Après notre rencontre avec les Medjaï de notre époque, nous sommes retournées à l'hôtel après avoir bien évidemment rendu les quads. Nous n'avions pas échangé un seul mot entre ma mère, ma sœur et moi, nous étions silencieuses.

Une fois à l'hôtel, je suis retournée dans ma chambre et j'ai laissé ma porte ouverte, libres à elles de venir ou pas. De suite, je m'installais sur mon lit et alluma mon pc.

J'entendis la porte se refermer et vit ma mère et ma sœur entrer dans la chambre et s'installer en face de moi, sur les fauteuils de la chambre.

-Bon Mila, après ce qu'il vient de se passer dans le désert avec ces hommes, il est hors de question que tu nous caches plus de chose. Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu es bizarre depuis que tu es revenue de Londres. M'annonça ma mère.

Je pris une grande inspiration et expira, essayant de trouver le courage de bien tout leur expliquer.

-Voilà, c'est quelque chose d'assez incroyable, difficile voire impossible à croire mais j'ai besoin que vous soyez très ouverte d'esprit.

-Mi', tu nous connais, non ?

-Je le sais, mais disons que c'est…dure à dire et à croire.

-Alors commence par le début.

Outch, à son intonation, ma mère perdait patience.

-Voilà…quand papa m'a poursuivi dans le bâtiment, je me suis réfugiée dans le petit parc à côté.

-C'est là où on t'a retrouvé. Me fit Célia.

-Oui, mais j'ai cru que papa m'avait grave frappé à la tête car j'ai vu un babouin se rapprocher de moi et me tendre sa patte. Je sais c'est bizarre mais pensant que j'hallucinais, je lui ai tenu la patte et je me suis sentie partir. 'Man, Cé', quand je me suis réveillée, ce n'était pas six mois plus tard dans cette chambre d'hôpital, mais en plein Caire et dans le passé.

-Et quand tu dis dans le passé, c'est…

-1925. Répondis-je à ma mère.

-C'est impossible.

-Je le croyais aussi maman, mais maintenant, j'aimerai tout vous expliquer mais sans interruption, c'est déjà assez dur comme ça pour moi de vous dire ça. De revivre ça en vous décrivant ce que j'ai vécu.

Les deux me firent un oui de la tête, attendant la suite.

-J'ai rencontré un homme, le docteur Terence Bay, conservateur au musée des antiquités du Caire, il m'a aidé à m'intégrer et m'a offert un poste et une maison, le temps que je trouve le moyen de retourner à la maison. Pendant des mois je n'ai pas trouvé de solution, jusqu'au jour où, dans un rêve, on me souffle le nom d'une cité : Hamunaptra. Avec une équipe, on y est allé et malheureusement, une personne a lu une ligne d'un livre qu'on a trouvé là-bas, le livre des morts. Sauf que ce livre a la particularité de ramener un mort à la vie, et on a ramené un prêtre, le tueur de Séthi 1er qui avait été maudit et momifié vivant il y a 3000 ans. Ce prêtre, Imhotep, nous a poursuivi dans tout le Caire en nous accompagnant des dix plaies d'Egypte et il a semé des cadavres sur sa route, dans le seul but de ressusciter sa chérie d'entre les morts.

Je leur racontais tout ce que j'ai vécu durant les neuf ans que j'ai passé là-bas jusqu'à ma mort, je ne dis rien par contre sur ma relation avec Ardeth et pour les O'Connell, j'avais dit « la femme, le mari, le fils et le frère ».

Alors que je me rapprochais de la fin de mon histoire, que j'expliquais mon réveil à notre époque, je tapotais sur mon ordinateur pour me remettre sur l'article de la découverte de la tombe de Mérytaton.

-Attends Mila, tu as trop lu l'histoire de Dash et Scarlett, c'est leurs histoires.

-Maman, tu as eu l'idée de mon prénom en lisant ces livres, je n'ai pas imaginé tout ça, c'était réel. Ces livres ont retranscrit l'histoire qu'on a vécu, que j'ai vécu. L'auteure de ses livres, Evelyn O'Connell, je l'ai connu.

-Ne racontes pas d'histoire Mila !

-Est-ce que je t'ai déjà menti ? Oui je vous ai caché des choses mais je ne vous ai jamais menti.

Sur cette fin de phrase, je tournais mon pc et je leur montrais l'article où j'apparaissais. De suite, Célia prit mon pc et vit la photo.

-Cé', regardes et lis la date ainsi que les premières phrases de l'article.

- « Une nouvelle tombe a été découverte en Egypte, dans la Vallée des Reines. L'équipe du British Museum du professeur Stephen, accompagné de ses assistants, James Orlyn et Mila Mercier-O'Connell et de l'archéologue Evelyn Carnahan-O'Connell a découvert la tombe de Mérytaton, fille aînée du couple Akhenaton et Nefertiti. » Attends, cet article date de Mai 1927 ?

-Et regardes la photo de la presse. Je te rappelle que je suis nulle en dessin, photo, retouche photo et tout le tintouin. Alors qu'est-ce que tu en conclus ?

Elle alterna son regard entre la photo de l'article et moi, puis passa l'ordinateur à ma mère.

-Je ne comprends pas Mila, c'est clairement toi sur cette photo.

-Et crois-moi Célia, ce n'est pas mon sosie, c'est vraiment moi. Croyez-moi quand je vous dis que les Dieux Anciens m'ont envoyé dans le temps. Si j'ai refait ce tatouage, c'est pour me rappeler de tout ça, pour pouvoir les contacter.

-Les contacter ? Pourquoi ?

-Car j'ai besoin de réponse à mes questions. Pourquoi m'ont-ils choisi ? Pourquoi m'ont-ils renvoyé dans mon époque ?

-Pourquoi ? Tu veux y retourner ?

Je ne réussis pas à dire quoi que ce soit pour répondre à ma mère, je me mordais un bout de la lèvre inférieure et je les regardais, les larmes aux yeux. Je vis Célia prendre un air furieux et se leva.

-Je ne le crois pas, tu veux y retourner ? Tu veux nous abandonner ? On est ta vraie famille et tu veux rejoindre ta famille de substitution ? Me cria-t-elle.

-Ils ont été ma famille pendant 9 ans Célia alors je t'interdis de les appeler comme ça ! Oui vous êtes ma famille mais les O'Connell le sont aussi. L'homme dont je suis allée voir la conférence à la Sorbonne et que j'ai rejoint en Angleterre, c'était Alex O'Connell, celui qui m'appelait « Tante Mila » et je l'ai considéré comme mon neveu pendant huit ans, je l'appelais « mon p'tit aventurier » et je l'ai vu mourir de vieillesse alors qu'à mes yeux, il était encore âgé de presque huit ans. Je lui ai tenu la main jusqu'à ce que son cœur lâche. Comment tu veux que j'ignore ça ? Que je reprenne une vie normale alors qu'ils m'ont cru morte jusqu'à la leur, alors qu'on m'a seulement renvoyée à mon époque ? Que je suis une personne qui est physiquement âgée de 23 ans et que mentalement, j'en ai 31, comment vous dire ça ? Pendant un diner ?

Célia me regarda, un air toujours furieux sur son visage et partit de la chambre en claquant la porte, probablement dans la sienne. Il ne restait plus que ma mère et moi dont je vis qu'elle réfléchissait à grande vitesse à tout ce que je venais de dire.

-Et cet homme ? Cet Ardeth ? Tu as demandé ce qu'il était devenu à ses hommes du désert, pourquoi ?

Il était l'heure d'ouvrir ton cœur Mila.

-Parce que…parce que je l'aime maman.

Elle ne dit rien et m'encouragea à continuer. Elle avait un air compatissant et…heureux ?

-Pendant toutes ses années où je vivais à Londres, je faisais de nombreux aller-retours jusqu'au Caire, de base pour faire le plein de thé et d'épices mais aussi pour le voir et à chaque fois, il faisait en sorte qu'on passe le plus de temps ensemble. Il m'a protégé, il m'a aidé à me perfectionner dans le combat à mains nues et avec des armes à feux. Je pensais que j'aimais Stéphane mais au final, ce n'était rien comparé à ce que je ressens pour Ardeth. Je…j'ai osé sauter le pas avec lui, comme on dirait dans les romans à l'eau de rose, je lui ai donné mon corps, mon cœur et il me le rendait cent fois plus. Pendant les semaines qui ont suivi mon réveil, j'ai cru que ce que j'avais vécu n'était que le fruit de mon imagination, dû à mon coma, mais quand j'ai vu Alex ce soir-là, après la conférence, j'ai compris que tout était vrai. Surtout que…

-Que quoi ?

-Que quand j'ai quitté 1934, je n'étais pas seule.

Elle me regarda sans comprendre. Sans un mot, je posais ma main sur mon ventre et elle comprit de suite. Immédiatement, elle se leva et se mit à mes côtés.

-Mi…

-J'ai été enceinte durant notre deuxième quête et quand on m'a renvoyé ici, on m'a aussi « transporté » mon bébé dans mon corps.

-Et tu ne l'as plus ?

-Je l'ai perdu le jour du procès de papa. C'est pour ça que j'ai demandé à aller à l'hôpital.

-Oh..ma puce..

Elle posa ses deux mains sur mes joues et me prit dans ses bras, m'offrant ainsi une étreinte maternelle.

-Maman, je t'en supplie, dit moi que tu me crois.

-Aussi difficile que ça puisse être à croire comme histoire, je te crois Mila.

Elle nous sépara et me regarda dans les yeux.

-Car aucune histoire, aussi bonne et aussi bien racontée ne peuvent faire apparaître ce que je vois dans tes yeux.

-Et qu'est-ce que tu vois dedans ?

J'étais en pleurs.

-Cette étincelle que l'on peut voir dans les yeux de chaque personne qui a rencontré celle qui est faite pour lui, qui a rencontré sa moitié, son âme-sœur. Je ne l'avais jamais vu dans tes yeux quand tu étais avec Stéphane, je la vois maintenant. Cet homme, tu l'as aimé durant toutes ses années, tu l'aimes encore car pour toi, tu l'as vu qu'il y a seulement quelques mois. Tu aimes profondément cet homme ma chérie et la séparation te pèse.

-J'aimerai juste que Célia voit comme quoi.

-Célia est encore jeune, elle a été comme toi, focalisée sur ses études. Elle n'a pas encore connu le grand amour. Elle comprendra quand elle le vivra à son tour.

-Mais je ne peux pas continuer ma…ma « quête » si vous n'êtes pas toutes les deux d'accord. Je ne peux pas sans ça maman.

-Occupes toi de ta recherche de réponse Mila, je m'occupe de ta sœur.

Elle passa ses mains sur mes joues, séchant ainsi les larmes qui coulaient.

-Je suis fière de toi Mila.

-Fière de quoi ?

Elle montra l'ordinateur qui était sur le sol, Célia l'avait fait tomber en se relevant plus tôt.

-De ça, de cet article, de ta découverte ! Malgré le fait que tu as été envoyée dans une autre époque et tu t'es adaptée, tu as réussi à faire le métier dont tu rêvais depuis des années. Je ne peux pas être plus fière de toi que je le suis maintenant.

-Même si je désire y retourner ? Et que ça signifie vous abandonner ?

-J'aimerai qu'on reste toutes ensembles, je ne te le cache pas. Mais comme on dit, on ne fait pas d'enfant pour les garder. En tant que parents, on souhaite le bonheur de nos enfants et leur sécurité. Je n'ai pas réussi à te protéger de ton père mais je sais une chose, ton bonheur est là-bas. Auprès d'eux, auprès de lui. Alors saches une chose ma Mila, je te soutiens à 100%.

Je pris ma mère dans mes bras, reconnaissante de son soutien. Depuis des années, je pouvais compter sur ma mère et elle me le prouvait encore aujourd'hui. Me détachant d'elle, j'ouvris le tiroir de la table de nuit de ma chambre et en sortit les photos de cette époque.

-Ce sont des photos qu'Alex avait gardé pendant toutes ses années. Voici Evy, Rick, Jonathan et Alex.

-Dis donc, le style vestimentaire années 30 te va super bien. En tout cas, vous êtes radieux sur les photos.

-Et…voici Ardeth.

Ma mère prit la photo dans ses mains et l'observa minutieusement.

-Je ne pensais pas que le tatouage sur le visage t'intéressait.

-C'est la tradition Medjaï maman.

-Et pourquoi est-il si triste sur cette photo ? N'en n'as-tu pas de lui où il sourit ?

-Je n'ai jamais pensé à lui demander de le prendre en photo, il n'est pas comme ça, il est de nature discrète de base. Cette photo a été prise à son insu par Alex. Je pense que c'était quand ils m'ont enterré.

-Je peux te dire une chose Mila, c'est que cet homme t'aime, t'aimait. En voyant sa tête après t'avoir perdu, ça me confirme qu'il faut que tu y retournes. Et je te le redis, je m'occupe de ta sœur.

Elle m'embrassa sur le front puis partit de la chambre, avant qu'elle ferme la porte, elle me lança un :

-En tout cas, très bon choix, il est bel homme.

Puis, je me retrouvais seule dans la chambre. De suite, j'appelais Lin pour la tenir au courant. Elle était contente de la réaction de ma mère mais était désolée pour celle de ma sœur. Elle m'annonçait aussi qu'elle avait lu plusieurs de ses livres qu'elle a hérité de sa mère et aucun d'entre eux ne marquait une possible incantation pour invoquer des Dieux Anciens. Je la remerciais de son aide.

-Mila, j'espère que tu trouveras un moyen de retourner là-bas, mais…

-Ca signifierait ne plus se voir Lin, je le sais. Tu seras toute seule.

-Je le sais, mais c'est la vie non ?

-Oui mais tu as perdu Alex il n'y a pas longtemps. Et tu me perdras aussi si je retourne là-bas.

-Ne t'inquiètes pas pour moi Mila. J'ai longtemps connu ça durant mes vingt siècles d'existence.

-Si je m'inquiète Lin. Si j'y arrive, s'il te plait, contactes ma famille. Vous serez ensemble et tu ne seras pas seule.

Elle me promit d'appeler ma mère si elle n'avait pas de nouvelle de moi dans 10 jours, date à laquelle on est sensée rentrer en France. En raccrochant, je regardais mon ordinateur et l'éteignis.

Je m'allongeais de tout mon long sur mon matelas et observa encore et toujours la photo d'Ardeth. Je ne me lassais jamais de le regarder.

-On se retrouvera, je te le promets. Dis-je à la photo.

Lançant un œil sur mon téléphone, je vis qu'il était 13h34. L'heure du déjeuner. Je n'avais pas faim mais je ne pouvais pas rester dans ma chambre d'hôtel.

Je sortis de cette pièce et descendis vers le coin bar-restaurant. Je vis ma mère et ma sœur a une table. Malgré tout ça, Célia était incapable de louper un repas. A la tête de ma mère, je compris que ma petite sœur était toujours en colère contre moi.

Même si je voulais essayer de faire comprendre le reste à Célia, je n'avais pas eu l'occasion de lui parler d'Ardeth, je ne voulais pas prendre le risque d'une dispute en public. Vu que l'appétit n'était toujours pas arrivé, je n'avais aucune raison d'aller à leur table. Je me mis au bar et commanda un verre de bourbon qui arriva vite dans ma main.

Je regardais la carte des alcools, l'avantage d'être dans un hôtel touristique, c'est qu'ils avaient l'embarras du choix.

-Pourriez-vous aussi me préparer des shots de téquila s'il vous plait ? Le lot de cinq.

-Bien mademoiselle.

Je pouvais sentir le regard de ma famille dans mon dos tandis que je bus mon verre de bourbon. Je devais donner l'impression d'être comme mon père. Mais contrairement à lui, je ne buvais pas à outrance et surtout, je ne laissais pas l'alcool me diriger. Le barman me servit mes shots ainsi qu'une coupelle de biscuits locaux. Mon verre de bourbon désormais vide, je bus à la suite les petits verres qu'on venait de m'apporter.

Soudain, le barman remplit mon verre à nouveau avec du bourbon.

-Je n'ai pas demandé qu'on me resserve.

-C'est de la part de cet homme.

Le barman me montra un homme qui se trouvait à l'extrémité du bar, c'était celui que j'avais vu à la Vallée des Reines. Je pouvais voir une de ses mains, il y avait ce tatouage que je connaissais si bien. C'était un Medjaï.

Je pris mon verre et alla à sa rencontre.

-Merci ! Lui dis-je en montrant le verre que j'avais à la main.

-Il n'y a pas de quoi.

-Pourquoi êtes-vous là ? Vous êtes un Medjaï, vous n'avez pas à venir ici sauf si…

Et là, je compris la raison de sa présence.

-Vous avez des infos pour moi ? Sur Ardeth ?

-Oui, mais je ne peux vous en parler ici. Pourriez-vous me suivre ? Où est-ce trop compliqué à cause de votre famille ?

Je jetais un coup d'œil derrière nous, vers la table où ma mère et ma sœur étaient en train de déjeuner et nous regardaient. Ma mère nous regardait d'un œil curieux tandis que ma sœur avait un air assez ahuri.

-Elles survivront si je m'absente quelques heures. Je vous suis.

Je bus mon verre cul-sec et demanda au barman de mettre ça sur la note de ma chambre puis je suivis le Medjaï jusqu'à l'extérieur de l'hôtel où nous attendaient des chevaux. Sans poser de questions, je montais sur l'un d'eux et on partit tous les deux au galop dans le désert.

Je pouvais sentir le vent me fouetter le visage, le soleil réchauffer ma peau au niveau de mon dos, le sable volait à chaque pas des chevaux. Le Medjaï nous amena aux abords de la cité d'Hamunaptra, je ne comprenais plus rien…

-Pourquoi sommes-nous là ?

Il ne me répondit pas et donna un coup de talon à son cheval pour l'amener au plus proche de l'ancienne cité des morts. Je le suivis avec une certaine réserve, je sachant toujours pas pourquoi il m'amenait dans cette cité maudite.

Une fois au plus proche de la cité, il m'indiqua qu'il restera ici tandis que je pouvais continuer, que je verrai ce dont je cherchais à l'intérieur.

Curieuse, je descendis de mon cheval et entra dans Hamunaptra. Il ne restait plus que certains blocs de pierre, le sable avait recouvert la terre retournée lors des fouilles d'Hafez en 1934.

-Pourquoi est-ce qu'il m'a amené ici ? C'est vide de tout.

Je regardais autour de moi, à la recherche d'un quelconque indice sur le pourquoi de ma venue ici. Il n'y avait que du sable, du sable qui recouvrait un lieu détruit, qui était porteur de sang, de larmes, de mort.

En fait non, il y avait bien quelque chose dans ce coin du désert. Je vis quelque chose au fond, au pied d'une des collines qui cachaient cette cité. Je me rapprochais doucement de ce « truc ». Plus je m'approchais, plus je craignais ce que j'allais y trouver, car ça ressemblait à une pierre tombale. Mon cœur commençait à battre de plus en plus fort dans ma poitrine. J'avais l'impression qui voulait en sortir même.

Il ne voulait pas en sortir, il voulait exploser plutôt. Il était écrit en arabe sur cette pierre tombale, mais le prénom était noté de manière à être lu par tout le monde.

« Ardeth Bay »

Mon cœur avait fini par exploser, je m'étais écroulée sur mes genoux, sur le sable. Les larmes s'étaient mises à couler sans que j'en ai le contrôle.

Il était enterré ici. Mais pourquoi ? Pourquoi n'a-t-il pas été enterré auprès des siens ? Pourquoi dans cette cité maudite ?

-Qu'est-ce qu'il t'est arrivé Ardeth ? Murmurais-je. Pourquoi as-tu fini ici ?

-Parce que c'est ici que les Medjaï l'ont retrouvé.

C'était l'homme qui m'avait amené ici, il avait fini par rentrer lui aussi dans la cité et était dernière moi. Je me remis debout.

-Comment ça ? Il n'était pas avec sa tribu au Caire ? Pourquoi ici ?

-Après votre mort, il a essayé de reprendre le commandement des tribus mais son esprit était ailleurs. Il a fini par partir sans prévenir à peine deux mois après son retour. Quand les autres chefs l'ont retrouvé ici en début 1935, il était déjà mort depuis longtemps, son faucon tournait en rond au-dessus de lui.

-Horus ?

-Si vous le dites.

-Pourquoi l'avoir enterré là, et pas auprès de sa tribu, ou même de son oncle, Terence ?

-Il avait un papier dans sa tunique. D'après mon grand-père, il y avait marqué dessus que vu que tout avait commencé dans cette cité, ça devait se terminer ici. C'était apparemment son désir d'être enterré à Hamunaptra.

-Et personne ne sait exactement quand est-ce qu'il est mort ?

-Pourquoi ? Est-ce capital pour vous de savoir ça ?

-Oui, car si j'arrive à retourner dans le passé, je dois savoir quelle est la date à ne pas dépasser.

-Si vous y arriver bien sûr.

-J'y travaille encore.

-Et si vous n'y arrivez pas ?

-Alors croyez-moi, je vais foutre un bordel monstre jusqu'à ce que ses enflures d'emplumés me répondent. Alors ? Une idée de quand ?

-Personne n'est sûr mais…apparemment moins de trois mois après son départ.

-Donc, je dois y retourner avant la fin d'année 1934. Dis-je pour moi-même.

Je regardais le Medjaï à mes côtés et quelque chose me troublait chez lui.

-Pourquoi vous travailler à la Vallée des Reines ? Pourquoi n'êtes-vous pas avec votre tribu ? Au vu de vos tatouages sur les mains, vous n'êtes pas très discret.

-Même si le livre des morts est perdu, on n'est jamais à l'abri de pilleurs de tombe ou de fanatiques voulant ressusciter des anciens pharaons, juste pour avoir une meilleure position dans ce monde.

-Et vous m'avez reconnu là-bas ?

-Quand j'ai vu votre tatouage et que vous sœur vous a appelé, je n'étais pas sûr. C'est quand j'ai appris que vous êtes venu ici que j'ai compris. Votre histoire est connue parmi les Medjaï. La compagne du chef des douze tribus qui a aidé à battre la créature, par deux fois et qui a été bénie par les Dieux Anciens.

-J'aurais voulu garder un de ses dons. J'aurais pu comprendre ce qui a été écrit sur sa tombe. Lui dis-je en indiquant la plaque de pierre.

- « Puisses-tu trouver la paix et retrouver ce que tu as perdu ». Me traduisit le Medjaï.

-Merci.

Je me mis au plus proche de la tombe et l'embrassa.

-Je te retrouvais, je te le promets mon amour. Chuchotais-je.

On partit de cette cité et on retourna à l'entrée de Louxor. Là-bas, je lui rendis son cheval mais avant de partir, quelque chose attira mon regard sur lui. Il possédait un collier avec un symbole bien spécifique.

-Attendez…ce collier ? Où l'avez-vous eu ?

Il le prit dans sa main et me questionna du regard.

-Ce collier est dans ma famille depuis des générations.

-Des générations, c'est peu de le dire. Ce symbole est l'emblème des pharaons de la 19ème dynastie.

Ca faisait tilt dans ma tête. Si ce mec à ce collier, c'est soit il m'a menti et qu'il l'a volé, soit il dit la vérité et que ce collier est vraiment dans sa famille alors…

Ce mec est un descend de la ligné de Ramsès 1er et donc de Séthi 1er et de Ramsès II.

-J'espère pour vous que vous ne me mentez pas. Si ce collier est familial alors vous savez de quelle famille vous descendez.

-Oui je le sais. C'est pourquoi je le conserve bien précieusement.

-Je croyais que la lignée était éteinte depuis longtemps.

-Malgré tous les enfants de Ramsès II, il y en a eu qu'une poignée qui ont eu leur lignée de prolongé et une seule jusqu'à aujourd'hui.

-Alors chérissez bien votre héritage. Conseillais-je.

J'allais pour partir quand je m'arrêtais et je me retournais vers lui une dernière fois.

-Est-ce que je peux vous demander un dernier service ?

Il me fit un oui de la tête.

-Est-ce que vous pouvez vous renseigner pour savoir si vous avez aussi des informations sur une certaine…Héria. C'était la prêtresse de Séthi 1er puis de Ramsès II.

-Je peux regarder, pourquoi ça ?

-Durant notre expédition vers Ahm-Shere, j'ai eu une vision. J'ai vu que la prêtresse avait un tatouage similaire au mien. Elle a aussi été envoyée dans le temps.

-Je vais chercher.

Puis il talonna son cheval pour partir au loin. Autour de moi, il n'y avait personne. C'était tant mieux. Je retournais doucement à l'hôtel et dans ma chambre. J'avais besoin de me détendre. Immédiatement, je me mis en maillot de bain et mis le peignoir avant de sortir dans l'intention d'aller au spa de l'hôtel.

Dans le couloir, je croisais ma sœur, qui semblait toujours aussi énervée et qui me bloquait la route.

-Célia, tu peux me laisser passer s'il te plait ?

-Tu es partie de l'hôtel tout à l'heure avec un parfait inconnu. C'était qui ce mec ?

-Tu veux vraiment le savoir ? Tu es sûr de ça ? Je te rappelle que je n'ai aucun compte à te rendre.

-Un mec qui va t'aider à retourner là-bas, auprès de ces...

-Je te coupes de suite Célia, ne finis pas ta phrase. Car en fonction que ce que tu pourrais dire, je pourrais regretter mes actions.

-Tes actions ?

-Tu es peut-être ma petite sœur et tu as peut-être 18 ans mais saches une chose, on n'est jamais assez vieux pour recevoir une bonne gifle. Comme je te l'ai dit, vous êtes ma famille, mais ils l'étaient eux-aussi alors ne dis rien de mal sur eux. Maman t'a parlé ?

-Je ne lui ai pas laissé l'occasion.

-Alors je ne te parlerais pas tant que tu ne lui aurais pas parlé.

Sur cette phrase, je contournais ma sœur pour partir mais elle ne lâchait pas l'affaire.

-Et depuis quand tu bois ? Tu veux faire comme papa c'est ça ? Être dans le coma par sa faute ne t'a pas suffi.

-Ecoutes Célia, continues de m'asticoter comme ça et tu vas vraiment le regretter. Et pour te dire, j'ai toujours bu, mais jamais à outrance. Et ne me compare pas à papa. Je connais mes limites. Et je te le redis, parles à maman.

Puis je partis en direction du spa, j'avais vraiment besoin de me détendre. Piscine, soin, massage au programme. Je passais du temps dans l'eau de la piscine. C'était la seule chose qui me détendait ces derniers temps. La seule chose qui marchait.

J'étais assise sur une des marches de la piscine et ma tête reposait sur le bord. J'avais les yeux fermés et essayait de trouver un moyen de contacter les Dieux Anciens. Je commençais à désespérer à l'idée que ça marche. Depuis un mois qu'on est dans ce pays, j'ai beau les avoir priés, supplié mais rien. J'ai essayé des incantations mais sans succès.

Comment est-ce qu'ils ont pu me laisser comme ça, sans réponse après m'avoir béni et envoyé dans le passé où j'avais fait ma vie ?

Les visages des O'Connell, de Jonathan et d'Ardeth arrivèrent dans mon esprit sans prévenir. Je revoyais mes meilleurs moments avec eux, je ressentais ce que j'ai ressentis à ces moments. Je rouvris les yeux et ne pus m'empêcher de pleurer. La dernière chose que je vis en les rouvrant c'était leurs tombes l'une à côté de l'autre, toutes sauf celle de Jonathan, probablement parce que je n'ai pas vu sa propre tombe. Je n'en pouvais plus de ces visions qui me rappelait sans cesse ce que j'avais perdu. Mes larmes tombaient de mon visage pour se mélanger à l'eau de la piscine, je ne cherchais même pas à les arrêter.

A quoi cela me servirait ? Je venais de voir la tombe de l'homme que j'aime, j'ai le droit de pleurer non ?