Partie II.2 : Kurasa no Moribito

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Quelqu'un qui croit enfin à mon don

» Amaya et moi sommes devenues amies très rapidement. Amaya était veillée par une gardienne. Elle avait de longs cheveux blonds bouclés qui lui arrivaient au bas des fesses, des yeux verts émeraudes, une peau blanche et portait un kimono simple à manche longue et se terminant en petite jupe droite. Elle s'appelait Fay. Elle était d'un franc-parler et ne se laissait pas marcher sur les pieds.

Amaya m'invita pour la première fois chez elle. De nature curieuse, une fois chez Amaya, je voulus explorer les autres pièces de la maison. Elle me fit donc une visite guidée et me montra même le contenu de toutes les armoires de rangement. Alors que nous revenions dans sa chambre, mon regard s'était posé instinctivement sur le bas d'un mur. Il y avait deux jeunes enfants, des fillettes âgées de trois et quatre ans, qui jouaient avec des pouliches sculptées dans du bois. Leurs yeux se posèrent sur moi, mais Amaya ne les voyait pas. Un peu confuse, sans Motoko ni Jiguro, je choisis d'appeler la gardienne de Tante Yuka, alors que je suivais mon amie dans sa chambre. Nahoko arriva, saluant le gardien des parents d'Amaya avant de monter les escaliers et me retrouver.

« Qu'est-ce qu'il y a, très chère ? demanda-t-elle par télépathie avec qu'Amaya était assise sur son tapis de chambre et pliait des papiers.

- Les deux enfants qui sont-là... ce sont des esprits ou des personnes ?

- Hmmm ? »

Nahoko sortit la tête hors de l'encadrement de la porte.

« Ah, ce sont des esprits. Elles ne sont pas méchantes, tu n'as pas à t'inquiéter. Ce sont les petites sœurs décédées d'Amaya.

- Amaya était censée être grande sœur elle aussi ?! m'étonnai-je en télépathie.

- Oui, mais elles sont toutes deux décédées... si vous devenez assez proches toi et elle, quand elle se sentira prête à te le dire, elle te le dira.

- D'accord... Alors je ne dirai rien à Amaya entre temps.

- C'est bien parfait comme ça. En autant que tu sois à l'aise, je ne vois pas le problème. »

Amaya et moi fîmes une rotation de visite. Après avoir joué chez elle, elle venait faire son tour à la maison de guérison de Tante Yuka.

» Un beau jour, Amaya m'invita à dormir chez elle, après avoir joué dans la neige où j'offris une seconde humiliation à Shozen. Nous étions dans sa chambre quand elle revint au sujet de Ren.

« Comment tu as su pour Ren ?

- Ren ? dis-je. L'élève décédé d'une maladie comme tu me l'as dit ?

- Oui.

- Bah... je ne sais pas. »

J'hésitai beaucoup à lui parler de mon don et mes prédictions. Or, elle continua d'insister.

« Ne me dis pas que tu as vu son fantôme, rigola-t-elle.

- Hé bin... eh...

- Une croyance dit que parfois, des élèves peuvent voir son fantôme en début d'année... ou lorsqu'ils sont nouveaux.

- Tu crois vraiment à ces sornettes ? la questionnai-je.

- Toi non ?

- Bin, non. »

Mais je savais qu'Amaya se doutait déjà de quelque chose avec moi. Mon intuition me disait qu'elle voulait me faire tester de quoi. Comme je le pensais, elle prit un paquet de carte – composé de feuille très épaisse – et le brassa.

« Quelqu'un m'a dit que peu de gens pouvaient déterminer la carte que je pigerai sans la voir eux-mêmes.

- Tu tiens absolument à me faire faire ça ?

- Pourquoi pas ? »

Elle pigea une carte et la regarda. Aussitôt, instinctivement, je dis :

« As de trèfle.

- Tu sais quoi ? »

Elle me montra vivement la carte à deux centimètres de mes yeux.

« Tu as raison ! On continue ! Peut-être que c'est un coup de chance. »

Amaya refit le même manège et passa tout le paquet sans que je me trompe une seule fois. À la fin, elle me regardait avec fascination et admiration.

« Alika, tu as le don !

- Quel don ? demandai-je. »

Bien que pour les autres, j'avais un don, je le voyais comme une faculté naturelle comme dessiner, écrire et manier une lance. Je continuai de nier le tout, disant que je n'avais eu que de la chance, mais Amaya me tira proche de sa bibliothèque.

« Il fait noir, je vois pas bien les titres. Attends ! dit-elle avant de pousser la porte en pierre qui cachait le foyer au complet. Nous voilà dans le noir total. Tu peux me dire si tu vois les titres des livres que je pointe ?

- Oui, mais il va me falloir un intermédiaire. En gros, il va me falloir être en contact avec le livre à travers toi.

- Pourquoi ?

- Je sais pas, quelqu'un m'a dit de faire comme ça...

- Quelqu'un ?

- Bon, soupirai-je, on fait ce test oui ou non ?

- Oh oui, bien sûr. »

Amaya prit ma main et commença en touchant de sa main opposée le dos du livre. Aussitôt, l'image du livre s'imprima dans mon esprit.

« Les âmes perdues de Kanbal... »

Elle tira le livre et alla proche du foyer.

« Dieu Yoram ! C'est bien ça, et en plus, ils sont même pas en ordre alphabétique ! »

Nous refîmes le même exercice cinq fois. À tous les coups, mes réponses étaient exactes. Amaya n'arrêtait pas de me dire « oh mon dieu, oh mon dieu ! » avec joie et excitation. Je prédis que sa mère allait venir vérifier si on dormait, alors on se jeta dans son lit et fîmes semblant de dormir. Comme je l'avais pressenti, sa mère vint nous jeter un œil avant de redescendre.

« Comment tu as su ? murmura Amaya.

- Par de la chance, ris-je.

- Non ! C'est pas du hasard, me chuchota-t-elle. Pas après les exercices que tu as fait. Tu as le don ! »

Amaya se colla contre moi en emprisonnant mon bras dans les siens comme une grosse peluche. Son énergie était très bonne, et elle était une personne à qui on pouvait naturellement faire confiance et n'était pas du genre à trahir. Depuis un moment, surtout depuis les tests qu'elle m'avait fait passer, je me demandais s'il était temps que je lui parle de mon don, ou attendre un peu. Personne spirituellement ne pouvait me conseiller.

« Nae, Amaya, chuchotai-je.

- Quoi ?

- Tu dors ?

- Non.

- ... Je peux te demander de quoi ?

- Oui.

- Tu crois aux esprits ?

- Aux fantômes ?

- Non... aux esprits. Les âmes des personnes décédées... »

Amaya redressa la tête et réfléchit un moment.

« Je voudrais y croire, mais j'ai jamais vu d'esprits, répondit-elle enfin. Mais je pense qu'on a tous un ange gardien qui veille sur nous... quelque chose de ce genre. Et toi ?

- J'y crois. Et je crois aussi en la réincarnation. Bon, aller, bonne nuit !

- Bonne nuit ! »

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Les fillettes esprits

» Au milieu de la nuit, j'ouvris les yeux. J'essayai de me rendormir, mais des chuchotements et des rires d'enfants me gardaient éveillés. Je me retournai vers le mur de la porte et vis les deux petites fillettes à nouveau, assises au sol avec des peluches. Je clignai des yeux et mis la couverture par-dessus ma tête pour essayer de retrouver le sommeil. J'osai retirer la couverture et deux paires d'yeux me fixaient, à dix centimètres de mon visage : je dois vous dire que oui j'ai eu peur même si je vois les esprits. Je poussai un cri et dans mon agitation, tombai au sol, réveillant Amaya et ses parents.

« Alichoue' ?! s'exclama-t-elle. Ça va ?! Tu as fait un cauchemar ?

- Que se passe-t-il ?! s'écria Juro, son père en ouvrant la porte. Vous allez bien ?! »

Sa mère, Meiko, m'aida à me redresser alors que je reprenais mon souffle. Ma terreur, bien que courte, avait été suffisante pour que Nahoko et Motoko arrivent en catastrophe chez Amaya et réprimandent les deux fillettes esprits.

« Je... je pense que j'ai fait un cauchemar, mentis-je. Désolée de vous avoir réveillé.

- Ne t'en fais pas. Amaya fait aussi des mauvais rêves, encore à ce jour. »

Amaya se renfrogna, puis me laissa échanger de place avec elle proche du mur. Le lendemain, Fay m'expliqua qu'elle avait parlé aux deux fillettes et qu'elles étaient tout bonnement curieuses à mon sujet et m'analysaient la nuit dernière. Mais malgré leur innocence, elles n'avaient pas respecté les limites de mon « territoire » et Nahoko les avait un peu grondées. Les deux fillettes esprits lui promirent de ne plus recommencer.

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Dévoiler son don

» Amaya vint me visiter durant ma convalescence, après ma chute dans la rivière. Elle me donna même un cadeau de rétablissement : une douce couverture en laine rose et mauve avec des fruits confits, un petit oreiller ainsi qu'une pierre hakuma polit. Nous étions en train de parler de nos familles quand Amaya sortit :

« Et... ton petit frère ou ta petite sœur ? Tu avais dit que ta Maman était enceinte.

- Eh... en fait... il est pas né. Enfin, oui, mais... il est pas vivant non plus..., m'attristai-je. Mais on lui a donné un nom et c'est Kasem. »

Amaya ne put que compatir et m'offrit un câlin, oubliant que j'avais hésité quelques minutes auparavant à cause de mon rhume — ne désirant pas la contaminer. Elle confirma alors les dires de Nahoko et Fay en me rassurant qu'elle avait aussi perdu deux petites sœurs en bas âge, dont une de cette façon.

« Après, Maman et Papa n'ont plus voulu faire d'autres enfants. Ils ont dit qu'un enfant était assez suffisant et qu'on était pauvre. Tu sais qu'ici, si une femme donne naissance et que quatre enfants sur dix survivent en bas âge, elle est déjà très chanceuse.

- Non.

- C'était aussi pour cette raison qu'ils ont arrêté de vouloir en faire.

- Est-ce que ça veut dire que ma mère, la mienne, ne va plus en refaire ?! paniquai-je soudainement.

- Je ne sais pas... tu devrais lui en parler. »

Il y eu un moment de silence lorsque Maman pénétra la pièce et demanda si Amaya soupait avec nous. Dès qu'elle fut repartit, j'osai dévoiler mon don à Amaya.

« Amaya-Chan ?

- Oui ?

- Je dois te dire quelque chose...

- Vas-y ?

- ... Le soir où j'ai dormi chez toi et ai crié... ce n'était pas un cauchemar.

- Ah bon ? s'étonna-t-elle. Qu'est-ce qui t'a fait peur alors ?

- ... Je ne sais pas si tu vas continuer à m'aimer par après... et Tante Yuka m'a averti de ne pas en parler à n'importe qui parce que les rumeurs circulent vite à Kanbal.

- Pourquoi je te détesterai ?

- Parce que je suis différente...

- Croix de bois, croix de fer, si je meurs, je vais en enfer. Ton 'tit doigt. »

On se serra l'auriculaire ensemble : promesse.

« L'enfer n'existe pas, sortis-je à brûle-pourpoint.

- Eh ? Comment le sais-tu ?

- Mon secret à rapport avec ça...

- Tu es le diable en personne ? ricana-t-elle.

- Non, le diable n'existe pas, sortis-je encore.

- Bin voyons, Alichoue'.

- Prends-moi au sérieux, tu l'as promis.

- C'est vrai... désolée... alors ?

- J'ai vu tes deux petites sœurs décédées cette nuit-là. J'ai crié parce que je me suis cachée la tête sous la couette et quand je l'ai retirée, elles étaient à dix centimètres de mon visage... »

Amaya me regarda, stupéfaite à la fois effrayée.

« Alors... tu vois les esprits ?

- Oui...

- Ma maison est hantée ! s'exclama-t-elle.

- Non, ta maison est saine et est veillée par tes deux petites sœurs.

- Ouf. Alors... ça expliquerait le fait que tu aies vu Ren à son bureau, dans la classe ?

- Oui, en effet. Je l'ai vu...

- Il est beau, hein ? »

Je la regardai comme si je voulais dire « Eh... Amaya, t'es sérieuse ? »

« Je préfère les filles, quand même, se reprit-elle.

- Tu dois pas le dire que je t'ai dévoilé mon don.

- Promis, je dirai rien... les esprits sont-ils partout ?

- Oui, partout. Ils ont toujours été là, quoiqu'il advienne depuis la nuit des temps.

- Ça alors ! Est-ce que ça te fait peur ?

- Non, je suis tellement habituée... pour moi, c'est ceux qui ne les voient pas qui me semblent un peu anormaux. Je vois les esprits depuis que je suis toute petite. C'est aussi normal pour moi de les voir, que de lire et écrire. »

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Cerisier en l'honneur de Kasem

» L'hiver laissait paresseusement sa place au printemps. Je fus étonnée de voir que le temps froid durait plus longtemps à Kanbal qu'à Yogo, mais je me sentais bien. Je n'avais pas revu Kasem depuis sa naissance et cette nuit-là, à le bercer dans mes bras. Alors ce fut toute une surprise, quand je me réveillai un matin. Maman avait ouvert la fenêtre.

Une brise avait caressé ses cheveux détachés et ils volaient dans le vent. Maman replaça une mèche superficielle et garda sa main derrière son oreille. Très furtivement, je vis quelque chose apparaître sur son dos. Graduellement, une petite silhouette d'enfant translucide, vêtu d'une toge blanche, se montra, agrippée sur son dos comme un bébé Koala. Il avait de petites ailes blanches aux reflets argentés, repliées sur son dos. Sa tête reposait dans le creux de l'épaule et du cou de Maman. Il avait les mêmes traits de visage que moi, et les mêmes yeux bruns que Papa. Son teint de peau était pâle et ses cheveux bruns foncés avaient des mèches superflues naturellement en bataille.

Kasem, pensai-je. Mais Maman ne le voyait pas ni ne le sentait.

« Maman ?

- Hum ?

- T'es particulièrement jolie le matin, la complimentai-je pour changer de sujet.

- Oh !... merci, rougit-elle. »

Parfois, Kasem marchait à nos côtés ou jouait avec moi. J'avais l'impression que ses pieds touchaient à peine le sol tellement sa démarche était légère.

» Lorsque Maman et moi retournâmes au Nouvel Empire de Yogo pour retrouver Papa, Maman était très nerveuse à l'idée de recroiser Grand-Mère... Papa avait déjà dû lui dire à propos de Kasem quand il était retourné au Nouvel Empire de Yogo. Je pris la main de Maman et lui souris pour tenter de la rassurer.

Maman pouvait très bien se montrer douce et gentille, maternelle aussi, or, quand une personne venait bousculer ses cordes sensibles, elle pouvait très bien se montrer violente et agressive. Sa colère n'était pas à prendre à la légère; à un tel point qu'elle me faisait peur quand elle se trouvait dans un tel état. On aurait alors dit une toute autre personne dans ces moments-là. Je sortis avec Papa pour aller chercher notre fameuse pousse de cerisier que l'on planterait devant la maison en l'honneur de Kasem. Je pouvais voir mon petit frère courir après les papillons devant nous. Pour moi, il était des plus naturel que je le puisse le voir. Il choisit son propre cerisier, en volant de ses petites ailes blanches au-dessus d'eux et les effleurer de ses doigts pour sentir leur énergie.

Sur le chemin du retour, je surpris Papa refermer sa main sur celle de Kasem. Il réagissait désormais à son contact.

« Hmmm... Papa, commençai-je.

- Oui ?

- ... Est-ce que tu viens tout juste de refermer ta main sur celle d'un esprit, par hasard ? »

Il me regarda et sourit.

« Kasem est le seul esprit que je peux voir en permanence depuis son retour dans le monde spirituel. Je ne vois pas les autres, cependant.

- Je pensais pas que tu le verrais aussi... »

Je savais que je ne devrais pas être à ce point troublée, mais je m'étais tellement habituée à n'être que la seule dans ma famille qui pouvait voir les auras et les esprits en permanence. Et je savais aussi que le don de Papa était pour la plupart du temps temporaire.

« Pour tout te dire la vérité, j'ai été aussi surpris, me dit-il. Mais il semble que la vie ait décidé que je puisse voir mon fils en permanence. Passons. Est-ce que tu veux me raconter le reste de ton voyage à Kanbal ? »

Je lui racontai avec joie mon voyage dans tous les détails que ma mémoire avait retenu. En entrant dans le refuge, la présence de Grand-Mère me fit faire la saut, mais je savais déjà qu'elle connaissait l'histoire de Kasem. Je sentis que Maman dormait à l'étage supérieur. Et quand elle s'éveilla, nous nous fîmes un gros câlin mutuel avant de planter la pousse de cerisier. J'allais ensuite dans la forêt. Mayuna me rendit visite, sentant que je ressentais le chagrin de Maman.

Jiguro n'était pas là, j'avais juste elle comme compagnie spirituelle. Je m'assis sur un tronc d'arbre couchée, les pieds suspendus dans le vide. Mayuna s'assit à mes côtés, les ailes ouvertes, mais pas déployées.

« Hey, petite fleur ! Ça faisait tellement longtemps que nous nous n'étions pas vues, dit-elle avec un sourire.

- Bonjour Mayuna-Tan ! répondis-je à haute voix. Oui, j'étais à Kanbal.

- Tu as aimé ton voyage ?

- Oh oui, beaucoup ! »

Je fis une pause.

« Tu es triste... qu'est-ce qui te range ainsi ?

- Ma Maman... »

Mayuna hocha la tête. En tant qu'esprit, elle n'avait pas besoin que je lui dise tout en mot et elle lisait mon énergie.

« En ce moment, ta mère est très confuse, angoissée et surtout, surtout, a beaucoup de peine et beaucoup de culpabilité...

- Tu pourrais pas faire de quoi pour elle ? Influencer les énergies afin qu'elle se sente mieux ?

- Je pourrais essayer, en effet. Mais pourquoi ne pas essayer toi-même ?

- Comment le pourrais-je ? Je ne suis pas un esprit...

- L'être humain serait capable de plus, petite fleur. Seulement, votre corps physique, vos vécus et vos égos affectent votre jugement spirituel. Sans ton corps physique, tu serais capable de beaucoup plus.

- Vraiment ?!

- Oui. Aimerais-tu que ta mère aille un peu mieux ?

- Oui.

- Alors, on va essayer quelque chose de très facile, tout le monde peut le faire. Concentre-toi sur ta Maman, son corps physique, puis, imagine-là, entourée d'une magnifique bulle d'énergie rose. Quand tu la vois au complet, aie de jolies pensées d'amour et projette-les vers elle. Elle va ressentir une très grande vague d'amour et d'apaisement. »

J'écoutai attentivement Mayuna et essayai de faire ce qu'elle me disait. Je fermai les yeux et imaginai tout ce que j'avais vécu avec Maman : nos entraînements, nos voyages, nos randonnés, nos soirées en famille. Je sentais sa chaleur corporelle contre la mienne et ses câlins quand je pleurais ou qu'elle me berçait.

Instantanément, je me sentis étrange, comme si soudainement j'étais super bien dans tout mon être. Je rouvris les yeux et observai Mayuna, intriguée. Elle tapa dans ses mains.

« Bravo, c'est aussi simple que ça.

- Est-ce que ça a fonctionné ?

- Est-ce que tu te fais confiance ? As-tu le sentiment d'y être arrivée ?

- Oui... du moins, ma petite voix me le dit, dans ma tête.

- Alors tu dois te faire confiance; ta Maman a reçu cette dose d'amour. »

Je sautai sur mes pieds et courus vers la maison. Je surpris Papa, assit dans l'herbe, soutenant la tête de Maman couchée sur ses cuisses et jouant dans ses longs cheveux bruns.

« Vous regardez les nuages ? demandai-je.

- Nous nous reposons de toutes les fortes émotions, répondit Papa. »

Je m'assis et levai les yeux au ciel. Norugai, la gardienne de Grand-Mère, regarda la pousse de cerisier et récita une incantation. Je vis de la lumière blanche très pure sortir de ses mains pour entourer la petite pousse de cerisier.

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Fin de

Kurasa no Moribito