Partie IV.2 : Kazoku no Moribito

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La Gardienne d'Amaya

» Une fois, j'osai demander quelque chose à Jiguro.

« Jiguro ?

- Oui ?

- Tu veux venir ici s'il te plait ? J'aimerai te demander quelque chose.

- Oui, petite fleur ?

- Est-ce que tu peux aller à Kanbal pour voir si Amaya-Chan va bien ? Peut-être que tu serais capable d'emmener sa gardienne Fay ici aussi...

- Bien sûr. Je vais même souvent à Kanbal voir Tante Yuka et ma famille. Je reviens dans pas très long. »

Il partit pour revenir après trente minutes. Je pris mon pendule et posai mes questions.

« Alors ? Tu as emmené la gardienne d'Amaya ? demandai-je, joyeuse. Parce que je ne la vois pas...

- Oui, elle est avec moi et elle aimerait essayer ton pendule, me dit Jiguro. C'est pour ça qu'elle se cache : pour voir si tu utilises bien ton pendule.

- D'accord. Alors, bonjour Fay ! »

Le pendule que je tenais suspendue se mit à trembler légèrement avant de faire un mouvement par avant et arrière. Je sentais qu'elle était bien là.

« Alors, Fay, voici mes règles : avant et arrière signifie "oui", gauche à droite signifie "non" et en cercle signifie "peut-être"ou "bof". Prête ? »

Fay, bien que je ne la vois pas de mes yeux, toucha du bout du doigt mon pendule pour le faire bouger d'avant et arrière.

« Est-ce qu'Amaya va bien ?

- (Oui).

- Est-ce qu'elle s'ennuie de moi ?

- (Oui). »

Le pendule se mit à aller de plus en plus vite.

« Tu vas me frapper avec, Fay ! ris-je, amusée. Est-ce qu'elle porte toujours le bracelet que je lui ai fait ?

- (Oui).

- Même pour dormir et tout ?

- (Oui).

- Tu étais déjà venue à Yogo avant ?

- (Non). »

Contente d'avoir pu utiliser mon pendule avec la gardienne d'une amie, Fay décida enfin de se montrer à moi et m'inonda des nouvelles de sa protégée. Elle ne resta pas longtemps, et quand elle partit, Jiguro décida de la raccompagner à Kanbal. Le pendule était froid au toucher, j'étais surprise.

« Quand tu communiques avec des esprits, si ceux-ci sont puissants, le pendule deviendra froid, m'informa Jiguro une fois de retour.

- C'est dangereux ?

- Non. C'est comme quand tu tiens ta lance trop longtemps. Elle devient chaude à force de la manier. Pour le pendule, la même chose qui se produit, mais c'est l'inverse. »

Le soir, toute joyeuse, j'osai dire à Papa ce que j'avais expérimenté avec Fay.

« Les gardiens peuvent voyager sans frontière contrairement à nous, pas vrai Papa ?

- Oui, exact. Pourquoi ?

- J'ai demandé à Commandant s'il pouvait jeter un coup d'œil à Kanbal pour me dire si Amaya allait bien et qu'elle s'ennuyait de moi.

- Fais attention quand même.

- Tu penses que ce que je fais est dangereux ? Mais Grand-Mère m'a bien montré les bases...

- Tu commences ton cheminement spirituel. Ce n'est pas pour te faire peur, mais tu commences à jouer avec le feu... Commandant coure un grand risque d'aller aussi loin... il pourrait rapporter un virus.

- Mais... il semblait si sûr de lui... ! Il a même dit qu'il avait souvent fait l'aller-retour Yogo à Kanbal...

- Il faut juste vraiment qu'il fasse attention dans ce cas, car il pourrait rapporter un virus... pas un virus genre maladie, non, un autre genre de virus. Un esprit qui pourrait prendre possession de son corps et se faire passer pour lui...

- Tu me réprimandes moi, ou tu le réprimandes lui ? commençai-je à m'enflammer. Je voulais juste avoir des nouvelles d'Amaya !

- Je ne réprimande personne, je ne vous en veux pas. »

Sous le coup de la colère, je lui tournai le dos et me mis en petit bonhomme dans le coin.

« Tu me boudes vraiment ? s'enquit mon père en faisant une moue.

- Tu as cassé ma joie !

- Je t'ai fait tant peur et je t'ai mise en colère, poussin ?

- Non ! C'est juste que Commandant m'a donné vraiment beaucoup d'information en emmenant la gardienne spirituelle d'Amaya et j'étais prête à tout te dire... mais plus maintenant ! Tu sauras rien !

- Désolé... je t'ai fait peur...

- Je veux juste pas que Commandant paie de mes erreurs de débutante... j'ai plus envie de prendre mon pendule... J'ai plus envie de découvrir mes réincarnations passées, maintenant ! »

Les yeux remplis de larmes, je jetai mon pendule du bout des doigts et continuai à fixer le coin du mur.

« Alika... ne fais pas ça.

- Va-t'en ! Je ne communiquerai plus jamais avec les esprits ! Je déteste mon don !

- ... Tu es tellement mignonne quand tu me parles des conversations que tu as avec les gardiens... malheureusement, quand on a un don, on ne peut pas le retirer.

- Je vais les ignorer ! »

Papa soupira et essaya de chercher le pendule à quatre pattes.

« Bizarre, je ne le retrouve plus... pourtant je croyais l'avoir vu tombé là...

- ...

- Poussin, Papa est désolé. Je voulais juste te mettre en garde. Mais tu ne seras jamais capable de fermer complètement ta vision. Tu peux essayer de les ignorer, mais je sais que tu vas leur parler encore, moins souvent certes, mais toujours. De plus, tu seras toujours abordé par eux, car ils savent que tu les vois… si on t'a offert ce don, c'est que tu dois en faire bon usage.

- Va-t'en !

- Je pars… on se voit au souper. »

Jiguro vint me voir et caressa ma tête.

« Je pense que Papa a eu un peu peur... il n'y a aucun danger me concernant, je t'assure ! Je vais souvent à Kanbal et je connais le chemin.

- En plus, tu as une lance, dis-je la voix rauque, télépathiquement, et les joues humides. Tu es tellement fort que je vois pas comment un esprit pourrait avoir envie de s'approcher de toi pour te nuire... »

C'est donc ainsi que je perdis mon pendule et malgré le ménage fréquent que mes parents faisaient dans la pièce, ils ne le trouvèrent pas plus.

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Ligne du temps

» Depuis toute petite, Jiguro avait souvent prit des bains avec moi. Il ne restait jamais longtemps, juste assez pour se laver et ensuite s'habiller, mais au courant des derniers mois, même quand je l'invitai, il déclinait poliment. Comme j'étais vexée par ses refus, il finit par soupirer et m'expliquer pourquoi il ne venait plus avec moi.

« Tu sais petite fleur, j'ai adoré prendre des bains avec toi. Mais tu grandis.

- C'est quoi le rapport avec le fait que je grandisse ? voulus-je savoir.

- Hé bien... tu n'es plus une fillette désormais. Tu deviens doucement une femme et ton corps change petit à petit. »

Je penchai la tête de côté et baissai la tête pour observer mon corps. Je n'avais pas pleinement pris conscience de ma poitrine naissante, mais là, ça me sauta aux yeux.

« Tu n'as pas à être pudique ni à te cacher, mais je voudrais que tu respectes le fait que je me sente moins à l'aise de partager tes bains dorénavant. Et puis, il est important que je te laisse ton intimité et ta pudeur. Je serai toujours ton gardien, peu importe ce qui arrive.

- Je vais me sentir seule...

- Pas avec moi ! déclara une voix familière. »

Je me retournai vivement et vis Mayuna qui tenait des serviettes spirituelles en coton ainsi qu'un kimono de rechange.

« Entre femmes, ce sera bien plus amusant de prendre notre bain et pourra discuter des heures durant ! s'égaya Mayuna. »

Je jetai un œil à Jiguro qui hocha positivement la tête. Je suivis donc Mayuna vers notre bain familial et entrai dans l'eau chaude une fois bien nettoyée. Elle m'accompagnait de temps en temps quand j'en ressentais le besoin et ça me plaisait bien.

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Âme Nouvelle

» J'achetai un nouveau pendule suite à mon premier que j'avais perdu plus tôt. Grand-Mère ne me chicana même pas de l'avoir perdu.

« Dans le meilleur des mondes, tu le retrouveras quelques années plus tard, me rassura-t-elle. »

De plus, je pouvais toujours ressentir, lorsque Maman était enceinte, si elle attendait une fille ou un garçon. Je lui fis donc part de mes impressions alors qu'elle portait ma petite sœur, Motoko, dans son ventre. Et oui, c'était un prénom qui lui plaisait énormément, même si j'en connaissais l'origine de l'influence.

J'avais alors douze ans.

« Je crois que tu attends une petite fille, lui annonçai-je.

- Ah oui ? Comment ça, ma belle ?

- Ça fait plusieurs fois que rêve que tu as un bébé fille.

- Vraiment ?

- Oui. Mais je peux me tromper, alors c'est quoi ton sentiment, à toi, Maman ?

- Hum... personnellement, une fille ou un garçon, tant qu'il est santé et naisse vivant, c'est l'important. Mais pour répondre à ta question, j'ai également le sentiment que c'est une fille.

- Je remporte quoi si j'ai raison ? m'égayai-je. Un voyage à Kanbal ?!

- Oh, je n'en sais rien encore. Je vais avoir un bébé à ma charge. »

Je fis une moue déçue. J'avais envie d'utiliser mon nouveau pendule pour connaître le sexe du bébé à venir mais Jiguro m'arrêta vivement en me disant de laisser aller le hasard. Norugai s'y mit aussi et me dit que ce procédé directement appliqué sur une femme enceinte pouvait faire en sorte que Maman perde le bébé et fasse de nouveau une fausse couche. Elle qui en avait déjà vécue une et était fragile, émotionnellement, depuis la perte de Kasem...

J'étais en train de manger une collation quand je vis un nouvel esprit proche de la porte. Une femme aux cheveux noirs court, aux yeux bleus clairs et au teint pâle. Elle portait un kimono mauve très simple. Je me levai et demandai à Jiguro et au Gardien de mes parents de m'accompagner.

« Oui ? fis-je.

- Bonjour, je suis la gardienne du futur bébé qui naîtra dans deux mois, se présenta la femme. »

Étrangement, elle, je n'étais pas du tout méfiante à comparer de ma première rencontre avec les gardiens de Nao. Il ne me prit pas grand temps pour lui permettre de rentrer. Kasem arriva à son tour et je fis plus ample connaissance avec cette gardienne spirituelle qui était réservée, mais pas timide.

« Je m'appelle Kusanagi Shosa. La petite qui va naître est une âme nouvelle. Elle en est à sa toute première incarnation sur cette terre, alors je promets de bien la guider.

- D'accord. Je comprends. Ne t'inquiète pas, notre famille est très bonne.

- Je le ressens.

- Et je serai-là pour la guider ! Mais... c'est quoi une âme nouvelle ?

- C'est une âme qui n'a pas encore acquis beaucoup d'expérience dans le monde spirituel et le monde des vivants. »

Comparativement à la naissance de mon frère, où Maman était très confiante, cette fois-ci, elle se cramponnait de toutes ses forces à moi et à Papa. Grand-Mère m'initiait un peu aux naissances d'enfant; c'était la seule compétence qui attirait vraiment mon attention dans la médecine. Papa aida Maman à se redresser légèrement quand sa position accroupie s'affaiblissait. Bien qu'il n'y ait aucune complication physiquement, mentalement, je sentais que Maman n'avait pas tous ses esprits et avait de la difficulté à faire sortir le bébé.

Je toisais les gardiens de mon petit frère Nao pour voir s'ils étaient les responsables. Depuis un certain temps, quand tout allait mal, j'avais cette habitude de rejeter la faute sur le dos de ses gardiens. Mais ils étaient tous les trois occupés à divertir mon frère dans les escaliers. Ils ne portaient même pas attention à ma mère qui souffrait. Je me sentais vexée et avais envie de leur dire de partir.

« La tête est bientôt là..., essaya d'encourager Grand-Mère à Maman. Je sais que tu es très fatiguée, Balsa, mais courage !

- Mais je ne peux pas ! Je n'en peux plus !

- Maman..., murmurai-je alors que je ne l'avais jamais vu dans un tel désespoir.

- Concentre-toi, lui murmura Papa en caressant ses cheveux. Tu es en train de te bloquer. Aller ma chérie, tu vas mettre au monde un autre magnifique bébé. Tu peux y arriver. »

Elle poussa un cri rauque et profond, chose qui m'effraya un instant. Je me reculai un peu plus sans lâcher sa main. C'est alors que je vis un esprit entrer dans le refuge. Je ne pensais jamais le croiser, en fait, je pensais à tort et à travers qu'il s'était réincarné.

Karuna Yonsa, mon grand-père paternel, arriva en compagnie de Jiguro. Mon gardien avait dû sentir la détresse de Maman et avait été cherché un renfort spirituel spécialisé en médecine.

Le nouvel arrivant me sourit avant de s'agenouiller proche de Maman et promener ses mains au-dessus de son ventre. Je savais que Grand-Mère ne pouvait pas le voir, sauf si ce n'est que sentir sa présence réconfortante.

« Pour un quatrième bébé qui sort de ce ventre, c'est anormalement très long, murmura-t-il. Il se passe quelque chose au niveau, non pas physique, mais psychique. »

Il se redressa à la tête de Maman.

« Ma fille est tourmentée, je ne connais pas les raisons qui font en sorte qu'elle bloque... mais une chose est sûre, elle a de la difficulté à lâcher prise.

- Tu peux faire quelque chose, Grand-Père Karuna ? demandai-je par télépathie.

- Je vais essayer, je suis un guide guérisseur. Mais avant, propose à Balsa de se suspendre après la corde suspendue au plafond. La position accroupie ne l'aide pas pour cette fois-ci. »

J'hochai la tête et proposai vivement à Maman de se suspendre. Avec l'aide de Papa et Grand-Mère, elle se redressa, le kimono ouvert et se mit debout, se gardant suspendue à la corde. Karuna plaça une main sur son front collé de sueur et je vis de petites perles lumineuses sortir de son front. C'est à ce moment que Maman lâcha prise. D'un seul coup, la tête de ma petite sœur apparut avant de sortir entre deux poussées, tombant dans mes bras.

Je vis le Gardien du mariage se séparer un cours moment et retrouvai Motoko, toujours habillée de la cape. Mes parents avaient décidé d'appeler ma petite sœur exactement comme la gardienne spirituelle de Maman, Motoko Yonsa. J'avais peur de me tromper de personne avec le même prénom, mais quand je vis que la gardienne de Maman l'approuvait avec ferveur et se sentait même honorée de partager son prénom, je sus que je serais en mesure de pouvoir les distinguer l'une de l'autre.

Motoko ne voyait pas les esprits, bien que bébé, ses yeux suivaient parfois Jiguro, Norugai, le Gardien du Mariage et ceux de Nao. Elle ne leur avait jamais vraiment prêté attention et préférait davantage être dans les bras de Papa ou être au sein de Maman. À quatre ans, elle ne voyait plus rien. Elle était une enfant dite « normale ».

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Âmes Doubles

» Maman tomba à nouveau enceinte quand j'eus quatorze ans. Cette fois-ci, je sentais qu'il n'y avait pas qu'une seule âme, mais bien deux âmes dans son ventre. Il était aussi plus gros pour le mois qu'elle était rendue et je pouvais voir les mouvements des bébés à travers sa peau. Je m'amusai avec eux en plaçant mes mains aux endroits où ils bougeaient. Ce petit cirque amusait beaucoup Maman. Papa eut également cette supposition que Maman attendait des jumeaux.

Comme pour mon petit frère et ma petite sœur, encore une fois, j'accueillis un nouveau gardien à la maison. Il n'avait pas voulu nous dire son nom, mais je lui donnais un âge d'approximativement onze ans, tout au plus. Il possédait de petites oreilles pointues, avait un teint bronzé, des cheveux noirs ondulés ainsi que des yeux verts. Il était très timide. Je ne le poussai pas plus dans le dos et le laissai faire. Peut-être qu'à force de me côtoyer, il finirait par être moins réservé.

Ce n'est que pendant un mois de grande canicule que nous pûmes réellement confirmer si Maman attendait vraiment des jumeaux. Il avait été décidé par mère nature qu'il y ait un violent orage cette nuit-là. Je ne dormais pas, et bien que j'étais âgée de quinze ans, je chignais encore comme un bébé alors que Nao, sept ans, était calme et berçait Motoko pour qu'elle s'endorme. Elle ne semblait pas nerveuse elle non plus.

Le gardien des jumeaux avait aussi peur des orages. Il était cramponné à Norugai qui était très relaxe. Un autre coup retentit alors que je montai au second étage en pleurnichant, me lovant dans les bras de Maman avec son ventre énorme prêt à éclater. Elle ne dormait pas.

« Maman..., geignis-je en la serrant contre moi.

- Ça ira bien. Tu n'as jamais aimé les or— »

Elle se stoppa net en mettant une main sur son ventre et commença à gémir et à souffler. Je croyais que je lui avais fait mal en la serrant trop fortement.

« Désolée...

- Non... ma chérie, j'ai eu ma première contraction et elle était puissante.

- Pas maintenant... pas dans cet orage..., gémis-je. Retiens les bébés, Maman...

- Quand un bébé veut naître, tu ne peux pas l'empêcher, rit-elle en voyant ma panique des orages. »

Tout se passa rapidement, mais un événement non-commun se produisit : le premier bébé ne naissait pas par la tête en premier, mais bien par les fesses. Je regardai le Gardien du mariage, puis Grand-Mère.

« Je n'ai presque jamais assisté à un accouchement de la sorte, m'avoua Grand-Mère.

- Mais tu es chamane, répliquai-je.

- On m'appelait uniquement en dernier renfort. Ne peux-tu pas contacter les esprits ?

- Hum, je vais essayer, dis-je alors que Maman ne pouvait s'empêcher de pousser. »

Je regardai Jiguro et tournai la tête vers la porte. Encore une fois, je revis Karuna.

« Laisse-moi prendre ta place, Alika, me demanda-t-il. »

Étant donné que Karuna était un esprit situé dans la catégorie du positif fort, il put prendre possession de mon corps le temps de la naissance sans aucunes contraintes. Or, je ne perdis absolument rien de ce qui se passait. C'est comme si mon corps bougeait de lui-même et que je ne contrôlais plus mes faits et gestes : j'étais spectatrice. Avec mon corps, il s'approcha de Maman qui avait réussi à faire passer tout le corps, sauf la tête. La tête coincée, rien n'aidait mes parents à ne pas paniquer.

« Maman, peux-tu te mettre à quatre pattes ? demanda Karuna en empruntant ma voix.

- Eh ?

- S'il te plait. »

Maman obéit. Ce fut un peu compliqué de la replacer, mais elle parvint finalement à prendre la position demandée sans rétorquer; de toute façon, elle était trop concentrée à sa tâche.

« Le "truc" dans un accouchement par le siège consiste à fléchir la tête, expliqua Karuna, car une tête en extension a du mal à sortir. Pour fléchir la tête, il faut trouver le visage du bébé, et appuyer sur les joues ou sur la bouche/le menton afin d'incliner la tête. Maman ? Ça va encore ?

- Arrggghhh... Alika ! Fais juste sortir ton frère et ça urge !

- Désolée !... »

Dans un moment de tension, autant pour mes parents que pour Grand-Mère et moi-même, Karuna réussit à faire sortir tranquillement la tête de son frère. Il bougeait, mais n'arrivait pas à respirer. Alors il fit ce que son intuition lui dicta de faire : il couvrit sa petite bouche et son nez de ma propre bouche et souffla doucement, avant de lui tapoter la poitrine et le dos, le collant contre mon corps. Maman nous regarda, tendue et inquiète.

« Aller, mon petit... aller, respire ! Je sais que tu peux le faire..., murmurai-je en reprenant lentement possession de mon corps, tout en continuant de lui frictionner le dos. »

Soudain, le bébé ramena ses jambes proches de son corps et devint rouge en vagissant. Un soupir de soulagement parcourut ma famille.

« Voilà !annonçai-je en pleurant de joie, le passant jalousement à Maman pour qu'elle le prenne. Place au second maintenant.

- Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi, ma belle, murmura Maman en pleurant. D'accord, place au second, laisse-moi juste me replacer.

- Accroupie ?

- Oui, je suis confortable comme ça. »

Cette fois-ci, le second bébé était placé dans la bonne position, sortant la tête première. Le passage étant déjà fait, il passa sans aucune difficulté en seulement deux poussées. J'avais raison depuis le début : deux âmes allaient s'incarner. Ce n'était pas des âmes nouvelles comme Motoko, mais même spirituellement, ils avaient toujours été ensembles.

Mes petits frères étaient totalement identiques et je me demandais carrément comment mes parents allaient faire pour les différencier. Lisant ma question sur mon visage, Grand-Mère me dit que pour les différencier, ils se serviraient du cordon ombilical.

Papa et Maman avaient pensé à plusieurs noms au courant de la grossesse, mais aucun ne semblait leur convenir. Lorsque Maman osa me demander si Jiguro et Karuna étaient tous deux peut-être réincarnés, je lui confirmai que Jiguro était toujours avec moi sous forme spirituelle et que Karuna était à Kanbal, accompagnant Tante Yuka. Pour leur rendre hommage, Maman choisit donc d'offrir les prénoms de ses deux pères respectifs à mes frères : le premier était baptisé Karuna Yonsa et le second, Jiguro Yonsa.

Elle avait choisi ces prénoms parce qu'elle trouvait qu'ils reflétaient bien l'amitié et la complicité des deux hommes défunts. Je vis Jiguro devenir aussi orgueilleux que Motoko en sachant que son nom avait été transmis à sa descendance.

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Retrouvaille inattendue

» Je recroisai le chemin d'Amaya à l'été de mes dix-huit ans, tout juste avant que le Nouvel Empire de Yogo ne ferme ses frontières pour empêcher les possibles espions Talsh de s'infiltrer dans le royaume.

Je ne pensais jamais la recroiser au Nouvel Empire de Yogo. Encore moins au bas-ougi lorsque Maman m'envoya, cette matinée-là avec Motoko – âgée de six ans – faire des courses. Après avoir pris un raccourcit pour nous faciliter la tâche et fait quelques emplettes, tout se passa très rapidement.

Mais d'une quelconque façon, tout fut au ralentit pour moi. Jiguro et Kusanagi avaient arrêté tout mouvement et fixaient une autre personne – qui en fait, était un gardien également. Une énergie familière attira mon attention et je levai les yeux vers la personne : ces yeux bruns pétillants, ce grain de beauté sur le dessus de sa pommette gauche, ces cheveux bruns et ce visage angélique ainsi que cette robe Kanbalese... Elle se tenait là, devant moi... Sans aucun doute, c'était Amaya. Je l'aurai reconnu parmi des milliers. Elle me regardait comme si elle m'analysait puis, mit son poignet en face d'elle et regarda le bracelet d'amitié qui me disait clairement de quoi. Je fis la même chose et regardai ma lance : après tout, les femmes maniant la lance devaient être encore assez rares de nos jours. Mon bracelet d'amitié avait lâché au fil du temps... mais le sien avait bel et bien tenu.

Soudain, Amaya s'avança vers moi :

« Eh... A... Alika-Chan ?

- Amaya ? essayai-je à mon tour. »

Alors que Motoko commandait des hekimooms, elle se retourna vivement en nous entendant crier de joie alors qu'Amaya et moi se serrions dans nos bras.

« Qu'est-ce que tu fais là ?! m'exclamai-je.

- Je te poserai la même question !

- Attends une minute ! J'ai une meilleure idée. Et si nous allions à un restaurant pour mettre nos nouvelles à jour ?

- Bonne idée, mais je ne pourrai pas rester indéfiniment, je dois aller travailler bientôt.

- D'accord. »

Je me tournai vers Motoko.

« Viens Motoko, on va aller s'asseoir. »

Toujours sans parler, en train de se régaler d'hekimooms, Motoko nous suivit sans broncher ni poser de question. C'est ainsi qu'Amaya nous expliqua pourquoi elle avait déménagé au Nouvel Empire de Yogo et qu'elle s'occupait d'une garderie en plus d'une petite friperie destinée aux enfants. Je lui présentai à mon tour ma petite sœur et parlai de ma famille. Amaya dû repartir pour aller travailler. Nous nous plaçâmes un second rendez-vous, cette fois, sans ma petite sœur, bien que je l'adore de toute mon âme.

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La première chicane de couple...

» Amaya et moi avions commencé à sortir ensembles seulement un mois après nos retrouvailles inattendues. Tout allait bien dans notre couple, nous nous aimions à la folie et nous nous voyions très souvent.

Mais notre première chicane de couple s'avéra, pour le plus surprenant, être en lien avec les esprits et le monde spirituel. Comme je n'étais pas du genre à cacher qui j'étais aux gens que je côtoyais et considérais comme étant digne de confiance, je lui avais parlé de sa gardienne Fay. Je lui parlais également de Jiguro, Nahoko, Kasem, Mayuna et d'autres gardiens que je connaissais personnellement. Je lui parlai même de ses petites sœurs décédées. Je lui fis aussi une démonstration de canalisation en laissant passer Fay et Jiguro – Jiguro était l'unique exception, car c'était mon gardien et il était placé dans la catégorie des énergies des « négatifs ».

Je faisais rarement de la canalisation, mais avec Amaya, je ne peux me souvenir combien de fois j'en avais fait car elle voulait parler à tous, mais tous nos amis esprits. En passant de Fay à Jiguro, jusqu'à Nahoko et Kasem. Et de plus, tous les esprits l'adoraient inconditionnellement.

Kasem lui avoua qu'elle avait une énergie dite de « maman ». Un jour, je ne sais pas ce que j'avais, mais je devais être sur le gros nerf à cause de mon énergie archange qui frôlait un niveau supérieur. J'avais complètement changé de comportement, devant compétitive, agressive tout en me sentant déprimée sans même pouvoir mettre un mot dessus et un rien pouvait mettre le feu au poudre.

« Dis Alichoue', est-ce que tu crois que les esprits peuvent— »

Je froissai ma feuille de papier.

« Alichoue' ?

- Mais pourquoi tu veux toujours être avec les esprits ?! criai-je en me levant, fâchée et lâchant un juron. Tu ris plus avec eux qu'avec moi, tu préfères dormir avec eux qu'avec moi, et tu préfères marcher avec eux plutôt qu'avec moi lorsqu'ils prennent possession de mon corps ! C'est quoi le problème ?! Je suis juste un portail à esprit ?! Quand tu n'auras plus besoin de mes connaissances et sera assez indépendante pour communiquer avec eux, tu vas me jeter ?! Je sais bien que Jiguro est amoureux de toi !

- Mais Alichoue', mon amour... ce n'est pas de ma faute si je suis bien avec eux...

- À partir de maintenant je fais les douanes ! la menaçai-je.

- Ne fais pas ça...

- Pourquoi ?! Parce que tu ne pourras plus leur parler ? Tu les aimes eux ou tu m'aimes moi ?!

- Je vous aime tous. Je n'ai pas de préférence...

- Pas de préférence, menteuse ! »

Amaya ne me répliqua pas, triste et cherchant ses mots et je la quittai par frustration. En marchant vers la maison, je remarquai que je marchais seule. Même Jiguro ne m'avait pas suivi. Ils m'avaient tous laissé pour rester avec Amaya.

Super ! grognai-je dans ma tête. Jiguro ! appelai-je.

Pas de réponses. Il me boudait ! Ce comportement me mit encore plus en furie.

Sois ! Ignore-moi si ça te chante, je m'en fiche ! répliquai-je, car je savais qu'il pouvait entendre mes paroles à son intention.

Durant une semaine complète, je n'allais pas voir Amaya. Je fulminais en silence et mes parents se demandaient ce que j'avais pour être de si mauvais poil. Je leur cachais bien sur la vérité... je n'étais pas prête de leur dire que je sortais une femme depuis maintenant une demi-année. Amaya ne fit aucun effort pour me retrouver et les esprits ne vinrent pas me voir non plus. Peut-être avaient-ils peur de ma puissance spirituelle... je ne le savais pas. J'étais laissée à moi-même avec mes propres scénarios imaginaires, et ça me faisait mal. Amaya désirait peut-être laisser retomber la poussière. Maman vint se renseigner quand même à mon sujet.

« Qu'est-ce qui se passe ma chérie ?

- Rien...

- Je vois bien que quelque chose te tracasse. Si tu as des soucis, dis-le-moi, d'accord ? »

Je me mordis la lèvre et lui mentis quant au sexe de la personne qui faisait battre mon cœur.

« J'ai un problème avec la personne que j'aime, avouai-je.

- Oh, tu es en couple avec un jeune homme ?

- On peut dire... et on s'est pris la tête.

- Comment ?

- C'est une très longue histoire...

- Je vois. C'est donc ça qui te rendait aussi de mauvaise humeur ces derniers jours ?

- Oui...

- Je vois... je suis sûre que ça va s'arranger ma belle. S'il t'aime vraiment, il va faire des efforts pour venir te voir, s'expliquer et exprimer ses sentiments.

- Ça fait une semaine qu'il ne fait rien. Je suis fatiguée ! Pourquoi ce serait toujours à moi de faire les premiers pas pour régler des trucs, pourquoi pas lui ?

- Hum... dans un couple, les deux personnes doivent mettre leurs efforts. Et puis, c'est normal d'avoir des différends dans un couple. Ce qui n'est pas normal dans un couple, c'est que justement, le couple ne se prenne jamais la tête. »

Les paroles de Maman me réconfortèrent un moment. Je décidai donc de me purifier en prenant un bon bain qui me débarrassait de toutes les impuretés énergétiques. Le lendemain, j'essayai de mettre mon amertume de côté, de marcher sur mon ego et allai vers l'appartement d'Amaya avec un bouquet de fleurs. Je levai les yeux et vis Jiguro venir à ma rencontre.

« Te voilà.

- Toi, te voilà, répétai-je en le corrigeant.

- Amaya s'est fait beaucoup de souci pour toi. Elle avait peur que votre couple ne lâche.

- Pourquoi elle n'est pas venue me voir alors ?!

- Car elle n'a pas encore rencontré toute ta famille. Et elle sait que tu n'es pas prête à leur annoncer que tu es en couple avec elle... et aussi parce qu'elle avait peur que tu lui fermes la porte au nez.

- Je n'aurai jamais fait ça, tu me connais mieux que ça, enfin ! me vexai-je. En ce moment, elle est où ?

- Elle lit un livre dans son lit avec Fay. »

Je soupirai et allai cogner. Je l'entendis descendre de son futon et déverrouiller sa porte. Amaya m'ouvrit. Je ne souriais pas, elle non plus. En fait, il y avait un malaise.

« Je..., dis-je. Je m'excuse pour— »

À ma plus grande surprise, Amaya m'embrassa vivement sur la bouche et m'attira à l'intérieur, ses lèvres toujours scellées contre les miennes. Nous tombâmes sur le lit, elle par-dessus moi. Puis, sans parler, elle enfouit son visage dans le creux de mon cou et resta un moment sans bouger. Elle me serrait tellement fort dans ses bras que je me demandais comment j'avais fait pour ne pas suffoquer. Je tenais toujours le bouquet de fleurs qui commençait déjà à faner dans l'une de mes mains.

« J'ai eu si peur de te perdre, m'avoua-t-elle en pleurant. J'avais peur que tu me haïsses et me rejettes si je me pointai chez toi...

- Mais non... des malentendus, ça arrive. Et on peut les régler si c'est possible. »

Nous parvînmes à s'expliquer calmement, sans s'accuser l'une l'autre. Et enfin, cette première chicane de couple se grava dans notre historique du temps où nous étions ensembles.

« Alika, est-ce que ça te dérange maintenant... quand je te pose des questions sur le spirituel... ?

- Non... j'étais épuisée ce jour-là et je n'ai pas calculé mes mots.

- ... Tu es sûre ? Parce que parfois, j'en ai l'impression.

- Mais comme je te dis que ça ne me dérange pas... écoute, tu as même Jiguro qui insiste pour te parler via mon corps. »

Jiguro se hâta de prendre possession de mon corps pour lui parler, avant que je change d'avis. Il posa sa main sur la tête d'Amaya, sous mon regard de spectatrice, et lui ébouriffa tendrement les cheveux. La capacité que j'avais développée en tant que médium permettait aux esprits de créer un larynx artificiel énergétique pour projeter leur voix sans utiliser la mienne. Ce qui était beaucoup moins mélangeant et ne ressemblait pas à une usurpation d'identité ou de la comédie venant du portail. La voix qui sortait de mes lèvres était basse, calme et rauque.

« Hey.

- Hey... tu désirais me parler ?

- Oui. Parce que je sens que tu as une question spécifique en tête et que je désirais te répondre.

- Tu ne fais pas confiance aux interprétations d'Alichoue' ?

- Si, mais je voulais vraiment le faire de moi-même. Dis-moi ce que c'est.

- Quand je vais mourir... qu'est-ce que je vais devenir ? Qui va m'accueillir ?...

- ... Aimerais-tu que je vienne t'accueillir avec Fay lorsque tu vas mourir ?

- Je pense que je me sentirai mieux...

- Alors, je serai là quand tu mourras, Sheila...

- Quoi ?

- Tu t'appelais Sheila dans ta vie antérieure, quand on s'est côtoyé. »

Je ne fus pas plus surprise que ça, sachant que Jiguro était un esprit avec plusieurs vies antérieures et pas seulement avec sa dernière vie de vécue avec Maman. À ce niveau, je ne connaissais pratiquement rien de lui, mais je sentais qu'il y avait un lien étrange entre ma copine et lui. Les liens spirituels étaient parfois si incohérents pour la logique mortelle, que j'avais fini par arrêter de tout analyser et laissai les informations venir d'elles-mêmes quand j'étais certaine de leur origine.

Ce fut encore plus étonnant quand je sentis Jiguro embrasser Amaya via mon corps. Quelle étrange sensation : mes lèvres picotaient et semblaient engourdies. Il la coucha sur le lit et passa sa main sur sa poitrine avant de la descendre à son entre-jambe. En temps normal, Amaya se serait raidit, mais désormais, elle se laissait caresser à cet endroit. Sa réincarnation, Sheila, avait pris le dessus sur elle. Ils ne firent rien, juste se caresser mutuellement jusqu'à ce que je décide de reprendre possession de mon corps.

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Une drôle de question

» Il y eut de nombreuses fois où Amaya m'avait posé des questions sur le monde spirituel et qui m'avait fait rire. Amaya était curieuse de nature et elle avait une soif d'apprendre. Le spirituel l'attirait énormément et elle enviait ma capacité à voir et entendre les esprits. Je l'avais aidé à se développer un peu en lui léguant un peu de mon savoir. Je la considérais comme une petite apprentie.

Mais une des questions les plus drôles qu'elle me posa fut lorsqu'on terminait, une bonne fois, de faire l'amour ensembles. Malgré nos chicanes et les embûches qu'on pouvait avoir, ces moments étaient toujours agréables à vivre. Elle était la première à qui j'avais offert mon intimité, mais pour Amaya, je n'étais pas l'une des premières à qui elle faisait l'amour.

Amaya avait de l'expérience et elle avait souvent pour habitude de dire que les Kanbalese étaient vraiment plus pervers que les Yogoese. De plus, par simple amusement de voir ma réaction, elle disait que je n'étais pas une Kanbalese pure à 100% comme elle, n'étant que moitié Kanbalese, un quart Yogoese et un quart Yakue. Après m'avoir totalement défoncé les hanches, Amaya se redressa sur ses coudes, retirant la corde de mes poignets.

« Alika, j'ai une question...
- Oui, comme d'habitude, vas-y ?

- Est-ce que les esprits peuvent avoir du sexe comme nous ? demanda-t-elle de but-en-blanc.

- Quelle question, pardi ! ris-je. Oui, bien sûre !

- Oh... et est-ce qu'ils peuvent nous... eh, tu vois ? Dans notre sommeil ?

- Ça... eh... je pense que quand tu dors, ça peut arriver... mais seulement si tu partages un lien intime avec un esprit ou un gardien qui est une âme sœur. Certains esprits accompagnent les protégés et les vivants quand ils se font plaisir intimement. Il y en a même qui font l'amour ensembles...

- Oh. Protégé et gardien ensembles ?

- Oui, oui.

- Mais comment les vivants font-ils ? Ils ne peuvent pas serrer le gardien dans leurs bras.

- Ils se masturbent, bien sûr. Et le gardien se rajoute par après, même si le protégé peut ne pas être conscient de sa présence. Ça peut sembler étrange dit comme ça, mais c'est beaucoup plus commun qu'on peut le croire. De plus, certains gardiens n'aiment pas faire l'amour quand les protégés dorment. Ils disent qu'ils ont l'impression de faire l'amour à un cadavre... Quoiqu'il en soit, faire l'amour avec un esprit est aussi légitime que deux personnes vivantes... L'important, c'est le plaisir, non ?

- Oui, tu as raison ! »

Je me retournai vers elle, toujours dépouillée de mes vêtements.

« Est-ce qu'ils peuvent avoir des enfants ? questionna-t-elle de nouveau.

- Oui. Comme les humains. Mais les progrès de la science sont beaucoup plus avancés dans le monde spirituel, qu'ici.

- Oh je vois... et si jamais ils ont des enfants... est-ce que les enfants grandissent comme nous ?

- Bien sûr. Ils n'ont pas de superpouvoirs comme avancer dans le temps. Les enfants esprits vieillissent à la même vitesse que nous. La seule chose qui les différencie des vivants, c'est qu'ils peuvent choisir un âge auquel ils décident d'arrêter de grandir.

- Genre... un esprit pourrait choisir d'arrêter de grandir à l'âge de seize ans ?

- Oui.

- ... et pour ce qui est des anniversaires ?!

- Les esprits choisissent une date d'anniversaire antérieure qu'ils aiment beaucoup. Nous les fêtons toujours, mais l'esprit ne change pas d'âge. Il aura toujours seize ans peu importe les années suivantes !

- ... Je suis perdue.

- C'est normal. De plus, tu sais que les esprits peuvent prédire des événements, ou l'arrivée des personnes, à l'avance ? Peut-être trois jours avant... j'ai même entendu dire que La Mort elle-même ne peut que prédire, maximum, un mois à l'avance, pas plus. Et c'est une des plus hautes places dans le monde spirituel... »

Une autre information jaillit dans mon esprit. Et je sus qu'il fallait que j'en fasse part à Amaya comme elle avait demandé à Jiguro qui l'accueillerait à sa mort.

« Quand les personnes décèdent, elles ont le choix de pouvoir choisir l'âge et le physique qu'ils préféraient parmi toutes leurs vies antérieures. Elles peuvent même choisir de reprendre leur apparence spirituelle qui est la forme primaire de leur âme.

- Alors les âmes ne sont pas fait que de lumière et d'éléments intangibles et invisibles pour l'œil ?

- Non. Spirituellement, tu as peut-être les cheveux blancs avec des reflets rosés, des yeux verts et des oreilles pointues.

- Des oreilles pointues ?!

- Hé oui, haha. Je te jure que je vois souvent des esprits avec des oreilles pointues et des attributs physiques de couleur totalement inhabituelle.

- Ah, je vois. Dis, est-ce qu'il y a des risques que les esprits pourraient nous regarder se... masturber, avoir des relations et faire l'amour ensembles ?

- Non... ils savent respecter notre intimité. Et ils peuvent ressentir quand nous éprouvons une pulsion de faire passer un besoin urgent. Les seuls esprits qui pourraient nous regarder faire l'amour ce sont les Gardiens du mariage... ou de la masturbation mutuel avec les esprits.

- Hein ?

- Si toi et moi venons à se marier et que nous possédons un Gardien du mariage, ça ne dérangerait pas ce dernier de nous observer un instant... ou tout le long de notre ébat amoureux.

- Même si nous sommes deux femmes ?

- Ça n'affecte en rien le fait d'avoir ou pas un Gardien du mariage. C'est Jiguro qui m'a dit ça, alors que je fais que rapporter ses dires. »

Je la regardai et souris avant de lui voler de nouveau un baiser.