Nero et Ophelia

OOC : Bonjour à tous. Voici un nouvel oneshot de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place au cours de Reste avec moi, avant le décollage du « Haut-Vent ». Mention à tiredvampire qui m'a donnée cette idée à exploiter !

Sur ce, bonne lecture !

Warning : scène suggestive.

Nero ne sut pas exactement quelle avait été l'intention de Shiro quand l'adolescent lui avait proposé cette idée.

La veille du départ, alors qu'ils étaient sur le point de s'envoler pour le Wutaï, à bord du soi-disant « Haut-Vent » aux fins de chercher ce Naga qui les mènerait droit vers la Pierre de Chintamani, Shiro l'avait appelé et lui avait demandé de l'accompagner à un endroit précis.

« J'ai besoin d'affaires pour le voyage. Cela te dit, un moment père-fils avant de partir pour le Wutaï ? »

Au début, Nero ne s'était pas méfié, quand bien même sa demande avait été quelque peu... curieuse. Shiro avait besoin d'affaires pour le voyage et ne savait pas ce qu'il devait emporter ? Pourtant, l'adolescent aux cheveux blancs était suffisamment autonome. D'habitude, il savait très bien quoi récupérer et où se rendre pour l'obtenir. Pour avoir échappé à sa surveillance et avoir fait le mur de nombreuses fois aux fins de visiter le monde extérieur qu'il chérissait tant, Nero ne croyait pas être utile pour le conseiller.

De plus, n'avait-il pas une mère pour gérer ces sujets ?

Quoique... Les évènements récents avaient prouvé à Nero qu'Ophelia n'assurait pas sur tous les points quand il s'agissait de Shiro, pensa-t-il avec amertume. Chris en avait été une illustration plus qu'éloquente. Néanmoins, il avait accepté la requête de son neveu et ce dernier lui avait donné rendez-vous à un endroit précis.

Ce fut lorsqu'il se téléporta, tôt dans la matinée, au point de rendez-vous prévu, que Nero faillit instantanément rebrousser chemin.

Le centre commercial, lut-il en grosses lettres dorées.

Lorsqu'il avait été tenu par le marché l'unissant à Reeve Tuesti et à Rufus Shinra, lorsqu'il avait été fait prisonnier au bon vouloir de l'ORM pour se débarrasser des Chiens de l'Enfer, ce lieu lui avait été absolument interdit. Interdiction de sortir, de faire ses courses, interdiction d'interagir avec les humains de manière générale. C'était ses geôliers qui lui rapportaient ce dont ils avaient besoin pour manger. Ils avaient trop peur que Nero ne se contrôle pas et qu'il les tue à vue.

Il ne nierait pas que l'idée était toujours extrêmement tentante. Mais aujourd'hui, ils avaient encore besoin de lui et il n'était plus lié par les conditions du marché. Cependant, Nero ne doutait pas que l'idée même que le Tsviet sombre se promène au beau milieu du centre commercial, qui était déjà rempli de monde, ne ferait pas du tout plaisir au tout nouveau président de l'ORM. Mais l'avis de Reeve Tuesti lui était secondaire. En plus, Nero n'aimait pas la foule. Cela le mettait extrêmement mal à l'aise quand bien même sa nouvelle combinaison lui permettait de se fondre dans la masse.

Et surtout : qu'est-ce que Shiro avait en tête ? Pourquoi lui demander cela ?

Les magasins existaient à Deepground mais Nero n'avait jamais posé les pieds dans un lieu aussi grand. C'était si vaste, rempli d'ascenseurs, d'escaliers, de portes menant à diverses boutiques. Les gens déambulaient de façon si nonchalante, téléphone en main, sans se préoccuper de ce qui se passait autour d'eux.

A Deepground, les magasins n'existaient que pour récupérer des armes ou des Matérias. Et encore, cela datait de l'époque où Nero et Weiss étaient encore autorisés à circuler avant d'être enfermés, chacun dans un lieu différent, séparés. Nero ne put s'empêcher de serrer les poings à cette pensée.

Mais ici, on achetait apparemment n'importe quoi : des chaussures, des ustensiles, des meubles... Rien à voir avec ce que Nero avait connu. Dans tous les cas, rien d'intéressant.

L'idée même de rester ne le tentait pas. Mais alors, pas du tout. Dès que Shiro apparaîtrait, il prétexterait une affaire urgente et n'aurait qu'à se téléporter à Deepground où il se sentirait dans son élément.

« Papa ! »

Nero se retourna dès qu'il entendit son nom. Posant le pied à l'intérieur de l'immense centre commercial, Shiro lui adressa un grand signe de la main en lui souriant. Nero se dépêcha d'aller à sa rencontre.

- Tu es à l'heure ! l'accueillit Shiro.

- Shiro, pourquoi m'avoir emmené dans un tel endroit ?

Shiro haussa les épaules, le regard fuyant.

Oh non. Il connaissait ce regard. Le regard qu'il avait quand il avait une idée en tête.

- Bah... pour acheter des affaires avant de partir ! prétexta-t-il, comme s'il avait une idée en tête.

- Mais pourquoi avoir besoin de moi pour cela ? Je ne connais pas cet endroit et je ne te serais pas très utile ici.

Non. Quelque chose lui échappait. Shiro fut sur le point de lui répondre quand une voix familière, émanant de derrière son épaule, le devança :

- Shiro ? C'est bon, j'ai trouvé une place pour me garer. Tu es prêt ?

Quand Nero porta son regard sur la nouvelle venue, il se raidit imperceptiblement.

Ophelia. La jeune femme se figea presque quand elle reconnut Nero, avant de se reprendre.

- Oh. Bonjour, Nero. Je suis ravie de vous voir, l'accueillit-elle.

Elle lui adressa un sourire timide quoique chaleureux.

- Ophelia, lui rendit-il sans un sourire.

Non. Il avait peur de comprendre. C'était une blague ?

Quand Shiro avait demandé à Nero de l'accompagner, il avait précisé un « moment père-fils ».

Père et fils. Point à la ligne. Rien de plus simple.

Il n'avait jamais été question qu'Ophelia soit de la partie.

Pendant un instant, Nero crut qu'Ophelia avait seulement accompagné Shiro jusqu'ici et le laisserait seul avec son oncle. Mais comme elle ne partait pas, la désillusion le frappa durement.

Elle resterait.

Nero se tourna vers Shiro, lui demandant silencieusement des explications. Shiro se contenta de se racler la gorge.

- Bon, bah... On est tous là. Par quoi on commence ?

Donc, en résumé : Shiro avait menti, l'avait fait venir à cette heure précise, dans un lieu qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, rempli d'humains insignifiants et lui imposait la présence de la femme avec laquelle il évitait d'interagir ?

Non. Il ne comprenait pas ce qui lui était passé par la tête.

- En réalité, Shiro, j'ai une urgence à Deepground, mentit-il, prêt à s'effacer dans les ténèbres. Je vous laisse.

- Oh, ça va, Papa ! Ce ne sera pas long ! Une heure tout au plus !

Avec un grand sourire qui ne laissait place à aucune discussion, Shiro attrapa Ophelia bras-dessus, bras-dessous avant de saisir la main libre de Nero pour ne pas le laisser s'échapper. Son geste amusa Ophelia qui adressa un clin d'œil discret à Nero, mais le Tsviet sombre ne rendit pas pour autant la complicité.

Il l'avait piégé, réalisa Nero. C'était officiel. Shiro était un manipulateur.

Digne de son père.

- On n'a jamais fait de shopping ensemble, constata Shiro.

- Je ne connais pas ce terme « shopping », soupira Nero. Encore un mot dont j'ignore même la signification.

- Cela veut dire... commença Ophelia naïvement.

- C'est l'occasion d'apprendre ! la devança Shiro. Alors, par quoi on commence ?

Nero se contenta de faire la moue.

Il aurait vraiment, vraiment supporté cette manigance s'il avait été seul avec Shiro. Il détestait le chiffre trois. C'était comme avant, à Deepground. Quand lui et Weiss étaient ensemble et qu'un tiers personnage compétent mais agaçant (Rosso/Shelke/Azul/Autre, rayez les mentions inutiles) s'incrustait et attirait l'attention de son frère adoré.

- Allez, je suis sûr que cela va te plaire ! insista Shiro.

- Quelle joie, grinça Nero, sarcastique.

Quelle poisse.


Juste... pourquoi ?

Pourquoi est-ce que le temps ici passait aussi lentement ?

Ils visitèrent une première boutique de... De quoi, déjà ? Décoration. Ophelia les attira à l'intérieur, sous prétexte qu'elle vit quelque chose qui lui plut pour « décorer sa table ». En quoi c'était essentiel pour leur voyage ?

En quoi c'était essentiel de décorer sa table ? Pourquoi les humains souhaitaient-ils décorer leur table ? Nero ne comprenait pas. Et il ne comprenait pas pourquoi ils suivaient Ophelia. Shiro lui fit signe de suivre le mouvement et, bien qu'à contrecœur, Nero s'exécuta en poussant un soupir.

Au début, il admit qu'il fut un peu intrigué, notamment par les objets et par la manière dont cela se passait. Alors, il observa. Il observa Shiro et Ophelia inspecter les alentours, s'arrêtant devant une babiole pour commenter dessus. Nero les imita, sans grand intérêt pour les objets qu'on leur présenta. Du coin de la pièce, le vendeur les surveillait avec insistance, un grand sourire niais sur son visage.

Nero détestait cette sensation. C'était lui qui surveillait, pas l'inverse. Ophelia finit par s'approcher du vendeur pour échanger sur l'objet qui l'intéressait. Les bras croisés, Nero constata que le principe était le même qu'à Deepground. On demandait des précisions sur l'objet et on payait. Mais à Deepground, on n'allait pas au-delà du temps nécessaire, on achetait des choses utiles pour la survie et surtout, le vendeur était sérieux et ne fixait pas le client comme s'il allait produire un miracle.

Ophelia paya le « set de table » (la survie pouvait préparer sa valise) après environ vingt minutes de parlote inutile. Dès qu'ils en sortirent, un mal de tête le prit.

- Tiens ! Et si on allait là ? proposa Ophelia. Je crois que j'ai besoin de nouvelles chaises.

Nero manqua de se frapper le visage.

Il n'était pas question que cela dure comme ça durant toute la visite. Le Tsviet sombre leva la tête. Encore trois étages à découvrir. Il avait l'impression d'être perdu dans un gigantesque labyrinthe.

Cela allait être... très, très long. Et à côté, Shiro qui souriait.

Shiro qui l'avait piégé pour qu'il l'accompagne.

Si cela lui faisait plaisir. C'était vraiment pour lui qu'il le faisait et pas pour autre chose.


« Shiro... Je crois que tu as besoin d'une nouvelle paire de chaussures. »

Ils avaient déjà visité au moins cinq magasins (tous aussi inintéressants les uns que les autres) quand Ophelia chercha l'adolescent du regard.

- Shiro ?

Cet appel le sortit de sa torpeur. Nero n'avait pas remarqué que l'adolescent s'était éclipsé. A son tour, le Tsviet sombre chercha Shiro du regard.

Plus aucune trace de l'adolescent.

Immédiatement, il en oublia sa mauvaise humeur et la panique le prit. Il fut sur le point de se lancer à sa recherche quand Ophelia le trouva deux minutes après, dans un magasin situé à quelques mètres d'eux.

- Il est allé au rayon jeux vidéo, remarqua-t-elle avec un sourire.

Nero suivit son regard. En effet, son adorable neveu était posté devant un écran, un casque sur les yeux, pour imiter les pas de danse d'un clone d'Andrea Rhodea affiché sur l'écran.

Il manqua de soupirer. Pourquoi était-ce si prévisible ? Pourquoi n'était-il pas surpris qu'il leur ait faussé compagnie ?

- Je crois que la décoration et les chaussures ne l'intéressent pas, pouffa Ophelia après un silence qui tomba entre eux. Enfin, bien moins que les jeux vidéo.

Il n'était pas le seul.

Nero réalisa, maintenant que Shiro les avait abandonnés, qu'il était désormais seul avec Ophelia.

Il n'avait plus de raison de rester, dans ce cas.

- Il n'aime pas trop faire les magasins, l'informa Ophelia tandis qu'elle croisait les bras sur sa poitrine, pensive. Enfin, je sais que c'est plus amusant d'y aller avec ses amis qu'avec sa mère. C'est l'adolescence, après tout.

- Ophelia...

Nero fut sur le point de lui dire qu'il partait, quand un détail le déconcerta.

- Alors, pourquoi a-t-il insisté pour qu'on vienne ? Pour que je vienne ? Si cela ne lui plait pas ?

- En réalité, c'est moi qui lui aie demandé. De vous inviter.

Nero la dévisagea, incrédule.

Ophelia émit un faible sourire avant de préciser :

- C'est moi, la responsable. Ce n'est pas Shiro. Même lui avait des doutes, au début.

- Pourquoi faire cela ?

Il n'était pas en colère...

Non. Il était surtout... surpris.

- Pour vous remercier, répondit Ophelia après un temps.

- Me remercier ?

- Pour ce que vous avez fait pour moi. Par rapport à Chris. Sans vous, sans votre intervention, je n'aurais pas...

Elle ne finit pas sa phrase. Mais Nero avait bien compris. Cela le laissa sans voix.

Ce n'était pourtant pas dans la nature des humains d'être reconnaissant.

- J'ai fait ça pour Shiro, lui précisa-t-il avec une certaine dureté. Seulement pour Shiro. Je ne l'ai pas pour vous, si c'était ce que vous croyez.

- Je le sais. Mais je vous en suis quand même reconnaissante. Je crois que votre discours, sur le fait que je ne devais pas me montrer faible... ça m'a fait réfléchir. Au moins, grâce à vous, Shiro n'aura plus à endurer mes erreurs.

Elle ne cessait pas de sourire.

Elle était sincère. C'était probablement cette sincérité qui le décontenançait le plus.

A travers la vitre du magasin, l'adolescent n'avait pas bougé.

- ... Et pourquoi m'amener ici ? En quoi cela constitue-t-il une forme de remerciement ? demanda Nero en haussant un sourcil.

- C'est vous qui voyez, répondit Ophelia, amusée. Où est-ce que vous souhaitez aller ? Il y a de tout ici.

- Cet endroit n'a aucune signification pour moi.

- Hm.

Elle marqua un temps, avant de lui adresser un clin d'œil de conspiratrice :

- Et si je vous faisais changer d'avis ?

Nero croisa les bras. Pour peu, il serait presqu'admiratif de son audace.

- Essayez toujours, susurra-t-il sur le même ton.

- Défi accepté, plaisanta-t-elle.

Elle se détourna de lui, posant un doigt sur sa bouche tandis qu'elle inspectait les environs. Son regard s'arrêta sur une boutique.

- Je sais. Suivez-moi ! dit-elle avant de l'entraîner vers un magasin situé dans leur ligne de mire.


Il s'agissait d'un magasin de vêtements.

Encore une fois, Nero se montra pessimiste. Comment est-ce qu'Ophelia espérait lui faire changer d'avis ? D'ailleurs, pourquoi est-ce qu'il n'était pas parti comme il l'avait prévu initialement ?

Il observa Ophelia parcourir les rayons de vêtements avec un intérêt non dissimulé. Nero la suivit au pas, sans montrer d'enthousiasme. Alors qu'elle fouillait à travers les cintres sur lesquels pendaient des tee-shirts, elle en ressortit un qu'elle brandit devant les yeux du Tsviet sombre.

- Il est parfait pour Shiro, celui-là ?

Silence.

Un tee-shirt orange avec une tête représentant un personnage de dessin animé.

- Ophelia, je ne vois pas pourquoi vous me montrez ça.

- Pourtant, Shiro adore ce dessin animé. C'est de sa taille, en plus.

Ophelia se prit le menton, pensive, détaillant le tee-shirt. Du point de vue de Nero, la couleur lui donnait mal aux yeux.

- Bof. A bien y regarder, il n'est pas terrible. Surtout que la tête a une expression bizarre. On dirait une grimace.

- Oubliez-le, ça vaudra mieux.

- Hm. Oh, j'ai une idée !

Ophelia se pencha vers un autre rayon qui présentait des vestes. Intrigué, Nero la suivit. Un sourire apparut sur les lèvres de la femme avant d'extraire une veste grise, la dépliant pour que le Tsviet sombre y jette un coup d'œil.

- Et celui-là ? Vous imaginez Shiro avec ça ?

Nero manqua de sursauter.

Une veste grise, dont la capuche arborait des oreilles de chat. Malgré lui, Nero ne put s'empêcher d'imaginer Shiro dans une tenue aussi...

... Adorable !

Nero se détourna d'Ophelia, essayant de masquer sa gêne. Il ne voulait pas qu'elle le voie comme ça.

- Alors, je le lui prends ?

- J'ai une autre idée, Ophelia. Laissez-moi faire.

Puisqu'il s'agissait d'acheter des affaires pour Shiro...

Bien sûr, rien qui ne lui rappelait Deepground. De toute manière, ce n'était pas ce qu'il avait en tête. Nero reprit route vers le rayon de tee-shirts. Il finit par trouver ce qu'il cherchait et l'arracha du cintre avant qu'un autre ne le lui prenne.

Il déplia sa trouvaille devant les yeux d'Ophelia.

- Un tee-shirt blanc ?

- Il ressemble à un autre qui lui est précieux.

Il était encore à sa taille, mais bientôt, il risquait de ne plus lui aller.

- Vous trouverez ce tee-shirt dans n'importe quel autre magasin, nota Ophelia avant de le prendre. Mais c'est d'accord ! Je lui prends ces deux-là ? Celui-là et la veste ? Je suis sûre que cela lui fera plaisir !

Nero acquiesça avant de le lui tendre.

- Il y a peut-être autre chose pour lui ici, constata Ophelia tandis qu'elle se dirigeait vers un autre rayon. Vous m'accompagnez ?

... Si cela l'amusait...

Nero ne répondit pas et se contenta de lui emboîter le pas.


« Ah, j'ai peut-être quelque chose ! »

Alors que Nero et Ophelia s'étaient séparés dans les rayons, la mère de Shiro l'appela, une mine réjouie sur son visage. Nero la rejoignit et se figea quand il remarqua le vêtement qu'elle avait déniché.

Une veste noire, avec un col en V, mais bien trop grande pour Shiro.

- Je ne suis pas sûr que cela lui ira, nota Nero.

- Ce n'est pas pour Shiro ?

Nero fronça les sourcils, confus.

- Je suis sûre qu'il vous ira comme un gant ! fit Ophelia alors qu'elle marchait à grands pas vers lui.

Immédiatement, Nero émit un geste de recul. Il ne souhaitait pas qu'elle entre dans sa sphère personnelle. Ophelia parut le percuter et s'arrêta d'elle-même.

S'il l'avait vexée, elle ne montra rien.

- Allons ! Il est super beau et en plus, ce sont les soldes ! insista Ophelia, un peu trop enthousiaste. J'ai même trouvé un pull qui vous irait comme un gant ! Il n'est pas noir, mais ce sont des couleurs sombres. Comme du bleu marine. Sinon, j'ai vu le même en blanc.

- ... Pourquoi est-ce que vous voulez que j'essaie ça ?

Quelles étaient ses intentions ? Elle comptait se moquer de lui ?

Ophelia haussa simplement les épaules.

- Comme ça. Je n'ai pas d'arrière-pensée. Je me suis seulement dit que cela pouvait vous faire plaisir.

- Cela ne me...

- Quoi ? Vous avez peur d'avoir l'air ridicule ?

Nero détourna le regard, un peu déconcerté par la question abrupte. Elle avait vraiment de l'audace.

- Pas du tout.

Mais cette situation ne lui était aucunement familière...

Ophelia secoua la tête, lui adressant un sourire rassurant.

- Vous serez parfait avec. Et j'ai vérifié. Shiro m'a donnée votre taille.

- Vous avez vraiment tout préparé à l'avance ? lui demanda Nero, perplexe.

- Parfois, quand on veut remercier quelqu'un, on lui offre un cadeau.

Elle ne se moquait pas de lui.

C'était vraiment comme ça qu'ils faisaient, chez les humains ?

Cela réduisit Nero au silence.

- Je...

Le Tsviet sombre chercha ses mots, se sentant un peu perdu.

- Nero ? lui demanda Ophelia avec inquiétude.

- Je ne peux pas essayer. Pas avec ma combinaison.

- Vous voulez dire...

- Les ténèbres, précisa Nero à voix basse.

Le visage de la jeune femme se décomposa. Son regard se voila tandis qu'elle dévisagea Nero.

Peut-être avait-elle oublié, durant l'espace d'un instant, que Nero n'était pas humain. Qu'il eût fait partie de Deepground. Tout ce monde lui était étranger.

Qu'il était une création de la SHINRA, la même SHINRA qui l'a emprisonnée, elle, afin de mettre au monde la prochaine génération.

Ophelia ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, avant de se raviser.

Le sourire réapparut sur ses lèvres.

- Vous n'avez qu'à l'essayer par-dessus. Si cela ne vous plait pas, je trouverai autre chose.

La veste en main, elle risqua un pas vers lui.

Puis, un autre.

Nero ne bougea pas. L'expression indéchiffrable, il la laissa venir à lui.

Qu'est-ce qui lui prenait ?

- Vous m'autorisez ?

Elle arriva bientôt à sa hauteur. Les yeux marron d'Ophelia se plongèrent dans ceux magenta de Nero.

Nero ne répondit pas.

En la voyant d'aussi près, il ne put s'empêcher de se demander ce que Weiss avait ressenti quand Ophelia lui avait été présentée.

Savait-il qu'elle deviendrait la mère de son fils ?

Qu'en avait-il pensé ? L'avait-il trouvée belle ? L'avait-il trouvée désirable ?

Avait-il pris... du plaisir avec elle ?

Il ressentit un pincement au cœur à cette pensée. Néanmoins, il baissa la tête, tendant les bras tandis qu'Ophelia enroulait la veste pour la lui faire passer, lui recouvrant la tête, puis la poitrine et enfin, les bras.

Ophelia recula. Une lueur apparut dans ses yeux tandis qu'elle le contempla de haut en bas.

- Cela vous va très bien !

- Ah bon ?

- Il vous plait ?

Nero se regarda dans le miroir. Il finit par secouer la tête avant de le retirer.

- Ce n'est pas grave s'il ne vous plait pas. Je ne vais pas vous forcer. On essaie ce pull ? Celui dont je vous ai parlé ? lui suggéra Ophelia avec bonne humeur.

- Même s'il me plaisait, je n'ai pas d'argent sur moi, l'informa Nero.

Mais cela ne la dérangeait pas.

- Je vous ai dit que c'était un cadeau. Choisissez ce que vous souhaitez, c'est moi qui vous l'offre. Ne vous inquiétez pas pour l'argent.

- Je vois.

Devait-il la remercier ?

Non. Il ne se voyait pas remercier un humain. Jamais il ne les remercierait. Ophelia n'était pas l'exception à la règle.

Mais pendant un instant, il faillit le faire.

Il n'imaginait pas Ophelia aussi... accueillante, amicale à son égard. Ils n'avaient jamais beaucoup interagi auparavant et nul doute que la première fois qu'ils s'étaient parlés, il l'avait effrayée.

Surtout qu'elle savait qu'il était le frère de celui avec lequel elle avait conçu Shiro. Mais maintenant... elle paraissait le voir autrement. Elle lui parlait comme s'ils étaient amis.

Il n'y avait pas d'ami à Deepground.

Non. Pas amis. C'était comme s'il faisait partie de sa famille. Weiss le traitait de la même manière.

Qu'est-ce qu'il devait ressentir à ce sujet ? Il l'ignorait.


« Tenez. »

Alors qu'il se reposait sur un banc à l'extérieur du centre commercial, Ophelia revint vers lui, deux gobelets en plastique fumants en main.

- Je vous ai pris un café.

- Je n'en bois pas, refusa Nero, une trace de regret teintant sa voix.

Ophelia ne le prit pas mal.

- Je peux m'asseoir à côté de vous ? lui demanda-t-elle au bout d'un silence.

Nero la regarda.

Sans un mot, il se décala et Ophelia s'assit. Elle posa le gobelet supplémentaire à côté d'elle. Alors qu'elle portait le sien à la bouche, les deux observaient les gens aller et venir autour d'eux.

- Votre discours, lui adressa Ophelia au bout d'un temps.

- Hm ?

- Quand vous m'aviez dit que je devais arrêter d'admettre que j'étais faible... je ne l'oublierai jamais.

A Deepground, montrer de la faiblesse signifiait une mort instantanée. Je pense que si vous continuiez d'admettre aussi ouvertement que vous êtes faible, cela ne sera pas seulement Chris, mais également le reste du monde, qui vous tombera dessus.

- Je crois que c'est ça qui m'a motivée à vous accompagner. A accompagner Shiro jusqu'au Wutaï.

- Shiro me l'a dit, fit Nero.

Il marqua un temps avant de poursuivre :

- Vous savez que c'est dangereux.

- On s'inquiète pour moi ? sourit Ophelia, mi-amusée mi-sérieuse.

Bien sûr que non, il ne s'inquiétait pas pour elle.

Enfin... il pouvait essayer de le prétendre comme il le faisait toujours. Nero se contenta de lever les yeux au ciel.

- Vous n'êtes pas une combattante, Ophelia. Je ne veux pas qu'il vous arrive quelque chose et que Shiro en souffre. Surtout pas à cause de moi.

Il l'avait assez fait souffrir.

- Mais je ne peux pas non plus laisser Shiro y aller et ne pas intervenir. Quel genre de mère serais-je ? soupira Ophelia.

Oui, c'était compréhensible.

- Je sais que vous... vous pensez aussi que je ne suis pas une bonne mère, n'est-ce pas ?

Elle lui avait déjà posé cette question.

Mais la première fois, elle avait été hystérique. Cette fois-ci, elle était calme et posée.

- Je vous ai dit que je ne pouvais pas juger, étant donné que je n'en ai jamais eu une moi-même, répondit Nero sans la regarder.

Même si en temps normal, il aurait été beaucoup plus tranché dans ses opinions.

- Je ne vous en voudrais pas, dit Ophelia. Après tout, j'ai laissé la SHINRA me capturer. J'ai été faible pour les laisser m'emmener. J'ai... j'ai été faible pour avoir abandonné Shiro. Et... j'ai été faible pour ne pas avoir su le protéger de Chris et des autres dangers...

- Encore une fois, vous admettez ouvertement que vous êtes faible, Ophelia, fit Nero avec lassitude. A Deepground, on vous aurait mangée.

Ophelia tressaillit, quand bien même elle ne répliqua rien.

- Weiss n'aurait pas toléré la faiblesse, dit Nero en se penchant en avant, les mains jointes.

Cette dernière tourna la tête vers lui dès qu'il mentionna Weiss. Au début, Nero le regretta mais Ophelia décida de poursuivre le sujet.

- Vous étiez proches ?

La question même était ridicule et n'avait pas lieu d'être posée.

Nero baissa la tête.

Oh oui. Plus qu'elle ne l'imaginait.

- Je n'aurais jamais pensé qu'il me traiterait de la sorte, dit Ophelia après une hésitation. Je croyais qu'il me prendrait par la force... je ne pensais pas qu'il...

Ophelia se redressa.

- Peut-être que... dans une autre vie, on aurait pu... S'il n'y avait pas eu Deepground... On aurait pu avoir Shiro d'une autre manière... enfin...

Nero se tendit.

Néanmoins, il ne ressentit pas de la jalousie.

Seulement de la tristesse.

Ophelia dût le remarquer puisqu'elle secoua la tête avant de se reprendre.

- Je suis désolée. Je vois que c'est un sujet sensible pour vous. Cela l'est pour Shiro aussi. Je... on n'a jamais eu l'occasion d'en discuter.

- Il savait mettre les gens à l'aise, lui répondit-il simplement. Leur donner un but. Une raison de vivre.

Il en était le parfait exemple.

- Il me manque, se contenta-t-il de dire, sans précision.

Peut-être que quelque part, il avait besoin de le dire. Le dire à quelqu'un qui n'était pas Shiro.

Peu importe de qui il s'agissait.

- Vous savez, Nero, commença Ophelia.

Une main se posa sur la sienne.

Tout de suite, Nero tressaillit au contact.

Pas la même sensation qu'avec Shiro... Pas la même qu'il avait ressenti avec Sonon...

Non. Rien de ça. Néanmoins, c'était doux. Un contact doux, sans aucune arrière-pensée... Juste la main sur une autre.

C'était plutôt... agréable. Nero tourna la tête vers Ophelia, plongeant son regard dans le sien.

La femme déglutit, avant de compléter :

- ... Si vous avez besoin de voir Shiro plus souvent... si vous avez besoin de compagnie, ou même juste de venir dîner, vous pouvez venir chez moi, vous savez. Vous êtes chez vous. La maison de Shiro est votre maison. C'est vous, son père. Pas un autre.

- Je...

C'était vraiment... étrange. Son ton était tellement prévenant, maternel.

Etait-ce la sensation d'avoir une mère ? Ou était-ce autre chose ?

Nero n'était pas habitué. Mais il se demandait s'il n'en avait pas besoin. Il sentit Ophelia frissonner. Peut-être était-ce lié au contact de sa main. Son visage à quelques centimètres du sien, Ophelia recula légèrement avant de retirer lentement sa main. Elle tentait tant bien que mal de cacher son embarras, mais Nero l'avait senti.

- J'y penserai, lui répondit simplement Nero.

- Tant mieux, sourit Ophelia, manifestement ravie.

Le silence tomba entre eux. Ophelia reporta son attention sur le magasin dans lequel ils avaient laissé l'adolescent.

- Oh, remarqua-t-elle. Il est sorti. Il parle avec une fille.

Arrêt sur image.

Ophelia avait probablement dû remarquer sa mine déconfite puisqu'elle se mit à glousser, amusée.

- Je propose qu'on aille voir de plus près, plaisanta Ophelia en se levant.


Cachés dans l'ombre, Ophelia et Nero observaient la scène.

En effet. Il parlait avec une fille. Ils rigolaient, même. Comme s'ils étaient de grands amis, voire plus. Nero la détailla de haut en bas.

Une Isabella. A l'exception que cette dernière était rousse. Même tête, même tenue, même rire de Chocobo.

« Bon », fit Ophelia alors qu'elle faisait craquer ses phalanges. « J'imagine qu'on doit intervenir. »

Nero n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit qu'Ophelia avait déjà fait irruption sur la scène, se fondant un chemin pour marcher droit vers le tout nouveau « couple ».

- Alors, mon bébé ? cria-t-elle alors qu'elle passait un bras autour des épaules de Shiro. Maman t'a cherché partout ! J'étais très inquiète ! J'ai failli faire un appel général !

- Mais !

- J'étais tellement inquiète !

Et larmes de crocodile en prime. Le visage de Shiro se décomposa net. En tout cas, cela eut pour effet immédiat de faire reculer Isabella 2.0

Tiens. Il n'avait pas essayé cette méthode. En tout cas, Nero se prit au jeu et fit irruption à son tour.

- Comment oses-tu ? Comment oses-tu faire pleurer ta mère ? On t'avait dit de nous attendre au rayon enfants !

Devait-il en rajouter davantage ?

- ... Sale garnement, acheva-t-il, pas vraiment inspiré.

Shiro pâlit davantage. Il ne s'attendait carrément pas aux deux interventions combinées.

- Oh, mais c'est qui ? Ta copine ? fit Ophelia en prenant une voix niaise, désignant l'affreuse du doigt. Enchantée ! Nous sommes ses parents ! Vous voulez venir dîner à la maison ? On va préparer un magnifique goûter ! Et ensuite, on va regarder tous ensemble une cassette de Petit Moogle !

Allez, dégage, honte de la nature nommée Isabella.

- Ok. Merci de m'avoir indiquée la direction, répondit Clone d'Isabella en s'adressant à Shiro. Au revoir.

La... direction ?

La fille s'éloigna et tout de suite, Shiro se retourna lentement vers eux, la mâchoire serrée.

- Elle m'a juste demandé la direction pour la gare.

- Ah.

Cette fois, ce fut au tour de Nero et d'Ophelia d'être à court d'arguments.

- Vous... m'expliquez... C'était quoi... ce cirque ? articula Shiro, la voix tremblante de colère et d'incompréhension.

Nero et Ophelia s'échangèrent un regard entendu.

Autant ne pas poursuivre sur ce sujet.

- Rien ne s'est passé, dit Nero.

- Tout à fait d'accord, répondit Ophelia alors que les deux s'éloignaient à grands pas.

- Ah non ! Il s'est passé quelque chose là ! cria Shiro derrière eux.


Pour une journée dans un endroit qu'il était prêt à détester, ce ne fut pas... si déplaisant que ça. Du moins, vers la fin.

Alors qu'ils quittaient le centre commercial et que Nero s'apprêtait à rentrer à Deepground, Ophelia l'interpella.

« Vous voulez rester dîner ? »

Même Shiro fut quelque peu surpris par sa question.

Nero jeta un œil par-dessus son épaule.

Rester dîner ?

Pendant un instant, il faillit accepter.

- ... Peut-être une autre fois.

- Entendu, sourit Ophelia. Oh. Et voilà. J'ai pris ceci pour vous.

Sans attendre, elle lui tendit un sac. Intrigué, Nero le reçut avant d'inspecter le contenu à l'intérieur.

Un tee-shirt blanc.

- Vous sembliez l'apprécier alors, j'ai pris le même modèle que celui de Shiro, lui souffla Ophelia avant de s'éloigner.

Hm.

Touchante attention, pensa Nero alors qu'il prenait le tee-shirt pour le serrer contre lui.

- On se revoie à bord du « Haut-Vent », papa ! lui cria Shiro alors que Nero était en train de disparaître.

En guise de « au revoir », Nero leur adressa simplement un signe de main avant de se téléporter.

Une fois seul, il inspecta le tee-shirt blanc.

Il n'avait pas l'odeur de Weiss.

Mais c'était toujours un cadeau qu'il pouvait accepter.


Au bout du compte, ils n'avaient pas trouvé la Pierre de Chintamani.

Le Naga leur avait simplement donné un indice. Sur Cerbère, le Chien de la Rivière de la Mort qui pourrait potentiellement connaître le nom du responsable.

Ils avaient trouvé la lyre et maintenant, le but était d'attirer Cerbère à l'emplacement qu'ils souhaitaient. Après cette fouille acharnée, ils étaient sur le point de se rendre au désert de Corel.

Depuis sa chambre, Nero pouvait encore entendre le cri de joie poussé par Shiro lorsqu'ils avaient appris que Reeve Tuesti leur payait le Gold Saucer. Intérieurement, cela le fit sourire avant que la tristesse ne l'envahisse.

Le Ninja lui avait parlé d'inviter une personne au Gold Saucer. La personne qu'il désirait.

Et qui inviter ?

Nero n'en voyait qu'une. Mais cette personne ne viendrait jamais. Alors qu'il s'adossait contre le mur, on frappa à la porte.

Sonon ? pensa-t-il avec un léger intérêt.

Non. Ce fut Ophelia qui se présenta à sa porte.

« Puis-je entrer ? » lui demanda Ophelia d'une petite voix. « Shiro est avec Denzel et Marlène. Ils discutent de leurs plans au Gold Saucer. »

Hm.

Nero hocha la tête, l'invitant à entrer. Ophelia ferma la porte derrière elle, et prit une chaise pour s'asseoir en face du Tsviet sombre.

Un court silence tomba.

- Qu'est-ce que vous voulez ? lui demanda Nero.

Ophelia chercha les mots avant de répondre.

- Je souhaitais savoir comment vous alliez.

- Je ne vois pas pourquoi cela vous intéresse, soupira le Tsviet sombre.

Il croisa les bras sur sa poitrine, las.

- Vous êtes parti précipitamment, la dernière fois, dit Ophelia.

- La faute à qui ?

Oui. Même si Yuffie s'était excusée, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Il savait clairement que Sonon l'avait obligée à le faire.

Tu as bien mérité de perdre ton frère.

- Je pense qu'elle ne voulait pas dire ça.

- S'il vous plait, Ophelia. Je ne veux rien entendre par rapport à ça.

- Je vois.

Penaude, Ophelia se mordit la lèvre, cherchant un moyen de relancer la conversation.

- J'espère que vous avez apprécié le bentô.

Ah. Le bentô qu'elle leur avait apporté.

- Vous m'avez déjà remercié. Vous n'étiez pas obligée de le faire.

- Je ne l'ai pas fait par obligation. Je l'ai fait parce que je le voulais, dit Ophelia.

A nouveau, cela le laissa sans voix.

- C'est surprenant, fit Nero. Même après ce qui s'est passé, vous continuez de me traiter comme si j'étais un être humain normal qui n'a rien fait de mal.

Peu importe où tu vas, qui tu fréquentes, tu ne fais que détruire les gens ! Sonon, Shelke... Et on doit continuer à supporter ta présence, ainsi que celle de Deepground ? Pourquoi tu ne nous laisses pas tranquilles ?

- N'est-ce pas ce que vous êtes ? Un être humain ?

- Non, répondit Nero. Je viens de Deepground et je resterai à Deepground.

Il n'y avait pas d'autre issue possible.

Nero regrettait que son frère ne soit pas là. Weiss aurait été le seul à le défendre, envers et contre tout.

- Ce n'est pas que vous n'avez jamais rien fait de mal. Je sais que vous avez commis des choses, dit Ophelia, manifestement contrariée.

Nero se raidit, sans répondre.

- Mais... je sais ce que ça fait, d'être prisonnière de la Shinra. D'être esclave à leur bon vouloir. Je ne peux pas vous juger, ni vous critiquer. Ce n'est pas à moi de le faire.

- Vous êtes naïve, alors.

Ophelia sourit faiblement.

- Je sais. On me le dit souvent.

Le silence retomba.

Ophelia prit une longue inspiration avant de continuer :

- Il y a quelque chose que je voulais vous dire, Nero. Je voulais vous le dire plus tôt, mais la recherche de la lyre, les circonstances...

Nero releva la tête, curieux. Ophelia se gratta l'arrière de la nuque, avant de fermer les yeux.

- Je sais que ce n'est pas grand-chose... Et vous allez me dire que ce que vous avez fait, c'était pour Shiro. Je sais que pour vous, je serais toujours la femme avec qui votre frère a eu Shiro. Vous devez probablement me détester pour ma seule existence.

Que pouvait-il répondre face à cela ?

Auparavant, nul doute que Nero aurait approuvé ses dires. Oui, il la détestait. Il était jaloux d'elle.

- Je ne vous déteste pas, Ophelia.

Il secoua la tête.

- Peut-être que, quelque part, je vous envierai toujours mais... sans vous, Shiro ne serait jamais venu en ce monde. C'est un fait.

Oui.

Quelque part, il l'admirait aussi. D'une certaine manière. Mais il ne l'avouerait jamais ouvertement.

En tout cas, il était évident que ses mots soulagèrent Ophelia. Ses yeux s'agrandirent, toisant Nero avec incrédulité.

- C'est juste que... par moment, j'ai ces sentiments qui... Je veux dire, je n'ai rencontré Weiss qu'une fois. Je dois être folle, dit Ophelia.

Nero se tendit à nouveau. Elle n'avait pas besoin d'en dire plus.

- ... Qui n'aurait pas ces sentiments pour Weiss ? répondit Nero, le ton léger. A Deepground, tout le monde l'idolâtrait. Vous ne serez pas la première, ni la dernière.

- Tu lui ressembles.

Nero tiqua, avant de sourire amèrement.

- Ce n'est pas souvent qu'on me le dit. On est les parfaits opposés.

- Vous avez les mêmes traits, nota Ophelia alors qu'elle approchait sa chaise du lit, sans détacher ses yeux de Nero.

A l'instar de la première fois, Nero eut un geste de recul. Mais ce fut bref.

Et quand Ophelia se rapprocha à nouveau, il se contenta simplement de rester immobile. De la laisser venir à lui.

- Je voulais également vous dire autre chose, ajouta Ophelia.

Nero n'avait pas remarqué combien elle était proche.

Du moins, jusqu'à ce qu'il sente sa main toucher son épaule. A nouveau, son cœur s'emballa et Nero ne put réprimer un léger frisson suite au contact.

- Après ce qui s'est passé avec Chris... Vous auriez pu m'enlever Shiro. De manière définitive. Vous auriez pu me dire que j'étais une mère indigne, que j'avais échoué à protéger Shiro. Vous auriez pu m'empêcher de le voir. Mais vous ne l'avez jamais fait. Et vous n'avez jamais essayé de vous tenir entre moi et mon fils. Vous ne l'avez jamais monté contre moi. Vous m'avez simplement laissée le garder.

Ophelia ne lâcha pas son épaule.

Quelque part, Nero n'avait peut-être pas vraiment envie qu'elle retire sa main.

- Vous avez toute ma reconnaissance pour cela.

Les lèvres de Nero tremblèrent légèrement, avant que son visage ne se recompose. Il se contenta de fermer les yeux tandis qu'Ophelia plaçait son visage à sa hauteur.

Elle était la deuxième personne. La deuxième personne à montrer de la reconnaissance à son égard.

Je te suis reconnaissant d'avoir sauvé Yuffie quand moi, je n'étais pas là. Et... même si cela me coûte de le dire, je te suis reconnaissant de m'avoir sauvé aussi. De m'avoir soigné.

Après Sonon, pensa-t-il amèrement.

Est-ce que cela faisait du bien ?

Oui. Peut-être.

Nero rouvrit les yeux.

Mais avant même qu'il ne réponde, Ophelia avait déjà fermé la distance entre eux.

L'instant d'après, il sentit les lèvres d'Ophelia sur les siennes.


Il ne sut pas vraiment pourquoi elle avait franchi le pas.

Pourquoi elle avait initié ce baiser. Ce dernier dura. Ce n'était rien qu'un simple contact chaste, des lèvres sur les siennes.

Mais Nero avait toujours aspiré au contact d'un autre. Qu'il s'agisse d'un baiser, d'une étreinte, d'un coup de poing...

Nero l'avait simplement laissée faire. Ophelia s'était écartée, et les deux s'étaient dévisagés en silence.

Peut-être était-ce parce qu'il ressemblait à Weiss. Peut-être avait-elle besoin de mettre les choses au clair sur les sentiments qu'elle évoquait.

Quant à Nero... Ophelia était, au bout du compte, une trace laissée par Weiss. Peut-être pouvait-il encore sentir les lèvres de Weiss sur les siennes ?

Ophelia hésita, mais finit par reposer ses lèvres sur les siennes. Une nouvelle fois, Nero la laissa faire.

Mais cette fois-ci, Nero ferma les yeux et rendit le baiser. Alors que Nero entourait ses bras autour de la taille d'Ophelia, cette dernière grimpa sur ses genoux pour s'asseoir sur lui, posant son autre main sur l'autre épaule du Tsviet sombre.

« Hmm... »

Rapidement, le baiser ne tarda pas à devenir passionné. Ophelia entrouvrit sa bouche, laissant sa langue effleurer les lèvres de Nero. Gardant les yeux clos, Nero répondit à l'invitation, leurs langues s'entremêlant tandis que Nero pressait son corps contre celui d'Ophelia, ses mains caressant son dos de manière insistante.

« Hmmff... Aaah... »

Ils se séparèrent quelques secondes pour reprendre leur souffle avant d'initier un autre baiser, tout aussi désespéré et frénétique que le premier. En même temps, les mains d'Ophelia quittèrent ses épaules pour se balader sur le torse de Nero, redessinant doucement ses pectoraux à travers sa combinaison. Pressant ses hanches contre celles d'Ophelia, Nero inclina la tête sur le côté pour approfondir le baiser tandis que sa main se glissa sous le tee-shirt d'Ophelia, la faisant sursauter.

« Aaah ! Hmm... Hmm... »

A travers le baiser, Ophelia ne contenait pas ses gémissements. La main de Nero caressa le bas-ventre d'Ophelia avant de remonter vers sa poitrine. Il sentit le rythme de son cœur qui était extrêmement rapide. En même temps que Nero capturait à nouveau les lèvres d'Ophelia, sa main palpa l'un de ses seins à travers son soutien-gorge, avant d'abaisser ce dernier pour approfondir le contact et caresser la peau nue en-dessous.

« Aaah ! Hmm... Hmmf ! »

Ophelia et Nero se séparèrent, un filet de salive entre leurs lèvres. Ophelia se pencha pour lui embrasser le cou, lui laissant une traînée de petits baisers sur sa peau glacée. Nero la laissa faire, se laissant aller au contact qu'il aspirait tant tandis que son doigt effleura son téton.

Mais alors qu'Ophelia était prête à soulever son tee-shirt pour le retirer et aller plus loin, Nero l'arrêta d'une main.

- Désolé, lui dit-il sans la regarder. Je ne peux pas faire plus.

Il avait fini par la connaître.

Elle s'entichait du premier venu qui la traitait bien, qui lui donnait l'attention qu'elle méritait. Cela avait été le cas avec Weiss, avec Chris...

Après, comment lui en vouloir? Weiss avait été la seule personne qui l'avait aimé. Et le seul qu'il aimerait jamais.

Mais Nero ne pouvait pas poursuivre dans cette voie. Ophelia semblait déçue. Néanmoins, elle ne demanda pas d'explication, mais Nero pensait qu'il lui en devait une.

- Tu es une très belle femme, la rassura Nero, le ton éteint. Et je ne te trouve pas faible. Mais tout ce que je voulais était sentir la présence de Weiss. Au moins une dernière fois.

- Je comprends, dit Ophelia sans le regarder, tandis qu'elle se rhabillait.

Nero marqua un temps avant d'ajouter :

- Et même si je le voulais, je pense que ce n'est pas une bonne idée de continuer. Notamment par rapport à Shiro.

- Il ne réagirait pas bien, admit Ophelia en souriant tristement.

- Oh non.

Ophelia acquiesça. Au moins, elle prenait plus ou bien moins la chose. C'était déjà ça.

- En tout cas, je ne le regrette pas, dit-elle alors qu'elle se recoiffait.

- Moi non plus.

- Tu sais que tu pourrais vivre avec nous.

Nero fronça les sourcils à cette suggestion.

- En tant qu'amis, précisa Ophelia. Comme je te l'ai dit, si jamais tu le souhaites un jour... Ma porte est ouverte. On est de la même famille.

Oui, c'était vrai.

- C'est une vie qui serait tentante, avoua Nero.

Vivre avec Shiro, surtout. Comme avant.

- Mais je ne pense pas que ce soit ce genre de vie qui me convienne. Pas le genre de vie traditionnelle, du point de vue des humains. Je reste à Deepground et j'y appartiendrai toujours.

- Et qu'est-ce qui te conviendrait ? lui demanda Ophelia.

Nero baissa la tête.

- ... Un grand frère.

C'était tout ce dont il avait besoin.

Ophelia hocha la tête, compréhensive.

- Et il y a quelqu'un ?

Peut-être que oui...

Nero ferma les yeux tandis qu'Ophelia se pencha à nouveau vers lui pour l'embrasser sur le front.

- J'espère que tu trouveras ce que tu cherches, Nero.

- Toi aussi, Ophelia. Et... merci d'être la mère de Shiro.

Ophelia lui adressa un signe de tête.

- C'est un plaisir. Et n'oublie pas : ma porte te sera toujours ouverte.