Les joies d'élever un enfant

OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place avant les évènements de Suis-moi. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.

Quand Nero avait rencontré Shiro, il n'avait pas pensé à deux fois avant de l'emmener avec lui et de le prendre sous son aile.

Au-delà d'être unis par les liens du sang, d'être le fils de Weiss en plus d'être son portrait craché, Nero avait cru pouvoir préserver un vestige de son grand frère en attendant qu'ils soient réunis, qu'ils se retrouvent...

Seulement, il ne connaissait rien sur la manière d'élever un enfant de cinq ans. Mais pour être franc, Nero avait cru que ce serait facile. Pour lui, il avait conçu l'idée que Shiro, faisant partie de Weiss, était un petit ange tombé du ciel. Son père étant la représentation de la perfection incarnée, il en serait forcément de même pour Shiro. Un enfant sage, calme et irréprochable, qui ne demanderait pas plus d'attention qu'un animal de compagnie.

Oh oui. Il avait pensé que c'était facile.

Au début.

Mais dès que l'étape du premier contact fut franchie, une fois que Shiro fut plus ou moins apprivoisé après que le Tsviet sombre lui ait promis qu'il ne lui ferait aucun mal, qu'il lui ramènerait son père, une fois qu'il fut convaincu des intentions de celui qui était désormais son oncle, Nero réalisa rapidement qu'il ne s'agissait que du début.

Que la partie compliquée ne faisait que commencer.

Il aurait dû se douter que s'occuper d'un enfant dont il ne connaissait absolument rien n'était pas la même chose que de s'occuper de ces chiens hideux et inutiles de Deepground qui étaient simplement bons à hurler à la (fausse) pleine lune pour obtenir leur pitance.

Si ses cohortes Tsviets le voyaient actuellement, nul doute qu'ils riraient bien de celui qu'ils considéraient comme le commandant en second. Et Nero n'aurait jamais cru un jour devoir faire ça : afin de se préparer, Nero récupéra des livres sur la manière de s'occuper des aspects rudimentaires de son nouveau protégé. Le laver, le faire manger etc. Il fallait bien commencer par quelque part, après tout. Ce n'était pas comme si lui et Weiss avaient été élevés par leurs parents. Leurs pères (respectifs ou en commun), étaient inconnus au bataillon (merci la référence) et leur mère était morte à la naissance de Nero, par sa faute. Les seuls parents qu'ils avaient eu étaient :

- Les scientifiques avides de puissance (oui. Le fait que Nero considère Hojo comme une référence était déprimant en soi.)

- Scarlet qui était en charge du programme Deepground aux ordres du Président Shinra et qui passait son temps à hurler et à marcher sur ses soldats avec ses talons aiguilles aiguisés,

- Et, de manière tordue et selon certains points de vue, Restrictor qui se considérait comme le Maître absolu de Deepground et qui s'occupait de ses Tsviets de la même manière qu'on traiterait des déchets.

Peu importe. Nero utiliserait les moyens du bord. A savoir : des livres et des recherches sur Internet. Il fallait que Shiro soit prêt et en bonne santé pour accueillir Weiss quand il reviendrait. C'était tout ce qui comptait.

Oui. Il avait vraiment cru que ce serait simple.

Mais malheureusement pour Nero, ce fut BIEN PLUS compliqué que prévu et l'image du « petit ange tombé du ciel », reflet de la perfection incarnée de Weiss, se fissura bien assez vite.

Oui. Il l'apprit à ses dépens : le petit ange se transforma en démon.

1. Quand il faut lui faire ranger sa chambre

A chaque fois que Nero apparaissait dans la chambre de Shiro, il était envahi d'un profond sentiment de dépression qui le perturba jusqu'au plus profond de son être.

Quand il s'absentait pour chercher Weiss, il devait toujours trouver un moyen de distraire Shiro. Alors, il lui ramenait des jouets. Des livres. Des crayons. N'importe quoi provenant du monde extérieur que Sir Shiro réclamait.

Au début, ce ne fut pas évident et le Tsviet sombre s'en moquait tant que Shiro se tenait tranquille. Mais Nero réalisa, en voyant l'état de ce qu'il avait appelé « chambre » autrefois, qu'il en avait ramené un peu beaucoup.

Beaucoup trop.

Et quand il marcha sur l'une de ces figurines humanoïdes en bois (que Shiro avait baptisé du nom de TOM), ce fut la goutte d'eau.

« Shiro. Range-moi tout ça. »

Il avait mal, mais ce n'était pas un contact plaisant. Ce n'était pas une douleur exquise, sensuelle, excitante comme au combat. Non. C'était juste le contact désagréable de son pied avec un Tom qui ne ressemblait à rien. Cela devenait n'importe quoi. Partout où il posait son regard, des jouets l'accueillaient. Allongé sur son lit, en train de lire, Shiro prétendit n'avoir rien entendu.

- Shiro, range-moi ça.

Son ton était calme mais ferme. Shiro haussa simplement les épaules sans le regarder.

Nero repensa aux études qu'il avait épluchées.

« Comment apprendre à son enfant à ranger sa chambre ? »

Non pas qu'il considérait Shiro comme « son enfant. » L'autorité naturelle.

- Je suis sérieux, Shiro. Je te donne dix minutes pour ranger ce bazar.

- Oui, oui, je vais le faire, bredouilla Shiro.

- Très bien.

Nero le laissa seul. Dix minutes plus tard, il revint et la chambre était toujours un foutoir.

- Shiro.

- Quoi ?

- Tu m'as entendu ?

- Ah. Oui. Désolé, je lisais.

- Je te donne cinq minutes.

Il le laissa.

Mais quand il revint, même tableau. Shiro avait seulement changé de position pour lire.

Nero ravala sa frustration. Très bien. Il se moquait de lui.

- ... Si on m'avait proposé une chambre à Deepground et qu'elle avait été dans un tel état, je n'y aurai même pas posé un pied. Je serais resté dormir avec les chiens.

- C'est dommage, dit Shiro, insolent.

- Shiro, tu vas me ranger cette chambre, lui ordonna Nero, son ton devenant plus glacial.

- Mais ça va ! répondit Shiro, agacé. Elle est bien rangée, ma chambre !

Nero fit un pas et rencontra Tom une nouvelle fois.

Même lui avait été plus propre quand il laissait des cadavres derrière lui.

- On n'a pas la même définition du mot « rangée ».

- Je suis fatigué, geignit Shiro.

- Je t'ai demandé une chose, Shiro. Une chose.

Silence.

Bon. Nero croisa les bras, pensif. Comment aurait-il réglé le problème à Deepground ? Ou plutôt, comment les autres auraient réglé le problème ?

Il pensa à Rosso qui aurait repeint les murs de la chambre en sang. Azul aurait tout écrasé sur son passage. Shelke serait restée plantée comme un piquet au milieu de la pièce tel un robot sans réagir.

Et Scarlet aurait jeté Shiro au sol avant de l'écraser avec ses talons et lui arracher les cheveux avec ses longs ongles manucurés.

Aucune des solutions ne tenta Nero. Il aurait simplement absorbé le soldat incompétent. Mais il n'y avait pas de soldat présent ici.

A moins que...

Il trouva la solution rapidement. Nero posa ses yeux sur Tom.

Après tout, c'était le responsable.

Il esquissa un sourire derrière son masque. Il avait trouvé sa victime.

Ni une ni deux, Tom reposa en paix.

- Nero ! s'offusqua Shiro quand il remarqua Nero absorber le malheureux Tom.

- Si tu veux le revoir, lui rétorqua Nero, le ton posé, tu me ranges cet endroit sordide que tu appelles « chambre ».

Oh, il n'osait pas imaginer la réaction de Weiss s'il avait posé les pieds dans un tel lieu. Quelle honte.

Cela fit mouche. Quand Nero revint cinq minutes plus tard, plus aucun jouet ne trainait. La chambre était rangée. Elle parut même un peu trop vide.

- Bien, approuva Nero tandis que Shiro lui adressa un air boudeur. Tu vois quand tu veux.

Il s'assit sur le lit pour quelques secondes.

Seulement quelques secondes.

Une vague de jouets sortit de sous le lit, éclaboussant tout sur son passage. Nero préféra soupirer et se releva, avant de disparaître :

- Je vais prétendre que je n'ai rien vu.

Mais il ne rendit pas Tom pour autant.

2. Quand il faut le faire manger

Le moment que Nero détestait le plus.

Au début, cela avait été facile. Mais plus les jours passaient, plus Shiro montrait de la résistance.

Nero posa la tambouille de Mako sur la table, devant l'enfant qui la contempla avec une grimace.

« Je ne veux pas manger ça. Moi, je veux de la tarte. »

Pourquoi lui avait-il fait goûter de la tarte à ce gamin ? Ah oui. Pour l'apprivoiser. Cela lui avait plu et il en redemandait encore.

- Shiro. Tu n'as pas le choix. Tu dois avoir ta dose de Mako tous les jours pour que ton corps survive.

- Mais je mange toujours ça ! geignit Shiro. Je veux autre chose !

Il repoussa l'assiette. Nero resta raide, les bras croisés sur sa poitrine, fixant Shiro d'un air blasé.

- C'est soit tu prends du Mako de cette façon, soit c'est l'autre façon.

Il faisait référence aux injections. Nero avait appris à les faire, mais il préférait ne pas en arriver là.

Shiro resta silencieux. Croyant que l'enfant s'était ressaisi et allait être sage, Nero lui tourna le dos.

Mal lui en prit.

Il entendit un bruit, comme si quelque chose était tombé de la table. Tout de suite, Nero se retourna d'un bloc et vit les morceaux de l'assiette éparpillés au sol, le Mako ayant éclaboussé ses bottes.

- Ce n'est pas moi, prétendit Shiro en joignant les mains.

Nero le fusilla du regard sans rien dire. L'instant d'après, il resservit une nouvelle assiette et cette fois-ci, garda l'enfant en ligne de mire.

- Je veux de la tarte, le supplia presque Shiro. Ou quelque chose que tu auras préparé mais je ne supporte plus la couleur du Mako !

- Dommage pour toi. Car tu vas y avoir droit, lui adressa sèchement son oncle. Et tu ne sortiras pas de table tant que tu n'auras pas fini cette assiette.

C'était sa survie qui était en jeu. Il était hors de question qu'il chouine alors qu'à Deepground, ils se battaient à mort pour obtenir une dose de Mako. Qu'est-ce que c'était que ce gamin pourri gâté ? De toute manière, il allait devoir d'y habituer.

En guise de réponse, Shiro balaya l'assiette d'un revers de main qui éclata au sol.

Nero sortit de ses gonds.

- Oups, se moqua Shiro.

C'est le fils de Weiss, Nero... Pense à Weiss...

Cela calma lentement Nero qui ne se démonta pas et resservit à Shiro une nouvelle assiette. Shiro resta silencieux et immobile.

Bien. Allait-il se montrer raisonnable ?

Sans changer d'expression, l'enfant posa sa main sur l'assiette et la glissa lentement vers le bord de la table.

Nero suivit l'assiette du regard.

- Tu n'as pas intérêt, l'avertit-il.

Shiro lui adressa une fausse moue triste.

Puis, l'assiette rejoignit ses camarades au sol et se brisa en plusieurs morceaux.

Nero eut envie de le tuer.

- Je suis si maladroit, fit simplement l'enfant.

Si cela avait été un autre que lui, ou plutôt si ce mioche n'avait pas été lié à Weiss, Nero l'aurait déjà démembré.

Piqué au vif, le Tsviet sombre se jeta sur l'enfant qui se débattit comme un diable. Nero le pressa au sol et le força à ouvrir la bouche tandis que Shiro gigotait dans tous les sens en hurlant comme si on était en train de l'égorger.

Le lendemain, Nero posa un bol de soupe devant l'enfant. Pas du Mako, cette fois. Shiro se pencha pour regarder, curieux.

- Tu m'as dit : pas de Mako, fit Nero, détaché. Alors, je t'ai préparé ça.

- C'est quoi, ce truc ? C'est violet.

- Je ne sais pas. Mange.

Shiro renifla le contenu avant de faire une grimace. Nero serra les poings mais demeura calme.

Finalement, l'enfant prit une cuillerée pour goûter.

L'instant d'après, il pâlit.

- J'en ai marre de tes caprices. Mange, lui ordonna Nero, le ton sans appel.

Mais plus l'enfant mangeait, plus il devenait verdâtre. Finalement, Nero lui reprit le bol des mains avant qu'il ne termine sa soupe complètement et la jeta dans les ténèbres.

Mauvaise idée.

Alors, à la place, il alla lui chercher autre chose. Quelque chose qu'il connaissait. Quelque chose que Weiss subtilisait aux scientifiques autrefois, pour le donner à Nero.

« Mange ».

Nero revint et tendit la pomme à Shiro. Cette fois-ci, Shiro la récupéra et la croqua à pleines dents.

Cela parut lui faire plaisir. Et Nero comprit, en l'observant manger de bon appétit, qu'il n'injecterait rien d'autre que de la nourriture humaine.

Bon. Malheureusement, il devrait s'acclimater aux injections de Mako. Et ce serait certainement encore plus dur.

Nero n'était pas impatient.

3. Quand il faut le laver

Shiro haïssait les bains de Mako.

En réalité, il haïssait le Mako en général. Qui pouvait le blâmer ? C'était les expériences liées au Mako qui avaient créé les monstruosités de la SHINRA. Malheureusement, ils en avaient besoin pour survivre.

Nero attendit patiemment que l'enfant soit distrait. Les yeux rivés sur l'écran de télévision jouant son dessin animé préféré, Shiro ne remarqua pas son oncle apparaître derrière lui dans l'ombre.

Puis, tel un vautour fondant sur sa proie, Nero saisit l'enfant sous les aisselles, prêt à le transporter à la salle de bain.

Shiro se laissa tomber lourdement en arrière, raide mort, tel qu'on ferait face à un ours.

« Bien essayé », approuva Nero qui le traîna au sol. « Mais cela ne marche pas avec moi. »

Et alors que Nero le libéra d'une main pour ouvrir la porte, Shiro s'échappa et courut à travers la maison.

La vache. Il courait vite.

- Désolé pour toi, mais c'est moi le Maître de la chasse !

Nero disparut dans les ténèbres et réapparut devant lui, lui barrant la route. Shiro glissa en arrière et chuta au sol, son oncle se plaçant au-dessus de lui pour lui agripper les poignets, lui chuchotant d'une voix menaçante :

- Qui est le Maître ici ?

- Ce n'est pas toi, riposta Shiro. C'est Weiss.

Le visage de Nero se décomposa.

Oh. Le pire était que ce petit gredin avait raison. Il l'avait pris à son propre piège. Shiro se libéra à nouveau mais alors qu'il disparaissait du champ de vision de son oncle, Nero en eut assez et invoqua ses tentacules de ténèbres pour immobiliser Shiro, le transportant dans les airs tandis que les tentacules rejoignirent leur Maître dans la salle de bain.

- Je dois avouer, admit Nero, reprenant un ton nonchalant, que ta vitesse est étonnante. Il faudra qu'on travaille là-dessus.

Et sans aucune pitié, par le seul biais de ses tentacules de ténèbres, il balança l'enfant dans la baignoire.

4. Quand il faut répondre à ses questions

« Nero, d'où viennent les bébés ? »

Nero devait penser à autre chose quand Shiro lui posa cette question fatidique. Sans réfléchir, son oncle lui répondit d'une traite, récitant le programme d'éducation sexuelle auquel il avait eu droit à Deepground pour le préparer à ce programme d'imprégnation, avant de révéler qu'il était stérile au contraire de Weiss :

- Blablabla... La rencontre entre un spermatozoïde et un ovule. Blablabla... fœtus... Blablabla... Je te montrerai une vidéo.

Mais quand Shiro le contempla avec des yeux effarés, Nero comprit qu'il avait peut-être commis une bêtise.

- ... Je n'ai rien compris, répondit l'enfant d'une petite voix.

- ... En fait, je t'expliquerai quand tu seras plus grand, soupira Nero avec lassitude.

Laissons-le encore profiter d'une innocence qui leur avait été retirée à Deepground.

5. Quand il faut le coucher

« Je ne veux pas dormir. »

Nero leva les yeux au ciel. Ils auraient droit au même cinéma chaque soir ? Nero le plaça de force dans le lit et, alors qu'il était sur le point de l'embrasser pour lui souhaiter une bonne nuit, Shiro brandit un livre coloré sous ses yeux.

- Lis-moi une histoire !

Nero plissa les yeux, fixant le livre sans comprendre.

- Pourquoi ?

- Pour m'endormir, lui adressa Shiro avec un sourire. A la télévision, le papa du personnage principal lui lit une histoire avant de se coucher et il change de voix selon les personnages. C'est super drôle !

Il ne voyait pas en quoi c'était drôle...

Mais si cela lui faisait plaisir. Nero prit le livre et commença à raconter l'histoire. Une histoire sans queue ni tête sur un « prince » qui combattait un dragon pour libérer une princesse. Niais au possible.

- Et ils se marièrent et eurent de nombreux enfants, acheva Nero en pliant le livre.

Shiro ne dormait toujours pas.

Il le toisa avec curiosité.

- Quoi ?

- Ils font quoi, après ? Le prince et la princesse ? Après l'histoire ?

Qu'est-ce qu'il en savait ? Nero haussa les épaules.

- J'imagine qu'ils continuent leur vie.

- Comment ça ?

- Ils doivent certainement s'occuper de leurs enfants.

- Ils en eu combien ?

- Je ne sais pas, moi... dix.

- Est-ce que le dragon va revenir ? Pourquoi est-ce qu'il est méchant ? Pourquoi il a kidnappé la princesse ? Pourquoi le baiser a fait tomber la princesse amoureuse du prince ? De quelle taille est le château... ?

Nero laissa tomber sa tête contre le mur, dépité.

A nouveau, il relut l'histoire. Une deuxième fois. Puis une troisième fois. Au bout de la huitième fois, Shiro avait enfin fermé les yeux.

Parfait. Nero en profita pour s'éclipser. Il sortit dehors et en profita pour humer l'air de la dimension dans laquelle ils résidaient. Levant la tête vers le ciel indéfiniment verdâtre, sans lune ni étoile, Nero se laissa aller à ses pensées.

Il pensa au retour de Weiss, à leurs retrouvailles... Puis ses pensées migrèrent vers le contact de son frère qui lui manquait désespérément.

Ses bras chauds et forts... sa voix douce...

Unissons-nous.

- Nero, j'ai soif ! cria la voix de Shiro depuis le refuge.

Nero se remit debout et s'exécuta, allant lui chercher un verre d'eau. Une fois que Shiro eut bu, son oncle ressortit.

Comment allait-il accepter son fils ? Est-ce que Weiss resterait le même après ce qu'ils avaient enduré ? A cause de la possession de son corps pur par Hojo ?

Nero ferma les yeux, un sourire se dessinant derrière son masque.

Non. Aucune chance. Nero se remémora leur dernière étreinte échangée. Il pensa à la chaleur de son corps et à ses lèvres désirables...

Des lèvres qui avaient touché les siennes... la fois où il lui avait montré la sensation d'embrasser une personne qu'on aimait...

« Est-ce une demande pour essayer ? »

- J'ai peur du noir ! hurla Shiro une seconde fois.

Nero retint un soupir. Sans un mot, il retourna à la chambre de l'enfant pour allumer sa veilleuse afin d'éclairer sa chambre.

Bien sûr... tout le monde n'aimait pas le noir.

En revenant à l'extérieur, Nero essaya mentalement de revivre l'instant qu'il avait partagé avec Weiss. Revivre leur premier baiser et les autres qui s'étaient ensuivis...

Les ténèbres de Nero frétillèrent autour de lui, illustrant son impatience et son excitation grandissante.

Cela avait été si bon. Ce désir qu'il eût ressenti... la première fois qu'il avait souhaité faire un avec Weiss... qu'il avait souhaité entrer dans son corps, se mélanger à lui...

- Nero, j'ai fait un cauchemar ! geignit Shiro une nouvelle fois, sa voix résonnant dans la nuit verdâtre.

Nero manqua de se frapper le visage.

A partir de maintenant, il irait rêvasser ailleurs. De préférence, sur Gaia. Au moins, Shiro ne risquerait pas de subir des cauchemars ou des peurs à cause de ses ténèbres...

Oui. Il le valait mieux.

6. Quand il faut le gronder

Apparemment, il s'était pris pour un Ninja.

Il avait fait un salto arrière, avait atterri sur son lit qui s'était écrasé sous le poids de son corps.

Quand Nero apprit sa bêtise, il confronta l'enfant, les bras croisés sur sa poitrine, le regard réprobateur.

Shiro avait simplement désigné Tom 2 et avait murmuré d'une voix penaude :

« Ce n'est pas moi, c'est lui. »

Nero avait serré les poings. Pire excuse après celle qu'il avait obtenu d'un soldat débile du Deepground qui avait laissé ce chat robot approcher sa précieuse pièce : « je vous jure, Sir, il n'y avait personne ! Ne me tuez pas ! »

Cris, disparition dans les ténèbres, torture mentale... Les ténèbres l'avaient recraché.

Nero lui adressa le regard de l'enfer.

Shiro releva la tête vers lui et lui adressa son arme ultime: des yeux de chien battu.

Nero était complètement insensible à la tristesse des autres... mais à chaque fois, cette expression faisait mouche et il se trouvait incapable de le gronder.

Il était trop mignon.

Son oncle se radoucit et il se pencha vers l'enfant, lui caressant doucement les cheveux d'un geste tendre.

« Ce n'est pas grave, je ne suis pas fâché. »

Shiro faisait partie de Weiss. Il était parfait et il n'y était pour rien dans ce qui était arrivé. C'était la faute du lit qui n'avait pas été suffisamment solide. L'enfant n'était pas responsable.

Puis, vint le jour fatidique.

« Nero... mes cheveux ! »

Il avait joué avec un briquet qu'il avait trouvé on ne sait comment.

Quand Nero vit ses cheveux blancs en feu, il crut que son cœur allait ressortir par sa bouche. Ni une ni deux, Nero l'avait agrippé et l'avait précipité dans la salle de bain, plongeant sa tête de plein fouet dans la baignoire, manquant presque de noyer l'enfant qui émergea en toussant.

Une fois que le feu s'éteignit, Shiro fut à nouveau en position d'accusé attendant sa condamnation à mort.

« Ce n'est pas moi », pleurnicha l'enfant.

Le regard de l'enfer le foudroya de plein fouet. Shiro essaya son arme implacable : le regard de chien battu.

Qui ne fonctionna pas cette fois. L'enfer gagna. Furieux et inquiet, Nero se jeta sur lui. Sans un mot, il lui saisit abruptement le bras, arrachant un cri de douleur de la part de l'enfant et le poussa à l'intérieur de sa chambre avant de refermer la porte d'un claquement sec.

Il y resterait et il réfléchirait à ce qu'il avait fait.

7. Quand il faut le punir

« Nero... Aïe ! Mais s'il te plaît, je n'en peux plus ! »

Nero l'ignora et le poussa pour le forcer à avancer. Shiro avait poussé le bouchon un peu trop loin. Ils feraient le tour de la maison comme ça car il l'avait mérité. Non, le regard de chien battu ne prendrait pas cette fois.

Shiro s'était enfui. Il avait quitté la maison quand Nero avait eu le dos tourné et s'était mis en danger. Par conséquent, il méritait une punition. Crier ne servait à rien. Hojo criait, il n'avait jamais été une menace crédible, contrairement à Restrictor qui gardait toujours un ton froid tandis qu'il fouettait Weiss.

Il était hors de question que Nero fouette Shiro, quand bien même il le mériterait. Alors, il opta pour la punition de Scarlet. Comme elle le faisait quand ils se comportaient mal et parce qu'ils n'étaient que des chiens à ses yeux.

C'était presqu'indulgent. D'autres circonstances rendaient cet outil très agréable. Mais Nero ne voyait pas d'autres solutions. Sauf qu'il ne considérait pas Shiro comme un chien, mais parce qu'il avait souhaité le quitter.

« Nero, s'il te plaît ! »

Nero secoua la tête et tira sur la laisse attachée à la taille de l'enfant.

- Désolé, mais quand on essaie de s'enfuir, on a droit à la laisse.

- Je te jure que je n'essayerais plus de m'enfuir ! geignit l'enfant.

- Dois-je te croire ?

Shiro lui adressa une moue désespérée.

Bon. Il paraissait avoir compris la leçon. Nero s'abaissa pour le détacher et lui ôter la laisse, libérant ainsi l'enfant.

- La prochaine fois que tu essaies de t'enfuir, je te garderais en laisse pour l'éternité, l'avertit Nero, le ton menaçant.

8. Quand il faut le protéger

« Nero ! Au secours ! »

Alerté par ses cris, Nero n'avait pas réfléchi et avait foncé jusqu'à la chambre, croyant à un danger. Tout de suite, une fusée aux cheveux blancs le percuta de plein fouet, l'étreignant de toutes ses forces, terrorisé par quelque chose.

- Shiro ?

- Là... Un monstre dans ma chambre !

- Un monstre ?

Pas possible. Pas dans cette dimension. Shiro désigna du doigt quelque chose qui était positionné sur le rebord de sa fenêtre. Interdit, Nero s'approcha pour vérifier de quoi il s'agissait.

Il comprit rapidement. La cause de la frayeur de Shiro... était une araignée pas plus grosse que son poing, utilisant ses huit pattes velues pour monter le long du mur.

- C'est ça qui te fait peur ? s'étonna Nero.

- Pitié, fais-la sortir !

Il avait connu des monstres bien plus gros et bien plus effrayants. Mais Shiro pouvait parfois se comporter comme un petit chaton perdu. Pour le rassurer, Nero attrapa l'araignée et la plaça directement sous le nez de Shiro qui sursauta.

- Regarde. Elle ne va pas te manger. J'aime beaucoup les araignées, susurra Nero tandis qu'il caressait l'être de son autre main. Regarde comme elle est belle.

Joignant le geste à la parole, l'araignée leva ses pattes de devant.

Shiro blêmit et manqua de tourner de l'œil. Nero soupira et se contenta d'absorber l'araignée d'une traite. Disparue aussi vite qu'elle n'était apparue.

- La prochaine fois, je te montrerai comment on tue une araignée.

Autant commencer son entraînement par quelque part, non ?

9. Quand il faut l'aimer

Il s'était enfin endormi. Après une journée épuisante, Nero poussa un petit soupir éreinté tandis que Shiro se laissa aller dans ses bras, le Tsviet sombre gardant les siens autour de sa taille de manière protectrice.

Il n'aurait jamais cru que cela serait aussi fatigant. Il était inquiet pour Weiss, il ignorait où son frère adoré se trouvait actuellement sur Gaia... et il consacrait tellement de temps à cet enfant. Un enfant qui n'était pas le sien, mais qui appartenait à Weiss.

Seulement, il aurait cru que Shiro agirait comme Weiss. Qu'il serait calme, sage, qu'il écouterait Nero quoiqu'il arrive...

Est-ce que son père agissait de cette façon quand il avait son âge ? Probablement pas. Nero n'avait jamais eu de modèle de référence pour élever Shiro. Weiss avait été son frère, mais aussi sa figure parentale, son ami et son amant. Quelqu'un avec de l'expérience que Nero avait toujours admiré.

Nero posa son menton sur la tête de Shiro.

Ce n'était clairement pas ce qu'il imaginait. Weiss n'aurait jamais agi de la sorte. Il avait toujours été sage comme une image à son âge.

Enfin... s'il ne comptait pas le nombre de fois où il volait de la nourriture pour la donner à son petit frère.

Mais à part ça...

Non. Il avait toujours eu ce désir de liberté. Quand il le pouvait, il faussait toujours compagnie aux scientifiques, emmenant parfois Nero avec lui.

Et il se souvenait, enfin, quand ils passaient des tests ensemble... Weiss était toujours le premier à se débattre, à hurler, à se rouler par terre tandis qu'on l'attachait de force à un fauteuil. Quand il criait, Nero l'imitait et criait à son tour.

Weiss disait toujours que cela finirait par les rendre sourds.

Restrictor répétait combien Weiss avait mauvaise influence sur Nero. Etant le grand frère, il devait lui montrer l'exemple.

Nero ne put s'empêcher d'esquisser un bref sourire à cette pensée. Il s'en souvenait. Son grand frère n'avait pas été l'enfant sage aux yeux des scientifiques, mais il avait toujours signifié le monde pour Nero. Même à cet âge, il préparait sa rébellion pour devenir Empereur du Deepground.

Nero abaissa le regard vers l'enfant dans ses bras.

Qui sait... c'était peut-être la même chose pour lui. Le digne successeur de Weiss... l'héritier du Deepground.

Il devait avouer que, si Shiro n'était pas apparu dans sa vie... Nero aurait sûrement succombé au désespoir, sans pouvoir retrouver un jour son grand frère adoré.

Pour cela, il lui en était reconnaissant.

Nero embrassa doucement l'enfant sur son front, avant de le soulever pour le porter jusqu'à son lit.

Ce soir, ils dormiraient en paix.