Amies

OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place entre Suis-moi et Rejoins-moi. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.

« Et une Matéria Glacier ! Une ! Qui c'est la meilleure, hein ? »

Alors qu'elles rentraient vers leur appartement après une chasse plutôt fructueuse, Lorraine écoutait Yuffie s'extasier de sa trouvaille en l'inspectant sous toutes les coutures, des étincelles dans ses yeux. La petite fille ne put s'empêcher de sourire, amusée.

- Tu aimes vraiment les Matérias, Tata Yuffie.

- Bien sûr ! Il n'y a que ça de plus précieux. Bon, tu ne diras pas à Tata Shelke que je t'ai fait quitter l'école une heure plus tôt pour aller chercher cette merveille, hein ?

Lorraine pouffa.

- Cela ne me dérange pas du tout. Le dernier cours, c'était maths. Tu m'as sauvée la vie en prétendant m'emmener chez le dentiste.

- Pff, je vois déjà Shelke râler si elle l'apprenait : « Vous êtes absolument irresponsables. Il n'y a rien de plus important que l'école. C'est inadmissible. Lorraine, veux-tu finir à la rue ? » l'imita Yuffie en prenant une voix quasi-robotique et un air sérieux qui ne lui allait pas du tout.

La petite fille se raidit, un peu inquiète à l'idée que Shelke ne finisse par l'apprendre tôt ou tard. Mais après tout, elles ne risquaient pas grand-chose, hein ? Si cela n'arrivait qu'une fois...

- Enfin, n'y compte pas t'y habituer, ricana Yuffie. C'était juste parce qu'on avait une grosse urgence à récupérer avant que quelqu'un d'autre ne le fasse.

Bien jalousement, elle rangea la Matéria dans sa sacoche avant de la refermer d'un geste sec.

- Jusqu'à la prochaine, répliqua Lorraine avec espoir.

- Raah ! Quel dilemme. Quoiqu'entre une heure ennuyeuse et soporifique de maths qui ne servira jamais à rien ou une heure de chasse aux Matérias où on s'amuse, le choix est vite fait, non ? Tiens.

Yuffie arrêta Lorraine, son regard se portant sur le camion d'un vendeur ambulant qu'elles connaissaient bien, garé à l'autre bout de la rue.

- Des gyozas, ça te va ? Cela sera notre excuse pour être rentrées plus tard.

- A la sauce spéciale ?

- A la sauce spéciale ! Let's go !

Ni une, ni deux, la Ninja et son « assistante », comme elle l'aimait bien l'appeler, faisaient déjà la queue pour commander les précieux gyozas dont elles raffolaient. Depuis que Yuffie le lui avait fait découvrir, Lorraine en était devenue addicte, même si Shelke n'en mangeait pas plus que ça. Tandis que Yuffie passait sa commande habituelle, le bâtiment près duquel le vendeur s'était installé attira l'attention de Lorraine.

- Tata Yuffie, c'est quoi, ça ?

Yuffie se retourna, suivant le regard de Lorraine.

Un grand bâtiment rouge et doré, dont l'entrée était gardée par un vigile. Yuffie s'approcha pour lire le nom écrit sur la façade.

« Le Trésor ».

- Hé, mais c'est la nouvelle boîte de nuit d'Edge ! s'exclama-t-elle en faisant craquer ses doigts, son sourire jovial réapparaissant sur ses lèvres.

- Une « boîte de nuit » ?

- Un endroit où on danse, on boit et on s'amuse !

Danser, boire, s'amuser... ?

Lorraine cligna des yeux avant de se rapprocher à son tour. Yuffie parcourait le bâtiment de haut en bas, les mains sur les hanches. L'intérêt brillait nettement dans ses yeux.

Pour être franche, son excitation contamina peu à peu la petite fille. Elle ne s'était jamais rendue dans un tel endroit et, de toute évidence, aux vues de l'attitude de Yuffie, cela avait l'air cool.

- Elle ouvre ce soir, apparemment ! Hé, Lorraine. Tu n'as pas cours demain, n'est-ce pas ?

- Bah... non.

- Alors, parfait ! Ce soir, on sait où on va ! Lorraine, je t'emmène en boîte de nuit ! Je préviens : c'est moi qui régale.

Lorraine leva le poing en l'air.

Tata Yuffie avait toujours l'art de lui offrir de belles surprises. Elle savait qu'elle ne serait pas déçue de celle-là.

- Super ! J'ai hâte qu'on y soit !

- Moi aussi ! s'exclama Yuffie, enthousiaste.

Mais cet enthousiaste vola en éclat dès l'instant même où le vigile tourna la tête vers elles. Sans un sourire, tel un robot habillé dans un costard cravate, il coupa court à leur élan :

- Interdit aux mineurs.

Le visage de Lorraine se décomposa. Yuffie s'approcha du vigile, les sourcils froncés.

- Pardon ?

- Interdits aux mineurs. Cet endroit est réservé aux adultes. Donc, vous êtes privées de circuler.

Lorraine se raidit quand elle remarqua les yeux de Yuffie s'agrandir, signe d'une confrontation imminente. Piquée au vif, elle s'empressa de se défendre :

- Excusez-moi ? Je ne suis pas mineure ! J'ai beau avoir l'air jeune, mais j'ai vingt-deux ans moi, le cyborg ! Je sais faire des trucs d'adulte, monsieur !

Lorraine se racla la gorge. Le vigile ne changeait pas d'expression.

- Je crois qu'il parle de moi, devina-t-elle, prenant une petite voix.

- Au moins, la gamine de huit ans a plus de jugeote, déclara le vigile. Allez, circulez.

- Vous pourriez au moins vous montrer aimable à défaut d'être chiant ! s'emporta Yuffie tandis que Lorraine l'attrapait par le bras pour la tirer en arrière, ne préférant pas avoir de problème.

Yuffie ne détacha pas son regard du vigile. Quand bien même Lorraine l'éloignait pour rejoindre le camion, le vendeur ayant déjà préparé les gyozas demandés, Yuffie continuait d'insulter le malheureux vigile qui garda un air froid et inexpressif. Une fois hors de sa vue, Lorraine poussa un soupir quand bien même Yuffie ne décolérait pas.

- Ce n'est pas possible ! Non mais, tu as vu comment il nous a parlées ? Moi, je m'en fiche, je trouverai un moyen pour qu'on y entre !

- Tata Yuffie...

Lorraine lui adressa un triste sourire. Elle adorait sa Tata Yuffie, mais Tata Shelke n'avait pas tort quand elle disait qu'elle pouvait parfois se montrer un peu trop impulsive. Le vigile ne faisait que son travail, après tout.

- Ce n'est pas grave. Même si c'est interdit pour moi, rien ne t'empêche d'y aller.

Manifestement, la Ninja avait compris qu'elles ne pourraient pas y faire grand-chose. Yuffie la dévisagea avant de soupirer, les mains dans son dos.

- Mais euh, ce n'est pas drôle. Avec qui je vais bien pouvoir y aller, moi ? Parce que, seule... ce n'est pas amusant.

- Tu n'as qu'à y aller avec Tata Shelke, suggéra Lorraine sans hésiter tandis qu'elle récupérait les boîtes en même temps que Yuffie payait les gyozas.

Yuffie croisa les bras, songeuse. Elle paraissait hésiter.

- Pas certaine qu'elle le voudra.

- Bah, vous vous entendez bien, non ?

Même si c'était vrai que, quand bien même les trois habitaient ensemble dans l'appartement de Shelke et que les deux jeunes femmes s'entendaient assez pour travailler ensemble, Lorraine n'avait jamais vu Yuffie et Shelke dans d'autres contextes. Est-ce qu'elles sortaient chasser les Matérias pour s'amuser, comme Yuffie le faisait avec Lorraine ?

- Ouais... Ouais, on s'entend bien. Même si bon... Shelke n'est pas quelqu'un qui serait du genre à...

Yuffie se ravisa avant d'achever sa phrase. Elle se prit le menton en fronçant les sourcils, comme si elle paraissait peser le pour et le contre.

Finalement, son sourire réapparut sur son visage.

- Tu sais quoi ? Il y a un début à tout !

Elle attrapa Lorraine par le bras pour l'entrainer avec elle. La petite fille la regarda en silence tandis qu'elle se laissait emporter.

Quand elle avait cette expression, c'était qu'elle avait une idée en tête.

La suite lui donnerait probablement raison.


« Mais allez quoi, Shelke ! ça s'appelle « Le Trésor » ! ça doit te donner envie, non ? »

Cela faisait bientôt plus d'une demi-heure que Yuffie poursuivait Shelke à travers tout l'appartement, cette dernière ayant son ordinateur portable sous le bras qui cherchait désespérément une pièce pour s'installer et terminer le travail qu'elle avait à faire sans qu'une certaine Ninja ne l'interrompe au bout d'une minute.

Dans la cuisine, Lorraine mangeait ses gyozas tout en regardant la scène comme s'il s'agissait d'un spectacle.

- Boîte de nuit, Shelke ! insista Yuffie désespérément.

- Yuffie, je ne vois vraiment pas pourquoi tu t'obstines.

- D'accord, ce n'est pas le « Honey Bee Inn » mais voilà quoi ! Tu veux passer à côté des belles années de ta vie pour... travailler jour et nuit sur des dossiers ennuyeux au point de te ruiner la santé ? C'est juste pour un soir !

- Ce sera toujours non, Yuffie.

Shelke posa son ordinateur sur la table dans un bruit sec. Elle ne le montrait pas, mais elle commençait à perdre patience avec les supplications de la Ninja qui sortait des arguments de son chapeau pour la forcer à aller dans... cet endroit appelé « boîte de nuit » qui ne lui donnait aucune envie.

Yuffie laissa les bras tomber le long de son corps, une moue évidente sur son visage.

- Mais ça va ! Reeve peut te donner ta soirée pour t'amuser. Je suis sûre que cela ne le dérangera pas, sérieuse comme tu es ! C'est quand que tu as eu un moment à toi ? Et est-ce que tu t'es déjà rendue dans une boîte de nuit, au moins pour essayer ?

- Cela ne me donne pas spécialement envie, soupira Shelke. Et tu cherches seulement quelqu'un pour t'accompagner.

Et surtout, pourquoi le lui demandait-elle à elle ? Pourquoi n'allait-elle pas directement demander à Tifa ? Après tout, Yuffie était bien plus proche d'elle que de Shelke. Et cela ne dérangerait sans doute pas la barmaid.

La Ninja réprima un soupir de frustration.

- Allez, quoi ! Je ne te demande rien, d'habitude ! S'il te plaît. On passera une soirée entre filles et on l'oubliera par la suite. Personne n'en saura jamais rien !

- Non, Yuffie.

- Boîte de nuit, Shelke.

- J'ai dit non.

- Boîte de nuit, boîte de nuit, boîte de nuit, insista Yuffie en répétant comme un perroquet.

- Tu peux répéter la même chose plusieurs fois, cela ne changera rien.

- Je suis même prête à l'écrire sur les murs de ta chambre.

Shelke leva les yeux au ciel.

Elle ne la lâcherait pas, hein ? Dommage pour Yuffie, Shelke était bien plus tenace qu'elle. Yuffie baissa la tête, déçue et était sur le point de tourner les talons pour quitter la pièce quand, brusquement, une idée sembla germer dans son esprit.

Elle se retourna vers Shelke, une mine de conspiratrice sur son visage.

- Il y aura Vincent qui nous accompagnera.

Ce fut imperceptible, mais Shelke tiqua au nom de Vincent.

Est-ce que Vincent les accompagnait réellement ? Shelke observa Yuffie et essaya de lire son esprit pour savoir si elle était sérieuse ou s'il s'agissait d'une énième tentative pour l'amadouer.

Impossible de savoir. Le sourire de Yuffie s'agrandit sur son visage et, pendant un instant, Shelke faillit changer d'avis.

Se reprenant, Shelke secoua la tête.

- Je te rappelle qu'on a Lorraine à garder.

- J'ai déjà prévenu Reeve pour ça, l'informa Yuffie en faisant le V de la victoire. Il est d'accord.

D'accord. Elle avait déjà tout prévu alors même qu'elle n'avait pas obtenu la réponse de Shelke.

Yuffie... la déconcerterait toujours. Shelke se passa la main sur le visage.

- Je n'ai pas dit que j'accepterai.

- Oh, mais tu vas le vouloir.

Yuffie lui adressa un clin d'œil espiègle avant de craquer ses phalanges, quittant la pièce en chantonnant.

- Yuffie, je n'ai pas dit—insista Shelke vainement.

- Boîte de nuit, boîte de nuit, nous voilà ! Avale tes gyozas et ensuite, on se prépare.

Shelke fronça les sourcils, ne comprenant pas où elle voulait en venir. Yuffie revint en arrière, passant une tête à travers la porte de la chambre.

- Il faut un « dress-code », Shelke. Et oui, malheureusement, tu ne peux pas venir en boîte de nuit dans cette tenue de travail ridicule.

Malgré elle, l'ancienne Tsviet contempla son uniforme noir.

Qu'est-ce qu'il avait de particulier ? Il était très bien, non ? En tout cas, on ne lui avait jamais adressée le moindre commentaire.

- Malheureusement, ma tenue qui fait ma fierté de Ninja ne sera pas autorisée non plus, soupira Yuffie en faisant la moue. Mais bon, j'ai encore le temps pour me rendre aux magasins et nous acheter des tenues à tomber. Ce soir, nous serons les reines de la soirée.

Qui aurait cru que c'était le genre de Yuffie de s'attarder sur ce genre de détail ? pensa Shelke, dubitative. D'habitude, elle râlait toujours quand elles faisaient les courses ensemble, sous prétexte qu'il ne s'agissait pas d'une chasse aux Matérias. Et là, elle était prête à se donner corps et âme pour entrer dans cet endroit comme si elle s'attendait à entrer en Terre Promise ?

Bon. Ne cherchons pas à comprendre. Shelke jeta un coup d'œil à Lorraine en même temps que Yuffie claquait la porte derrière elle, partant en mission.

Lorraine se contenta de lui adresser une mine réjouie. Shelke lui adressa un regard froid et la petite fille reprit intérêt pour ses gyozas, prétendant n'avoir rien écouté de la conversation.


Quand Yuffie revint quelques heures plus tard, ce fut avec les bras chargés de vêtements qu'elle transporta lourdement avant de les poser à plat sur le lit. Shelke s'avança pour inspecter ses achats et manqua de se frapper le visage.

Elle s'était vraiment donnée à fond.

« Tiens ! Essaie ça. Essaie ça, essaie ça... » lui cria Yuffie à répétition tandis qu'elle lui lançait des robes, des tee-shirts les uns après les autres que Shelke réceptionna plus ou moins maladroitement.

L'œil morne, Shelke les inspecta les unes après les autres.

Qu'est-ce que Yuffie voulait qu'elle fasse avec ça ? Cela ne lui allait pas du tout. Que des couleurs qu'elle n'aimait pas. Rouge, noir, blanc, bleu... Alors que Yuffie s'enfermait dans la salle de bain pour essayer les siennes, Lorraine entra dans la pièce pour la regarder faire. La petite fille attrapa un tee-shirt bleu qu'elle enfila vainement avant de laisser tomber, trop grand pour elle.

Finalement, le choix de Shelke se porta sur un ensemble rose, composé d'un tee-shirt et d'une mini-jupe. Pourquoi pas ? C'était une couleur qui lui allait bien et qu'elle affectionnait depuis qu'elle était retournée au monde extérieur, trois ans auparavant.

Rien qui ne lui rappelait de mauvaises personnes.

Quand elle s'inspecta dans le miroir, Lorraine se couvrit la bouche, excitée.

- Ça te va trop bien, Tata Shelke !

- N'exagérons rien, soupira l'ancienne Tsviet tandis qu'elle tirait sur son tee-shirt.

- Allons, tu es super jolie !

- Je ne le suis pas.

Shelke secoua la tête dans une vaine tentative de chasser les pensées intrusives. Elle sentit la main de Lorraine lui toucher les cheveux, ce qui la fit sursauter.

- Je peux te friser les cheveux ? lui demanda innocemment la petite.

Shelke plissa les yeux quand Lorraine lui indiqua le fer à friser, laissé à l'abandon sur la table de nuit de Yuffie. Elle ne savait pas s'en servir et elle doutait que Lorraine le sache. Mais la petite paraissait sûre d'elle. Alors qu'elle le branchait pour le faire chauffer, Shelke l'arrêta tout de suite :

- Je n'en ai pas besoin.

- Mais si ! Tata Yuffie a dit que cela t'irait à ravir !

- C'est vrai, cria la voix de la concernée tandis qu'elle sortait de la salle de bain.

Quand le regard de Shelke se porta sur la tenue de Yuffie, l'ancienne Tsviet ne comprit pas pourquoi elle se raidit en la voyant. La Ninja s'était habillée dans une petite robe noire lui allant jusqu'aux cuisses. Cela lui allait comme un gant.

- Je croyais que tu détestais les robes, lui rappela Shelke, le ton gêné.

- Je les déteste, s'énerva Yuffie. Mais on n'a pas le choix si on veut s'infiltrer dans cette boîte de nuit. Qui sait ? Il y aura peut-être des Matérias là-dedans, non ?

A nouveau, ses yeux brillèrent. Attends, c'était la raison pour laquelle elle voulait tant y aller ? Shelke préféra couper court à l'euphorie.

- J'en doute.

- Allez. Assistante Lorraine ? Votre mission, si vous l'acceptez, c'est de transformer la coiffure de Shelke.

- ça marche ! accepta Lorraine avec enthousiasme.

- Non... commença Shelke en tendant les bras, essayant vainement de les arrêter.

- Et bien sûr, on te maquille ! L'heure est venue.

Yuffie sortit une palette de derrière son dos, souriant de toutes ses dents. Shelke haussa un sourcil, de plus en plus confuse.

- Mais tu détestes te maquiller.

- C'est vrai, mais je n'ai pas dit que je détestais maquiller les autres. Maintenant, assis, lui ordonna Yuffie, le ton autoritaire.

Oh lala. Shelke avait vraiment, vraiment peur du résultat. Néanmoins, elle savait qu'elle n'avait pas le choix et s'exécuta à contrecoeur. Immédiatement, Lorraine et Yuffie l'encerclèrent, la petite se tenant derrière elle pour s'occuper de sa coiffure tandis que Yuffie rapprochait son visage de celui de Shelke, un fard à joue à la main.

- Tu vas être une vraie beauté, susurra Yuffie tandis qu'elle commençait à lui barbouiller les joues.

Shelke se crispa au contact.

Elle le savait déjà. Elle était certaine que ce serait un carnage.


« Ouah ! Shelke ! Je pourrais t'épouser presque, rien qu'en te voyant ! »

Cela avait duré une heure, environ. Le soir était tombé. Shelke se tenait devant le miroir, encore choquée par ce qu'elle voyait.

Elle était simplement méconnaissable. Elle avait du mal à accepter le fait que le reflet de cette fille qui la regardait était bel et bien le sien.

Rouge, Shelke tira légèrement sur ses pointes, n'étant pas sûre si Lorraine avait réussi ou non. Mais selon Yuffie, elle était parfaite. Quoique... Pour Shelke, elle était bien trop maquillée et cette seule idée la gênait. Elle n'était vraiment, vraiment pas habituée à sortir comme ça, quand bien même elle faisait des efforts. Yuffie entoura ses épaules de ses bras, adressant un clin d'œil à son propre reflet.

- On est prêtes, maintenant.

- Il faut attendre encore Reeve, dit Shelke, embarrassée.

Qu'est-ce qui lui avait pris d'accepter ça ?

Et si... Alors qu'elle s'interrogeait, une idée lui vint. Elle se tourna vers Yuffie qui avait détaché son bandana de Ninja pour laisser tomber ses cheveux. Shelke n'était pas une connaisseuse, mais il était clair qu'avec la robe qu'elle portait, son apparence paraîtrait étrange. Elle fronça les sourcils, manifestement peu satisfaite du résultat.

- Où est-ce qu'on rejoint Vincent ?

- Oh. Je lui ai laissé un message. Il ne m'a pas encore répondu, l'informa Yuffie en haussant les épaules.

Shelke ne sourit pas. Elle était sur le point de répliquer quand on sonna à la porte à l'instant même.

Reeve apparut, en tenue décontractée. Shelke n'eut pas le temps de le saluer, ni de lui dire même à quelle heure se couchait Lorraine que Yuffie l'avait déjà attrapée par la main pour passer devant Reeve et dévaler les escaliers de l'étage.

- Bonne soirée, Reeve ! Bonne soirée, Lorraine ! J'ai laissé une liste de choses à faire maintenant « Le Trésor », nous voilà ! cria Yuffie à toute vitesse tandis que Shelke suivait difficilement derrière elle.

- Je n'ai même pas dit au revoir à—

- Bonne soirée, les filles ! Amusez-vous bien ! leur souhaita Reeve qui leur adressa un signe de la main, avant de refermer la porte de l'appartement derrière elles.


« A nous le trésor ! A nous les Matérias ! » répéta Yuffie avec satisfaction alors que les deux jeunes filles s'approchaient du lieu tellement attendu comme s'il s'agissait bel et bien de la Terre Promise.

Shelke leva les yeux au ciel.

- Yuffie... Le fait que cela s'appelle « le Trésor » ne veut certainement pas dire—

- Le Trésor, ce sont les Matérias ! A nous, les Matérias !

Bon, pensa Shelke, essayant de ne pas trahir une certaine curiosité qui montait en elle. A quoi ressemblait cet endroit si particulier... ?

Lorsqu'elle remarqua la longue queue qui s'étendait depuis l'entrée, le visage de Shelke se décomposa. Elles en auraient pour un bon moment à attendre.

Et en plus, il faisait froid. Super. Alors qu'elles se plaçaient à la fin de la file, Shelke chercha vainement Vincent du regard.

- Où est-il ? demanda Shelke, ne le voyant pas.

Yuffie sortit son téléphone pour lire les messages. Elle leva les yeux au ciel, frustrée.

- Il n'a pas répondu. A tous les coups, il n'a même pas reçu le message. Je suis sûre qu'il a encore cassé son téléphone !

Mais ce n'est pas vrai, pensa Shelke, camouflant tant bien que mal sa déception. Quand est-ce que Vincent allait faire attention à ses téléphones ? Ne lui en avait-elle pas offert spécialement un, trois ans auparavant ? Qu'en avait-il fait ?

Honnêtement, elle ignora ce qui la retenait de tourner les talons et de rentrer. Peut-être l'enthousiasme infaillible de Yuffie qui s'impatientait à l'idée de pénétrer à l'intérieur. Shelke soupira, vaincue, et resta immobile, suivant machinalement les gens de la file pour s'approcher de plus en plus de l'entrée.

- N'empêche, commenta Yuffie. On n'est jamais sorties ensemble.

« Sortir ensemble » ? Shelke se retourna vers elle, haussant un sourcil, surprise.

- Bah ouais, se justifia Yuffie tandis qu'elle se grattait l'arrière de la nuque, embarrassée. On travaille ensemble, on vit ensemble, mais on ne sort jamais toutes les deux. Ou alors, on sort toutes les trois avec Lorraine, ou avec l'ex-AVALANCHE. Mais jamais ensemble, tu vois.

Cela réduisit Shelke au silence.

En effet... Elle ne l'avait jamais remarqué, mais Yuffie disait vrai. Shelke et elle ne faisaient pas grand-chose ensemble, hormis s'occuper de Lorraine parce que Reeve le leur avait demandé.

Mais après tout, même si elles s'entendaient mieux qu'avant, même si... elles étaient alliées, elles n'avaient pas grand-chose en commun, n'est-ce pas ? Shelke était travailleuse et solitaire tandis que Yuffie adorait sortir et était bien plus accueillante. Yuffie était accro aux Matérias et Shelke à son ordinateur.

Shelke devait s'en rendre compte. Elles n'avaient pas beaucoup d'atomes crochus.

- Je veux dire... On est amies, n'est-ce pas ? l'interrogea Yuffie, sérieusement.

Amies...

Shelke n'eut pas le temps de répondre qu'elles étaient déjà arrivées à l'entrée. Tout de suite, Yuffie se redressa et son visage se fissura quand elle remarqua le vigile se tenant devant elles.

Ce dernier releva le menton, méprisant. Shelke comprit tout de suite qu'il ne serait pas leur pote.

- Interdit aux mineurs, grinça le vigile.

Les yeux des deux jeunes femmes s'écarquillèrent. Yuffie explosa.

- Non mais je rêve ! Tu as quoi ? La mémoire courte ? Tu ne me reconnais pas ou quoi, le cyborg ? On s'est croisées i peine quelques heures ! Je t'ai dit que j'étais une adulte ! J'ai vingt-deux ans !

Shelke leva les yeux au ciel. Le vigile la regardait droit dans les yeux.

Elle comprit que c'était à elle à qui il faisait référence. Elle avait beau être bien habillée, cela ne changeait rien à son apparence.

- Je crois qu'il parle de moi.

Yuffie fusilla le vigile du regard.

- Elle ? Elle a vingt-deux ans aussi ! Elle a mon âge !

- Elle a l'air d'en avoir neuf, fit le vigile.

- On a nos cartes d'identité de l'ORM si tu ne nous crois pas ! cracha Yuffie alors qu'elle sortait la sienne.

Shelke l'imita. Le vigile les reçut. En lisant la date de naissance de Shelke, il secoua la tête.

- Ce ne sera pas possible.

- Mais tu as décidé d'être l'ennemi du Wutaï ou quoi ? cracha Yuffie. Tu ne me reconnais pas ? Je suis la Fleur du Wutaï ! J'ai besoin de respect et moi, je dis que tu vas nous laisser passer !

- Yuffie...

- Tu es l'obstacle qui se tient entre moi et la Matéria !

En guise de réponse, le vigile se contenta de les écarter sans aucune considération pour laisser les autres visiteurs. Shelke secoua la tête. Cela ne changerait rien. Surtout que Vincent ne viendrait pas. Cela réglait pas mal de problèmes.

Elle était sur le point de s'éloigner pour rentrer à l'appartement, mais Yuffie l'arrêta en lui attrapant le bras.

A nouveau, sa mine conspiratrice réapparut sur son visage.

- Je crois que j'ai une idée pour qu'on entre.

Elle désigna du doigt un endroit particulier, qui se tenait non loin de la boîte de nuit.

Oh non. Shelke voyait où elle voulait en venir.

Le magasin de déguisement était encore ouvert à cette heure.


« Je te le répète : cela ne marchera jamais », murmura Shelke d'une voix étouffée tandis qu'elle et Yuffie marchaient tant bien que mal à l'aveugle.

Enfin... Surtout pour Shelke qui ne voyait rien en raison du gros manteau vert dans lequel Yuffie et elle s'étaient emmitouflées, cachant totalement Shelke, qui profitait de sa petite taille, alors que seule la tête de Yuffie en ressortait. On aurait dit une pomme verte à quatre pattes qui se tenait au milieu de la foule.

- Mais si, ça marchera ! cria Yuffie. Et on ne pouvait pas prendre un grand sac. Ils l'auraient fouillé.

- De toutes les techniques d'infiltration du monde, tu dois en choisir une complètement bancale.

Heureusement que le ridicule ne tuait pas. Parce que c'était ce qu'elles étaient : ridicules. Comme si le vigile allait avaler ça. Heureusement que Vincent avait cassé son téléphone et n'était pas présent.

Alors qu'elles s'approchaient de l'entrée, Yuffie se figea net, manquant de faire trébucher Shelke au passage.

- Quoi ? lui demanda Shelke, agacée.

- Ce n'est plus le même vigile.

Malgré elle, Shelke risqua un œil pour observer à l'extérieur. En effet, ce n'était plus l'armoire à glace peu aimable d'auparavant.

Ici, le vigile ne leur accordait aucune attention. Il laissait les gens passer tout en discutant au téléphone. Immédiatement, Yuffie et Shelke saisirent leur chance et s'immiscèrent à l'intérieur alors que le remplaçant avait le dos tourné, sans se préoccuper de qui entrait et qui sortait.

Une fois à l'intérieur, Yuffie et Shelke se dépêchèrent de se débarrasser de cet affreux menton, que la Ninja jeta au sol avant de se recoiffer.

- Bah alors ! C'était simple, en fait ! ricana Yuffie.

- Cela valait tellement le coup de débourser 40 Gils pour ça, soupira Shelke en regardant le manteau abandonné. On aurait pu entrer directement.

- Hé, rabat-joie ! On est en Terre Promise, maintenant !

Yuffie s'élança dans un couloir, suivie de près par Shelke qui l'imitait au pas. Au bout du couloir, de la musique qui résonnait et devenait de plus en plus forte au fur et à mesure qu'elles s'approchaient.

Quand elles arrivèrent au lieu en question, ce fut pour être aveuglées par des lumières bleues qui éclairaient une salle quasiment plongée dans le noir. La musique était tellement forte qu'elle vrilla dans les tympans de Shelke, qui se fit violence pour ne pas se boucher les oreilles.

Autour d'elles, Shelke remarqua les gens danser sur une piste, synchronisés, les bras en l'air alors que d'autres allaient et venaient, portant des verres remplis à rabord qui provenaient de toute évidence d'un bar situé à l'autre bout de la salle.

Donc, c'était ça, une boîte de nuit ? La soi-disante Terre Promise de Yuffie ?

Shelke était tellement tétanisée qu'elle n'entendit pas Yuffie lui crier dans les oreilles pour se faire entendre en dépit de la musique. Shelke se retourna, lui demandant de répéter ce qu'elle venait de dire alors que les nouveaux arrivants les bousculaient.

- J'ai dit : je vais chercher les Matérias !

Allons bon. Yuffie se détourna d'elle pour se lancer en quête de son trésor, abandonnant Shelke. Désespérée, l'ancienne Tsviet regarda autour d'elle, ne sachant pas où aller.

Finalement, elle décida de se frayer un chemin pour chercher un emplacement éloigné, là où la musique serait moins forte.


« Pff. Aucune Matéria », soupira Yuffie quand elle rejoignit Shelke, environ une demi-heure plus tard, le temps de laisser passer une dizaine de chansons.

L'ancienne Tsviet soupira de dépit alors que Yuffie s'asseyait à sa table. La lumière étant tamisée, Shelke avait du mal à percevoir sa silhouette, mais elle devina qu'elle était éreintée par ses recherches peu fructueuses.

- « Le Trésor », quelle arnaque, geignit Yuffie en se posant. Pas la moindre trace.

- Yuffie, pourquoi m'as-tu amenée ici ?

Elle avait beau fouiller, elle ne voyait pas l'intérêt d'un tel endroit. Il ne se passait rien et Shelke ne savait pas franchement quoi faire ici. Yuffie s'étira, un grand sourire aux lèvres.

- Bah. On danse, on boit, on s'amuse.

- Je ne m'amuse pas.

- Rah ! J'ai compris : laisse-moi arranger ça ! s'énerva la Ninja alors qu'elle se levait de son siège quelques secondes après s'y être assise.

Shelke cligna des yeux. Yuffie revint quelques minutes plus tard, deux cocktails à la main. Elle en posa un devant Shelke qui le fixa, comme deux ronds de flanc.

- Depuis le temps, tu es habituée à l'alcool. Alors, goûte-moi ça.

- Hm.

Shelke touilla dans son cocktail avant de le porter à ses lèvres, prenant une petite gorgée. Elle le reposa.

Pas mauvais.

- Hm, il est bon ! savoura Yuffie qui le buvait à la paille.

Leurs regards se portèrent vers la piste de danse qui était toujours animée.

- Un jour, je vous emmènerai à la Tortue Joyeuse, déclara Yuffie, le ton nostalgique. Toutes les deux. Lorraine et toi.

- Mais nous y sommes déjà allées, dit Shelke, repensant à leur dernière escapade le mois dernier.

- Je parle de la « vraie » Tortue Joyeuse, dit Yuffie en croisant les bras sur la table. Au Wutaï.

Elle adressa un sourire à Shelke.

- On ira au Wutaï toutes les trois ensemble. Cela te va ?

- Yuffie... Tu sais que Lorraine...

- ... est en attente de trouver une famille d'accueil. Je sais. Mais cela ne nous empêche pas de tirer des plans sur la comète, non ?

Shelke acquiesça, pensive.

- Oui, sans doute.

- Alors, c'est décidé ! Le trio d'enfer ira au Wutaï ! L'été prochain ! Il est temps que vous découvriez ma patrie et toute sa gloire. Cela fera plaisir à Lorraine de voir ça !

- ... Je vais voir si je n'ai pas prévu d'autres plans, dit Shelke.

C'était amusant.

Yuffie parlait d'elles trois d'une manière... familière, mais qui provenait d'un passé lointain.

- On dirait que tu parles de nous comme si on était une famille, releva Shelke.

- Bah on est une famille, non ? Moi, toi, Lorraine, ex-AVALANCHE...

La Ninja pouffa.

- On est les deux mamans de Lorraine, plaisanta-t-elle.

- Yuffie...

- Je sais ! Mais c'est marrant, non ?

- Hm.

En effet. C'était marrant, pensa Shelke, l'idée ne lui étant pas si déplaisante.

Leur attention fut attirée par un bruit provenant non loin d'elles. Les deux se retournèrent. Un gars aux cheveux noirs et longs, habillé de la même couleur, titubait maladroitement tandis qu'il se rendait vers la piste de danse, le visage hagard. Yuffie lui adressa un regard lourd de mépris.

- Je ne l'aime pas, lui.

- Pourquoi tu ne l'aimes pas ?

- J'ai décidé que je ne l'aimais pas. Tu as vu sa sale gueule ? On dirait Nero.

Shelke tiqua à son nom.

Oui. De loin, ils pouvaient se ressembler. Sous une nuit sans lune.

- Ouais. Même tronche, même comportement, poursuivit Yuffie en reprenant une gorgée. Je n'aime pas Nero donc je ne l'aime pas.

- Pourquoi tu fais une fixette sur Nero ?

Elle n'avait pas envie de repenser à son ancien supérieur. Surtout pas dans un moment pareil.

Yuffie se raidit avant de croiser les bras en faisant la moue.

- ça va, j'ai bien le droit de me foutre de lui. C'est juste un enfoiré. Mais regarde-ça, c'est son clone !

Elle pouvait être encore plus discrète.

- Je doute que Nero soit du genre à se rendre dans un endroit pareil.

- Héhé, on pourrait le forcer. On l'emmène ici, on le ferait boire des tas et des tas de cocktails et il se retrouverait dans le même état ! plaisanta Yuffie tandis que le pauvre clone s'était vautré par terre, manquant de vomir. Girl Power ou non ?

Shelke ne put s'empêcher de glousser en imaginant la scène.

C'était inattendu... mais cela l'avait fait rire. Yuffie parut satisfaite du résultat.

- Voilà ! Je t'ai fait rire ! J'ai réussi ma mission de ce soir !

- En effet, pouffa Shelke sans pouvoir s'arrêter.

- Et comme on est d'humeur...

Yuffie se leva et tendit la main à Shelke.

- Je t'emmène sur la piste de danse !

- Ah non, refusa Shelke en bloc.

- Roh, allez ! Ce n'est pas une boîte de nuit si tu ne danses pas ! Allez, viens ! Tu as juste à me suivre !

- Yuffie...

Mais comme d'habitude, Yuffie n'écoutait que ce qu'elle avait envie d'entendre. Ni une, ni deux, elle attira Shelke sur la piste de danse, passant prêt du pauvre gars qui était resté au sol.

L'instant d'après, une nouvelle musique démarra. Les deux femmes se placèrent au centre de la piste et Yuffie commença à se déhancher avec plus ou moins de grâce, riant comme si elle passait un bon moment.

Oh non... Shelke avait envie de partir, mais Yuffie lui attrapa les deux mains et l'invita à l'imiter.

- Allez ! Déhanche-toi ! Remue le popotin, Shelke ! On danse, là !

- Mais Yuffie... balbutia Shelke, rouge de honte.

- Allons ! On s'en fout du regard des autres !

Yuffie lui lâcha les mains et se retourna, sans cesser de remuer les hanches. Maladroitement, Shelke décida de l'imiter et bougea à son tour, quand bien même elle était aussi raide qu'un robot.

- Allez ! danse ! Lâche-toi ! cria Yuffie à travers la musique. Voilà, comme ça ! Comme ça !

Embarrassée, Shelke essaya de se dire qu'elle n'en ferait qu'une. Une seule et elle retournerait dans son coin.


Heureusement, la piste était bondée. Personne ne la verrait se tourner au ridicule.

Au final, Shelke et Yuffie avaient dansé sur plusieurs musiques. Lorsqu'une musique calme joua et que les danseurs se plaçaient en duo pour se coller l'un à l'autre, Shelke ne comprit pas quand Yuffie l'attira vers elle et plaça une main sur sa taille, rapprochant son visage du sien.

Immédiatement, l'ancienne Tsviet se figea.

« Qu'est-ce que tu... »

Yuffie la coupa.

- C'est le meilleur moyen d'attirer les gars ! dit-elle en balayant la salle du regard avec intérêt.

- Oh.

Ah oui. Les gars. Tandis que Shelke veillait à ne pas lui marcher sur les pieds, elle remarqua quelques hommes les contempler avec intérêt et curiosité.

Pourquoi ? Parce qu'elles étaient deux filles qui dansaient ensemble ? Cela déconcertait Shelke de plus en plus.

- Des pervers ! Ils se rincent tous l'œil. Sérieusement. J'aimerais bien voir deux gars danser pour une fois, se lamenta Yuffie. Au moins, c'est MOI qui me rincerais l'œil.

- Yuffie... soupira Shelke, dépitée.

- Héhé, bah écoute. Cela ne me déplairait pas de voir deux gars s'embrasser et plus. Comme ça, je m'incruste et je les prends tous les deux ! Je me fais un « throuple » et j'en serais la reine ! Vénérez-moi, mes esclaves !

Le visage de Shelke devint cramoisi.

- Tu es si désespérée de te trouver un copain ?

- Hm. Pas pour l'instant. Mais c'est beau de rêver, plaisanta Yuffie.

Sa remarque la fit sourire. Alors que la musique s'achevait, les deux filles se détachèrent l'une de l'autre.

A nouveau, les yeux de la Ninja brillèrent.

- Oh, regarde ! s'écria Yuffie en désignant quelque chose du doigt.

Shelke se retourna et manqua de bondir.

Un homme en tee-shirt, plutôt baraqué, se présenta sur scène. Yuffie joignit ses mains, un sourire enthousiaste sur le visage tandis que d'autres femmes rejoignirent la piste.

- Un chippendale !

- Un...

Shelke ne connaissait pas ce terme. Une nouvelle musique démarra, bien plus rythmée que les précédentes et l'homme prit la pose avant de commencer à enlever son tee-shirt. Immédiatement, les yeux de l'ancienne Tsviet faillirent sortir de leurs orbites.

Mais qu'est-ce que c'était que ça ?

- Pourquoi il se... ? demanda Shelke, rouge de gêne.

- Héhé ! Bah, c'est pour le plaisir des yeux ! cria Yuffie en levant les mains pour applaudir. Allez, enlève tout !

Toutes les femmes regardèrent comme si l'homme était un bout de viande. Shelke voulut détourner la tête, ne voulant pas être prise sur le fait en train d'admirer, mais finalement, la curiosité la prit. L'homme fit tourner son tee-shirt sous les cris de furie des autres femmes, avant de le lancer dans la foule. Quand il commença à défaire son pantalon, Shelke eut l'impression qu'elle était sur le point de s'évanouir.

Est-ce qu'elle saignait du nez ? Oui. Sans doute.

Elle sentit soudainement quelqu'un se coller à elle. Shelke se figea. Elle crut qu'il s'agissait de Yuffie, mais quand elle abaissa le regard, elle remarqua la main d'un homme entourant sa taille.

Tout de suite, Shelke le repoussa, mais l'homme recommença et se plaça contre elle, son souffle rauque dans son oreille.

- Hé.

Yuffie avait remarqué la scène et s'était retournée. Son sourire avait disparu et elle fusilla l'inconnu du regard.

- Toi, tu ôtes tes sales pattes.

Mais avant même que Yuffie ne puisse en découdre, Shelke prit une inspiration.

Elle plongea en avant et, sans avertissement, elle se replaça debout et rejeta la tête en arrière, frappant l'homme au visage aussi fort qu'elle le pouvait en lui administrant un « coup de boule ».

Tout de suite, l'homme fut à terre, se tenant le nez qui saignait abondamment.

- Et moi qui voulais jouer au chevalier ! se lamenta Yuffie.

- Hé !

Trois autres hommes bondirent sur la piste, encerclant les deux femmes tandis qu'autour, les gens reculaient.

Yuffie et Shelke se placèrent côte à côte, dégainant leurs armes.

- Ha bah voilà ! Que serait la soirée sans un peu de combat ? les provoqua Yuffie qui avait déjà dégainé son Shuriken.

Shelke hésita.

Elle n'avait pas envie de s'attirer d'ennuis, surtout qu'elle s'était promis de ne plus jamais s'en prendre aux êtres humains. Mais alors que les types s'avançaient vers les deux femmes, menaçant, Shelke eut presqu'envie d'oublier ses bonnes résolutions.

- Vous êtes face à la Fleur du Wutaï ! cria Yuffie en les pointant du doigt. Excusez-vous et on sera clémentes !

- Allez vous faire foutre, gamines !

- Hé ! Je suis une adulte !

L'un des hommes s'élança sur elle, mais il n'eut pas le temps de s'avancer qu'il se prit un Shuriken en plein visage. Avant que ses congénères ne réagissent, Shelke s'était déjà téléportée devant l'un d'eux pour lui balancer un coup de genou entre les jambes. Imparable. L'homme se plia en deux. Le troisième voulut l'attaquer par derrière, mais quelqu'un l'immobilisa par-derrière, le plaquant au sol, avant de l'envoyer paître d'un coup de pied qui le propulsa à travers la salle.

Yuffie et Shelke se retournèrent. Le chippendale.

- Je ne savais pas qu'ils savaient se battre ! commenta Yuffie alors qu'elle avait bondi sur sa cible pour le frapper en plein visage d'un coup de pied retourné.

Le chippendale leur adressa un sourire compatissant et reprit son spectacle comme si rien ne s'était passé. Quant au dernier agresseur, Shelke l'avait déjà mis à terre et le roua de coups, ne lui laissant aucune chance de se relever.

Alors que le combat faisait rage, Yuffie et Shelke furent bien trop occupées sur leurs adversaires qu'elles ne virent pas au loin les vigiles apparaître, en position de combat comme s'ils étaient sur le point de maîtriser des terroristes armés.

- Mais attendez ! Oh non ! Pas le cyborg !

Shelke ne chercha pas à lutter et se rendit, tandis que Yuffie se débattait dans tous les sens. Les deux femmes se faisaient embarquer de force.

- Mais attendez ! Ce n'est pas nous, c'est eux—hé ! Lâchez-moi ! J'exige un avocat ! supplia Yuffie en donnant des coups de pied.


« Pourquoi moi ! »

Elles s'étaient faites virer de la boîte de nuit comme de vulgaires rats. Jetées à terre, Shelke se relevait péniblement tandis que Yuffie levait le poing vers le vigile de l'entrée tout en l'insultant.

- Vous entendrez de mes nouvelles ! Il va y avoir une armée de Ninjas à votre porte, c'est moi qui vous le dis !

Shelke secoua la tête.

Les voilà seules, dehors, dans le froid, au beau milieu de la nuit. L'ancienne Tsviet s'épousseta vainement avant de se tourner vers Yuffie.

Elle lui tendit la main avec un triste sourire, l'invitant à se relever. Déçue, Yuffie l'attrapa et se remit debout avant de s'éloigner de l'endroit où elles avaient passé la majeure partie de la soirée.

- Désolée, Shelke. A cause de mes stupidités, on s'est fait virer. Moi qui voulais passer une soirée mémorable.

Shelke la toisa avec compréhension. Les bras derrière son dos, elle haussa simplement les épaules :

- Ne t'inquiète pas, Yuffie. On a passé une soirée mémorable.

- Tu le crois ? lui demanda la Ninja avec espoir.

Shelke la regarda droit dans les yeux. Elle pensait ce qu'elle disait.

- Je n'y étais jamais allée et... Même si, j'aurais aimé que Vincent soit là, j'ai quand même passé un bon moment.

- Oh.

Yuffie tourna la tête, masquant un sourire victorieux pas très discret sur ses lèvres.

- Tant mieux. C'était le principal !

- Tu as raison, admit Shelke.

L'ancienne Tsviet ferma les yeux.

- On est... on ne passe pas suffisamment de temps ensemble, en-dehors de la maison et du travail. Et je crois que tu as raison : je dois sortir plus souvent. Autrement, je passerais à côté de quelque chose.

- Oh. Donc...

Yuffie la dévisagea, nerveuse.

- Tu passerais encore du temps avec moi ?

- Seulement si tu m'y autorises.

Les deux femmes s'échangèrent un sourire. Alors qu'elles empruntaient le chemin vers l'appartement, Yuffie s'arrêta.

- Et si on ne rentrait pas tout de suite ? On pourrait finir la soirée dans un bar, à échanger des anecdotes et à se raconter des trucs d'adultes.

- J'espère pouvoir entrer.

- Mince. J'ai laissé le manteau à l'intérieur.

Shelke pouffa. Hors de question qu'elles l'utilisent une nouvelle fois. Elles firent demi-tour, l'ancienne Tsviet suivant la Ninja tandis que cette dernière cherchait la direction d'un bar.

- Amies, hein ? demanda Yuffie, à titre de confirmation.

Shelke approuva.

- Amies, oui, répondit-elle avec un sourire empli de sincérité.