Cela faisait cinq jours que j'avais mis ma famille au courant de mon aventure dans le passé, cinq jours que j'avais vu la tombe d'Ardeth, cinq jours que j'attendais un retour du Medjaï concernant Héria. Je ne l'avais pas vu et pourtant, j'étais allée plusieurs fois dans la Vallée des Rois et des Reines et il n'était pas là.
Mes recherches n'avançaient pas et ma relation avec ma sœur se dégradait. Elle avait refusé que ma mère lui explique ce que je lui avais dit et donc, ignorait encore des choses. Ma mère restait auprès d'elle mais passait aussi du temps avec moi, afin de profiter un maximum de moi si je trouvais le moyen de repartir. J'aurais voulu que Célia l'écoute et qu'on passe du temps ensemble, toutes les trois. Mais elle boudait comme une enfant.
Je passais mon temps dans les différents temples et musée de Louxor afin de trouver des informations. Mais je me heurtais à des murs, tout le temps.
Tous les soirs, je passais des heures au spa pour réfléchir, me détendre, et je mangeais dans ma chambre. J'avais repris mon mode Hermite que j'avais après la mort d'Alex.
Alors que j'étais sur un des fauteuils en train de manger le déjeuner que je m'étais fait monter, quelqu'un toqua à ma porte. En ouvrant, je vis que c'était le Medjaï qui m'a montré la tombe d'Ardeth. Immédiatement, je le fis rentrer et referma la porte derrière lui. Je vis qu'il avait des papiers avec lui.
-Vous avez du nouveau ?
-Oui, ma famille a gardé tout un tas de papyrus venant de nos ancêtres et il y en a quelques un parlant d'une Héria.
Il s'installa sur un des fauteuils et posa sur la table ce qu'il avait dans les mains. Il étala dessus les différents papiers qui étaient protégés en étant mis sous plastique. Je me mis en face de lui et les examina. Le souci, c'était que c'était écrit en hiéroglyphes et que je ne comprenais pas ce qui était marqué.
Il me donna des feuilles qui donnaient la traduction des papyrus en français. Il m'annonça que sa famille les avait traduits pour moi car à la base, ils l'avaient traduit en arabe.
Je retrouvais les informations que j'avais vu au musée de Séthi 1er à Abydos mais aussi des nouveautés qui ont été caché aux yeux du monde, c'était une sorte de « journal intime ». Elle avait eu trois enfants avec Ramsès II, illégitimes au trône mais ce n'était pas pour autant que le Pharaon les délaissait. Il était avec eux comme il était avec les autres de ses nombreux enfants. Deux d'entre eux moururent très tôt, avant leurs dix ans et la dernière, une fille, vécue jusqu'à l'âge de 27 ans.
Malgré la présence de la femme du Pharaon, Ramsès II portait toujours une très forte affection à Héria. Elle confirmait qu'elle était sa seule maîtresse jusqu'à ce qu'elle soit trop atteinte par la tumeur. A ce moment-là, elle lui avait donné sa bénédiction de choisir une autre femme qu'elle mais le Pharaon n'avait jamais voulu. D'après les écrits, il n'a pris une autre maîtresse que quatre mois après la mort de la prêtresse.
-Ceci devrait vous intéresser. Me dit le Medjaï en me tenant un papyrus et sa traduction.
Je le lus immédiatement après l'avoir eu dans mes mains. Elle parlait qu'elle avait réussi plusieurs fois à être en contact avec les Dieux Anciens. Dont une fois peu de temps avant sa mort. Comment avait-elle fait ? Même quand je les prie et que je les invoque, ils ne me répondent pas.
Elle avait marqué qu'avant chaque invocation, elle buvait une décoction de plantes. Il y avait du blé, de l'Archangelica ou herbe des anges, du gingembre, de l'armoise, de l'anis et des clous de girofle et le tout mélangé avec un bâton de cannelle.
-Ça devait être bien bon tout ça. Dis-je d'une manière ironique.
-Si cela vous le dit, je peux vous trouver tout ça.
-Vous êtes sérieux ?
-Très. Vous avez été choisis par les Dieux Anciens, je doute qu'ils l'ont fait pour s'amuser.
-Vous savez, ils ont empêché les premiers sacrifiés de la créature de trouver la paix car ils savaient qu'elle allait revenir presque dix ans après. Ils seraient bien capables de m'avoir fait subir ça pour leur simple divertissement.
-Je ne dirais rien de blasphématoire, je n'ai pas trop envie de mettre les Dieux Anciens en colère.
-Ne vous inquiétez pas, je m'en suis déjà occupée. Vous pensez pouvoir les avoir pour quand ?
-Avez-vous une date limite ?
-Ma famille repart en France dans cinq jours.
-Je peux vous les avoir pour dans deux jours si tout se passe bien.
-Pouvez-vous aussi rajouter des baies de belladone ?
-De la bellado…mais c'est du poison !
-Je le sais, ce sera en cas d'extrême nécessité. Faites-en sorte de tout avoir pour dans deux jours, s'il vous plait.
-Très bien. Je vous retrouverai au niveau de l'entrée de la Vallée des Reines.
-Parfait.
On se serra les mains afin de sceller notre accord puis il partit en reprenant ses papiers. Il me laissa juste la traduction de la recette de la décoction. De suite, je regardais sur mon ordinateur la signification de ces plantes.
Le gingembre augmente le potentiel de réussite, l'armoise ouvre notre esprit avant d'essayer la divination, s'associe aux rêves prophétiques, l'anis ouvre les portes de la mémoire cachée comme les visions, le clou de girofle créée une atmosphère spirituelle, l'archangelica est utilisée à des fins de protection et le blé fait partie des offrandes destinées aux morts. Bref, tout ce qu'il faut pour le côté spirituel de la chose.
Quelqu'un toqua à la porte, je lui criai de rentrer, gardant les yeux fixés sur l'écran de mon ordinateur. La porte s'ouvrit et se referma. C'était ma mère.
-Maman ?
-Ma chérie, tu as eu des nouvelles ?
-Tu l'as vu partir. Devinais-je.
-Oui. Et heureusement, ta sœur non.
-Elle fait toujours la gueule ?
-Langage Mila ! Me gronda ma mère.
-Désolé maman, mais quand on réagit comme elle pendant une journée, c'est bouder, pendant presque une semaine, c'est faire la gueule.
Ma mère souffla de dépit puis s'installa en face de moi, là où se trouvait le Medjaï quelques minutes auparavant et elle regarda le papier sur la table.
-Qu'est-ce que c'est ?
-C'est ce qu'il m'a apporté des archives de sa famille. La prêtresse de Ramsès II avait réussi plusieurs fois à contacter les Dieux. Elle avait noté toute sa vie comme si elle tenait un journal intime. Elle a même noté les ingrédients de sa décoction pour les contacter. Il va me les apporter dans deux jours.
-J'espère que tu réussiras à les contacter. Espéra ma mère.
-Je l'espère aussi. Mais maman, il y a autre chose…
-Quoi donc ?
-Si ce breuvage et l'incantation ne fonctionnement pas, je n'aurais qu'une seule autre solution pour espérer les voir.
Je tournais mon ordinateur, afin qu'elle puisse voir ce que j'avais affiché dessus. C'était un article sur la dangerosité de la belladone. Elle vira blanche en voyant ceci.
-Mila, tu envisagerais de te suicider si ton plan A ne fonctionne pas ?
-Maman, la seule manière de voir les Dieux Anciens autre que par l'invocation, c'est par le tribunal des âmes. Cette croyance s'est essoufflée avec le temps mais tu me connais, je suis dingue d'égyptologie, j'ai été envoyé dans le passé par eux, j'ai été témoin de leur puissance, je sais que je passerais devant le tribunal des âmes.
-Et si tu n'y passes pas ?
-Alors je sais que je les retrouverais de l'autre-côté. Je sais qu'il y en a un. Je le retrouverai maman, je sais que je reverrais Ardeth.
Ma mère avait les larmes aux yeux, tout comme moi. Elle savait que je n'appartenais plus à cette époque, mais à la sienne.
-J'aurais aimé que Célia comprenne ma situation, qu'elle l'accepte. On aurait pu passer nos derniers jours ensemble, car je ne rentrerai pas en France maman. Dans deux jours, le Medjaï m'apporte tout ça à la Vallée des Reines et je testerai la décoction de suite. Et si ça ne fonctionne pas, plan B. J'aurais voulu qu'on passe nos derniers jours en famille maman, mais si Célia ne change pas de comportement, je partirais alors que je serais toujours en froid avec elle.
-J'essayerai une dernière fois de lui parler, mais malheureusement, ta sœur ressemble bien à ton père quand elle est comme ça.
-Je le sais.
-Mais je passerais ces deux derniers jours avec toi ma chérie.
Elle se mit à mes côtés et me prit dans ses bras. Je chérissais cette étreinte et remerciais encore ma mère d'être si compréhensive. On passa le reste de la journée sur mon lit, moi dans les bras de ma mère, à regarder des films sur mon ordinateur. Je n'écoutais les films que d'une oreille, je réfléchissais à beaucoup de chose en même temps, sur ce qui allait se passer dans deux jours. Dans tous les cas, je disparaîtrais de cette époque, morte ou non.
A l'heure du dîner, j'obligeais ma mère à aller manger avec Célia tandis que je me ferais livrer comme d'habitude. Durant ce repas en solitaire, je pris du papier et un stylo BIC et me mit à écrire une lettre…
Une lettre d'adieu pour Célia.
Si elle ne voulait rien entendre venant de moi ou de ma mère, peut-être que ma disparition lui ouvrira l'esprit et l'obligera à lire cette lettre.
Célia,
J'ai demandé à maman de te donner cette lettre quand je partirais à la Vallée des Reines. J'aurais voulu te dire ça de vive voix, mais ton comportement de ces derniers jours ne m'a pas laissé le choix.
Cé', maman m'a cru sur mon histoire, et tu dois me croire car elle est vrai, elle s'est vraiment déroulée, je l'ai vécue. Tu trouveras des photos dans l'enveloppe qui le prouvent. L'homme aux cheveux bruns est Rick O'Connell, l'homme qui m'a aidé à devenir quelqu'un à cette époque, aux yeux de tous, j'étais sa cousine. J'ai vécu avec lui pendant presque dix ans, avec sa femme Evy et leur fils Alex, mon p'tit aventurier. De temps en temps, nous avions le frère d'Evy, Jonathan qui venait nous voir.
Et tu verras aussi une photo d'un homme, avec des tatouages au visage. C'est Ardeth, l'homme dont je cherchais ce qu'il était devenu. Si je voulais absolument savoir ce qu'il était devenu, c'est parce que pendant toutes ces années, on s'est aimé. Je suis tombée amoureuse de lui et lui était amoureux de moi. Avec lui, j'avais l'impression d'être quelqu'un d'autre, une autre Mila. J'avais l'impression d'être la huitième merveille du monde. Tu remarqueras que cette photo n'est pas à son avantage car c'est Alex qui l'a prise à leur retour à Londres, juste avant mon enterrement.
Oui Célia, mon enterrement, alors que je venais de me réveiller de mon coma de six mois, en 1934 je venais de mourir dans les bras d'Ardeth, l'homme avec qui je voulais faire ma vie.
Je n'avais jamais ressenti ça, même pas avec Stéphane. Tout a été balayé lorsque l'on s'est embrassé la toute première fois. Et je lui ai tout donné, mon cœur, mon âme, mon corps. Je lui ai donné ma virginité et cela en a résulté par une grossesse. Durant notre deuxième périple contre le prêtre Imhotep, j'ignorais que j'étais enceinte, je n'avais jamais eu mes règles durant toutes ses années. Et j'étais enceinte en revenant en 2019. Malheureusement, j'ai perdu cet enfant, et je sais au plus profond de mon être qu'il était d'Ardeth, même si pendant les semaines qui ont suivi mon réveil, j'ai cru que tout cela avait été un rêve. Jusqu'à ce que je vois Alex lors de cette conférence.
Célia, j'ai eu du mal à m'habituer à vivre dans une époque complètement différente. Nous qui sommes habitués aux téléphones portables, aux ordinateurs, à internet, tout ce qui est numérique, j'ai appris à vivre sans tout ça et cela me plaisait. J'avais l'impression d'avoir trouvé ma place dans ce monde, dans cette époque.
Tu es ma petite sœur, je t'aime et je t'aimerai toujours, mais je n'ai plus ma place dans cette époque. Maman l'a compris. Ma place est auprès d'eux, auprès de lui. J'aimerai que vous puissiez venir avec moi mais je ne le peux, votre place est ici, en 2019.
J'ai toujours soutenu tes choix, je t'ai toujours été fière de toi mais ces derniers jours, tu ne m'as jamais autant déçu. Tu as refusé que maman te parle, qu'elle t'explique le fond des choses, tu ne voulais pas écouter ce que je voulais te dire, et regardes où on en est. On n'a jamais été autant divisée, maman veut passer du temps avec nous deux, mais tu n'acceptes pas d'être proche de moi. Les rares fois où on se parle, tu es sèche, méchante. Comment passer nos derniers jours ensemble comme ça ?
Pourquoi derniers jours ? Car je ne rentrerai pas en France avec vous. L'homme que j'ai vu, c'est un Medjaï, comme Ardeth. Il est aussi de la lignée de Ramsès II, il avait des infos sur la prêtresse du pharaon, qui était comme moi. C'était une femme qui a été arrachée de son époque et qui a elle aussi trouvée sa place. Elle a vécu là-bas jusqu'à sa mort comme tu l'as vu au musée d'Abydos. J'ai aussi découvert qu'elle avait plusieurs fois réussit à contacter les Dieux Anciens Egyptien.
Je ne vais rien te cacher, à la Vallée des Reines, je vais essayer de les contacter à mon tour. J'ai réussi qu'une seule fois en 1934, et depuis mon réveil, j'ai essuyé des échecs, c'est ma dernière chance de les contacter de mon vivant. Oui de mon vivant, car si je ne réussis pas à ce qu'ils m'apparaissent, je n'aurais pas d'autre choix que de faire une ultime tentative devant le tribunal des âmes, ce qui m'oblige à être morte, à me tuer.
Aussi difficile pour toi de le croire, mais maman accepte cette fatalité, accepte de me voir partir, contrairement à toi. Je refuse de vivre plus longtemps dans cette époque alors que mes amis, ma famille, mon aimé m'ont vu mourir. Ils m'ont enterré à Londres, j'ai vu ma tombe et crois moi, ça fait un choc.
Je vais donc demander aux dieux anciens de me renvoyer là-bas, et si je ne les vois pas alors oui, je mourrais et je les verrais de l'autre-côté, dans l'autre monde. Il y en a un, je le sais, je l'ai vu.
Tu comprends donc pourquoi j'aurais voulu qu'on passe mes derniers instants toutes les trois ?
Saches une chose Cé', hormis ces derniers jours, tu as été la meilleure petite sœur qu'on puisse avoir. Je te souhaite, de tout mon cœur, que tu puisses réussir dans la vie, réussir tes projets, trouver l'amour comme moi je l'ai trouvé.
Fais-moi une faveur s'il te plait, quand vous rentrerez en France, prends mon téléphone et contactes Lin. Tu trouveras son numéro dans mes contacts. Elle est au courant de mon histoire car la sienne est…surprenante. Elle te la racontera si tu le souhaites. J'espère que je vais réussir à remonter le temps et que ma tombe qui se trouve dans le jardin du manoir O'Connell aura disparu.
Je t'aime Célia, ne l'oublies pas et je ne t'ai jamais mentis, jamais.
Mila
La fin de ma lettre avait des tâches, des tâches d'encre suite à mes larmes qui coulaient. Je ne pensais pas qu'une simple lettre allait me faire pleurer.
Dans ma lancée, je fis aussi une lettre à ma mère, une où je la remerciais pour tout ce qu'elle avait fait pour moi, pour nous durant toutes ses années. Je m'excusais encore de mon possible prochain suicide, que rien n'était de sa faute.
Je fis aussi une « lettre de suicide », disant que mon choix de m'ôter la vie était dû au fait que je n'avais pas remonté la pente de ce que mon père m'avait fait subir, que sa condamnation n'avait rien changé. Que malgré le sourire que je montrais ces derniers jours, je cachais seulement une énorme détresse.
Autant mentir sans pour autant mettre ma mère et ma sœur dans la merde.
J'avais passé une bonne partie de la soirée et de la nuit à noter des choses pour ma mère et ma sœur. Des choses qui pourraient leur servir, trucs tout con quoi… genre la préparation du thé façon Docteur Terence.
Je me couchais dans mon lit le cœur lourd, sachant que demain sera le dernier jour que je passerai auprès de ma mère. Je pense que pour ma sœur, c'est mort.
Le lendemain, j'ai passé ma matinée à me balader dans la ville avec ma mère puis nous avons mangé dans un restaurant local. Elle avait ordonné à ma sœur de rester à l'hôtel pour aujourd'hui, que la seule condition pour qu'elle sorte, c'était de nous écouter toutes les deux. La réponse de ma sœur fut simplement de refermer la porte de sa chambre devant notre mère.
L'après-midi, nous avions passé plusieurs heures dans le spa de l'hôtel avec du thé à la menthe à gogo. Elle adorait ce thé et le spa. Elle était vraiment détendue. On fit des soins communs afin d'être au maximum ensemble.
On alla même boire un coup au bar de l'hôtel avant de retourner dans ma chambre pour un bon film.
On était à la moitié de l'adaptation live de « La Belle et la Bête » avec Emma Watson quand on toqua à la porte de ma chambre.
Je mis sur pause et regardai ma mère.
-C'est peut-être Célia. Me dit-elle.
-Elle ne toquerait pas.
Je me levai du lit et ouvris la porte. C'était un groom de l'hôtel qui me tendait une enveloppe.
-Bonjour Mademoiselle Mercier, vous avons reçu ceci pour vous.
-Merci monsieur.
Je pris l'enveloppe dans mes mains et lui donna un pourboire avant de refermer la porte. Ma mère était descendue du lit et attendait que je lui dise ce que c'était.
-On a déposé ça pour moi.
J'ouvris l'enveloppe, elle contenait seulement une petite note.
« J'ai tout »
Ça voulait tout dire pour moi. Le Medjaï, fallait vraiment que je lui demande son prénom à lui, avait réussi à trouver tout ce que je lui avais demandé.
La dernière ligne droite.
Je tournais la carte vers ma mère qui lut les deux mots. Elle comprit elle-aussi ce que ça signifiait.
-Il doit m'attendre à la Vallée des Reines maman. Il faut que j'y aille.
-Alors je t'accompagne.
-Hors de question maman.
-Mila ce n'est pas négociable.
Quand elle me regardait avec ses yeux là, je n'avais pas intérêt à argumenter.
-Maman, quand je vais aller là-bas, je ne reviendrais pas. Soit, je vais disparaître pour repartir en 1934, soit je vais littéralement mourir. Tu veux vraiment voir ta fille aînée mourir sous tes yeux ?
Elle prit ma tête entre ses mains afin que je la regarde dans les yeux.
-Ma chérie, je t'ai soutenu à fond durant ces derniers jours. Alors je veux t'accompagner dans cette dernière épreuve, c'est mon rôle de mère !
Je la pris dans mes bras, la remerciant ainsi pour tout ce qu'elle avait fait pour moi. Je lui confiai la lettre pour Célia en lui disant les grandes lignes et que la sienne et celle expliquant mon suicide resteraient dans la chambre avec mon ordinateur et mes affaires.
Le temps que je mette mes chaussures et un gilet, ma mère alla dans la chambre de Célia afin de lui donner ma lettre. Dans le couloir, j'entendis le monologue de ma mère face à une Célia clairement boudeuse.
-Ecoutes moi bien Célia, tu as 18 ans mais tu réagis comme une enfant de quatre ans à qui on a piqué sa Barbie. Tu es en train de perdre ta propre sœur et si tu ne bouges pas ton cul de suite, tu le regretteras amèrement. Je te dépose une lettre et tu as intérêt à la lire sinon je te préviens, quand on retournera en France, je peux te le jurer que tu seras privée de tout, ordi, télé, téléphone, sortie, jusqu'à ce que tu comprennes ton erreur.
Puis elle sortit de la chambre et toutes les deux, on partit vers la Vallée des Reines. Un taxi nous y déposa juste à l'entrée, on le paya et il repartit vers la ville.
L'entrée de la Vallée des Reines était ouverte, signe qu'il m'attendait.
-Où est-ce qu'on doit aller Mi' ?
Regardant autour de nous, je vis plusieurs Medjaï devant une tombe ouverte mais interdite au public.
-Là bas maman.
On s'y dirigea et on fut accueilli par les hommes en noirs qui nous saluèrent. Ils nous escortèrent à l'intérieur et refermèrent la porte derrière nous.
L'intérieur de la tombe était seulement éclairé par des torches de feu et nous montraient la présence de presque dix Medjaï avec nous.
-Bonsoir. Je vous présente ma mère, Adèle.
-Enchanté madame.
-Enchantée. Répondit-elle.
-Vous avez fait vite pour tout trouver.
-Quand on sait où chercher, c'est nettement plus rapide.
Je vis qu'un de ses confrères était en train de faire le tour de la tombe avec un truc qui brûlait.
-Excusez-moi mais on est dans quelle tombe et aussi, qu'est-ce qu'il fait ?
-On est dans la tombe de Néfertari, la première épouse de Ramsès II. C'est aussi ici que la sépulture d'Héria a été transférée après la mort de Néfertari. Avant d'être épouse pour l'une et amante pour l'autre, elles étaient amies. A sa mort, Néfertari a demandé à ce que le corps d'Héria soit transférée dans son tombeau.
-Néfertari n'a jamais été jalouse du fait que son amie a été l'amante de son mari ?
-Non, car elle s'est mariée à l'âge de quatorze ans au Pharaon qui en avait 16. Il n'avait pas connu d'autre femme avant elle, charnellement parlant. Mais quand Héria est arrivée dans leurs vies et celle de Séthi 1er, Nerfertiri et Tia, Ramsès II eut des sentiments pour elle, au même niveau de ce qu'il ressentait pour sa femme. Il n'arriva pas à choisir entre les deux et quand il a été couronné Pharaon, ça a été encore plus dur. Mais Néfertari était une femme assez ouverte d'esprit et quand elle a su qu'Héria pouvait entrer en contact avec les Dieux Anciens, elle comprit que son mari était lui aussi béni des Dieux. Alors, après une discussion avec Héria et Ramsès II, ils se sont mis d'accord pour qu'elle devienne la maitresse du Pharaon. Elle fut la seule jusqu'à sa mort.
-Et bah…ce n'était noté nulle part dans les écrits.
-Beaucoup de choses ont été perdu au fil des années, nous en avons récupéré mais impossible pour nous de les donner à des musées, cela signifierait de nous exposer. Et vu que ça fait des siècles que le monde pense que nous avons disparus…
-Vous avez bien raison. Et votre ami ?
-Il brûle de la sauge blanche pour purifier l'air et l'aider à neutraliser les mauvaises énergies. Autant mettre toutes les chances de votre côté.
-Merci beaucoup.
-Et votre sœur ?
-Elle boude comme un bébé. Elle ne viendra pas.
-Tenez, j'ai tout apporté ici.
Il me montra une table où il avait posé plusieurs sachets contenant ce que j'avais demandé. Il y avait même des bols avec un mortier et pilon. Il me montra aussi une feuille avec les doses nécessaires pour chaque ingrédient.
-Je vous remercie…quel est votre prénom ?
-Akim.
-Enchanté Akim.
On commença, avec l'aide de ma mère, la préparation de la décoction. Il avait vraiment tout apporté, y compris pour faire chauffer le mélange. Il nous fallut une trentaine de minutes pour la préparer, pendant ce temps, les autres Medjaï préparaient la tombe pour une future incantation et répondaient aussi aux questions de ma mère. Elles voulaient en savoir un maximum sur eux, je pense que ça lui permettait aussi de connaître Ardeth, de manière indirecte.
-Mademoiselle Mercier ? Nous sommes prêts. Me dit l'un d'eux.
