sourire, un dernier regard échangé entre les yeux vairons et les yeux bleus, Charlie se détourna et marcha vers ses parents, qui l'attendaient plus loin.

OooooooOooooooOooooooOoooooO

OooooooOooooooOooooooOoooooO

Des flammes jaillissaient en tout sens.

« Attention, sur la droite ! »

Les étoiles filantes qui perçaient la nuit semblèrent virer du même côté au même moment.

« Préparez-vous ! »

Elles se séparèrent alors et se placèrent avec discipline, encerclèrent la créature à l'origine du chaos qui se débattait, rugissait, crachait son feu mortel.

« À mon signal, hurla un homme. Un… Deux… Et trois ! »

Sept lumières rouges jaillirent d'un coup depuis la pointe de sept baguettes et le dragon, après avoir poussé un dernier cri indigné, s'effondra sur les plaines herbeuses.

« Cornelongue maîtrisé, je répète, Cornelongue maîtrisé !, s'exclama joyeusement l'homme qui avait lancé le signal. Razvan, passe-moi les fioles. Mulțumesc, prietene

En une pirouette aérienne impressionnante, le chef de mission préleva la bave de Cornelongue et atterrit gracilement aux côtés de son équipe, qui l'accueillirent avec des tapes réjouies dans le dos.

« Vous avez fait un excellent travail, bravo à tous, s'écria-t-il avec un sourire jusqu'aux oreilles. C'est une vraie prouesse qu'on a achevée cette nuit. La tournée est pour moi !

- Tu rigoles, Charlie ?, s'exclama Razvan en roulant encore plus les « r » qu'à l'habitude. C'est grâce à toi qu'on a réussi, elle est pour nous, la tournée ! »

Les Dragonologistes, malgré la fatigue, les courbatures et les brûlures, scandaient joyeusement le nom de leur chef. Charlie éclata de rire et capitula.

« D'accord, d'accord. Miruna, ça va, ton bras ?

- Une bagatelle, rétorqua-t-elle avec une grimace en se le massant. Rien qu'une bière ne pourra pas soigner ! »

Il pouffa de rire.

« Prenez de l'avance, je vais m'en occuper.

- Tu es sûr ?

- Pas de problème, insista-t-il. Ça ne prendra pas longtemps, allez-y. J'arrive. Miruna, passe à l'infirmerie, d'accord ?»

Ses collègues lui firent un signe de la main en partant.

Charlie se frotta la nuque, s'ébouriffa les cheveux. Il avait besoin d'une bonne douche mais il lui restait encore une mission à accomplir.

Il s'approcha du Cornelongue, qui respirait profondément. Il passa une main sur sa patte endommagée.

« Le Magyar ne t'a pas loupé, hein, mon vieux ?, soupira-t-il. Ne t'en fais pas. On va te soigner. »

D'un coup de baguette, il fit apparaître un énorme rouleau de sparadrap en tissu. À coups d'arabesques, il enroula une longue bande autour de la patte, la sécurisa d'un nœud serré et jeta des sortilèges de protection autour du dragon. Demain, il serait grognon de se voir enfermé, mais c'était nécessaire pour qu'il guérisse.

Une fois cela fait, il s'éloigna et l'observa. Il semblait dormir d'un sommeil paisible, ronflait légèrement. Charlie sourit et observa le ciel étoilé, sans pollution lumineuse pour l'en empêcher, qui planait au-dessus de sa tête. Il ferma les yeux et savoura le silence qu'il aimait tant.

Plusieurs années s'étaient écoulées depuis sa première aventure en Roumanie. À l'époque, il était jeune et impatient. Enfin, s'il fallait être honnête, il était toujours jeune et impatient, mais il avait gagné un indéniable contrôle sur sa vie. Bien sûr, il y avait eu quelques changements supplémentaires : il avait gagné quelques cicatrices, quelques traces de brûlures, des protège avant-bras en cuir, et également deux ou trois piercings pointus qu'il s'appliquait toujours à enlever lorsqu'il voyait sa mère.

Il éclata d'un grand rire et poussa un cri libérateur dans la nuit. Demain, il écrirait une longue lettre à Jane et Rory, qui vivaient dorénavant ensemble à Glasgow, pour leur raconter tout ça.

Bien des années s'étaient écoulées depuis qu'il avait décidé de quitter un rêve pour un autre. Il n'avait jamais regretté cela, et encore moins ce soir, alors qu'il savourait la plénitude que lui apportait cette nuit en Roumanie, à côté d'un dragon qui dormait.


Et voilà qui conclut Amoureux des dragons.

J'écris ces lignes alors que des frissons me parcourent les bras, et préparez-vous à un discours très niais. Mais si vous n'avez pas envie de lire ça, ce que je comprendrais, alors je vous dirai simplement : merci. Merci pour votre lecture, merci pour votre patience, merci pour vos commentaires, merci pour tout. Je me doute que ceux qui ont commencé à la lire il y a cinq ans, quand j'ai publié le premier chapitre de cette histoire, ne sont pas ceux qui liront ces mots. Ou dans ce cas, si vous faites partie de ces gens, s'il vous plaît, dites-le moi ! Je serais curieuse de savoir qui aurait bien pu avoir la patience de suivre cette histoire.

J'ai bien conscience d'avoir déçu, et bon sang, cinq ans, ce n'est pas possible pour une fanfiction. Ceux qui la lisaient ont grandi et n'en lisent sûrement plus, tout comme moi, j'ai grandi.

J'ai écrit le premier chapitre de cette fanfiction alors que j'étais en Terminale. J'avais alors pour projet de faire une toute dernière fanfiction, une longue fanfiction, une importante fanfiction. Une fanfiction qui se pencherait sur des thèmes qui, personnellement, me sont importants : l'adolescence, l'amour, le chaos que ces deux choses ensemble créent. J'avais également prévu une fin beaucoup plus triste. J'ai bien conscience, cinq ans plus tard, alors que je viens de finir mon master, que cette fin ne ravira pas tout le monde non plus.

Non, Charlie et Sam ne finissent pas ensemble. C'était toujours supposé arriver, car après une telle trahison, je ne voyais pas Charlie continuer avec lui. Mais à la base, j'avais prévu que leur rupture brise Charlie si fort que ce soit ça, la raison à l'origine de Charlie qui ne se marie jamais, selon JKR. Car c'était ce que je pensais, à l'époque. Que ça pouvait briser comme ça. Mais, comme je vous l'ai dit, j'étais encore une adolescente au début. Et puis j'ai grandi.

J'ai traversé une licence, vécu une année à l'étranger, puis un master entier (que je viens de valider, c'en est fini des études, youpi) ; et je me suis dit que ce n'était pas ça, le bon message à transmettre. Je voulais que cette histoire serve d'exemple et de conseil. Oui, une histoire d'amour, ça peut faire mal, mais on s'en remet. On ne s'en brise pas. L'adolescence, c'est tout un foutoir qui vous fait croire à la fin du monde tous les deux jours. Je le sais, car je suis passée par là.

Pour coller au canon, certes, Charlie finit seul, mais pas parce qu'il est brisé : mais parce qu'il a trouvé la vocation qui le fait sentir entier et heureux ainsi. Il a sa famille, il a ses amis, et à lui, ça lui va.

Moi aussi, j'aurais aimé qu'ils finissent ensemble, au fond, car je suis une grande romantique. Mais après une telle trahison ? Ce n'est pas sain. Ce n'est pas le message que je veux transmettre. Mais souvenez-vous en : Charlie est heureux. Et avant tout... Un amoureux des dragons.

Je vais m'arrêter là. J'espère, malgré cette fin douce-amère, que ce chapitre vous a plu, cette histoire de manière générale. Ça a été mon navire, mon bébé, j'aime cette fanfiction plus que tout au monde. Laissez un commentaire pour me donner votre ressenti 3

À bientôt peut-être, ou au revoir, et dans tous les cas: merci infiniment.

- Accio-Weekend.

PS: Je vais enfin pouvoir cocher cette fanfiction comme "terminée". Bon sang de Merlin. Je ne pensais pas que ça allait arriver un jour, vu mon rythme. Je préviens, je vais pleurer.