Je le remerciais d'un signe de tête et avant d'aller au centre de la pièce, je regardais le contenu d'un bol sur la table. Des sortes de petites cerises noires.

Des baies de belladone. Mon dernier espoir.

Je rejoignis tout le monde et me mit au centre d'un cercle que les Medjaï formaient, ma mère était en retrait, nous laissant travailler.

Akim se mit en face de moi et se mit à me faire des symboles égyptiens sur mes bras avec une pâte faite d'eau et de cannelle. Cette dernière est connue pour posséder une grande quantité d'énergie et qu'on peut la rajouter à n'importe quoi pour augmenter son niveau de puissance.

Comme je l'ai dit, toutes les chances de mon côté.

Une fois qu'il eut terminé, il me donna la traduction de ce qu'Héria disait pour pouvoir les contacter puis le bol contenant la décoction puis, il ferma le cercle formé par ses compères.

Je me mis à genoux, au centre puis bus d'une traite le liquide du bol. Ce n'était pas très bon, déjà que je ne suis pas fan des clous de girofle et de l'anis, mais les deux ensembles c'est pire.

Une fois le bol vidé, je le mis sur le sol et j'ouvris les bras, paume des mains vers le ciel, ferma les yeux et récita la formule de l'ancienne prêtresse. Je l'avais lu qu'une fois mais je la récitais comme si je la connaissais par cœur.

-J'en appelle aux Dieux Egyptien, vous qui m'avez envoyé dans le temps, afin de réaliser vos demandes, je vous demande de m'apparaître en ces temps et en ces lieux. J'ai besoin de vous afin que vous puissiez m'éclairer sur mes décisions. Je dois savoir quels sont vos désirs. Apparaissez devant moi, moi qui suis votre humble servante, entourés de vos fidèles soldats. Répondez à ma demande, je vous en supplie, apparaissez-moi.

J'entendais les Medjaï autour de moi prier eux-aussi pour qu'ils nous apparaissent.

J'ouvris les yeux en sentant un vent glacial souffler dans la pièce, ce qui était étonnant étant donné qu'on avait fermé la tombe et qu'au vu du mois dans ce pays, il était impossible que ce vent soit aussi froid.

L'incantation fonctionnait ?

Je vis que les Medjaï avaient eux aussi senti le froid arriver dans la pièce mais rien ne changeait. Aucune apparition.

-Réessayez ! Me conseilla Akim.

Je récitais l'incantation de nouveau deux fois de suite. Mais hormis le vent glacial, rien ne se passait.

Excédée de leurs absences de réponse, je me relevais.

-Foutu emplumés de mes-deux. Des Dieux Anciens, vénérés par tous, mon cul ouais ! Pas foutu de nous apparaître alors qu'ils font de nos vies un enfer.

-Mila ! Fit ma mère.

-Mademoiselle Mercier, vous ne devez pas blasphémer sur les dieux. Me dit l'un des soldats.

-Demandez à Akim, ces emplumés méritent ces blasphèmes, ils m'ont fait voyager dans le temps, m'ont béni, accordés des dons, m'ont laissé tomber amoureuse d'Ardeth Bay et l'ont forcé à me voir mourir dans ses bras et ça l'a mené à sa propre mort et au déchirement d'une famille. Ils méritent plus que ces simples blasphèmes. Ils mériteraient qu'on leur arrache leurs plumes, qu'on les fasse tomber de leur piédestal, qu'ils deviennent de simples mortels afin qu'ils se rendent compte d'un dixième du bordel qu'ils mettent dans la vie des gens.

Je me rapprochais de la table et prit le bol avec les baies de belladone.

-Je crois bien que je n'ai plus le choix.

-Mila, je préfère te le demander une dernière fois, est-ce que tu es vraiment sûr de toi ?

Ma mère s'était rapprochée de moi et avait posé une de ses mains sur mon épaule.

-Je n'ai jamais été plus sûr de moi que je le suis maintenant maman. Je suis désolée de vous abandonner toi et Célia.

-Saches une chose ma puce, tu ne nous abandonnes pas, tu suis juste ton chemin qui est différent du nôtre. Je n'ai jamais été plus fière de toi que maintenant.

-Merci maman.

On se prit une dernière fois dans les bras et elle me murmura de saluer tout le monde de sa part et de les remercier pour ce qu'ils ont fait pour moi.

Une fois qu'on fut séparée, je pris les baies de belladone dans ma main et me remis au centre du cercle sous les yeux des Medjaï.

-Merci à vous tous pour votre aide. Et pour tout ce que votre ordre fait depuis des générations.

-Merci à vous aussi mademoiselle Mercier, pour ce que vous avez fait avec la créature, à deux reprises. Me dit Akim.

-Mercier-O'Connell. Corrigea ma mère.

Je la regardais, étonnée qu'elle fasse cette modification.

-Elle va rejoindre sa deuxième famille. Il faut qu'elle soit nommée de la manière dont elle a été connue.

-Merci maman.

Décidée, je mis les baies noires dans ma bouche et les mâcha assez rapidement avant de les avaler. Bordel que c'était dégueulasse !

J'eus immédiatement des envies de vomir, d'après ce que j'avais lu, c'était normal. C'était des symptômes qu'on ressentait directement après absorption. Je pris la décision de m'assoir sur le sol, je voulais éviter de m'écrouler de manière brutale. Ma mère se mit à mes côtés et me prit contre elle.

-Ça va ?

-La pire nausée que je n'ai jamais eu de toute ma vie. Avouais-je.

Je commençais à trembler, je frissonnais et je sentais des gouttes de sueurs couler sur mon front.

-Courage ma chérie. C'est bientôt terminé.

-Désolée…de te forcer à voir ça…je gâche la fin de ton voyage.

-Ne dis pas de sottise Mi'.

Au vu de la quantité de baie que j'avais ingurgité, les autres symptômes ne tardaient pas à venir. Ma bouche était devenue très sèche, j'avais l'impression d'avoir la tête dans un étau, mon cœur battait de plus en plus rapidement et je saignais du nez.

Je m'écroulais dans les bras de ma mère alors qu'on entendait un cri venant de l'extérieur de la tombe. On n'arrivait pas à savoir ce que c'était. Ma mère resta auprès de moi tandis que deux Medjaï allèrent voir dehors et donc, ouvrirent la tombe.

Je regardais ma mère, mon dernier encrage dans ce monde, dans cette époque. Je mourais dans ses bras et malgré les larmes dans ses yeux, j'y voyais de la fierté.

Comment une mère pouvait être fière de sa fille qui se suicidait et mourait dans ses bras ?

Ma respiration commençait à être de plus en plus dure, le poison faisait bien son effet. Intérieurement, je priais pour que cela fonctionne, que je ne meurs pas pour rien. J'avais l'impression de revivre ma première mort, sur le dirigeable d'Izzy.

-Je dois les voir ! Maman ! Mila !

C'était Célia. Elle était venue !

Les deux Medjaï la firent rentrer dans la tombe et en voyant la scène qui se déroulait, se précipita auprès de nous.

-Mila ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Je n'arrivais pas à parler, je me concentrais sur ma respiration. Si elle était là, c'est qu'elle avait lu ma lettre, non ? Je me devais de tenir un peu plus longtemps. J'entendis ma mère lui faire un topo de la situation et de suite, elle qui avait déjà les larmes aux yeux, se mit à pleurer de plus belle. Ma mère lui demanda pourquoi elle était là.

-J'ai lu la lettre qu'elle m'a écrite. Je suis désolée, j'ai été une vraie garce. J'aurais dû vous écouter.

-Au moins tu es venue, c'est le principal. Mais on en parlera plus tard. Affirma ma mère.

Elle me prit ma main que je serrai au maximum de ma force.

-Je suis désolée, désolée de mon attitude, désolée que tu as été envoyée dans le temps, désolée pour papa, désolée ce que les dieux t'ont fait subir, désolée que tu les ais perdu. Et désolée que tu sois obligée de te tuer pour que tu puisses les revoir.

Je sentais mon cœur battre de plus en plus vite, il n'allait pas tenir très longtemps à ce rythme-là, surtout si je galérais à respirer.

Des tâches noires apparurent devant moi. Il ne me restait pas beaucoup de temps.

-Cé'…tu…tu ne…m'oublieras pas…hein ?

-T'oublier ? Jamais de la vie ! Et toi ?

-Aucune…chance.

-N'empêche, tu as gagné au change entre Stéphane et Ardeth. Sacré beau mec !

Je riais de manière saccadée à sa phrase. Je crois qu'elle n'avait jamais aimé Stéphane.

-Tu...ne l'aimais pas…vrai ?

-Je ne l'ai jamais aimé. Toujours à vouloir tout contrôler, et il était moche. Désolé !

On ria toutes les trois, surtout quand notre mère fut d'accord avec ce que ma sœur venait de dire.

Soudain, une toux assez importante me prit et je me mis à cracher du sang.

-Mi' ! Mila, je t'en prie, ne part pas ! Pas tout de suite ! Me supplia ma sœur. Je ne suis pas prête à te perdre. Pas maintenant. Je t'en supplie, tiens encore !

Elle avait beau me supplier, je ne pouvais pas retourner en arrière, j'avais avalé plein de baies de belladone, bien réputées pour leur naturelle toxicité.

-Je ne veux pas que tu meures Mila, s'il te plait ! On trouvera un autre moyen. On pourra peut-être partir avec toi. Mais je t'en supplie, ne meurt pas. Tu n'es même pas sûr de les revoir. Je sais que tu m'as dit qu'il y avait un autre-monde mais je ne veux pas que le crash-test soit ta mort. Je t'en prie Mila. Bats-toi !

Aidée de ma mère, je me redressais afin de prendre ma sœur dans mes bras. Ma tête sur son épaule, contre la sienne. Je la serrais aussi fort que mes forces me le permettaient mais c'était dur, je faiblissais de seconde en seconde.

-Je serais…toujours auprès…de vous…Cé'. N'oublie pas…que…je vous…aime.

-On t'aime aussi ma chérie. Dit ma mère en me caressant les cheveux.

Je sentais les larmes de Célia humidifier mon T-Shirt alors que je fermais les yeux. Mes mains qui s'agrippaient au haut de ma sœur lâchèrent leur prise sans que je leur commande. Je sentais mon cœur se mettre finalement à ralentir, de plus en plus….

Il sauta un battement…

Encore un…

Puis deux…

Puis…je n'entendis plus rien, ne ressentais plus rien.

J'étais morte. Pour la deuxième fois de mon existence.

Lorsque j'ouvris les yeux, je me trouvais dans un désert de sable noir, entourée d'un ciel mauve foncé à perte de vue. Il n'y avait rien d'autre autour de moi. Je me rendis aussi compte que je ne sentais pas mon cœur battre et que je ne sentais pas le besoin de respirer. Et en plus, j'avais froid. Je frictionnais mes bras à l'aide de mes mains.

-Si ça c'est le paradis, et bien ça craint à max.

-Vous n'y êtes pas encore. Fit une voix derrière moi.

En me retournant, je vis qu'il y avait une silhouette, assez grande derrière moi et elle avait une tête de chien.

Immédiatement, je baissais la tête en signe de révérence.

-Seigneur Anubis.

-Je ne pensais pas que vous alliez vous ôter la vie, vous êtes l'une des dernières personnes que je pensais capable de faire ça.

-Nous ne m'avez pas trop laissé le choix. Je vous ai prié plusieurs fois sans aucune réponse. J'ai dû employer les grands moyens. Je dois parler aux autres Dieux, surtout le Seigneur Thot.

Il me tendit juste sa main pour que je la prenne avec la mienne puis, avec sa deuxième main, il ouvrit le passage derrière nous. L'horizon se déforma et laissa place à un couloir doré, remplit de hiéroglyphes.

Il y avait d'autres personnes qui attendaient dans ce couloir, mais sous leurs regards assez…indescriptifs, le dieu Anubis me fit passer devant tout le monde. Hop-là, pass coupe-file pour bibi.

On arriva devant une grande porte en or, avec le symbole de la balance, le symbole du jugement.

Ce qui était étonnant, c'est que même morte, j'étais angoissée psychologiquement et j'avais les mains moites. Anubis ouvrit la porte et me fit pénétrer dans cette pièce baignée de lumière. Je reconnus de suite Thot, Mâat, Horus et Osiris qui était vers le fond.

J'y étais. Enfin !

Je vis à leurs yeux qu'ils étaient étonnés de me voir, le Seigneur Thot regarda son livre et lut à haute voix la cause de la mort. De suite, la déesse Mâat me regarda.

-Pourquoi vous êtes-vous suicidée ? Espérez-vous atteindre le paradis ainsi ?

-Pas le paradis, mais vous !

Horus et Osiris me regardait d'un œil curieux tandis que les autres semblaient…aréactifs. Je m'approchais du père et du fils au fond de la salle et de suite, mis un genou à terre et baissa la tête devant eux, je mis aussi mon tatouage en évidence.

-Seigneur Osiris, Seigneur Horus, je vous salue et m'excuse de vous apparaître dans ces circonstances mais disons que l'absence de réponse de vos « proches » m'ont obligé à utiliser cette alternative.

-Comment osez-vous parler directement à Osiris ? Ainsi qu'à son fils Horus ?

-Laissez-la parler. Ordonna Osiris.

-Relevez-vous, mademoiselle Mercier-O'Connell. Et expliquez-nous. Me demanda Horus.

Je me mis debout et remerciais les deux Dieux pour leur autorisation.

-Mes Seigneurs, j'ai dû utiliser des baies de belladone pour m'ôter la vie car depuis plusieurs semaines, je prie les autres Dieux, surtout le Seigneur Thot, de m'écouter, de m'apparaître mais en vain.

Horus regarda Thot d'un œil, lui demandant de se justifier.

-Les temps ont changé, les mortels n'ont plus besoin qu'on leur apparaisse. Expliqua le Dieu à tête d'ibis.

-Mais moi, j'avais besoin de vous, j'avais besoin de savoir, d'avoir les réponses à mes questions et vous seuls les détenez. Et si les temps ont changé comme vous le dites, pourquoi m'êtes-vous apparu par deux fois, la première fois à l'exposition Toutankhamon et la deuxième fois dans ce parc, après que mon père m'ait battu ? C'était il y a moins d'un an.

A son tour, Osiris me regarda et fit un geste de la main, me demandant de poursuivre.

-Ce jour-là, le Seigneur Thot m'a envoyé dans le temps, en 1925 en pleine Egypte. Il m'a accordé les bénédictions, lui ainsi que la Déesse Isis. J'ai su lire, comprendre, parler et écrire parfaitement l'arabe et l'ancien égyptien, j'ai eu aussi le don de guérison. Il m'a envoyé là-bas sans me dire pourquoi, j'ai été livré à moi-même dans un pays inconnu, dans une époque inconnue. Plusieurs mois après, j'ai reçu ce tatouage après avoir eu en rêve la cité d'Hamunaptra. Les symboles du Seigneur Thot et des Déesse Nephtys et Mâat. J'ai participé à l'excursion dans la cité des morts et j'ai aidé à renvoyer le prêtre Imhotep dans la mort. Et après ça, j'ai fait ma vie. J'ai fait partie d'une famille, j'ai eu une carrière…j'ai eu un compagnon.

En repensant à mes défunts amis, les larmes me venaient aux yeux.

-Et lorsque nous avons de nouveau battu Imhotep, ainsi que le Roi Scorpion, mon tatouage a disparu et j'ai été renvoyé à mon époque. Imaginez ma surprise quand j'ai découvert que j'ai beau avoir vécu presque dix ans en Egypte, pour mes proches, j'ai été dans le coma pendant seulement six mois.

-Comment cela a-t-il pu se produire ? Thot, répondez-nous ! Ordonna Osiris.

-Quand je l'ai envoyé dans le passé, son corps avait été très atteint à cause des coups portés par son père, je ne savais pas qu'elle allait survivre, c'est pour ça qu'elle a été bénie par Isis. Mais la bénédiction est restée alors qu'elle ne devait être que temporaire. Cela n'avait pas soigné la totalité de son corps en 2018, l'hématome à son cerveau était trop important.

-Et pour son renvoi dans son époque ?

-Votre frère, le Seigneur Seth, lui avait ôté sa bénédiction de guérison et lorsqu'elle a été blessée, ses blessures étaient trop importantes, si je ne l'avais pas renvoyé dans son époque, elle serait morte.

-Et voyez où j'en suis ! Morte dans deux époques différentes ! M'énervais-je.

-Deux ? S'étonna Horus.

-Disons que le Seigneur Thot a eu la bonne idée de laisser mon cadavre en 1934, tandis que je reprenais ma vie en 2019. Enfin, reprendre est un bien grand mot.

-Nous avons vu que vous aviez repris votre vie d'avant Mademoiselle Mercier, pourquoi vous êtes-vous suicidée alors ?

-Mercier-O'Connell, Déesse Mâat. Corrigeais-je. Et comment reprendre une vie d'avant quand j'ai cru avoir vécu un rêve tellement réel que j'ai eu un sentiment de vide en moi pendant des semaines ? J'ai cru devenir folle à me demander si c'était vrai ou pas. Et je vous ai prié tellement de fois sans réponse que ça n'aidait pas. Et en plus, vous m'avez renvoyée dans mon époque avec un petit cadeau. Merci pour m'avoir renvoyé dans mon corps de 2019 avec l'enfant d'Ardeth Bay en moi. Lui dis-je de façon ironique.

-Un enfant ?

-Oui Seigneur Osiris. Durant notre deuxième périple en Egypte, j'étais enceinte d'Ardeth Bay, chef des douze tribus Medjaï. Ce bébé a été envoyé en 2019, quand je me suis réveillée. Malheureusement, j'ai perdu cet enfant. J'ai l'impression que vous avez le don pour créer des familles pour les détruire Seigneur Thot.

-Expliquez le fond de votre pensée mademoiselle. Me demanda Horus.

-En me permettant de vivre aussi longtemps à cette époque, je me suis créée une famille. J'ai fait partie de la famille O'Connell, j'ai eu un cousin et une cousine par alliance, un neveu. J'ai aussi été la compagne d'un homme. Et ces deux familles ont été brisées suite à ma mort. J'ai pu retrouver mon neveu âgé en 2019 avant de le voir mourir de vieillesse, et il m'a tout raconté ! Sa famille s'est déchirée suite à ma mort, à un point qu'Alex s'est excusé que récemment auprès d'eux, sur leurs tombes. Il n'a jamais eu d'enfant à cause de tout ça. La famille O'Connell s'est éteinte avec lui. Quant à Ardeth Bay, il s'est laissé mourir à peine quelques mois après ma mort. Sans descendance lui aussi. C'est pour ça que je vous ai prié autant. J'avais besoin de vous voir pour vous demander quelque chose.

-Vous souhaitez changer le passé ?

-Je sais qu'on ne peut pas le changer Seigneur Osiris, mais si je suis arrivée à cette solution radicale de me suicider, c'était pour vous demander de me renvoyer là-bas. Je veux retourner vivre en 1934. Je ne voulais pas en partir, j'avais fait le choix de vivre à cette époque. Je ne suis plus à ma place en 2019.

-Vous nous demandez donc de vous renvoyez là-bas. Conclu le dieu faucon.

-Oui. Et si vous ne le pouvez pas, je retrouverai mes proches de l'autre-côté.

-Qui vous dit que nous en avons le pouvoir ?

-Vous êtes sérieux Seigneur Thot ? Vous l'avez fait deux fois pour moi, et vous avez aussi envoyé une autre femme dans le temps. La prêtresse de Séthi 1er et de Ramsès II, qui est devenue la maitresse officielle de ce dernier, ça ne vous dit rien ? Alors ne me faites pas l'affront de me dire que vous n'en avez pas le pouvoir, vous êtes tout de même le « Seigneur du temps », non ?

-Et quand est-il des affronts que vous nous avez fait ? Me demanda Mâat. Tous ses blasphèmes à notre encontre ?

A la fin de sa phrase, ma voix retentissait dans la pièce, récitant les insultes, le manque de respect que j'ai pu avoir sur eux :

« Ils ont bougé leur cul céleste »…« Si vous voyez les emplumés là-haut, engueulez-les de ma part. »… « je vais foutre un bordel monstre jusqu'à ce que ses enflures d'emplumés me répondent »… « Foutu emplumés de mes-deux. Des Dieux Anciens, vénérés par tous, mon cul ouais ! Pas foutu de nous apparaître alors qu'ils font de nos vies un enfer » … « ces emplumés méritent ces blasphèmes » … « Ils méritent plus que ces simples blasphèmes. Ils mériteraient qu'on leur arrache leurs plumes, qu'on les fasse tomber de leur piédestal, qu'ils deviennent de simples mortels afin qu'ils se rendent compte d'un dixième du bordel qu'ils mettent dans la vie des gens. »

Ouais, on peut dire que je me suis lâchée, mais ça faisait du bien. Est-ce que je continue sur ma lancée ?

-Vous savez Déesse Mâat, ce n'est pas parce que vous êtes des divinités que cela vous permet de jouer avec nos vies comme si on était des pions sur un échiquier. Nous sommes humains, avec des sentiments, des sensations. Si vous jouez comme ça avec nos destins, il faut que vous acceptiez la critique.

Deux fois dans ma vie, et ma mort, que je lui tiens tête, elle ne va pas aimer la mère Mâat. Bingo ! Je vois à sa tête qu'elle voulait m'incendier mais Osiris leva une main et le silence se fit partout dans la pièce puis il se leva.

-Autant de blasphèmes n'étaient peut-être pas si nécessaire certes, mais ils sont tout de même justifiés. Je peux affirmer que le Seigneur Thot a joué avec votre destin et qu'il aurait pu répondre à vos prières. Répondre aux prières de ceux qui nous pries a toujours été notre priorité. Même si nous avons de moins en moins d'adorateurs aux fils des années, nous nous devons d'écouter ceux qui restent fidèle à nous.

Horus se rapprocha à son tour, regardant un livre qu'il avait dans les bras.

-Et malgré l'époque dans laquelle Mademoiselle Mercier-O'Connell a grandi, elle a toujours cru en notre existence et en ce tribunal, voici ce qu'elle a dit à son ancien compagnon : « Et bien moi, j'aime me dire qu'il y a quelque chose après la mort. On a pu voir qu'avant l'ère Chrétienne, beaucoup de civilisation décrivait un passage vers l'au-delà, différent en fonction des origines. Pour moi, il y a eu trop de représentation de cet évènement pour que ça ne soit qu'un mythe ». Et malgré son changement d'époque, elle est restée dans le monde de l'Egypte.

-Mais…ses blasphèmes ? S'offusqua Mâat.

-Ils sont parfaitement pardonnables au vu de ce que nous l'avons fait subir. Dit Osiris.

Je ne lâchais pas le père et le fils du regard, pendue à leurs lèvres. Je voulais qu'ils me disent ce que j'avais vraiment envie d'entendre.

Allez-y…allez-y…dites-le !

-Seigneur Thot, Seigneur Anubis, exaucez son souhait, renvoyez-la en 1934. Et surtout, au plus proche de la date de sa mort. Ordonna Osiris.

A mes côtés, Anubis acquiesça de la tête tandis que Thot haussa les épaules. De suite, je me mis à nouveau à genoux et baissa la tête en signe de révérence et de respect.

-Je vous remercie Seigneur Osiris. Pour tout. Je ne cesserai jamais de croire en vous car je sais que vous existez. Et promis, je vais ralentir sur les blasphèmes.

Il réprima un rire et se remit sur son trône au fond de la pièce. Le Seigneur Thot posa sa main sur mon front et une chaleur se diffusa dans tout mon corps.

-Vous serez renvoyé au plus proche de la date de votre mort. Je ne peux pas faire mieux que ça.

-Merci Seigneur Thot.

-Le Seigneur Anubis va vous renvoyer vers le monde des vivants.

Puis, le Dieu ibis me tourna le dos et retourna à sa place, au niveau de son livre des morts à lui, celui qu'il utilisait pour annoncer le défunt au tribunal. Anubis posa sa main sur mon dos et me guida vers une porte, une autre que celle dont je suis rentrée. Cela nous mena à un autre couloir, vide d'âme en attente de jugement.

Une fois en dehors de cette pièce, je soufflais un grand coup, me rendant compte que je vais pouvoir retrouver ma famille de cœur, celle que je me suis choisie avec le temps. C'était assez ironique étant donné que je ne respirais plus depuis que je suis arrivée dans l'entre-deux.

Il me conduisit à l'extérieur de ce complexe. Il y eu un autre passage magique qui nous amena directement à l'extérieur. Le Dieu à tête de chien se mit face à moi et me prit les deux mains.

-Prête à retourner parmi les vivants ?

-Je crois que je n'ai jamais été aussi sûre de ma vie, quoi que…je l'ai aussi été quand j'ai choisi d'avaler ces baies de belladone.

-Alors libérez votre esprit. Ce sera indolore.

-Merci…pour tout.

Je pouvais sentir la magie opérer autour de moi. Je vis de la poussière dorée voler tout autour avec un vent. Mes cheveux volaient au rythme de son souffle. Regardant au-dessus de moi, je vis les nuages qui recouvraient le ciel se déplacer et laisser apparaître les étoiles. Je commençais à décoller du sol, m'envolant ainsi vers le ciel étoilé.

-Allez retrouver vos proches. Me dit Anubis avant de me lâcher les mains.

Une fois « relâchée », je me mis à voler de plus en plus haut, quittant le sol de l'entre-deux pour partir vers ce ciel, synonyme de vie à mes yeux, de liberté…de retrouvailles. Je regardais une dernière fois le sol où je vis le Dieu Anubis qui me fit un signe de la main. On peut dire que peu de personne peuvent se vanter de ça.

Je levai la tête et portai mon regard sur ce ciel étoilé, une des étoiles était plus grosse que les autres, plus je montais dans cette étendue infinie, plus elle venait à moi.

C'était elle…c'était mon billet de sortie…mon billet de retour.

Elle brillait de plus en plus, elle semblait irradier tout ce qu'il l'entourait. Je ne pouvais m'empêcher de sourire à sa signification.

Je vais vous retrouver…attendez-moi !

Je tendis le bras vers elle, il fallait que je l'attrape, cette étendue de lumière, signe de la vie que j'allais retrouver.

Elle se rapprochait encore plus, je ne voyais plus qu'elle désormais, tout autour de moi était baigné de lumière. Je sentais mon cœur reprendre ses battements, de petits pour commencer, puis de plus en plus fort.

-J'arrive. Soufflais-je.

Quelque chose semblait voler dans cette étendue de lumière, il flottait. C'était comme un petit diamant. Je tendis mon bras vers lui et l'attrapa du bout de mes doigts. A son contact, une nouvelle chaleur m'envahit.

J'ouvris les yeux et pris une grande bouffée d'air. J'essayais rapidement de me mettre assise pour mieux respirer mais ma tête cogna quelque chose. Je me rallongeai en frottant mon front.

Ça faisait mal !

Mais c'est sur quoi que je me suis cognée ?

Sous mes doigts, je sentais que la peau de mon front était sèche, tirée, et au vu de l'odeur, dans un bon stade de décomposition. Je ne pouvais pas voir grand-chose, il faisait noir, le noir le plus total.

-Enfoiré de Thot !

A peine ressuscitée que je blasphémais déjà, mais j'avais mes raisons. Il aurait pu me ressusciter vers les jours qui ont suivi Ahm-Shere mais non, il m'a ressuscité plus tard, quand j'ai déjà été enterrée.

En gros, j'ai été ramenée à la vie comme dans l'épisode de Buffy contre les vampires…

…Dans mon cercueil…