Danse
OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place au cours des trois histoires, à des périodes différentes. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.
« Oh. Tu veux danser ? »
Nero avait aimé toujours la danse. S'il y a quelque chose qu'il avait appris à aimer à Deepground, c'était bel et bien ça : danser.
Au début, c'était quelque chose qu'il avait appris à ses dépens, dès son plus jeune âge. On l'avait forcé au début.
Puis, il y avait grandement pris du plaisir.
On lui disait : « mange », il mangeait. On lui disait : « tue », il tuait.
Cela avait été la même chose avec la danse. Restrictor, les scientifiques lui disaient de danser, il dansait. Nero n'avait jamais envisagé autrement. C'était aussi simple que cela.
Néanmoins, tout était dans le mot : danser.
Si on lui posait la question sur la signification d'une « danse » à ses yeux, Nero donnerait une toute autre définition. Une définition qui ne correspondait pas forcément à celle du monde des humains. Mais il n'en connaissait qu'une seule.
La danse de Deepground.
Quand Nero y repensait, notamment lorsqu'il s'isolait loin de sa dimension pour laisser l'enfant dormir et s'accorder un peu de temps de répit avant de chercher Weiss, Nero se souvenait des « ballets », des « spectacles » qu'il offrait aux scientifiques. A chaque fois, ce simple souvenir le replongeait en pleine extase.
« Bien. Et si on s'amusait un peu ? »
Nero se souvenait des sons des balles résonnant autour de lui. Les tirs avec ses propres armes, les tirs de ses ennemis. Il se remémorait les ténèbres l'encerclant, l'emprisonnant, le suivant en même temps qu'il se déplaçait gracieusement sur son terrain de chasse, tournant autour de lui-même alors que ses monstrueux pouvoirs fondaient sur ses ennemis pour les envelopper et les envoyer dans les abysses.
Les tirs... la douleur... le cri des faibles...
C'était Restrictor qui avait eu l'idée de ce terme. Une danse. Et Nero avait fini par s'approprier ce terme, le considérant comme sien à chaque fois qu'il s'élançait sur un terrain de chasse, qu'il arrachait la vie, qu'il mettait un terme aux battements d'un cœur...
A chaque fois qu'on lui donnait le savoureux contact de la douleur...
« Donnez-moi ces sensations de douleur ! De mort ! »
A chaque fois qu'il dansait, le corps de Nero ne revenait jamais indemne. Mais qu'importait. Nero était né pour le contact. Peu importe de quoi il s'agissait.
Et même quand Restrictor lui ordonnait d'arrêter, Nero aimait trop la danse. Il ne comptait pas s'arrêter. Pas jusqu'à ce qu'il se soit rassasié de la musique que lui procurait la bataille, du chant de ses ennemis, de la berceuse des ténèbres...
Nero était un danseur. Il comptait le rester. Et peu importe s'il y laissait la vie.
« J'ai besoin de plus ! »
« Quel membre dois-je sectionner en premier ? »
« Que dirais-tu d'une autre danse ? Tiens, que penses-tu de celle-ci ? »
Parfois, Nero se plaisait à fermer les yeux et à revivre ce souvenir. A l'abri des regards, sans que l'enfant ne comprenne pourquoi il souriait, pourquoi il humait le chant de la bataille à Deepground.
C'était quelque chose qui ne lui appartenait qu'à lui. A lui seul.
Et quand Nero s'arrêtait, c'était parce que son corps n'arrivait plus à suivre. Ou bien parce que son frère lui avait dit d'arrêter.
Et Weiss était au-dessus de tout.
Mais cette danse... il s'agissait de son plaisir. D'un plaisir coupable.
Oh oui. Personne d'autre ne le comprendrait. Même pas ses cohortes Tsviets.
Tout cela... tout cela était à lui.
Et il lui tardait bien de goûter à nouveau au plaisir de la danse. Mais avant tout cela, il devait retrouver Weiss. Il devait retrouver son frère bien-aimé.
Et ensuite... Ensuite, il savait qu'il pourrait à nouveau danser de tout son saoul.
Il lui tardait de retrouver cette époque, cette sensation.
« On commence les tests avec le Tsviet. »
Tiens. Le voilà qui rêvait à nouveau.
Autour de lui, les soldats du Deepground criaient autour de lui dans le simulateur. Avant même que la danse ne commence, ils avaient tous commencé à tirer, sans chercher à faire équipe. Nero pouvait simplement les contempler, un air amusé derrière son masque.
Ils n'étaient pas des danseurs. Au contraire du Tsviet sombre. Nero n'attendit pas le signal et s'élança.
La mer de ténèbres avait déjà envahi le terrain, le désignant comme le seul Maître de cette danse. Les bras tendus en croix, Nero riait comme un maniaque en même temps qu'il balayait les soldats de ses vagues.
Tournant sur lui-même, il était comme en transe. Sous l'emprise d'un sort qui le dépossédait de ses moyens, dans le bon sens du terme.
Quelle joie. Ces cris, cette terreur, cette haine...
Les soldats qui hurlaient, qui agonisaient autour de lui... C'était tellement jouissif.
Malheureusement, cela ne dura qu'une minute. Une minute avant que les soldats ne rendent leur dernier soupir.
Mais c'était trop court... Nero en voulait plus ! Il voulait encore danser !
Les scientifiques étaient sur le point de mettre un terme au test. Au spectacle.
Nero s'arrêta presque, se tournant vers eux, les fusillant d'un regard glacial.
« Comment osez-vous ? Comment osez-vous m'interrompre de la sorte ? » leur adressa-t-il d'une voix lourde de menace.
Les scientifiques se figèrent, apeurés.
Nero sourit derrière son masque. Peut-être seraient-ils de bons danseurs, quand bien même il en doutait.
A la place, Nero déversa ses ténèbres qui brisèrent la vitre, absorbant les scientifiques qui tombèrent à la renverse et cherchèrent à s'enfuir en rampant.
Nero n'entendit que leurs cris de terreur alors qu'ils disparaissaient dans les ténèbres.
Bien.
L'alarme résonnait de manière assourdissante, vrillant dans ses tympans. Restrictor ne tarderait pas. Nero aurait aimé l'inviter à danser, lui aussi. Mais malheureusement, la survie de son frère dépendait de celle de Restrictor.
A cette pensée, le cœur de Nero se serra brusquement. Il s'arrêta presque de danser tandis que les sanglots le prirent.
Presque.
L'instant d'après, les pleurs laissèrent soudainement place aux rires. Il dansa de plus belle, redoublant d'intensité et de rapidité dans ses pas rythmés par les hurlements de ses victimes qui sonnaient comme une berceuse à ses oreilles.
Restrictor viendrait prochainement.
A chaque fois, il se disait que cette danse pourrait bel et bien être la dernière.
Alors, il s'en donnait à cœur joie et continuait, dansant seul au milieu de l'arène, le sang éclaboussant ses bottes, son masque...
Oui.
C'était la danse de Deepground. Celle que tout le monde apprenait. C'était au plus fort de rester debout.
« Shiro ? Que fais-tu ? »
C'était un jour comme un autre. Shiro devait avoir aux alentours de six ans. Nero revenait de ses recherches peu fructueuses.
Toujours aucune nouvelle de son frère.
Maussade et impatient, il avait rejoint le refuge de sa dimension dans l'espoir d'apaiser ses esprits.
Ce fut à cet instant qu'il surprit Shiro en train de faire... quelque chose qui le laissa perplexe.
L'enfant de six ans était dans sa chambre, comme à son habitude, devant la télévision. Il visionnait cette chose étrange qu'il appelait « dessin animé ». Une musique courte, oubliable mais plutôt entraînante émanait de la télévision.
Shiro s'était placé debout face à l'écran et tendait les bras tout en gigotant dans tous les sens, secouant les reins et les jambes, un grand sourire aux oreilles.
Cette action le laissa sans voix.
« Shiro ? » répéta Nero, ne détachant pas ses yeux de l'enfant.
Il crut qu'il avait été piqué par un insecte. Ou que son uniforme le grattait. Surpris par l'intervention de son oncle, Shiro sursauta et manqua de basculer en arrière avant de se rattraper de justesse. Les cheveux en bataille, il adressa une mine embarrassée au Tsviet sombre qui le dévisagea avec confusion.
- Ah. Coucou, Nero ! Tu es rentré depuis longtemps ?
- Que faisais-tu ? lui demanda le Tsviet sombre, les bras croisés tandis qu'il regardait la télévision en plissant ses yeux magenta, ne comprenant toujours pas ce qu'il venait de voir.
Shiro s'étira.
- ... J'essayais juste de reproduire ce qu'ils faisaient, expliqua le jeune enfant, désignant du doigt des personnages animés s'agitant sur l'écran.
Nero observa attentivement.
Les personnages tendaient les bras, se balançant sur eux-mêmes sous le rythme de la musique qui se poursuivait...
Ils paraissaient passer un moment agréable.
- Ils dansent, expliqua Shiro alors qu'il se redressait.
A nouveau, il tendit les bras et recommença à imiter les personnages avec plus ou moins de ressemblance tout en fredonnant l'air du dessin animé, manquant de se cogner contre le mur tandis qu'il tournait sur lui-même.
Nero demeura immobile, attendant simplement que cela se termine.
Mais cette musique ne paraissait pas vouloir s'arrêter.
Shiro continuait de s'agiter, manquant presque de le percuter. Cette fois-ci, cette action eut le don d'agacer le Tsviet sombre qui marcha à grands pas vers l'écran de télévision pour l'éteindre d'un geste sec.
Aussitôt que l'écran devint noir, Shiro s'arrêta instantanément.
- Mais Nero ! s'écria l'enfant, outré.
- Ce ne sont que des balivernes, répondit Nero, le ton implacable.
- Mais quoi ? C'était amusant !
- Je ne vois vraiment pas en quoi.
Shiro laissa les bras retomber le long de son corps, lui adressant une moue triste. Pendant un instant, Nero faillit céder et rallumer l'écran pour le laisser poursuivre.
A la place, il jeta un coup d'œil à ses pistolets rangés à sa ceinture.
Cela lui donna une idée pour détourner l'enfant de ces sottises.
- Laisse-moi te montrer comment on danse réellement, lui adressa Nero alors qu'il l'invitait à sortir dehors d'un signe de tête.
Après tout, si Deepground devait être réformé un jour, Shiro devrait bien l'apprendre à son tour.
Intrigué, l'enfant le suivit timidement. Une fois à l'extérieur de l'abri, Nero lui tendit l'un de ses pistolets, avant de saisir l'autre.
Shiro le prit.
A la manière d'un entraînement quotidien, Nero lui apprit les premiers pas de la danse de Deepground.
Il le voulait encore...
Il voulait encore danser ! Il en voulait plus ! Toujours plus !
« Montrez-moi encore ces sensations de douleur ! De mort ! »
Le Ninja leva son bâton...
L'instant d'après, Nero fut violemment poignardé à l'estomac. Crachant du sang à travers le masque, Nero était en extase.
Alors que le Ninja le jeta par terre, balayant le sol avec le corps du Tsviet sombre, sa partenaire sauta en l'air, son Shuriken à la main, avant de plonger en piqué sur lui dans le but de l'achever.
Nero poussa un hurlement de douleur mêlé à de la joie en même temps qu'il explosa dans une tempête de ténèbres.
Sans ses pouvoirs, nul doute qu'il serait mort...
Le duo de Ninjas se tenait au milieu de la salle, victorieux. Ou bien, le croyaient-ils...
Alors qu'ils s'apprêtaient à quitter le laboratoire de manière définitive, Nero se prépara à les attaquer par-derrière.
Mais de manière inattendue, l'homme le sentit et, sans aucune hésitation, il poussa sa partenaire contre le mur, servant de son propre corps comme bouclier.
Nero le poignarda par-derrière à multiples reprises.
Encore... il voulait encore danser avec eux...
Qu'ils restent avec lui...
Qu'ils dansent tous ensemble éternellement dans les ténèbres...
Après lui avoir montré la danse de Deepground, Nero n'avait plus jamais surpris Shiro en train de « danser » à la manière des personnages d'animés qu'il affectionnait tellement.
Quelque part, Nero pensa que c'était une bonne chose. Shiro ne prêtait plus attention à ces aspects futiles et se concentrait sur l'essentiel.
Du moins, jusqu'à ce qu'il passe le marché. Jusqu'à ce qu'il soit forcé à revenir au monde des humains, à la merci de l'ORM, anciennement appelée la SHINRA.
Un jour, alors qu'ils étaient seuls à l'appartement, Shiro et Nero regardaient ensemble la télévision. Un petit rituel avant que l'enfant n'aille se coucher. Nero restait éveillé plus longtemps et ne se couchait que bien plus tard dans la nuit, afin de ne pas avoir à endurer ces rêves qui le hantaient depuis ces six derniers mois.
Alors que Shiro zappait, ils tombèrent sur une émission musicale. Des chansons se mirent soudainement à envahir le salon tandis qu'à l'écran, un homme et une femme étaient enlacés, semblant effectuer des pas afin de se coordonner ensemble aux rythmes de la musique.
Nero se montra indifférent à cette image. Mais Shiro les observa rêveusement.
« Tu sais. Ça me fait penser à ce qu'on a fait avec Marlène à la fête foraine. On a fait ça aussi. On a dansé comme ça. »
Suite à cette information, Nero se retourna abruptement vers lui, le toisant avec incrédulité et stupeur. Shiro se gratta l'arrière de la nuque, un sourire gêné sur le visage.
- Enfin. On a dansé à notre manière. Ce n'était pas triste.
- Tu sais que je n'aime pas qu'on te touche.
- Mais Papa Nero, je... C'était juste amusant.
Nero fronça les sourcils, peu convaincu.
Non, ce n'était pas amusant. Il reporta son attention sur l'écran avant de reprendre :
- Non, ce n'est pas amusant. C'est seulement douloureux.
- Mais non, Papa Nero ! Ce n'est pas du tout douloureux, répondit Shiro, étonné du constat de son oncle.
- La danse fait toujours mal, Shiro. Je ne te crois pas.
- Mais je te dis que cela ne fait pas mal !
La danse de Deepground ne laissait jamais personne indemne. Nero le savait assez pour en avoir fait les frais.
- Tu ne vas quand même pas m'empêcher de danser avec Marlène ou quelqu'un d'autre, maintenant ? s'exclama Shiro alors qu'il désignait le couple à l'écran. Est-ce que tu crois qu'ils ont mal, eux ?
- Comment le savoir ? Je t'ai montré ce qu'était la danse et tu m'as dit que tu avais eu mal.
- Mais tu ne m'écoutes pas, Papa Nero ! Cela n'a rien à voir avec « la danse de Deepground » !
Nero resta muet. Les bras croisés sur sa poitrine, il demeura immobile. Shiro leva les yeux au ciel et finit par se lever avant de saisir la télécommande.
- Tu sais quoi ? Je vais te montrer.
- Ce n'est ni l'heure, ni le moment.
- Si ! Au contraire !
Shiro appuya sur tous les boutons de la télécommande jusqu'à atteindre une chaîne musicale. Alors qu'un air provenant d'un clip quelconque démarrait, Shiro se pencha vers son oncle et lui tendit la main, un sourire impatient sur son visage.
- Shiro...
- Allez, viens ! Je vais te montrer la vraie danse ! Tu verras que tu vas aimer !
- Je ne suis pas...
- Allez, Papa Nero !
Sans lui laisser le temps de riposter, Shiro le saisit par le poignet, forçant son oncle à se lever et à le rejoindre au centre de la pièce. La calme harmonie en bruit de fond résonna dans le dos de Nero qui regarda autour de lui, ne comprenant pas ce que Shiro cherchait à faire.
De manière inattendue, l'enfant se colla à lui tandis qu'il lui prenait les deux mains. Le Tsviet sombre réprima un sursaut de surprise et faillit reculer, mais Shiro gardait une prise ferme pour l'empêcher de partir.
- Ça ira, Papa Nero ! Regarde ! Cela ne fait pas mal ! Il suffit seulement de bouger au rythme.
Complètement perdu, Nero ouvrit la bouche mais aucun son n'en émana. Sans cesser de sourire, l'enfant tira les bras de son oncle, l'un après l'autre, en même temps qu'il remuait le bassin et qu'il déplaçait ses pieds dans le sens d'une aiguille d'une montre. Son oncle fut forcé de le suivre au pas. Quand bien même il ne lâchait pas les mains de son neveu, ce n'était pas pour autant qu'il l'imita, restant raide comme un piquet tandis que l'enfant se déhanchait, l'invitant à faire comme lui.
- Tu vois, Papa Nero ! C'est super facile et ce n'est pas douloureux ! C'est comme ça qu'on fait avec Marlène et—AIE !
Nero cligna des yeux. Il baissa la tête.
Le « Aïe » provenait du fait que l'enfant avait marché sur son pied. Shiro le fixa piteusement avant de reprendre sa « danse » pour camoufler sa gêne.
- Aïe ! Aïe ! Désolé ! Désolé !
Quatre fois.
Il lui marcha dessus quatre fois. Cela restait douloureux, malgré tout. Néanmoins, pour ne pas faire de peine à l'enfant, Nero préféra agir comme si c'était un nouveau jeu dont l'enfant était friand et attendit simplement que la chanson se termine.
Car c'était seulement ça. Un jeu.
Un jeu dont il finirait par se lasser.
Une fois que l'air se termina, Shiro lui lâcha les deux mains pour reprendre son souffle. Pourtant, la musique n'avait pas été particulièrement rapide ou entraînante. Elle avait été même plutôt lente, mais cela avait déjà bien fatigué l'enfant.
- Alors, tu vois ? demanda l'enfant entre deux quintes. Ce n'est pas douloureux ! C'est agréable.
- ... Si tu le dis, répondit Nero en croisant ses bras sur sa poitrine, l'air absent.
Pas aussi agréable que « la danse de Deepground ».
Non. Pas aussi excitante. Cela ne le faisait pas se sentir vivant. C'était même... plutôt plat.
- On re-danse ?
- Non. Va te coucher.
Shiro laissa les bras tomber le long de son corps, ne cherchant pas à cacher sa déception devant l'intransigeance de Nero.
Pourtant, malgré sa déception, Nero sentit que l'enfant n'avait pas perdu espoir. Alors qu'il se dirigeait vers sa chambre, il lui lança avant de fermer la porte derrière lui :
- Je sais ce que je demanderais demain à Marlène ! Je lui demanderais de passer ses leçons de danse en vidéo ! Et Denzel m'a prêté des disques !
- Shiro...
- C'est une promesse ! Crois-moi, je te ferais aimer la danse !
- J'aime déjà la danse...
- Je veux dire : hormis « la danse de Deepground », précisa l'enfant. Je sais que je peux y arriver !
Sans laisser le temps à son oncle de répliquer, Shiro ferma la porte de sa chambre, coupant court à la discussion. Nero secoua la tête en levant les yeux au ciel.
Vraiment, cet enfant avait un tel enthousiasme...
Cela le changeait, pensa Nero en éteignant la télévision avant de se diriger à son tour vers sa propre chambre.
Lui aussi se sentait fatigué.
Danser...
Il devait danser ! Il fallait qu'il danse. Il s'agissait de son seul moyen de survivre... Les ténèbres, la danse...
Ils venaient tout juste de renverser le premier Restrictor ! Le secteur Est de Deepground était à eux. C'était un jour de fête !
Quelle plus belle occasion pour danser ?
Quelle meilleure façon de penser à autre chose ?
Nero tournait, les ténèbres apparaissant dans chaque coin de la pièce. Dans son élan, Nero plongea dedans avant de ressortir de l'autre côté.
Il se moquait bien d'être touché. Après tout, il avait fait un avec les ténèbres depuis sa naissance.
On ne pouvait pas en dire des autres. Derrière lui, les cadavres des derniers soutiens à Restrictor gisaient dans une mare de sang. Les survivants respiraient encore, mais plus pour très longtemps.
« Quel enthousiasme », entendit-il derrière lui.
Cette voix...
Nero s'arrêta net. Son frère se tenait dans un coin de la pièce, appuyé contre le mur, les bras croisés sur la poitrine, un sourire amusé sur le visage.
« Weiss ? » demanda Nero en plaçant les mains derrière son dos.
Son frère le connaissait. Il savait ce que la danse signifiait pour lui, mais Nero eut l'impression d'être pris en faute.
Weiss ne lui en tint pas rigueur, se contentant de marcher à grands pas jusqu'à lui. Excité, Nero le laissa venir.
« Tu ne m'attends même pas pour t'amuser ? »
Nero se contenta de recharger ses pistolets alors que Weiss dégainait « Paradis » et « Terre », prêt à en découdre à son tour.
- Ne t'inquiète pas, mon frère. Je t'en ai gardé.
- J'espère.
Weiss lui adressa un clin d'œil complice qui fit tambouriner le cœur de Nero. Les deux frères se placèrent en position, l'un derrière l'autre, leurs dos s'effleurant.
- Dansons ensemble, mon frère adoré.
Ils n'attendirent pas de signal.
Les deux s'élancèrent dans des directions opposées, fauchant ensemble ce qui se tenait sur leur passage tout en riant aux éclats.
C'était cela, la danse de Deepground. Et Nero n'aurait pas trouvé meilleur partenaire que Weiss.
Rien n'était meilleur que Weiss. Rien.
Shiro avait tenu sa promesse.
Le lendemain, il avait ramené des disques et les leçons de danse que ses amis lui avaient prêté.
A plusieurs reprises, Nero avait refusé de poursuivre ce petit jeu. Après tout, pour lui, ce n'était pas la Danse. Ce n'était même pas de la vraie danse.
Il n'y ressentait aucune sensation forte. Shiro avait insisté tant bien que mal. Il avait persévéré. Mais Nero avait toujours dit « non ».
Alors, l'enfant avait abandonné. Il avait rangé les disques, les leçons de danse dans sa chambre et n'y avait plus touché par la suite.
Pendant un temps, cela soulagea Nero. Il n'eut plus à entendre le mot « danse » utilisé à tort et à travers.
Il apprécia cette pause, ce calme...
Du moins, jusqu'à ce que Nero ne commence à se sentir seul. Même si, au début, cela avait été difficile, il avait cru pouvoir s'habituer à cette solitude. Enfermé dans son appartement toute la journée alors que Shiro était en cours. Surtout que Shiro commençait à passer davantage de temps avec ses amis. Avec Denzel et Marlène.
Même si Nero avait resserré l'étau et le forçait à rentrer tout de suite après l'école, même si Shiro et Nero passaient leur temps libre au simulateur de combat de l'ORM, Nero le sentait... ailleurs, distant.
Changé.
Nero ne voulut pas l'admettre. Il prétendit que tout allait bien, que rien ne changerait jamais... Shiro restait le même. Rien ne les séparerait.
Mais cela serait se mentir à soi-même. Les choses avaient bien changé au cours de ces six derniers mois.
Puis, vint le jour où Shiro retrouva la trace de sa mère. Le jour où ils se donnèrent rendez-vous. Le jour où Ophelia ne vint jamais.
Elle croyait seulement qu'elle s'était perdue.
Le petit avait été inconsolable. Nero avait essayé de le réconforter par des mots, par des gestes tendres. Il avait souhaité lui faire penser à autre chose en l'emmenant au simulateur de combat, en lui proposant une promenade à dos de Chocobo dans le parc...
Mais Shiro ne retrouvait pas le sourire. Alors, un soir où l'enfant était morose, Nero avait fouillé sa chambre et était tombé sur les disques.
Au début, cela ne l'avait pas enchanté. Il n'avait pas souhaité se livrer à cette mascarade. Mais en revenant au salon, il constata que Shiro n'avait toujours pas bougé du canapé.
Pourquoi pas ?
Pourquoi pas si cela pouvait le rendre heureux ?
Sans un mot, Nero s'était agenouillé auprès du lecteur et avait glissé un disque à l'intérieur.
L'harmonie démarra lentement.
Au début, Shiro était resté immobile.
Nero n'agissait pas. Il se contentait d'observer sa réaction.
Puis, la musique accéléra et devint davantage entraînante, même au goût du Tsviet sombre.
Nero crut voir le début d'un sourire au coin des lèvres de Shiro et, même s'il restait allongé, il vit ses mains bouger, se coordonnant au son.
Le Tsviet sombre comprit qu'il avait réussi son coup.
Shiro s'amusait.
Il avait été sur le point de laisser Shiro jouer tout seul, mais l'enfant l'avait interpellé d'une petite voix :
« Danse avec moi. »
Cette fois-ci, Nero ne refusa pas. Il se retourna vers l'enfant et le rejoignit.
Shiro lui tendit une main. Le Tsviet sombre n'avait plus qu'à la saisir pour l'attirer doucement vers lui.
De manière similaire à la première fois, Shiro « dansa » en tirant sur les bras de son oncle, riant aux éclats avant de s'excuser quand il lui marchait sur les pieds...
Nero ne répondit rien.
Il ne sut à quel moment il se prêta au jeu.
Si ce n'était à un passage précis de la mélodie qui jouait, une musique sur laquelle ils partageaient un moment précieux, une musique que Shiro aimait.
Nero se mit à danser à son tour.
D'abord, il ne lâcha jamais Shiro. Il se contenta de coordonner ses pas avec ceux de l'enfant, comme ils avaient vu le couple de la télévision le faire.
Puis, au final, Shiro et lui se séparèrent et dansèrent chacun de leur côté, l'enfant se déchaînant au point de sauter presque sur le canapé, tandis que Nero essayait réellement de faire un avec la musique, la laissant porter son corps de manière synchronisée.
Ironiquement, même si Shiro aimait la danse, c'était Nero qui y consacrait le plus d'effort.
La danse de Deepground, la grâce de la danse en général...
Et au contraire de la première fois, Nero apprécia.
Quand le son se termina, Nero et Shiro se laissèrent tomber sur le canapé pour reprendre leur souffle.
« Shiro ? »
L'enfant lui adressa un sourire interrogateur.
« ... Tu as encore beaucoup de choses à apprendre concernant la danse. »
Peut-être que les leçons de Marlène leur seraient utiles, au bout du compte.
Mais Nero ne danserait que si Shiro l'accompagnait. C'était sa seule condition.
Danser...
Encore danser... sans s'arrêter...
Ils avaient réussi. Deepground était tombé... Deepground était à eux...
Après des années d'esclavage, de souffrance, de torture... Ils étaient enfin libres. Ils étaient enfin les maîtres de Deepground.
La SHINRA, l'humanité, les responsables de ce calvaire paieraient avec le sang...
Mais l'heure était à la danse.
Il devait danser... sans s'arrêter...
Nero cessa de lui-même. Seul dans l'arène, il se laissa tomber à genoux, un vide creusant profondément son cœur.
Il n'aimait plus.
Ce n'était plus amusant. Pourtant, il adorait la danse.
Il pensa à son frère. Il pensa au virus. Il pensa aux derniers mots qu'ils avaient échangé.
Sans Weiss...
Sans Weiss, la danse de Deepground ne signifiait plus rien.
Quel était l'intérêt de poursuivre ? De continuer ?
Nero s'épousseta avant de se remettre debout.
Sans un mot, sans même jeter un regard derrière lui pour contempler le terrain de chasse qu'il avait savouré durant toutes ces années, il s'effaça dans les ténèbres, quittant l'arène de manière définitive.
« Je vous dis que c'est comme ça qu'on danse, au Wutaï ! »
« Et moi, je te dis que je ne crois pas. »
« Raah ! Mais quelle ignorance ! Vous connaissez la danse où les filles dévêtues remuent le cul en gros plan sous les caméras mais vous ne connaissez pas les danses traditionnelles Wutaïennes ! »
A bord du « Haut-Vent » qui s'envolait pour la Grotte de Feu Da-Chao située au Wutaï, les passagers profitèrent d'une accalmie pour savourer un instant de répit. Dans la salle principale, Nero s'était appuyé contre un mur et écoutait Cid, Shiro et Yuffie rirent aux éclats autour de boissons, sans pour autant se joindre à la conversation.
- Moi, je répète que tu as inventé cette foutue danse ! cria Cid, désignant Yuffie d'un doigt accusateur.
- Tu veux rire ? ça se danse comme ça ! insista Yuffie tandis qu'elle levait les bras au-dessus de sa tête, prête à initier la danse en question.
- Pff. Sonon, Ophelia. Elle existe bel et bien, cette supposée danse Wutaïenne ? soupira Cid en s'adressant aux concernés.
- Hé ! Merci la confiance ! s'exclama Yuffie, outrée. Je vous présente un art et vous ne me croyez pas !
Sonon et Ophelia s'échangèrent un regard amusé. Le premier se racla la gorge, évitant le regard noir de sa partenaire.
- On a des danses qui y ressemblent. Même si Yuffie est la seule à connaître celle-là.
- Ah ! Tu vois que... Hé ! Traître ! l'accusa Yuffie.
Cid pouffa avant de reprendre un verre d'alcool.
Danse...
Nero prit une expression pensive. Quand avait-il entendu ce mot pour la dernière fois ? Longtemps. Bien trop longtemps.
- Hé ! Moi, au moins, je sais danser ! s'exclama Yuffie, fière d'elle.
- Tout le monde sait danser ! lui rétorqua Cid.
- Moi, je peux danser ! intervint Shiro, s'incrustant dans la conversation.
Joignant le geste à la parole, il se leva et commença maladroitement sa « danse », quand bien même aucun air ne jouait à l'heure actuelle.
- Là ! Je danse bien, regardez ! insista l'adolescent aux cheveux blancs tandis qu'il se déhanchait avec enthousiasme.
Nero l'observa du coin de l'œil.
Oui... il y avait bien plus d'expérience et d'élégance que quand il avait huit ans... S'ils avaient du goût, les autres penseraient certainement la même chose.
Lorsqu'il s'arrêta enfin, faisant une courbette pour un salut maladroit, un sourire de victoire lui séparant le visage, un lourd silence de gêne tomba sur le groupe telle une massue. On aurait pu entendre une mouche voler. Ophelia toussota tandis que Yuffie et Cid grimaçaient. Seul Sonon lui adressa un sourire poli sans commenter quoi que ce soit.
- Alors ?
- ... Tu veux que je sois sincère ? demanda Cid. Un Chocobo sous acide danserait mieux.
Le sourire de Shiro disparut en un éclair. Nero se redressa d'un bond.
- Hé! cria Cid en le voyant approcher. Je n'ai pas dit que c'était mauvais !
- Il danse très bien, lui adressa sèchement Nero. C'est vous qui n'avez aucun goût.
- Hé ! Je dis juste la vérité ! rétorqua Cid en retour. J'ai de bons goûts, moi !
- Il se débrouille, intervint doucement Ophelia alors que Shiro leur tournait le dos pour bouder dans un coin, vexé.
Il faisait plus que se débrouiller, voulut rétorquer Nero. Mais on allait encore l'accuser d'être aveugle.
- De toute façon, on ne peut pas juger sans musique, s'exclama Yuffie alors qu'elle cherchait du regard la sonorisation. Tiens ! Je vais vous montrer la vraie danse de l'eau des plus anciens maîtres Wutaïens !
Nero se contenta de faire demi-tour. Pas question qu'il s'inflige un tel spectacle.
- Papa danse bien, commenta Shiro de manière inattendue.
Le Tsviet sombre se figea, déconcerté par l'initiative de l'adolescent. Instantanément, Ophelia se retourna vers lui, un sourire laissant transparaître son intérêt :
- Ah oui ? Si c'est Shiro qui le dit... On aurait droit à une démonstration ?
Malgré lui, Nero échangea un regard avec Sonon qui écoutait attentivement. Le Tsviet sombre tourna la tête, un peu embarrassé, avant de reprendre son chemin :
- Non.
Il s'agissait d'un refus clair, net et précis.
En pensant à la danse, il ne put s'empêcher de penser à Weiss.
Ses pas se mirent à ralentir. Lorsqu'il s'arrêta complètement, il se retrouva au milieu du couloir, à l'abri des regards.
Oui. Qu'il s'agisse de la « danse de Deepground » ou la danse telle qu'il l'avait dansée avec Shiro, cela ne signifiait plus grand-chose pour le Tsviet sombre. Au cours de ces cinq dernières années, il n'avait plus eu ni le temps, ni même l'envie de danser comme autrefois.
Intérieurement, il se demandait même s'il en possédait encore la capacité. S'il n'avait pas oublié la manière dont on dansait. Il s'agissait d'un talent. Il fallait l'entretenir, après tout. Shiro avait-il continué à danser après être retourné dans le monde des humains ?
Avait-il continué à danser sans lui ?
Comme si elle répondait à son appel, Nero entendit, derrière lui, une calme mélodie composée au violon résonner au loin.
Le Tsviet sombre n'avança pas. Il ne recula pas. Non. Il demeura immobile tandis qu'un flot d'émotions le prit au cœur.
Pendant un instant, il eut simplement envie de quitter le couloir. De regagner sa chambre. De tout oublier. D'oublier « la danse de Deepground ».
Au final, Nero ferma les yeux, laissant la musique l'atteindre, envahir son être.
C'était comme si un vieil instinct le reprenait. Nero ne chercha pas à hésiter. Il ne chercha pas à lutter.
Il était seul.
Le son était beau. Il l'admettait. C'était doux, lent...
Presque sensuel.
Sans avertissement, le corps de Nero bougea, s'adaptant progressivement à la mélodie. Etendant les bras devant lui, il commença à effectuer des pas.
Le bassin du Tsviet sombre bougea. Au milieu du couloir, Nero tourna autour de lui-même, s'abaissa, se redressa. Gardant ses paupières closes, ses propres mains enlacèrent son corps, redescendant lentement le long de sa taille et de ses hanches sous la forme de profondes caresses. Des caresses qui s'accentuèrent, s'approfondirent au contact des ténèbres. Il sentit ses jambes se déplacer dans le sens inverse d'une aiguille d'une montre en même temps que sa tête se penchait sur le côté.
Il n'avait rien d'autre que la musique en tête.
C'était comme si la musique avait pris possession de son corps. Avec grâce, Nero se laissa entraîner, les ténèbres caressant son visage, s'enroulant autour de lui.
Il imagina qu'il n'était pas seul.
Il imagina qu'il était avec quelqu'un. Un partenaire. Peut-être était-ce le cas. Les Ténèbres étaient son partenaire. Son éternel partenaire avec qui il ne faisait qu'un.
Se sentait-il vivant ?
Appréciait-il ?
Nero ne saurait le dire. Mais aussi longtemps que la musique dura, les émotions montèrent en lui. Mais rien qui ne le dissuada d'arrêter. D'arrêter la danse.
Lorsque la mélodie cessa, Nero rouvrit les yeux.
Lentement, il observa autour de lui. Il eut comme l'impression de se réveiller d'un profond sommeil.
C'était comme s'il avait rêvé de cette danse.
Comme si rien de tout cela n'avait été réel...
Le sortilège avait cessé.
Il entendit un raclement de gorge derrière lui. Immédiatement, Nero se retourna.
Sonon et Yuffie se tenaient à l'autre bout du couloir, un regard indéchiffrable sur leurs visages. Aucun des deux Ninjas ne bougea. On aurait presque dit des statues.
A leurs airs, nul doute qu'ils ne venaient pas d'arriver. Leur attention était complètement focalisée sur lui. Pendant un instant, Nero faillit les envoyer paître mais à la place, il se contenta de leur adresser un signe de tête nonchalant.
- Vous avez apprécié le spectacle ?
Après tout, ce n'était pas si différent du spectacle qu'il donnait aux scientifiques ou à Restrictor à Deepground. Néanmoins, leur expression l'amusa presque. Ils paraissaient complètement abasourdis par ce à quoi ils venaient tout juste d'assister. Nero se demanda vaguement s'ils l'avaient jugé monstrueux comme à leur habitude, mais il remarqua une vive rougeur sur les joues de Yuffie qui laissait sous-entendre le contraire.
Et quand il nota que Sonon partageait la même expression, la même rougeur gênée sur les joues, Nero sentit un élan de fierté envahir son être. Un air mesquin sur son visage, il leur adressa une simple révérence avant de tourner les talons pour se rendre à sa cabine.
Oui.
Cela avait fait tellement longtemps. Et même s'il avait dansé Shiro, il ne pouvait nier que ce sentiment lui avait manqué.
« On me dit tous de passer à autre chose. Mais je n'y arrive pas. Je n'y arrive tout simplement pas. Tu m'as dit au revoir... Plusieurs fois, mais je ne t'ai jamais dit au revoir car un « au revoir » signifie qu'on se reverra prochainement alors qu'un adieu... »
Il ne s'attendait pas à ce que la danse l'appelle encore.
Encore moins cette nuit-là...
La nuit qui fut certainement la plus belle nuit de sa vie... Peu importe si elle avait été réelle ou si Nero l'avait imaginée.
Le feu d'artifice touchait à sa fin. L'heure était venue de descendre de la Nacelle.
L'heure était venue de quitter le Gold Saucer. La main de son bien-aimé dans la sienne, ils empruntèrent le chemin inverse pour rentrer au Ghost Square.
Nero voulait faire en sorte que ce « rencard » soit, du début à la fin, inoubliable. Après tout, la magie pouvait disparaître à tout moment.
Il pouvait se réveiller d'un instant à l'autre. A nouveau, Nero étreignit son bien-aimé. Alors qu'ils passaient les portes du parc d'attraction, ils entendirent la mélodie jouer.
Nero s'arrêta, hésitant. A côté de lui, Weiss l'observait avec curiosité.
Devait-il ? L'oserait-il ?
Auraient-ils le temps pour ça ? Nero se mordit la lèvre, rendant le sourire de son frère bien-aimé.
Il fallait tout essayer, non ?
« ... Weiss. As-tu le temps de rester avec moi un peu plus longtemps ? »
Peut-être avait-il choisi d'oublier la danse pour cette raison.
Parce que la personne qu'il désirait le plus au monde ne pourrait jamais devenir son partenaire. Parce que cette personne n'existait plus.
Lentement, Nero lui prit doucement les mains, leurs doigts s'entrelaçant.
C'était si bon... si familier...
« ... Laisse-moi te présenter une nouvelle danse, mon frère ».
Nero franchit les derniers centimètres qui les séparaient l'un de l'autre, se collant doucement à lui.
Il sentit son frère se détendre contre lui. Fermant les yeux, le Tsviet sombre plongea son visage dans le cou de Weiss, enveloppant ses bras autour de sa taille pour l'étreindre fortement.
Comme autrefois...
Unissons-nous.
« ... Laisse-moi te guider », lui souffla-t-il.
Sans ajouter quoi que ce soit d'autre, le corps de Nero bougea. Laissant la musique le posséder complètement, il ne lâcha jamais Weiss pour autant. Jamais.
Tandis que le pouvoir de la symphonie le submergeait, au fur et à mesure que ses mains montaient et redescendaient, les caresses de Nero dans le dos de Weiss devinrent plus douces, plus sensuelles. Silencieusement, il lui demandait de lui laisser le contrôle.
Weiss ne le regardait pas.
Mais il n'eut pas besoin de le faire. Son frère enveloppa délicatement ses bras autour de la taille de Nero, lui rendant son étreinte.
Lui accordant pleine confiance, Weiss se mit à danser à son tour, ses jambes se mêlant aux siennes.
Un sourire apparut sur les lèvres de Nero. Ils étaient synchronisés, telles deux moitiés d'un même tout.
Rien ne les séparerait.
A cette pensée, Nero se laissa complètement aller.
Ce fut la dernière fois qu'il dansa.
