En moins de deux mois, j'avais pris mes marques à Londres. Avec Evy, on avait meublé et décoré le manoir O'Connell. Il y avait des livres partout. Jonathan était régulièrement là, avec de nouvelles conquêtes, dilapidant son argent à tout va.
Rick avait réussi à trouver un homme qui m'avait fait des papiers afin de que puisse « vivre » en 1926. Il m'avait fait passer pour sa cousine perdue de vue depuis des dizaines d'année. J'étais devenue Mila Mercier-O'Connell. Il m'avait demandé si je voulais garder mon nom de famille et j'avais dit oui.
J'étais devenue quelqu'un.
Durant ces deux mois, Evy et Rick s'étaient mariés avec juste Jonathan et moi comme témoin. Rick n'avait plus de famille, tout comme les Carahan. C'était une petite cérémonie toute simple et on s'était fait un méga bon repas à s'en pêter le bide et maintenant, on suspectait Evy d'être enceinte. L'échographie n'ayant pas encore été inventée, on devait attendre pour la confirmation. On savait juste qu'elle n'avait pas eu ses règles le mois qui suivit le mariage. Il fallait attendre la fin de ce mois-ci pour avoir une meilleure vision sur ça. Je pouvais vous dire que ces deux là n'avaient pas chômé depuis la fin de notre combat contre Imhotep. Entre leur achat du manoir, leur mariage et la possible grossesse d'Evy. C'était la preuve d'un véritable coup de foudre.
J'étais actuellement de retour au Caire, dans le musée. J'étais admirative des trésors de Toutankhamon exposés dans les vitrines. La personne de l'accueil m'avait reconnu et m'avait fait rentrer sans payer. Je n'avais pas encore vu monsieur Genz et je n'avais pas envie.
-Mademoiselle Mercier ?
En me retournant, je vis un de mes ancien collègue, mais ce que je vis, c'est qu'il n'était pas dans ses habits de d'habitude.
-Brahim ? C'est vous le Medjaï travaillant au musée ?
-C'est ça.
On se serra la main pour se saluer.
-Vous êtes de retour pour longtemps ?
-Pour le reste de la semaine, je retourne en Angleterre après. Cet endroit m'avait manqué.
Il me sourit à ma phrase et on marcha dans le musée.
-Vous travaillez toujours ici ?
-Plus aussi souvent maintenant que le Docteur Bay est…Le nouveau directeur a fait quelques…aménagements sur les employés.
-Il en a renvoyé plusieurs c'est ça ?
-Exactement. Nous regrettons tous sa venue.
-Moi la première.
Il m'annonça que même si elle avait été détruite, les clans des Medjaï surveillaient toujours la cité d'Hamunaptra. Il y aura toujours des personnes avides de fortunes et de pouvoirs qui pourraient vouloir mettre la main sur le livre des morts ou des vivants.
Nous restions une bonne heure à discuter dans le musée avant que je remarque l'heure, c'était l'heure du marché aux fleurs. Je dis au revoir à Brahim et sortit du musée pour aller dans les rues du Caire que j'ai pu arpenter de nombreuses fois.
-Mademoiselle Mercier !
-Ahmed, ça faisait longtemps !
-Vous aviez disparue ou quoi ?
-Juste déménagée en Angleterre, j'ai retrouvé un membre de ma famille et il m'a accueillit chez lui. Je reviens spécialement pour vos produits. Lui répondis-je en lui faisant un clin d'œil.
-J'ai de tout aujourd'hui.
-Et bien, mets moi la quantité habituelle de tout, je ne sait pas encore quand je reviendrais mais crois moi, je passerai toujours par ton échoppe.
Avec un sourire, il me prépara ma commande et une fois qu'elle fut payée et dans mon sac, je continuais ma balade dans les rues du Caire.
Mes pas me menèrent vers la sortie de la ville, à l'entrée du cimetière. Respirant un bon coup et prenant mon courage à deux mains, je pénétrais dans le lieu. Il n'y avait personne dans les allées. Déambulant, je regardais chaque tombe présente à la recherche de celle que je souhaitais. Que je finis par trouver au bout d'une dizaine de minutes : « Docteur Terence Bay ».
Refoulant des larmes qui perlaient aux coins de mes yeux, je m'accroupis doucement, enleva mon sac de mes épaules et posa un genou à terre afin de maintenir un équilibre puis posa une main sur la terre.
-Bonjour Docteur Terence. Comme vous le voyez, je n'ai pas été renvoyée à mon époque. Je vis désormais chez les O'Connell. Evelyn et Rick se sont mariés et elle est peut-être enceinte, on attend encore pour en être sûr. J'espère que là-haut, vous êtes en paix. Si vous être passé par le tribunal des âmes, j'espère que vous avez gueulé sur les anciens Dieux sur ce qu'ils m'ont fait vivre. Riais-je.
Tout était silencieux autour de moi, il n'y avait vraiment pas un chat. Je pouvais au moins parler tranquille et sans tabou.
-Nous avons bien renvoyé cette enflure d'Imhotep dans l'au-delà et Hamunaptra est détruite et au même moment, mon tatouage est redevenu…inerte si on peut dire. Mais j'ai toujours la bénédiction des Dieux, je guéris toujours rapidement, je comprends toujours parfaitement l'ancien égyptien et l'arabe. J'espère garder cette capacité très longtemps.
Des larmes traîtres tombèrent sur mes joues, comment ne pas pleurer sur la tombe d'un homme qui nous a aidé et protégé et qui est mort pour la paix et l'avenir ?
-Je n'ai jamais eu l'occasion de vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour mois pendant les six mois où j'étais ici, vous avez été comme un père pour moi, celui dont la vie m'a privée. Mais avec le recul, je me rends compte que mon père ne l'a jamais vraiment été. En six mois, vous avez fait plus que lui en 22 ans. Et j'espère une chose, que les dieux entendent mes prières et ne me renvoient pas à mon époque. Je ne veux pas y retourner, je n'ai jamais été aussi heureuse que depuis que je suis ici.
Doucement, je me redressais et déposa un léger baiser sur la stèle de pierre en lui murmurant que je reviendrais et prit une anse de mon sac dans la main.
En me retournant, je me figea. Une silhouette en noire se tenait devant moi, à environ cinq mètres. Le bas du visage caché par un foulard noir, ne montrant ainsi que des yeux noirs. Ces mêmes yeux noirs dont je n'arrête pas de rêver depuis deux mois, ceux qui m'avait énormément manqué et dont je pourrais me perdre rien qu'en les regardant.
-Ardeth. Soufflais-je.
Il abaissa son foulard et découvrit le reste de son visage où je vis un léger sourire apparaître. Sans réfléchir, je parcouru les cinq mètres qui nous séparaient, laissa tomber mon sac sur le sol et entoura son cou de mes bras. Je collais mon corps au sien dans une étreinte qui m'avait tellement manqué. De suite, il referma ses bras sur moi et répondit à mon étreinte. J'étais sur la pointe des pieds, comme ça, je pouvais poser ma tête sur son épaule tout en la laissant contre sa tête. Cette odeur…elle hantait mes rêves depuis deux mois.
-Tu es revenu. Affirma-t-il.
Je fis un sourire intérieur, il avait laissé tomber le vouvoiement on dirait.
-Je te l'avais promis non ? Et toi aussi tu es là.
On se sépara légèrement, toujours dans les bras de l'autre et on se regarda dans les yeux. Avec cette douceur dont il avait le secret, il me caressa une joue du bout de ses doigts et je ferma les yeux, savourant le contact.
-Je t'avais aussi fait une promesse.
Ouvrant les yeux, je remarquais qu'Ardeth ne fit rien d'autre que de me caresser la joue. Ne savait-il pas comment réagir autrement après deux mois sans se voir ? Attendait-il que je fasse le premier pas ?
N'attendant pas plus longtemps, je pris son visage dans mes mains afin de le rapprocher de moi et captura ses lèvres des miennes. Il répondit immédiatement à mon baiser en faisant bouger ses lèvres en harmonie avec les miennes. Je sentis sa main passer de ma joue à dans mes cheveux, à l'arrière de ma tête, accentuant le contact. Depuis qu'on se connaît, c'était la quatrième fois qu'on s'embrassait mais j'avais l'impression que nos bouches étaient faites pour se rencontrer, la passion pouvait se faire sentir dans cet acte et mon corps se colla encore plus au sien.
A bout de souffle, on se sépara et, comme il y a deux mois sur le port, on garda nos fronts collés ensemble, nos souffles se mélangeant.
-Tu m'as manqué Ardeth.
-Toi aussi…Mila.
Mon prénom glissa sur sa langue d'une manière, j'en eu des frissons. On décida de quitter le cimetière et il m'amena dans une maison, pas très grande, un peu plus grande que celle où j'ai vécu quand je travaillais au musée. Une fois dedans, je vis Ardeth déposer son cimeterre et m'invita à entrer dans le salon.
-Tu…tu habites ici ?
-J'ai l'habitude de vivre dans le désert, avec le clan. Quand je viens au Caire, je vis ici. Mais jamais pour très longtemps.
Il se tourna vers moi et je vis qu'il avait laissé tomber son turban qu'il portait toujours sur le haut de la tête, me laissant ainsi le plaisir de voir ses cheveux noirs.
-C'était la demeure de Terence. J'en ai hérité à sa mort.
Il se rapprocha de moi et m'invita à m'assoir sur le canapé et il se mit à mes côtés. De suite, il me prit la main et me caressa la peau au niveau de mon tatouage. Il était bien focalisé sur cette marque. Quand à moi, de ma main de libre, je caressais à mon tour son tatouage qu'il avait sur le dos de la main, puis remonta vers ceux qu'il avait sur les joues et le front. Ses tatouages allaient en harmonie avec son visage. Je ne peux l'imaginer sans eux. On était fasciné par les tatouages de l'autre.
-Tu es là pour longtemps ?
-Je prends le bateau de la semaine pour retourner en Angleterre.
Il me restait donc quatre jours au Caire avant de repartir.
-J'aurais voulu venir plus tôt mais, je devais rester avec ma tribu.
-Ardeth, tu n'as pas à t'excuser. D'après ce que j'ai vu quand on s'est rencontré pour la première fois à Hamunaptra, tu es le chef de ta tribu Medjaï non ?
Il baissa les yeux et fit un petit sourire en coin. Quoi ?
-Pas seulement de cette tribu. A la mort de mon père, je suis devenu le chef des douze tribus Medjaï.
Alors là, j'étais grave sur le cul. Pardonnez l'expression mais j'avais devant moi et j'avais embrassé le chef de tous les Medjaï.
-Wha !
C'est tout ce que j'avais trouvé à dire. Ardeth laissa échapper un rire de sa bouche. Ce simple son me donnait des frissons dans tout le corps.
On commençait à discuter ensemble, ne quittant pas le canapé. J'appris que Terence avait grandement participé à son entraînement lorsque son père lui enseignait, qu'il avait seulement un an de plus que moi, tout comme Rick. Que sa mère vivait encore dans sa tribu et que depuis la mort de son père quatre ans auparavant, il était le chef des gardiens d'Hamunaptra.
J'écoutais, plutôt je buvais littéralement ce qu'il me disait, fascinée par la culture Medjaï. Quand il me demanda de parler de moi, je mis un peu de temps afin de lui parler de mon passé sans pour autant le perdre avec le côté 2018. Ce n'était pas facile mais il me laissa le temps qu'il me fallait.
Durant mes explications, ses mains ne quittaient pas les miennes, me caressant le dos des mains de ses pouces. A la fin de mon monologue, il ne dit rien, il n'avait pas réagit durant tout mon temps de parole, je sentais juste que ses mains avaient fait une pression lorsque j'ai parlé de mon père et aussi en parlant de Stéphane, au fait que même si on était ensemble, il ne suivait pas mes croyances. Je n'avais jamais blâmé Stéphane pour ça, mais pour Ardeth et sa culture, ne pas croire aux anciens dieux était inimaginable. C'est durant ma longue tirade qu'il eu des nouvelles des O'Connell/Carnahan à Londres.
Il finit par lâcher une de mes mains afin de poser la sienne sur ma joue et se rapprocha de moi afin de m'embrasser passionnément mais ne fit rien d'autre que ça. Je pris l'initiative d'accentuer encore plus le baiser en me collant à lui et en mettant mes jambes de chaque côté de lui, m'asseyant ainsi sur ses jambes. Il ne me repoussa pas, il m'aida même à m'installer. Je m'étonnais moi-même de mon audace à faire ça car même si j'avais déjà dormis plusieurs fois avec Stéphane quand il m'avait accueillit chez lui, on n'avait jamais couché ensemble en huit mois de relation et je n'étais jamais sortis avec un garçon avant lui, je vous laisse faire le calcul sur mon expérience en matière de relation sexuelle.
En sentant ses mains se balader sur mes hanches et mon dos, je me figeais légèrement et stoppa le baiser. Ardeth ne fit rien de plus, il me laissa me détendre seulement en faisant des petits cercles dans mon dos.
-Je suis désolée Ardeth. Soufflais-je.
-Il n'y a rien à excuser. Je comprends.
Souriant à sa compréhension, je l'embrassais de nouveau, plus calmement cette fois-ci. On passa le reste de la soirée à discuter de nos vies respectives, de tout et de rien, je finis par tomber de fatigue sur le canapé alors que la nuit était bien entamée, la tête posée sur le haut du torse du Medjaï à mes côtés.
Je m'étais réveillée le lendemain matin la première, nous n'avions pas bougé de notre position, lui allongé sur le dos sur le canapé, moi dans ses bras et à moitié sur lui pour ne pas l'écraser.
Je profitais qu'il soit endormit pour observer son visage qui était serein, j'admirais de plus près ses tatouages, ses lèvres, ses fossettes, ses yeux fermés. Je ne pus m'empêcher de passer délicatement ma main dans ses cheveux avant de stopper mon geste. Il avait l'air de dormir tellement paisiblement que je ne voulais pas le réveiller. En le regardant, je me rendis compte qu'il était l'exact opposé de Stéphane, dont je n'avais quasiment pas pensé depuis deux mois, mais que mon corps réagissait beaucoup plus en la présence d'Ardeth.
Je bougeais doucement afin de me lever en essayant de ne pas le réveiller mais je sentis la prise sur ma hanche s'intensifier pour me garder contre lui. Je le vis papillonner rapidement des yeux avant d'être pleinement réveillé. L'habitude du Medjaï je pense.
En me voyant le regarder, il me fit un petit sourire et remit une mèche de cheveux derrière mon oreille.
-Bonjour.
-Bonjour. Lui répondis-je en souriant.
On resta comme ça, à se regarder en souriant, caressant le visage de l'autre. Doucement, il passa sa main dans mon cou et me rapprocha de lui afin de m'embrasser, toujours avec douceur. J'aimais cette facette d'Ardeth, au début, on pouvait croire que c'était un homme sans sentiment, stoïque, mais quand on apprend à le connaître et qu'il « s'ouvre », on découvre un autre visage.
Il stoppa le baiser en entendant frapper à la porte. On se releva et je le laissais s'occuper de ça tandis que je restais dans le salon, regardant la décoration dont on pouvait reconnaître la « patte » de Terence. Je ne pouvais voir qui avait frappé mais je pouvais deviner que c'était un autre Medjaï vu la manière dont ils parlaient tous les deux en arabe. Apparemment, des personnes traversent le désert et seraient proche d'Hamunaptra. Même détruite, elle ne devait jamais être découverte ou même énoncée.
Je devinais que l'arrivée de ce Medjaï annonçait le départ d'Ardeth. Il fallait moins de deux jours pour aller à Hamunaptra en cheval et je partais dans trois jours maintenant. La prochaine fois que je le reverrais, ce sera à mon prochain passage ici, encore faut-il qu'il soit là.
Il referma la porte et me regarda, il sut que j'avais entendu la conversation, il n'avait rien fait pour qu'elle soit secrète en tout cas.
-Je suis désolé.
-Tu n'as pas a t'excuser Ardeth, tu as des obligations et je me sentirais affreusement mal de t'empêcher de les tenir. Promets moi juste de faire attention.
-Je te le promets.
Il me prit dans ses bras, scellant ainsi sa promesse. Comme hier, je respirais à fond son odeur, imprégnant chaque parcelle de mon cerveau avec.
-Et moi, je te promets de revenir. Promis-je à mon tour.
Il m'embrassa le haut de mon front et nous sépara. Il alla chercher quelque chose dans une petite boite sur une étagère. Il en sortit une clé qu'il déposa dans mes mains.
-C'est la clé de cette maison, enfin la deuxième clé. Quand tu reviendras ici, saches que tu auras toujours un endroit où vivre.
-Ardeth…je ne peux accepter ça.
-Terence l'aurait voulu, il avait finit par te considérer comme sa fille et je serais rassuré que tu dormes dans cette maison plutôt que dans un endroit qui peut être dangereux.
-D'accord. Soufflais-je.
Même dans l'au-delà, vous continuer à veiller sur moi Docteur Terence. Je reprimais les larmes qui menaçaient de couler, j'en avais marre de pleurer tout le temps. Il fallait que je m'endurcisse là-dessus.
Ardeth posa ses doigts sous mon menton afin de relever ma tête et vit mes yeux brillants.
-N'aies surtout pas honte de pleurer, ce n'est pas un signe de faiblesse, ça montre une chose.
-Laquelle ?
-Que tu ressens des sentiments, des émotions. C'est ça, qui nous rend humains.
A sa phrase, je laissa deux larmes couler, une de chaque œil. Elles descendaient sur mes joues. Ardeth se baissa et embrassa mes joues, récoltant de ses lèvres les larmes salées avant qu'elles ne tombent sur le sol. Une fois qu'il eut terminé avec joues, il posa ses lèvres sur les miennes, me donnant un baiser simple, mais donnant tellement plus dans cette action.
Lorsqu'il stoppa le baiser, il posa son front contre le mien et prit mes mains dans les siennes.
-Je dois y aller.
Je lui fis un « oui » de la tête et m'éloigna de lui avant que je ne puisse pas le laisser partir. Me laissant seule dans la maison, il partit faire son devoir de Medjaï.
Le reste de mon voyage là bas était seulement de la balade dans le Caire, sur les bords du Nil, admirant de loin les grandes Pyramides et le Sphynx. Peut-être qu'un jour je prendrais le temps de les visiter. J'étais très rapidement de retour à Londres, devant la demeure des O'Connell. Techniquement, la mienne aussi.
Entrant dans le manoir avec mon sac à dos et ma valise, j'allais dans le séjour et vit Rick, nettoyant un de ses pistolets. Il se stoppa en me voyant débarquer et vint à ma recontre.
-Mila ! On croyait que tu allais rester là-bas plus longtemps. Tu aurais dû nous prévenir, on serait venus te chercher au port.
-Une semaine suffit largement. Je n'ai plus de lieu où vivre au Caire souviens-toi.
On se prit dans les bras pour une embrassade de bienvenue. Il m'annonça que Jonathan était partie voir sa nouvelle conquête du moment et qu'Evy était dans la bibliothèque. Quoi que, en parlant du loup, voilà qu'on apercevait la queue. Elle arriva avec un livre dans les mains.
-Salut Evy !
-Mila ? Tu es déjà de retour ?
Elle posa son livre sur une des tables du salon et me prit dans ses bras. Ca faisait quand-même du bien d'être de retour. Immédiatement, elle me prit les mains et m'amena dans ce que l'on pouvait appeler un boudoir sous les rire de Rick, heureux de voir sa femme aussi enthousiate.
Arrivées dans la petite pièce, Evy nous installa sur la méridienne et attendit que je lui raconte mon voyage, telle une enfant avide de son histoire pour s'endormir.
-Racontes moi tout, comme c'est passée ta semaine en Egypte !
Je riais en la voyant, elle avait pliée ses bras, coudes sur ses jambes et tête dans les mains, attendant patiemment mon récit. Je n'avais pas grand-chose à raconter, j'avais seulement fait des balades dans les rues du Caire, au musée. Elle vit quand-même que j'avais omis quelque chose en me voyant triturer ma croix de Ankh. Salété de bonne femme, elle avait remarqué qu'à chaque fois que j'étais pensive sur mon rôle dans cette époque, sur ma famille ou quand j'omettais de dire quelque chose « d'intime ».
-Mila ! Insista Evy.
Je soufflais de désespoir, elle me connaissait que trop bien et n'allait pas me lâcher avec ça.
-Durant ma semaine là-bas, je suis allée sur la tombe du docteur Terence. J'en avais besoin après la façon dont il est mort. Et là-bas, après m'être recueillit sur sa tombe, je n'étais pas seule dans le cimetière.
-C'était Ardeth, n'est-ce pas ?
Je la regardais avec des yeux ronds comme des billes. Comment elle sait ?
-J'ai vu comment tu étais soulagée de le revoir en quittant Hamunaptra. Et j'ai vu aussi comment il a repoussé Daniels au musée quand il t'a coupé.
Etais-je si transparente aux yeux des autres ? A SES yeux ?
-Mila ?
-Quand je vous ai rejoins à Londres, il y a deux mois, c'est lui qui m'a accompagné de mon ancienne maison jusqu'au port. Et cette semaine, il m'a…confié les clés de la maison du docteur Terence qu'il a hérité pour que je puisse toujours avoir un toit où vivre quand je viendrais en Egypte.
-Il a hérité ?
-Ardeth était le neveu du docteur Terence.
-Du docteur Bay ? Il s'appelle Bay lui aussi ?
-Ardeth Bay. Confirmais-je.
-Il t'a juste confié les clés ? Comme ça ?
Triturant de nouveau ma croix, je fuyais le regard qu'Evy me lançait. Elle voulait vraiment tout savoir et savait qu'elle a mit dans le mille. Elle commençait à me chatouiller les côtes afin de me faire céder.
-Mila, je ne te lâcherais pas tant que tu ne m'auras pas tout dit. Allez, chère cousine !
Elle savait que je craquais quand elle m'appelait comme ça.
-Quand on était dans la réserve, j'allais pour prendre un livre sur une des étagère quand j'ai eu deux malaise assez rapprochés quand Imhotep a tué l'égyptologue et Henderson. Je suis tombée de l'échelle et il m'a rattrapé dans ma chute et a veillé à ce que j'aille mieux.
Elle ne répondit pas, attendant la suite.
-Quand le prêtre t'a enlevé, il est venu me chercher chez moi pour me dire que la voiture de Jonathan était presque réparée. A la fin de tout ça, il est revenu chez moi et m'a accompagné jusqu'au port et a attendu que je monte sans encombre sur le bateau.
-Il ne t'a pas amené au port et t'a laissé monté sur le bateau sans faire d'autre je suppose.
Je rougis en repensant à notre premier baiser échangé. A ma tête, Evy avait deviné mais attendit que je le dise moi-même.
-Sur les quais, on s'est embrassé pour la première fois.
Sautillant sur place sur la méridienne, Evy était en extase en entendant mon aveu, tout contente. Elle me prit dans ses bras et m'écrasa littéralement dans son étreinte.
-Et quand il t'a donné les clés, il ne s'est rien passé d'autre ?
-Après qu'on se soit retrouvé au cimetière, on est allé dans la maison du docteur Terence et on a longuement discuté de nos vies respectives, on a apprit beaucoup sur l'autre. On s'est de nouveau embrassé et on a dormit ensemble.
-Quoi ?
Je compris ce qu'elle avait pensé, on est en 1926 Mila, pas en 2018.
-Juste dormit Evy, rien d'autre, on était encore habillé, je me suis juste écroulée de fatigue sur lui. Nous n'avons pas coucher ense…fait l'amour.
-Coucher quoi ?
-C'est une expression de mon époque pour dire faire l'amour, coucher ensemble. Expliquais-je. Mais pour te dire, à mon époque, il est désormais courant que les couples n'attendent pas d'être mariés pour faire l'amour.
-C'est vrai ?
-Oui, certaines personnes restent même ensemble pendant des années comme un couple marié sans l'être, et certaines personnes couchent ensemble juste un soir, sans se revoir après.
Elle avait les yeux écarquillés en apprenant les nouveautés de mon époque en matière de relation de couple.
-Et toi ?
-Jamais, j'ai été plus focalisé sur mes études que de m'intéresser à un garçon. Et pour moi, je pouvais donner ma virginité seulement à un homme que j'aimerai.
-Et donc pas avec Stéphane ?
Je la regardais, ne sachant pas quoi dire.
-Tu ne m'en as quasiment pas parlé quand on vivait au Caire. Et tu n'en as plus du tout parlé depuis que tu vis chez nous.
Je baissa les yeux et réfléchis à ce qu'elle venait de me dire, à ma relation avec Stéphane, ce que je ressentais pour lui, comment mon corps réagissait en sa présence et ce qu'il se passait dans ma tête quand je voyais ou quand j'étais avec Ardeth.
-Je pense qu'avec Stéphane, ce n'était pas vraiment de l'amour. Avec le recul, je pense que si j'étais avec lui, c'est parce au final, j'avais besoin de quelqu'un qui pouvait me protéger de mon père. Qui pouvait m'aider à protéger ma famille. Au final, il n'a rien fait pour m'aider, quoi que au début si, mais après, même ses parents m'ont interdit de venir me réfugier chez eux. Il ne croyait pas aux anciens dieux, à tout ça, et avait du mal à comprendre pourquoi moi j'y croyais. Et depuis que je suis ici, que j'ai rencontré Ardeth, je me rends compte que…que mon corps n'avait jamais réagit aux gestes de Stéphane.
-Mais qu'avec Ardeth…
-J'ai l'impression que tout mon être veut se trouver en présence d'Ardeth. Quand il m'embrasse ou qu'il m'enlace, je ressens quelque chose, je ne pourrais pas te dire quoi car je n'ai jamais ressentis ça auparavant. Quand je suis dans ses bras, je ne veux pas en partir, quand il m'embrasse, je ne veux pas qu'on se sépare. Mon esprit est apaisé quand je respire son odeur.
Evy souriait de toutes ses dents, comprenant quelque chose que je viens de réaliser. Je n'ai jamais ressentis ça avec Stéphane car je n'étais pas du tout amoureuse de lui, mais par contre…
-Evy, je crois que…je suis tombée amoureuse d'Ardeth.
Toute contente, elle me prit dans ses bras, me serrant fort avant de se séparer de moi et de poser sa main sur ma joue, de manière affectueuse.
-Moi je ne le crois pas Mila. J'en suis sûr. M'assura-t-elle.
