Sœurs

OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place entre Suis-moi et Rejoins-moi. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.

« Mitsuko ? »

Elle s'était réveillée en sursaut. Elle pouvait entendre l'orage gronder au-dessus de leur appartement. Il était très proche... trop proche d'eux.

Ce vacarme assourdissant... elle détestait ce bruit. Malgré elle, à chaque fois qu'elle entendait l'orage arriver, elle ne pouvait s'empêcher de se rappeler des évènements qui s'étaient produits trois ans auparavant. Elle n'avait eu que quatre ans à l'époque. Mais elle se souvenait bien du ciel noir, des sirènes résonnant à travers Midgar tandis que les autorités évacuaient la ville.

La crise du Météore.

Ils avaient été obligés de quitter leur ancienne maison et son père avait emmené leur famille dans un endroit où ils seraient en sécurité. Quand enfin, ils avaient pu sortir, leur maison avait été saccagée. Il n'en restait plus rien. Que des cendres.

Lorraine avait peur de revivre le même cauchemar.

Alors, elle quitta son lit pour rejoindre la chambre de sa sœur aînée. Mitsuko dormait à poings fermés, mais quand Lorraine lui secoua l'épaule, elle répondit par un grognement agacé.

« Mitsuko ! Je peux dormir avec toi ? »

Mitsuko ne lui adressa pas un regard. Elle se contenta de remonter la couette jusqu'à ses yeux.

- Fiche-moi la paix, Lorraine. Rendors-toi !

- Mais j'ai peur ! J'ai peur du Météore. S'il te plaît, laisse-moi dormir avec toi.

Un silence lui répondit. Finalement, Mitsuko soupira sans ouvrir les yeux.

- Il n'y a pas de Météore. Tu peux retourner dormir.

- Tu le penses ?

- Oui... Il n'y a pas de quoi s'inquiéter.

Lorraine laissa les bras retomber le long de son corps.

Pendant un instant, elle voulut insister. Mais si sa sœur lui disait qu'il n'y avait rien à craindre...

Néanmoins, elle ne put s'empêcher de lui poser une dernière question.

- S'il y a un Météore, tu me promets de venir me chercher ?

Mitsuko soupira à nouveau. La voix endormie, elle lui répondit simplement :

- Oui. Promis. Je te préviendrai.

- Merci, Mitsuko.

Lorraine tourna les talons et se dirigea vers sa chambre, dans laquelle elle se réfugia sous les couvertures.

Pas de Météore...

Elle ne craignait rien. Sa sœur la préviendrait si cela recommençait.

Elle pouvait dormir sereinement.

Lorraine ferma les yeux.

Ils étaient à l'abri. C'était tout ce qui comptait.


A nouveau, l'orage gronda cette nuit. Lorraine sursauta et se redressa sur son séant, un éclair traversant la fenêtre pour illuminer la pièce.

Pendant un instant, Lorraine crut apercevoir une ombre dans un coin de la pièce. Immédiatement, elle se mit à hurler.

Papa ! Maman ! Mitsuko !

Elle hurla ces noms encore et encore. Intérieurement, elle espérait que sa famille accourt, qu'ils la réconfortent de leur présence...

Elle se répétait à chaque fois que tout cela n'avait été qu'un mauvais rêve... Qu'elle était chez elle, dans leur appartement.

Une main appuya sur l'interrupteur et la lumière se mit à envahir la pièce.

L'orage résonnait toujours, mais l'ombre avait disparu, laissant place à quelqu'un qui pénétra dans son champ de vision.

« Lorraine ? Qu'est-ce qui se passe ? Calme-toi. »

Les larmes coulant sur les joues, Lorraine mit du temps avant de réaliser qu'elle n'était pas dans son propre appartement. Qu'elle n'était pas chez elle.

Shelke avait posé sa main sur son épaule, comme une manière pour elle de l'apaiser. Bien que son visage ne porte aucune expression, elle dévisagea la petite fille avec une pointe d'inquiétude.

Sans cesser de pleurer, Lorraine baissa la tête, frappée par la dure réalité.

- Je... je...

Elle n'arrivait pas à articuler. Elle avait l'impression de ne pas respirer.

Papa, Maman et Mitsuko ne reviendraient pas. Ils ne reviendraient pas pour la rassurer, la réconforter.

Comme à chaque fois qu'elle faisait un cauchemar, qu'elle espérait revoir sa famille, Lorraine se sentait seule.

Oui. Elle était chez cette fille. Chez Shelke. On l'y avait placée là, le temps qu'on lui trouve... de nouveaux parents. Une nouvelle famille.

Cette simple pensée la fit se sentir encore plus mal.

- J'ai fait un cauchemar.

Shelke ouvrit la bouche. Elle parut être sur le point de lui dire quelque chose, mais à la place, elle se ravisa. Elle secoua la tête avant de lui répondre simplement :

- Tout va bien. Essaie de te rendormir.

Ce fut tout.

Elle tourna les talons pour refermer la porte derrière elle et laisser Lorraine seule, mais la petite fille l'interpella.

- Je ne veux pas dormir seule !

Elle voulait dormir avec Mitsuko... Mais Mitsuko ne reviendrait pas. Peu importe, elle avait besoin d'une présence.

Elle ne voulait pas rester seule dans cette chambre. Shelke se retourna, gardant le silence.

- S'il te plaît !

Pourquoi lui demandait-elle une telle chose ?

Shelke... Shelke avait l'apparence d'une enfant de son âge. Peut-être avait-elle l'air un peu plus âgé, quand bien même cette dernière lui avait dit qu'elle avait actuellement vingt-deux ans. Comment pouvait-elle la protéger si le danger revenait ?

Non. C'était idiot... Surtout que Shelke ne montrait rien. Elle n'essayait même pas de la réconforter, comme le faisait Mitsuko autrefois.

Shelke... On aurait dit un robot. Elle parlait comme tel, d'ailleurs.

Lorraine se rallongea, remontant la couverture jusqu'à son menton.

- Tu peux prendre Citron, lui adressa Shelke, de manière inattendue, avant de laisser le chat entrer dans la chambre de Lorraine.

La petite fille fut surprise par l'initiative de son hôte. Citron sauta sur son lit, avant de se blottir contre le bras de Lorraine, lui offrant une douce chaleur parsemée de ronron. Shelke demeura dans l'entrebâillement de la porte pour les observer. Ou plutôt, pour observer la réaction de la petite fille.

Cela fit à peine sourire Lorraine, quand bien même elle accepta l'offre. Bien sûr... Elle avait besoin de quelqu'un qui la protège, mais une présence était une présence.

Peut-être qu'ainsi, elle ne reverrait pas l'ombre...

Mais une autre surprise la devança quand une silhouette apparut derrière l'épaule de Shelke, à peine plus grande qu'elle.

- Hé ! Qu'est-ce qui se passe ? Quelqu'un t'ennuie ?

Lorraine releva la tête. Yuffie se tenait dans l'encadrement de la porte. En pyjama, les mains sur les hanches et l'air endormi, elle paraissait prête à en découdre avec le premier venu.

- Lorraine a fait un cauchemar, lui dit simplement Shelke. Je lui ai proposé de garder Citron.

- Bah alors, ma puce ! s'inquiéta Yuffie tandis qu'elle entrait dans la chambre pour rejoindre la petite fille. Hé, il ne faut pas avoir peur !

Lorraine se cacha la tête derrière sa couette. Yuffie plia et déplia son biceps, une lueur malicieuse dans son regard.

- Ne t'inquiète pas ! Si quelqu'un vient t'embêter, la Grande Yuffie va se charger personnellement d'eux !

- Yuffie... Elle doit dormir, soupira Shelke en levant les yeux au ciel.

- Hé ! Est-ce que tu veux que je dorme avec toi ? Comme ça, Citron et moi, on veillera au grain !

Les yeux de Lorraine s'éclairèrent.

- Yuffie...

- Quoi ? Je ne vois pas où est le problème ! Allez, ma puce. Fais-moi un peu de place.

- Je préviens seulement Lorraine que tu ronfles, l'informa Shelke, laconique.

- Pas vrai !

Durant un instant, elle oublia sa peur. La proposition de Yuffie la rassura grandement.

La petite fille s'autorisa à sourire.

- Merci, lui adressa Lorraine, reconnaissante.

- Héhé, c'est normal ! On a promis de te protéger.

Yuffie jeta un œil en biais à Shelke.

- Pas vrai, Shelke ?

Shelke ne répondit pas. Elle reporta son attention sur Lorraine.

- Si tu as besoin d'autre chose, n'hésite pas.

Lorraine acquiesça. Tandis que Shelke refermait la porte, Yuffie se pelotonna contre elle, couvrant son ventre d'un bras protecteur tandis qu'elle fermait les yeux en souriant.

- Rah ! Citron ! Tes griffes !

Citron répondit par un « miah » dépité.

Cela fit pouffer Lorraine qui se décontracta grandement.

Cette nuit, elle ne serait pas seule. Quelqu'un la protègerait.

Pourtant, elle eut du mal à se rendormir. Quand l'orage s'arrêta enfin aux environs de quatre heures du matin, la petite fille put enfin glisser dans les bras de Morphée, Citron ayant posé la tête contre la sienne.

Shelke n'avait pas tort. Yuffie ronflait.


« Allez ! Passe-m'en ! »

« Non ! »

« Mais s'il te plait ! »

« J'ai dit non ! Tu n'as qu'à t'en acheter ! Arrête de piquer mes affaires ! »

Dans la chambre de Mitsuko, les deux sœurs étaient aux prises. Attirée par les hurlements, leur mère surgit devant elles, un air mécontent sur son visage.

- Les filles ! Qu'est-ce qui se passe ?

- Elle n'arrête pas de me piquer mes affaires ! cria Mitsuko en désignant Lorraine d'un doigt accusateur.

- Pas vrai ! Je voulais juste emprunter pour essayer !

- Mais tu n'as qu'à t'en acheter !

Sa mère leva les yeux au ciel, désemparée.

- Lorraine, tu es trop jeune pour te maquiller. Tu le sais très bien.

- Mais c'est seulement pour rire ! S'il te plaît, maman !

Intraitable, sa mère se contenta de tourner les talons. Néanmoins, elles la virent grimacer avant de porter une main sur son ventre, comme à chaque fois que leur futur petit frère donnait des coups de pieds.

Malgré tout, ce simple geste coupa court à la dispute des deux filles. Mitsuko et Lorraine s'interrompirent pour regarder leur mère avec inquiétude.

- Ça va, Maman ? lui demanda Mitsuko.

- Tout va bien, tout va bien.

- C'est notre petit frère ? s'extasia Lorraine alors qu'elle se redressait.

- Oui. Et j'aimerais bien que vous lui montreriez l'exemple quand il naîtra. Je ne veux pas qu'il voie ses deux grandes sœurs « responsables » se disputer comme des chiffonniers pour une palette de maquillage.

Les deux jeunes filles s'échangèrent un regard, penaudes.

- Désolée, maman, soupira Mitsuko.

- Je ne veux rien savoir. Débrouillez-vous comme des grandes. Moi, je dois m'allonger.

- D'accord, Maman, s'excusa Lorraine à son tour.

Sa mère disparut dans le couloir de l'appartement. Désormais seules, les deux jeunes filles se dévisagèrent. Alors que Lorraine se préparait à partir sans faire d'histoire, Mitsuko se releva et finit par s'approcher de sa commode, sur laquelle était entassée sa palette de maquillage.

- Tu veux que je te montre comment on fait ?

Lorraine écarquilla les yeux, stupéfaite par ce retournement inattendu de situation.

- Maman a dit que je n'ai pas le droit.

- Bon, tu veux que je te montre ou non ? Il faut savoir ce que tu veux ! grogna Mitsuko. Tu m'as dit que c'était pour essayer, n'est-ce pas ?

La petite fille ouvrit la bouche avant d'hocher vivement la tête, excitée.

- En effet. Merci, Grande sœur !

- Mouais. Mais c'est juste une fois, d'accord ? Ne crois pas que tu as l'autorisation de te servir gratuitement dans MES affaires !

En guise de réponse, Lorraine se jeta dans ses bras.

- Merci, Mitsuko ! Je t'adore !

- Ça va, ça va, soupira Mitsuko en la repoussant.

Elle l'attrapa par les épaules pour la placer droite devant elle, avant d'ouvrir sa palette.

- Alors, pour commencer...


« De gyozas chauds, les meilleurs du Wutaï ! Des produits frais et locaux, recommandés par la Grande et merveilleuse Yuffie elle-même ! »

Shelke et Lorraine se tournèrent vers la Ninja qui venait d'entrer à l'appartement, brandissant fièrement trois boîtes de gyoza fumantes emballées dans un sac plastique.

- Alors, c'est qui la meilleure ?

Shelke la toisa, blasée.

- Tu les as achetées au vendeur du coin.

- Qui est Wutaïen ! Non mais. Ça compte ! Tiens, Lorraine ! Tu vas nous chercher des serviettes ?

Lorraine hocha la tête avant de se rendre dans la cuisine.

Depuis qu'elle l'avait introduite à la cuisine Wutaïenne, Lorraine en raffolait. Elle n'en avait jamais vraiment mangé chez elle, avec sa famille. Son père lui disait que c'était par manque de temps, quand bien même Mitsuko en achetait parfois quand elle sortait avec ses amis après les cours.

Brièvement, Lorraine se demanda si Mitsuko se serait entendue avec Yuffie et Shelke. Elle secoua la tête à cette pensée avant de prendre les serviettes demandées.

- Shelke. Je sais que tu as encore du mal au niveau social, mais est-ce que tu pourrais te montrer un tant soit peu chaleureuse ?

Alors qu'elle était sur le point de retourner dans le living-room, elle surprit Yuffie et Shelke en pleine conversation. Se cachant derrière la porte, Lorraine écouta en silence.

Shelke tournait le dos à la Ninja, les bras croisés sur sa poitrine, comme si on l'avait prise en faute.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

- De Lorraine, Shelke ! s'énerva Yuffie. Tu sais ce que cette petite a traversé et tu continues de te montrer froide avec elle ! Pourtant, tu devrais compatir après avoir subi la même chose !

Réalisant qu'on parlait d'elle, Lorraine ne put réprimer un frisson.

- Pourquoi tu ne lui proposes pas de dormir avec elle quand elle fait un cauchemar ? Ce serait la moindre des choses !

- Ce n'est pas mon rôle, Yuffie, lui dit calmement Shelke.

- Shalua ne dormait jamais avec toi quand tu faisais un cauchemar ?

Cette fois-ci, ce fut au tour de Shelke de tressaillir.

- Ou tu as oublié ? demanda Yuffie en fronçant les sourcils.

- Ne me parle pas de Shalua. Et oui. Depuis le temps, j'ai sûrement oublié. Personne n'a jamais partagé mon lit depuis. Ou alors, pour des intentions moins innocentes.

Cela fut bref, mais Lorraine jura avoir vu Yuffie pâlir.

Shelke s'appuya contre le mur, sans porter d'attention à Yuffie qui la toisait avec sévérité.

- Même. Tu pourrais faire en sorte qu'elle se sente chez elle.

- Yuffie, tu sais très bien que ce n'est que temporaire. Reeve Tuesti est en train de chercher une famille pour elle. Ce n'est qu'une question de temps.

- Rien ne t'empêche de rendre son séjour plus agréable !

La jeune fille aux cheveux orange garda le silence.

Elle finit par soupirer avant de répondre, le ton dur :

- Ce n'est pas moi qui suis venue la chercher.

Lorraine laissa les bras tomber le long de son corps, interdite.

Se recroquevillant sur elle-même, Lorraine essaya de ne pas céder aux larmes qui lui montaient aux yeux.

A quoi bon ? Elle n'était ici que depuis un mois, maintenant. Que représentait un mois ?

Ce n'est pas moi qui suis venue la chercher.

Elle ne l'avait pas demandé non plus. Tout ceci était un concours de circonstances. Et Shelke avait raison. Tout cela était temporaire. Yuffie rendait les choses plus supportables. Elle faisait la conversation, elle dormait avec elle, elle la gâtait.

Mais Lorraine partirait. Elle quitterait cet endroit bientôt, pour rejoindre...

Pour rejoindre cette « nouvelle famille ».

Après, elle ne les reverrait plus.

Lorraine renifla. Elle attrapa les serviettes et ouvrit la porte, prétendant ne rien avoir écouté de la conversation. Yuffie et Shelke se tournèrent d'un bloc vers elle. Lorraine crut voir Shelke sursauter, avant de baisser la tête, l'air coupable.

- ... Je vais manger dans ma chambre, dit simplement Lorraine avant de récupérer sa propre boîte de gyoza.

- Lorraine... l'interpella Yuffie.

Cette dernière la regarda tristement.

- Tu peux manger avec nous.

- Je ne veux pas déranger.

Et sans jeter un regard à Shelke, Lorraine s'enferma dans sa chambre.


Lorraine adorait se rendre aux clubs équestres.

Après avoir visité le Gold Saucer deux ans auparavant avec ses parents et Mitsuko, Lorraine était tombée amoureuse des courses de Chocobos. Elle adorait tellement voir ces oiseaux de toute couleur, jaune, rose, noire, courir sur la piste, décollant du sol au point qu'ils s'envoleraient presque, laissant une pluie de plumes d'arc-en-ciel tomber derrière eux. Et le fait qu'ils avaient été autorisés à les approcher, les caresser, les nourrir par la suite n'avait fait que raviver ce bonheur.

Le Chocobo qu'elle avait caressé, sous l'œil attentif de ses parents, avait été extrêmement accueillant. Son piaillement ravi avait réchauffé le cœur de Lorraine.

Un jour, elle aimerait monter sur l'un d'eux. Mais quand elle l'avait demandé à ses parents, son père lui avait simplement décrété qu'elle était encore trop jeune.

Alors, en attendant ce jour, elle accompagnait Mitsuko au centre équestre. Elle observait sa sœur monter sur un Chocobo tandis qu'elle s'exerçait à l'arc, pointant une flèche sur des cibles avant de tirer.

Lorraine adorait la regarder. Mitsuko avait l'air si majestueuse. On aurait dit une princesse guerrière avec son arc et son Chocobo.

« Je veux élever des Chocobos plus tard ! » cria Lorraine tandis que Mitsuko s'approchait des barrières pour lui parler.

Mitsuko leva les yeux au ciel, manifestement ennuyée.

- Tu dis ça parce que tu m'as entendue le dire, l'autre jour.

- Non. C'est vraiment ce que je veux faire, répliqua Lorraine en faisant la moue.

- J'ai dit que je veux élever des Chocobos plus tard. Et tu me copies. Tu me copies toujours, soupira Mitsuko.

- Ce n'est pas vrai ! Et puis, rien ne nous empêche de les élever ensemble !

Mitsuko soupira avant de tirer sur les rênes, éloignant le Chocobo des barrières. A nouveau, sa sœur se positionna devant les cibles, brandissant son arc. Braquant sa flèche dessus, tirant la corde au maximum, elle visa la cible centrale.

En plein dans le mille !

- Bravo, Mitsuko ! Tu es trop forte !

Fière, Mitsuko lui tira une révérence.

- Bientôt, tu pourras combattre des dragons et des êtres maléfiques avec ton arc et à dos de Chocobo !

- Tu sais ce que tu devrais faire, plus tard ?

Lorraine la toisa avec curiosité.

- Tu devrais écrire. Ou devenir scénariste. Tu adores inventer les histoires de Moogle. Je suis sûre que tu ferais carrière avec tes idées !

- Oui ! répondit Lorraine, enchantée.

Bon. Elle ne renonçait pas pour autant à son rêve d'élever des Chocobos. Mais écrire des aventures sur les Moogles ?

C'était extrêmement tentant !

- Tu serais mon héroïne ! « Mitsuko contre les Moogles maléfiques ! » Elle aurait un arc comme arme et un Chocobo argenté !

- A condition que j'ai une belle tenue, ricana Mitsuko alors qu'elle encochait une nouvelle flèche. Tiens, une robe émeraude. Idéale pour les princesses guerrières.

- Je la dessinerai pour toi ! J'ai promis de dessiner celle de ton mariage !

- En effet. Hâte de voir à quoi elle ressemblera.

Lorraine la regarda tirer. Une nouvelle fois, elle visa la cible.

- Tu m'apprendras, un jour ?

Cette fois-ci, Mitsuko ne fut pas ennuyée par sa question. Bien au contraire. Elle lui répondit même par un sourire.

- Un jour. Peut-être.

- Promis ?

- Promis, petite sœur.


« Oh, regarde-moi cette beauté ! Une petite Matéria Brasier ! Rien qu'à moi... »

Yuffie se racla la gorge quand elle remarqua l'expression soucieuse de Lorraine.

- Enfin. A nous.

Comme souvent après l'école et en attendant que Shelke rentre du travail, Yuffie l'emmenait à la chasse aux Matérias. Cela leur permettait de se vider la tête et de passer un peu de temps loin des tracas de la vie quotidienne.

D'habitude, Lorraine aimait ces chasses. Mais son esprit était encore préoccupé par la conversation qu'elle avait entendu, l'autre jour dans le living-jour.

Ce n'est pas moi qui suis venue la chercher.

- Lorraine ? ça va ? lui demanda Yuffie en haussant un sourcil. D'habitude, tu es plus excitée que ça à l'idée de découvrir des Matérias.

Lorraine ouvrit la bouche, avant de se refermer.

- Lorraine ?

- ... Shelke ne m'aime pas, n'est-ce pas ?

Enfin, elle s'en doutait déjà, mais... Cela restait un coup dur. Même si elle était une étrangère, elle vivait avec quelqu'un qui ne l'appréciai pas.

Et Yuffie ? Est-ce que Yuffie l'appréciait ?

- Qu'est-ce que tu racontes ? lui demanda immédiatement la Ninja, laissant tomber sa Matéria pour poser sa main sur l'épaule de Lorraine. Bien sûr qu'elle t'aime !

- Ce n'est pas l'impression que j'ai.

- Crois-moi ! Si Shelke ne t'aimait pas, elle ne chercherait même pas à te parler ! la rassura Yuffie en lui adressant un clin d'œil. Hé ! On est comme trois colocataires vivant sous le même toit ! On s'entraide !

Mouais, pensa Lorraine, pas convaincue.

- Alors, pourquoi n'essaie-t-elle pas plus ?

Yuffie retira sa main. Elle poussa un soupir avant de donner un petit coup de pied dans un caillou, pensive.

- Bah. Elle est comme ça. Elle a toujours été un peu austère. Cela n'a rien à voir avec toi.

- Vous êtes proches ?

Yuffie marqua un temps, avant de hausser les épaules.

- On s'entend mieux qu'avant, dirons-nous.

- Alors, pourquoi vivre ensemble ? lui demanda Lorraine.

- On a une fille à s'occuper, lui adressa Yuffie, enjouée. C'est mieux d'être à deux pour t'offrir deux fois plus d'attention et de Matérias.

Oh...

Mais ce que la Ninja lui révéla par la suite la surprit davantage :

- Tu sais, dit Yuffie. C'est Shelke qui m'a demandée de venir habiter avec vous. Ne lui répète pas mais... elle avait peur de ne pas savoir s'y prendre. Elle avait peur de ne pas être à la hauteur. Elle avait ton bien-être en tête. Et j'étais, pour elle, la personne la mieux placée pour veiller à ton bien-être.

Cela la laissait perplexe.

- Tu ne me mens pas pour me faire plaisir ?

- Pourquoi est-ce que la Grande Yuffie te mentirait ? s'exclama la concernée, presqu'outrée par de telles insinuations.

Elle ne mentirait pas...

Elle lui avait dit la même chose. Songeuse, elle fixa un point invisible, repensant vaguement à la toute première conversation qu'elle avait eu avec Shelke, la première fois qu'elles s'étaient rencontrées.

« Ne pleure plus. »

« Ils n'ont fait que retourner à la Planète. Tu les reverras. »

« Je ne mentirais pas, n'est-ce pas ? »

Quoique distante, Shelke ne l'avait toutefois pas rejetée.

- C'est juste que... comme toi, elle a traversé des choses, dit Yuffie en se grattant l'arrière de la nuque.

- ... Des choses ?

Yuffie baissa la tête. Elle, d'habitude si joviale... son visage s'était assombri.

- ... Elle a perdu une sœur aînée, aussi.

Cela porta un coup au cœur de Lorraine. Elle dévisagea Yuffie, tétanisée.

Shelke... Shelke avait perdu sa sœur aussi ?

- Je sais que ce n'était certainement pas à moi de te l'avouer mais... Elle s'appelait Shalua, dit Yuffie.

Shalua ne dormait jamais avec toi quand tu faisais un cauchemar ?

- Peut-être que ta situation lui rappelle un peu la sienne, soupira Yuffie, abattue. Vu que tu as perdu ta sœur aussi.

Lorraine ferma les yeux.

Elle se sentait honteuse. Elle avait jugé Shelke trop vite et... elle n'avait jamais pris le temps d'apprendre à connaître son point de vue.

- Yuffie ?

- Oui ?

- ... Tu as perdu une sœur ou un frère aîné ? la questionna Lorraine d'une petite voix.

Le regard voilé, Yuffie ne lui répondit pas immédiatement.

A nouveau, Lorraine regretta sa question.

- ... Oui et non, répondit simplement la Ninja. J'ai eu un assistant qui me considérait comme sa sœur, quand bien même je le voyais autrement. Il est mort au Wutaï.

- Je suis désolée, s'excusa Lorraine, penaude.

- Ne le sois pas... Mince ! Ma Matéria ! Notre Matéria !

Alors qu'elles échangeaient, Yuffie et Lorraine n'avaient pas remarqué que la Matéria qu'elles avaient découvert avait tout simplement disparu.

Bientôt, les yeux de la Ninja fumèrent de colère. Elle chercha du regard avant de verrouiller sa cible. Le responsable de la perte de leur Matéria.

- Au voleur ! cria Yuffie en désignant du doigt le responsable.

Un pauvre type avec des lunettes de soleil et un chapeau qui jouait avec leur trouvaille en sifflotant.

- Lorraine. Sus à l'ennemi ! Technique Ninja ! lui ordonna Yuffie en sifflant, furieuse.

Lorraine acquiesça.

Immédiatement, elles encerclèrent le gars, poings en avant.

- Rends-nous cette Matéria ! gronda Yuffie qui avait sorti son Shuriken.

L'inconnu les considéra avec mépris derrière ses lunettes de soleil.

- Elle n'est pas à vous !

- Elle appartient à la Fleur du Wutaï ! cria Lorraine en désignant Yuffie qui relevait le menton avec fierté.

- Exactement !

- Oui. Ou plutôt, la voleuse du Wutaï, se moqua l'inconnu.

Yuffie le foudroya du regard.

- Chose trouvée, chose gardée.

- Exactement. Dans ce cas, je la garde. Je n'ai pas de temps à perdre avec deux gamines.

- Hé ! s'énerva Yuffie, catastrophée. Je ne suis plus une gamine ! Je sais être adulte, moi !

Elle adressa un clin d'œil à Lorraine qui lui rendit un sourire.

- Dans ce cas, rends-toi utile et occupe-toi de ce thon, lui rétorqua l'inconnu qui désigna Lorraine du doigt.

Le silence tomba.

Lorraine et Yuffie blêmirent.

Thon ? Il l'avait bel et bien traitée de thon ?

- Comment oses-tu ? De quoi tu l'as traitée, là ?

Avant même que Lorraine ne réagisse, Yuffie avait déjà sorti son sac rempli de Matérias.

- Tu oses traiter ma magnifique fille de « thon » ? Mais tu t'es regardé avec ta tronche et ton chapeau ridicule ?

Elle était furieuse, maintenant. Immédiatement, elle sortit ses gants et s'avança à grands pas vers l'inconnu.

- Yuffie... l'interpella Lorraine pour essayer de la calmer, ayant peur d'avoir déclenché une bagarre par inadvertance.

Yuffie ne l'écouta pas.

- Je demande un duel pour réparation ! cracha Yuffie avant de le gifler en plein visage avec son seul gant.

Il s'agissait d'un seul coup, mais il fut suffisamment puissant pour le mettre par terre.

- Yuffie !

- Prépare-toi à affronter LA FLEUR DU WUTAI ! TU VAS T'EXCUSER AUPRES DE MA FILLE ET TU VAS ME RENDRE MA MATERIA !

- Mais...

Rien à faire. Yuffie était déjà lancée. Avant même que l'inconnu ne riposte, elle lui avait déjà envoyé une Matéria Brasier en pleine figure, l'envoyant paître quelques mètres plus loin, avant d'enchaîner à coups répétés de Shuriken de façon à ce qu'il reste par terre.

- ... Yuffie, soupira Lorraine, dépitée.

Shelke n'allait pas être contente.


« Comment ça, tu t'es battue avec un adolescent de quinze ans ? »

Au milieu du salon, les bras croisés, Shelke dévisagea Yuffie et Lorraine avec la même expression que le ferait une mère qui gronderait ses enfants.

Comme c'était couru d'avance, l'incident de cet après-midi était rapidement parvenu aux oreilles de Shelke. Elle qui avait accès aux caméras de surveillance de la ville, on ne saurait rien lui cacher indéfiniment.

- Hé ! se justifia Yuffie en levant les bras. Je suis la seule fautive. Lorraine n'y est pour rien.

Shelke jeta un coup d'œil à Lorraine qui resta silencieuse.

- Je sais très bien qu'elle n'y est pour rien. Tu es la seule à te battre pour des Matérias, Yuffie.

- Oui et parce qu'il a traité Lorraine de « thon ». Je devais la défendre, tu comprends !

Prise au dépourvu, Shelke dévisagea Yuffie en fronçant les sourcils.

- Excuse-moi ? Je n'ai pas bien entendu.

- Cet ado de quinze ans a insulté notre fille, soupira Yuffie, le ton indiquant qu'elle était même fière de ce qui s'était passé quelques heures plus tôt. Alors, je l'ai défendue.

- Est-ce vrai ?

- Merci, la confiance.

Cette fois, Shelke s'adressa à Lorraine. La petite fille hocha timidement la tête. Elle n'allait pas enfoncer Yuffie. C'était strictement la vérité. C'était bel et bien ce qui s'était produit.

- Oui.

Shelke ne changea pas d'expression. Pourtant, elle laissa les bras tomber le long de son corps.

Dans ses yeux, il parut y avoir une trace de colère, quand bien même cette lueur était camouflée derrière un masque d'indifférence.

- Tu vas me punir ? demanda Yuffie, les bras derrière son dos.

- ... Non.

Shelke se contenta de passer devant elles avant de s'asseoir devant son ordinateur, Citron sautant sur ses genoux pour lui quémander des gratouilles. Sans cligner des yeux, elle tapa furieusement sur son clavier, comme si elle recherchait quelque chose.

- Euh. Qu'est-ce que tu fais ?

Shelke haussa les épaules.

- Reeve Tuesti m'a donnée l'ordre de pirater les comptes de tout fauteur de trouble errant dans la ville.

- Attends... tu vas pirater son compte parce qu'il a piqué MA Matéria ? s'exclama Yuffie, estomaquée.

Son interlocutrice se contenta de lever les yeux au ciel.

- Bien sûr. Ta Matéria, répliqua-t-elle, sarcastique.

- Oh... Oh !

Yuffie se couvrit la bouche, comprenant où elle voulait en venir.

- Tu vas défendre l'honneur de notre fille ?

Eberluée, Lorraine reporta son attention sur Shelke, la considérant attentivement.

Serait-ce possible ? Etait-ce le cas ?

Elle allait vraiment pirater le compte de cet homme parce qu'il l'avait insultée ?

- Je n'ai rien dit, se contenta de répondre Shelke, vague.

- Héhé, ça veut tout dire ! ricana Yuffie tandis qu'elle donnait un coup de coude dans la côte de Lorraine.

C'était... surréaliste.

Lorraine fut trop surprise pour répondre correctement. Shelke lui adressa néanmoins un bref coup d'œil, avant de fouiller le réseau pour dénicher le compte de l'inconnu qui l'avait traitée de « thon ».

Elle était sérieuse. Elle le ferait vraiment.

Et Lorraine mentirait si elle disait qu'elle n'appréciait pas l'attention.


« Tu m'as fichue la honte ! »

Alors qu'elles revenaient de l'école à pied, Lorraine criait après sa sœur, encore furieuse suite à l'incident qui s'était produit dans la cour cet après-midi. Quant à Mitsuko, cette dernière marchait droit devant elle, sans se retourner, les écouteurs sur ses oreilles.

Cela énervait Lorraine quand elle agissait comme ça ! Immédiatement, elle le lui arracha d'une main et Mitsuko se tourna vers elle, furieuse.

- Tu n'étais pas obligée de voler à mon secours ! Maintenant, toute ma classe va croire que je suis une demeurée qui ne peut rien faire sans sa sœur !

- Je l'ai entendu te traiter de « thon », Lorraine. Tu aurais préféré quoi ? Que je fasse la sourde oreille ?

- Mais tu pourrais au moins me laisser me débrouiller, de temps en temps !

- Lorraine...

Mitsuko serra les poings, essayant de se contenir.

- Ce qui est fait est fait.

- Et maintenant, on est en retenue toutes les deux ! Bravo, Mitsuko ! J'aurais encore préféré que tu n'interviennes pas. Cela aurait rendu les choses plus faciles !

- Pff, tu ne sais pas te débrouiller seule, Lorraine !

Lorraine se figea, abasourdie. Mitsuko la fusilla du regard.

- Parfaitement ! Tu ne sais pas te débrouiller. Tu n'as même pas d'identité propre ! Tu ne vis qu'à travers les dessins animés des autres et à travers mes rêves ! Trouve-toi une identité propre et arrête de t'aligner devant les autres pour changer !

Mitsuko la repoussa avant de reprendre ses écouteurs d'un geste sec.

- Au moins, comme ça, je n'aurais plus à te défendre !

- Tu sais quoi, Mitsuko ? Tu n'as jamais assuré comme grande sœur ! Jamais !

Lorraine se retourna pour emprunter un autre chemin. Elle n'avait pas envie de rentrer avec sa sœur. Pas ce soir !

- Le jour où tu quitteras la maison, crois-moi que je danserais de bonheur !


Encore cette nuit, l'orage éclata.

Lorraine se réveilla en pleurant. A nouveau, elle appela. Elle appela son père... elle appela sa mère...

Mais plus que tout, elle appela Mitsuko.

Combien de fois ces mots avaient-ils résonné dans son esprit ?

Combien de fois avait-elle voulu revenir en arrière ? Ne jamais avoir dit ces choses à sa sœur ?

Elle voulait s'excuser... encore et encore.

Si elle avait su... si elle avait su...

La porte s'ouvrit.

Shelke apparut. A travers les larmes, Lorraine fut sur le point de s'excuser de l'avoir réveillée.

« Je suis désolée... je... je... »

Mais Shelke se contenta de poser un doigt sur sa bouche, lui indiquant de se calmer.

Ce n'était pas nécessaire.

Ce n'était pas nécessaire qu'elle se justifie.

Lentement, Shelke s'avança vers son lit et s'assit auprès de Lorraine, la considérant avec attention.

- ... Parle-moi.

Lorraine renifla, s'essuyant les yeux tant bien que mal.

- ... J'ai dit des choses à Mitsuko... j'ai dit des choses que je ne pensais pas !

Jamais elle ne pourrait s'excuser d'avoir dit ces choses...

Jamais.

- J'ai dit qu'elle était une mauvaise sœur ! Que le jour où elle partirait, je... je...

Elle n'arrivait pas à finir sa phrase. A nouveau, elle éclata en sanglot.

Shelke baissa la tête en guise de réponse. Un long silence tomba entre elles, rythmé par les pleurs de Lorraine.

- ... J'en ai dit des pires à Shalua, Lorraine.

Lorraine se découvrit les yeux, la fixant avec incrédulité.

Shelke acquiesça silencieusement.

- ... J'ai dit qu'elle était stupide.

Lorraine hoqueta en guise de réponse. Sans ajouter autre chose, Shelke se rapprocha d'elle et entoura son épaule de sa main pour l'attirer contre elle.

Une manière pour elle de la consoler.

- Je suis désolée, répéta Lorraine, la voix brisée.

- Ne le sois pas. Je suis sûre que ta sœur savait que tu ne pensais pas de tels mots.

- Tu le crois ? Tu crois qu'elle me pardonnera ?

Shelke marqua un temps, avant de répondre par l'affirmative.

- Elle n'a pas à te pardonner. Ce sont des choses qui arrivent entre sœurs. Crois-moi.

Malgré tout, malgré la douleur des souvenirs... Lorraine sentit une petite boule chaude lui réchauffer le cœur.

Malgré tout, les mots de Shelke lui faisaient beaucoup de bien.

- Shelke... ?

- Oui ?

- ... Tu peux dormir avec moi ?

Shelke ne bougea pas.

Pendant un instant, Lorraine crut qu'elle n'en ferait rien. Qu'elle retournerait à sa chambre. Du moins, jusqu'à ce qu'elle soulève sa couette pour se blottir dessous, aux côtés de Lorraine.

Lorraine posa la tête contre l'épaule de Shelke. Ses yeux étaient encore humides, mais elle ne pleurait plus.

- Hé.

La voix de Yuffie émana dans les ténèbres.

Shelke et Lorraine se retournèrent vers la porte.

- Il reste une place ? demanda timidement la Ninja.

En guise de réponse, Shelke se décala. Yuffie s'empressa de les rejoindre, se plaçant de l'autre côté de Lorraine, les deux femmes l'entourant de leur présence. A son tour, Citron sauta sur le lit pour s'installer à leurs pieds, leur procurant une chaleur supplémentaire.

- Vous savez, chuchota Yuffie.

- Hm ?

- ... Moi, j'ai dit à quelqu'un une fois que je n'étais pas sa petite sœur.

Lorraine posa sa main dans son dos, un bref sourire sur ses lèvres.

Shelke devait avoir raison.

Ces choses arrivaient toujours, n'est-ce pas ?

Mitsuko lui avait pardonnée. Elle lui avait déjà pardonnée...

Elle repensa à la promesse qu'elle avait faite à sa sœur. « Les aventures de Mitsuko contre les Moogles.

Peut-être que demain, elle commencerait cette bande-dessinée.

Peut-être que Shiro serait intéressé de la lire...

Oui. Il serait la première personne qui lirait ce comics.

Elle espérait que cela le lui plaise.

Les aventures de sa sœur en tant que princesse guerrière... Même si elle n'avait pas besoin d'être princesse guerrière pour être une héroïne aux yeux de Lorraine.

Il s'agissait bel et bien de la réalité.


« ... Ne vous inquiétez pas, Jin Satsu. Je ferais en sorte que vous soyez au moins reconnaissable.»

La dernière chose qu'entendit Lorraine fut son père leur crier de courir.

L'instant d'après, il avait disparu dans les ténèbres.

Cela se produisit en quelques secondes.

Sa mère pleurait, suppliait en même temps que les ténèbres fondaient sur elles.

« Mitsuko ! Emmène ta sœur ! S'il te plaît, emmène- »

Puis plus rien.

Sa mère avait été absorbée à son tour.

Hystérique, Lorraine hurla.

Le monstre... Le monstre allait les... Il allait les...

Non ! Elle ne voulait pas ! Elle voulait son père ! Sa mère !

Alors qu'elle sentait les tentacules de ténèbres lui lécher les pieds, une main agrippa son bras.

Pendant un instant, elle crut qu'il s'agissait du monstre. Le monstre l'avait attrapée !

Mais quand elle tourna la tête pour regarder par-dessus son épaule, elle réalisa qu'il s'agissait de Mitsuko.

« Arg ! »

Mitsuko bascula en avant, comme si l'un de ces tentacules avait fauché son pied.

« Mitsuko ! »

Mais avant même qu'elle ne tombe à terre, Mitsuko usa de ses dernières forces pour pousser sa petite sœur vers le placard de sa chambre.

« ... Cache-toi. »

Lorraine cria, l'appela désespérément.

Non !

Non ! Pas sa grande sœur !

« Mitsuko ! Non ! Viens ! Ne me laisse pas ! »

Ne... ne me laisse pas...

Mitsuko ne lui répondit jamais.

A son tour, Mitsuko tomba. Les ténèbres l'avaient prise comme proie.

Alors que le trou noir s'ouvrait derrière Mitsuko, prêt à l'engloutir à son tour, Lorraine eut seulement le temps de voir sa sœur lui adresser un dernier sourire.

Un sourire qui lui disait qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.

« Mitsuko ! »

Puis, la porte du placard se referma entre les deux sœurs, les séparant de manière définitive.

Tandis que les ténèbres dévoraient sa sœur à l'extérieur, Lorraine restait dans sa cachette. Impuissante et terrorisée, la petite fille se recroquevilla, se couvrant les oreilles pour ne pas avoir à entendre les hurlements d'agonie de sa famille que le monstre massacrait les uns après les autres.


Lorraine referma les yeux, glissant progressivement dans le sommeil.

Malgré l'orage, elle parvint toutefois à se rendormir.

Yuffie et Shelke ne quittèrent jamais son lit.

Comme elles l'avaient promis, elles veillaient sur elle. C'était suffisant.

Elle savait qu'elles la protégeraient.

Yuffie et Shelke l'aimaient. Elle en avait la preuve.

Et Lorraine savait qu'elle les aimait en retour.

Cette nuit était la preuve qu'elle n'était pas seule.

Non.

Elle n'était plus seule, maintenant.