L'homme et le monstre
OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place au cours de Rejoins-moi. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.
Warning: scène explicite.
« Je n'ai pas été présent auparavant. C'est vrai. »
« Mais je veillerai... enfin, j'essayerai de faire en sorte que plus personne ne t'inflige de tels sévices, Shiro. Que plus personne ne s'en prenne à toi. Pour des expériences ou... pour autre chose. »
Ils étaient redescendus du sommet de la montagne dans le plus grand des silences.
Aucun d'eux ne s'exprima, ne parla. Shiro avait seulement tenu la main de Weiss tandis qu'ils effectuaient ensemble le trajet du retour, dans le sens inverse, qui les ramènerait au campement dans quelques jours.
Un flot d'émotions, à la fois intenses et contradictoires, avait traversé l'enfant en même temps qu'il suivait son père à petits pas dans la longue pente raide.
Au début, il avait eu l'impression d'étouffer. Le fait d'avoir parlé de Monsieur Cigarette, de lui avoir raconté en détails ce que ce dernier lui avait infligé... Shiro avait eu peur. Il avait eu la sensation de revivre tous ces horribles souvenirs. Des souvenirs qu'il espérait tant bien que mal oublier à jamais.
Etait-il possible d'oublier ? Une bonne fois pour toutes ? De sorte que par la suite, Shiro n'embêterait plus jamais personne avec ses souvenirs ?
Il aimerait y croire.
Il se plaisait à penser qu'un jour, il oublierait tout. Toutes ces choses s'effaceraient de sa mémoire. Comme ça. D'un seul coup.
Mais alors que la pente fût moins ardue, et au fur et à mesure que le chemin redevenait plat, Shiro ressentit peu à peu une sensation de légèreté. Comme si son cœur devenait moins lourd, comme si un poids avait été retiré de ses épaules.
Comme si une partie de lui... avait été libérée. Le fait d'avoir raconté son parcours à Deepground, avec Monsieur Cigarette... de manière inattendue, cela l'avait apaisé, soulagé.
Pourtant, quand il se retournait pour regarder son père et qu'il voyait le visage de ce dernier qui n'arborait aucune expression, en-dehors d'un léger froncement de sourcil à chaque fois que Shiro posait ses yeux sur lui, Shiro ne put s'empêcher de se demander si cela avait vraiment été une bonne chose, de vider son sac auprès de lui.
Il avait l'impression qu'il aurait dû garder son histoire pour lui. Qu'il n'aurait jamais dû la lui raconter.
Weiss était Weiss.
On ne pouvait pas le changer, pensa amèrement Shiro. Et maintenant, quand bien même il eut cette impression que le mur qui les séparait s'était fissuré, il redoutait le voyage du retour. Est-ce que Weiss finirait par lui parler ? Est-ce qu'il garderait la même attitude ?
Au moins, Weiss avait pris sa main. Il ne l'avait pas rejeté.
Shiro choisit de ne rien initier et préféra continuer de marcher dans le silence, sans pour autant se séparer de son père.
Même s'ils avaient souhaité ne pas s'arrêter pour dormir, la fatigue les rattrapa rapidement.
Alors, ils s'installèrent dans un emplacement que Weiss choisit. Trop fatigué pour monter sa tente, Shiro avait préféré s'écrouler dans l'herbe. Sitôt qu'il s'était allongé, il avait fermé les yeux pour dormir.
Tant pis s'il se mettait à pleuvoir.
Weiss lui avait rappelé que le contact de la pluie était plaisant. Quelque chose qu'il avait lui-même oublié.
Ce furent des bruits sourds et lointains qui réveillèrent Shiro. Clignant des yeux, l'air endormi, Shiro poussa un bâillement à s'en décrocher la mâchoire.
Combien de temps avait-il dormi ? Trois, quatre heures ?
Les bruits ne s'arrêtèrent pas. L'enfant aux cheveux blancs se força à se redresser avant d'écouter plus attentivement.
Etrange, pensa-t-il en fronçant les sourcils. On aurait dit des coups... comme si on frappait dans quelque chose.
Intrigué, Shiro chercha Weiss du regard.
Nulle part.
Est-ce qu'il avait fait comme la dernière fois ? Quand Shiro avait mentionné le rencard de Nero avec Andrea ? Avait-il été piqué par la colère pour une raison inconnue et s'était éclipsé pour se calmer ?
Qu'est-ce qu'il avait encore fait pour que Weiss agisse comme ça ?
L'enfant soupira. Se faisant violence pour ne pas se rallonger et se renformir, Shiro se leva avec difficultés avant de se diriger prudemment vers la source du bruit. Se déplaçant à pas de loups, il réalisa que lesdits coups résonnaient dans la forêt.
Lorsqu'il s'approcha, il fut surpris de découvrir son père au beau milieu d'une clairière. Ayant sorti « Paradis » de son fourreau, il était en train de se défouler sur un arbre qui se trouvait devant lui, le frappant à répétition.
Shiro plissa les yeux, vérifiant qu'il ne rêvait pas. Non, non. C'était bel et bien ce qui était en train de se produire. Silencieusement, Shiro observa à nouveau l'expression de Weiss.
La même expression qu'il avait arboré durant tout le trajet jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent. Une allure froide, ne laissant aucun indice sur son état d'esprit.
« Les bonjours, ça existe », lui adressa Weiss en guise de salut, portant un ultime coup à sa victime, avant de ranger « Paradis » (qui, par miracle, n'avait subi aucun dommage.)
Shiro leva les yeux au ciel.
- Pourquoi tu frappais cet arbre ? lui demanda l'enfant, les bras croisés.
- Je n'ai pas le droit de passer mes nerfs sur quelque chose ? lui rétorqua Weiss, las. Sachant qu'il n'y a aucun soldat dans les environs. Dommage, j'aurais bien chassé l'officier Courage.
Shiro frissonna à cette remarque.
- Mais bon, soupira Weiss en remarquant le visage de l'enfant se décomposer. J'imagine que tu vas encore me faire la morale sur la manière de traiter mes subordonnés.
Super. A peine levé, Weiss le critiquait déjà. Shiro se laissa tomber contre un tronc, s'appuyant dessus.
- Qu'est-ce que j'ai encore fait ?
- De quoi parles-tu ? demanda Weiss tandis qu'il se rapprochait de lui.
- J'imagine que j'ai encore fait ou dit quelque chose qui t'a énervé pour que tu aies envie de passer tes nerfs sur ce pauvre arbre. Ou que tu aies envie de chasser l'Officier East. Oui. Il s'appelle East, lui rappela Shiro, l'air de rien.
En guise de réponse, Weiss se contenta de lui adresser un fin sourire, amusé.
- Tu as vraiment du culot de me parler comme ça.
Shiro se mordit la lèvre alors que Weiss s'abaissait à son tour pour s'asseoir par terre, en position seiza.
C'était déjà un peu plus détendu qu'à l'aller, nota Shiro. Sans pour autant que l'attitude de Weiss change du tout au tout.
- Mais bon, fit Weiss en levant la tête pour observer la cime de l'arbre. Il vaut mieux que tu aies ce culot et cette audace. A Deepground, si tu te laisses faire, tu n'auras pas le temps de cligner des yeux que tu te feras manger. Et en tant qu'héritier, cela serait dommage, non ?
Oh. Allaient-ils parler de ça ? Shiro se tendit imperceptiblement quand bien même Weiss ne lui accordait pas vraiment d'attention.
- Je ne veux pas...
Il ne voulait pas être héritier.
Il avait répondu d'une voix à peine audible. Il se demanda même si Weiss l'avait entendu.
- Ce n'est pas faute d'essayer de te convaincre même si, en l'occurrence, tu n'as pas vraiment le choix, déclara l'Empereur de Deepground avec indifférence.
- Tu ne pourras pas me convaincre, dit Shiro en baissant les yeux.
Il savait où il appartenait. Et ce n'était pas à Deepground.
- Tout le monde aime le pouvoir, dit Weiss après un silence. Tu finiras par le vouloir un jour.
- Mais tu sais très bien que mes amis sont ailleurs, lui expliqua Shiro, essayant tant bien que mal de garder son calme. Ils sont là-bas ! Pas à Deepground. Denzel, Marlène...
- ... Et ta copine à qui tu envoies des... Comment tu les appelles déjà ? Oh. « Comics », n'est-ce pas ?
A nouveau, Shiro se raidit.
- Ce n'est pas ma copine, répliqua-t-il en bredouillant, une rougeur apparaissant sur ses joues. C'est juste une amie.
- Ne t'inquiète pas, sourit Weiss, le ton joueur. Je finirais par trouver une fille digne de toi.
- Euh, pardon ?
Shiro avait envie de rire, mais il n'était pas sûr que Weiss le prenne bien. Il demandait à voir. Weiss ? L'Empereur lui-même ? Lui trouver une « fille digne de lui » ?
- Pourquoi pas ? poursuivit Weiss, sûr de lui. Je pourrais toujours passer une annonce pour trouver la perle rare. Je ne veux pas de n'importe qui. Tiens, j'ai déjà l'intitulé en tête : « Cherche une fille digne de mon héritier. Dans ce but précis, des combats à mort seront organisés à Deepground. Celle qui en ressortira victorieuse aura l'honneur d'affronter l'Empereur. Doit être physiquement attrayante, doit posséder des qualités rares au combat, doit avoir un caractère fort et doit aimer le sang. Ah et de préférence, rousse. »
Shiro ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en ressortit.
- Euh... Je ne sais pas comment je dois interpréter le fait que tu as déjà réfléchi à tout ça... Et non, il est hors de question qu'on organise des combats à mort et... D'ailleurs, pourquoi « rousse » ?
- Je ne sais pas, fit Weiss, nonchalant. J'aime bien les rousses. Quoique je préfère les brunes.
Bah voyons, pensa Shiro, dépité. Il ignorait si Weiss plaisantait ou s'il était réellement sérieux. Il s'attendait à tout, avec lui.
- Et puis, déclara Weiss après un vague silence. Après ce que tu m'as raconté, tu viens exactement de prouver en quoi le monde des humains est une mer de déchets et pourquoi il est hors de question de les épargner.
L'instant de légèreté s'envola dès l'instant où Weiss prononça cette seule phrase.
- Pourquoi est-ce que tu refuses de le comprendre ? De le voir ? demanda Shiro avec un ton désespéré.
- Je n'ai pas besoin de le voir, rétorqua fermement Weiss. Je le sais, c'est tout. J'ai de l'expérience, contrairement à toi. Tu n'as pas vécu le quart de ce que j'ai vécu. Que connais-tu de la vie, exactement ?
La réponse de Shiro fut immédiate.
- J'en connais suffisamment. C'est à Deepground que j'ai...
Shiro n'arriva pas à achever sa phrase.
- ... Deepground était une prison.
- Deepground est là où on appartient et où on y appartiendra toujours, répliqua Weiss, l'agacement montant progressivement dans sa voix. Ce sont les hommes qui ont créé Deepground. Et toi, tu veux découvrir leur monde ?
Il ferma les yeux, prenant une longue et profonde inspiration. Sans un mot, Shiro se leva, prêt à quitter la clairière.
Il préférait ne pas avoir à endurer une énième dispute similaire à celle qu'ils avaient eu et qui avait conduit à cette randonnée en pleine montagne.
- Shiro, assieds-toi, lui ordonna Weiss, le ton impérieux.
Il n'en avait aucune envie, mais l'enfant s'exécuta, s'asseyant dans la même position que Weiss. Ce ton ne laissait place à aucune discussion.
- ... Quand je me défoule, lui expliqua Weiss, sans le regarder, c'est parce que j'ai besoin d'évacuer des choses. Je mets un visage sur l'objet sur lequel je frappe. Cela m'empêche de partir au quart de tour et de décimer le reste de ce que j'essaie de reconstruire.
Shiro fronça les sourcils.
- Un visage ?
- Hojo...
Weiss marqua un temps, avant de compléter par un autre nom :
- Restrictor.
Le visage de l'Empereur s'était assombri à la mention de ce nom, qui résonna comme une sentence de mort. Malgré lui, Shiro se sentit frémir.
A nouveau, un lourd silence tomba.
- J'imagine que ça a dû être dur. De me raconter ce que Monsieur Cigarette t'a infligé, dit Weiss, le ton bas.
Shiro ne chercha pas à répondre.
Weiss dégaina « Terre ». Sans un mot, il la tendit à Shiro qui la considéra avec confusion.
- Polis-moi ça, lui ordonna Weiss tandis qu'il reprenait « Paradis » pour l'imiter. Cela sera plus simple si je me concentre sur autre chose en même temps que je parlerai.
- Je ne comprends pas.
- Je dois être juste. Je suis un Empereur juste. Si tu m'as parlé de Monsieur Cigarette, je me dois de te rendre la pareille en te parlant de Restrictor.
Celui contre qui Weiss avait monté une rébellion...
Nero lui en avait parlé, parfois. De Restrictor. Mais Shiro ne s'attendait pas à ce que Weiss ouvre le sujet de lui-même.
- Comme ça, tu comprendras pourquoi la Shinra, ainsi que l'humanité en général, mérite simplement d'être pourchassée, exterminée, tailladée, étranglée, massacrée, battue, poignardée, pulvérisée, asphyxiée, empalée, fusillée et exécutée sans pitié.
Même si Shiro lui consacra sa pleine attention, son discours le fit frissonner de terreur tandis que Weiss reprenait le masque de l'Empereur impitoyable de Deepground tel que les soldats l'avaient toujours connu.
Tandis qu'il polissait « Terre », Shiro écouta.
« Ils seront pourchassés, exterminés, tailladés, étranglés, massacrés, battus, poignardés, pulvérisés, asphyxiés, empalés, fusillés et exécutés sans pitié. »
Dans la salle du Trône, située au cœur du Réacteur Mako Zéro, les rires résonnaient en même temps que le sang jaillissait en geyser, éclaboussant à la fois le sol et les murs.
Encore une fois, une équipe de soldats récemment élevée au rang de Tsviets. Ils devaient être une dizaine, cette fois-ci. On leur accordait le droit de combattre l'Empereur de Deepground, soi-disant parce qu'il s'agissait d'un privilège.
Un privilège, mais c'était surtout des agneaux qu'on envoyait purement et simplement à l'abattoir.
On leur demandait de tenir au moins cinq minutes. Mais au bout d'une minute à peine, la session était déjà close. Weiss empalait, fusillait, traquait les soldats sans aucun visage qui avaient le malheur d'être encore debout.
Tout ça en poussant un grand rire sardonique.
Après tout, pourquoi ne devait-il pas en rire ? Ce n'était pas comme s'il avait ne serait-ce qu'une quelconque pitié pour les faibles qui seraient purifiés de sa lame immaculée. Ils avaient voulu jouer ?
Maintenant, ils perdaient.
Et à côté, Restrictor qui observait. Vêtu de sa cape noire, et quand bien même Weiss n'avait jamais pu voir son visage sous ce sinistre casque, l'Empereur savait qu'il ne perdait pas une précieuse seconde du spectacle qu'il lui donnait.
Oh oui. Il devait clairement en jouir.
Alors que Weiss trancha la carotide du faible qu'il avait pris comme prochaine victime, il se tourna vers Restrictor.
Ce dernier n'applaudissait pas. Pourquoi le ferait-il ? Il détestait voir Weiss devenir plus fort chaque jour. Il était imbattable et personne ne détrônerait son titre d'Empereur.
« Je crois que ça ne sert à rien de continuer plus longtemps, Restrictor. »
Il fut sur le point de s'accorder la victoire de lui-même quand Restrictor le coupa, lui désignant du doigt quelque chose qui traînait dans un coin. De son bleu azure, Weiss suivit la direction du regard.
Des gémissements étranglés qui émanaient d'un soldat encore en vie, malgré les sévices infligés par Weiss.
Peut-être croyait-il pouvoir rester au sol et prétendre être mort jusqu'à ce que le temps imparti soit écoulé ?
« Il reste celui-là, « Empereur », » lui adressa Restrictor d'un ton méprisant.
Bien sûr. Jamais Restrictor ne serait appelé Empereur dans sa vie. Jamais.
Weiss se contenta de s'approcher du dernier survivant, « Paradis » en main. Restrictor ne l'avait pas autorisé à utiliser ses deux armes. Il lui avait donné un handicap, comme à chaque fois qu'on lui présentait des nouvelles troupes.
Weiss fit face à celui qui deviendrait bientôt un cadavre gisant à ses pieds. Le soldat tendit un bras tremblant et ensanglanté vers lui.
« ... Non... pitié... mon petit frère... je dois... »
Weiss inclina la tête sur le côté, un sourire mauvais aux lèvres.
- Dommage pour toi.
Il ne prit pas la peine d'utiliser « Paradis ». Il se pencha au-dessus du soldat, se plaçant presqu'à califourchon sur lui.
Il joignit les deux bras en l'air, de façon à ce qu'il pourrait presque toucher le plafond.
Puis, sans un mot, il écrasa le crâne du soldat. Le casque vola et la cervelle coula au sol, éclaboussant les bottes de Weiss.
Sans lui accorder un autre regard, Weiss ramassa « Paradis » et se contenta de marcher jusqu'à son trône où il y resterait enchaîné jusqu'au prochain appel. Restrictor croisa les bras sur sa poitrine, une posture béate tandis qu'il le suivait du regard.
- Excellent. Je vois que le désir de mourir ne t'a pas encore traversé l'esprit.
Weiss lui rendit un sourire narquois.
- Oh ? Mourir, moi ? Voyons, Restrictor. Qui d'autre saurait te divertir ?
- Probablement un autre chien. C'est tout ce que tu es, après tout. Un chien.
Restrictor se détourna de l'Empereur, prêt à quitter la salle du Trône. Weiss garda le silence, jetant un bref coup d'œil à « Paradis », désormais rangée dans son fourreau, puis à ses poignets.
Peut-être pourrait-il...
Sans un mot, il se téléporta pour apparaître derrière l'épaule de Restrictor.
Peine perdue.
L'instant d'après, Restrictor s'était déjà retourné et l'avait paralysé en le foudroyant via une décharge électrique. Weiss grimaça de douleur quand bien même il ne put faire un autre geste.
- J'allais te laisser dormir, cracha Restrictor. Parce que tu as beau être divertissant au combat, ce n'est que de courte durée et tu finis toujours par m'ennuyer. Peut-être qu'une session de coups de fouet te calmera ?
Nouvelle décharge. Weiss grogna, mais ne répondit rien.
- Dix coups de fouet. Toi qui adores les humiliations publiques, tu vas t'en donner à cœur joie.
Restrictor rejeta sa cape en arrière avant de marcher droit jusqu'à la sortie de la salle du trône. Probablement le laisserait-il ici jusqu'à ce qu'un scientifique vienne le chercher.
Quel programme ennuyeux, pensa amèrement Weiss.
Finalement, avant qu'il ne disparaisse complètement, il se retourna vers l'Empereur, lui adressant un coup d'œil par-dessus son épaule :
- J'ai changé d'avis. Vingt coups de fouet. Et si après ça, tu ne saignes toujours pas, je t'en donnerai simplement une vingtaine de plus.
Weiss se contenta d'articuler, un fin sourire provocateur aux lèvres :
- Je t'en prie. Je n'en demandais pas tant.
Oui.
A Deepground, on t'ôtait toute dignité, toute raison d'être. Certains se lançaient à corps perdu dans un combat dans le seul objectif d'abréger leurs souffrances. D'autres, au contraire, compensaient en se livrant à leurs instincts les plus basiques, notamment le besoin de tuer.
Weiss préférait se cacher derrière le sourire, le rire, en même temps qu'il massacrait et complotait pour renverser Restrictor sans y laisser sa propre vie quand le virus s'activerait trois jours plus tard, après la perte du signal de son bourreau.
Weiss ne savait pas vraiment de quelle manière prendre le fait que Restrictor avait apposé un virus dans son cerveau pour l'emmener avec lui dans l'éventualité où il mourrait. C'était sûrement la preuve qu'il devenait chaque jour plus fort.
La preuve que Restrictor avait peur de lui, de sa puissance grandissante. Et qu'il ne suffirait que d'une faille dans son système pour le condamner à mort.
Oh oui. Une seule faille. Une seule étincelle.
En attendant, il s'en donnait à cœur joie. Enchaîné à un poteau, Restrictor arracha le manteau blanc qui recouvrait son dos, avant de le jeter dans un coin, dévoilant la peau immaculée de l'Empereur.
C'était lui qui portait le fouet.
Bien sûr. Pourquoi en donner le plaisir à quelqu'un d'autre ?
Weiss lui adressa un grand sourire en même temps que Restrictor se rapprocha, prêt à donner les premiers coups.
« Fais-moi aussi mal que possible. Je vais adorer. »
Restrictor renifla de mépris.
- Tu te crois malin ? Je ne pense pas que tu vas garder ton sourire très longtemps.
- Je prends le pari. D'ailleurs, Restrictor...
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Restrictor commença.
Un premier coup lui lacéra le dos. Weiss réprima un sifflement de douleur tandis que l'odeur du sang atteignait ses narines.
Rien de ce qu'il n'avait pas déjà enduré, rationalisa Weiss avec amertume tandis qu'un second suivit quelques instants après, lui déchirant la chair du dos.
Troisième coup.
Quatrième coup.
Weiss faisait en sorte de ne pas montrer sa douleur. Malgré l'agonie qui brûlait son dos, il se tourna pour adresser un sourire moqueur à son tortionnaire.
- C'est tout ce que tu sais...
Encore une fois, il ne put terminer sa phrase.
Cinquième. Sixième. Septième. Treizième.
Vingtième.
Les jambes de Weiss manquèrent de se dérober sous lui, mais il parvint à tenir et à rester debout.
Il devait tenir.
Il ne devait montrer aucune forme de faiblesse.
- Tu ne saignes pas encore assez.
Weiss cracha par terre, un filet de sang coulant le long de sa mâchoire.
- Vingt de plus, alors ?
- Ça m'en a tout l'air.
Vingt-cinquième. Trentième.
Trente-neuvième.
Des points noirs apparurent devant les yeux de Weiss, un sifflement vrillant ses tympans. Il était sur le point de s'évanouir.
Non. Il devait tenir. Il avait promis. Il avait promis qu'ils seraient libres. Il devait tenir sa promesse.
Dernier coup.
Weiss put simplement entrevoir la flaque de sang se former autour de ses pieds, tâchant même le poteau auquel il était enchaîné.
Restrictor jeta le fouet par terre. Weiss entendit les pas discrets derrière lui.
Puis, la main gantée de son bourreau effleura vaguement le dos marqué par les lacérations, faisant tressaillir Weiss.
De la manière d'une caresse condescendante.
- Quelle œuvre d'art.
Sans avertissement, Restrictor enfonça violemment ses doigts dans les plaies ouvertes.
Cette fois-ci, Weiss ne put réprimer un hurlement de douleur.
- Bien. Mais ta punition n'est pas encore terminée.
Restrictor s'écarta de lui et fit signe à quelqu'un qui était hors du champ de vision de Weiss.
Mais quand il entendit les grognements des Beast Soldiers de Deepground, il comprit qu'il allait encore devoir se faire violence pour rester éveillé.
Pas question de montrer de la faiblesse.
Jamais il ne montrerait de faiblesse devant Restrictor.
Lorsque Weiss lui raconta en détail tout ce qu'il avait ressenti lorsque Restrictor l'avait fouetté, Shiro ne put s'empêcher de pâlir.
« ... Ce n'était pas si horrible », le rassura vainement Weiss.
Il marqua un temps, ne cessant pas de polir « Paradis ».
« Je percevais cela comme un jeu. Et c'était moi qui dominais. »
Oui. Un jeu.
Un jeu dont le but était de renverser Restrictor. Et s'il n'y arrivait pas, simplement lui montrer que le temps de son règne était compté était suffisante comme raison pour continuer.
« Un double de toi dans un environnement virtuel... »
Enchaîné à son trône et parfaitement éveillé, Weiss haussa simplement les épaules, sarcastique.
- Qu'est-ce que j'y peux si les scientifiques sont idiots ?
- Surtout que cela n'a aucun sens, décréta Restrictor froidement. Tes capacités, tu ne les dois qu'aux expériences et à ta capacité de tricheur.
Weiss se contenta de lui répondre d'un air détaché.
- Tricheur ? Je ne vois pas comment on peut tricher à Deepground.
- Tu voles les capacités de tes camarades Tsviets. Rosso, Azul, Shelke. Il n'y a que celle de Nero que tu ne possèdes pas.
- Voler les capacités des autres, c'est déjà une capacité en soi, releva simplement Weiss. A moins que tu ne sois jaloux de ne pas avoir droit à ton propre double dans un environnement virtuel.
Ce fut discret, mais Weiss avait remarqué que les poings de Restrictor étaient serrés.
- Attention, Weiss. Un de ces jours, ton arrogance va te retomber dessus. Tu le paieras cher, crois-moi.
- Je doute que tu puisses faire quelque chose que tu n'as pas déjà fait, Restrictor.
- Oh. Je trouverai toujours une idée, crois-moi. Tout le monde a une faiblesse.
Et il connaissait déjà la sienne.
Restrictor grogna avant de tendre la main vers le trône pour libérer Weiss de ses chaînes.
- Et n'oublie pas : tu ne tues pas, cette fois.
- Des rabat-joie, geignit Weiss.
- Pour une fois, nous sommes enfin d'accord.
S'il savait...
Weiss était peut-être un tricheur, effectivement. Un voleur de capacités. Mais tous les moyens étaient bons pour s'élever au haut rang de Deepground, être Empereur et le rester.
C'était durant les sessions dans les simulations virtuelles que Weiss et Shelke utilisaient leurs doubles respectifs afin de communiquer.
« J'ai détecté un nouveau candidat en hackant Patricia. »
Oui. Traquer ceux qui étaient dits « défectueux » car ils ne possédaient aucune puce qui permettait à Restrictor de les contrôler.
Un sur cent y parvenait.
Le but était de les rallier à leur cause, lui donner un coup de main pour qu'il atteigne le rang de Tsviet et soit suffisamment fort pour renverser Restrictor. Une fois que cela sera fait, ils n'auraient qu'à prendre sa place.
Après tout, personne ne savait à quoi ressemblait Restrictor derrière son masque.
« Et donc ? »
Shelke avait croisé les bras sur sa poitrine, pensive.
- C'est le Wutaïen.
- Oh. Celui que Nero a ramené lors de sa chasse ?
- Lui-même. Même si je doute qu'il y arrivera jusqu'au bout.
Quelle coïncidence. Le hasard faisait bien les choses.
- Mon frère a du talent pour repérer les candidats, sourit amèrement Weiss. Donnons-lui sa chance.
Même si intérieurement, Weiss n'était pas ravi à l'idée que le Wutaïen qui avait attiré l'attention de son frère soit le candidat défectueux, il devait rester pragmatique.
- Je vais effectuer un autre « Plongeon Synaptique », dit Shelke. Mais le réseau que je suis sur le point d'emprunter est susceptible d'être dangereux.
- Ne te fais pas repérer, dit Weiss tandis qu'il mettait fin à la simulation.
D'une certaine façon, cet environnement virtuel lui permettait de voyager. De voir autre chose que le décor habituel de sa salle de trône.
Shelke avait toujours été prudente. Mais le réseau qu'elle avait visité avait été obscur, cryptique...
Son « Plongeon Synaptique » avait provoqué une coupure intégrale du réseau.
« Bien. Weiss. Tu es responsable de tes Tsviets. Comme tu les adores les appeler en tant que tels. Tu vas me dire qui a fait ça. »
Weiss avait simplement haussé les épaules.
- Shelke, sans doute.
Il n'avait pas hésité à la vendre. Néanmoins, Shelke savait qu'il agirait ainsi. Il ne pourrait pas la couvrir. Elle était au courant des risques.
- Tu n'as vraiment aucune moralité, ricana Restrictor. Vendre tes propres camarades.
- Sa survie ne me concerne pas.
Il fit venir Shelke. Impassible, cette dernière attendit sa sentence.
Sans crier gare, Restrictor était parvenu derrière elle et lui avait arraché d'un geste sec le dos de son uniforme, dévoilant sa peau nue.
Shelke n'avait pas crié. Weiss avait cru qu'il lui ferait subir une session de coups de fouet, en public. Comme cela avait été le cas pour lui.
- Enlève ta tenue. Tu marcheras nue dans le couloir, à la vue de tous. On verra ce que les plus dépravés feront de toi.
Il avait glissé à l'oreille de la jeune fille, le ton sinistre :
- Si tu y survis, tu auras droit à ta dose régulière de Mako.
Les yeux rivés au sol, Shelke s'était laissée porter lentement jusqu'aux portes de la salle du trône.
Peut-être que Weiss aurait dû réagir, s'opposer.
Mais il n'en fit rien. Il laissa Shelke endurer sa sentence, seule.
« Comment as-tu osé ? »
Weiss releva la tête vers lui. Shiro s'était relevé. Il était scandalisé par ce qu'il venait d'entendre de la bouche de l'Empereur.
- Tu as vendu Shelke ? Tu l'as laissée... tu l'as laissée subir ça ? Sans réagir ? Alors que tu étais son supérieur ?
Non...
Son père avait vraiment fait ça ?
- Tu croyais quoi ? lui adressa Weiss, nonchalant. Nous devenons la pire version de nous-mêmes à Deepground. Cela n'aurait rien changé que j'agisse ou pas.
Shiro ne décolérait pas.
Il connaissait Shelke. Jamais dans la vie il n'aurait imaginé que Restrictor lui ait infligée une pareille sanction.
Le dégoût le prit et Weiss l'invita à se rasseoir.
- J'ai fait des choses pires. Mais ça... je n'ai pas besoin de te rappeler de quoi il s'agit.
« Encore le programme d'imprégnation ? »
C'était la dixième fois en trois mois. Weiss inclina la tête sur le côté, songeur. Apparemment, les scientifiques avaient apprécié ses prouesses au point qu'il en redemandait encore.
Il mentirait s'il disait qu'il ne ressentait pas un peu de fierté par rapport à cette idée.
- Former la prochaine génération, grinça Restrictor tandis qu'il le libérait de son trône, avant de le pousser devant lui pour l'avoir dans son champ de vision en même temps qu'ils grimpaient aux niveaux supérieurs de la SHINRA. Ce n'est qu'un immonde spectacle.
- Qui sait ? sourit Weiss. Peut-être que mes enfants seront des monstres qui mettront l'humanité à feu et à sang. Ils conquerront le monde en mon nom.
Restrictor le foudroya d'une nouvelle décharge.
Il s'agissait d'un avertissement.
- N'oublie pas, Weiss. Si tu refais la même erreur que la dernière fois... Ce n'est pas sur toi que j'infligerais les coups de fouet, cette fois-ci.
Weiss grimaça tandis qu'il se passait une main sur le visage, fusillant Restrictor du regard.
« Tout le monde avait une faiblesse ».
- Promis. Je ne la sectionnerais pas, celle-là.
- A la bonne heure.
Une fois qu'ils arrivèrent à la salle en question, Weiss fut conduit à une lourde porte métallique. Il fut incapable de voir qui se trouvait à l'intérieur.
- Donne-toi en spectacle, lui cracha Restrictor tandis que les scientifiques s'apprêtaient à l'ouvrir.
- Je sais que tu adores me regarder dans ces conditions, se moqua Weiss une nouvelle fois.
En guise de réponse, Restrictor lui agrippa le bras pour l'attirer vers lui, son visage casqué à quelques centimètres du sien. Il n'avait pas besoin de le voir pour deviner la haine et la menace qui animaient les traits de son tortionnaire.
Finalement, la porte s'ouvrit et Restrictor le poussa violemment à l'intérieur. Weiss l'entendit ensuite ordonner aux scientifiques de refermer.
Il ne pouvait pas y échapper.
Sans chercher à lutter, à enfoncer la porte pour sortir, Weiss se retourna pour faire face à la femme qui avait été choisie pour le programme.
Malgré tout, même si Restrictor observait tout depuis une caméra de surveillance, Weiss avait pris son temps.
Et même si c'était inutile, il avait fait en sorte de couvrir la femme de son propre corps pour que les scientifiques ou Restrictor ne la voient pas nue.
« Des monstres qui mettront l'humanité à feu et à sang. Ils conquerront le monde en mon nom. »
Weiss répéta cette phrase tout en observant Shiro du coin de l'œil. Son visage arborait... comme une expression de regret mêlée à de la désillusion.
L'enfant n'osa pas réagir. Au fond, il s'attendait presqu'à un commentaire, une autre critique de sa part.
- Je n'en ai qu'un seul, soupira Weiss. Et il n'est pas prêt à mettre l'humanité à feu et à sang, ni à conquérir le monde en mon nom.
Bien sûr... Il ne répondait pas aux critères de l'enfant qu'il aurait aimé avoir.
- Et il n'est pas un monstre, ajouta Weiss en posant « Paradis » sur ses cuisses.
Le cœur de Shiro accéléra dans sa poitrine.
Etait-ce un compliment ?
Si c'était le cas, c'était le plus beau qu'on puisse lui faire.
Oui.
Weiss considérait le temps passé à Deepground comme un jeu. Un jeu dans lequel il dominait Restrictor.
Pourtant, Restrictor avait perçu sa faiblesse.
« Tu vas combattre, aujourd'hui. »
Et tout avait cessé d'être un jeu.
- Qui ça ?
- Oh. Quelqu'un que tu connais très bien. Mieux que personne.
Weiss avait souri, incrédule.
Restrictor devait être à court d'imagination. Alors, l'Empereur s'était préparé. Pour lui, c'était une session de combat habituelle.
Il s'attendait à une couleur. A un Tsviet, comme Rosso ou Azul. Shelke n'avait pas le niveau pour le combattre, quand bien même cela ne dérangerait aucunement Restrictor.
Puis, les portes de la salle du trône s'étaient ouvertes.
Nero était apparu devant lui.
Et Weiss avait cessé de sourire.
Restrictor... avait tellement dû apprécier ce moment. Cet instant où le visage de Weiss s'était décomposé à la vue de son frère.
Un combat à mort.
Avec son frère. Seul à seul.
- Je ne le ferai pas.
Décharge.
- Je ne le ferai pas.
Décharge.
- Je ne le ferai pas, avait répété Weiss encore et encore, sa voix se brisant presque tandis qu'il s'était élancé sur Restrictor.
Nero l'avait supplié.
Il lui avait dit que ce n'était pas grave, qu'ils n'auraient qu'à lui donner ce qu'il souhaitait. Mais pour Weiss, cela avait été au-dessus de ses forces.
Ils savaient très bien qui gagnerait.
Et Restrictor jouissait de cette situation.
Nero répétait toujours qu'il se moquait bien de périr, tant qu'il s'agissait de la main de son frère.
Tant pis s'il se prenait les décharges, les coups de fouet, les mauvais traitements... il ne le ferait pas. Peu importe les supplications de Nero. Peu importe le reste.
Non. Il n'en ferait rien.
Nero adorait la souffrance.
La sienne, celle de ses cohortes. Et ici, il ne se défendait même pas. Au contraire, il gardait le contrôle des ténèbres pour ne pas absorber son frère qui l'avait jeté au sol et s'était placé sur lui pour le frapper encore et encore.
Restrictor le savait très bien. Cela avait été la raison pour laquelle il l'avait appelé.
Le sang gicla, le visage de Nero se déformait sous les coups, le rouge se mêlant au blanc de son masque et le noir de ses cheveux.
« Bon sang ! défends-toi ! Ne me laisse pas ! »
Il était furieux.
Furieux et inquiet.
Mais Nero refusait toujours. Sous son masque, Weiss savait qu'il lui souriait.
« Laisse-moi perdre », lui souffla Weiss. « Au moins une fois. »
Nero était conscient de sa position d'Empereur. C'était la raison pour laquelle il n'agirait jamais de la sorte.
Weiss le frappa une ultime fois. Le poing recouvert du sang de Nero, il manqua de vaciller en se relevant.
« Tu sais quoi faire. Le plus fort reste debout. Achève-le maintenant, Empereur. »
Non.
Ça, jamais. Même s'il s'agissait d'un combat à mort.
Weiss se retourna vers Restrictor, une lueur meurtrière dans son regard bleu azure.
« Weiss...Maintenant. »
Nero devait sûrement penser qu'il ne valait pas la vie de Weiss. Que cela ne faisait rien s'il obéissait. Qu'il ne le prendrait aucunement mal.
« Weiss ! Tu as entendu ? »
Weiss le toisa avec haine, se contentant de garder le silence, provocateur.
« Dans ce cas, tu sais ce que cela signifie. »
Restrictor jeta sa cape au loin, dégainant sa dague et son pistolet.
Qu'il vienne, l'appela Weiss, se plaçant en position défensive.
Tant pis pour le reste. Pour le fouet, les coups...
Il endurerait, comme toujours.
C'était le jeu, après tout.
« Comment vont mes Tsviets aujourd'hui ? »
Prétendant s'entraîner avec les autres au beau milieu d'une simulation, Weiss ne chercha pas à se retourner.
« Tiens, Restrictor. Le soleil de mes jours, le symbole de ma joie de vivre », railla-t-il, ironique.
Il n'avait aucune envie de le regarder. Il n'avait même pas envie de répliquer, de lui rappeler qu'il ne s'agissait pas de « ses » Tsviets, mais des siens.
Pas après ce qu'il lui avait forcé à infliger à Nero.
A sa grande surprise, Restrictor ne le corrigea pas pour son insolence. Non. Curieusement, il paraissait être... de bonne humeur.
Weiss fronça les sourcils. Ce n'était jamais bon signe quand il l'était.
« Nous partons tous ensemble. Vous avez intérêt à ne pas me décevoir. Je « prierais » pour que vous restiez en vie. Oh. Mes excuses, je ne t'avais pas compté dedans, Rosso. Tu sais très bien que tu ne sortiras jamais. »
Blablabla. Ce n'était quand même pas parce qu'ils partaient en mission qu'il se comportait de manière aussi joyeuse ?
« Bien, Weiss. Tu te comportes bien, ces derniers temps. »
Cette fois-ci, Weiss fit l'effort de se retourner. Il lui adressa un sourire poli qui laissait transparaître toute la sympathie et l'amitié qu'il lui portait du plus profond de son cœur.
- Il y a des étables dans le ferry qui nous conduira à notre destination.. C'est là où vous dormirez, telles les bêtes que vous êtes. Mais si vous êtes sages... je serais assez généreux pour vous donner un repas et un lit à l'un d'entre vous. Qu'en penses-tu, Weiss ?
Ce n'était vraiment pas dans son habitude de se montrer généreux. Il y avait anguille sous roche. Weiss déclina l'invitation.
Puisqu'il le traitait de « bête », il se comporterait comme telle.
Mais quand il proposa l'invitation à Shelke, ce fut comme si le fait de ne pas être choisi avait porté un coup à sa fierté.
Il était l'Empereur. Il méritait un traitement spécial.
Même si c'était Restrictor, un lit et un repas chaud était plus que tentant et Weiss estimait que si quelqu'un y avait droit, cela serait lui. Pas un autre.
Il y avait une hiérarchie à respecter.
Alors, il avait fauché le pied de Shelke pour la faire tomber, sous les rires de ses camarades.
- Ta place est avec les bêtes, lui avait adressé Weiss, méprisant.
Mais plus tard, elle le remercierait.
- Bien. Puisque tu es si sûr de toi, comporte-toi bien, apprécia Restrictor. Et peut-être que tu auras droit à ce repas chaud et à ce lit.
Puis, sans avertissement, Restrictor avait porté la main vers le torse de Weiss, la posant délicatement sur sa poitrine avant de la laisser se promener le long de son corps, s'arrêtant à son bas-ventre.
Quand Restrictor avait quitté la salle de simulation, Weiss était sorti à son tour pour vomir dans un coin.
Pourquoi s'était-il infligé cela ?
Pourquoi avait-il écouté sa fierté ?
Weiss ne trouvait plus ce jeu amusant. Non. Ce n'était plus du tout un jeu. Il n'y avait plus de plaisir, maintenant.
Seulement le désir de tuer et de se débarrasser de ce parasite le plus vite possible.
Une fois à bord du ferry, Weiss n'eut même pas droit au lit.
Bien sûr que non. Après tout... Ce n'était pas comme si Restrictor tenait ses promesses, n'est-ce pas ?
Non. Il eut juste le droit à un coin, enchaîné au mur via un collier autour de son cou. Le repas chaud était servi dans une gamelle et n'était pas différent de la tambouille de Mako qu'on lui servait à Deepground.
« Idéal pour les chiens, ce coin. N'est-ce pas ? »
Quant à Restrictor, il avait droit à sa suite. Une table dressée avec une nappe blanche sur laquelle étaient apposés une assiette, des couverts, un verre.
Derrière lui, un lit deux places qui ne demandait qu'à être utilisé.
Weiss avait eu faim.
Et plus que tout, depuis quand n'avait-il pas dormi dans un véritable lit ?
Et bien sûr, il se débrouillait pour manger avec son casque. Jamais il ne verrait son visage, après tout.
« Dois-je t'en proposer ? Oh. Mais oui. Il ne faut pas te gâter, n'est-ce pas ? » se moqua Restrictor tandis qu'il savourait son mets devant lui.
Weiss espérait intérieurement qu'il s'étrangle avec. Restrictor, mort dans sa suite, après avoir avalé de travers. Cela serait une belle blague. Weiss ne put s'empêcher de ricaner à cette pensée.
- Qu'est-ce qui te fait rire ?
Sans qu'il ne s'en rende compte, Restrictor s'était déjà levé. Les bras croisés sur sa poitrine, il s'avança lentement vers Weiss, toujours assis dans son coin qui le laissa venir à lui.
- Je sais que tu complotes contre moi, Weiss.
Non. Sans rire ?
- Tu me fends le coeur, Restrictor.
- Toujours la langue bien pendue. Que crois-tu ? Que je suis aveugle ?
Non.
Simplement stupide. L'Empereur se contenta de l'ignorer.
Restrictor avait agrippé Weiss par les cheveux et lui avait violemment tiré la tête en arrière, le forçant à le regarder. Cela arracha à l'Empereur un glapissement de douleur.
- Ne t'inquiète pas, Weiss. Je désire ta mort autant que toi, tu ne désires la mienne. Mais malheureusement, ces scientifiques croient que tu es précieux. Mais sitôt qu'ils se seront lassés de toi, je me ferai un plaisir de t'éliminer par moi-même.
Le maintenant toujours de la sorte, il se pencha davantage vers lui, lui susurrant à l'oreille.
- Contrairement à toi, je ne suis pas lié par le virus. Mais ce ne serait pas ton genre de te sacrifier, n'est-ce pas ? Tu n'as aucune valeur de sacrifice. Tu es juste un psychopathe, né pour tuer, sans aucune âme. Une bête. Bien sûr que tu désires vivre.
Weiss ricana.
- Moi, je ne me cache pas derrière un virus pour mesurer ma force.
Il s'y était attendu.
La décharge. Un coup de poing en pleine mâchoire. Weiss cracha par terre. L'impact avait été si violent qu'une dent était tombée au sol.
- Ne me pousse pas à bout. Je peux faire de toi ce que je veux.
- Je le sais.
Restrictor lui lâcha la crinière et la tête de Weiss retomba contre le mur. Hagard, il observa Restrictor enlever sa cape noire pour la poser pliée sur le lit.
- Pourquoi crois-tu que je t'aie proposé de venir dans ma suite, Weiss ?
Son ton était lourd de signification.
Il savait. Il n'était pas né de la dernière pluie. Weiss souriait, mais son sourire ressemblait plus à un rictus dégoûté.
Hors de question.
- J'ai envie de t'humilier, Weiss. Mais à mon avis, après ce que je t'aurai fait, tu n'auras plus jamais envie de sourire. Ou de comploter contre moi. Mais j'ai besoin de ton consentement, ajouta-t-il, moqueur.
Son consentement ? C'était que maintenant qu'on se souciait de son consentement ?
- C'est dommage, tu ne l'auras pas.
- Oh, mais peut-être que ton frère adoré acceptera.
Le silence tomba.
Weiss dévisagea Restrictor, incrédule.
- Je pourrais l'emmener en mission. Il serait à la place où tu te trouves actuellement. Je n'aurai qu'à lui dire que s'il accepte, je te laisserai tranquille. Il a tellement peu d'amour-propre qu'il dirait oui à tout juste pour ta survie. Bien sûr, les ténèbres ne doivent pas polluer mon corps mais je pense que c'est possible de faire autrement.
- Tu ne le feras pas.
- C'est à toi de voir.
Restrictor n'eut pas besoin d'ajouter quoi que ce soit d'autre.
Il le ferait. Il était sérieux.
- Qu'est-ce que tu choisis ? Je m'amuse avec toi ou je m'amuse avec ton frère ? A moins que cela porte un nouveau coup à ta fierté mal placée si je choisis ton cadet, bien moins puissant que toi.
Weiss serra les poings.
- Je te briserai le crâne. De mes propres mains.
- J'attends de voir ça.
Il n'y eut pas besoin de mot. Restrictor savait déjà ce que Weiss choisirait.
Alors, il s'approcha de lui. Il se plaça de sorte que la tête de Weiss soit collée contre le mur, l'empêchant de partir. Son entrejambe à hauteur de son visage, Weiss sentait les caresses condescendantes de Restrictor le long de sa crinière, descendant jusqu'à sa nuque.
- Bon chien obéissant.
Weiss ferma les yeux, une nausée remontant jusqu'à sa gorge au fur et à mesure que Restrictor le touchait, son contact devenant de plus en plus insistant.
- On a tous une faiblesse, Weiss.
De sa main libre, Restrictor avait ouvert son pantalon pour l'abaisser légèrement, son membre apparaissant sous les yeux de Weiss.
L'Empereur ne ressentit aucun désir.
Seulement du dégoût.
- Tu n'as qu'à imaginer que c'est ton petit frère, susurra Restrictor alors qu'il penchait la tête de Weiss en avant, ses lèvres effleurant le membre en érection.
Weiss eut un goût de bile dans la gorge et à nouveau, il manqua de vomir.
Mais finalement, il s'exécuta et captura le membre de Restrictor dans sa bouche pour le sucer avec une fausse avidité, les gémissements de Restrictor résonnant au-dessus de lui.
Weiss imagina.
Il imagina que ce n'était pas Restrictor.
Il imagina qu'il aimait ça.
Après la mission, après ce qui s'était passé à bord du ferry, Weiss avait erré dans le couloir de Deepground.
Quelque part, il essaya de se dire que ce n'était pas arrivé. Qu'il avait aimé ça, au fond. Que cela faisait partie du jeu.
Il s'était laissé tomber contre le mur, la scène jouant et rejouant dans son esprit.
« Weiss ? »
Azul. Weiss s'était retourné vers lui.
Bien sûr. Ce n'était un secret pour personne. Shelke, Azul et Argento avaient tous deviné. Ce qui s'était produit dans la suite personnelle de Restrictor.
Weiss s'était contenté de se redresser. Il n'avait pas honte. Il n'avait rien à se reprocher. Il posa un doigt sur sa bouche, adressant un sourire charmeur en direction d'Azul.
« Ne le dis pas à Nero. »
Il haussa simplement les épaules, effaçant ainsi toute trace de faiblesse.
« ... Il est un tantinet protecteur. »
Cela avait été sa seule justification.
Pourtant, Nero n'avait pas su tout de suite.
Cela n'avait pas empêché Weiss d'observer attentivement quand Restrictor les conviait pour des missions. Discrètement, il surveillait le comportement de Restrictor vis-à-vis de son frère. Quand Nero tua le monstre qu'ils rapportaient à la SHINRA par la suite, Restrictor était resté silencieux.
Weiss s'était demandé s'il lui avait infligé le même sévice.
Il en serait capable, après tout.
Mais à la place, Restrictor avait simplement tapoté la tête de Nero, de la même manière qu'on le ferait à un chien obéissant.
« Bon travail ».
Ils n'entendirent plus que le son du vent.
Weiss avait cessé de parler. Il n'ajouta rien de plus. Son regard se voila et Shiro devina qu'il n'était pas capable d'en dire davantage.
Abasourdi, Shiro... ne trouva aucun mot. Il n'arrivait pas à décrire ce qu'il ressentait. Tout ce que Weiss lui avait raconté...
Etait-ce ce qu'il avait ressenti quand Shiro lui avait raconté sa propre histoire ? Au sommet de la montagne ? Sur Monsieur Cigarette ?
Weiss prit une longue inspiration tandis qu'il rangeait « Paradis » dans son fourreau.
- Tu connais la suite. J'ai fini par tuer Restrictor. De mes propres mains. Avec « Paradis ». Et comme promis, je lui ai défoncé le crâne.
Il esquissa un sourire sadique à cette pensée.
- Un grand moment. Dommage. Je n'ai pu le tuer qu'une fois.
- ... Je suis désolé...
La voix de Shiro était à peine audible.
- ... Je suis désolé.
- Pourquoi es-tu désolé ? Il n'y a pas à être désolé. Je ne suis pas une victime, Shiro. Je suis un Empereur.
Weiss se releva.
- Cela ferait trop plaisir à Restrictor.
- Mais... tu y penses ?
- Evidemment. On ne peut pas oublier, après tout. Et je me dis...
Son père soupira.
- Je me dis que si le destin avait été logique, je ne serais pas ici pour te raconter l'histoire. Etant donné que je suis techniquement « mort » il y a trois ans.
- Mais tu es vivant...
- Je le suis.
Weiss fit volte-face, se préparant à quitter la clairière. Shiro l'imita avec difficultés, « Terre » à la main.
- Pourquoi me raconter tout ça ?
- Pour te faire comprendre pourquoi je les hais tous. L'humanité que tu chéris tant... tu vois les dégâts qu'elle a engendré.
Shiro garda le silence, encaissant encore ce qu'il venait d'apprendre.
- Et puis... tu m'as raconté ton histoire. Une histoire que peu de personnes connaissent. Alors, je me dis que je devais te rendre la pareille.
- On ne peut pas oublier... n'est-ce pas ?
Il avait tout subi... Pour sa survie, pour celle de Nero, quitte à commettre des actes affreux par lui-même... A cause de Restrictor.
Weiss n'oublierait jamais Restrictor ?
Tout comme Shiro n'oublierait jamais Monsieur Cigarette ? Comme il l'espérait ?
Weiss lui adressa un coup d'œil par-dessus son épaule.
- Non. On ne peut pas oublier. Mais on peut apprendre à vivre avec. J'ai même quelques conseils pour que cela soit supportable.
- Oh.
- On a encore un peu de temps devant nous.
Mais ce n'était pas de conseils dont Shiro avait besoin.
Non. L'enfant regarda Weiss s'éloigner progressivement, revenant à leur campement.
Il ne sut ce qui lui prit. Ce qui l'y poussa.
Mais l'instant d'après, Shiro s'était jeté sur Weiss pour entourer sa taille de ses bras dans une étreinte, enfouissant son visage dans son manteau.
Weiss n'avait rien dit.
Il s'était seulement immobilisé. Faisant dos à l'enfant, il ne chercha pas à se retourner. Mais Shiro continua de l'étreindre, les épaules montant et descendant.
- ... N'ose pas avoir pitié de moi, lui adressa Weiss, le ton bas.
- Ce n'est pas de la pitié, rétorqua faiblement Shiro sans se détacher de lui.
Ce fut le seul échange.
Ils restèrent dans cette position durant de longues minutes, sans parler, sans bouger.
Peut-être que Shiro avait besoin de ça. De ce contact.
De son contact. Depuis toujours.
Enfin, ils se séparèrent. Weiss reprit sa route, sans regarder Shiro.
Ce fut bref... Mais pendant un instant, l'enfant crut voir ses lèvres trembler.
- Bon, dit Weiss en s'étirant. Tu veux que je te montre ?
- De quoi ?
- Comment je me défoule, fit Weiss avec un sourire.
Oh.
Il avait peur de comprendre.
- D'abord, dit Weiss en dégainant « Paradis », prenant une voix d'instructeur, tu prends un arbre et tu imagines que c'est Monsieur Cigarette.
- Et ensuite ?
Weiss avait déjà pris un arbre pour cible.
L'instant d'après, il l'avait tranché en deux aussi facilement qu'un couteau tranchant du beurre.
L'arbre s'effondra, Weiss se tenant fièrement derrière son chef d'œuvre.
- Il y a plein d'arbres ici.
Puis, il en coupa un autre. Tout aussi facilement.
Au début, Shiro hésita. Mais finalement, il se décida à essayer à son tour et imita son père.
Quand bien même il ne le trancha pas aussi facilement et s'y mit à dix fois avant de le séparer en deux, Shiro imagina que c'était Monsieur Cigarette.
Et mine de rien, cela faisait du bien.
Weiss s'en donnait à cœur joie, éclatant d'un rire sardonique à chaque arbre qui s'effondrait.
Shiro souriait, sachant très bien à qui il pensait.
Il pensait à Restrictor et revivait sa vengeance encore et encore.
Oui.
Ce n'était que des arbres...
Et c'était plaisant. Même si Weiss lui avait bien ordonné de ne pas l'appeler papa, Shiro admettait que c'était plaisant de se défouler avec son père.
Sans le savoir, à l'abri des regards, Nero les regardait s'amuser.
Il esquissa un sourire avant de s'effacer dans les ténèbres pour retourner au campement.
