-Il n'a pas changé ! Enfin, vu de l'extérieur. Remarquais-je.
Une fois à l'intérieur, je vis que plus rien n'était pareil, normal après 80 ans. Seule la structure interne était la même. Alex l'avait décoré grâce à ses trouvailles lors de ses fouilles. Je l'aidais à marcher jusqu'au salon principal où un feu de cheminée était présent.
Ce feu de cheminée, cela me rappelle le jour où j'ai brûlé toutes mes recherches. C'était dans cette même cheminée.
-Oh Alex, tu es rentrée. Fit une voix derrière nous.
En me retournant, je vis arriver une femme asiatique assez âgée, probablement Lin. Immédiatement, Alex alla la voir et l'embrassa. Ca me faisait tout drôle de le voir avec une femme car dans ma tête, je voyais encore le petit garçon blondinet de presque huit ans qui demandait à ses parents de se trouver une chambre dès qu'il les voyaient s'embrasser.
-Tu es venu avec quelqu'un ? Demanda-t-elle.
-Oui. Et aussi fou que ça puisse être chérie. Lin, je te présente ma tante Mila. Mila, voici ma femme, Lin.
-Enchantée madame. Lui dis-je.
Elle nous regardait avec des yeux ronds, étonnée probablement de mon lien de parenté avec Alex, surtout quand il me présente comme ça tante alors que je suis clairement plus jeune que lui. Puis, elle se stoppa, limite en mode bug, puis sourit.
-Oh mon dieu, je suis enchantée de pouvoir avoir la chance de vous rencontrer, Alex m'a tellement parlé de vous. Je suis heureuse de vous savoir en vie.
-Merci beaucoup Lin. Heureuse de faire votre connaissance. On peut dire que ma « survie » est une longue histoire.
-Que je te propose chérie d'écouter après le diner, avec une bonne tasse de thé. Proposa Alex.
-Volontiers. Restez-vous ici ?
-Oui, je vais rester quelques jours à Londres, à rattraper le temps perdu avec Alex. Je vais me trouver un hôtel et…
-Comment ça un hôtel ? Hors de question ! Affirma mon neveu. Tu vas rester au manoir, ce n'est pas comme ci on manquait de place.
-Je crois que je n'ai pas le choix.
-Aucun ! Me dit le couple, en chœur.
Lin, un peu plus en forme qu'Alex, m'accompagna à l'étage où elle m'indiqua une des chambres déjà prête pour que je puisse m'installer et m'annonça qu'ils avaient une chambre au rez-de-chaussée, plus simple pour eux et surtout pour Alex que de monter et descendre un étage tous les jours.
Une fois seule dans la chambre, je vidais ma valise dans la petite commode et j'envoyais un message à ma mère comme quoi j'étais bien arrivée et que j'avais trouvé un logement. Si seulement elle savait !
Je redescendis au niveau du salon, avec un livre, mon carnet et un stylo en main. A peine arrivé à la dernière marche que j'entendis Alex m'appeler. Il se trouvait dans l'une des bibliothèques du rez-de-chaussée et m'attendait.
-Nous avons l'habitude de manger vers 19h, donc si ça te dis en attendant, je peux te montrer les photos de mes fouilles.
-Volontiers ! Mais je vais voir si Lin ne souhaite pas que je l'aide en cuisine, après tout, elle a une personne de plus à nourrir ce soir.
-Si tu oses t'approcher de la cuisine, tu risque de recevoir une assiette à la tête. Elle adore tellement cuisiner que si on souhaite l'aider…
-Terrain miné ?
-Extrêmement miné même.
-Et bah je reste ici dans ce cas !
Je m'installais sur une chaise à côté de lui et le regarda ouvrir une boite de la taille d'une boite à chaussure et en sortir des photos jaunies par le temps. Elles le montraient pendant les différentes étapes de la découverte de l'empereur Huang. Il me décrivit tout ce qu'il s'était passé au moment de la photo, il avait une sacré mémoire, comme si pour lui, ça c'était déroulé quelques mois auparavant. Avec son aval, je pris énormément de notes sur mon carnet. Il me montra aussi les photos de son mariage avec Lin et des fouilles qu'ils ont fait ensemble. C'était magnifique ! Ca me rappelais ma propre découverte, la tombe de Mérytaton.
On discuta de ses photos jusqu'au moment au Lin nous appela pour le dîner. Dans la salle à manger, je la vis mettre la table, je m'empressai de l'aider, ne voulant pas juste « mettre les pieds sous la table ». Elle râla pour la forme comme quoi, je suis leur invité et que je n'avais pas besoin de faire ça.
-J'y tiens Lin ! Au début, je voulais t'aider en cuisine mais Alex m'a fait comprendre que ce n'était pas une bonne idée.
-Et il a eu raison. Ria-t-elle.
Une fois la table mise, on commença à manger. Nous parlions de nos moments entre Alex et moi quand il était enfant, quand je le gardais quand ses parents n'étaient pas au manoir. Entre les cache-cache géants dans le manoir, les courses-poursuites dans le jardin de la demeure, les batailles de farine, etc… on ria bien de ses souvenirs qui était vrais désormais à mes yeux, ils n'étaient pas des pseudos souvenirs d'un rêve d'une comateuse.
Une fois le repas fini, la table débarrassée et la vaisselle faite, on s'installa dans le petit salon, devant un bon feu de cheminée. On avait fait un thé aux fleurs de jasmin. Il n'était pas aussi bon que celui que je faisais dans le temps, mais on s'en rapprochait.
-Alors, racontes nous ! Demanda Lin, désireuse de tout apprendre.
-Alors, après la disparition de l'Oasis d'Ahm-Shere et les conséquences de ma blessure, je me suis réveillée dans une chambre d'hôpital où il y avait ma mère à mes côtés. J'avais du mal à y croire, je refusais que tout le monde m'approche. C'est ma sœur Célia, avec beaucoup de patience, qui réussit à se rapprocher de moi et qui m'avait annoncé que ça faisait six mois que j'étais dans le coma suite à l'agression que j'ai eu par mon père. Conséquence d'un coma prolongé, j'ai dû réapprendre à marcher, à l'étonnement des médecins, je récupérai assez vite mais j'ai quand même dû me déplacer avec un déambulateur puis des béquilles. J'étais persuadée que tout ce que j'avais vécu en Egypte et à Londres n'était que le fruit de mon imagination. Comment expliquer que j'ai passé six mois dans le coma mais une décennie dans les années 20 ?
-Je pense qu'on aurait tous douter si ça nous était arrivé. Fit Alex.
-Malgré mon retour à la maison, j'ai essayé de reprendre le cours de ma vie, j'ai repris les cours à la fac, mais c'était dur. Tout le monde me regardait comme si j'étais une attraction. Ils voulaient m'aider, faire une bonne action pour s'excuser de ne pas être aller signaler aux policiers le comportement violent de mon père. Mais j'avais besoin de me débrouiller toute seule, seule ma mère et ma sœur l'ont comprit. Mon…mon ex petit ami, avec qui j'étais avant tout ça, a vraiment eu du mal à le comprendre et n'a pas vraiment aimer que je le quitte. Plusieurs fois, j'ai ouvert une page internet pour faire des recherches sur vous, sur la famille, mais à chaque fois, je me ravisais, m'enfonçant encore plus dans cette illusion de rêve. La seule chose que je faisais en rapport avec cette époque, c'était de dessiner mon tatouage, j'en étais obsédée. Jusqu'au jour où…
Je remontais la manche de mon haut, montrant ainsi mon tatouage, toujours en cours de cicatrisation.
-Il y a moins de deux semaines, j'ai organisé une journée entre ma sœur et moi pour rattraper ses 18 ans qui étaient pendant mon coma et on a fini au salon de tatouage. Elle a vu que je tenais à ce dessin et que je le regardais souvent. J'ai fini par sauter le pas et de le faire, au même emplacement que les Dieux Anciens me l'avaient fait.
Délicatement, Alex se leva et prit mon avant-bras dans ses mains et regarda mon tatouage. Il tremblait et avait les larmes aux yeux.
-Alex ? M'inquiétais-je.
-Mon chéri ?
-Si tu savais…à quel point cette marque m'avait manqué. J'en rêve souvent, depuis plus de quatre-vingts ans.
Je lui souris doucement. Il rapprocha son fauteuil pour se mettre plus près de moi, il ne voulait pas lâcher mon avant-bras tatoué, comme si ça le maintenait dans la réalité.
-J'ai commencé à douter sur le fait d'avoir rêvé quand j'ai vu ton nom sur la liste des conférences à venir, de suite je me suis inscrite. J'ai tellement pensé à tout ça que j'avais du mal à m'endormir. C'est là que ma mère m'a apporté un livre, celui de ta mère. Notre première histoire face à Imhotep. Elle m'a annoncé qu'elle me le lisait beaucoup quand elle était enceinte de moi et quand j'étais bébé, il n'y avait que ça qui me calmait. Je me suis dis que mon rêve venait de ça. Et c'est quand tu es venu dans ce bar hier soir que ma conviction sur le fait que j'avais rêvé de tout ça s'est envolée et que j'ai compris que j'avais bien tout vécu, toutes nos aventures.
-Et te voilà ici.
-Exactement, mon p'tit aventurier.
On s'échangea un regard complice, celui dont on avait tous les deux le secret.
-Et…concernant votre…père ?
-Tutoyez-moi Lin, et appelez moi Mila !
-A condition que le tutoiement soit mutuel.
-Pas de soucis. Alors, mon père…et bien quand je me suis réveillée de mon coma, on m'a annoncé qu'il avait été arrêté, que ma sœur et ma mère avaient porté plainte et qu'ils n'attendaient plus que la mienne. Nous avons assisté à son procès où malgré son sevrage de l'alcool, il n'avait pas changé. Il m'a même insulté devant les jurés et a perdu son calme. Il a été condamné à cinq ans de prison et interdiction à sa sortie d'être dans le même département que nous.
-Justice a été faite. Fit Lin.
-Exactement. A partir de ce jour, nous avons commencé à revivre, en tant que famille. Mais j'avais toujours quelque chose qui me manquait, un vide à combler. Je sais pourquoi désormais.
Je croisais le regard d'Alex qui compris. Il me manquait la présence de mon autre famille. Comme on dit, il y a la famille dans laquelle on nait, et celle qu'on choisit. Je suis née dans la famille Mercier mais techniquement, j'ai choisis la famille O'Connell depuis des années. Mais vu que je suis de retour dans mon époque, est-ce que ce choix s'applique toujours ?
-Alex, je dois te poser une question assez…délicate. Lui dis-je en cherchant mes mots.
-Dis moi.
-Est-ce que tu…est-ce que tu as lu le livre de ta mère ? Celui sur ta découverte ?
Immédiatement, il ôta ses mains de mon avant-bras.
-Bien sûr que non ! J'ai toujours refusé de le lire, elle n'a fait que de tirer profit de cette fouille !
-Alex, ta mère a raconté la vérité dans ses deux premiers livres, et elle a aussi dit la vérité dans le troisième. Même si c'est dans un roman, elle a décrit comment elle se sentait par rapport à toi, à votre famille.
Il ne me croyais pas, ça se voyait à son visage. Lin nous regardait sans rien dire, attendant la suite. Il se leva et se mit devant la cheminée, dos à nous, s'appuyant sur sa canne. Je pris le livre que j'avais descendu plus tôt : Dash et Scarlett et la tombe de l'Empereur Dragon. Je l'ouvris à un endroit dont j'avais mis un marque page.
-Alex, quand tes parents t'ont rejoint en Chine, dans le nightclub de Jonathan, tu t'es disputé avec eux quand ils t'ont trouvé là-bas et qu'ils ont apprit que tu avais abandonné tes études, vrai ?
Il haussa les épaules.
-Alexander Ruppert O'Connel, tu as peut-être 92 ans, mais cela ne t'empêche pas de répondre par des mots. Tu as intérêt à me répondre sinon je te le promets, ton âge ne m'empêchera pas de te mettre une déculotté. Vrai ou faux ?
-Vrai ! Bougeonna-t-il.
Et voilà qu'il boudait, à son âge, franchement…
-Et que ta mère vous a proposé de parler de ça calmement, en famille et que ce que tu as répondu c'est : Sans vouloir te faire de peine, y a un moment qu'elle bat de l'aile la famille. Vrai ?
-Vrai.
-A ce moment, ta mère est allée sur le toit du nightclub avec ton père, d'après le livre, elle lui a fait LES yeux, ceux qu'elle utilisait pour te faire avouer toutes les bêtises que tu cachais.
Il se tournait vers moi, commençant à s'intéresser à ce que je disais.
-Ton père boudait à ce moment, tout comme toi tu le fais maintenant. Sur ce toit, ils se sont tous les deux accusés de votre mauvaise entente, n'acceptant pas la critique. Tu connaissais leur caractère à toujours vouloir avoir raison.
Il me regarda et me fit un oui de la tête. Lin se leva et se mit à ses côtés pour lui tenir la main.
-Je vais te lire le passage qui a été écrit à ce moment là.
« SCARLETT : On a passé l'essentiel de notre vie à trouver des objets de très grandes valeurs, et celui qui nous est le plus précieux nous échappe aujourd'hui. On ne peut pas laisser Tommy devenir comme…je ne sais pas, un parent éloigné dont la photo traîne sur la cheminée du salon.
DASH : Ca n'arrivera pas.
SCARLETT : Non, ça n'arrivera pas.
DASH : Comment éviter ça ?
SCARLETT : On doit être deux pour y arriver. »
-Mais ça n'excuse pas leur comportement après ta mort.
-Alex, laisses moi terminer sinon, ça va barder !
Il souffla, tel un enfant puni. Je tournais d'autres pages et lui lus le passage qui me concernait.
« SCARLETT : Tommy, tu dois savoir que nous sommes très fiers de toi, fiers de ta découverte.
TOMMY : Nous ne disiez pas ça tout à l'heure concernant mes études.
DASH : On ne s'attendait pas à te voir ici, c'est tout.
TOMMY : A parce que sinon, tu aurais été plus gentil ? Comme ses dernières années ?
DASH : Tu insinues quoi là ?
TOMMY : Que depuis la mort de tante Mila, nous avez plus été des étrangers que des parents pour moi.
DASH : Tommy, je t'interdis de…
TOMMY : De quoi ? De dire que tu es en partie responsable de la ruine relationnelle de la famille. L'autre partie étant maman.
SCARLETT : Tommy, nous étions en deuils, nous avions perdu Mila et…
TOMMY : C'était aussi ma tante maman ! On aurait dû faire notre deuil ensemble, pas chacun de notre côté ! Vous vous êtes éloignés papa et toi et vous m'avez éloigné en m'envoyant dans une école privé. Je ne pouvais plus parler d'elle sans que ça devienne une source de dispute. J'avais l'impression qu'elle n'existait plus à vos yeux alors que j'avais besoin de parler d'elle, je n'étais qu'un enfant qui a vu sa tante mourir pour sauver mon père. Elle s'est sacrifiée pour préserver notre famille et vous l'avez détruite. Tout ce qu'elle a fait a été réduit à néant. Comme si son sacrifice n'a servit à rien.
SCARLETT : Nous nous en sommes rendus compte Tommy, mais trop tard. Le mal était déjà fait.
DASH : Nous avons plusieurs fois fait le déplacement pour venir nous excuser mais à chaque fois, on se ravisait devant l'entrée de ton école.
SCARLETT : Et le jour où nous avons eu le courage d'entrer, on nous a dit que tu ne voulais pas qu'on rentre pour te voir.
TOMMY : Je leur ai demandé de dire ça au cas où le jour où j'ai abandonné mes études.
SCARLETT : Crois nous Tommy, on regrette la situation dans laquelle on s'est enlisé avec ton père. Si on pouvait remonter le temps, on aurait changé le destin de Mila, ou même notre manière de faire notre deuil. On serait resté ensemble, en famille. »
J'arrêtais de lire le passage en question, regardant la réaction d'Alex. Tout ce qui était dit par Scarlett et Dash était ce que Rick et Evy n'ont pas eu le courage de dire à Alex en Chine. Evy avait imaginé cette conversation dans l'espoir que son fils la lise un jour. Mais ce jour est arrivé trop tard.
-Et à la page des remerciements, Evy a noté quelque chose pour toi : « A mon fils, que cette histoire nous permettent de tout effacer et de recommencer à vivre comme avant. »
-Pourquoi…pourquoi est-ce qu'elle n'a pas essayé de me le dire après tout ça ?
Il pleurait.
-Je pense que…elle a perdu espoir que tu l'écoutes quand tu l'as attaqué en justice pour le livre.
Immédiatement après ma phrase, je laissais le livre tomber sur le sol et aida Lin à tenir Alex à chaque bras car il s'écroulait de douleur après avoir lâché sa canne. On l'aida à se rassoir sur l'un des fauteuils. Lin se mit sur celui le plus proche du sien et l'attrapa par le bras pour qu'il garde un lien avec la réalité. Je m'accroupis en face de lui et prit ses mains dans les miennes.
-Je n'ai rien vu, je n'ai rien voulu comprendre. Je…j'ai tout ruiné avec eux.
-Non Alex, je refuse que tu dises ça. C'est comme pour moi qui m'accuse d'avoir tout gâché en cachant l'intervention de Seth. Tu te rappelles de ce que tu m'as dit ?
-Je…je…
Il était complètement perdu…normal…
-Alex, tu m'as dit que tout ça était de la faute d'Imhotep et des Dieux Anciens, pour la relation avec tes parents c'est pareil. C'est de leurs fautes. C'est les conséquences de ma mort qui a transformé ta relation avec des parents. Si les Dieux Anciens avaient fait disparaître mon corps, vous auriez compris que j'avais été renvoyé dans mon temps et chacun à notre époque, on aurait pu trouver un moyen pour que je revienne. Ca aurait mit plus de temps pour moi, le temps que je me rende compte que tout était vrai mais au moins, ta famille aurait été unie.
-Notre famille Mila. Me corrigea-t-il. Elle a aussi été la tienne.
-Et elle l'est toujours.
