La Femme en Noir
Le comte Dimër était le fils unique d'une des plus riches familles d'Atlas, connu de réputation pour être un coureur de jupons invétéré, appréciant consommer la beauté des femmes dès l'instant où il les voyait. Les rumeurs les plus sombres disaient qu'il se moquait de l'âge de sa proie, ainsi, certaines mineures auraient côtoyées sa couche bien avant leur majorité…
Si la seconde réputation était difficile à vérifier, la première semblait avérée.
Dans l'obscurité d'une chambre de luxe, une femme remonta la glissière de sa robe et l'ajusta pour ne pas l'abîmer. Après tout, ce vêtement était un « emprunt ». Elle ne voulait pas que sa propriétaire se réveille demain et ne retrouve plus un tel chef d'œuvre… Dommage qu'elle doive s'en séparer, c'était vraiment de la haute couture !
On remua derrière elle. Un bâillon dans la bouche, Dimër était menotté à son propre lit, furieux de s'être fait berner de cette façon tandis qu'elle se rhabillait tranquillement !
À la décharge du comte, il fallait reconnaître qu'elle était d'une beauté insolente. Sa longue chevelure noire, combinée à ses yeux tout aussi noirs, et son sourire de prédateur formaient le cocktail de charme qui l'avait attiré comme un moustique vers les flammes. Dès qu'il l'avait conduite dans sa chambre, le neutraliser avait été un jeu d'enfant pour elle ! Elle laissa là son pathétique prisonnier et fouilla dans son portefeuilles, y trouva rapidement ce qu'elle chercha : une carte d'accès.
— Bingo.
Elle l'inséra dans son Parchemin et se connecta au système informatique de l'armée d'Atlas. Dimër y avait ses entrées, avec son grade de lieutenant-colonel (privilège de fils à papa !). Ce n'était pas bien haut dans la hiérarchie mais cela lui suffisait largement. Elle ne cherchait pas des dossiers ultraconfidentiels, simplement… Voilà ! Elle lut brièvement les documents et les téléchargea dans son Parchemin.
— Parfait… Parfait…
Elle se tourna vers le fils prisonnier et celui découvrit alors, dissimulé jusqu'alors par le maquillage, la trace d'un tatouage suivant le contour inférieur de son œil droit. Il n'avait vu un dessin de ce genre. Elle s'approcha lentement vers lui, en affichant un sourire de loup. Carnassier, moqueur, dominateur. Tout ce qu'il croyait avoir jamais été !
Elle tendit vers lui la pointe de son ombrelle qui d'un geste des doigts se transforma en une faux de petite taille, mais à la lame suffisamment aiguisée pour le tuer. Elle voulait qu'il se rappelle jusqu'à la fin de ses jours de cette vision, la pression de sa lame contre sa poitrine, juste au-dessus du cœur... De son sourire alors que sa vie ne tenait qu'à sa simple décision…
Jamais plus cet homme n'osera s'en prendre à une femme.
— Merci pour votre coopération, comte Dimër. Puissions-nous ne jamais nous revoir !
Puis, avec la souplesse d'un chat, elle s'élança vers la fenêtre et disparut dans les ténèbres de la nuit.
