Après ce jour, nous avions rejoint le Caire en à peine deux jours, complètement assoiffés et mort de faim. J'ai accueillis tout ce beau monde chez moi où je leur offris des fruits récupérés en chemin au marché et de l'eau. Ils profitèrent même de la douche et je prêtais des vêtements à Evy.
Quand nous avons pénétré dans la cité, nous avons remarqué que les égyptiens de la ville étaient de nouveau normaux, comme si rien ne s'était passé. C'était bizarre de voir les personnes qui ont voulu nous tuer il y a moins d'une semaine nous sourire.
Pendant qu'ils se changeaient ou se lavaient, j'avais rangé mon tableau de recherche, je n'avais pas envie qu'ils voient ça étant donné que j'avais noté des informations de mon époque que je ne voulais pas qu'ils découvrent.
Moins d'une semaine après, les Carnahan et Rick étaient repartis en bateau vers l'Angleterre avec de l'argent plein les poches, ils avaient bien sûr découvert le trésor ramassé par Béni et le musée avait tout racheté. Ils avaient chacun un bon pactole. J'en avais moi aussi que je gardais bien précieusement. Evy m'avait fait promettre de les rejoindre en Angleterre quand j'aurais fini de tout organiser ici. Le nouveau directeur du musée ne disait pas non pour que je continue de travailler, mais j'étais de retour au service nettoyage étant donné que pour lui, même si j'avais eu des formations par les employés du musée, je n'avais pas l'expérience et les diplômes pour. Je comprenais tout à fait son point de vue, mais j'aurais voulu qu'il accepte de me rendre mon ancien poste que le docteur Terence m'avait accordé.
La mort du docteur Terence avait fait le tour de tout le musée, je me demandais comment ils étaient tous au courant étant donné qu'on n'avait pas retrouvé le corps. Je n'avais pas revu Ardeth depuis qu'il était partit dans le désert sur son chameau, peut-être qu'il était au courant de quelque chose.
J'étais chez moi, en train de préparer mes valises, j'en avais que deux, pas beaucoup de vêtements et quasiment rien en objet de valeur. J'avais aussi mis mes bocaux de thé et le contenu de mon tableau d'information, mon bateau partait dans moins de deux heures pour quatre jours de voyage avant de rejoindre l'Angleterre. J'avais dit au revoir à ceux du musée qui me firent promettre de revenir les voir régulièrement. De toute façon, j'étais obligée de revenir pour les herbes et les fleurs pour mon thé.
Je fermais ma valise, regardant une dernière fois le rez-de-chaussée de cette maison qui m'avait hébergée durant des mois. Ca me faisait mal au cœur de partir d'ici, mais au moins, j'allais rejoindre mes amis, je ne serais pas toute seule dans une époque inconnue et un Londres inconnu.
J'entendis quelqu'un toquer à la porte d'entrée, de suite, je lui criais de rentrer. Derrière moi, la porte s'ouvrit et se referma. Ca devait être le nouveau directeur du musée qui vient récupérer la clé de la maison.
-Vous partez ?
Cette voix ! Ce n'était pas le directeur ! J'en eut des frissons qui me parcoururent tout le corps. En me retournant, je tombais sur des yeux noirs.
-Ardeth ? Que faites vous là ?
-Je voulais savoir comment vous alliez.
-Je vais bien, je vous remercie. Et vous ?
-De même.
Je me rapprochais de lui et lui prit les mains, les observant. Il y avait encore des marques de son affrontement contre les momies dans Hamunaptra. Certaines étaient cicatrisées, d'autres étaient encore en cours de cicatrisation.
Il me laissa faire mon inspection avant de lui aussi observer mon tatouage. Il se mit à me caresser la peau où se trouvait la marque des dieux. Il était doux dans ses gestes, des frissons me reprirent.
-Et votre marque ?
-La douleur s'en est allée dès que nous avons tué la créature.
-Et vous vous en allez à votre tour. Conclu-t-il.
Je levais ma tête et mes yeux rencontrèrent les siens.
-Je…le nouveau directeur accepte de me garder comme employé du musée mais pas à la place que m'avait accordé votre oncle. Je devais reprendre ma place au nettoyage du musée. Je perdais tout ce que j'ai parcouru depuis mon arrivée. Je ne pouvais accepter cela. Evy et son frère m'ont proposé de les rejoindre en Angleterre.
-Reviendrez vous un jour ?
-Je me suis trop attachée à ce pays et à son histoire pour le laisser derrière moi sans me retourner. Je reviendrais, je peux vous le promettre.
Doucement, il prit mes mains dans les siennes et les amena à lui, proche de son visage. Délicatement, il y déposa un léger baiser sur chacune de mes mains. Mon cœur loupa un battement en sentant ses lèvres sur ma peau.
Qu'est-ce qu'il m'arrivait ? Même les gestes de Stéphane ne me faisaient pas ressentir ça.
-Votre promesse me suffit amplement.
Nos yeux se rencontrèrent de nouveau. Toujours doucement, il lâcha une de mes mains et posa la sienne désormais libre sur ma joue. Je fermais mes yeux à son contact, savourant la chaleur et la doucement de sa peau. Je posais ma main sur la sienne, accentuant le contact.
En rouvrant les yeux, on ne disait pas un mot, mais nos yeux parlaient pour nous. On se rapprochait de plus en plus de l'autre, nos nez s'effleurèrent, puis nos lèvres. On n'eut pas l'opportunité d'aller plus loin que la porte d'entrée s'ouvrit derrière Ardeth.
-Oh pardon mademoiselle Mercier.
C'était le nouveau directeur du musée. Soyez damné foutu bureaucrate ! Ardeth et moi, on se lâchait et je fis face au nouvel arrivant.
-Monsieur Genz, bonjour.
Ardeth me dit qu'il attendrait dehors, le temps que je règle les dernières formalités. Tel un état des lieux de mon époque, Monsieur Genz fit le tour de la petite maison, regardant si tout était en ordre. A la fin, je lui confia les clés de cette petite demeure et il me fit signer le papier comme quoi je lui rendis la maison en bon état. J'empoignais mes deux valises et sortit de cette maison, non sans un pincement au cœur. Comme il me l'avait dit, Ardeth m'attendait près de la porte. Beaucoup le regardèrent du coin de l'œil. Il est vrai que ce n'était pas courant de voir un homme avec des tatouages sur le visage et les mains dans cette ville, sauf quand on sait qui il est.
Silencieusement, il me prit une de mes valises afin de partager équitablement les charges et on marcha sans nous presser vers le port du Caire.
-Ardeth, le musée était au courant du décès de votre oncle, comment est-ce possible ?
-Un des nôtres était au musée, pour assurer la sécurité de Terence et de la votre.
-La mienne ?
-Terence l'avait exigé un mois après votre arrivée. Il regrette de ne pas avoir été là le soir de l'attaque. Pour lui, il a faillit à sa tâche.
-Si il avait été là, il aurait pu se faire tuer.
-Nous avons été formé pour ça. Et cela peut vous rassurer, il a retrouvé le corps de Terrence. Nous lui avons accordé les funérailles qu'il méritait. Sa tombe est dans le cimetière, à la sortie de la ville, aux côtés de sa femme.
-J'en suis soulagée. Je dormais mal à l'idée qu'il n'est pas pu être enterré. J'aimerai aller sur sa tombe avant mon départ mais…
-Votre bateau part bientôt, n'est-ce pas ?
-Oui. Lui répondis-je, triste.
-Vous pourrez aller le voir quand vous reviendrez.
C'était une petite consolation. Je n'étais pas encore partie que je voulais déjà revenir pour aller voir la tombe du docteur Terence. Arrivée devant le bateau au port, je montrais mon papier indiquant mon billet et mon numéro de cabine pour le voyage. Mes valises ont de suite été prise pour y être emmené. L'homme au quai nous annonça que je devais être sur le bateau une heure avant le départ, soit dans une dizaine de minutes. Trop peu de temps qui me restait avec Ardeth.
-Je vous ai promis de revenir Ardeth, mais me promettez vous qu'on se reverra ?
Toujours avec douceur, il me remit une mèche de cheveux derrière mon oreille et laissa sa main sur ma joue. Il se rapprocha de moi et posa sa deuxième main sur ma hanche pour que je me rapproche de lui. Il effleura mes lèvres des siennes avant de les capturer délicatement. De suite, je mis une main sur sa nuque et répondit à son baiser. C'était notre premier.
Les sensations que je ressentais avec ce baiser étaient plus intenses que ce que j'avais ressentis avec Stéphane. Ardeth rompit le baiser mais me garda près de lui, nos fronts collés l'un à l'autre. Nos respirations s'entremêlaient. Je n'avais plus envie de partir.
-Je vous le promets, Mila.
Il scella sa promesse par un autre baiser, un peu plus intense que le premier, me serrant dans ses bras. En manque d'air, je rompis le baiser et nicha ma tête contre le haut de son torse, respirant à fond son odeur masculine. J'essayais de m'en imprégner au maximum.
On entendit derrière nous les hommes du quai appeler les passagers du bateau à embarquer. Je devais me séparer de ce corps puissants et musclés que je pouvais sentir sous mes doigts.
-Vous devez y aller. Me dit Ardeth.
Je posais mes mains sur sa poitrine et reculais légèrement pour le regarder dans les yeux. Je posa ma mains sur sa joue, la caressant pour ensuite la passer dans ses cheveux, mémorisant chaque parcelle de son visage. Je l'embrassais une dernière fois avant de nous séparer définitivement.
Je montais sur l'escalier qui me permit d'accéder au bateau, suivant ainsi les autres passagers. Régulièrement, je jetais des coups d'œil derrière moi, voyant qu'Ardeth était toujours là, à veiller à ce que je monte sans danger sur ce bateau.
Une fois sur le pont, je me mis sur le côté afin de ne pas gêner la montée des passagers et vit Ardeth. Il me fit un petit sourire en me voyant bien arrivée sur le pont. Je lui fis un petit geste de la main, lui disant au-revoir. Il répondit à mon geste en faisant le même puis s'éloigna doucement afin de rejoindre son clan de Medjaï, enfin je supposais.
Dès qu'il fut hors de mon champ de vision, je pris ma croix de Ankh dans ma main, jurant que je reviendrais dans ce pays le plus souvent possible, puis j'allais dans ma cabine que je ne quitta pas durant toute la durée du séjour. J'avais demandé à ce que mes repas soient livrés dedans. Pendant les deux premiers jours, j'avais pleuré mon départ du Caire, dans cette ville qu'il m'avait recueillit pendant ses six mois, pleurant la perte du docteur Terence, la séparation avec Ardeth.
Une fois arrivée en Angleterre, je pris mes valises et je sortis du bateau. Nous avions accosté dans le sud du pays et je devais maintenant retrouver Evy qui m'avait annoncé dans une lettre qu'ils viendraient me chercher au port. Il n'y avait qu'un bateau par semaine qui arrivait et un seul qui partait.
Déambulant sur les quais, je regardais partout autour de moi, cherchant où aller.
-Mila !
Tournant la tête rapidement, je pouvais jurer avoir entendu mon cou craquer, je vis Evy me faire un grand signe de la main et arriver vers moi. Une fois qu'elle fut à ma hauteur, je posais mes valises sur le sol et la prit dans mes bras.
-Bonjour Evy.
-Tu as fais bon voyage ?
-Ca a été. Tu es radieuse Evy.
Souriant à pleines dents, Evy remarqua mes yeux gonflées et encore rouges. Ce n'était pas compliqué à comprendre que j'avais pleuré une bonne partie du trajet, j'avais fini par pleurer aussi la mort de Burns, Henderson et Daniels. Elle me dit juste qu'on parlera ensemble quand on sera chez eux et m'indiqua le chemin.
Dans la rue, je vis une voiture où Rick s'était appuyé dessus, nous attendant. En nous voyant arriver, il vint à notre rencontre et prit directement mes valises qu'il mit dans le coffre. Evy m'ouvrit la porte arrière de la voiture et me rejoignit sur la banquette arrière tandis que Rick se mit derrière le volant.
-Nous avons deux heures de routes environ. M'annonça Rick. Tu peux te reposer si tu le souhaites.
-J'ai suffisamment dormis durant le voyage Rick, mais merci.
Durant le voyage, Evy m'annonça qu'avec l'argent qu'ils ont eu avec le trésor d'Hamunaptra, ils ont pu s'acheter une maison où Jonathan vivait avec eux, je les plains. Au bout de plusieurs minutes d'explications sur les lieux qu'Evy aimerait me monter, je vis quelque chose à sa main gauche. Non, ils n'ont pas osé ? Aussi tôt ?
-Evy ? Qu'est-ce que je vois à ta main ? Demandais-je en pointant la dite main.
Son regard se posa sur le sujet de conversation et rougit en comprenant ma question, d'un coup d'œil, je vis Rick se dandiner sur mon siège, derrière son volant.
Il l'avait demandé en mariage ! Et elle avait dit OUI !
-Je suis trop contente pour vous ! Hurlais-je en la prenant dans mes bras d'une façon très…brusque.
J'entendis Rick râler car nos embrassades avaient fait bouger l'arrière de la voiture et donc il a dû modifier sa conduite sur le moment avant de secouer la tête tout en rigolant en voyant la situation dans son rétroviseur.
-Rick, je te féliciterai en arrivant ! Mais félicitations à vous deux. Vous n'avez pas traîner dit donc !
-Avec ce qu'il s'est passé en Egypte, nous n'avions pas envie de perdre du temps. Après tout, tout peut basculer en une fraction de seconde non ? Me demanda Evy.
-Surtout si on lit une phrase d'un livre, non ? La taquinais-je.
-Mila ! Elle me frappa sur le bras.
-Quoi, c'est vrai ! N'est-ce pas Rick ?
-Désolé chérie, mais elle a raison.
Evy bouda comme une enfant sur le moment avant qu'on se mette à rire rien qu'en échangeant nos regards. Ca faisait du bien de rire, ça faisait tellement longtemps.
Les deux me parlèrent de leur début de vie commune à Londres durant tout le reste du trajet jusqu'au moment où Rick m'annonça que nous étions arrivés. Il tourna le volant vers la droite et pénétra dans la cour d'une demeure…immense ! C'était un putain de manoir leur maison !
-Rick, Evy, ne me dites pas que vous vivez là dedans ?
-Et si Mila, c'est ici qu'on vit.
-Vous voulez accueillir combien de personne dans ce manoir ?
-Seulement nous, Jonathan et toi.
-Moi ?
-J'espère que tu ne penses pas qu'on va te laisser vivre seule dans un Londres dont tu ignores tout alors que l'on peut t'accueillir. M'affirma Evy.
Je croyais que j'allais de nouveau pleurer, moi qui appréhendais de quitter le Caire, voilà que j'étais de nouveau sous un toit, offert par des personnes de confiance.
Rick prit mes valises dans le coffre et les amena à l'intérieur. Evy me prit par le bras et m'amena à mon tour dans l'enceinte du manoir O'Connell.
-J'espère pouvoir remplir les étagères de toutes sortes de livres, de trésors égyptiens que l'on pourra trouver sur des sites, aux enchères. Des tableaux et des affiches du passé. Je veux remplir cette endroit Mila.
-Je te crois Evy, ce manoir est magnifique.
Elle me tira par le bras et me guida dans les couloirs de cette demeure et m'amena à une grande chambre se trouvant au premier étage où Rick avait déjà posé mes valises. Elle possédait plusieurs étagères, un bureau, un grand lit deux places, une grande fenêtre. Il y avait même un fauteuil pour lire. Mais ce qui me marqua le plus, c'était un tableau en liège, vierge.
-Nous t'avons prit ce tableau, pour que tu puisses continuer tes recherches. Enfin, si tu le désires toujours.
Ce fut de trop pour moi, trop d'émotions en aussi peu de temps. Je fondis en larme et tomba dans les bras d'Evy qui avait anticipé ma crise de larme. Elle nous mena au pied de mon lit et nous fit nous asseoir.
Je pleurais dans ces bras, comme une sœur pleurant son chagrin sur l'épaule de la sienne. Je la sentis me frotter le dos afin de me soutenir. Elle ne dit rien, attendant que je me calme. Je n'en pouvais plus de pleurer, je ne faisais que ça ces derniers jours.
Il me fallut presque dix minutes avant de réussir à arrêter de pleurer. Essayant de reprendre contenance, je quittais la chaleur réconfortante des bras d'Evy et sêcha mes larmes.
-Racontes moi Mila.
-Quand je suis arrivée dans cette époque, j'étais complètement perdue, je ne connaissais rien à la façon de vivre. Le docteur Terence m'a tout apprit, il a été comme un père pour moi. J'ai cherché des indices sur le pourquoi de ma venue ici, comment retourner à mon époque, sachant que la dernière fois que j'ai été en 2018, je venais de me faire passer à tabac par mon propre père. Au bout d'un moment je désespérais à l'idée de ne pas pouvoir retourner à mon époque. Et depuis, je t'ai rencontré avec Jonathan, puis j'ai eu ce tatouage, et tout est partie en vrille. Hamunaptra, Imhotep, la mort des Américains, celle du docteur Terence. Au moins, vous êtes toujours en vie et on a rencontré Rick et Ardeth. Durant le voyage en bateau, j'ai pas arrêté de penser à ce que j'ai perdu de mon époque, ce que j'ai gagné et perdu ici.
-Oh Mila. Souffla Evy, désolée de me voir dans cet état.
Le mode fontaine repartit, je pleurais de nouveau.
-Ma mère et ma sœur me manque Evy, mais si je suis renvoyée à mon époque, vous me manquerez tout autant. Je ne sais pas quoi faire Evy.
De suite, elle me reprit dans ses bras en me murmurant des paroles réconfortantes, comme quoi j'étais en sécurité, qu'ils me laisseront pas, que je pouvais rester chez eux autant de temps que je le voudrais. Tout un tas de chose comme ça. Je finis par m'écouler de fatigue et m'endormis dans ses bras.
