La Pâtisserie Dorée

OOC : Bonjour à tous. Voici un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place au cours de la période de cinq ans entre Rejoins-moi et Reste avec moi. J'espère que vous apprécieriez ! Sur ce, bonne lecture !

Comme chaque jour, la cloche sonnait la fin des cours.

Une fois n'était pas coutume. Depuis qu'il avait repris l'école, Shiro avait acquis le même rituel et avait développé les automatismes d'un enfant normal, ce à quoi il avait toujours aspiré. Il rangeait ses livres et cahiers en silence, il enfilait sa veste et, après quelques « au revoir » échangés avec ses voisins de table, il se rendait dans la cour pour attendre près de la grille.

Shiro observa l'extérieur, se laissant aller à ses pensées. Généralement, les parents étaient déjà présents et attendaient presqu'impatiemment que leurs propres enfants fassent apparition, goûter en main. A cette vision, l'enfant aux cheveux blancs ne put s'empêcher de se remémorer les premiers jours assez difficiles de son entrée à l'école primaire.

Il se rappelait vaguement des moqueries de ses camarades, des parents d'élèves parlant dans son dos sur son propre compte, notamment par rapport à son apparence...

Ces choses faisaient désormais partie du passé pour Shiro. Aujourd'hui, on pouvait parler dans son dos, il s'en moquait bien. Il avait prouvé sa dominance et, au-delà de certains parents qui le dévisageaient parfois comme une bête curieuse, Shiro n'avait plus été embêté par ses camarades de classe. Mais même à l'époque, cela n'avait pas été la chose la plus douloureuse à supporter.

Non. Ce qui avait été le plus douloureux avait été le fait qu'il n'y avait eu aucun parent pour l'attendre à la sortie des cours. Ni son père, ni sa mère qui venaient l'accueillir à la fin de la journée. Cela avait été toujours quelqu'un du groupe d'ex-AVALANCHE, en particulier Tifa, qui assurait les cours et le récupérait pour le ramener chez lui.

Shiro se souvenait combien il avait eu mal autrefois.

« Shiro ! »

Quand il entendit son nom, un sourire apparut sur le visage du jeune enfant. Il se retourna et remarqua une silhouette élancée apparaître, sortant d'une voiture qu'il connaissait bien. Immédiatement, il courut dans sa direction pour étreindre sa mère Ophelia qui lui rendit son câlin avec autant d'enthousiasme.

- Tu as passé une bonne journée ? Tu m'as manquée, l'accueillit Ophelia avec un sourire.

- C'était qu'une journée, lui rappela Shiro.

- C'était quand même long, lui répliqua sa mère tandis qu'il montait dans la voiture.

Une fois installé, Ophelia lui tendit une part de tarte au chocolat et à l'orange. Sa préférée. Tout de suite, Shiro la reçut avec plaisir.

- J'ai encore du travail, dit Ophelia tandis qu'elle faisait démarrer le moteur. Mais on a un peu de temps. Je peux faire une pause. Tu vas tout me raconter.

- D'accord mais j'ai un rendez-vous avec une tarte, approuva Shiro tandis qu'il déballait le papier pour glisser la part de tarte dans sa bouche, articulant difficilement en mangeant. Aujourd'hui, on a eu maths ! C'était nul !

Ophelia pouffa, compréhensive alors que la voiture quittait le parking de l'école.

- Evite de t'étouffer. Mais j'imagine bien.


Oui. Tous les jours, le même rituel.

Ils revenaient à la « Pâtisserie Dorée » dans laquelle ils vivaient tous les deux depuis maintenant presqu'un an. Shiro s'asseyait au comptoir de la boutique pour faire ses devoirs en même temps qu'Ophelia servait les derniers clients. Quand elle avait un peu de temps libre et que la Pâtisserie était déserte, sa mère venait parfois lui donner un coup de main.

« Monsieur Polk a un problème de voiture en panne... Oh non, pitié ! » gémit Shiro.

Cela ne lui avait pas manqué. Et manifestement, cela n'avait pas manqué à sa mère non plus. Le visage d'Ophelia se décomposa à la lecture du problème. Elle se mit à tousser pour exprimer son impuissance.

« Euh... Peut-être que... bon, euh. Ce n'est pas difficile ! Enfin, ce n'est pas de mon niveau. Tu devrais essayer ceci, non ?

- La maîtresse dit que ce n'est pas la bonne méthode.

- Oh, soupira Ophelia en se frappant le visage, l'air abattu. Pourquoi changer la méthode ? Tu as quelqu'un qui pourrait t'aider ?

Shiro leva les yeux au ciel.

- Mouais. Sauf qu'à chaque fois que je demande de l'aide pour des maths, cela se termine dans du sang et des larmes. Demande à Cid ou Barret.

- Shiro ? répondit Ophelia, confuse.

- Oh. Je plaisante, Maman. Je plaisante.

A chaque fois qu'il relisait un problème de maths, il ne pouvait pas s'empêcher de visualiser le visage de son oncle s'il découvrait le résumé. La dernière fois qu'il avait essayé de l'aider, le cahier de maths avait atterri malencontreusement sur la tête de Reno. Dès qu'il se remémorait ce souvenir, Shiro ne pouvait pas s'empêcher de ricaner intérieurement. Est-ce que cette excuse remarcherait une deuxième fois ?

Non. Sa mère ne serait pas d'accord, bien sûr. Alors qu'il jetait un coup d'œil par-dessus son épaule pour surveiller sa mère sortir des gâteaux du four, il ne put s'empêcher de se répéter qu'il avait parcouru du chemin depuis qu'il avait quitté la dimension des ténèbres.

Découvrir le monde des humains, y habiter, retourner à Deepground et revenir auprès de la mère qu'il n'avait pas connue durant huit ans...

Aujourd'hui, il obtenait ce qu'il souhaitait. Une vie d'un enfant normal dans le monde des humains. Là où il appartenait.

Et non une vie à Deepground, en tant qu'enfant soldat, héritier au service de l'Empereur...

Shiro grimaça à cette pensée. Au début, la cohabitation avec Ophelia avait été distante. Mais sa mère avait répété qu'ils prenaient leurs marques et apprenaient à se connaître peu à peu. Shiro avait eu peur, pendant un temps au moins, que sa présence la dérangerait, qu'elle ne finisse par changer d'avis et ne décide de l'abandonner encore.

Comme la première fois...

Puis, un jour, cela avait été le déclic. Ophelia avait quitté le Wutaï, son pays d'origine, pour s'installer à Edge. Seulement parce qu'elle savait que Shiro y avait ses amis. Elle avait ouvert sa pâtisserie ici et quand ils y avaient enfin emménagé, Shiro avait compris qu'il n'y avait plus lieu de s'inquiéter. Néanmoins, Ophelia avait parfois encore des moments où elle avait l'air... ailleurs, tendue quand elle posait son regard sur Shiro, mais heureusement ils ne duraient jamais très longtemps.

Shiro et sa mère s'étaient enfin retrouvés et elle n'avait plus l'intention de le laisser partir. Sa présence lui convenait et c'était réciproque.

Même si... Par moment, Shiro ne pouvait pas s'empêcher de se poser des questions sur les sentiments de son oncle. Même s'il l'avait laissé partir, même si maintenant, Shiro vivait ici sans lui et quand bien même ils se voyaient fréquemment, environ deux fois par semaine, il se demandait s'il prenait bien la situation. Si Nero n'allait pas craquer et lui demander de revenir habiter avec lui...

Non. Non, il ne devait pas repenser à cela. L'enfant reporta son attention sur le problème qu'il relisait au moins pour la cinquantième fois sans comprendre.

Ce fut à ce moment-là que la porte de la pâtisserie s'ouvrit.

Tous les jours : le même rituel, se répétait Shiro.

Hormis pour cette fois-ci.

Ce jour marqua la première fois où il le rencontra.

Un homme entra dans la pâtisserie et se dirigea vers le comptoir. Comme d'habitude, Ophelia l'accueillait avec le même sourire professionnel.

« Bienvenu à la « Pâtisserie Dorée. » Que puis-je faire pour vous ? »

Mais l'homme n'était pas là pour des gâteaux. Il lui demanda, un peu penaud, la direction d'un bus à prendre. Shiro ne comprit pas bien. Malgré lui, l'enfant se retourna et écouta d'une oreille. Ophelia lui donna l'itinéraire.

- Oh, quel idiot je fais. Heureusement que je suis tombé sur vous et que vous m'avez montré la voie.

- Aucun souci. C'est avec plaisir.

L'homme se gratta la nuque, gêné.

- Hmm... Je vais peut-être vous acheter quelque chose. C'est la moindre des choses pour votre aide. Oh. Ce sont des spécialités Wutaïennes ?

- En effet, Monsieur. De toutes sortes.

- Oh. Votre mari doit être gâté.

Le sourire d'Ophelia trembla un peu quand bien même il ne disparut pas de son visage.

- Je n'ai pas de mari, dit-elle sur le ton qu'elle prenait comme pour s'excuser.

- Oh, je suis si indiscret ! Je pensais qu'une si belle femme comme vous...

Shiro remarqua du coin de l'œil qu'Ophelia avait rougi. Malgré lui, l'enfant ferma son cahier pour se retourner vers la scène qui se produisait derrière lui, les bras croisés.

L'homme était plutôt baraqué et imposant. Il était roux et portait une moustache qui lui recouvrait la bouche. Ses yeux noirs étaient si petits qu'ils disparaissaient derrière ses gros sourcils. Il sourit à Ophelia, avant de désigner maladroitement les gâteaux qu'il désirait. Alors qu'Ophelia les emballait, l'homme se redressa.

- Mon nom est Chris. Je viens d'emménager dans le quartier.

- Bienvenu dans le quartier, Chris, lui souhaita Ophelia. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à venir ici. Je vous renseignerai avec joie.

- Oh. Maintenant que vous le dites, j'aurais peut-être besoin d'un guide... Si vous n'êtes pas trop occupée, bien sûr. Une si ravissante et majestueuse jeune femme telle que vous doit être bien prise.

Ophelia ne put s'empêcher de glousser, embarrassée.

- Je pourrais me libérer, dit-elle, le ton énigmatique.

- Donnez-moi votre numéro, alors. Je vous contacterai sous peu, dans ce cas.

- Ophelia, se présenta-t-elle.

Du point de vue de Shiro, la scène était plutôt étrange. Pas besoin d'être expert pour comprendre que ce Chris draguait ouvertement sa mère, mais c'était quelque chose qu'il n'avait l'habitude de voir que dans les films. A moins que cela ne se passe comme ça dans la réalité, quand quelqu'un voulait aborder une personne qui lui plaisait. En tout cas, Shiro n'oserait pas faire comme Chris. Et l'idée qu'il flirte avec sa mère devant lui l'ennuyait un peu, quand bien même il se garda de commentaires.

- Hâte de vous revoir, Ophelia, la salua Chris avec un sourire charmeur, avant de tourner les talons pour quitter la boutique, ses emballages sous le bras.

Une fois que le carillon retentit et que la porte se referma, le silence tomba.

- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Ophelia, remarquant que Shiro la contemplait avec curiosité.

- ... Rien.

Shiro fit semblant de prendre intérêt au problème qu'il n'avait toujours pas résolu.

Il préférait oublier cette scène qui s'était déroulée quelques instants auparavant.

Mais derrière lui, sa mère ne l'avait pas oubliée.


Sa mère avait changé de comportement.

En réalité, Shiro le sentait. Sa mère était devenue distraite. Elle oubliait parfois des choses qu'elle n'oublierait pas en temps normal. Même si elle était toujours acharnée sur son travail, il remarquait qu'elle était bien plus souvent obnubilée par son téléphone, comme si elle attendait des messages d'une personne particulière. Parfois, elle souriait sans raison.

Quand il en avait parlé à Marlène, cette dernière avait suggéré qu'elle était peut-être amoureuse.

Shiro n'avait pas osé la croire. Jusqu'à ce qu'Ophelia ne le prenne un jour à part dans sa chambre. Alors qu'elle lui apportait sa tarte au chocolat et à l'orange, elle s'était assise à son bureau, le regard sérieux, comme quand elle était sur le point d'aborder un sujet important avec lui.

« ... Shiro. Est-ce que cela te dérangerait si je te disais que j'ai rencontré quelqu'un ? »

Shiro l'avait fixée comme deux ronds de flancs.

Ophelia baissa la tête, comme si elle lui avait avoué une bêtise sans que cela n'en soit une.

- Parce que... je vois quelqu'un. Il s'appelle Chris. Il est au courant que j'ai un fils et... je souhaitais t'en parler plus tôt.

Honnêtement, Shiro ne se souvenait pas de ce qu'il avait ressenti, la première fois qu'elle lui en avait parlé. Avait-il été heureux de l'apprendre ? Avait-il eu peur qu'elle ne l'abandonne à nouveau ? Avait-il été en colère, jaloux ? Un mélange combiné de toutes ces émotions ?

Il ne saurait le dire. Il avait simplement hoché la tête, compréhensif, en gardant toutefois le silence.

- Je te promets, Shiro, lui adressa Ophelia alors qu'elle lui prenait la main, que rien ne changera entre nous. Tu seras toujours mon fils et je t'aimerai toujours, d'accord ? Le fait qu'un homme entre dans ma vie ne changera rien. Il y aura juste... une personne supplémentaire à prendre en compte.

- Hm.

Shiro s'était détourné d'elle. Il avait fini de manger sa tarte.

- Je pense que... une présence masculine serait bénéfique pour toi, dit Ophelia. Et Chris travaille aussi. A nous deux, l'argent ne sera pas un problème et tu auras accès à plus de choses que tu souhaites.

Oui. Il n'en doutait pas. Ophelia avait parfois refusé de lui acheter des choses qui lui faisaient envie. Des jouets, des livres, des animés... Parfois, ses refus agaçaient l'enfant. Il avait des cadeaux à la fin de l'année et lors de ses anniversaires, mais autrement, Ophelia économisait pour autre chose de plus essentiel.

- Qui sait ? dit Ophelia. Tu pourrais peut-être l'apprécier et le percevoir comme une sorte de modèle.

Shiro avait jeté un coup d'œil à « Terre » qu'il avait rangé à sa place habituelle, contre le mur.

Il ne sut pourquoi il avait répondu de cette manière :

- Cela ne me dérange pas que tu voies quelqu'un, mais je n'appellerai pas Chris « papa », l'avait-il averti sérieusement. Je l'appellerai seulement Chris.

- Shiro...

- J'ai déjà un père.

Nero avait fini par accepter qu'il l'appelle de la sorte. Plus « Papa Nero », mais bel et bien « Papa ». Après tout, son père biologique ne reviendrait pas, n'est-ce pas ?

Prends soin de Nero, mon fils.

Ophelia n'avait pas caché sa déception mais elle avait compris les attentes de Shiro. Les deux s'étaient enlacés et Shiro s'était seulement dit que sa mère méritait d'être heureuse, quand bien même une part de lui souhaitait encore garder sa mère pour lui tout seul, maintenant qu'il l'avait retrouvée.

Non. Il était grand, maintenant.

Mais avec du recul, il se disait qu'il aurait dû jouer au gamin capricieux qui ne souhaitait pas partager sa mère. Peut-être que les choses auraient été différentes et que cela aurait dissuadé Chris de continuer.


Au début, Chris vint une fois par semaine.

Puis, deux fois. Trois fois, avant de venir tous les jours à la « Pâtisserie Dorée ». Il y dormait tous les soirs.

Et Chris avait fini par venir avec sa valise et s'était installé chez eux. Au bout d'à peine quelques semaines.

« Alors, Shiro », lui demanda Chris avec un grand sourire, un soir où ils étaient tous les trois au restaurant. « Que veux-tu faire quand tu seras grand ? »

Shiro avait haussé les épaules.

- Je ne sais pas encore.

- Ouah, tu m'as l'air d'être un fort gaillard ! Et tu te maintiens en forme, aussi !

- J'ai subi un bon entraînement, dit Shiro lorsque sa mère l'incita du regard à entamer la conversation.

Chris parut ravi.

- N'hésite pas à t'inscrire à l'armée. Je serais ton piston. On a toujours besoin de jeunes forts comme toi, dit-il alors qu'il commandait un second verre.

Au début, Shiro avait trouvé Chris... aimable. Il parlait beaucoup. Parfois, il venait le chercher à la sortie de l'école quand la pâtisserie était pleine. Il n'hésitait pas à lui proposer des balades, une sortie « entre hommes » comme il l'aimait l'appeler. Mais il était assez gentil. Bon, il prenait un peu la place et il était parfois assez lourd au niveau de l'humour, mais Ophelia disait que c'était sa façon à lui de créer des liens, de faire connaissance. Shiro n'avait pas l'habitude de ce genre de personne, mais peut-être Chris s'entendrait-il bien avec Cid.

- Oh ! Un karaoké ! s'écria Chris. Hé, laissez-moi en profiter.

Il s'élança vers la scène et attrapa le micro. Il s'adressa à la salle remplie de clients.

- J'ai une chanson d'amour destinée à la plus merveilleuse des femmes ce soir ! Accueillez bien fort Ophelia ! cria-t-il en la désignant du doigt.

Les joues d'Ophelia avaient rosi de plaisir et avaient mimé de grands gestes en direction de Chris pour lui dire que c'était trop, mais elle appréciait bien l'attention. Chris avait commencé à chanter un refrain assez connu et Shiro ne put s'empêcher de pouffer. Il chantait assez faux, mais Ophelia le fusilla du regard pour qu'il se tienne tranquille.

Peu importe. Sa mère était heureuse, c'était tout ce qui comptait. Shiro pouvait bien lui accorder cela et laisser une chance à Chris. Qui sait ? Peut-être qu'ils deviendraient par la suite de bons amis.


Un jour, Shiro partit en week-end à la pêche avec Chris. Tous les deux, sans Ophelia, étant donné qu'elle travaillait.

« On est bien ici, non ? » lui demanda Chris une fois que les deux furent positionnés dans une barque. « Entre hommes, sans quelqu'un qui surveille derrière toi... Avoue que cela t'a manqué de ne pas avoir ta mère dans les pattes. »

Shiro ignora ce dernier commentaire. Il regarda sa canne à pêche en fronçant les sourcils.

- Je vais te montrer comment on pêche, Shiro, lui adressa Chris.

- Je sais déjà pêcher, l'informa Shiro alors qu'il posait sa canne à pêche dans la barque.

Mais ce n'était pas sa manière de faire.

Shiro scruta l'eau attentivement, repérant un poisson qui nageait près de la barque.

Puis, lorsqu'il le vit se rapprocher, l'enfant s'était jeté dans l'eau, avant d'en ressortir, victorieux, tenant le poisson à bout de bras qui gigotait dans tous les sens.

Alors qu'il le remettait à l'eau, Chris le toisa avec une certaine confusion, avant qu'une grimace n'apparaisse sur son visage.

- Ce n'est pas la bonne manière de faire. J'ignore qui te l'a appris, mais ici, on n'est pas chez les sauvages.

Shiro écarquilla les yeux, toisant Chris avec incrédulité. Avait-il bien entendu ?

- Et en plus, tu as mouillé tes habits. Tu n'as aucun vêtement sec.

- C'est une manière de faire, lui adressa Shiro d'une voix sourde.

- Bon, Shiro...

Chris posa sa canne à pêche, fixant Shiro droit dans les yeux alors que l'enfant remontait à bord.

- Cela fait quelques semaines qu'on vit ensemble, maintenant. Franchement, j'essaie d'être cordial avec toi, je suis sympa, je viens te chercher à la sortie des cours, je t'accorde un week-end de pêche, je fais des choses pour toi et ta mère et toi, tu ne fais aucun effort pour m'accepter.

Shiro garda le silence. Chris plissa les yeux et secoua la tête avant de poursuivre, réprobateur :

- Tu sais que tu fais énormément de peine à ta mère ? En agissant ainsi ? Tu n'es pas très juste envers elle.

- Je ne...

L'enfant ne parvint pas à trouver de réponse tellement la question le choqua. Cela lui paraissait absolument insensé ! Pourquoi ferait-il de la peine à Ophelia ?

Mais et si Chris disait vrai ? Peut-être était-ce le cas ? Peut-être qu'Ophelia ne lui disait rien pour ne pas le blesser ? Il ne l'avait jamais remarqué, en tout cas.

- Tu sais, je te considère comme mon fils, lui adressa Chris. Tu devrais me rendre cette affection. Cela enlèverait une épine du pied.

Malgré lui, Shiro se figea au terme « fils ».

- Désormais, tu pourrais m'appeler « Papa », lui dit-il. Cela ferait énormément plaisir à Ophelia, Shiro.

Est-ce qu'il plaisantait ? Shiro se retourna vers Chris pour le dévisager, cherchant la moindre trace d'humour dans son regard.

Non. Il était complètement sérieux.

- Non, refusa-t-il catégoriquement.

Il avait déjà un père, son père. Hors de question qu'il appelle Chris « papa », surtout pas au bout de quelques semaines.

Suite à ce refus, Chris mit immédiatement un terme au week-end, furieux. Il n'avait rien dit, mais il avait seulement ordonné froidement à Shiro de ranger ses affaires. Il répéta qu'Ophelia serait vraiment déçue de lui, qu'il était égoïste et ne montrait rien devant ses efforts... Lorsqu'ils rentrèrent à la maison, Shiro l'entendit simplement rapporter à Ophelia que « son gosse s'était mal comporté avec lui. »

La première fois, Ophelia l'avait grondé.

Et suite à ce week-end, Shiro savait déjà que lui et Chris ne seraient jamais amis.


Ce week-end fut le début d'une série d'incidents qui ne cessèrent pas de déconcerter Shiro.

Ces incidents ne touchaient pas directement Shiro. Non. Néanmoins, ils impliquaient Ophelia, mais l'enfant assistait à tout.

Au début, cela ne fut pas grand-chose. Des remarques par-ci par-là.

« Ophelia ? Ne t'ai-je pas demandé de ranger mes pantalons dans le tiroir du bas ? N'ai-je pas été clair par rapport à ça ? »

« Ouah. Tu as beau être belle, tu n'es pas une flèche. »

« Comment ça, tu es trop « fatiguée » ? Pense à moi qui me lève à six heures du matin tous les jours pour emmener ton gosse à l'école. Et tu me dis que tu es trop fatiguée pour sortir ? »

Shiro ne disait rien, mais il n'aimait pas cela. Il observait seulement la réaction d'Ophelia pour savoir si c'était un comportement normal et si elle acceptait ses remarques.

Ophelia se contentait de répondre la même chose : « je suis désolée, je ferais plus attention. »

Elle souriait, mais Shiro la connaissait : il savait que cela la blessait.


Une autre fois, alors que Shiro rentrait seul de l'école, il trouva Chris au comptoir, avec Ophelia. Profitant que la boutique soit vide, les deux étaient plongés dans la paperasse.

« Oh, bonjour, Shiro », lui adressa Ophelia avec un sourire fatigué.

Posant son cartable sur la table, Shiro leur demanda ce qu'ils faisaient.

- On a décidé de mettre la « Pâtisserie Dorée » à nos deux noms, expliqua Chris. Comme j'ai de nombreuses idées pour la développer et que, de cette façon, Ophelia pourra se reposer plus facilement avec moi comme remplacement, on s'est dit que c'était la meilleure solution.

Shiro fronça les sourcils, portant son attention sur Ophelia.

La « Pâtisserie Dorée » lui avait toujours appartenu. Elle s'était toujours débrouillée par elle-même. Etait-ce réellement ce qu'elle souhaitait ?

- Ce sera plus simple, répéta Ophelia comme avec un automatisme. Pour nous trois. Je pourrais venir te chercher plus facilement et être bien plus présente pour toi.

- Maman, tu sais... Tifa ou quelqu'un d'autre peut venir me chercher. Tu n'as pas à faire ça.

Ophelia était sur le point de lui répondre quand Chris l'interrompit, reprenant le sujet initial concernant la paperasse. En même temps que Shiro s'éloignait, il l'entendait échanger, ou imposer, ses nouvelles idées sur l'avenir de la pâtisserie de sa mère.

« Les tartes aux fèves Da-Chao ? Tu n'y penses pas. Il faut vraiment être attardée pour envisager une telle idée... On n'a pas besoin des envahisseurs Wutaïens qui envahissent davantage notre belle région. »

Shiro ferma les yeux, essayant de ravaler les sentiments négatifs qui menaçaient de prendre le dessus.

C'était la Pâtisserie de sa mère. Pas celle de Chris. Elle appartenait à Ophelia et elle seule.


Malgré les dires de Chris, Ophelia ne fut aucunement plus présente comme cela avait été convenu au départ.

Non. Bien sûr, elle venait chercher Shiro à la sortie de l'école, mais elle travaillait toujours autant. Voire plus qu'avant car, suite aux belles idées de Chris qui consistaient à complètement réinventer la pâtisserie en proposant des choses plus traditionnelles, les clients désertaient. Shiro était jeune pour tout comprendre mais il observait en silence ce qui se passait. Alors, Ophelia redoublait ses heures de travail et non seulement elle devait se lever très tôt pour préparer ses desserts, mais elle devait assurer la fermeture car Chris était toujours dehors à vaquer ses propres occupations.

« Maman, laisse-moi t'aider », dit Shiro une fois où elle fut prise de vertiges, l'obligeant à s'arrêter momentanément.

Ophelia se prit le visage, pâle comme un linge. Shiro laissa tomber ses devoirs pour lui prêter assistance. Cela faisait plusieurs jours qu'elle était dans cet état. Elle avait besoin de repos.

« Ophelia », l'appela Chris alors qu'il faisait irruption dans l'arrière-boutique pour les rejoindre. « Ne t'ai-je pas dit d'aller faire les courses ? »

Cette fois-ci, Shiro ne chercha pas à taire ses sentiments et le fusilla du regard.

- C'est quoi, cette expression ? cracha Chris, piqué au vif.

- Maman est fatiguée ! Elle a besoin de repos. Tu ne le vois pas ou quoi ?

- Et alors ? Moi-même, j'ai mal au dos. Le frigo est vide. On a besoin de faire les courses maintenant.

- Et pourquoi tu ne vas pas les faire toi-même, ces courses ? Après tout, tu as du temps libre ! lui rétorqua Shiro en retour.

Shiro plongea ses yeux d'un bleu azure dans les yeux noirs de Chris, dans une expression de défi. Manquant de défaillir, Ophelia eut à peine la force de se lever.

- J'y vais, dit-elle d'une voix faible.

- Bravo, c'est bien ! fit Chris, ironique.

Shiro secoua la tête, toisant sa mère avec incrédulité. Comment pouvait-elle accepter cela ? Il la forçait à sortir alors qu'elle était au bord du malaise et elle obéissait sans discuter ?

Finalement, pour soulager sa mère, Shiro se porta volontaire pour cette corvée. Au moins comme ça, il changerait d'air. Néanmoins, quand Chris le raccompagna pour lui préciser ce qu'il devait rapporter (de l'alcool, notamment), Shiro ne lui accorda pas un regard.

Pas question de se laisser faire.

Alors qu'il prenait un sac de courses, il croisa Tifa et Cloud qui entrèrent dans la boutique, leur fille Aerith dans une poussette. Shiro leur adressa un vague bonjour en même temps qu'Ophelia se dépêcha de rejoindre le comptoir pour les accueillir d'un sourire qu'elle se voulait convaincant.

- Tout va bien, Ophelia ? lui demanda Tifa avec inquiétude.

Elle n'était pas dupe. Elle avait très bien remarqué son état.

- Oui, oui, prétendit la jeune femme.

- Il n'y a pas l'air d'avoir beaucoup de clients en ce moment, releva Cloud en regardant les alentours, dubitatif.

- Oh. C'est parce qu'Ophelia a changé sa carte, prétexta Chris avec un grand sourire qui s'apparenterait à celui d'un requin. Forcément, cela ne plait plus aux gens. C'est ce que je lui ai dit. Mais je suis persuadé qu'ils reviendront bientôt.

Menteur, pensa Shiro amèrement. C'était lui-même qui avait changé cette carte. Ne pouvant plus en supporter davantage, il ouvrit la porte de la boutique à la volée avant de la claquer derrière lui.

- Shiro !

Il entendit Tifa le rattraper. Tout de suite, elle posa une main sur son épaule pour le forcer à la regarder, une expression concernée sur son visage.

- Est-ce que tout va bien ?

Cette question.

Shiro ne chercha pas à mentir. Il ne ferait pas comme sa mère. Mais il n'avait pas envie de se laisser emporter par ses émotions et encore moins devant Tifa.

- Non. Rien ne va, acheva-t-il avant de tourner les talons pour se diriger vers le supermarché le plus proche.

Il devait se calmer.


« Où est-ce que tu vas ? » lui demanda Chris lorsqu'il vit Shiro faire son sac. « Tu ne comptes pas fuguer, j'espère ? »

Si seulement il le pouvait, pensa Shiro.

- Je vais chez mon père, lui répondit simplement l'enfant, ne souhaitant pas entrer dans les détails.

- ... Ton... ?

Les yeux de Chris s'écarquillèrent de stupéfaction.

Voyons. Etait-il tellement égocentrique qu'il ne se rendait pas compte que Shiro quittait la maison plusieurs fois par semaine ?

Même si, en ce moment, au fur et à mesure que la situation empirait, ses escapades devenaient plus fréquentes qu'avant. Il savait que cela peinait Ophelia, mais Shiro n'arrivait plus à supporter cette atmosphère. Toujours les critiques, les mensonges de Chris et l'état d'Ophelia qui empirait...

Non. Il avait besoin de s'échapper. Il avait également besoin de voir son oncle.

- ... Ophelia ne m'a jamais dit qu'elle fréquentait encore ton père, déclara Chris d'une voix blanche.

En quoi cela le concernait ?

Comme si elle avait écouté la conversation, Ophelia entra dans la pièce. Immédiatement, elle se justifia :

- En réalité... il s'agit de son oncle. Le frère de son... père, expliqua-t-elle d'une voix éteinte.

A nouveau ce regard.

C'était comme si elle revivait un mauvais souvenir.

- On ne se fréquente pas, l'informa-t-elle avant que Chris ne lui pose la question. Je... je ne l'ai même jamais vu. Mais Shiro le voit régulièrement.

Chris la toisa avec suspicion. Pourquoi est-ce qu'Ophelia lui disait toutes ces choses ?

Avait-elle peur qu'il soit jaloux? Mais de quoi serait-il jaloux?

Ce fut à ce moment-là que Shiro reconnut cette émotion dans le regard de sa mère. Ce mouvement de recul, la manière qu'elle avait de se recroqueviller sur elle-même...

Non.

Sa mère... avait peur de Chris ?

- ... Et tu l'appelles ton père alors qu'il ne s'agit que de ton oncle ? grinça Chris, sans changer d'expression.

- Cela ne te regarde pas, lui adressa Shiro avec insolence.

- Comment oses-tu me parler sur ce ton ? cria Chris en levant la voix, s'avançant vers Shiro.

Tout de suite, Ophelia intervint.

- Excuse-toi, Shiro !

- Non !

Sans ajouter quoi que ce soit, Shiro claqua la porte derrière lui, laissant Ophelia et Chris seuls.


« Qui est-ce que je dois tuer ? »

Ces mots résonnèrent dans les oreilles de Shiro.

Assis sur la terrasse, faisant face aux montagnes de la dimension dans laquelle siégeait le nouveau Deepground, Shiro n'avait pas desserré la mâchoire de la soirée. Il ne voulait pas penser à sa situation chez lui. Il ne voulait pas penser à Ophelia et encore moins à Chris.

Jusqu'à ce que Nero lui pose la question.

- Personne, dit Shiro sans le regarder. Tu ne dois tuer personne.

Même s'il ne supportait plus Chris, il fallait un seul mot de travers pour que Nero ne décide de le traquer et le tuer. Shiro n'avait pas envie de s'attirer des ennuis.

- Qu'est-ce que cet humain fabrique encore chez toi ? lui demanda Nero, sans détacher ses yeux magenta de Shiro.

Bien sûr. Ils avaient beau être dans des dimensions parallèles, Nero gardait toujours un œil sur lui quand bien même Shiro lui avait dit de ne se mêler de rien.

Oui...

Pourquoi était-il encore chez lui ?

Il n'avait rien à faire là, en plus.

- Je pensais que tu serais plus heureux de retourner dans le monde des humains, soupira Nero en regardant le ciel. Mais j'imagine que j'avais tort.

- ... Je suis plus heureux.

Il ne voulait pas rentrer à Deepground, quand bien même ce moment partagé avec son oncle était une bouffée d'air frais.

Oui. Chris était seulement... un inconvénient.

- Il pourrait venir ici, dit Nero. On pourrait s'exercer à la chasse avec les autres soldats. Il serait une proie parfaite.

- Non, Papa. N'insiste pas ! le réprimanda sévèrement Shiro. Tu avais promis de ne pas t'attaquer au monde des humains.

- ... Il a voulu prendre la place de ton père.

Shiro baissa le regard.

Quand il évoquait le terme de « père », il ne se désignait pas lui-même. Il faisait toujours référence à Weiss et à personne d'autre.

- Je ne dis pas que je ne souhaite pas le chasser de chez moi, expliqua Shiro. Mais sans le tuer, tu vois. Je veux juste qu'il laisse ma mère tranquille.

Bien sûr, si Nero pouvait se contrôler, nul doute qu'il lui demanderait de lui faire peur afin qu'il ne revienne jamais.

La réponse de Nero ne se fit pas attendre :

- Si j'interviens, ce sera pour le tuer. Je le tuerai pour toi si tu m'y autorises. Et je ne vais pas me mêler des affaires d'Ophelia quand elle ne sait pas gérer les siennes, compléta-t-il avec une rancœur apparente dans son ton.

Bien sûr... Shiro était sa priorité. Jamais il ne lèverait un doigt pour Ophelia. Elle avait beau être sa mère, elle restait la femme avec qui Weiss avait eu Shiro.

Quelque part, cela soulageait Shiro. Plus Deepground demeurait séparé du monde extérieur, plus la sécurité était assurée.

Mais cela ne signifia pas qu'il accueillit sa réponse de manière positive.

- Je trouverai un moyen seul, déclara Shiro avec pessimisme alors qu'il se levait pour rejoindre sa chambre.


Puis, vint ce fameux jour.

Le jour où Shiro remarqua des marques sur les poignets d'Ophelia.

Au début, il crut mal voir. Mais il avait assez fait d'entraînement pour reconnaître des ecchymoses.

« Maman ? » lui cria-t-il, tout de suite catastrophé par ce qu'il venait de découvrir. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Ophelia avait détourné le regard. Immédiatement, elle couvrit son poignet avant de répondre :

- ... C'était un accident.

Elle semblait... honteuse.

Bien sûr.

Bien sûr, Shiro savait que c'était un mensonge. Qui aurait honte d'un accident ?

- Maman... S'il te plaît... quitte-le. Dis-lui de partir !

Il la supplia presque. Cela ne pouvait pas continuer comme ça.

La réponse d'Ophelia le soulagea grandement.

- ... Je vais le faire. C'est allé trop loin, cette fois.

En guise de réponse, Shiro l'enlaça fortement.

Il voulut la remercier encore et encore. Merci de prendre la bonne décision. Merci de le faire sortir de leurs vies, une bonne fois pour toutes.

Ophelia essaya de sourire.

- Tiens. Je t'ai préparé une tarte. Mange-la, elle est chaude.

Shiro la mangea avec plaisir.


Mais la joie avait été de courte durée.

Shiro les avait entendus crier depuis sa chambre. Ophelia lui avait déclaré que c'était terminé. Que c'était fini.

Désormais, il n'était plus le bienvenu ici. Ophelia allait reprendre sa pâtisserie et encore plus, sa vie, en main.

Tout était allé très vite.

Shiro avait seulement entendu un choc sourd contre le mur. Sans avertissement, l'enfant avait quitté sa chambre précipitamment pour pénétrer à l'intérieur de la chambre d'Ophelia.

Quand il ouvrit la porte à la volée, la scène qu'il découvrit le heurta.

Ophelia tenait son nez ensanglanté, en même temps que Chris la faisait se rasseoir sur le lit, un morceau de mouchoir dans une main.

« Appelle une ambulance ! » lui cria Chris quand il vit Shiro entrer.

Shiro avait beau être jeune, il n'était pas naïf. Il avait très bien compris ce qui s'était produit.

Néanmoins, il s'exécuta. Et alors qu'il suivait les ambulanciers pour monter avec eux, Shiro avait fait un détour à sa chambre pour récupérer une arme qui lui était précieuse et qui pouvait être nécessaire.

« Terre ».


Le pire ne fut même pas la raison pour laquelle Ophelia s'était retrouvée à l'hôpital.

Non... Le pire fut qu'à son retour, Chris était toujours là. Alors que sa mère avait juré qu'il partirait, que c'était terminé avec eux.

Shiro... n'avait pas compris. Pourquoi l'autoriserait-elle à revenir ?

« C'est chez lui, Shiro », lui avait expliqué Ophelia sans le regarder. « Il ne l'a pas fait exprès. »

Comment osait-elle dire une telle chose ?

Il... il ne l'avait pas fait exprès ?

« Je n'aurais pas dû lui crier dessus. Quand il est revenu... tu aurais dû le voir, Shiro », soupira Ophelia, un air absent sur son visage. « Il a été aux petits soins. Il m'a apporté le petit-déjeuner au lit, il a assuré la boutique. Il s'est montré si tendre. Il regrettait tellement ce qui s'était passé. Il m'a juré que cela ne se reproduirait plus jamais. Plus jamais cela n'arriverait. Il m'a même proposé de te raccompagner à l'école, comme avant. »

Shiro manqua de frapper le mur.

- Tu n'aurais jamais dû le laisser revenir, Maman ! Comment peux-tu faire ça ?

- Shiro... on a besoin de deux salaires. Je ne peux pas lui demander de partir comme ça.

- Tu sais très bien qu'il va recommencer ! Et tu vas le laisser faire ?

Non.

Hors de question qu'il laisse Chris la frapper encore une fois ! La première fois était la fois de trop.

- Non... Non, il ne recommencera pas, dit Ophelia, les yeux voilés. J'ai... j'ai dépassé les bornes aussi. J'ai ma part de responsabilité dans cette histoire.

C'en fut trop pour Shiro. Les explications de sa mère ne voulaient rien dire. Elles n'avaient aucun sens.

L'enfant prit simplement « Terre » et se rendit au QG de l'ORM pour utiliser le simulateur de combat.

Lui qui ne s'était pas entraîné depuis longtemps, il avait bien besoin d'un entraînement.


Shiro fut forcé de supporter encore la présence de Chris.

Bien sûr, il s'était montré sous son meilleur jour, tel que l'avait décrit Ophelia : Chris avait recommencé à dire qu'Ophelia était la plus belle des femmes. A l'appeler « sa chérie », à faire des projets avec elle... Il avait même proposé à Shiro de refaire des week-ends pêche avec lui.

A chaque fois qu'il était dans la même pièce que lui, l'estomac de Shiro se soulevait.

Mais cette période n'avait pas duré très longtemps.

Shiro trouva Chris dans le salon, en train de fumer.

Immédiatement, le cœur de l'enfant s'arrêta. A chaque fois qu'il humait l'odeur de la cigarette, c'était comme s'il n'était plus maître de son propre corps.

Viens sur mes genoux, Shiro...

Sa mère le remarqua. Alors que la respiration de l'enfant devenait sifflante, sa mère se précipita vers lui pour le serrer dans ses bras.

« Chris... peux-tu ne pas fumer en présence de Shiro ? »

Elle lui avait déjà demandé de ne pas le faire. Plusieurs fois. Pour le bien de son enfant.

Chris leur avait simplement adressé une expression méprisante.

- Je suis chez moi, non ?

- Chris, ça suffit ! Si tu veux fumer, tu sors !

Ophelia leva la voix.

Pour son audace, elle reçut une gifle en pleine figure.

Encore sous le choc, Shiro sursauta à peine, l'odeur de la fumée de cigarette le tétanisant sur place.

Sans la cigarette, peut-être se serait-il jeté à corps perdu sur Chris. Il l'ignorait. Mais à l'heure actuelle, il fut incapable d'agir.

Mais alors qu'Ophelia fondait en larmes à son tour, Chris avait agrippé Shiro par le bras et l'avait enfermé dans sa chambre.

- C'est à cause de toi si j'ai agi ainsi ! C'est à cause de toi si ta mère souffre ! Pourquoi m'as-tu obligé à la frapper ?

Pourquoi m'as-tu obligé à le faire ?

- Au lit sans manger !

- Non, Chris ! ça suffit ! avait-il entendu Ophelia le supplier à travers la porte.

Recroquevillé sur lui-même, son environnement avait disparu autour de lui. Shiro éclata en sanglots à son tour.


Ce fut tard le soir, aux environ de minuit, qu'on déverrouilla la porte de sa chambre.

Ophelia entra, une tarte fumante à la main.

« Ne le dis pas à Chris. »

Elle la déposa aux pieds de Shiro, avant de s'asseoir auprès de lui pour l'entourer de ses bras, encore tremblante suite aux évènements qui s'étaient produits quelques heures auparavant.

« Pourquoi tu le laisses t'infliger tout cela ? » lui demanda Shiro à travers les larmes. « Pourquoi tu le laisses nous infliger tout cela ? »

Ophelia lui rendit son regard. Les yeux humides, elle se contenta de l'étreindre plus fortement.

- ... Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi je le laisse faire. Je... je veux qu'il parte aussi, Shiro. Après ce qui vient de se passer, je... je ne peux pas accepter qu'il s'en prenne à toi.

- Alors, vire-le ! S'il te plait !

Sa mère resta silencieuse.

Pourtant, elle n'avait pas répondu à sa question.

- Maman... pourquoi tu le laisses faire ?

Ophelia baissa la tête en guise de réponse.

- Je... je ne peux pas m'empêcher de penser que je le mérite, quelque part. Que je mérite qu'on m'inflige ces sévices.

- Pourquoi ?

Cette réponse le déconcertait encore plus que la présence de Chris chez eux.

- ... Après ce que la SHINRA... m'a fait subir, nous a fait subir, se corrigea-t-elle, sa voix se brisant, je me dis que quelque part, aucun autre homme que Chris ne voudra de moi. Que... parce qu'ils m'ont brisée, parce que j'ai été faible, je mérite ce qui m'arrive.

- Maman...

Shiro sécha ses larmes et enfouit son visage dans la poitrine de sa mère. Les rôles furent à présent inversés. Ce fut à lui de la réconforter.

- ... Tu ne mérites pas ce qui t'arrive, lui souffla Shiro. Personne ne mérite un tel traitement. Même moi, je le sais.

Ophelia se laissa aller aux larmes.

- Je n'ai jamais voulu te faire du mal... jamais, Shiro. Mais... peu importe ce que je fais, je ne fais que te causer du mal.

- Ce n'est pas toi qui m'as causé du mal, Maman. Non. C'est lui... tout est de sa faute.

Le silence retomba.

Derrière le mur, ils entendirent des ronflements. Ophelia avait certainement attendu qu'il s'endorme pour libérer Shiro.

- ... Même ton père ne m'a jamais fait aussi mal.

Les yeux de Shiro s'écarquillèrent. Il releva la tête vers sa mère. Cette dernière fixait droit devant elle, les yeux vides. Elle paraissait plongée dans ses souvenirs.

C'était la première fois qu'elle faisait explicitement référence à son père...

- ... Weiss ?

Elle acquiesça.

- Même si je n'en parle jamais... Tu es son portrait craché. Je ne peux pas m'empêcher de repenser à lui, de temps en temps. Parfois, je ne comprends pas ce qui m'arrive mais... il hante mes pensées.

Elles ne désiraient pas ces enfants. Elles ne désiraient pas cette situation. Elles ne désiraient pas qu'on les touche.

Oui. Shiro se souvenait très bien des mots de Weiss à ce sujet.

- Je croyais qu'il me ferait du mal. Qu'il me tuerait une fois l'expérience accomplie, raconta Ophelia. Et je sais que je ne voulais pas de ce destin. Mais... c'était la première fois qu'un homme se montrait aussi doux avec moi. En dépit du contexte, il ne m'a pas violentée, il ne m'a pas forcée. Et... parfois, j'ai encore son baiser sur les lèvres, ajouta-t-elle en posant un doigt sur sa bouche, comme pour ressentir encore le contact. C'est peut-être pour cela que je n'ai pas la force de te laisser partir.

Shiro n'y croyait pas. Ophelia sourit amèrement tandis qu'elle complétait son récit :

- ... Même si j'aurais aimé t'avoir dans d'autres circonstances, notamment dans un foyer d'amour... je suis contente d'avoir porté l'enfant du seul homme qui m'ait traitée décemment au sein de la SHINRA. Même si certains me diront que je suis folle.

- Je ne pense pas que tu sois folle, maman.

Au contraire, il était ravi qu'elle lui avoue une telle chose.

Il était content de savoir que sa mère n'avait pas souffert à cause de son père. Que Weiss ait su la traiter d'une manière douce, quelque chose qu'il n'aurait jamais envisagé quand il l'avait rencontré la première fois.

- ... Maman, quitte-le. S'il te plaît.

Ses mots étaient fermes et définitifs.

Ophelia sécha ses larmes, les lèvres encore tremblantes. A nouveau, elle le serra contre lui.

- ... Je vais faire ce que je peux.


A nouveau, Ophelia le quitta.

Cette fois-ci, Chris ne la frappa pas. Car Shiro avait tenu à être présent lorsqu'elle le ferait, « Terre » à la main. S'il devait en venir aux mains pour protéger sa mère, il le ferait avec grande joie.

Mais à la place, Chris... n'avait pas bronché. Il avait accepté que cela soit fini et son attitude les avait surpris.

Puis, le soir même de son départ, ils reçurent un coup de fil de l'hôpital.

Suite à un malheureux incident, Chris avait été hospitalisé avec une blessure assez sérieuse au thorax.

Encore aujourd'hui, Shiro se demandait s'il ne s'était pas blessé intentionnellement. Sans aucun doute. Mais il avait dû être soigné à domicile. Et malheureusement, Ophelia avait encore une fois dû le reprendre.

Cela avait enragé Shiro au plus haut point. A sa place, Chris serait resté à la rue. Sa santé était le cadet de ses soucis. Mais Ophelia n'avait pas souhaité se montrer cruelle.

Encore une fois, Chris gagnait.

Encore une fois, il restait dans leurs vies.


Même après qu'il soit guéri, ce manège dura plusieurs fois.

Ophelia lui disait que c'était terminé et Chris trouvait toujours une excuse pour rester. Des affaires à reprendre, des jolis discours, des papiers à régler, des fleurs à donner...

Un coup de poing, un coup de pied... La promesse de le quitter et cela recommençait.

Cette boucle sans fin devint bientôt trop intenable pour Shiro. Et plusieurs fois, il ne put s'empêcher de se dire qu'Ophelia, sa propre mère, le décevait à avoir si peu de respect pour elle-même.

Si Weiss l'avait traitée de la manière dont elle le racontait, c'était que quelque part, elle l'avait mérité, non ?

« Où vas-tu ? »

Shiro serra les poings. Il faisait nuit noire. Son sac sur les épaules, il était prêt à partir.

Chris ne méritait même pas qu'il lui réponde.

- ... Tu vas rendre visite à ce soi-disant oncle ? Un oncle qu'on n'a jamais vu ? Tu abandonnes un dîner de famille pour ça ? Tu sais que cela fait énormément de peine à ta mère ?

A qui la faute ? pensa Shiro.

- Je n'aime pas du tout ça, grogna Chris. Non seulement tu rends visite à un inconnu qui dit être ton oncle, mais en plus, tu l'appelles « père ». N'a-t-il pas sa propre famille à s'occuper ? Je ne sais même pas quels sont ses rapports avec Ophelia et quelles relations ils ont. C'est plutôt malsain comme lien.

Encore cette jalousie...

Shiro le détailla sans aucune expression sur son visage.

Shiro était tout ce qu'il lui restait. Tout ce que Nero avait encore maintenant... Et ça, même Chris l'interdisait de le voir ?

- La ferme.

Cette fois-ci, Shiro n'avait pas cherché à se contenir.

- Quoi ?

- Je t'ai dit de la fermer !

- Comment oses-tu me parler comme ça ? cracha Chris. Puisque c'est comme ça, tu seras puni dans ta chambre ! Sans manger !

- Vas-y, je trouverais un moyen de m'enfuir ! Je l'ai déjà fait, rétorqua Shiro, sarcastique.

Chris s'était dangereusement approché de lui, avant de s'arrêter brusquement.

Une mine pensive était apparue sur son visage.

- ... Et si je lui donnais de l'argent ? A cet oncle ? suggéra Chris. De cette manière, il te fichera la paix et en plus, il ne s'approchera plus d'Ophelia.

Cette fois-ci, Shiro avait jeté son sac avant de bondir sur lui.

Tant pis s'il recevait des coups ! Cela avait été la phrase en trop pour lui !

Il y avait des choses qu'on n'achetait pas avec de l'argent.

Mais avant même que Shiro ne puisse l'atteindre, quelqu'un d'autre qui pensait la même chose que lui avait déjà pris les devants et avait attaqué Chris par-derrière.

Tous ceux qui se plaçaient entre Shiro et Nero étaient une menace à abattre. Et lui aussi avait fini par considérer Chris comme telle.

Une menace.

Chris avait disparu dans les ténèbres.


Shiro avait crié, ordonné, supplié Nero de le relâcher. De l'extraire des ténèbres tout en s'assurant qu'il reste en vie.

Au début, Nero avait refusé d'obéir. Et Shiro avait cru qu'il finirait par tuer Chris pour de bon, au point qu'il avait failli appeler Vincent Valentine en renfort.

Nero avait perçu Chris comme étant une menace pour leur lien et Shiro avait dû argumenter à plusieurs reprises pour lui indiquer que non, qu'il n'était pas un danger, qu'il ne se réfèrerait jamais à lui comme étant son père et que Chris n'était rien pour lui.

Le Tsviet sombre avait fini par l'extraire des ténèbres, non sans avoir donné à Chris ses propres arguments. Shiro n'aurait jamais cru voir Chris courir aussi vite un jour afin d'échapper aux ténèbres.

Mais au moins, maintenant, Chris savait qu'il ne devrait jamais plus menacer Shiro physiquement, ni menacer le lien qui l'unissait à son oncle.

Le lien qui l'unissait au seul père qui lui restait.

Mais cela ne l'empêcha pas de revenir pour Ophelia. Plusieurs fois. Et à chaque fois, Shiro se sentait impuissant.

Du moins, jusqu'à ce qu'ex-AVALANCHE, ainsi que le Président de l'ORM lui-même, intervienne.


Cela avait été si simple.

Shiro se demandait presque pourquoi il n'avait pas eu cette idée lui-même. Mais Vincent, Tifa, Cloud... ils avaient tous senti la détresse d'Ophelia ainsi que celle de Shiro.

Ils n'avaient pas tardé à comprendre le problème. Et après confirmation d'Ophelia, Shelke avait alors proposé à Shiro d'installer des caméras dans la « Pâtisserie Dorée » pour prendre Chris sur le fait.

Chris n'avait rien remarqué. Et quand il leva la main sur Ophelia pour la dernière fois, non seulement Shiro avait bondi, mais une surprise était parvenue en la forme de Cloud, Barret, Tifa et Vincent qui avaient surgi dans la boutique pour l'emmener de force aux quartiers de l'ORM.

C'était arrivé si vite... Et ni Shiro, ni Ophelia n'avaient osé y croire. Ils croyaient que Chris reviendrait pour eux.

Mais ce ne fut pas le cas.

Reeve Tuesti avait pris sa décision : l'enfermement de Chris. Trois ans à l'ombre. Et Reeve n'était pas un corrompu de la SHINRA. Non. Il avait fait une promesse et il s'y tiendrait.

Quand Ophelia et Shiro comprirent que tout était terminé, ils ne ressentirent rien d'autre qu'un immense soulagement.

Enfin, ils étaient libérés.

Enfin, ils pourraient revenir à leur vie d'avant.

Ensemble. Tous les deux, sans personne pour se placer à travers leur chemin.


« Shiro ! »

Shiro se hâta de rejoindre Ophelia à la sortie de l'école. Comme toujours, elle l'accueillit dans sa voiture et lui tendit sa part de tarte au chocolat et à l'orange.

- Tu as passé une bonne journée ? Tu m'as manquée.

- C'était qu'une journée.

- C'était quand même long.

Suite au départ de Chris, Ophelia avait à nouveau changé toute sa carte. Elle avait recommencé à faire des spécialités Wutaïennes.

Suite à ce choix, les clients d'auparavant étaient revenus. Certains avaient posé des questions quant à Chris, mais Ophelia avait seulement prétexté qu'il avait déménagé.

Néanmoins, elle voyait toujours quelqu'un. Docteur Perkenson. Le même psychiatre qui avait suivi Shiro autrefois.

Ophelia n'avait pas donné de détails. Elle avait simplement expliqué qu'elle en avait besoin. Elle voulait faire le point avec elle-même pour éviter que ce genre de chose ne recommence à l'avenir.

Cela rassura Shiro. Au moins, il s'agissait de quelqu'un de confiance. Ophelia n'était plus portée sur Chris. Mais sur elle-même. Sa propre guérison.

C'était tout ce qu'il lui fallait.


Mais certaines nuits, Shiro se réveillait.

Il faisait un cauchemar. Un cauchemar qui n'était pas lié à Monsieur Cigarette. Non. Il rêvait que Chris revenait pendant la nuit, qu'il entrait dans la maison, qu'il rejoignait la chambre d'Ophelia...

Qu'il l'amadouait encore avec ses beaux discours...

Alors, Shiro sortait en pleine nuit, « Terre » en main, pour se positionner devant la maison. Il faisait le guet, veillant attentivement afin que Chris n'apparaisse pas au bout d'une ruelle.

« Laisse-moi faire », lui chuchota une voix dans les ténèbres.

Shiro se retourna.

Nero apparut devant lui. Malgré ses traits fatigués et las, il adressa un vague sourire à Shiro, l'invitant à rentrer à l'intérieur.

- Papa ?

- Va dormir. Je veille.

Shiro cligna des yeux. Il ne s'attendait pas à une telle initiative de la part de son oncle.

Quoique... il savait qu'il ne le faisait pas pour Ophelia. Il le faisait avant tout pour Shiro. Il le savait.

- Je te protège, le rassura Nero. Tu peux te recoucher.

Et il tiendrait sa promesse.

Shiro abaissa « Terre ».

Alors qu'il passait à hauteur de Nero, il prit néanmoins le temps de s'arrêter pour l'embrasser sur la joue en guise de « bonne nuit » mêlé à un remerciement silencieux.

Lui faisant dos, Nero resta devant la porte, les bras croisés tandis qu'il fixait les environs.

Quand Shiro rentra à l'intérieur, il remarqua Ophelia en haut des escaliers. Habillée en robe de chambre, elle faillit lui demander ce qu'il était en train de faire. Shiro posa un doigt sur sa bouche, lui indiquant que tout était sécurisé.

Ophelia tourna la tête pour regarder à travers la fenêtre.

Ses yeux s'écarquillèrent de surprise quand elle remarqua Nero dehors.

Ce dernier n'avait pas bougé. Shiro acquiesça, n'ayant pas besoin de donner de plus d'explication.

Ophelia se rapprocha, ne détachant pas ses yeux de la silhouette à l'extérieur. Elle le considéra durant de longues minutes, une expression indéchiffrable apparaissant sur son visage.

Shiro devinait exactement à quoi elle pensait. Quelque part, elle avait peur. Même si Nero était l'oncle de Shiro, il restait une personne venant de Deepground. Un enfer qu'ils avaient partagé.

Mais au-delà de la peur, Shiro lut dans son regard... une certaine curiosité. Quelque part, il l'intriguait.

Néanmoins, après l'enfer que leur avait fait vivre Chris, ce n'était pas la pire des choses qui pouvaient lui arriver. Un homme était à sa porte et n'avait pas l'intention de lui faire du mal.

Quelqu'un veillait sur elle. Quelqu'un veillait sur eux.

Alors que Shiro et Ophelia remontaient l'escalier pour se rendre dans leurs chambres, Nero veilla dehors jusqu'à l'aube.

Il s'effaça aux premières lueurs du jour avant de rejoindre la chambre de Weiss à Deepground.