Le jours du procès arriva très vite. Depuis la soirée où Célia nous avait fait le repas, je n'étais pas retournée en cours, de même que Célia. Elle y était retournée le lendemain matin mais beaucoup de personne avait entendu parler de mon pétage de câble auprès de Stéphane et avait apprit la date du procès, elle était donc harcelée de question.
En sachant ça, ma mère nous avait interdit d'aller en cours jusqu'au procès et elle avait appelé nos écoles afin qu'ils nous envoient les cours par e-mail. Elle voulait qu'on n'ai aucun retard, surtout pour Célia qui passait son BAC dans un mois. Par contre pour moi, je devais repasser mes partiels du premier semestre. Plutôt que de les repasser, je préférais refaire ma première année. Je continuais de suivre les cours pour ne pas rester cloîtrée chez moi jusqu'à septembre, quitte à les ravoir dans un an.
Pendant cette semaine, j'avais travaillée à fond ma rééducation. Un kiné était venu tous les jours pour suivre mes progrès et me donner de nouveaux exercices. Je marchais désormais qu'avec une seule béquille mais pas vraiment plus vite. Je n'avais aussi prit aucune décision quant à ma grossesse, j'étais désormais à la dixième semaine et mon ventre commençait légèrement à gonfler mais personne ne l'avait remarqué. Depuis mon réveil, je mettais toujours des vêtements ample pour cacher ma maigreur dû à mes six mois de coma.
En tout cas, je ne savais toujours pas quoi faire avec ce bébé…
-Mila ? Tu es prête ?
C'était ma mère, elle était derrière la porte.
-Oui, j'arrive maman.
Je mis ma croix de Ankh que j'avais retrouvé dans ma boite à bijou, on me l'avait enlevé à mon admission à l'hôpital et confié à ma mère. Je pris une de mes béquilles et j'allais pour sortir mais me stoppais devant le miroir de ma chambre et observai mon corps de profil. Je mis ma main sur mon ventre et le caressai doucement.
-Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ?
Comme si il allait me répondre…Bon allez, c'est l'heure d'aller à ce foutu procès.
Un taxi nous attendait en bas de l'immeuble pour nous amener au tribunal. On fit une vingtaine de minutes de voiture avant d'arriver au bas des escaliers du lieu qui va changer notre vie. Il y avait une silhouette bien connu de ma famille.
-Stéphane…soufflais-je.
-Qu'est-ce qu'il fout ici ?
-Célia, langage ! Réprimanda ma mère.
-J'en sais rien, il veut encore se faire pardonner je pense.
Deux autres silhouettes se mirent à ses côtés, ses parents. On n'avait pas besoin de ça en plus.
-Maman, est-ce que tu penses que tu pourras t'en occuper ? Je ne suis pas sûr d'en avoir la force.
-Pas de soucis ma chérie.
On paya le taxi et on sortit, d'abord Célia avec ma béquille puis moi, ma mère nous suivit de près. Une fois sur mes deux jambes, on commença à monter les marches. Nos avocats nous attendaient eux-aussi en haut des escaliers.
-Mila ?
-Laissez-nous tranquille, voulez-vous. Ordonna gentiment ma mère à celle de mon ex.
-Nous voulons juste vous soutenir lors de ce procès.
-Comment saviez-vous que c'était aujourd'hui ? S'énerva ma petite sœur.
-Cé', calmes toi. Lui murmurais-je.
-Tout le monde en parle sur le campus, on voulait vous aider. Dit Stéphane.
-Nous n'avons plus besoin de votre aide, nous en avions besoin avant tout ça. Si vous aviez fait ce que ma fille vous avait demandé il y a longtemps, tout ceci aurait pu être évité. On n'aurait pas perdu six mois avec Mila.
-Comprenez-nous, nous avions peur que votre mari nous…
-Peur pour vous ? Et nous alors ? Mon mari n'a jamais touché Célia, mais il me frappait, frappait Mila. Nous avions peur tous les jours à chaque moment de la journée. De notre réveil jusqu'à notre coucher. Une simple plainte de votre part et tout aurait pu être différent. Croyez-nous, on pourrait enfoncer le couteau dans la plaie en portant plainte contre vous.
-Porter plainte ? Et pour quoi donc ? S'offusqua le père de Stéphane.
-Non-assistance à personne en danger. Dit l'un de nos avocats qui avait tout entendu. Nous leur avons conseillé mais Mademoiselle Mila Mercier nous a dit qu'au vue des nombreuses personnes au courant, la procédure serait trop longue.
-Juste parce qu'on n'a pas osé réagir ? Fit la mère.
-Je vais vous dire exactement la définition de « non-assistance à personne en danger », c'est le fait de ne pas porter secours à quelqu'un qui est en détresse. En gros, La personne en danger fait face à un péril grave et imminent, qui menace sa vie ou son intégrité, que le témoin a conscience du danger et s'abstient d'intervenir pour empêcher qu'un crime ou qu'un délit soit commis contre l'intégrité physique de la victime, ou d'aider la victime, ou d'alerter les secours.
-Cette abstention est punie par la loi pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75000€ d'amende. Fit le deuxième avocat.
-Mi', tu ne vas pas nous faire ça ? Me demanda Stéphane.
-N'entrez pas dans ce tribunal, oubliez-nous et je ne porterais pas plainte contre vous. Répondis-je à mon ex copain.
-Et si on rentre pour te soutenir ?
-Alors à la sortie, j'irais directement voir les flics et je porterais plainte. Comme je t'ai dit il y a une semaine Stéphane, on doit se retrouver en famille. Ce procès en fait partie.
-Mesdames, nous devons y aller. Indiqua le premier avocat.
Sans rien dire de plus, on les suivit dans les murs du tribunal. Ils nous rassurèrent sur le fait que notre père sera menotté et derrière une barrière de sécurité. On sera hors de sa portée et que si il voulait essayer de nous faire du mal, ça lui serait impossible. Deux policiers seraient aussi présents pour l'arrêter si besoin.
Une fois dans la salle d'audience, Célia me murmura que Stéphane et ses parents étaient restés dehors. Tant mieux !
On se mit derrière la table des plaignants, encadrées de nos deux avocats. Une porte sur notre droite s'ouvrit, laissant apparaître mon père, en tenue orange de prison et menotté à ses poignets. Il fut amené à sa table, à l'opposé de notre position. Il n'avait pas levé les yeux, les laissant regarder ses pieds. Etait-ce un signe de regret ?
Derrière nous, il y avait quelques personnes, le procès ne se déroulait pas à huit-clos et on avait le droit d'y assister. Du moment qu'il n'y avait pas mon ex et sa famille, ça m'allait.
-Levez-vous pour les jurés !
La porte en face de nous s'ouvrit et laissa apparaître les cinq jurés qui allaient s'occuper de notre affaire.
-Vous pouvez vous asseoir. Nous dit l'un d'eux.
Le président du jury, se trouvant au milieu de tous, prit un dossier dans ses mains, l'ouvrit et empoigna son petit marteau.
-Nous sommes ici pour le procès Mercier contre Mercier. Mesdames Célia, Mila et Adèle Mercier contre Adrien Mercier. Maître Laurien, maître Richard, c'est à vous.
-Merci. Fit notre premier avocat en se levant. Nos clientes, Mesdames Mercier, ont portés plainte contre leur mari et leur père pour coups et blessures volontaires ayant entraîné un coma de six mois pour mademoiselle Mila Mercier ici présente.
Je sentais les regards des jurés sur nous, je serrais les mains de ma mère et de ma sœur dans les miennes. Risquant un regard sur la droite, je vis mon père nous regarder avec un regard noir. La désintox de l'alcool n'a pas changé ça…
-Voyez, il y a six mois, Adrien Mercier a poursuivit sa fille dans les rues de notre ville après l'avoir violemment frappé dans leur propre appartement. Elle dû se réfugier dans un coin isolé où elle s'est évanouie et a été miraculeusement trouvée par une passante. Elle s'est réveillée de son coma que récemment et comme vous le voyez, elle a toujours des séquelles. Malgré une rééducation rigoureuse, elle continue de se déplacer à l'aide de béquille. Elle a dû réapprendre à marcher afin de retrouver un semblant de vie. Les parents ne sont-ils pas présent dans la vie de leurs enfants pour les protéger, les soutenir ? Or, Monsieur Mercier a battu sa fille, presque à la mort…
-Cette petite garce avait osé me mentir ! Hurla-t-il.
-Monsieur Mercier, calmez-vous ! N'aggravez pas votre cas ! Ordonna le chef du jury.
Les policiers le forcèrent à se rassoir car il commençait à cogner contre la vitre, heureusement qu'elle était là. Il aurait été capable de sauter par-dessus la barrière pour me régler mon compte sinon. Des photos de mon état à l'hôpital et pendant ma rééducation étaient projetés sur un écran pour que les jurés puissent les voir, illustrant ce que nos avocats disaient. J'en étais malade rien que de voir l'état dans lequel j'étais.
-Oui Monsieur Mercier, Mila vous avait mentit, et pour une bonne raison. En effet, depuis son licenciement, Adrien était devenu violent et s'est réfugié dans l'alcool. Sa femme et sa fille cadette nous ont confirmée qu'il était ivre quasiment tous les jours. Une simple contrariété, un simple mot de travers pour lui, c'était une gifle pour Mila ou pour Adèle. Lors de ce jour précis, il a passé à tabac Mila, pardonnez-moi l'expression, il avait découvert son emploi du temps de ses études. Il venait de découvrir qu'elle finissait plus tôt que ce qu'elle lui avait dit.
-Mademoiselle Mercier, pouvez-vous nous dire pourquoi est-ce que vous aviez mentit à vos parents sur votre emploi du temps ?
Ma mère et ma sœur serrèrent mes mains grâce aux leurs afin que je commence à raconter le pourquoi du comment.
-Je n'ai pas menti à ma mère Monsieur, seulement à mon père. Il aurait voulu que je trouve un travail étudiant en plus de mes études.
-Et vous ne vouliez pas ?
-Non et cela avec l'accord de ma mère. Je suis en première année de master d'histoire de l'art et archéologie et je voulais me focaliser sur mes études. Après mes horaires d'études, je faisais mes devoirs dans des musées pour éviter que mon père ne découvre ça.
-Tu n'es qu'une incapable ! Cria de nouveau mon père.
-Monsieur Mercier, encore une réflexion de votre part et je vous fait sortir de force et vous allez directement en prison pour outrage.
Cela semblait le calmer. Enfin…pour le moment je pense.
-Pourquoi avez-vous décidé de mentir à votre père et pourquoi ne pas trouver un travail ? Me demanda à nouveau le chef des jurés alors que les autres prenaient des notes.
-Car je savais ce que ça allait donner. Il voulait que je trouve un travail pour aider la famille mais tout ce que j'aurais gagné serait partit dans l'alcool. Et comme je lui ai dit aussi avant qu'il ne me frappe, j'ai préféré favoriser mes études plutôt que le travail pour éviter de redoubler mon année. Mon master coûte cher et ça aurait été pire si j'avais eu le malheur de redoubler. Ce que je suis finalement obligée de faire après avoir loupé six mois de cours.
Les jury fit des signes de la tête, prenant en compte tout ce que je leur disais. Ce fut au tour de mon père de répondre aux questions du jury.
-Monsieur Mercier, pourquoi avez-vous décidé de frapper à ce point votre fille ?
-Pour la corriger de son mensonge ! Cria-t-il.
-Monsieur Mercier, vous pouvez vous expliquer sans crier. Parlez tout simplement.
Il bougonna avant de finir par écouter le juré.
-Elle m'avait mentit, elle a osé mentir à son père. En tant que fille aînée, elle aurait dû nous aider au bon fonctionnement de la maison et aux finances.
-Et pour vous, un mensonge mérite un passage à tabac ? Lui demanda notre deuxième avocat.
-Nous n'avons pas élevé nos filles pour nous mentir !
Notre deuxième avocat se leva à son tour tandis que le premier se rassit.
-Non, vous avez élevé vos filles afin qu'elles puissent s'épanouir dans la vie. Votre rôle de parents c'est de les protéger, de leur offrir un foyer stable. Elles ne sont pas là pour ramener l'argent dans votre foyer. Ceci est votre travail, pas le leur. Et même si vos filles ne vous écoutent pas, il y a d'autre moyen de les réprimander que de les frapper. Nous avons demander à plusieurs camarades de classes de Mila et des collègues de votre femme, toutes ses personnes disent la même chose : Régulièrement, elles arrivaient avec des hématomes, des plaies.
Je posais ma tête sur l'épaule de ma mère et ma sœur fit de même en posant sa tête sur mon épaule.
-Monsieur Mercier, vous étiez tellement exécrable avec votre propre famille que personne n'osait les aider de peur de représailles de votre part.
-Si ils étaient intervenus, je les aurais corriger eux aussi ! Ils n'ont pas le droit de s'incruster dans les affaires de notre famille ! Ma fille n'est qu'une incapable, elle le sera toujours et…
-Messieurs, ramenez le en cellule, immédiatement ! Ordonna le chef des jurés.
Notre père continuait de crier des immondices sur nous alors que les policiers l'emmenèrent de force hors de la salle. Je sentais mon épaule s'humidifier par les larmes de ma petite sœur.
-Cé' ?
-Je pensais qu'il allait se rendre compte qu'il a brisé notre famille. Qu'il allait revenir à la raison. Mais en fait, alcool ou pas, il est comme ça naturellement.
Je ne chercha pas à dire quelque chose mais je la pris de suite dans mes bras et ma mère se leva pour se mettre de l'autre côté de Célia afin qu'on fasse un câlin groupé. J'entendis à peine nos avocats décrire la tristesse de ma petite sœur, que notre père est responsable de tout ça, blablabla.
Les jurés partirent de la salle pour délibérer de cette histoire alors que Célia avait des difficultés à se calmer. Voir notre père comme ça, même si on a 18 ans, c'était dur, il nous donnait l'impression de nous avoir jamais aimer, qu'on était juste de la main d'œuvre pour lui.
Les avocats nous conseillèrent de sortir de la salle, d'aller respirer de l'air frais afin de nous changer un peu les idées. Alors qu'on allait vers la sortie, je ressentis le besoin d'aller aux toilettes. Je m'excusais auprès de ma famille et de nos avocats et partis le plus vite possible dans les couloirs, cherchant le logo des toilettes.
Une fois dedans, je me mis directement à genoux et rendis le peu que j'avais dans l'estomac dans les toilettes. J'avais des spasmes partout dans mon abdomen et mon estomac n'arrêtait pas de se vider, même si je n'avais plus rien dedans, de la bile sortait. Son acidité me fit monter les larmes aux yeux.
Une fois que je n'eus plus rien à recracher, je tirais la chasse d'eau et alla me rincer la bouche avec de l'eau du robinet. Je bus aussi quelques gorgées pour calmer l'inflammation de ma gorge. J'en profitais pour me regarder dans le miroir.
Un reflet pâle, voilà ce que je voyais. Je ne pensais pas que ce procès allait me rendre malade à ce point là. Il est vrai que j'appréhendais de voir mon père de mes propres yeux mais j'étais sûr que j'allais mieux supporter ça.
Et voilà un mal de ventre qui se pointe, comme si j'avais besoin de ça en prime. La main sur la poignée de la porte des toilettes, j'allais pour sortir quand je sentis un truc bizarre, comme si j'avais mes règles, or je ne devrais plus les avoir.
-Chiotte. Soufflais-je.
Sans attendre, je vérifiais que la porte était verrouillée et m'assis directement sur les toilettes après avoir descendu mon pantalon et mon sous-vêtement. Il y avait du sang…
-Oh putain…
Je restais une bonne dizaine de minutes sur les toilettes, à sentir du sang couler. Pas la peine d'avoir fait BAC+10 pour deviner ce qu'il se passait.
Je faisais une fausse couche.
Moi qui n'avait pas prit de décision sur ce que j'allais faire de ce bébé, voilà que la nature avait décidé à la place.
Toc toc toc.
-Mi' ? Tout va bien ?
-Heu…oui maman, ca va. J'arrive.
Enlevant le sang de mon intimité, je mis aussi du papier-toilette en guise de « serviette hygiénique » et me rhabilla. Je sortis des toilettes et vit ma mère, inquiète.
-Tout va bien ? Tu es sûr ? Tu es pâle.
-Ca va maman. Je t'assure. C'est juste que j'ai…j'ai repensé à ce que papa m'a fait et…j'ai eu envie de vomir c'est tout.
De suite, ma mère me prit dans ses bras et m'offrit une étreinte maternelle. Je n'aimais pas lui mentir mais je n'avais pas le choix.
-Pendant six mois, j'ai été malade à l'idée de te perdre ma chérie. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureuse de te voir réveiller. M'avoue-t-elle.
-Mesdames. Les jurés demandent à ce qu'on retourne en salle. Nous dit un de nos avocats qui était venu nous voir.
-Déjà ? Ca a été rapide. Remarqua ma mère.
On suivit notre avocat et on retrouva le deuxième qui était avec ma sœur et on retourna dans la salle d'audience. Les jurés arrivèrent aussi mais notre père n'était pas là.
-Au vu de son comportement, nous avons demandé à ce que Monsieur Mercier reste en cellule. Sachez une chose, même pour nous, les jurés, des situations comme celle-ci sont toujours difficile, que ce soit à vivre mais aussi à juger. Les parents ont comme rôle de protéger leurs enfants, comme l'a dit Maître Richard. Voir un homme traiter sa famille de cette façon était de loin, une vision horrible. Nous voyons actuellement la situation désespérée de cette famille et des conséquences du père. Mademoiselle Mercier réapprend à vivre, alors qu'elle n'aurait jamais dû être dans cette situation. Nous la voyons marcher avec des béquilles, nous avons eu les photos prises par les policiers lors de son admission à l'hôpital ainsi que pendant sa période de rééducation, prise par sa sœur. Cette jeune femme aurait pu mourir à seulement 22 ans, par la main de son propre père, père qui a eu comme responsabilité de la protéger depuis le jour de sa naissance.
Je commençais à avoir les larmes qui coulaient sans que j'en ai le contrôle. Entendre cette phrase, de la bouche d'inconnu, de personne extérieure à la famille, me rassurait car pendant des mois, je me disais que ce que je vivais était normal étant donné que personne ne bougeait.
Mais tout était anormal, même six mois de coma avec un rêve plus que réel, c'était loin d'être normal.
-C'est pour ça que nous avons décidé que justice soit faite pour la famille Mercier. Nous avons désigné monsieur Adrien Mercier coupable de coups et blessures avec circonstances aggravantes, il est condamné à cinq ans de prison ferme ainsi que quarante-cinq milles euros d'amende qui seront versés à sa famille. Nous accordons aussi le divorce à Madame Adèle Mercier et une fois que Monsieur Mercier aura purgé sa peine, il sera dans l'impossibilité de se trouver dans le même département que sa famille sous peine de repartir en prison. La séance est levée.
Le directeur du jury tapa avec son marteau, affirmant ainsi la décision de justice et tous se levèrent pour partir. De suite, nos avocats nous affirmèrent qu'on avait gagné, que justice était faite et qu'il ne pourra plus nous atteindre. On était toutes les trois en pleurs, soulagées que tout soit terminé.
On appela un taxi pour qu'il puisse nous ramener chez nous, il ne tarda pas à venir et avant qu'on ne monte dedans, nos avocats nous annoncèrent qu'ils viendront nous apporter le compte rendu de justice dès qu'ils l'auront.
Dans la voiture du taxi, je sentais encore le sang couler sur le papier toilette que j'avais dans mon sous-vêtement.
-Excusez-moi, pourriez-vous d'abord me déposer à l'hôpital Saint Antoine s'il vous plait ?
-Bien madame.
-Pourquoi ça ? S'inquiéta ma mère.
-Rien de grave maman, ne t'inquiètes pas. Quand j'étais au toilette, j'ai eu un appel de mon médecin, il aimerait faire un bilan sur ma rééducation après ma sortie. Et je lui ai proposé de passer après le procès. Et non Célia, pas la peine de venir avec moi, je ne sais pas combien de temps ça va prendre. Je prendrais un autre taxi pour rentrer à la maison.
-D'accord.
On mit une dizaine de minutes pour arriver au niveau de l'hôpital et Célia était dans mes bras. Une fois là-bas, je sortis, armée de ma béquille pour aller au niveau de l'entrée. Mon mal de ventre ne se calmait pas. La dame de l'accueil de l'hôpital me reconnu et appela mon médecin qui lui indiqua que je pouvais monter dans sa salle d'attente vu qu'il était avec une patiente.
Au deuxième étage, la salle d'attente était miraculeusement vide, c'était une première. Je n'attendis pas longtemps avant que la porte s'ouvre et que mon toubib sortit avec son patient qui lui dit au revoir. Une fois qu'on fut seul, je me levais pour me mettre à sa hauteur.
-Mademoiselle Mercier ? Tout va bien ? Vous avez prit une décision ?
-Disons que je n'ai pas eu besoin de la prendre. Je sors du procès de mon père et…j'ai commencé à perdre du sang.
Il comprit de suite et me demanda de le suivre dans le service gynécologique/obstétrique. Il appela une de ses collègues infirmière et une médecin du service. Ils m'installèrent dans une salle et il mit les deux autres au courant de ma situation.
Ils me firent une échographie et confirmèrent que je faisais une fausse couche. L'infirmière m'apporta un sous-vêtement jetable pour mon retour à la maison et le gynécologue m'installa sur la table d'examen afin de « finir le travail » proprement. On me donna un cachet antidouleur et un autre pour aider à favoriser le travail. Mon médecin m'expliqua que je serais obligé d'être anesthésiée généralement pour la procédure mais j'ai eu gain de cause et au final, ils me choutèrent seulement au masque, je ne sentais rien et j'étais à moitié consciente. Ca me permettrait de repartir chez moi à la fin de l'opération.
Mon médecin, le Docteur Lee, me tint la main durant toute la durée de l'opération alors que j'avais littéralement les pieds dans les étriers avec un autre médecin et une infirmière entre mes cuisses.
-Je suis désolé pour vous Mademoiselle Mercier, pour l'enfant.
-Je…ne savais même pas…ce que j'allais faire…si je le gardais…ou non. Lui dis-je, choutée.
-Vous êtes forte, vous allez vous en remettre. M'assure-t-il.
L'intervention dura une dizaine de minutes et l'infirmière resta avec moi jusqu'à ce que le gaz anesthésiant ne fasse plus effet. Une fois que j'eus les idées claires, soit au bout de trente minutes, elle m'aida à me rhabiller et me donna l'ordonnance du médecin pour des antidouleurs et une boite d'eux pour commencer.
Elle m'annonça aussi qu'elle m'avait appelé un taxi pour que je rentre chez moi. La douleur était assez importante, mais supportable. En rentrant, je vis ma mère et ma fille sur le pc, en train de commander le repas du soir pour fêter ça.
-Oh Mila, tout c'est bien passé ?
-Oui maman. Je reviens, je vais me mettre à l'aise.
J'allais dans ma chambre et changeait immédiatement de petite culotte et me débarrassa de la jetable qui grattait. Je mis aussi une protection hygiénique, étant donné que je risquais de perdre encore du sang pendant deux jours. Je me mis aussi en mode pyjama et je rejoignis ma famille, ignorant la douleur que j'avais dans le bas-ventre.
-Mi', tu prends quoi pour ce soir, Big-Mac ou CBO ?
-Tu parles d'un Mcdo là ? On fête l'emprisonnement de papa avec un Mcdo ?
-Ca fait des mois qu'on n'a pas pu faire ça ensemble. Me dit ma mère. Et vu que tu arrives à manger un peu plus, on s'est dit qu'on marquera le coup comme ça. Alors, Big-Mac ou CBO ?
-Allez, Big-Mac.
-Je te commande le truc habituel, au pire, on mangera à ta place ce que tu ne finiras pas.
-Hop Hop Cé', ce que je ne mange pas ce soir, je le mangerai demain.
-Un Mcdo réchauffé ?
-Ca reste un Mcdo Cé'.
On ria de la situation et, en attendant le livreur, maman sortit du champagne du frigo et Célia nous donna des flûtes.
-Sérieux, Mcdo et champagne ? Ca ne se marie pas bien.
-On s'en fiche !
Ma mère ouvrit la bouteille et nous remplit les verres.
-A notre liberté ! Fit-elle.
On trinqua à cette réalité et la soirée se passa super bien. On finit même par s'endormir dans le lit de ma mère dans un câlin groupé.
