Partie III : Blank Period + Don't Mess With My Daddy + Crossroad
Note : Ce chapitre-ci est une compilation d'événements qui ne sont pas mis en lumière parmi les deux tomes précédents, mais qui sont autant importants pour que la suite puisse être compréhensible avec de nouveaux thèmes reliés à la médiumnité. Je sais que « Don't Mess With My Daddy » est un Spin-Off de ma série originale, mais elle contient des éléments communs et cruciaux reliés à l'apprentissage spirituel d'Alika – ce pourquoi j'ai rajouté quelques passages spécifiques de cette fanfic et ce one-shot à part.
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La vérité de Papa
» Un beau jour, quelques semaines à peine après avoir planté l'arbre de Kasem, je me levai de pied ferme. J'avais huit ans et je ressentais que spirituellement, ça allait être une année remplit de découverte spirituelle. Ce jour-là, j'allais demander des explications claires et sans détour à Papa quant à sa perception du monde spirituel. Maman était assise avec nous et je savais que ça ne la dérangeait pas.
« Papa ?
- Oui ?
- ... Dis-moi franchement la vérité.
- D'accord, vas-y ?
- Grand-Mère dit que j'ai hérité de tes dons Yakue que tu n'utilises plus; ce qui explique le fait que je vois les esprits... dis-moi, sincèrement, est-ce que tu les vois, eux ? Les esprits... Est-ce que tu nous caches que tu les vois? Tu vois pourtant Kasem, même si c'est le seul que tu me dis être en mesure de voir... »
Il me regarda, observa Maman puis soupira avant de nous inviter, gestuellement, à prendre place autour de la petite table carrée. On s'assit et j'attendis sa réponse.
« Quand tu étais jeune, je te répétai sans cesse que c'était sans doute le fruit de ton imagination, vrai ?
- Oui... mais non, ce n'était pas mon imagination, même si j'ai la forte prétention de dire que j'en possède une énorme et une extraordinaire. »
Maman sourit. Papa soupira.
« La raison pour laquelle je te disais constamment ça, c'était que je croyais qu'en grandissant, ton don s'estomperait comme tous les jeunes enfants. Les enfants ont de la difficulté à distinguer les vivants des esprits. Mais dans ton cas, le contraire s'est produit : plus tu grandis, plus tu te développes spirituellement. Tu es une puissante médium. Tu l'as toujours été. Ce n'est pas tous les médiums qui possèdent tes capacités.
- Peux-tu le sentir ? Je veux dire : peux-tu sentir si une personne est médium ?
- Nous sommes tous un peu médium, mais l'amnésie de la réincarnation fait en sorte que nous oublions.
- Même Maman ?!
- Même Balsa. »
Maman fit une expression estomaquée mais elle ne dit rien.
« Je peux sentir si une personne est une médium et/ou est très spirituelle, mais ta Maman n'a pas développé son côté spirituel. Par contre, jeune fille, toi, les personnes dans les énergies peuvent sentir que tu es médium. Ton aura et ton énergie sont très denses.
- Ah..., m'étonnai-je.
- Pour en revenir à ta question, est-ce que je les vois et est-ce que je vous l'ai caché à toi et à Maman ? Non. Et disons que je vois pire que les esprits.
- Pire que les esprits ? demandai-je en riant. Ce n'est pas si pire de voir les esprits, c'est drôle parfois. Je connais bien plus dangereux que les gardiens.
- ... Alors as-tu déjà vu ou entendu parler des femmes en blanc ou hommes en blanc ?
- Des esprits faucheurs ? Oui, une fois, chez Tante Yuka. Elle s'appelait Nahoko et elle est vraiment gentille !
- D'accord... alors tu sais à qui ils sont reliés, pas vrai ?
- À La Mort. La Grande Faucheuse.
- Dans ce cas, oui, je sens les esprits. Peut-être moins intense que toi, certes, je ne vois que des ombres ou des étincelles de lumière de temps en temps. À l'occasion, rarement, un esprit en entier.
- Alors... tu les vois, murmurai-je.
- Oui, un peu.
- Mais qu'est-ce qui est pire alors ? »
Il regarda Maman.
« Je vois l'ombre de la mort sur le visage des gens. »
Cette déclaration nous figea ma mère et moi. Ça sonnait sinistre... encore plus que les esprits eux-mêmes. Voyant qu'on ne disait plus rien, il murmura :
« J'ai souvent vu l'ombre de la mort sur le visage de certains patients que je traitais... surtout lorsqu'ils étaient malades.
- Mais... ne peux-tu pas les sauver ou les guérir ainsi l'ombre de la mort partirait de leur visage ?
- Grâce à ça, tu as raison, il m'arrive d'en sauver quelques-uns, mais il arrive que parfois je ne puisse rien y faire.
- Alors tu laisses mourir ton patient ? m'horrifiai-je.
- Non. Je fais de mon mieux possible pour le garder reliée à son cordon d'argent.
- Le cordon... d'argent ? s'enquit Maman, intriguée. Qu'est-ce ?
- Le cordon d'argent est en fait— dîmes-nous en même temps Papa et moi avant de se couper. »
Il y eut une pause jusqu'à ce que Papa me fasse signe de l'expliquer à sa place.
« Le cordon d'argent maintient ton corps physique à ton corps spirituel. Quand tu meures, le cordon se détache ou se coupe. Mais quand tu fais des voyages astraux, ou des appels d'âmes comme Papa le dit, seule ton âme voyage. Elle est toujours reliée à ton corps physique malgré la distance parcouru.
- Oh ! Et à quoi ressemble-t-il ?
- Comme un cordon ombilical, mais argenté, à quelques centimètres au-dessus du nombril et qui s'étire.
- Je vois. »
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Le gardien de Papa
» Je remarquai que le gardien de Papa adorait se cacher dans son ombre, même si je ne pouvais pas le voir. Mais alors que Papa préparait une commande d'herbe médicinale, dehors, je me surpris à vouloir en savoir plus sur son gardien. C'est alors que Jiguro m'aida à l'attraper juste avant sa fuite. Le tenant par son vêtement, je le tirai par la ceinture et l'attirai vers la forêt, en suivant Jiguro.
« Papa, je vais jouer dans la forêt ! annonçai-je, au loin.
- Sois prudente et reviens pour le dîner.
- Oui ! »
Le gardien de Papa n'était pas plus grand que moi et il se débattait pour que je le lâche. Je ne cédai pas. J'arrivai enfin devant un arbre dans la forêt, avec de gros rochers. Rendu-là, je m'assis sur l'un d'entre eux et Jiguro m'imita. Je lâchai ma poigne de sur le gardien de Papa.
« Montre-toi, ordonnai-je, tu peux plus te cacher. »
À contrecœur, le gardien de Papa se montra et je restai sans voix. Je m'attendais à tout sauf à ça. C'était la version identique de mon Papa quand il avait mon âge ! Il avait le même chignon, la même couleur de peau, le même visage. À l'exception que Papa portait un chandail Yakue vert, son gardien portait un chandail de couleur bleue. Il s'approcha de moi et s'assit sur le sol. Je me sentis submergée par des émotions qui n'étaient pas les miennes et j'eus des visions sur le passé de Papa, ainsi que les liens que son gardien possédait avec lui. C'était l'une des nombreuses facultés médiumniques que je possédais quand les esprits partageaient leurs énergies avec la mienne.
« Tu t'appelles Zukhan et tu as huit ans ? demandai-je en analysant les réponses que je recevais dans mon esprit.
- Oui, fit-il timidement.
- Papa devait avoir un frère jumeau à la naissance, compris-je. Mais tu es décédé dès les débuts de la grossesse de ma grand-mère paternelle...
- Oui, tu as vu juste. »
Zukhan, depuis la naissance de Papa, avait vécu beaucoup de choses. Il avait même eu tellement peur d'un gardien dans l'entourage familial de Papa, qu'il avait pris l'habitude de se cacher dans son ombre pour se protéger tous les deux. Par contre, malgré son apparence enfantine, il était quand même puissant. Il était en mesure de protéger son protégé des attaques spirituelles sournoises et avait souvent repoussé différents magic-weaver qui travaillaient dans l'ombre et aider des esprits perdus à se rendre en paix dans l'autre dimension spirituelle de ce monde.
Je notai une dernière chose : Zukhan, physiquement, était encore un enfant, même sous forme spirite. Je savais que le mental n'avait rien à voir avec le physique et la puissance des esprits, mais les gardiens spirituels qui gardaient bien souvent une apparence enfantine étaient souvent un signe qui montrait que leurs protégés étaient des personnes très naïves. Et c'était le cas avec Papa.
« Ne te cache plus de moi, lui demandai-je. Tu me connais depuis que j'ai pris place dans le ventre de Maman... tu n'as pas à avoir peur de moi.
- Je n'ai jamais eu peur de toi... j'ai juste de la difficulté à me montrer au grand jour et tes yeux ne pouvaient pas me voir avant. Maintenant que c'est possible, promis, je ne me cacherai plus en ta présence. »
Je lui souris et retournai au refuge.
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Les ailes des personnes
» Plus je grandissais, et plus je me développais spirituellement. C'est ce que Papa m'avait dit. Avec l'existence des gardiens, des femmes et hommes en blanc, des vies antérieures, les auras et le fait de pouvoir capter des informations dans l'énergie de personnes rencontrées au hasard, je me mis à voir quelque chose de nouveau.
Dans les mêmes temps où je vis enfin Zukhan, je remarquai, autant sur les vivants que sur les gardiens, que tous portaient des ailes avec des plumes sur leur dos. Et parfois, ce n'était même pas des ailes de plumes, mais bien des membranes comme les ailes des chauves-souris. En regardant ma réflexion au-dessus du petit étang, proche du refuge de Papa, je vis que je possédais aussi des ailes... J'en pris une de ma main et la ramenai proche de moi pour l'observer. Elle était douce, mais elle n'était pas physique, même si je pouvais la toucher et la sentir. Difficile à expliquer pour être honnête... N'étant pas certaine, j'allais demander des informations à Grand-Mère.
« Grand-Mère, j'ai une question.
- Vas-y ma belle.
- ... Est-ce que... les gardiens et les vivants, les "protégés", ont des ailes sur le dos ? »
Elle me regarda et expira une bouffée de sa pipe.
« Alors tu es rendue à cette étape dans ton cheminement médiumnique, murmura-t-elle.
- Hein ? fis-je.
- Pour répondre à ta question, oui. Tous les vivants et les gardiens portent des ailes sur leur dos. Elles ne sont pas physiques ni visibles aux yeux des mortels normaux. Et il est possible d'avoir plus d'une paire. La principale étant sur les omoplates.
- Ohh...
- La couleur des ailes est généralement classée en trois nuances distinctes : noires en passant doucement par le dégradé de gris pouvant aller jusqu'à un blanc immaculé pur. Les ailes sont aussi uniques à chacun que les lignes de la main.
- ... C'est tout ?
- Non. Les ailes, comme les auras, montrent les émotions des personnes et leur état de santé physique. Si tu es triste, tes ailes sont penaudes, basses. Si tu es joyeuse, elles sont grandes ouvertes et si tu es fâchée, elles sont hérissées. Et etc... »
Je pris un moment pour réfléchir et digérer tout ce que Grand-Mère m'avait dit. Soudain, je me rendis compte d'une chose.
« ... mais Grand-Mère, m'inquiétai-je. Les miennes sont pas dans les couleurs que tu as dit !
- De quelle couleur penses-tu que les tiennes soit, Alika ?
- Je les ai vu, dans ma réflexion sur le petit étang... elles sont blanche transparentes avec des brillants... je suis pas normale ! paniquai-je. »
Grand-Mère éclata de rire.
« Du calme, ma belle. Tu as seulement une énergie très différente du commun des mortels. Tu ne serais même pas censée être dans ce monde. Tes capacités spirituelles sont tellement puissantes qu'elles dépassent de très loin la moyenne des facultés spirituelles. Et tu as vu juste : les tiennes sont translucides avec des brillants.
- ... Tu les vois aussi ?!
- Oui. J'ai dit que les couleurs noire, grise et blanche étaient prédominantes, mais les ailes peuvent exister dans toutes les gammes de couleurs possibles.
- Comme... rouge ?
- Oui, je suppose. Je n'en ai jamais vu des complètement rouge, mais des ailes blanches avec des reflets rouges ou des pointes rouges, oui. Tout est possible.
- Oh !
- Et quant à toi, tu as deux paires dans le dos. Peux-tu deviner où est située ta seconde paire ? »
Je fermai les yeux et me concentrai. Je sentis une très grosse chaleur émaner de mes omoplates, c'était la paire principale. Une autre chaleur se fit sentir très proche de...
« Mon bassin et mon bas de dos ?!
- C'est exact. Veux-tu que je te montre les miennes ?
- Tu... tu en as aussi ?
- Évidemment. Mais je les cache. Par contre, si je décide de les rendre visibles à tes yeux, avec confiance, tu peux les voir aussi.
- Ah !
- Dis-moi combien j'ai de paires sur le dos et leur couleur.
- C'est un test ?
- Oui. »
Je me reculai et lentement, les ailes de Grand-Mère apparurent sur son dos. Je restai bouche-bée... bien sûr qu'on pouvait détenir plus d'une paire sur le dos. Comme moi par exemple, mais là, je n'en revenais pas. Ses ailes de gauches étaient de couleur blanche, allant dans un dégradé de gris vers le centre, alors que les ailes de droites étaient de couleur noire, allant dans un dégradé de gris vers le centre également. J'arrivai à compter non pas deux paires ni trois... mais bien dix paires !
« Et pourquoi est-ce qu'il y a des personnes et des gardiens qui ont des ailes semblables à celles des chauves-souris ? demandai-je soudainement.
- Car ces personnes descendent des esprits appelés dragons.
- Dragons... de vrais dragons comme on les connaît ?!
- Je sais que ça semble tiré par les cheveux si on tente de suivre une certaine logique de "mortels", mais oui, ce sont ces créatures et elles sont spirituelles.
- Ah ! et tu as vu de leurs ailes sur des vivants ?
- Très souvent. Elles peuvent être de toutes les couleurs, si tes yeux sont assez puissants, mais pour ma part, je les vois dans les mêmes tons de blanc, gris et noir que les ailes à plumes ordinaires.
- Donc... si par exemple je vois les ailes draconiques rouges avec des membranes qui brillent de couleur dorée, tu verrais les mêmes, mais couleur grise avec l'intérieur blanc ?
- Oui, c'est exacte. De plus, les ailes que tous possèdent ne sont pas uniquement composées de plumes : ce sont des os avec des muscles et de la chair. Ce qui signifie que si nous devons les arracher... ça fait mal.
- Oh... je vois. »
Après cet entretien avec Grand-Mère, je m'amusai à regarder les ailes des membres ma famille, y compris celles de mon gardien, Jiguro. Les ailes de Jiguro étaient très imposantes, très grandes et raides; il en possédait trois paires et elles étaient d'un noir profond. Celles de Maman étaient grises avec la pointe des plumes blanches. Ses plumes étaient raides et elle avait deux paires comme moi. Motoko avait quatre paires. Elles étaient grises pâles avec le bout des pointes violettes. Et celles de Papa étaient d'un joli blanc chaud. Il avait cinq paires et ses plumes semblaient douces au toucher et elles étaient pelucheuses ! C'était pareil pour les ailes de Zukhan, mais elles étaient plus petites et plus fragiles.
Les ailes étaient uniques à chacun. On pouvait avoir plus d'une paire sur le dos. Elles étaient de différentes couleurs et étaient uniques à chacun comme les lignes de la main. Pour finir, elles montraient souvent les humeurs, les émotions et l'état de santé des gens. C'était tout ce que j'avais besoin de savoir à leur propos.
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Évolution Spirituelle
» Lorsque Maman m'annonça qu'elle était de nouveau enceinte, c'était vers la fin de l'été suivant notre retour de Kanbal. Mon don plus éveillé, quelque chose me disait qu'elle attendait encore un petit garçon, mais je me contentai de garder ces informations secrètes. De par ce même temps, Maman demanda Papa en mariage. Chose rare, je l'avoue. Mais comme Maman était un peu l'homme de la maison et Papa la femme du guerrier, cela ne m'étonnait pas plus.
Je fis part de mon intérêt à approfondir mes connaissances sur la magie et la spiritualité à Grand-Mère. Quand elle le sut, son visage s'illumina.
« Depuis tout le temps que j'ai attendu cette demande provenant de toi ! Je vais volontiers t'apprendre tout ce que je sais. Tu as un très fort potentiel, même plus que ton père. Mais le mariage de tes parents approche et nous avons beaucoup de préparatif à faire... Je peux t'enseigner des bases légères et faciles à pratiquer. Mais dès que tes parents seront mariés, ton apprentissage commencera sérieusement.
- Même avant la naissance de mon petit frère ou ma petite sœur ?
- Même avant ! Tu ne seras que mieux préparée. »
Je souris. Je pris mon entraînement de magic-weaver avec un sérieux qui déconcerta mes parents. Je parvins à trouver un équilibre et un horaire stable avec mes leçons d'arts martiaux, de lance et de magie. Je connaissais déjà les rituels de purification, les noms des pierres, pris connaissance de mes chakras et savais comment ancrer mon âme sur le plan terrestre.
Je découvris également certaines de mes vies antérieures que j'avais vécues avant mon incarnation du moment, ainsi que des liens passés que j'avais déjà eu avec Maman, Papa et même Chagum-Niisan. Grand-Mère m'appris l'essence spirituelle de mon âme en tant que race d'esprit.
« Tu es un Templier, Alika, me dit Grand-Mère.
- Un Templier ? Qu'est-ce que c'est ?
- Les Templiers sont des âmes spirituelles qui ont été créées artificiellement, grâce à une partie d'ADN et de cellules de d'autres âmes. Les Templiers ont été créés de sorte qu'ils sont plus endurant, plus puissants et ont plus d'énergie en réserve que les âmes normales. Tu fais partie des tout premiers Templiers à avoir été créé alors ta puissance n'est pas à sous-estimer, même coincée dans un corps physique.
- Ce qui pourrait expliquer pourquoi certains enchantements me sont si faciles à réaliser après les avoir essayé une à trois fois et que je ne m'épuise pas ?
- Oui. Et tu serais aussi en mesure de pouvoir influencer la météo si tu te concentrais assez. Mais je te déconseille de le faire, par peur de déséquilibrer mère-nature. »
Je ne fis aucune fixation quant à mon essence spirituelle et ne m'en gonflai pas la tête avec.
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Prénom/Nom Spirituel
» Grand-Mère enchaîna avec quelque chose qui attira mon attention.
« Avant de vivre sur le plan terrestre, chaque âme possède un nom primaire qui leur a été offert. Nous l'appelons "le prénom/nom spirituel". Il arrive que certaines âmes incarnées reçoivent – de leurs familles vivantes – au parfait hasard, le même prénom que le leur spirituel.
- Mon nom spirituel, c'est quoi, Grand-Mère ? questionnai-je, intriguée. Est-ce que tu le connais ?
- Hum... ton nom est le même que dans cette vie-ci.
- Alika ?! m'exclamai-je avant de faire la moue. C'est pas intéressant... je voulais un nom qui divergeait, même si j'adore mon prénom.
- Au contraire, je trouve ça super.
- Pourquoi ? continuai-je de bouder.
- Cela signifie que ton énergie était assez puissante pour influencer le choix du prénom que tes parents t'ont offert.
- Mais je n'étais qu'un bébé !... Je n'ai pas pu parler à Maman dans son ventre.
- Non, mais l'énergie peut énormément influencer le monde matériel. Souviens-toi, Alika, que le monde physique est beaucoup plus facile à manipuler et à affecter à partir du monde spirituel, que le contraire. »
Je réfléchis à ses propos.
« Alors... un être incarné vivant ne peut pas manipuler aussi facilement un esprit, c'est ça ?
- Exactement. Si j'avais à te donner un exemple, le meilleur que je puisse trouver est celui-ci : Jiguro a beaucoup plus de facilité à t'influencer pour prendre des décisions que toi sur lui.
- Donc, si je faisais semblant que je voudrais m'entraîner alors qu'au fond, je n'en ai pas envie, il sentirait déjà de base que je me force, c'est ça ?
- Oui. Tu apprends vite, petite apprentie.
- Et toi ? C'est quoi ton prénom spirituel, Grand-Mère ? Tu peux aussi me dire celui de Maman et de Papa ? Les esprits ont-ils des noms de famille ?
- Nom de famille ? Hmmm... ce n'est pas une obligation d'avoir un nom de famille spirituel. Le nom à lui seul suffit. Quant à mon prénom spirituel, le mien est Tamano. Celui de ta Maman c'est Barusa. Et celui de ton Père est Tadanobu... »
Elle me regarda.
« Tu as encore les sourcils froncés, trésor. Es-tu fâchée ou vexée ?
- ... Vous avez tous des prénoms spirituels super cool et moi, je reste avec le même, Alika ! C'est pas juste ! »
J'entendis Jiguro rire derrière moi.
« Ris pas, c'est pas drôle ! me vexai-je en jetant un regard de frustration sur mon gardien.
- Honnêtement, Alika, reprit Grand-Mère, je n'ai jamais croisé une seule personne ici de mon vivant portant ton prénom. Lorsque Balsa et Tanda m'ont fait part de ce prénom spécial, j'ai été surprise. C'était la première fois que je l'entendais.
- Ça veut dire "honnête"... du moins, c'est ce que Maman a dit.
- Ça va parfaitement avec ta personnalité. »
Je continuai d'enchaîner leçons après leçons. Je détestais communiquer avec les Yona Ro Gaï, le peuple de l'eau. L'entre-deux mondes était toujours très suffocante et difficile à tenir, autant pour eux que pour le celui qui manipulait la magie.
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À la croisée des chemins
» Une nuit, pendant les longs mois d'hiver, je fis un rêve étrange. Je n'avais aucun corps physique et j'avais perdu la notion du temps. Je semblais chercher quelque chose en particulier... non pas quelque chose. Une personne. Une âme pour être plus précise. Des images défilèrent dans ma tête : des souvenirs avec des voix et des éclats de rire, ainsi qu'une poupée au visage de porcelaine qui ressemblait étrangement à celle que Maman avait eu en étant enfant. Je le savais parce qu'elle me l'avait donné comme héritage quand j'étais encore un bébé.
J'ouvris les yeux subitement. Le ciel commençait à pâlir. Toutefois, le rêve et les souvenirs reliés à ce dernier continuaient de capturer mon attention. Je savais que je désirai avoir des réponses. Lorsque je descendis au rez-de-chaussée, je remarquai que Grand-Mère était sortie. Elle ne partait jamais très longtemps lors des mois d'hivers, surtout quand Maman était sur le point de donner naissance dans quelques semaines.
« Est-ce que Grand-Mère va revenir ? demandai-je à Papa.
- Oui, ne t'en fais pas. Tiens ma belle, voici de l'eau sucrée au miel pour réveiller ton estomac avant le petit-déjeuner. »
Papa avait fait un gruau de riz. Je bus et mangeai doucement.
« Où est Maman ?
- Elle s'entraîne un peu à la lance. Même enceinte, elle ne laisse pas son arme de côté. »
Je décidai d'apposer sur papier mon rêve afin de ne pas oublier mes questions pour quand Grand-Mère reviendrait. Étrangement, ce ne fut pas elle qui m'aida avec mes interrogations. Kasem prit place à mes côtés alors que j'étais couchée sur le ventre pour retranscrire ce que ma mémoire avait retenu de cette nuit.
« Hey, Oneesama, me salua-t-il dans son beau kimono blanc lumineux.
- Bon matin Kasem, lui répondis-je en télépathie avec un sourire.
- Tu sembles tourmentée... qu'est-ce qui ne va pas ?
- J'ai fait un rêve cette nuit.
- Un rêve ?
- Oui. Mais je ne suis pas certaine si je peux appeler ça comme étant un rêve. La sensation était vraiment bizarre... »
Mon petit frère me regarda et ferma les yeux en se concentrant sur mon énergie. Il sortit de sa transe quelques minutes plus tard et les étoiles – façon de parler – qui se reflétaient dans ses yeux me confirmèrent que Kasem avait eu les réponses à mes questions.
« Oneesama... nous avons fait la même chose toi et moi. Enfin, sauf que tu es parvenue à te réincarner à nouveau dans cette vie-ci.
- Qu'est-ce que nous avons fait ? le pressai-je. »
Kasem m'apprit alors qu'avant de me réincarner et de naître en tant qu'Alika dans cette vie-ci, mon âme avait tenté une fois de se réincarner, mais que le cœur du fœtus en devenir avait cessé de battre, résultant une fausse couche. Mon âme n'avait alors plus de corps physique et avait erré un long moment, à la recherche d'une âme familière avec laquelle elle était en étroite liaison.
« Mais tu n'as pas erré, rappelais-je à Kasem. La preuve : tu es avec nous en ce moment !
- Je n'ai pas erré, tu as raison, mais je n'ai pas eu de corps physique avant que Papa m'en offre un, spirituellement, grâce à ses pouvoirs chamaniques. De ce que j'ai pu remarquer et trouver via ton rêve et énergie, ton âme a trouvé refuge dans une poupée avant de se voir offrir un corps spirituel par un chamane. Et enfin, tu l'as perdu quand tu t'es réincarnée dans le ventre de Maman. »
Je réfléchis un moment.
« Je sais que j'ai toujours été intrinsèquement liée à Maman, peu importe la vie que nous vivions elle et moi... mais dis-moi, Kasem, est-ce que tu vas te réincarner de nouveau après le bébé dans d'autres frères et sœurs ? questionnai-je soudainement. »
Kasem se mordit la lèvre et se tortilla les doigts.
« Je ne pense pas..., avoua-t-il. J'aurai aimé, mais j'ai choisi de remplir un autre rôle plus important dans le spirituel.
- Qu'est-ce qui est plus important que de ne pas revenir vivre avec nous ? me vexai-je légèrement.
- ... J'ai décidé de devenir le gardien de votre famille. Et puis, ce n'est pas comme si personne ici ne pouvait pas me voir, hein ? »
Il me bouscula fraternellement par l'épaule avec la sienne.
« Tu as raison..., répondis-je. Je n'avais pas pensé à cela, je m'excuse... ta mort me fait encore un peu mal au cœur pour tout dire. J'aurai tellement aimé être ta grande sœur, te voir naître, te prendre dans mes bras... »
Mon petit frère me toucha la joue et me prit le visage entre ses petites mains.
« Tu seras toujours ma grande sœur, ma Oneesama, quoiqu'il arrive. Même si je ne suis pas physique, personne ne peut détruire les liens spirituels qui relient les âmes ensembles. Je vais continuer d'apprendre avec toi, parce que je sais que tu traites les esprits de façon égaux comme les vivants.
- Oh Kasem... Nous avons tous un gardien spirituel attitré, mais je n'ai jamais entendu parler des gardiens de la famille.
- J'ignore si ce titre existe, mais si ce n'est pas le cas, alors je serai le premier qui prendra soin de notre famille ! Et puis, je parle aussi avec Jiguro, Motoko, Zukhan, Norugai et même Nahoko. Comme je n'ai pas de contrat de gardien en particulier, j'ai choisi de veiller sur toute notre famille en même temps.
- En seras-tu capable ?
- Ne sous-estime pas mes pouvoirs, Oneesama. Je suis bien plus puissant que mon physique ne laisse paraître. »
Je lui souris et sortis mes papiers origami pour lui montrer des formes à plier. J'avais l'intention de forger des liens rapidement avec mon petit frère défunt.
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Fin de
Blank Period +
Don't Mess With My Daddy +
Crossroad
