Je n'ai pas pu retourner en Egypte durant trois longs mois à cause d'un ouragan qui s'était installé sur l'océan atlantique. Tous les bateaux qui devaient longer les côtes françaises étaient annulés. Et après notre escapade saucissonné sur l'aile d'un avion, je n'avais pas envie de retourner dans un avion, même en 2018, je ne montais dedans que si j'y étais vraiment obligé mais sinon, j'ai toujours privilégié le train.

J'avais hâte de retourner en Egypte, j'étais à court de thé et Ardeth me manquait terriblement.

Au moins, ces trois mois ont été productifs pour moi, Rick m'avait enseigné plein de chose sur les armes à feux et m'avait même entraîner au combat au corps à corps à ma demande. Mon arme favorite, le fusil à levier Winchester tandis que Rick était plus fusil à pompe.

On avait aménagé une des chambres inoccupées du manoir en salle d'entraînement où on était actuellement à l'œuvre. Cela faisait plus d'une heure qu'on s'entraînait et Evy arriva un plateau dans les mains avec une carafe d'eau et deux verres et le posa sur la déserte de la pièce.

-Vous devez faire une pause, cela fait longtemps que vous vous entraînez. Ordonna-t-elle.

Cela indiqua la fin de l'entraînement, Rick me lança une serviette que j'attrapais au vol et m'épongea le visage. Du coin de l'œil, je vis Evy s'assoir sur une des chaises, caressant son ventre rond par cinq mois de grossesse. Nous n'étions pas sûr à mon dernier voyage en Egypte mais ça a bien été confirmé le mois suivant. Elle était bien tombée enceinte lors de leur nuit de noce. Rick était aux petits soins pour elle, tout comme je l'étais. On avait hâte de savoir si c'était une fille ou un garçon. Nous devions attendre la naissance.

-Bouh, ça sent le coyote ici ! Fit une voix dernière nous.

Tiens, Jonathan était de retour dans le manoir, ça faisait un mois qu'on ne l'avait pas vu.

-Mon cher beau-frère nous fait l'honneur de sa présence. Pouvons-nous savoir pourquoi ?

Jonathan alla embrasser sa sœur et nous regarda.

-Quoi ? Un homme ne peut pas passer voir sa famille sans raison ?

-Disons que quand tu viens ici Jonathan, c'est parce que tu as des ennuis avec l'homme de ta conquête actuelle.

Il me regarda, offusqué que je lui ai dis une telle chose qui était en faite la stricte vérité. Il nous annonça qu'il allait rester ici quelques temps pour nous aider à prendre soin de sa sœur adorée avant de partir en direction du coin du manoir qu'on a aménagé pour lui afin qu'il soit pas dépendant de nous, comme ils ont fait pour moi. On avait une chambre, un bureau, un boudoir, une salle de bain et toilette et même une cuisine. L'avantage d'avoir acheté un putain de manoir. On avait de la place pour loger limite quatre à cinq familles.

En le voyant partir, Rick et moi on s'échangea un regard, Jonathan avait besoin de se cacher et de faire profil bas. On trinqua nos verres d'eau à cette évidence sous le regard dépitée d'Evy qui en avait marre que son frère soit aussi immature.

Le lendemain, on venait de déjeuner et étions dans le salon, le mois d'octobre était bien entamé. J'étais en train de touiller une cuillère dans une tasse de thé. N'ayant plus de mes thés, j'avais été obligé de me rabattre sur du thé anglais, bien moins bon. Vivement que je retourne faire le plein, je prendrais double ration pour compenser. Evy lisait un livre tandis que Rick lisait le journal du jour avec la radio en fond sonore.

Le téléphone du manoir sonna et je me levais pour décrocher celui qui était dans la salle d'à côté pour ne pas déranger le couple.

-Manoir O'Connell.

-Bonjour, puis-je parler à Mademoiselle Mila Mercier-O'Connell, s'il vous plait ?

-C'est moi-même.

-Bonjour Mademoiselle, je suis le conservateur du British Museum. Je suis désolé de vous importuner mais je vous appelle car j'aurais une proposition à vous faire.

-Laquelle ?

-Est-il possible de se rencontrer au musée pour en parler ?

-Bien sûr, quand êtes vous disponible ?

-Quand vous voulez Monsieur.

-Est-ce trop tôt pour vous proposer dans deux heures ?

-Il n'y a aucun problème monsieur. Je vous retrouve au musée dans deux heures.

-Parfait, à tout à l'heure mademoiselle.

Je raccrochais le téléphone et retourna dans le salon où les deux O'Connell attendaient.

-Qui était-ce ?

-Le conservateur du British Museum Evy, il veut me rencontrer au musée dans deux heures.

-Il t'a dit pourquoi ? Me demanda Rick.

-Non, il préférait qu'on se voit pour en parler.

-Je t'accompagnerai là-bas.

-Rick, je n'ai pas besoin d'un chaperon.

-Je te ferais le taxi Mila et resterai dans le musée pour m'assurer que tout se passe bien. C'est non négociable.

Je soupirai à sa phrase. Rick allait devenir un vrai papa poule avec son enfant si il est déjà comme ça rien qu'avec moi.

Les deux heures passèrent rapidement et j'étais déjà au British Museum, Rick et moi attendions à l'entrée après avoir dit à l'hôtesse d'accueil qui j'étais. On attendait plus que le conservateur.

-Mademoiselle Mercier-O'Connell ?

Je me retournais et vit arriver un homme d'un certain âge, dans un costume-cravate arriver vers nous. Il me tendit la main que je serrai immédiatement.

-Je suis Francis Williams, le conservateur du musée.

-Enchanté Monsieur Williams.

-Suivez moi dans mon bureau s'il vous plait.

Je fis un léger signe à Rick comme quoi il pouvait rester là, que tout irait bien et suivis l'homme en face de moi. Il m'amena à un bureau ordonné où on pouvait voir quelques artefacts de plusieurs cultures différentes dans des vitrines.

Il m'indiqua une chaise afin que je m'installa et il s'installa sur la sienne.

-Vous vous demandez surement pourquoi je vous ai demandé qu'on se rencontre.

-Je ne vous cache pas que vous avez piqué ma curiosité monsieur Williams.

Il ouvrit un de ses tiroirs et me tendit un papier plié en deux que je pris.

-C'est à propos de ceci. Vous pouvez le lire. Cela vous concerne.

-Me concerne ?

Intriguée, j'ouvris la lettre et me figea. L'écriture sur ce papier était celle du docteur Terence. Sur cette lettre, il parlait de mon expérience que j'ai obtenu en interne, comme j'ai réussi à très vite apprendre les bases d'égyptologue. Qu'il me faisait confiance et que si un jour, j'aurais à venir à Londres, je serais une très bonne recrue pour ce musée.

Comment avait-il pu imaginer que je finirais ici ?

-Je dois vous avouer que sa lettre m'a surprit. En apprenant sa mort, j'aurais pensé que vous resterez au Caire, imaginez ma surprise en apprenant que vous êtes venue vivre à Londres.

-Quand le nouveau conservateur du musée du Caire est arrivé après la mort du Docteur Bay, il ne voulait pas que je garde mon poste malgré l'expérience que j'ai acquise. Je ne pouvais rester là-bas, surtout que j'ai retrouvé un membre de ma famille.

-C'est pourquoi vous avez décidé de venir vivre à Londres.

-Oui, pourquoi m'avoir fait venir exactement ?

-J'aimerai vous proposer un poste chez nous. Si cela vous conviens, j'aimerai vous proposer le poste d'assistante dans la restauration des pièces archéologiques et la supervision de la mise en place des futures expositions. Et peut-être plus tard, participer aux fouilles avec notre équipe.

Je restais la bouche ouverte. Ce mec était sérieux ?

-Votre proposition est très alléchante monsieur Williams….

-Mais ?

-Mais je ne sais pas si cela sera compatible avec le fait que je compte retourner régulièrement au Caire, je souhaite me recueillir sur la tombe du docteur Bay. J'aimerais pouvoir y retourner en moyenne une semaine par mois. Avec l'ouragan je n'ai pas pu y aller depuis trois mois et je n'attends qu'une chose, c'est d'être sur un bateau pour qu'il m'y emmène.

Et accessoirement, retrouver Ardeth.

-C'est pour ça que les responsables des équipes que je vous ai cité ont deux assistants. Plusieurs d'entre eux viennent de plusieurs pays et souhaites y retourner d'une manière régulière. Je ne vois pas pourquoi je devrais refuser pour vous.

-Je…je ne sais pas quoi dire monsieur Williams.

-Juste acceptez le poste, je serais ravie de vous compter au sein de mon équipe.

-Alors j'accepte avec grand plaisir. Quand souhaitez-vous que je commence ?

-Quand devez vous retourner en Egypte ?

-J'aimerai y aller dès que le bateau pourra quitter le port. J'espère que l'ouragan se calmera rapidement.

-Je l'espère pour vous aussi. Venez à 8h le matin quand vous serez revenue d'Egypte pour que vous puissiez commencer.

En sortant du bureau, rejoignant Rick, je n'y croyais pas à ce que je venais de vivre. Un job à temps plein pour faire un boulot que j'adore, qui me permettra aussi d'aller en Egypte. Le rêve !

Sur le chemin du retour, dans la voiture, j'avais tout dit à Rick et il était heureux pour moi. Bien sûr, il ignorait tout ce qu'il s'est passé entre Ardeth et moi. Evy gardait bien le secret. Inconsciemment, je me mis à poser ma main sur mon tatouage, caché par la manche longue de ma chemise.

Rick ne manqua pas mon geste.

-Ne me dit pas qu'il te fait mal ?

-Non, pas du tout, je ne ressens rien avec ça. Ce n'est plus qu'un simple tatouage. Le rassurais-je. Parfois, je me dis que ce que je vis n'est qu'un rêve, que c'est impossible de vivre ce que je vis actuellement. Puis je regarde mon tatouage et c'est là que je me rends compte que c'est vrai, que je n'imagine rien.

-Et…tu as toujours envie de retourner chez toi ? A ton époque je veux dire.

-Pour être honnête Rick, depuis que j'ai emménagé au manoir, mes recherches n'ont pas bougé de leur emplacement, c'est-à-dire du fond de ma valise. Je ne les ai même pas accroché au tableau dans ma chambre, je n'ai même pas songé à le faire.

Je tourna ma tête vers la fenêtre, observant la ville anglaise qui défilait.

-Je me plais à cette époque Rick, je me suis fait une place dans ce monde et je ne veux pas repartir. En plus, j'ignore comment le faire et même si je le savais, je ne le voudrais pas.

Rick lâcha une main du volant et me la posa sur la cuisse pour attirer mon attention. En le regardant, je vis qu'il avait un sourire sur son visage.

-Je suis heureux d'entendre ça Mila, Evy et moi on ne veut pas te voir partir. Tu fais partie de notre famille maintenant.

Prenant sa main dans la mienne et la serrant, je montrais à Rick à quel point ça me touchait ce qu'il venait de me dire.

De retour au manoir, on fut accueillit par Evy, tout excitée par notre retour. Elle attendait avec impatience que je lui raconte ce qu'il s'était passé au musée. Rick l'embrassa doucement et caressa le ventre rebondit de sa femme.

-Je vous laisse entre femmes, parler de ça comme…des femmes !

Sur cette bonne parole, il nous laissa toutes les deux dans l'entrée. Evy me proposa de marcher dans les jardins de la propriété. On y alla doucement pour elle, pour ne pas de trop la fatiguer. Elle fut super contente pour moi en apprenant l'offre d'emploi que me proposait monsieur Williams. Elle m'annonça qu'elle voulait elle-aussi pouvoir travailler au British Museum après sa grossesse afin de pouvoir faire des fouilles sur le terrain. Ca impressionnera les gens de Bembridge.

-Quand penses-tu commencer le travail ?

-J'en sais trop rien Evy, Monsieur Williams m'a annoncé qu'il attendrait que je revienne de mon prochain voyage au Caire avant que je prenne mon poste.

-Mais tu ignores quand.

-Il sait pour l'ouragan et il sait que j'attends qu'il disparaisse. J'espère juste que ce ne sera pas dans plusieurs semaines pour qu'il s'estompe.

-Et pourquoi pas dans un jour ?

Je me stoppais et regardais Evy avec des yeux interrogateurs. De quoi parlait-elle ? Je la vis sortir d'une de ses poches un télégramme.

-J'ai demandé aux dirigeants du port de me prévenir quand les bateaux pourront repartir vers l'Egypte. Ils ont eu des nouvelles de la sécurité maritime, l'ouragan s'est éloigné et part vers le large. Les bateaux peuvent repartir. Ton billet et d'ores et déjà réservé pour le premier bateau qui part demain.

Je n'y croyais pas, je pourrais partir ? Evy avait un grand sourire quand elle vit ma réaction.

-Le bateau part demain à la première heure, tu vas pouvoir faire le plein de thé, et tu vas aussi pouvoir le revoir. Me fit-elle avec un clin d'œil.

J'avais les larmes aux yeux en réalisant que je vais pouvoir y retourner, je pris Evy dans mes bras et l'enlaça autant que je pouvais en lui murmurant des « merci » à son oreille.

-Ton bateau part à 9h demain matin et tu sais que tu dois y être une heure avant et on a deux heures de routes. Alors, vas vite préparer ta valise et couches-toi tôt ce soir, tu en auras besoin demain matin.

Je l'embrassais sur la joue et lui dis que je mangerais dans ma dépendance ce soir puis je courus vers le manoir afin d'aller vers ma chambre. Devinant pourquoi j'étais si enthousiaste, Rick ria en me voyant courir dans le manoir comme une folle.

Une fois dans ma chambre, je refermais ma porte derrière moi et m'allongea de tout mon long, sur le dos, sur mon lit. Je regardais le plafond sans pour autant le voir. Je m'imaginais déjà là-bas, dans ma ville adoptive, la première. La deuxième étant Londres.

Je fermais mes yeux et m'imaginais dans la maison du docteur Terence, dans les bras d'Ardeth. J'imaginais son odeur, la douceur de ses gestes, la dureté de son torse, la sensation de ses lèvres contre les miennes, contre ma peau, la sensation de ses doigts sur mes joues. Je rouvris les yeux et posa le bout de mes doigts sur mes lèvres, ayant l'impression de sentir les lèvres d'Ardeth sur les miennes. J'avais hâte d'être demain pour partir.

Comme si j'avais été frappé par quelque chose, je me levais d'un seul mouvement et me mit à préparer mon sac, la première chose que je mis dedans, c'est la clé de la maison du docteur Terence. Deuxième chose, mes sachets de thés vides. Ensuite, c'était simplement des habits et mes papiers. Je prix aussi deux trois livres assez épais pour le bateau. Vivement demain.