— Elle était seule ? C'est certain ?
— Puis-ce que je vous le dis ! s'énerva le comte Dimër. Combien de fois vais-je devoir me répéter avant que vous ne m'écoutiez !
— Excusez-moi, monsieur, mais j'ai du mal à croire qu'une femme, seule, puisse parvenir à s'échapper de l'enceinte de sécurité établie autour d'Atlas.
Pour le fraîchement promu commandant James Ironwood, une telle chose était difficile à croire. L'académie – nouvellement capitale de Solitas – était le lieu le plus sécurisé de tout Remnant. Comment une femme pouvait-elle échapper aux systèmes de sécurité les plus sophistiqués aussi facilement et sans laisser de trace ?
Il laissa là le comte et quitta la chambre, aussitôt rejoint par ses hommes qui inspectaient tout le bâtiment à la recherche d'indices. Visiblement en vain d'après leur mines déconfites. Il avait l'impression d'être revenu à l'époque de la Grande Guerre, les histoires que son père lui racontait sur les espions de Vale, discrets comme des ombres, insaisissables comme des anguilles.
Cette affaire risquait de provoquer de lourds problèmes diplomatiques en l'absence d'un coupable désigné, Atlas risquerait de se méfier de toutes les autres nations. Le repli sur soi était ce qui avait mené Mantle à un état dictatorial par le passé. Dans l'intérêt de tous, il devait trouver cette femme et la remettre à la Justice.
— Savons-nous seulement ce qu'elle a cherchée ? demanda-t-il à Hood, son subordonné…
James Ironwood avait besoin d'une piste. Cette femme avait réussi un exploit inégalé depuis plus de soixante ans. S'il souhaitait un jour se trouver au poste de général en chef des armées Atlésiennes et directeur de l'académie Atlas, il se devait de présenter la coupable devant la justice.
— Rien d'important, déclara Hood. C'est peut-être cela le plus étrange : des rapports de reconnaissances. Et elle en a téléchargée deux seulement.
— Des rapports ? Pourquoi ?
— Eh bien, le premier contient le récit d'un enfant, l'un des deux rescapés d'un village de Mistral, Sineth… Il raconte que sa mère et lui auraient été sauvé par un homme ayant une épée argentée et un manteau blanc à capuchon. Cet individu aurait à lui seul exterminé tous les Grimms de l'attaque.
— Un homme seul avec une épée en argent ? Probablement un Chasseur.
— Une demande d'investigation a été lancée par Mistral pour retrouver l'identité de cet homme. Selon eux, aucun de leurs Chasseurs ne correspond à sa description.
— Un héros inconnu sauve un orphelin ? Plutôt cliché. Et le deuxième rapport ?
— Là, ça devient plus compliqué…
— Pourquoi donc ?
— C'est un évènement qui s'est passé sur Draconis…
.
Draconis, le territoire des Grimms… Le continent situé au Nord-Ouest de Remnant, un lieu de perdition où toutes les tentatives d'implanter des colonies avaient échouées en raison de la présence excessive des créatures de Grimm les plus féroces : Les Dragons, les Rois Taijitu, les Death Stalkers et les Griffons. Seuls deux avant-postes lourdement armés par les troupes combinées d'Atlas et de Vale résistaient encore aux assauts de ces monstres. Le Conseil Atlesien prévoyait même de faire évacuer les troupes qui s'y trouvaient d'ici quelques mois en raison du taux de pertes élevées et de l'inutilité de leurs présences là-bas.
— C'est une équipe de reconnaissance qui a fait le rapport. Pendant cinq jours, ils n'ont pas recensés la moindre attaque de Grimms.
Cinq jours ?! s'étonna James. C'est un record de paix sur Draconis !
— Les hommes ont découvert qu'une grande partie de ce qu'ils appellent la « Forêt Noire » avait disparue… ? Et que tous les Grimms qui s'y trouvaient ont été exterminés.
— Exterminés ?
— Ils l'ont déduit d'après des traces de combats intensifs au sol. D'après eux, ce serait l'œuvre d'un seul homme. Or, aucun de leurs hommes n'étaient dehors au moment des faits.
James se pinça l'arrête du nez en fronçant les sourcils.
— Donc… Nous avons deux parfaits inconnus, sur deux continents très éloignés, qui ont accomplis des actes dignes des plus grands Chasseurs… Et une femme avec un tatouage à l'œil et assez intrépide vient jusqu'ici pour apprendre où cela s'est passé ? Comment remonte-t-on le puzzle ?
— Chercher tous les hommes portant un manteau blanc à capuchon ? demanda Rook, une fraîche recrue sortie de l'académie militaire, souvent à côté de la plaque.
— Rook…, dit l'un des soldats en lui jetant un regard de travers.
— Pardon !
— Ce n'est peut-être pas une si mauvaise idée, glissa Hood.
Ironwood le regarda, curieux de sa remarque. Hood était un excellent second en chef, son arme la plus efficace était son esprit vif. S'il avait une idée, il avait déjà une réponse à celle-ci.
— L'Académie Beacon, à Vale, a lancé plusieurs avis de recherche à propos de quatre individus.
— Une académie qui lance des avis de recherche ? Ce sont des Chasseurs criminels ?
— Non. L'Académie ne cite pas la raison de ces recherches, mais il s'agit de quatre personnes. Deux hommes et deux femmes qui portent des manteaux à capuchon. L'un de chaque genre porte un vêtement noir et l'autre un vêtement blanc. Et le meilleur, le voilà : la femme en noir a un tatouage sous l'œil.
Ironwood resta silencieux. Beacon… Il n'y avait été qu'à de rares occasions dans le royaume de Vale, mais il se rappelait très bien de sa rencontre avec le directeur de l'académie, Ozpin. À l'époque, il était un fervent défenseur de ceux qui voulaient éviter de distribuer la technologie d'Atlas au reste du monde. À cela, Ozpin avait insisté sur la nécessité que l'humanité ne pouvait qu'avancer par l'entraide. Il se rappelait encore de la dispute qui avait suivi leurs échanges. Et aussi de la dévotion quasi religieuse qu'Ozpin vouait à l'entente entre tous, humains comme faunus. Cela l'avait marqué. Aujourd'hui encore, il se rappelait des paroles de cet homme :
La victoire ne s'est pas faite parce que le roi de Vale a terrassé ses ennemis pour mettre fin à la guerre. Mais parce qu'il leur a tendu la main pour débuter la paix.
— Bien… Messieurs, préparez-vous pour le voyage. Direction Vale.
