Les jours passèrent à une vitesse folle. Nous étions déjà le 10 Avril, jour de la conférence d'Alex O'Connell.
Je n'avais quasiment rien mangé, anxieuse de ce que je pourrais apprendre durant cette conférence. J'étais installée comme à mon habitude de ces dernières semaines, au dernier rang. Je préparais mon téléphone pour enregistrer toute la conférence en audio afin de ne louper aucune info. Mon portable était aussi allumé sur une page word, batterie chargée à fond. Il ne me restait plus qu'à attendre l'arrivée de l'invité d'honneur.
Soudain, les lumières s'éteignirent dans toute la salle sauf au niveau de la scène où se trouvait un pupitre ainsi qu'une chaise. La salle était pleine à craquer et j'avais pu apercevoir des personnes de ma classe.
-Mesdames et Messieurs, veuillez accueillir s'il vous plait, le professeur Alexander O'Connell. Fit une voix OFF.
Toute la salle se mit à applaudir à cette phrase et on put voir un homme âgé arriver avec une canne, doucement vers la scène. Il était accompagné d'une personne, un homme un peu plus jeune que lui qui l'aidait à marcher.
Cette personne se mit au niveau du pupitre et brancha une clé USB sur le pc qui était dessus et relié à un rétro-projecteur tandis qu'Alex s'installa sur la chaise à côté.
-Alex. Soufflais-je doucement.
Tremblante, j'activais l'enregistrement audio de mon téléphone et me prépara à prendre des notes. Un des organisateurs de la conférence activa le micro du pupitre et le donna à Alex.
-Bonjour à tous, merci d'être venu aussi nombreux. Ceci…est l'une de mes dernières conférences. Comme vous pouvez le constater, je me fais vieux. J'ai tout de même 92 ans et j'aimerai profiter de mes derniers jours avcec ma femme.
Femme ? Il s'est marié ? Oh super ça !
-Je vais être assisté par mon ancien assistant, qui me suit partout, à chaque fouille et conférence depuis presque quarante ans. Au début, il était comme vous, un étudiant venant à mes présentations. Puis j'ai fini par recruter des personnes tel que vous afin de leur permettre de gagner de l'expérience sur le terrain. Voici Henry Coleman.
L'assistant nous fit un salut de la main et appuya sur un bouton pour lancer les diapos.
-En 1949, j'étais armé de seulement une trousse d'archéologue et d'un carnet quand j'ai commencé des fouilles en plein désert chinois, dans la province du Ningxia. J'avais tout laissé tomber niveau étude pour partir là-bas une fois que j'eus toutes les informations nécessaires. J'avais seulement 22 ans mais je m'étais focalisé dessus durant toute ma scolarité. Je suis là où j'en suis sans avoir fini mes études, je ne dis pas que vous devez en faire de même. Ria-t-il.
L'assemblée ria aussi, tout le monde buvait littéralement ses paroles.
-J'étais aussi aidé par un vieil ami de la famille, qui m'a fait confiance et voulait explorer mon potentiel, le professeur Roger Wilson.
Je pense que personne ne s'en rendit compte mais sa manière de parler avait changer en parlant de cet homme. Qu'est-ce qu'il s'est passé entre les deux ?
-Il a financé mes fouilles et cela m'a permit d'engager du personnel. Cela nous a prit presque quatre mois pour trouver le bon endroit et dégager le haut du monument funéraire. Comme vous pouvez le voir sur les diapositives, le monument représente la tête de notre cher empereur et se trouve proche de notre chère amie, la Grande Muraille de Chine. Cela nous a prit encore un bon mois pour déterrer complètement la tête et pour trouver une entrée. A l'intérieur, mon équipe et moi avons découvert tous les soldats en terre cuite, ceux qui devaient protéger l'empereur dans l'au-delà. Bien sûr, ce ne fut pas une mince affaire de trouver la sépulture de l'empereur car il craignait tellement pour sa vie que même dans son tombeau, il avait installé des pièges. Malheureusement, nous avons perdu des membres de notre expédition à cause de ses pièges. Alors, s'il vous plait, faites attention si vous devez vous trouver sur un lieu de fouille.
Je souris à cette phrase. Faire attention sur un lieu de fouille, c'est la base de l'archéologie mais c'est toujours bon de faire une piqûre de rappel.
-Après qu'on ait déjoué tous les pièges, nous avons découvert une pièce dérobée où se trouvait le char de guerre de l'empereur ainsi que son sarcophage. Nous avons aussi remarqué que dans son tombeau, il y avait aussi les cadavres momifiés de ses différentes concubines afin qu'elles l'accompagnent dans la mort.
Pendant presque une heure et demi, Alex nous décrivit la suite de l'exhumation de l'empereur, le rapatriement de tout ça au musée de Shanghai et les projets qu'il a eu après. Mais sa plus grande découverte était l'Empereur Qin Sin Huang. Intérieurement, j'étais fière de lui. C'est bizarre car je ressentais ça, seulement en ayant vécu un rêve.
Tout ça parce que ma mère m'a trop lu les aventures de Dash et Scarlett pendant que j'étais bébé.
Ce fut l'heure des questions du public. Beaucoup de question sur l'empereur furent posés mais une seule question m'interpella.
-Monsieur O'Connell, nous vous êtes focalisé sur les tombes du monde asiatiques, pourquoi ne pas avoir suivit la trace de vos parents et être resté sur les tombes égyptiennes ?
J'attendais la réponse avec impatience, mais à la tête d'Alex que je pouvais voir de ma hauteur, je remarquais qu'il n'avais pas envie de répondre à cette question mais autour de nous, tout le monde attendait la réponse.
-J'ai préféré choisir la culture asiatique car cela m'a toujours fasciné et même si j'ai baigné dans l'Egypte depuis tout petit, j'avais envie de tracer mon propre chemin et de ne pas être toujours comparé à mes parents.
Son assistant fit un signe à l'un des organisateurs et lui murmura quelque chose à l'oreille. Ce dernier annonça la fin de la conférence. Beaucoup comprirent que la dernière question était la question de trop mais aussi qu'il était fatigué dû à son âge.
Alex partit directement de la salle, accompagné de son assistant, impossible pour moi d'essayer de le voir seule dans la salle, après le départ de tout le monde. Une fois en dehors de la salle, je ne savais pas quoi faire, est-ce que je rentre chez moi ? Est-ce que j'essaye de lui trouver un moyen de lui parler ?
Je n'avais pris aucune décision, je rentrais dans un bar et m'installa au niveau du comptoir. Je commandais un simple soda et, une fois que j'eus le verre en main, je me perdis dans mes pensées en touillant mon soda avec le bâton de glace qui servait de touillette.
-Mademoiselle, est-ce que vous allez bien ? Me demanda le barman.
Je sortis de mes pensées et vit que le barman me regardait, me questionnant aussi du regard tout en essuyant un verre avec un torchon.
-Je ne sais pas trop…A vrai dire…est-ce que vous avez déjà vécu des choses qui pourraient ressembler à un rêve, tellement que vous vous sentez bien et que quand vous revenez à la réalité, vous avez ce sentiment que…quelque chose manque à votre vie ? Que vous vous sentez incomplet malgré le fait que…vous savez que ce que vous vivez actuellement est bien la réalité ?
-Je comprends ce que vous ressentez mademoiselle.
-Ah oui ?
-Oui, j'ai aussi eu ce sentiment.
-Et qu'est-ce que vous avez fait ?
-J'ai tout plaqué et j'ai décidé de vivre mon rêve. Faites en de même. Me conseilla-t-il.
Je le remerciais et prit une gorgée de mon soda. Mon cerveau tournait en continue dans ma tête, comment faire pour pouvoir parler à Alex ? Je restais sans bouger, à ce comptoir, enchaînant les sodas. Au bout d'un moment, dame nature se fit sentir et je dus aller aux toilettes.
En sortant, je croisais l'assistant d'Alex qui prit des cafés à emporter. Je décidais de tenter ma chance.
-Excusez-moi ? Vous êtes bien l'assistant du professeur O'Connell ? Henry Coleman ?
-Oui, c'est bien moi ? Que me voulez-vous ?
-Il faut que je parle au professeur O'Connell, c'est urgent.
-Je suis désolé, mais vous aviez la conférence pour lui poser des questions sur son travail.
-Ce n'est pas à propos de son travail, c'est plutôt d'ordre personnel.
-Alors je ne peux rien pour vous.
-Je suis désolée mais c'est important. Il faut absolument que je lui parle. C'est à propos de…de ce que ses parents ont vécu en Egypte.
-Et je vous le répète, je ne peux rien pour vous.
-Dites lui juste que…Mila espère que son p'tit aventurier va bien. Si il ne réagit pas, alors oubliez moi. Mais si il réagit, dites lui que je suis dans ce bar, que je l'attendrais jusqu'à…il est 17h30, je serai là jusqu'à 20h, ensuite je partirai. Le choix lui appartient. Mais je vous en supplie, dites lui bien cette phrase.
Il ne me répondit pas et partit, non sans me regarder comme si j'étais une folle. Tout était entre ses mains et entre les mains d'Alex maintenant.
Je prévins le barman que je ne partais pas mais que je me mettais à une table, vers le fond de la salle. Il vint me voir au bout de quelques minutes et me demanda si je voulais un autre soda, le cinquième depuis que je suis là…
-Je veux bien. Et…pouvez-vous aussi me servir un verre de bourbon en prime ?
-Je vous apporte ça.
En moins de deux minutes, mes deux verres étaient sur ma table avec en prime, une petite coupelle de cacahouète que je picorais sans grande conviction. Je bus aussi mon soda, laissant ainsi le bourbon pour la fin. J'envoyai un message sur le whatsapp familial que j'étais restée à la Sorbonne, discutant de la conférence avec d'autre personne présente sur place pour ne pas qu'elles s'inquiètent de ne pas me voir rentrer de suite.
Je regardais l'heure sur l'horloge du bar…19h55. Le temps était passé vite…et aucune trace d'Alex. Je crois qu'il ne viendra pas…
Vingt heure pile…toujours personne…Je bus mon bourbon cul-sec et alla payer toutes les boissons au barman, laissant mon sac sur la chaise de ma table. Une fois ma note payée et le reçu dans mon portefeuille, je retournai à ma table pour récupérer mon sac.
En me retournant, je me figeai sur place et mon sac tomba sur le sol.
-Alex. Soufflais-je.
Il se trouvait devant moi et était dans le même état que moi, figé. A l'aveugle, je ramassai mon sac sur le sol et le posai sur la table, attendant qu'il dise quelque chose.
-C'est impossible. Dit-il.
Il se rapprocha doucement de moi, comme si il avait peur que je disparaisse sur le moment, de mon côté je n'osais bouger. Il lâcha sa canne qui tomba sur le sol et, du bout de ses doigts, il examina mon visage sous toutes les coutures. Des larmes arrivèrent dans nos yeux à tous les deux.
-Tante…tante Mila ? Hésita-t-il.
-Salut mon p'tit aventurier. Sanglotai-je.
Pour nous deux, ce fut les phrases de trop. On fondit tous les deux en larmes et on se prit dans les bras. Faisant tout de même attention à son physique affaiblit dû à son âge, je le serrai dans mes bras le plus fort possible. Je pleurais de l'avoir retrouvé mais aussi sur une évidence…
Je n'avais pas rêvé durant mon coma, j'avais vraiment été envoyée en 1925 par un Dieu Egyptien et celui que j'avais appelé mon neveu pendant presque huit ans était actuellement dans mes bras.
On resta plusieurs minutes dans les bras l'un de l'autre avant que l'on trouve la force de se séparer. Je lui ramassai sa canne et l'aidai à s'installer sur une des chaises de la table où j'étais depuis plusieurs heures.
Je ne savais pas quoi lui dire maintenant qu'on était face à face. La seule chose que je dis en premier c'est :
-Je ne pensais plus que tu allais venir.
-Henry m'a dit ta phrase i peine quarante cinq minutes. Et je dois t'avouer que j'ai eu du mal à le croire donc je lui ai demandé de te décrire. Je n'ai pas réagis pendant plusieurs minutes avant de trouver la force de prendre ma canne et de venir avant ton départ. Heureusement que je n'ai pas tarder plus que ça.
-Oui heureusement, j'étais sur le départ.
-J'ai vu ça.
On commanda au barman un verre de soda chacun. Je me triturai les mains, hésitante sur mes questions.
-Je…je n'étais pas sûr que tout ça soit réel avant de te voir dans ce bar. Avouai-je.
-Réel ?
-La dernière chose que je me rappelle, c'est de m'être effondrée dans le dirigeable d'Izzy après la disparition d'Ahm-Shere et de m'être réveillée à l'hôpital, ma mère à mes côtés. Pour tout le monde ici, j'ai été dans le coma pendant six mois. Pour moi, c'était impensable d'avoir vécu presque une décennie en 1925 alors que j'étais seulement….endormie. Expliquai-je en cherchant mes mots.
Alex ne me quittait pas des yeux, me laissant continuer.
-Cela fait 7 semaines que je me suis réveillée à mon époque. Sans tatouage, sans rien. Je pensais vraiment que tout était…le fruit de mon imagination.
Doucement, Alex me prit une main entre les siennes, ridée par le temps.
-Et pourtant, tout était vrai. Tu as vraiment vécu avec nous. Tu as été et tu resteras toujours ma tante.
-Maintenant, tu es plus vieux que moi et plus grand que moi, même si tu es voûté, ce n'est pas juste.
-L'avantage d'avoir prit de l'âge.
On ria sur cette évidence tandis que le barman nous servit nos verres.
-Alex. Qu'est-ce qu'il…qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-Nous n'avons jamais su. En revenant au Caire, nous avons essayer d'invoquer les anciens Dieux mais aucune réponse.
-Pendant presque dix ans, je les ai prié et ils ont bougé leur cul céleste que pour la résurrection de ta mère. Mais ce n'est pas de ça dont je voulais parler. Qu'est-ce qu'il s'est passé après que je me sois écroulée sur le dirigeable ?
Sa main serra la mienne et je vis de nouvelles larmes perler à ses yeux.
-Prends ton temps Alex…
-Quand…Ahm-Shere eut disparut, tu t'es écroulé sur le sol du dirigeable. On avait beau t'appeler, tu n'arrivais pas à dire le moindre mot. Rien ne sortait de ta bouche, et on voyait que tu essayais. On entendait même ta respiration devenir laborieuse et on voyait la peur dans tes yeux. Jusqu'au moment où…
Où quoi ? Je serrai sa main en retour pour l'encourager et le soutenir.
-Jusqu'au moment où tu as arrêté de respirer et que tu es morte dans les bras d'Ardeth.
