Monsieur Cigarette

OOC : Bonjour. Voici le deuxième oneshot appartenant à la collection de scènes coupées Défragmente-moi. Celui-ci se produit avant les évènements de Suis-moi, notamment pendant la période entre Final Fantasy VII et Dirge of Cerberus.

Warning : abus.

« Dis-moi ce que tu vois. »

Une voix.

Une main désignant une image colorée.

Lorsqu'il reconnut le motif, il répondit en butant sur les syllabes « Mako. »

« Bien. Et celle-ci ? »

Une autre image. Une qu'il apprécia bien plus. Il reconnut un animal.

« Chien. »

« Et celle-ci ? »

L'image du chien disparut pour laisser place à une autre, bien moins jolie. Il sentit l'autre main lui agripper l'épaule, l'obligeant doucement à poursuivre l'exercice de la bonne façon.

Il hésita avant d'articuler : « Pistolet. »

La main quitta son épaule. L'instant d'après, on lui tapota la tête pour le féliciter. « C'est bien. Tu as bien travaillé aujourd'hui. »

On lui donna quelque chose. Un bonbon au chocolat.

L'enfant le reçut et le porta à sa bouche. C'était bon. Il adorait ce goût.

Shiro ne se rappelait pas de son premier mot. Du tout premier mot qui avait jailli de sa bouche d'enfant. Ce n'était pas des choses qu'on lui disait, ici.

Du haut de ses deux ans, l'enfant commençait progressivement à prendre conscience de l'environnement qui l'entourait. Chaque jour était différent, mais Shiro en retenait l'essentiel et observait de ses yeux d'un bleu azure un schéma qui se répétait.

Il arrivait à retenir une pièce. La pièce dans laquelle il vivait. Un petit espace, sans fenêtre, aux couleurs grisâtres et tristes. Il y avait une porte que Shiro n'ouvrait jamais. Une seule porte. On lui disait qu'il était interdit de quitter cette pièce, que c'était dangereux dehors et qu'il serait puni s'il essayait de l'ouvrir.

La pièce était plutôt vide, à l'exception de deux choses qui avaient retenu l'attention de l'enfant : un récipient dans lequel il dormait quand il était l'heure de se coucher. Ce n'était pas très confortable de se tenir debout dedans, mais le sommeil débutait dès que le conteneur se refermait avant de se remplir de cette eau translucide qu'on appelait « Mako ». Dès que l'eau parvenait à niveau des yeux de l'enfant, il s'endormait presqu'automatiquement.

Parfois, il rêvait.

L'autre objet que contenait cette pièce était un enclos orné de barreaux métalliques blancs. Dès que le récipient se rouvrait et que l'enfant se réveillait, des bras le portaient pour le placer à l'intérieur. Shiro ne pouvait quitter cet enclos tant qu'il n'en avait pas l'autorisation. Quand il entendait le bruit de clés tourner dans la serrure, des bras surgissaient à l'intérieur de l'enclos pour le porter vers le grand fauteuil sur lequel on l'attachait.

C'était le moment que l'enfant aimait le moins : cela signifiait des piqûres. C'était désagréable, cela faisait mal. Parfois, il quittait ce fauteuil en ayant des vertiges, la tête qui tournait, la gorge qui brûlait, les oreilles douloureuses. Shiro pleurait, donnait des coups de pieds, tentait désespérément d'échapper à ce traitement.

Parfois, on le rassurait. On lui répétait que cela ne durerait pas. Qu'il aurait droit « à son goûter une fois l'épreuve passée. » La plupart du temps, Shiro était récompensé.

D'autres fois, c'était des avertissements. S'il ne se comportait pas bien, on appellerait quelqu'un qui serait bien plus méchant envers lui. Et après une crise de colère, l'enfant avait toujours peur de voir la porte s'ouvrir sur ce « méchant » qui rendrait les choses bien plus douloureuses.

Mais le plus souvent, il n'y avait que le silence. On piquait simplement le bras de l'enfant pour qu'il ne puisse plus bouger. Shiro ne pleurait plus, ne donnait plus aucun coup. Mais cela ne signifiait pas qu'il n'avait plus mal.

Cela durait longtemps... Au moins quatre heures. Quatre heures dans cette position, des bras, des mains le touchant, manipulant son corps sans que l'enfant ne comprenne pourquoi.

Puis, quand cela se terminait, Shiro était porté jusqu'à l'enclos. Puis, on lui donnait à manger. De la nourriture.

Un bonbon au chocolat.

Et ensuite, on « jouait » avec lui. Aujourd'hui, on lui faisait apprendre de nouveaux mots. C'était la partie de la journée qu'il préférait.

- Cela fait une heure que ça dure, marmonna une voix à l'extérieur de l'enclos.

Shiro reporta son attention sur l'autre personne.

Au-delà de la pièce, l'enfant avait retenu un autre élément : les personnes avec lesquelles il interagissait. Deux en tout. Celle qui jouait avec lui était une dame qui n'avait pas d'yeux, ni de nez, ni de bouche. Pendant un temps, Shiro s'était demandé s'il s'agissait de son vrai visage, mais parfois, quand il était attaché au fauteuil et qu'il criait à l'aide, d'autres entraient dans la pièce, vêtus de la même apparence. Il l'avait aperçue retirer cette chose qu'elle portait avant de la poser sur son bureau. Sans cette chose, elle était comme lui. Des yeux, un nez, une bouche. Mais la plupart du temps, elle cachait son visage.

Elle lui disait de l'appeler « Madame ». Et Shiro obéissait. Il l'appelait « Madame ». Parfois, Madame pouvait être gentille. C'était elle qui jouait le plus avec lui. C'était elle qui le rassurait quand on l'attachait à cet horrible fauteuil. Mais quand l'autre personne qui le visitait lui disait que ce qu'elle faisait n'était pas bien, elle ne contestait pas et abondait dans son sens.

L'autre personne était un homme vêtu d'une blouse blanche. Contrairement à Madame, il ne cachait pas son visage. Il avait les cheveux bruns, le visage pâle. Quand il ne le piquait pas, il observait de loin, ayant toujours à la main une « cigarette » (c'était bien le mot exact, n'est-ce pas ?). Il toussait beaucoup, mais il ne quittait jamais sa cigarette.

Il ignorait son vrai nom, comme pour Madame. Il connaissait seulement Madame/Monsieur. Alors, Shiro l'appelait simplement « Monsieur Cigarette ».

Shiro n'aimait pas l'odeur que la cigarette dégageait. Elle lui donnait envie de vomir et surtout, elle le mettait mal à l'aise. Tout comme Monsieur Cigarette en lui-même. Il ne jouait pas avec lui. C'était lui qui lui ordonnait de se tenir tranquille s'il ne souhaitait pas qu'un méchant entre dans la pièce pour le punir. Parfois, il lui donnait un bonbon si Shiro était sage. Mais la plupart du temps, il se contentait de rester à l'extérieur de l'enclos et l'observait de loin, faisant disparaître et apparaître sa cigarette comme par magie.

Madame répétait que Shiro devait beaucoup à Monsieur Cigarette. Sans lui, Shiro n'aurait pas droit à tout cela. Il n'aurait pas droit au récipient pour dormir. Il n'aurait pas droit à l'enclos. Il n'aurait pas droit aux jeux et il n'aurait pas droit aux bonbons. D'une certaine façon, Monsieur Cigarette était son sauveur.

Shiro la croyait. Alors, il ne disait rien.

- Je pense qu'il est temps qu'il aille se coucher, déclara Monsieur Cigarette, un halo de fumée sortant de sa bouche. On a autre chose à gérer.

- Qu'en dis-tu, Shiro ? lui demanda Madame. On va se coucher ?

L'enfant n'avait pas envie de se coucher.

C'était étrange. Il avait l'impression que la longueur des journées variait. Parfois, elles étaient longues et Shiro avait droit à plus. D'autres fois, elles étaient si courtes et Shiro n'avait pas sommeil quand on lui ordonnait de regagner son récipient.

- Histoire, murmura Shiro tandis que Madame ouvrait son enclos, l'invitant à sortir.

- Tu en as déjà eu une il y a deux jours, lui rappela Madame, le ton sévère.

- Histoire, répéta Shiro, le ton plus fort.

Quand Monsieur Cigarette était fâché, il fronçait les sourcils et Shiro comprenait qu'il n'avait pas été sage. Mais il n'en fit rien. Monsieur Cigarette lui adressa un regard dénué d'expression, avant de porter sa cigarette à la bouche.

- Histoire, compléta l'enfant une troisième fois.

- Shiro.

Il marqua une pause, avant d'ajouter, une dague dans sa voix :

- Doit-on vraiment appeler le Monstre ?

Le Monstre. Le méchant qui viendrait si Shiro n'obéissait pas. Les larmes aux yeux, Shiro secoua la tête.

- Non !

- Alors, tu obéis.

Il lui désigna le récipient et Shiro se laissa porter avant de se glisser à l'intérieur, en même temps que Madame appuyait sur les boutons pour le préparer à s'endormir.

- Je vous avais prévenue, Hilda, déclara Monsieur Cigarette.

- Je ne comprends pas, lui répondit Madame.

- Vous le gâtez trop. Les jouets, les histoires... Cela va trop loin. Vous le traitez comme s'il s'agissait d'un être humain. D'un enfant normal. Traitez-vous les animaux de la même manière ?

Un animal... comme le chien ?

- Il faut bien une récompense, lui adressa Madame. J'ai deux animaux de compagnie à la maison. Quand ils se comportent bien, je les récompense.

- A Deepground, la notion de récompense se perd, Hilda. N'oubliez pas votre place d'assistante. Si on veut que cette expérience soit un succès, il doit apprendre à survivre. Je n'ai pas envie de perdre mon temps et mon argent pour un éventuel échec. Surtout quand on connait les origines du sujet.

- Il n'a que deux ans.

- C'est déjà suffisant. Je ne veux pas qu'un collègue me vole ce projet.

Monsieur Cigarette poussa un soupir.

- Au moins, il y a le conteneur Mako. Il fait ses nuits. On ne l'entend pas brailler en continu. Autrement, je ne serais pas aussi patient.

- Oh, fit Madame, penaude.

- Pff, grogna Monsieur Cigarette en faisant une grimace. Lorraine ne nous laisse pas dormir une nuit entière. Elle est plus bruyante que sa sœur Mitsuko à son âge. Dire qu'Eleonora souhaite un troisième enfant... Vivement la retraite.

Des mots que l'enfant ne comprenait pas...

Mais ses yeux se fermèrent au même moment où l'homme écrasa sa cigarette, Shiro glissant progressivement dans l'inconscience.

Cette nuit, il espérait rêver. Au moins, rêver du chien qu'il avait rencontré via l'image lors de l'exercice.


« Tu as été sage aujourd'hui, Shiro. »

Une dernière piqûre...

Une fois qu'on le détacha de l'horrible fauteuil, Shiro se laissa porter jusqu'à l'enclos. Madame lui donna son bonbon au chocolat et demeura à l'extérieur, à côté de Monsieur Cigarette.

- Je n'ai pas l'impression qu'il ait été très sage, soupira l'homme. Il n'a pas arrêté de rechigner, notamment quand on lui a injecté l'acide. Je suis assez pessimiste quant à la résistance de son corps.

- Il a le corps pur, lui rappela Madame.

Etait-ce une bonne chose ? Être pur ?

Shiro ne comprenait pas ce terme.

- Si son corps ne résiste pas à tous les types de produits, cela signifie que je perds mon temps.

- Peut-être qu'il aura un frère ou une sœur qui lui sera bien plus résistant ? proposa Madame.

- Je ne le crois pas. Hormis celle-ci, les autres expériences se sont soldées par un échec. Une fausse couche, un mort-né... Je pensais que le programme d'imprégnation serait bien plus florissant mais ce n'est pas le cas. On est coincés avec lui et il ne nous apporte même pas le quart de ce qu'il devrait nous apporter.

Les yeux de Monsieur Cigarette se braquèrent sur Shiro et l'enfant ne put s'empêcher de se raidir.

Il avait froncé les sourcils.

- Tiens, Shiro.

Madame fit signe à l'enfant de s'approcher. Toujours enfermé dans son enclos, Shiro se rapprocha au maximum de la porte pour voir ce que Madame souhaitait lui montrer.

Tiens. Une boîte. Une boîte carrée, reliée à des fils...

- Boîte, murmura l'enfant.

- Une boîte qu'on appelle la télévision, lui répondit Madame. Aujourd'hui, comme tu as été très courageux, on t'autorise à regarder la télévision.

- ... Télé...

Shiro ne parvint pas à achever sa phrase.

Puis, des images apparurent sur la drôle de boîte.

Des images sur des petits bonhommes comme Madame dessinait sur le tableau au feutre. Des bonhommes qui se déplaçaient dans un mélange de bleu et de vert, se tenant par la main tout en chantant, un sourire joyeux sur leurs visages.

Shiro écarquilla les yeux, complètement obnubilé par ce à quoi il assistait.

C'était...

« Allons ensemble voir les étoiles. » chantonna l'un des personnages.

Il ne sut pas pourquoi, mais voir ces images, entendre cette musique...

Shiro se sentit... bien. Comme si une douce chaleur avait atteint son cœur. Tandis qu'il regardait les bonhommes bouger, il en oublia presque la présence de Madame et de Monsieur Cigarette qui étaient pourtant dans la même pièce que lui.

En réalité, il en oublia la pièce. Il en oublia la porte qui ne s'ouvrait jamais. Il en oublia l'enclos dans lequel il était enfermé, l'horrible fauteuil, le récipient...

Il entendit seulement Monsieur Cigarette s'adresser à Madame, réprobateur :

- Vous avez osé. J'espère sincèrement que vous n'êtes pas en train de vous attacher à lui pour oser faire une telle chose.

- ... Non, Monsieur. Aucun risque.

Shiro les ignora.

Captivé par les images, il eut l'impression de pénétrer dans un autre monde.

Un monde qui n'était pas le sien.


Après cela, Shiro eut droit à la boîte après chaque expérience.

S'il se comportait bien, il eut droit à la télévision. Il eut droit à de nouvelles images, avec les mêmes bonhommes dans des décors différents.

A chaque fois, ils chantaient. Et Shiro se prenait à humer cet air entraînant.

Il eut l'impression que les choses devenaient bien plus simples quand il oubliait la pièce dans laquelle il vivait. Quand il oubliait Madame et Monsieur Cigarette, quand il se laissait aller dans ce monde si merveilleux, où il n'y avait pas de piqure ni d'horrible fauteuil...

Tout devenait plus joyeux, tout devenait bien plus coloré...

Shiro espérait que ces bonhommes existent et qu'ils viendraient lui rendre visite...

« Madame ? »

Mais un jour, lorsqu'on le réveilla, Shiro remarqua que Madame n'était pas présente.

Il n'y avait que Monsieur Cigarette.

Ce dernier lui adressa un sourire tandis qu'il portait la cigarette à sa bouche.

- Madame a été mutée sur un autre projet, l'informa simplement Monsieur Cigarette.

Shiro... ne sut pas comment réagir face à cela.

Devait-il se sentir triste ?

A la place, il porta son attention sur la boîte. La télévision laissée à l'abandon. Il s'attendait à ce que, comme chaque jour, les personnages apparaissent sur la boîte pour l'accueillir.

- Il n'y a plus que nous deux. Toi et moi.

Monsieur Cigarette suivit son regard.

Après avoir enfermé Shiro dans l'enclos, il se dirigea vers la porte qu'on n'ouvrait jamais. Il frappa dessus à trois reprises.

- Que quelqu'un vienne récupérer la télévision dans la salle 206. On n'en a plus besoin.

Shiro ne comprit pas sur le coup.

Mais dès qu'il eut terminé avec l'horrible fauteuil, Monsieur Cigarette n'alluma pas la télévision. Il se contenta seulement de lui donner un bonbon.

Shiro se mit à pleurer. Il croyait qu'il verrait les bonhommes à l'écran.

- Doit-on appeler le Monstre ? le menaça Monsieur Cigarette.

L'enfant ne répondit pas.

Finalement, Monsieur Cigarette l'agrippa par le bras et le plaça de force dans le conteneur, avant d'appuyer sur les boutons.

Shiro s'endormit, les larmes aux yeux.

Le lendemain, la boîte avait disparu.


« Ton corps a très bien réagi... »

Shiro se rendit compte que Monsieur Cigarette lui parlait plus qu'avant, maintenant que Madame était partie. Même quand il était attaché à l'horrible fauteuil.

Monsieur Cigarette n'était plus aussi distant qu'avant. Il ne fronçait plus les sourcils. Non. Il lui souriait davantage. Shiro avait l'impression qu'il était plus gentil. Auparavant, c'était Madame qui lui faisait la conversation.

« Tiens. Un bonbon. »

Shiro le reçut. Au moins, il n'avait pas oublié les bonbons.

Mais il regrettait tellement la boîte... il aurait aimé revoir les bonhommes.

« Tu as été très sage, Shiro. »

Monsieur Cigarette apparut dans le champ de vision du garçon, un grand sourire aux lèvres. Shiro faillit tousser en raison de l'odeur de la cigarette, mais il ne souhaitait pas que l'homme fronce les sourcils.

« Je n'avais pas réalisé à quel point tu étais si important... si prometteur... »

Shiro remarqua qu'il avait écrit des informations sur le tableau blanc.

« On dirait qu'on est partis sur de mauvaises bases, toi et moi. Mais ce n'est pas grave. On peut recommencer à zéro. On a tellement de projets à mettre en œuvre, toi et moi. Tu acceptes de m'aider, n'est-ce pas ? »

L'enfant ne répondit pas. Encore une fois, il ne comprit pas.

« Peut-être que bientôt, on pourra ouvrir la porte. »

Les yeux de Shiro s'écarquillèrent.

La porte ? Parlait-il de la porte qu'on n'ouvrait jamais ?

« Cela t'intéresse ? Tu es excité ? »

Oui ! Oui !

Il voulait ouvrir la porte !

Il voulait voir ce qu'il y avait de l'autre côté ! Il y avait-il des bonhommes comme dans la boîte ?

Monsieur Cigarette glissa sa main dans ses cheveux blancs.

Pendant un instant, Shiro eut mal au ventre suite au contact. Mais cela ne dura pas. Monsieur Cigarette fut interrompu par un coup frappé à ladite porte. Il quitta Shiro pour répondre.

De l'autre côté, Shiro entendit la voix grave d'un homme quand bien même la porte demeurait fermée.

- Monsieur... On a une demande provenant directement du département en charge du programme d'imprégnation.

- Et donc ?

- Ils pensent que le sujet... (Shiro ne retint pas l'appellation), serait bien plus docile et performant si on la laissait voir son petit.

Le regard de Monsieur Cigarette se durcit.

- Pardon ? Est-ce que vous réalisez combien cette pente est glissante ? Il n'en est absolument pas question.

- Ils souhaiteraient savoir comment les sujets réagiraient entre eux. Laisser l'enfant voir l'un de ses parents... On pourrait menacer la mère de s'en prendre au petit si elle ne fournit pas des résultats positifs pour la SHINRA.

- C'est une mauvaise idée. Elle pourrait en profiter pour s'enfuir avec.

- Elle est à bout, Monsieur...

- Ce n'est pas mon problème. Qu'est-ce que vous allez suggérer, bientôt ? Qu'il rencontre son père ? Comme si Hojo et Restrictor allaient autoriser une telle chose.

Mère... Père... ?

Les mots résonnèrent dans l'esprit de l'enfant sans qu'il n'en comprenne la signification.

- Son père est un psychopathe. Une bête féroce qui va mettre son propre fils en pièces. Chez les animaux, les mâles sont des piètres parents. Il est hors de question que ce projet soit sali parce que quelqu'un a souhaité se donner bonne conscience, c'est clair ? Tout ce qui importe est le profit, rien de plus.

La conversation se termina. Quand Monsieur Cigarette revint vers lui, Shiro prétendit regarder ailleurs pour ne pas attirer l'attention sur le fait qu'il avait écouté l'échange.

A nouveau, Monsieur Cigarette lui caressa les cheveux et Shiro eut à nouveau mal au ventre.

- Je ne laisserai personne te mettre en pièces, Shiro. Je suis ton ami. Ton seul ami et ton protecteur. Tu as un tel potentiel.

Shiro fut attiré dans les bras de Monsieur Cigarette.

Le mal de ventre s'amplifia.

- Tu es tellement important pour moi.

Néanmoins, l'enfant hocha la tête, sans détacher son regard de la porte.

Bientôt, elle s'ouvrirait.

Bientôt, il découvrirait ce qu'il y avait de l'autre côté...

- Viens sur mes genoux, Shiro. Je vais te faire un câlin...

Viens sur mes genoux...

Shiro s'exécuta, quand bien même il essaya de ne pas regarder Monsieur Cigarette et restait concentré sur la porte.


« C'est le grand jour, Shiro. »

Shiro avait trois ans quand il put enfin sortir.

Impatient, Shiro n'arrivait pas à se tenir tranquille. Excité comme une puce, ses yeux bleus azure brillaient tandis que Monsieur Cigarette ouvrit le récipient pour l'accueillir dans ses bras.

« Qu'est-ce qu'on dit ? Ne suis-je pas bon envers toi ? »

Shiro hésita, avant de répondre :

- Merci.

- Bien.

A nouveau, Monsieur Cigarette lui caressa les cheveux. Shiro détourna le regard, mais quand l'homme lui tendit la main, Shiro la lui prit sans rechigner.

Il allait enfin sortir !

Il allait enfin savoir ce qu'il y avait de l'autre côté !

La porte s'ouvrit sous ses yeux.

Shiro suivit Monsieur Cigarette difficilement, quand bien même il n'avait qu'une envie : lâcher sa main et courir pour découvrir ce qu'on avait à lui montrer.

Ils tombèrent sur un couloir obscur, aux couleurs aussi tristes que celles de sa pièce.

Shiro fut un peu déçu. Il repensa aux bonhommes, aux couleurs que lui montrait la boîte. Tout était bien plus coloré.

Mais il se disait que ce n'était pas grave. Peut-être que les couleurs apparaîtraient au bout, à la fin de ce long couloir ?

Comme les bonhommes ? Ils viendraient pour lui. Ils chanteraient ensemble...

Shiro trépigna d'impatience.

Et quand Monsieur Cigarette ouvrit une porte, les yeux de l'enfant s'écarquillèrent.

Rien.

Juste un grand enclos, plus grand que le sien, au centre de la pièce.

Etait-ce ce qu'il y avait derrière la porte qui ne s'ouvrait jamais ?

Des portes et des enclos ? Comme la pièce dans laquelle il vivait ?

Monsieur Cigarette sourit à Shiro avant de l'y conduire.

« Tu vas voir, Shiro. Cela va te plaire. »

Dans la pièce, il y avait d'autres personnes portant la même apparence que Madame autrefois. Tous vêtus de blanc, qui observaient la scène avec attention.

Shiro fut poussé à l'intérieur de l'enclos et Monsieur Cigarette l'y enferma. Inquiet, l'enfant attendit.

Il ne comprenait pas ce qui se passait.

« Est-ce que l'expérience est prête ?

Il s'adressait aux autres en blanc.

Shiro sentit la panique monter. Il avait envie de sortir. De retourner à son récipient, à son propre enclos.

Il n'aimait pas cela.

Puis, la porte se rouvrit à nouveau.

Un autre homme en blanc apparut, tenant quelque chose au bout d'une corde qui n'avançait pas. L'homme dût tirer sur la corde pour forcer la chose à entrer.

Un sinistre grognement résonna.

Shiro trembla comme une feuille, la peur l'envahissant quand il remarqua la créature sans yeux, vêtue du même vêtement orné de Mako que celui que portait Shiro, marcher à quatre pattes, la bave découlant de sa mâchoire acérée.

Cela ne ressemblait pas un chien...

Mais c'était tout ce que connaissait Shiro. Cette créature ressemblait à un chien sans en être un.

Les larmes aux yeux, Shiro demeura tétanisé sur place alors que l'individu et la créature s'approchaient de l'enclos.

« On commence l'essai avec le Beast Soldier. »

Beast Soldier...

La créature garda les yeux rivés au sol.

Mais quand on ouvrit l'enclos, c'en fut trop.

Shiro ne put réprimer un hurlement de terreur dès que la créature pénétra à l'intérieur.

La créature releva la tête vers lui et gronda, menaçante. Le dos courbé, il tourna autour de l'enfant, les crocs en avant, prêt à bondir.

Shiro chercha de l'aide. Il chercha du regard quelqu'un ou quelque chose qui pourrait le sauver !

Monsieur Cigarette demeurait à l'extérieur de l'enclos, sa cigarette en main, assistant à la scène avec un sourire excité.

C'était ça ?

C'était ça, ce qu'il y avait derrière la porte qu'on n'ouvrait jamais ?

Shiro ne retint pas ses cris. Il hurla, pleura, supplia avec les seuls mots qu'il connaissait pour qu'on vienne le secourir.

Personne ne bougea.

Personne ne réagit.

La créature prit son élan et sauta sur l'enfant.

La dernière image que Shiro vit fut celle de ses crocs s'ouvrant pour le dévorer.


« Tu as bien mérité un bonbon. »

Pour la première fois depuis qu'il connaissait le goût, Shiro ne reçut pas le bonbon en chocolat. Il ne chercha pas à le manger.

Il avait mal... tellement mal...

Le seul confort qu'il avait réussi à obtenir fut celui de revenir dans la pièce dans laquelle il vivait, même avec l'horrible fauteuil.

Il ne voulait plus voir cette porte. Il ne voulait plus voir Monsieur Cigarette.

« Voyons, Shiro. Ne me dis pas que tu boudes ? Je croyais que tu étais grand. Est-ce que les grands font des caprices ? »

Il voulait juste... revoir la boîte.

Revoir ces bonhommes... revoir ces images... entendre à nouveau cette musique...

Monsieur Cigarette fit un geste pour lui toucher les cheveux.

Ne supportant pas son contact, ses maux de ventre réapparaissant à chaque fois qu'il le touchait, Shiro émit un mouvement de recul.

L'instant d'après, une violente douleur lui brûla le dos. Shiro hurla d'agonie.

C'était la première fois qu'il sentit le contact de la cigarette.

Cela lui fit encore plus mal que les crocs acérés de la bête qui l'avait attaqué derrière la porte qui ne s'ouvrait jamais.

Sauf que ce n'était pas la bête qui avait utilisé cette cigarette sur son dos. C'était celui avec qui il vivait. Tous les jours.

Shiro avait peur.

Il avait tellement peur. Monsieur Cigarette retira l'objet mais cela n'atténua pas la douleur pour autant.

Quelqu'un...

Que quelqu'un vienne !

« Ce sera la punition à chaque fois que tu te comporteras mal, Shiro. Tu m'as entendu ? » le menaça Monsieur Cigarette, une expression de colère sur son visage. « Tu as de la chance que je n'appelle pas le Monstre. »

Monsieur Cigarette se détourna de lui.

« On y retourne demain. »

Shiro cria.

Il ne voulait pas y retourner !

« Tu n'as pas le choix. Je suis ton seul ami ici. Je suis le seul qui peut te protéger. Demain, tu y retournes. Autrement, tu m'es inutile. »

Shiro se recroquevilla, croyant qu'il utiliserait à nouveau la cigarette parce qu'il avait protesté.

A la place, il l'écrasa et se rapprocha de Shiro pour le soulever dans ses bras, avant de s'asseoir.

« Viens sur mes genoux, Shiro. »

Shiro eut une brusque envie de vomir.

L'instant d'après, il rendit.

Puis, tout devint noir autour de lui.


Tous les jours, il eut peur.

Tous les jours, il eut mal.

Shiro avait parfois envie qu'on n'ouvre pas le récipient dans lequel il dormait. Quand on l'y enfermait quand l'heure était de se coucher, l'enfant se sentait presque soulagé.

Tous les jours, on l'emmenait dans un enclos.

On l'obligeait à endurer tout cela... pas seulement des créatures comme celle qu'il avait rencontré la première fois, mais d'autres qui étaient bien pires.

Des serpents... des insectes... des choses bien plus grandes que lui... des créatures cruelles...

Shiro ne comprenait pas pourquoi il devait faire cela. A chaque fois, il suppliait, personne ne venait l'aider.

Personne pour le protéger.

Je suis ton seul ami.

Et Monsieur Cigarette... même quand il ne sortait pas, la douleur ne devenait que plus violente. Et pas seulement quand il était attaché à l'horrible fauteuil...

« ... Aujourd'hui, nous allons filmer une nouvelle expérience. »

Il entendait Monsieur Cigarette bouger derrière lui.

C'était comme s'il suffoquait... comme s'il n'arrivait plus à respirer...

« Donc, tu vas ôter tes vêtements et tu vas t'injecter toi-même ce produit dans ton corps. »

Non... Les expériences qu'il mettait en place empiraient de jour en jour.

Shiro pleurait, mais depuis le temps, il savait que c'était inutile. Monsieur Cigarette le brûlait quand il protestait.

Il n'y avait rien d'autre. Quand avait-ce été la dernière fois qu'il avait souri ?

« Shiro. Tu m'as entendu ? Dois-je me répéter ? Tu vas ôter tes vêtements et tu vas t'injecter toi-même ce produit. »

Sa vue se brouilla.

- Tu es assez grand pour le faire, maintenant. Cette fois-ci, c'est pour voir comment ton corps résiste si tu t'injectes de l'acide.

Shiro pâlit à ses mots.

- S'il vous plaît...

Peut-être avait-ce été son premier mot.

S'il vous plaît...

- Tu enlèves tes vêtements et tu prends cette seringue. Dois-je encore te montrer où injecter ?

Il aurait presque voulu que Monsieur Cigarette l'enferme dans un enclos avec une autre de ces créatures.

- Shiro. Arrête de faire tes caprices. Tu n'as pas le choix. Tu es seul ici. Si tu désires voir le lendemain, tu dois te montrer utile. Ou tu le fais toi-même, ou je t'avertis que ce sera douloureux. C'est ce que tu désires ? Réellement ? Dois-je allumer la cigarette ?

Shiro se couvrit le visage.

- Non ! supplia-t-il, sa voix se brisant.

- Ton corps est puissant. Il ne devrait pas y avoir d'effets, Shiro, reprit-il d'une voix plus douce. Tu n'as pas à avoir peur.

- Non !

Pitié...

- Allez. Si tu obéis, je te donnerais une sucrerie. Un bonbon au chocolat. Je sais que tu les adores. Ce sont ceux que tu préfères.

Arrête ! Arrête !

Il ne voulait plus rien entendre. Il en était même venu à détester les bonbons au chocolat ! Tout ce qui lui rappelait Monsieur Cigarette !

- Et ensuite, tu viendras sur mes genoux et je te ferais un câlin.

Viens sur mes genoux, Shiro...

Il détestait cette phrase plus que tout...

- Tu es tout seul, Shiro.

- Non ! Non ! NON !

- Tu veux que j'appelle le Monstre ?

Il... il ne voulait pas...

Monsieur Cigarette perdit patience et compta jusqu'à trois.

Shiro garda les yeux clos, ses épaules montant et descendant tandis qu'il sanglotait.

Il voulait juste... revoir la boîte... revoir les bonhommes... revoir les couleurs...

Finalement, Monsieur Cigarette l'empoigna et le retourna, lui arrachant son haut d'un geste sec.

Puis, Shiro sentit le contact de la cigarette sur sa peau.

Et les images disparurent.


Shiro avait compris que cela ne servait à rien de protester, de lutter.

Monsieur Cigarette avait raison. Il était tout seul. Personne ne viendrait le secourir. Il répétait qu'à Deepground, il ne devait compter que sur ses seules capacités dans le but de survivre. Il devait montrer qu'il était le plus fort.

« Qui sait ? » lui avait déclaré un jour Monsieur Cigarette tandis qu'il le conduisait à un nouvel affrontement, le guidant à travers les couloirs. « Il se peut que tu deviennes suffisamment fort pour affronter l'Empereur de Deepground lui-même. »

Il avait souri, amusé.

« Cela serait très intéressant. »

Shiro n'avait pas compris.

Il avait cessé d'essayer de comprendre. Le visage fermé, Shiro se laissait guider aveuglément, se moquant bien du reste.

Alors qu'ils passaient devant une porte close, l'atmosphère changea soudainement.

Malgré lui, Shiro s'arrêta et se tourna vers la porte qui demeurait fermée devant lui.

Un frisson lui traversa l'échine dès l'instant où il abaissa le regard.

Il vit, à ses pieds, des tentacules noirs s'agiter comme des serpents...

Il aurait même cru entendre des pleurs...

Mais ce fut bref. Shiro avait à peine cligné des yeux que les tentacules avaient déjà disparu.

C'était tellement étrange... Les couleurs étaient tristes, mais il avait l'impression que tout s'était assombri dès l'instant où il était passé devant cette porte.

Il entendit des murmures... des bribes à peine audibles... intrigué, Shiro ferma les yeux pour écouter attentivement.

Quelqu'un de l'autre côté...

Quelqu'un pleurait...

Quelqu'un appelait...

« Shiro. »

Monsieur Cigarette lui saisit l'épaule pour le forcer à avancer. Shiro n'entendit plus rien quand bien même il en savait davantage.

Il n'était pas le seul ici. Il y avait d'autres personnes comme lui qui avaient mal tous les jours ?

« Weiss »...

Ce fut le seul mot que Shiro avait entendu.


Un jour, on apporta une autre boîte. Pas celle que Shiro connaissait et avec laquelle il avait rencontré les bonhommes.

De nouvelles images apparurent. Des images étranges. Des hommes, des femmes nus, sans vêtement...

Shiro les voyait interagir, s'étreindre, s'embrasser...

Une fois que les image disparurent, Monsieur Cigarette s'était approché de lui, une lueur indéchiffrable dans ses yeux.

« C'est tout à fait normal. Tôt ou tard tu seras amené à regarder, à jouer à des jeux d'adulte... »

Il n'avait pas aimé. Cela ne l'avait même pas intéressé.

Shiro aurait préféré revoir les bonhommes.

« Viens sur mes genoux, Shiro. »

Shiro ne supportait plus le contact de Monsieur Cigarette. Quand ce dernier essayait de l'étreindre, de le placer sur ses genoux, Shiro avait toujours l'impression qu'il était sur le point de vomir.

Parfois, Monsieur Cigarette l'embrassait dans le cou.

Shiro n'aimait pas cela.

Mais il ne luttait pas. Il se laissait faire.

Parce que s'il luttait, il avait droit à la cigarette.

Et après, Monsieur Cigarette lui donnait un bonbon au chocolat qu'il ne mangeait pas.


Tout pris fin un jour. Comme ça, sans crier gare. Shiro n'y avait même pas été préparé.

Monsieur Cigarette était devenu moins amical. Il ne lui demandait plus de monter sur ses genoux. Il semblait... préoccupé.

Inquiet.

A travers la porte qui s'était ouverte, Shiro avait entendu des bruits de mouvements. Des cris, des appels... comme si quelque chose d'effrayant était en train de se produire.

Mais Monsieur Cigarette ne disait rien à Shiro.

« Un Météore... Président SHINRA évacué... »

Ce furent les seules bribes qui atteignirent les oreilles de l'enfant.

Après une ultime expérience, il l'avait simplement reconduit au récipient. Alors que Shiro se préparait à s'endormir, il entendit les derniers échanges de Monsieur Cigarette avec un homme en blanc.

- Vous avez évacué votre famille ?

- Bien sûr. Eleonora, Mitsuko et Lorraine sont en sécurité.

- Qu'en est-il de lui ?

L'assistant désignait Shiro, bien sûr.

- On ne l'emmène pas ?

Monsieur Cigarette dévisagea l'enfant sans aucune émotion.

Il ne souriait plus.

Il était juste... indifférent.

- Qui s'en soucie ? avait-il seulement entendu lui répondre.

Puis, Monsieur Cigarette avait appuyé sur le bouton, endormant Shiro pour la dernière fois.


Il ne saurait exactement dire ce qui s'était passé.

Shiro savait seulement qu'il s'était réveillé un jour, à l'intérieur du récipient brisé...

Il n'y avait plus de trace de Mako. Il n'y avait qu'un enfant dans un récipient. Le récipient dans lequel il dormait.

Il n'y avait plus la pièce... seulement l'extérieur. Ce qui resta de la pièce s'illustra par des décombres, des ruines. Quelque chose avait détruit les murs qui l'avaient enfermé durant des années.

Le silence avait été le plus insupportable. L'esprit de l'enfant était brouillé. Il ignorait où il se trouvait, ce qu'il allait devenir...

Il s'était réveillé d'un profond sommeil et avait l'impression d'avoir perdu ses souvenirs. Une grande partie d'entre eux, du moins.

Pendant un instant, Shiro eut envie de rester dans son récipient. Il ne voulait pas le quitter, il ne voulait pas sortir...

Qu'est-ce qui l'attendait, dehors ?

Pourquoi devait-il sortir ?

Shiro s'était recroquevillé, se sentant complètement perdu. Il n'avait pas peur... mais il était perdu.

Il se souvenait seulement d'une chose.

Une boîte.

Une boîte avec des couleurs. Des images.

Il ignorait pourquoi mais le simple fait de penser à cette boîte le réconforta.

Ce fut cette pensée qui le motiva à sortir.

C'était peut-être idiot... mais il devait se raccrocher à ce qu'il connaissait. Une boîte...

Un endroit où il se sentirait en sécurité.

Alors qu'il marchait à travers les décombres, Shiro trouva une arme par terre. Un revolver.

Etrange... il savait s'en servir. Mais où avait-il appris à... ?

Il préféra ne pas se poser de question et le garda à la main. Au moins, les créatures le laisseraient tranquille.

Il leva la tête.

Le plafond n'existait plus.

Il y avait seulement...

Le ciel.

Il avait entendu parler du ciel. Mais les couleurs de celui-ci étaient également tristes.

Il devait trouver la boîte...

Il devait... la trouver.


Pendant des heures, Shiro chercha la boîte. Il chercha les images.

Mais il ne trouva rien. Rien du tout.

Il avait cherché partout. Il avait tout fouillé. Il n'avait rien trouvé.

Tu es tout seul.

Shiro s'était effondré à genoux et s'était mis à pleurer. Il appela à l'aide pour la dernière fois.

Il ne reverrait jamais la boîte.

Il avait tout essayé... maintenant, il n'y avait plus rien à faire.

« Weiss. »

Puis, alors qu'il croyait que tout était perdu, la voix émana des ténèbres.


Au final, il avait trouvé cette boîte. Il avait retrouvé les couleurs, les images qu'il recherchait.

Il l'avait enfin récupéré, mais pas seulement.

Il avait trouvé une boîte. Mais il avait aussi trouvé un toit.

Et quelqu'un qui l'avait invité à venir avec lui.

Mais au début, Shiro n'eut pas confiance. Il n'eut nullement confiance en cet être de ténèbres qui prétendait être son oncle. Qui disait qu'ils étaient de la même famille et qui avait promis de le protéger.

Qui répétait qu'ils étaient seuls ensemble contre le monde qui était trop dangereux.

Pour une raison étrange, cela lui avait ravivé de mauvais souvenirs.

Je suis ton seul ami.

Mais quand Shiro émettait le souhait de ne pas être touché, Nero respectait sa volonté. Il savait toutefois qu'il le blessait en le rejetant.

Mais au moins, l'enfant trouvait du réconfort quand il visionnait les images de la boîte. Ou plutôt, de la télévision. Nero l'invitait à utiliser ce terme et Shiro en prit l'habitude.

« Tu veux regarder avec moi ? » lui demanda un jour Shiro, alors que Nero était sur le point de quitter la dimension pour le laisser dormir, comme d'habitude.

Derrière son masque, Nero avait haussé les sourcils.

Il comprenait. Shiro, qui s'était montré si méfiant envers lui, l'invitait à s'asseoir avec lui pour visionner un dessin animé qu'il avait regardé une dizaine de fois, mais qu'il adorait.

« C'est plutôt drôle », argumenta Shiro d'une petite voix tandis qu'il se décalait pour lui laisser la place.

Il avait senti Nero hésiter.

Mais au final, son oncle s'était approché et avait pris place à ses côtés pour regarder avec lui.

Il ne comprenait rien au dessin animé, aux images, à l'histoire, et Shiro prit plaisir à lui expliquer chaque détail.

Le silence était tombé entre eux, le contact des ténèbres de Nero le berçant progressivement.

Tandis que le dessin animé se terminait, les paupières de Shiro se refermèrent et il laissa tomber sa tête contre l'épaule de son oncle, ne luttant plus contre le sommeil.

Alors qu'il s'endormait, il sentit que Nero l'avait enveloppé dans une couverture pour lui tenir chaud.

Il comprit alors qu'il était en sécurité.