Partie I.2 : Ransa no Moribito

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L'arrivée de Chagum dans ma famille

» Chagum arriva quelques temps après ma conversation avec Grand-Mère sur les gardiens spirituels. Deux mois avant son arrivée, mes parents s'étaient disputés. Une violente dispute. Je revenais d'un voyage pour le plaisir avec Maman quand elle a rencontré une cliente improvisée qui se cherchait un garde du corps pour les escorter elle et sa fille, Murasaki, qui était deux ans plus vieille que moi. J'étais impatiente de les accompagner et ça allait être la première fois que j'allais être avec Maman pendant qu'elle travaillait !

Mais Papa ne voulait pas. Je ne savais pas où tourner de la tête ni quel côté prendre, mais je voulais être avec Maman. Papa m'avait emmené dans ma chambre le temps qu'ils finissent par trouver un compromis. Quand il s'apprêtait à quitter la pièce, je me levai pour l'imiter afin de le suivre, mais le regard qu'il me jeta fit en sorte que je me rassis sur mon lit sans broncher. Je continuai de pleurer et sentis la grande main ferme et rigide de Jiguro sur le dessus de ma tête.

« Dis à Papa pourquoi il devrait te laisser aller en voyage avec Maman, me dit-il.

- Comment ? murmurai-je.

- Murasaki a besoin d'une amie !... Et tu dois découvrir le monde ! »

J'hochai la tête et étais déterminée à expliquer pourquoi Papa devrait me laisser partir avec Maman. Mes parents étaient à l'extérieur. Ils se chicanaient très souvent; j'étais plus ou moins habituée, mais cette fois-ci, l'énergie qui se dégageait de leurs auras était encore plus écrasante que les fois précédentes. J'entrouvris la porte et écoutai la conversation entre eux en les épiant. Je sentis Jiguro poser sa main sur ma tête et écouter avec moi.

Je me souviens que Maman m'avait intégrée dans leur engueulade. Son aura était devenue noire alors que celle de Papa était un mélange d'ambre foncé. Je crois que j'avais crié indirectement d'arrêter, parce que je n'en pouvais plus de les entendre se chicaner à mon sujet. Mes yeux étaient embués de larmes; je pleurais.

« Oh non ! s'exclama Jiguro. Vite en haut, petite fleur, vite en haut ! »

Je me grouillai de me redresser sur mes jambes et courus le plus vite possible vers les escaliers lorsque la porte s'ouvrit sur mes deux parents. Je me pris les pieds dans quelque chose et m'étalai de tout mon long sur le sol de bois. J'entendis Maman soupirer.

« ... Elle a tout entendu, comprit-elle. »

Après m'avoir expliqué pourquoi je devais restée à la maison avec Papa, ce dernier m'avait retenu et pris dans ses bras pour éviter que je ne suive Maman. Je me suis débattue longuement en criant et en pleurant une grande majorité de la nuit. Il me fallut un long moment pour que je cesse de me débattre. Je ne voulais pas dormir avec Papa. Je voulais dormir seule.

« Tout ira bien pour ta Maman, petite fleur, me dit Jiguro.

- Mais commandant...

- Je vais la veiller entre temps. Je reviendrai de temps en temps pour te redonner de ses nouvelles. Maintenant, essaie de dormir. »

Jiguro venait me voir pour me donner de ses nouvelles, sur comment elle allait et qu'elle s'ennuyait de moi. Ça me rassurait et je gardais jalousement ces informations de Papa.

La journée précédant le soir où nous avons retrouvé Maman, blessée mortellement, Papa devait aller chercher des commandes au Bas-Ougi et y vendre des herbes médicinales.

« Qu'est-ce qu'il y a, Alika-Chan ?

- C'est quand que Maman revient ?

- Je ne sais pas. En tant que garde-du-corps, elle a un horaire assez irrégulier.

- Mais je veux voir Maman !

- Je ne sais pas quand elle va revenir et qui sait, elle—

- Elle est toujours en vie, l'interrompis-je. Les esprits me l'ont dit.

- Encore tes amis spirituels ? soupira Papa.

- Oui. Alors, c'est quand que je revois Maman ?

- Je t'ai dit que je ne le savais pas.

- ... Si seulement t'avais dit oui pour que je la rejoigne avec Murasaki... »

Papa soupira et je le senti attacher ma cape autour de mes épaules. Il prit ma main, mais je décidai de me laisser tomber avec tout mon poids sur le sol. Je piquai de nouveau ma crise de larmes hebdomadaire. Je voulais revoir Maman. Papa décida d'ouvrir la porte et de partir.

« Au revoir Alika, je pars au Bas-Ougi sans toi. On se revoit dans quelques jours. »

Je me redressai et fis la moue. Ça n'avait pas fonctionné cette fois-ci et ça ne l'avait pas arrêté. Je me mis sur mes pieds furieusement et le suivi.

« Tu es devenue très enthousiaste soudainement, plaisanta Papa en verrouillant notre porte. »

Je ne répondis pas et fis ma muette le long de la route. Papa chantonna pendant ce temps et ignorait totalement mon humeur massacrante.

Un jour plus tard, nous dûmes retourner au refuge car nous étions en manque d'herbes médicinales. Le gardien de Papa, que je ne voyais qu'en ombre, m'avertit qu'un garçon allait se noyer d'ici peu en essayant de chercher Papa. Il le ressentait. Mais je n'en parlais pas : Papa ne me croyait jamais. Comme son gardien l'avait prédit, un garçon était en train de se noyer dans le petit étang et Papa l'avait attrapé juste à temps. Au refuge, tandis que Papa allait chercher Maman, Chagum et moi apprîmes à se connaître davantage.

Son gardien était réservé alors il restait constamment dans son ombre, mais je parvins à le voir un peu. Il avait de longs cheveux blonds cendrés fins et plat, dont le dessus était coiffé en chignon, et portait un habit traditionnel qui ressemblait à un hanfu. Il s'appelait FangFang. Jiguro me dit tout : Chagum avait été mis sous la protection de Maman à la demande de la Seconde Impératrice.

« ... On a demandé à Maman de te protéger jusqu'à la fin de ses jours, pas vrai ?

- Oh..., se surprit-il. Oui. Comment le sais-tu ?

- Les esprits me l'ont dit.

- Tu vois... les fantômes ?

- Les esprits. Pas les "fantômes". Mais oui. Grand-Mère dit que j'ai les dons Yakue de Papa. Je vois les auras, je vois les esprits, je peux même leur parler et les toucher... j'ai un esprit qui me suit partout et me protège. J'en ai beaucoup, mais lui c'est vraiment un gardien spirituel.

- Toi alors..., frissonna-t-il. »

C'était toujours drôle de voir leur réaction.

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Prédiction de la Gardienne de Maman

» La gardienne spirituelle en charge de protéger Maman pendant sa réincarnation s'appelait Motoko. À comparer du gardien de Papa, je la voyais parfaitement bien. Elle avait la même taille physique que Maman, et les mêmes mimiques. Ses cheveux étaient court et mauve parfois fluffy et ses yeux étaient rose-mauve. Elle portait toujours une robe Kanbalese noire qui donnait une belle vue sur son décolletée, avec un sabre à la taille et un arc à flèche. Motoko m'avait dit qu'elle et Maman étaient des âmes sœurs et avaient souvent été en couple dans des vies antérieures.

Je me souviens qu'un soir, alors que je prenais mon bain avec Maman, je lui posai la fameuse question que chaque enfant a au moins demandé une fois dans sa vie : quand est-ce qu'ils me feront une petite sœur ou un petit frère ?

« Oh, mon poussin, ce ne sera pas pour demain, me répondit Maman.

- Pourquoi ? Tu peux pas planter des graines de choux pour que le Nahji puisse passer ?

- L'histoire du Nahji, hein ? Tu ne préfèreras pas avoir un grand frère ?

- Un grand frère... tu veux dire, Chagum-Niisan ?

- Oui, c'est ça.

- Hum... est-ce que tu vas l'adopter ?

- Je l'ignore encore. Il a déjà une famille, je ne peux pas le kidnapper.

- Mais pourquoi tu t'occupes de lui alors que tu as moi ? me renfrognai-je.

- Parce que c'est mon rôle de garde-du-corps. Je protège les adultes comme les enfants. Et sa maman m'a demandée de prendre soin de lui jusqu'à la fin de mes jours.

- Alors tu vas être sa Maman ?!

- En quelque sorte.

- Tu ne vas plus être ma Maman ?!

- Non Alika, je serai toujours ta Maman. Mais je serai également la Maman de Chagum désormais que sa mère est loin de lui. »

Je fis une moue et me collai contre elle.

« Je ne veux pas d'un grand frère, je veux un petit frère !

- Allons, ma puce. Comme je te dis que je ne te remplacerai pas !... Ne serait-ce pas un peu de jalousie ?

- Non.

- Ah, tu es sûre ?

- Certaine ! »

Elle resserra son emprise contre moi. Nous avions bien ri. Motoko vint me voir au second étage, ayant entendu notre conversation. Elle se pencha vers moi alors que je m'habillai pour la nuit.

« Sois patiente, petite fleur.

- Pourquoi ?

- Je peux te garantir que tu auras une petite sœur ou un petit frère bientôt.

- Quand ?

- Sans doute au courant de l'hiver. Mais je ne sais pas quand. »

Je gardai donc secrètement sa prédiction.

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Chagum accroît mes dons

» Un événement m'arriva lorsque Chagum était le Nyunga Ro Chaga. Étant en présence d'un esprit sacré provenant de Nayug, mon don avait accrue de façon déconcertante. Une fois, je ramassai de l'eau avec Maman dans la rivière, proche du moulin à eau et ma vision changea. Je me trouvai dans Sagu et à la fois dans Nayug. Il y avait des créatures fascinantes, à la fois gigantesques. Je tombai à la renverse, sur la berge, poussé doucement par Motoko qui veillait sur moi.

« Alika ! Tout va bien ? s'était inquiétée Maman.

- Eh...

- Tu as été prise de vertige ? »

Elle m'assit tranquillement sur l'herbe de la berge.

« Non... je sais pas pourquoi, ma vision a changé et j'ai vu un autre paysage.

- Un autre paysage ?

- Un paysage coloré... avec d'étranges créatures...

- Nayug ?

- Je sais pas... je vais bien, maintenant. J'ai eu peur. »

Maman m'aida à me redresser. J'essorai ma ceinture et elle remplit les sceaux de nouveau avant de me donner le miens. Motoko confirma que j'avais bien vu Nayug et que l'œuf de l'esprit sacré influençait d'une certaine façon mon sixième sens et ma clairvoyance... en plus de voir les esprits !

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Prémonition

» Il y a deux choses qui m'avaient marqué dont j'ignorai que ça faisait partie des facultés médiumniques que mon don m'offrait.

La première : lorsque je rencontrai une personne que je n'avais jamais connu auparavant, je pouvais avoir des informations exactes sur leur vie et les liens avec leur gardien si je me concentrai assez pour analyser leurs énergies. Ce fut le cas, pour la première fois de ma vie, quand nous étions chez le forgeron pour la lance de Maman et que nous étions cachés dans la pièce. Je pus soutirer des informations sur les deux clients par simple analyse de leurs énergies. Ainsi, je pus connaître leurs noms et déterminer un peu de leur personnalité. Ça n'avait pas duré longtemps, mais ça avait été suffisant pour que cette faculté se mette en marche.

La seconde : il s'agissait de prédire le résultat d'un tirage lancé au hasard. C'était arrivé pour la première fois quand Tonton Tohya apprenait à Niisan à vivre et à parler comme un roturier. Maman et moi avions déambulés par-ci, par-là, avant d'entrer dans un immeuble, monter les escaliers et observer par la fenêtre Niisan et Tonton Tohya qui jouaient à un jeu de mise.

Niisan misa avec des hekimooms. Un bonbon sur la planche où il y avait le numéro 3, puis un autre bonbon sur le 2 et enfin trois bonbons sur le 1. J'avais le sentiment que ça allait être un 1 aussi. Une image me vint clairement en tête : une pièce blanche et deux pièces noires. Lorsque le résultat s'avéra identique, je restai surprise. Toutes les prédictions que Niisan avait dit étaient exactement comme les images qui étaient apparues à mon esprit. Une fois la partie terminée, Maman me prit dans ses bras alors que je tenais sa lance de mes petites mains et descendit les escaliers rejoindre Tonton Tohya et Chagum.

« Neesan ! s'écria Tohya. Tu ne devineras jamais ce qui s'est passé !

- Vous avez gagné.

- Oh ! tu étais au courant ?

- Bien sûre que oui. Quand je t'ai dit que je ne serai pas très loin, je vous avais toujours à l'œil. Comment vas-tu, Chagum ?

- J'ai eu chaud pendant un moment.

- Ton langage trahit tes origines... il va falloir que Tohya t'enseigne la langue roturière.

- Hein ? se surprit Tohya.

- Tu as bien entendu, je te fais confiance. »

Elle sourit et alla retrouver Papa, moi, toujours dans ses bras. Je lui parlai à propos de mes prédictions pendant qu'on regardait la partie de mise et de l'étrange vision qui me venait en tête, à tous les coups.

« Ça veut dire quoi ? demandai-je.

- Hum... je ne suis pas certaine, avoua-t-elle. Je ne suis pas la plus qualifiée pour y répondre, pour être sincère. Je n'ai jamais appris la magie. Grand-Mère Torogai serait la meilleure placée pour y répondre, mais elle n'est pas là en ce moment. Pourquoi ne pas essayer de demander à Papa ?

- Il va pas me croire.

- Pourquoi ne te croirait-il pas ? Tu es sa fille. »

J'haussai les épaules.

« Grand-Mère dit que j'ai des dons qui ne sont pas du commun des mortels... que je suis trop forte pour Sagu.

- Tu serais donc plus forte que Papa en magie ?

- Je crois... mais moi, je veux être comme toi ! Comme avec ta lance ! »

Maman sourit et me donna un bisou sur le front avant de me déposer au sol et de prendre ma main. Une fois à la maison, Maman voulut tester quelque chose. Sous mon regard et celui de Niisan, elle sortit deux dés d'une petite pochette, ayant chacun une face possédant un cercle rouge. Le reste des facettes étaient des points.

« C'est quoi ces dés ? demandai-je.

- Ce sont des dés de susutto.

- Le susutto ? questionna à son tour Niisan.

- Le susutto a toujours été l'un de mes jeux préférés, nous dit Maman. C'est l'un des tout premiers jeux auxquels j'ai joué en tant que jeune femme, à Rota, dans les tavernes.

- Tu as déjà travaillé dans des tavernes, Balsa ?!

- Hé bien, oui. Jiguro et moi avions souvent fait office de gardes à ces endroits. J'en ai profité pour regarder les joueurs jouer à ces jeux. Le susutto m'a énormément plu. Il est très facile de manipuler les dés à notre avantage en n'utilisant pas beaucoup plus qu'une chiquenaude des doigts.

- Tu peux donc faire tomber la facette que tu désires ?

- Oui. Je dois vraiment expérimenter quelque chose avec ma fille. »

Elle me regarda et sourit.

« Je vais choisir un résultat dans ma tête et tu devras me dire quel résultat tu as dans ta vision, Alika, d'accord ?

- D'accord, je suis prête. »

Je me concentrai sur sa main et observa ses mouvements. Alors qu'elle les lançait, je dis :

« Un cercle rouge et un quatre point. »

Les dés roulèrent sur le sol en bois et le résultat fut exact. Niisan et Maman se regardèrent, surpris.

« C'est peut-être un coup de chance, tenta Niisan.

- Hmmm... essayons plusieurs fois, sortit Maman. Et puis, j'aime beaucoup brasser les dés. Nous avons le restant de la journée. »

Maman brassa encore une fois.

« Un cinq point et un point, répondis-je. »

Le résultat fut identique. Maman brassa dix autres fois et je ne me trompai pas une seule et unique fois. Niisan trouvait ça incroyable. À tous les coups, les images m'apparaissaient dans la tête et je disais les résultats instinctivement. Niisan demanda à Maman s'il pouvait essayer.

« Je ne maîtrise pas les dés comme Balsa, mais peut-être que tu seras capable de déterminer le résultat. »

J'hochai la tête et regardai sa main.

« Deux cercles rouges. »

Les dés tombèrent et roulèrent... deux cercles rouges. Je voulais essayer de me tromper – trop ébranlée par mes visions – mais les cinq fois où Niisan me testa, je ne me trompai jamais. Maman resserra les dés de susutto. Il fallut que nous demandions à Grand-Mère pourquoi ça m'arrivait. Je compris dès lors qu'être médium ne s'arrêtait pas qu'à voir les esprits, leur parler, les entendre et voir les auras. Les prémonitions et la capacité à recevoir des informations via l'énergie en faisait également partie.

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L'appel d'Âme

» Pendant cette période de temps, il y eu l'évanouissement de Tatie Saya. Son âme avait quitté son corps : on appelle ça un voyage astral. C'est l'âme qui quitte son enveloppe physique pour aller visiter d'autre endroit ou tout simplement pour se connecter au monde spirituel. Tatie Saya pourrait donc avoir cette capacité de voyager entre les mondes à volonté, mais elle se bloque – comme Papa – ou en a simplement pas conscience. Cependant, pour les non-habitués à ce genre de pratique spirituelle ou ésotérique, cela peut être très dangereux et ils risquent non seulement de se perdre, mais également que leur âme se fasse attaquer en cours de route. Saya était simplement incapable de revenir à son corps physique.

Papa avait tout installé pour l'appel d'âme. Lorsqu'il demanda à Chagum de quitter la pièce, ce dernier obtempéra, mais je ne bougeai pas quand vint mon tour. Grand-Mère n'avait jamais daigné de me montrer – voire même enseigner – cette pratique. Mais s'il y avait une chose dont j'étais sûre c'était le niveau de dangerosité. Bien sûre que je serai en mesure de pouvoir voir l'âme de Papa hors de son corps si un inconvénient survenait, mais encore-là... c'était une incantation dangereuse à faire. Lorsqu'un magic-weaver pratiquait un appel d'âme, il était impératif qu'un autre magic-weaver soit aux côtés de ce dernier. Or, je n'avais pas été formée pour le sort. Je n'étais donc pas d'une grande aide, même avec mon don de médiumnité.

« T'es sûr, Papa ? questionnai-je, enfin sortis de mes réflexions.

- Tout ira bien.

- Il s'agit d'un appel d'âme, tu sais...

- Oui, je sais, ma petite médium.

- Sois prudent, ça peut être dangereux.

- Je le serai. »

Je soupirai, lançai un regard inquiet à Maman et allai dans l'autre pièce. Je me mis proche de l'entrée pour écouter la conversation entre Papa et Maman.

« Moi aussi ? s'enquit-elle.

- ...

- Torogai ne t'avait-elle pas dit de ne pas pratiquer l'appel d'âme ?... Si tu plongeais dans un puits avoisinant, je sais que je serais capable de t'en tirer. Mais tu ne peux pas attacher une corde à une âme.

- Je connais les risques ! Mais puisque mon maître n'est pas là, c'est moi qui dois le faire!

- Je suppose que oui, mais...

- Ça ira bien. Je vais trouver l'âme de Saya et la ramener parmi nous. Si les choses tournent mal, que Saya revient sans moi, je te surveillerai la nuit quand tu dormiras, plaisanta-t-il, blague que Maman ne rit pas.

- Je serai ici jusqu'à ton retour. Et souviens-toi, Alika voit les esprits. Si elle voit que tu t'amuses trop, elle va m'avertir et te taper sur les doigts, Papa. Fais de ton mieux.

- Très bien... Âme, prend la fuite. Élèves-toi tels des oiseaux dans le ciel. »

Je ris silencieusement à la remarque de Maman. Elle me croyait de plus en plus !

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Papa est sceptique !

» S'il y avait encore une chose sur laquelle je devais encore travailler, c'était de convaincre Papa de mon don. Il s'était beaucoup fermé à ce monde depuis qu'il était devenu médecin et apothicaire. Ce jour-là, il avait montré ses connaissances par rapport aux plantes médicinales et prenait un grand plaisir à enseigner à Chagum son savoir, mais de mon côté, je m'ennuyai tellement que j'étais en train de m'endormir. Il m'avait donc libéré et j'avais été joué dans la forêt. Au repas du midi – Maman n'étant pas présente, occupée à régler ses propres comptes personnels – Papa me demanda ce que j'avais fait aujourd'hui.

« J'ai joué dans la forêt ! Je la connais par cœur et j'ai pas peur vu que mes amis esprits sont-là.

- Alika, pas de ça à la table.

- Pourquoi ? Maman t'as dit que j'avais parlé de Jiguro ! Je peux aussi te décrire ton grand-père, Kunda, à quoi il ressemble. Il vient de rentrer dans le refuge... il dit que tu es son portrait craché... »

Kunda me regarda et s'assit, discutant avec le gardien de Papa. Ce dernier se retourna vers moi, mécontent.

« Pas de ça à table, Alika, répéta-t-il.

- Tu me crois, enfin ?

- Moi, je te crois, me rassura Niisan.

- Vraiment ?

- Oui. Le monde de Sagu est rempli de mystère et ça ne m'étonne pas que des gens comme toi puissent voir des choses qui ne sont pas visibles pour le commun des mortels. Mais je te crois.

- Merci ! »

Nous prîmes nos bols et continuâmes de parler, oubliant même que Papa était avec nous, à nous écouter se raconter des histoires et partager nos croyances. Je savais que je pouvais faire confiance à Chagum, puisqu'il me croyait.

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Canalisation

Portail positif, neutre et négatif

» Désormais que vous avez baigné dans le quotidien d'une enfant médium, il est temps de vous révéler un second sujet dont moi seule est au courant. Je suis ce qu'on appelle un portail. En gros, je peux me faire posséder par les esprits; faire de la canalisation est le vrai thème.

Ce n'est pas n'importe qui peut se faire posséder, même si de base, tout être vivant peut se faire posséder. Mais si la personne n'est pas un portail, elle ne peut pas être possédée par les esprits à l'exception de son gardien primaire. Dans mon cas, à l'exception de mon gardien qui détient une énergie fort opposée à la mienne, seuls les esprits à l'énergie positive peuvent prendre possession de mon corps, car je suis d'énergie positive – je ne parle pas de l'attitude à voir le bon côté des choses. Non. Il s'agit tout simplement de l'énergie en général. Les gens sur terre peuvent posséder l'une des trois catégories d'énergies. Je les appelle les positifs, les neutres et les négatifs.

» Les personnes d'énergie positive sont des êtres discrets, ravageurs et parfois rancuniers à différents degrés. Ce sont les personnes les plus nombreuses en nombre sur le plan terrestre. Ils sont capables de tolérer des lieux très sacrés concentrées en énergie « divine ». La sauge ne leur fait aucun mal. En ordre de puissance et de degré, voici les différents niveaux d'énergie positive dans lesquelles les âmes incarnées peuvent se retrouver : Principauté, archange, ange, positif fort, moyen et faible.

Grand-Mère me place dans la catégorie « archange ». Une énergie très rare pour le monde des mortels. Je n'ai jamais rencontré de personne possédant la même énergie que moi. Papa était positif faible et Norugai était une positive forte.

Les âmes, cette fois-ci non incarnées, peuvent avoir accès à des niveaux de positivités plus haut que les âmes incarnées, car elles n'ont pas de corps physique qui les bloque : Séraphins, Chérubins, Trônes; Dominations, Vertus, Puissances; Principauté, Archanges, Anges. Les énergies des deux premiers chœurs (Séraphin à Puissances) ne pouvant se trouver dans le monde terrestre.

» Les caractéristiques principales des personnes à l'énergie neutre sont des êtres réservés, timides, observateurs, parfois manipulateurs et naïfs. L'expression faciale sans émotions est, inconsciemment, l'une de leur principale habitude. La plupart des personnes possédant une énergie neutre varie plus d'un côté que de l'autre, à la place d'être centré. C'est ce qu'on appelle « Neutre-Positif » et « Neutre-Négatif ». Ce sont les seuls êtres qui puissent être en mesure de changer d'énergie s'ils le désirent/ou qui ne se contrôlent pas.

Les personnes d'énergies « Neutre pur » sont très rares et celles dites de « Caméléons » le sont encore plus.

Grand-Mère est une Neutre-Pur et Chagum-Niisan est un Neutre Caméléon. Maman est une Neutre-Positive, Motoko une Neutre-Négative.

» Le thème de l'énergie négative ne veut pas dire mauvais. Il n'y a aucun mal à être d'énergie négative. En fait, les personnes dites d'énergie négative ne sont pas classés comme méchants ni « pessimistes ». Ils ont juste une énergie sans « plus (+) ». Ils sont directs, facilement colériques, disent leur opinion manquant parfois de tact et non rancuniers (en général) et possessifs. En général, la sauge et l'eau bénite leur brûle la peau et les rend très agressifs. Je les considère comme des démons... des gentils démons.

En ordre de puissance et de degré, les différents niveaux d'énergie négative sont : Démon Suprême (l'opposé de principauté), démon moyen (opposé à archange), démon faible (opposé à ange), négatif fort, moyen et faible.

Jiguro, mon gardien, est un négatif très fort.

» En bref, de retour aux personnes considérées comme des portails, les positifs ne peuvent que laisser passer les esprits positifs; les portails négatifs que les esprits négatifs alors que les portails neutres, qui se situent entre les deux, peuvent être possédés par tous les types d'esprits – positifs, négatifs, neutres.

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Mayuna, la jolie femme esprit

» Être un médium, dans mon cas, n'est pas seulement d'être en contact permanent avec l'âme de ceux qui nous ont quittés. C'est aussi être capable de développer des amitiés avec les esprits et forger des liens hors des dimensions des deux mondes. Normalement, oui, je sais que nos deux mondes ne sont pas censés se mélanger, mais malgré tout, il y a toujours des exceptions à la règle. Le bien-être des esprits a toujours été très important pour moi en tant que médium et si je pouvais les faire sentir comme étant vivants, et non pas comme des entités maléfiques et terrifiantes, je prenais un précieux devoir de le faire. J'ai toujours trouvé irrespectueux et dénigrants quand les autres chamanes traitent et nomment les esprits « d'âmes errantes ». Pour moi, les esprits sont comme nous : ils ont des émotions, peuvent avoir mal physiquement, peuvent manger, boire et s'habiller et s'adaptent à l'époque qui suit leur dernière incarnation; cela leur permet de se sentir en vie. Quand ceci n'est pas possible, ils utilisent beaucoup la comparaison avec le vécu de leurs vies antérieures avec celui du protégé ou des vivants. Ça leur donne un sentiment d'être « vivant », bien que cette façon a le don de me taper royalement sur les nerfs et me rendre impulsive.

Parmi ces rencontres spirituelles, celle de Mayuna Monaeta fut une de mes meilleures rencontres. La première fois que j'avais senti sa présence fut lorsque Maman, Niisan et moi étions cachés dans la pièce adjacente du forgeron. Il y avait Monsieur Jin et Monsieur Mon, mais c'est vraiment grâce à Monsieur Jin que j'ai rencontré Mayuna. Avec mes facultés médiumniques, j'ai pu savoir son nom ainsi que quelques brides de son passé avant même de la rencontrer en personne. De plus, son énergie m'attirait énormément, sans savoir pourquoi, je crois que je la situais dans la catégorie d'énergie « ange ». Elle était du même âge que Jin, mais était morte à l'âge de quatorze ans, l'année où j'étais née. Pourtant, elle avait choisi, après sa mort, de continuer à grandir pour suivre la croissance de son fiancé. J'ignorai si je pouvais la revoir, mais je savais que je voulais être amie avec elle. Lui parler. Elle avait beau être avec le petit frère de Jin, ainsi que le reste de sa belle-famille, je savais qu'elle se sentait un peu seule et nostalgique.

Je ne me fis aucuns faux-espoirs jusqu'à ce que la vie décide que nous nous revoyons au village de Toumi, quand les hunters recherchaient Maman et Niisan. Jin était celui qui possédait une horde d'esprits et j'étais estomaquée à chaque fois que je le voyais se promener avec eux. Je fus heureuse de revoir Mayuna et lui projetai mon énergie. Je pouvais enfin mettre un visage sur elle. Elle avait les cheveux bruns attachés en deux chignons, des yeux bruns comme Maman, un teint pâle et portait un beau kimono rouge vif et brillant. Son obi dorée était parsemé de motifs délicats de couleur blanche rappelant les flocons de neiges avec des dégradés. Son énergie était très douce, très maternelle. J'établis donc une conversation télépathique avec elle pour la toute première fois.

« Tu t'appelles Mayuna ? demandai-je, attendant de voir si elle recevait mes réponses.

- Eh... Oh ? Tu peux donc me voir et me parler, même par télépathie ? s'étonna-t-elle. Comment sais-tu mon prénom ?

- Je suis médium !... Es-tu la fiancée de Monsieur Jin ?

- Je suis impressionnée que tu le saches, oui, je suis sa fiancée... enfin, j'étais sa fiancée. »

Je coupai un moment la communication et observai le petit frère de Jin. Le nom « Touji » me vint en tête. Il était de nature très joyeuse et préférait jouer avec les poules. Il semble que d'autres enfants Yakue pouvaient le voir également, car je les voyais interagir avec. Je n'avais jamais rencontré des enfants de mon âge partageant mes facultés spirituelles et ma vision. Je me sentais vraiment moins esseulées. Lorsque Jin explosa et dégaina son épée, je vis Mayuna se donner une claque sur le front et poser sa main sur le bras de son fiancé. Touji ainsi que toute la horde de Jin arrivèrent proche de lui pour tenter de le calmer.

« Allons, allons, Taiga... calme-toi, des massacres insensés ne résoudront rien, disait-elle avant de me regarder. Pardon, petite... »

Je ne fis qu'un petit sourire. Quand les hunters partirent du village, Mayuna semblait triste. Mais je lui dis qu'on aura d'autres chances de se revoir.

» Dans la grotte des chasseurs, peu de temps après ma crise contre Niisan, je me mis à m'ennuyer. Je voulais voir des personnes, sortir voir d'autres paysages que ceux à l'extérieur de la grotte des chasseurs. Je m'adressai donc à Jiguro par télépathie.

« Nae, Jiguro, commençai-je. Je voudrais voir d'autres gens...

- Ah ? Comment ?

- ... Je voudrais voir Mayuna ! Tu sais ? La jolie esprit qui suivait Monsieur Jin...

- Elle ne sait sans doute pas où tu te trouves présentement.

- Non, mais toi, oui... tu peux aller la chercher, toi. »

Il me regarda, incertain.

« Tu peux suivre son énergie, non ? insistai-je. S'il te plait... ? »

Mon commandant esprit soupira et je le senti quitter l'endroit pour retrouver Mayuna. Contrairement à nous, les vivants, « l'avantage » d'être un esprit était que les distances physiques ne les concernaient aucunement. Les esprits pouvaient se téléporter n'importe où, n'importe quand à volonté quand on le leur demandait. La seule chose qu'ils ne pouvaient pas faire était d'être à deux places simultanément. C'était impossible même pour eux. Lorsque Jiguro ramena Mayuna pour partager un thé avec moi, j'étais folle de joie. Niisan finit par nous accompagner, et lorsque l'heure du thé tira à sa fin avec la théière vide, je me permis de donner un gros câlin à Mayuna. Bien sûre que j'avais l'air de me serrer moi-même dans mes bras, mais je savais que je l'enlaçai.

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Évoluer dans la spiritualité

» Dès que j'ai eu sept ans, je me mis à voir de nouveaux esprits. Telle ne fut pas ma surprise quand je remarquai que les huit anciens lanciers accompagnaient Jiguro parfois, quand il ramenait des amis au bercail. Je me souvins de la prédiction de Motoko, comme quoi Maman allait tomber enceinte cet hiver-là. Elle avait vu juste, car le jour où Maman s'est mise à avoir ses nausées matinales, elle m'annonça en posa ma main sur son ventre qu'elle attendait un bébé et nous étions en hiver. Elle me convoqua pour qu'on puisse parler à propos du bébé et de ma crise de jalousie envers Chagum. Notre conversation divergeant par-ci, par-là, Maman finit par me poser une question spécifique.

« Au fait, Alika, peux-tu finalement me dire qui sont tes amis esprits. Tu dois bien connaître leur nom, non ? »

Je m'arrêtai dans la neige et tournai autour de mon bâton, planté le sol gelé, pour faire face à Maman.

« Tu veux vraiment savoir ? dis-je au bout d'un moment.

- Oui. Tu m'as déjà décrit Jiguro alors que tu ne l'avais jamais vue. Tu dis souvent que tu as des amis esprits qui te suivent. Je veux vraiment savoir qui ils sont. »

Les paroles de Maman me confirmèrent qu'elle était ouverte à ma réalité et tentait de me comprendre pour me soutenir, même si elle n'était pas chamane ni une magic-weaver. Je regardai Jiguro qui me fit signe. Je compris à l'énergie qu'il me transmettait que le moment était venu pour parler de lui à Maman en tant que gardien spirituel. Motoko nous accompagnait également.

« ... D'accord, je veux bien. Le premier est un esprit qui veille sur moi depuis que je suis née.

- Il te suit depuis ta naissance ? s'étonna-t-elle. Comme un gardien spirituel ?

- Oui. Il m'a dit de jamais dire son nom à personne jusqu'à ce qu'il me donne la permission... il a demandé à ce que je l'appelle "commandant esprit".

- Oui, tu en as un peu parlé il y a quelques années.

- Je peux te dire son nom... il veut bien.

- Dis-le-moi.

- Le commandant esprit qui me suit... c'est Jiguro Musa lui-même. Quand tu m'entrainais pas, il m'entrainait. »

Maman fit une expression surprise.

« Étrangement, je ne suis pas plus étonnée que ça, me dit-elle. Je ne sais pas si c'est ce que toi, ton père et Grand-Mère Torogai appelez "l'intuition", mais j'ai eu de gros doutes quand tu disais que ton "commandant esprit" faisait telle action ou tel geste.

- Ah bon ?

- Oui. »

Je la vis sourire.

« Alors comme ça Jiguro veille ma fille depuis qu'elle a trouvé sa place dans mon ventre et a pris sa première respiration, sourit-elle avec émotions, se parlant pour elle-même. Wow... j'ignorai qu'il y avait une vie après la mort.

- Tu serais surprise par beaucoup de choses, Maman. Jiguro me suit partout. Il est mon gardien. Et... parfois, il y a huit hommes avec des lances le suivent. Jiguro dit qu'il les ramène au bercail parfois... »

La tête de Maman changea.

« Tu es sérieuse ?

- Oui.

- ... Me veulent-ils du mal ? demanda-t-elle en regardant derrière elle, soudain sur ses gardes.

- Non. Ils ne te suivent pas. Ils se promènent ailleurs que proche de toi. Ils viennent quand Jiguro prend un verre... ça veut dire quoi "prendre un verre" ?! »

Maman rit.

« Ça veut dire faire comme Grand-Mère. Avec de l'alcool.

- Erk !

- Est-ce que les esprits... nous regardent quand on est en intimité et qu'on se lave ?

- Non ! ris-je alors que Jiguro se mettait aussi à rire. Ils te laissent tranquille.

- Ouf... je suis soulagée.

- Ils sont respectueux. Ils te laissent tes moments privés. Mon autre amie esprit est une jeune femme... tu ne la connais pas, mais elle est très jolie ! Je l'ai rencontrée quand Monsieur Jin est venu au village de Toumi. Elle s'appelle Mayuna Monaeta. Elle vient parfois me voir pour l'heure du thé. De temps en temps, elle joue avec moi aussi. Et les autres sont vraiment aléatoires.

- Si les esprits ne sont pas méchants et que Jiguro veille sur toi, je ne vois pas pourquoi je devrais m'inquiéter pour ta sécurité.

- Tu veux savoir autres choses, Maman ?

- ... Hmmm peut-être, mais est-ce que ça te déranges de toujours les voir ?

- Non. Je suis habituée... c'est aussi normal pour moi que toi et le maniement de la lance. »

Il y eut un petit moment de silence.

« Dis Alika. Tu m'as dit que Jiguro était ton gardien spirituel.

- Oui.

- Est-ce que ça veut dire que j'en ai un aussi ?

- Tout le monde a un gardien spirituel qui les suit, la renseignai-je. Certains peuvent en avoir plus d'un, maximum quatre, mais en général, tous être vivants réincarnés a un gardien ou une gardienne qui les veille.

- Est-ce que... tu vois le ou la mienne ? »

Je regardai Motoko qui me fit signe de la tête. Elle était contente que je parle d'elle à Maman.

« La tienne, répondis-je avec un sourire.

- A-t-elle un nom ?

- Motoko.

- Est-ce que tout comme Jiguro, elle possède un physique ?

- Oui. Et vous vous ressemblez beaucoup, je trouve ! Mais elle a les yeux rose-mauves et les cheveux mauves court.

- Les cheveux mauves ?

- Haha, oui.

- Et est-ce que tu vois ceux de Torogai-Shi, Chagum et Papa ?

- Oui. Torogai a une gardienne. Chagum et Papa ont des gardiens. Mais celui de Papa est le seul que je n'arrive pas à voir de façon clair. Il est toujours sous forme grise et floue.

- Peut-être que ça viendra plus tard ?

- Grand-Mère m'a dit la même chose. »

Nous tournâmes les talons et revînmes à la grotte des chasseurs. Maman ne me posa pas plus de questions sur le monde spirituel et les gardiens. Je pense que j'ai simplement dû répondre à sa curiosité du moment. Ça ne me dérangea pas.

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Fin de

Ransa no Moribito