Je n'ai jamais souhaité être un gardien
OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place durant les évènements de Reste avec moi. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.
Warning : scène explicite.
Un sourire radieux et incroyablement tendre et maternel sur les lèvres, la jeune femme tendit à l'adolescent une fleur de lys.
Une fleur de lys...
La même fleur que lui et sa mère s'étaient offertes, le jour où ils s'étaient retrouvés...
Mais avant même qu'il ne puisse répondre à cet acte étonnamment doux, la jeune femme avait déjà disparu.
« Tu crois qu'elle gardera toujours la même couleur ? » lui adressa innocemment Aerith. « J'aime bien cette couleur ! »
Elle évoquait la couleur de la Rivière de la Vie.
Il l'avait compris... il avait compris ce que cette personne avait souhaité lui dire. Ce que sa mère avait souhaité lui dire.
Denzel avait raison.
On ne devait pas abandonner, même quand tout espoir était perdu.
- Aerith. Tu viens, on rentre ? Je dois rentrer et préparer mes affaires pour rejoindre Denzel, Marlène et les autres.
Dans la salle principale de réunion de l'ORM, un lourd silence tomba sur l'assemblée.
Assis sur une chaise au centre de la pièce, de la même manière que ne le ferait un accusé attendant le verdict de son procès, Shiro attendit, les bras autour de sa poitrine, recroquevillé sur lui-même.
Il s'était attendu à ce qu'à leur retour, on ne les accueille pas à bras ouverts. Il savait qu'il ne subirait aucune punition, exceptée une remontrance. La plupart des gens présents dans la pièce l'avaient déjà compris. Ils avaient compris les raisons de son départ.
Mais cela n'empêchait pas que Shiro se sentait profondément honteux, à l'heure actuelle. Non seulement il avait honte d'avoir quitté, d'avoir abandonné, au moment le plus crucial, tous ceux qui avaient tout donné pour lui, ceux qui lui avaient offert la chance de résider parmi les humains, mais surtout, il avait honte d'avoir été lâche. Il ne les avait même pas prévenus en personne qu'il partait.
Depuis quand on abandonne ses amis au moment où ils ont le plus besoin d'aide, Shiro ?
Que crois-tu ? Que tu es le seul à avoir été obligé de grandir plus vite ?
Oui. Denzel avait eu raison. Sa réaction à son endroit avait été complètement justifiée.
Du coin de l'œil, il remarqua Tifa le toiser avec une expression à la fois soulagée de le revoir mais également inquiète. Cloud garda un air relativement neutre sur son visage, de la même manière que Vincent qui ne détachait pas ses yeux rouges de l'adolescent aux cheveux blancs, mais ils furent bien les seuls. Les autres, en particulier Barret, Cid et Reeve, fixaient Shiro avec une sévérité apparente. Cela fit tressaillir Shiro, mais il n'émit aucun commentaire.
En réalité, c'était eux qu'il préférait regarder à l'heure actuelle. Il ne faisait attention qu'à eux.
Derrière son épaule, il sentait l'aura de Nero envahir la pièce.
Tu n'es qu'un monstre, c'est tout.
Je... je ne t'aime pas ! Non, je ne t'aime plus ! Je te déteste ! Je ne veux plus te voir, maintenant !
Shiro ferma les yeux, inhalant, exhalant.
Oui. Il avait appris que Nero était parti à son tour, peu après lui. Quand il l'avait su de la bouche de Denzel, Shiro n'avait ressenti aucune colère. Seulement de la lassitude, estimant que cela ne devrait même plus le surprendre. Nero ne s'était jamais soucié du monde des humains, après tout. Il l'avait toujours haï. Bien sûr qu'il l'abandonnerait. Il ignorait encore ce qui l'avait motivé à retourner auprès de Shiro, mais la remontrance que subirait l'adolescent ne serait sans doute rien à côté des réactions qu'il essuierait.
Même si Nero était revenu, ils ne s'étaient pas adressés un mot depuis leur retour à la base de l'ORM. Mais Shiro savait. Il savait qu'à un moment donné, ils seraient bien obligés de se parler. Et même si Shiro appréhendait cette discussion, ce n'était pas l'essentiel à l'heure actuelle.
« Bon sang, Shiro ! Peux-tu nous dire ce qui t'est passé par la tête ? »
Ce fut Barret qui s'emporta le premier. Shiro baissa le regard, ne cherchant pas à se défendre.
- Tu me regardes quand je te parle ! s'énerva l'ancien leader d'AVALANCHE.
- Barret, le reprit doucement Tifa qui posa une main sur son épaule.
Pourtant, elle toisa Shiro, l'air tout aussi fâché que Barret. Oui. Ils auraient certainement agi de la même manière si Denzel ou Marlène avaient commis la même chose.
- On a été très inquiets pour toi, Shiro, lui adressa-t-elle plus calmement. Vraiment inquiets.
- Tu aurais pu simplement nous prévenir, lui adressa Cloud sur le même ton. Quelqu'un t'aurait raccompagné jusqu'à Edge.
- On n'a pas assez de problèmes comme ça ? s'exclama Cid. Hein ? Avec cette foutue brèche ? Il faut que vous en rajoutiez, tous les deux ?
Shiro acquiesça, ne changeant pas d'expression. Son attitude agaça davantage Cid qui frappa du poing sur la table.
- Ecoute-moi, bonhomme. On comprend ce que tu as traversé ! Crois-moi, on le comprend !
- Cid...
- On a tous perdus quelqu'un qui nous était cher ici ! cracha Cid.
Les lèvres tremblantes, l'adolescent rentra la tête dans les épaules.
Non. Pas question qu'il craque. Pas maintenant, pas devant tout le monde. Il en avait suffisamment fait.
- Demande-le à n'importe qui dans cette pièce ! poursuivit Cid. Mais est-ce qu'on a abandonné pour autant ? Hein ? Est-ce qu'on a abandonné ? Non ! Car ce serait insulter ceux qu'on a perdus ! Ce serait cracher sur leur tombe, compris ?
Remarquant Shiro qui luttait contre les larmes, Tifa monta le ton à son tour.
- Cid ! ça suffit !
- Il faut qu'il apprenne, quoi !
- Je te rappelle qu'il a treize ans !
Shiro prit une longue inspiration. Se frottant vaguement les yeux, il renifla avant de se reprendre, fixant Cid droit dans les yeux.
- ... Je sais, avoua-t-il d'un ton à peine audible. Je comprends que vous vous soyez inquiétés. Je... Je suis désolé de vous avoir causés autant d'inquiétude.
Autrefois, nul doute que Nero l'aurait défendu envers et contre tout. Mais il n'en fit rien, cette fois-ci. Il se contenta d'observer en tant que spectateur. Et quelque part, cela le soulagea qu'il n'agisse pas. Shiro ne chercha même pas à se retourner vers lui pour obtenir son appui. Nul doute que l'adolescent aurait mal pris son intervention.
Non. Il était grand, maintenant. Il avait commis une erreur, il avait causé du tort à ses camarades. Il devait en assumer les conséquences.
- ... Je suis désolé, répéta-t-il.
Tifa lui adressa un triste sourire.
- Cela ne sert à rien de poursuivre, intervint Vincent à son tour. Shiro est revenu. C'est tout ce qui compte.
Encore une fois, Vincent prenait sa défense. Cela soulagea à peine l'adolescent. Reeve poussa un discret soupir avant de prendre la parole à son tour :
- Shiro. Peu importe ta raison, on aurait compris. On t'aurait entendu.
- Je sais...
Viens sur mes genoux, Shiro.
Shiro se redressa. Il ne pouvait plus endurer davantage. Il souhaitait seulement... se retrouver seul.
- ... Est-ce que je peux retourner dans ma chambre, s'il vous plaît ? demanda-t-il d'une voix presque suppliante.
Le sermon était terminé.
Il obtint l'autorisation. Shiro se détourna de l'assemblée et passa devant Nero, sans le regarder. Ce dernier ne réagit pas immédiatement. Mais quand Shiro passa la porte de la salle de réunion pour sortir, il surprit celui qui portait le titre d'oncle tendre vainement une main dans sa direction, avant de laisser le bras tomber le long de son corps. Même lui comprenait que cela ne servait à rien d'insister dans cet état d'esprit.
Sans davantage de cérémonie, Shiro referma la porte derrière lui pour remonter le long du couloir en direction de sa chambre.
« Quant à toi ! Comment oses-tu revenir parmi nous comme si de rien n'était ? » vociféra Barret en désignant le Tsviet sombre du doigt.
Sitôt que la porte se referma, les réactions quant au retour de Nero explosèrent tel un coup de fusil. Shiro avait eu son tour. Maintenant, c'était à son oncle d'assumer les conséquences de son départ.
- Shiro est un adolescent dans l'âge bête ! C'est légitime qu'il fasse des conneries ! Mais toi, tu es supposé être un adulte ! enragea Cid. C'est quoi ta foutue excuse, cette fois ?
- Surtout que ce n'est pas la première fois que tu nous abandonnes, renchérit Red XIII. Il l'a déjà fait, cinq ans auparavant.
- Faudrait savoir ce que tu veux, approuva Cloud. Ou tu nous aides à résoudre la crise, ou tu nous laisses tranquilles. Mais ne viens pas nous rajouter des problèmes supplémentaires !
A l'instar de Shiro auparavant, Nero ne desserra pas la mâchoire. En silence, Sonon observa la scène, les bras croisés sur sa poitrine.
Nul doute qu'auparavant, il se serait joint à eux. La haine et la rancœur de Sonon aurait certainement repris le dessus, encore plus après cet ultime abandon de la part du Tsviet sombre alors que l'ex-Ninja avait tout fait auparavant pour que ce dernier sorte de sa vie.
Mais cette fois-ci, il préféra ne pas intervenir. Il en avait déjà assez fait.
Nero était revenu. C'était tout ce qui comptait.
- Je ne vous dois rien, leur adressa Nero d'un ton glacial. Nous ne sommes pas alliés. J'ai mes propres raisons pour agir ainsi. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir.
Sonon manqua de soupirer.
Encore une fois... encore une fois, Nero niait l'évidence. Même s'il agissait avant tout pour Shiro, il n'admettait pas que son comportement laissait sous-entendre le contraire et qu'il se rapprochait de celui d'un allié.
Même si... est-ce que Shiro était devenu sa seule raison pour revenir auprès d'humains qu'il détestait ?
Ce fut suffisamment discret pour que d'autres ne le remarquent pas, mais pendant un bref instant, le regard magenta de Nero croisa celui de Sonon.
Est-ce que je suffirais ? Comme raison ? Pour te convaincre de revenir ? De nous aider ?
En se remémorant ce souvenir, ce qu'il avait partagé alors qu'ils étaient à Deepground, Sonon se raidit imperceptiblement.
La gorge nouée, l'ex-Ninja n'aurait pas imaginé au premier abord que cette seule visite de sa part suffise pour que Nero change d'avis et ne décide de revenir.
Pourtant, c'était bel et bien le cas.
Ce n'est pas l'amour sacré que je ressens pour Weiss. Cela ne le sera jamais. Mais... tu me fais... ressentir des choses. Des choses qui me dépassent, Sonon Kusakabe.
Sonon avait beau essayer de ne pas y penser, mais cette confession lui revenait en tête sans cesse. Et même s'il avait encore des doutes à l'égard de Nero, s'il devait croire en ses paroles, ses actes parlaient plus que les mots.
- Maintenant, déclara Nero alors qu'il s'effaçait progressivement dans les ténèbres, si vous voulez bien m'excuser...
- Je rêve ! Tu vas encore te barrer ? cracha Cid. Comme le lâche que tu es ?
Les yeux de Nero se plissèrent devant l'insulte. Cette fois-ci, quelque chose en lui poussa Sonon à intervenir.
- Il ne le fera pas. Il restera ici.
Au-delà de ses camarades, sa réaction le surprenait lui-même. Son propre ton sonnait... étonnamment confiant. C'était tellement étrange. Sonon avait toujours été le premier à dire que Nero était indigne de confiance. Et le voilà aujourd'hui qui prenait la défense de celui qui l'avait poignardé et lui avait pris dix ans de sa vie.
A cause du lien qu'ils partageaient ? Parce qu'il discernait la sincérité de Nero à travers les ténèbres ? Ou parce qu'il avait vu Nero tel qu'il était, quand ils étaient à Deepground ?
Le vrai Nero ?
L'attention de ce dernier fut à nouveau rivée sur lui. Le Tsviet sombre le considéra d'une expression indescriptible.
- ... Shiro est ici, renchérit Sonon.
En même temps qu'une explication à ses camarades, il rappelait à Nero ce qui était en jeu, mais également ce qui lui avait toujours été le plus important. La raison même qui l'avait poussé à entrer dans le monde des humains.
Nero ne confirma rien. Il n'offrit même aucune réponse.
Non. Il se contenta de disparaître de la salle de réunion, mettant un terme définitif à la discussion. Mais Sonon savait qu'il l'avait atteint avec ses mots.
- Tu es sûr de toi ? l'interrogea Reeve. J'ignore ce que tu as pu lui dire pour le convaincre de revenir, mais es-tu certain qu'il nous suivra cette fois ?
Sonon se mordit la lèvre, se sentant mal à l'aise.
Est-ce que je suffirais ?
Il ferma les yeux, pensif. Il préférait se montrer honnête, sans toutefois détailler davantage.
- ... Je lui ai donné une raison. Et oui... je pense qu'il nous suivra.
- Ouais. Moi je dis qu'il faudrait quand même le garder à l'œil, soupira Barret tandis que chaque membre du groupe se levait de leurs sièges pour quitter, l'un après l'autre, la salle de réunion.
Bien sûr. C'était même légitime de le surveiller. Et Sonon ne pouvait s'empêcher de penser que cette tâche lui incombait, étant donné qu'il avait été celui qui avait pris cette initiative. Sans un mot, Sonon quitta son siège à son tour.
Devait-il se sentir fier ?
Oui. Normalement, il devrait se sentir rassuré de savoir que, grâce à cette intervention, il n'y aurait aucune menace supplémentaire qui incomberait sur Gaia. De savoir que Nero continuerait d'être de leur côté, même de manière temporaire. Le Tsviet sombre avait prouvé dans le passé qu'il avait le pouvoir d'annihiler Gaia.
Ainsi, aussi longtemps que Nero les aiderait, il ne menaçait pas les humains. Oui. Sonon avait obtenu ce qu'il désirait, et cela avait été la raison de son retour à Deepground. Autrement, et sans ces enjeux, il aurait laissé Nero disparaitre de leur vie jusqu'à ce que la perte de ses pouvoirs ne lui permette plus de revenir dans le monde des humains.
Pourtant, il ne se sentait pas fier pour autant. Et pas seulement à cause des moyens employés pour que Nero retourne auprès d'eux.
Du coin de l'œil, il remarqua Yuffie se séparer hâtivement du groupe pour emprunter l'escalier qui menait jusqu'à leur chambre. Parce que même s'ils s'étaient évités depuis son retour de Deepground, ils continuaient de la partager.
Elle ne s'était pas exprimée au cours de la réunion, quand bien même elle était toujours la première à le faire. Elle ne le regardait même pas et ce sentiment était horrible. Ne pouvant plus se contenir, Sonon la suivit.
- Yuffie ! l'appela-t-il.
Yuffie garda le silence. Néanmoins, elle l'entendit et cette intervention la fit s'arrêter. Quand bien même il avait terriblement envie de la rejoindre, de la prendre dans ses bras, Sonon resta à distance d'elle. Ce comportement serait malvenu.
- ... Il faut qu'on parle, lui adressa-t-il d'un ton à peine audible.
Sonon ne put percevoir son expression étant donné qu'elle lui faisait dos, mais il vit Yuffie baisser la tête.
- Il le faudra, avoua-t-elle d'une voix tremblante. Je le sais. Mais pas maintenant.
- Yuffie...
La Ninja secoua la tête et reprit sa route.
Néanmoins, avant de le quitter, elle lui adressa une dernière chose d'un ton sombre.
Le même ton qu'elle avait utilisé autrefois pour lui dire qu'elle n'était pas sa petite sœur :
- Je ne sais pas ce que tu veux et peu importe la suite, je ne t'en empêcherai pas. Mais... il va falloir que tu choisisses, Sonon.
Ce fut tout. Yuffie avait déjà disparu dans les escaliers.
Sonon laissa les bras tomber le long de son corps, le regard vide.
Choisir... Parlait-elle de garder les ténèbres ou de les retirer ?
Non. Bien sûr qu'elle évoquait autre chose.
Pour Sonon, c'était ce qui lui était le plus douloureux. De savoir qu'il avait fait souffrir Yuffie alors qu'il s'était juré de la protéger.
Mais pas seulement Yuffie...
Tu me fais ressentir des choses qui me dépassent, Sonon Kusakabe.
Oui. Il avait convaincu Nero de revenir... Mais il ne se sentait pas fier pour autant. Non. Il se sentait honteux d'avoir prétendu lui donner une raison de revenir en sa personne alors qu'il ne ressentait rien pour lui. Ou du moins, il ne ressentait pas des sentiments réels. Seulement ceux qui émanaient d'un lien qui ne tarderait pas à disparaître.
C'était de la manipulation. Il devait se dire que c'était Deepground. Il y était coutume de faire souffrir les autres afin qu'ils ne deviennent plus misérables que nous.
Il était dégoûté de lui-même. Personne ne méritait d'être manipulé. Personne ne méritait qu'on joue avec les sentiments.
Mais en même temps... plus il se disait qu'il ne ressentait rien à l'égard de Nero, plus il avait l'impression de se perdre.
Sonon préféra ne pas suivre Yuffie et tourna les talons pour reprendre le chemin inverse. Le bâton sur son dos, il fallait qu'il trouve quelque chose pour se vider la tête, pour ne pas laisser ces pensées sombres et négatives le dévorer.
Sans réfléchir, il décida de se rendre à la salle d'entraînement.
Oui. Cela lui changerait les idées de s'exercer seul.
Tu as peut-être raison. Je ne mérite aucune chance. Je ne mérite aucun pardon. Et... quand tout cela sera fini, si tu le souhaites, je te promets de te laisser tranquille. Je te promets que je ne te dérangerais plus, que je ne te contacterais plus. Mais s'il te plaît... laisse-moi veiller sur toi encore un peu.
Plus rien ne serait jamais comme avant.
C'était une certitude. Nero avait beau le nier, avait beau se convaincre qu'ils finiraient par retrouver la relation qu'ils avaient toujours partagé, il savait qu'il se mentait à lui-même, qu'il se voilait la face.
Même si Nero avait déjà subi de nombreuses épreuves au cours de sa vie, des épreuves plus terribles les unes que les autres, parler à Shiro, le convaincre de le reprendre, de le laisser rester dans sa vie avait probablement été l'une des plus difficiles qu'il n'ait eu à traverser.
Il n'était pas dupe. Shiro l'avait laissé revenir parce qu'il était le seul parent qui lui restait actuellement et surtout, en raison des derniers mots qu'il avait échangé avec Weiss.
Prends soin de Nero, mon fils.
Encore une fois, son grand frère bien-aimé lui était venu à son aide. Autrement, nul doute que Shiro lui aurait ordonné de sortir de sa vie. Et Nero aurait obéi et serait retourné à Deepground, pour ne plus le quitter cette fois-ci.
Pourtant, même si les choses s'étaient apaisées entre eux au point que Shiro lui avait proposé un entraînement, quelque chose qu'il avait eu l'impression de ne pas avoir fait depuis une éternité, Nero pouvait encore ressentir les émotions sombres de l'adolescent.
Et quand l'entraînement s'acheva, Shiro était seulement retourné à sa chambre. Nero l'y avait accompagné, mais Shiro ne lui avait pas pour autant proposé de rester. Non. Il avait seulement refermé la porte de sa chambre entre eux, sans un mot.
A nouveau, il s'isolait.
Nero n'avait pas insisté. Mais son attitude lui avait arraché un pincement au cœur. Même si Shiro ne lui pardonnerait pas tout de suite, même s'il savait que l'adolescent avait besoin de temps, cette émotion qu'il voyait dans son regard était une émotion avec laquelle Nero était plus que familier.
Le deuil.
Lui aussi, quand il avait perdu Weiss... Nero avait agi de la même façon. Longtemps, il s'isolait dans une pièce et tuait tous ceux qui avaient le malheur de ne pas respecter ce temps de recueillement. Lui aussi avait eu du mal à s'alimenter, souhaitant parfois se laisser mourir afin de mettre un terme à cette souffrance.
J'aurais dû être là pour toi quand Weiss est parti. J'aurais dû mettre ma peine de côté pour t'épauler, te soutenir. J'aurais dû faire la même chose quand Ophelia est partie aussi.
Seul au milieu du couloir, le Tsviet sombre se laissa tomber contre le mur, le regard vide.
Aujourd'hui, Shiro reprenait ce schéma. Et Nero, au-delà de la honte, se sentait surtout... impuissant. Il avait été considéré autrefois comme une force de la nature, le deuxième plus puissant Tsviet que la SHINRA n'ait jamais créé...
Pourtant, il n'y avait rien qu'il puisse faire pour soulager Shiro de ce poids qu'était le deuil, encore moins maintenant. L'adolescent n'accepterait pas son aide. Après tout, Shiro avait perdu celle qu'il aimait à cause de lui. Et même si Nero était venu en personne à la rencontre de Lorraine, de la jeune fille qu'il avait épargné cette nuit-là pour lui révéler la vérité, il doutait que cela soit suffisant pour réparer le lien qu'il avait brisé.
Ce qu'il avait dit à Shiro n'avait pas été seulement un argument pour lui montrer qu'il regrettait ses actions, qu'il était profondément désolé pour tout ce qu'il avait infligé. Non. Il avait été sincère. Même s'il avait toujours cru que personne n'aimerait jamais Weiss autant que lui, Nero aurait dû penser à sa peine.
Et plus que tout, il aurait dû être présent. Même par rapport à Ophelia. Au final, ce n'était même pas lui qui avait réussi à le convaincre de manger.
Nero... avait été inutile.
Au-delà de le faire souffrir toute sa vie, depuis l'instant même où il avait rencontré celui qui deviendrait son neveu, puis son fils, Nero n'était même pas capable de lui donner du réconfort. Avait-il déjà offert du réconfort à quelqu'un ?
Il soupira. Weiss disait qu'à Deepground, Nero avait été sa raison de vivre. La raison qui l'avait poussé à tenir, à prendre les armes contre Restrictor. Mais aujourd'hui, Nero arrivait à en douter, alors qu'il n'avait jamais douté des mots de son frère bien-aimé auparavant.
On en parle du fait que tu m'as isolé du monde extérieur pendant trois ans ? On en parle du fermier que tu as abattu devant moi ? On en parle de ce que tu as infligé au groupe d'ex-AVALANCHE ? On en parle du nombre de fois où TU m'as privé d'une vie normale ?
Tu ne fais que me détruire. Tu ne m'apportes rien de bénéfique.
Peut-être qu'au bout du compte, Nero avait toujours été nocif pour Shiro. Il avait toujours été toxique pour lui, pour son entourage en général. Et ce qui s'était produit entre eux, quelques jours plus tôt, cet échange qui les avait poussés à partir, n'avait été que la culmination du désastre qu'avait été leur relation.
C'était dur, douloureux pour Nero d'admettre qu'il avait toujours été un mauvais gardien. Un mauvais parent.
Comment pouvait-il espérer que tout redevienne comme avant ? Comment pouvait-il même espérer rester avec Shiro quand il n'avait fait que le détruire toute sa vie ? Quand il n'avait jamais été autrement qu'une source de problèmes ?
Pas seulement à Shiro... A Weiss, aussi. Parce que si Nero n'avait pas existé, peut-être que Weiss n'aurait jamais péri. Il n'aurait jamais pris les armes contre leurs maîtres et il ne serait pas mort de ce virus.
Et sans lui, il ne serait jamais devenu Omega...
Le Tsviet sombre reporta son attention sur la porte fermée de la chambre de Shiro.
Nero était le seul parent qu'il lui restait. Il le savait. Mais quand le parent se montrait aussi mauvais, ne valait-il pas mieux qu'il quitte la vie de son enfant ?
Au lieu de lui apporter davantage de problèmes ? Peut-être était-ce la meilleure solution... ?
Mentalement, Nero pesa le pour et le contre. Se sentant perdu, en conflit avec lui-même, il fut sur le point de quitter le couloir quand une voix derrière lui l'interpella :
« Tu vas encore abandonner ton fils ? »
Nero se figea. Lentement, il se retourna vers Sonon qui s'était appuyé contre un mur, les bras croisés sur sa poitrine, dévisageant le Tsviet sombre avec réprobation.
De la même manière qu'un grand frère réprimanderait son cadet...
A croire que Sonon possédait un sixième sens et qu'il savait percer les intentions du Tsviet sombre avant qu'il ne les réalise lui-même. Ou peut-être était-ce encore dû au lien ? Nero poussa un soupir abattu avant de lui faire face.
- ... Je n'allais pas le faire, lui avoua-t-il avec honnêteté.
- Vraiment ?
- Vraiment. Mais cela ne signifie pas que je ne l'envisageais pas.
Non. La présence de Sonon suffisait à le sortir de sa torpeur. Il ne pouvait pas abandonner Shiro alors que le monde qu'il chérissait était en train de brûler.
Sonon parut se détendre. Il décroisa ses bras et quitta son emplacement pour s'approcher du Tsviet sombre. Ce dernier ne réagit pas. Il se contenta de baisser les yeux pour ne pas avoir à le regarder.
- Tu n'es pas obligé de me surveiller.
- Quelqu'un doit te garder à l'œil, lui répondit doucement Sonon, l'ombre d'un sourire apparaissant sur ses lèvres. Je pense que ce quelqu'un devrait être moi, étant donné que je t'ai convaincu de revenir.
Malgré le masque, Nero eut du mal à camoufler la rougeur naissant sur ses joues.
- Si tu n'en as pas envie, ne te sens pas obligé de le faire. Enfin, de faire quoi que ce soit. C'est tout ce que j'avais à te dire. Oui. C'est tout ce que j'avais à te dire.
Il ne parlait pas seulement du fait de le surveiller. Nero était dépité. Lui qui s'était toujours senti confiant, qui n'avait jamais eu peur de dire les choses aux autres... le voilà qui perdait subitement ses moyens en présence de l'ex-Ninja. Un homme qu'il avait poignardé, qu'il avait emmené à Deepground, qu'il aurait tué avec plaisir une fois qu'il aurait accompli les objectifs de lui et de son frère.
Un homme qui n'était même pas de sa famille...
Pourquoi ? Etait-ce lié au moment qu'ils avaient partagé ? Etait-ce lié au fait qu'il s'était donné à lui, qu'il avait ôté l'armure et qu'il avait partagé avec lui quelque chose qu'il n'avait jamais réservé à personne d'autre qu'à Weiss ? Ou bien était-ce parce que Sonon lui avait donné une raison de revenir ? Une raison qui n'était pas liée à Weiss ou Shiro ?
Des choses qui me dépassent...
Alors, je ne peux qu'œuvrer pour y trouver ma place... aussi longtemps que je pourrais continuer à te garder un peu pour moi et à te voler des instants comme celui-là.
Il avait réellement confessé ces mots à Sonon...
Est-ce qu'il le regrettait ? Nero ne saurait le dire. Non. Il ne le regrettait pas. Mais jamais il n'aurait envisagé ressentir quelque chose d'aussi fort avec quelqu'un qui n'était pas Weiss...
Non. Cela avait été inenvisageable pour lui. Auparavant, il ne l'aurait jamais accepté.
D'apprécier... Non. D'aimer quelqu'un d'autre que Weiss.
- Peu importe, préféra écourter Nero, remarquant que Sonon gardait le silence. Je ne vais rien faire.
Sonon ouvrit la bouche, semblant vouloir dire quelque chose avant de se raviser. Nero lui adressa un signe de tête. Il était sur le point de s'effacer à nouveau quand Sonon lui demanda, de manière inattendue :
- Dis-moi ce qui ne va pas.
Depuis quand était-il aussi faible ?
Qu'est-ce qui lui était arrivé pour qu'il devienne ainsi ?
- Je sens que ça ne va pas. On partage un lien, lui rappela Sonon.
Oui... Le lien. Peut-être souffrait-il des mêmes effets que Sonon ne les ressentait à son égard ? Des sentiments appartenant aux ténèbres. Mais Nero avait vécu avec les ténèbres pendant si longtemps qu'il était à présent capable de connaître la différence entre ses propres sentiments et ceux des ténèbres.
La dure réalité le frappa.
Oui. Sonon avait raison. Pour l'instant, ils ressentaient des choses. Mais Nero perdrait ses pouvoirs d'ici quelques jours. Bientôt, ce lien n'existerait plus.
Nero le Sable n'existerait plus... Et Sonon saurait retrouver la vie à laquelle il aspirait. Une vie sans Deepground, sans les ténèbres...
Sans lui.
- Pourquoi est-ce que cela t'intéresse ? Je te l'ai dit, tu n'es pas obligé, lui rétorqua-t-il un peu trop sèchement. Je ne partirais plus. Nul besoin de t'inquiéter.
Cela lui faisait plus mal qu'autre chose.
- Nero...
Sonon secoua la tête, désapprobateur.
- Même s'il n'y avait pas de lien de ténèbres, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que quelque chose ne va pas.
Pourquoi insistait-il ?
Sonon finit par se redresser. Il ne détacha pas ses yeux de Nero, le considérant avec une appréhension à peine dissimulée.
Finalement, au bout d'un court silence, il porta son attention vers la porte principale qui menait vers l'extérieur. Comme si quelque chose l'attirait dehors.
- Je crois que les motos sont dans le garage.
Les motos...
Sonon lui adressa un léger sourire, n'ayant pas besoin d'en dire plus. A l'intérieur de sa poitrine, le cœur de Nero s'emballa en même temps qu'une faible lueur apparut dans ses yeux magenta.
Etait-ce possible... ?
Mais en même temps, Nero eut peur d'avoir espoir. Mais quand Sonon passa devant lui pour se diriger lentement vers le garage où étaient rangées les motos, Nero ne put se résoudre à refuser.
Ôtant l'armure, le Tsviet sombre emboîta le pas de l'ex-Ninja, les deux hommes partageant la même idée.
Cela lui avait tellement manqué...
Au-dessus d'eux, malgré le temps abondamment nuageux, le ciel demeurait d'un bleu lumineux. Le bruit du moteur vrillant dans ses oreilles, la brise fouettant son visage au fur et à mesure qu'il accélérait, Nero goûta à cette sensation si particulière du semblant de liberté qu'il avait eu l'impression de partager autrefois avec son frère adoré. Même à Deepground, il avait toujours eu l'impression que rien ne pouvait les arrêter à chaque fois que les deux frères grimpaient sur une moto et roulaient ensemble.
Et maintenant, il la partageait avec quelqu'un d'autre... Sonon était assis sur le siège passager, ses bras autour de la taille de Nero tandis qu'il s'accrochait à lui.
Pendant un instant, Nero eut l'idée de se laisser aller contre lui.
« Confortable ? » lui adressa-t-il avec un ton espiègle.
Sonon baissa le regard vers le sol désertique qui défilait sous leurs roues.
- Tu vas peut-être un peu trop vite.
Oh ? Avait-il peur ?
Amusé, Nero répondit au tac-au-tac :
- Vraiment ? Je me disais que j'allais doucement.
- Je dis juste que je ne souhaite pas avoir d'accident...
Ah. Une différence avec Weiss, nota Nero. Son frère adoré le poussait toujours à rouler toujours plus vite afin d'échapper à Restrictor et aux scientifiques qui leur couraient après dès lors que les deux frères essayaient d'arracher un moment pour être ensemble.
- Accroche-toi.
Joignant le geste à la parole, Nero accéléra de plus belle, laissant ses cheveux noirs flotter dans le vent tandis qu'il gardait son regard fixé sur l'horizon.
Et encore une fois, il ne put réprimer un frisson de plaisir qui le traversa dès l'instant où Sonon resserra son étreinte autour de sa taille tandis que la moto se pencha légèrement sur le côté dès l'instant où Nero emprunta un virage.
- Je t'ai connu plus à l'aise quand on était au Wutaï, se remémora vaguement Nero tandis que la moto ralentissait progressivement avant de s'arrêter définitivement.
- Ce n'est pas...
Sonon se prit le visage dans une main, cherchant ses mots tandis qu'il se remettait lentement de ses émotions.
Visiblement, il n'appréciait pas du tout la vitesse. Dommage, pensa Nero avec déception.
- Pourquoi m'avoir proposé de faire un tour en moto si tu as peur ? le questionna Nero, le ton léger.
- Je n'ai pas peur, soupira Sonon en levant les yeux au ciel.
- Oh si.
- Je soulève seulement que par moment, tu roules trop vite. Je suis habitué aux Chocobos, mais pas aux motos. C'est tout.
- Hm.
Nero lui jeta un regard en biais avant de hausser les épaules. Alors qu'il se penchait sur la moto pour vérifier le niveau d'essence, il se rappela soudainement d'un détail. Un détail qui lui revenait en se remémorant la conversation qu'ils avaient eu à bord du « Haut-Vent ».
Quand ils avaient échangé à propos de leurs frères et sœurs respectifs...
- J'avais oublié que Melphie avait le mal des transports.
Après tout, si elle souffrait du mal des transports, il était probable que Sonon veillait sur elle et faisait attention à ce qu'ils n'aillent jamais trop vite, notamment avec les Chocobos.
- ... Je n'avais pas fait attention à ça, dit-il le ton bas.
Il ne s'excusait pas platement. Mais il s'en voulait d'avoir commis cette erreur.
- Tu n'as pas à t'en vouloir, lui adressa Sonon, un peu étonné quant à sa réaction. Tu as le droit d'aimer la moto.
- Ce n'était pas ce que tu partageais avec Melphie.
A nouveau, les yeux de Sonon se plissèrent. Nero lui rendit son regard, légèrement penaud. Un court silence tomba entre eux, avant que l'ex-Ninja ne lui réponde :
- Je t'ai dit que rien ne saurait remplacer Melphie.
Il avait appris à bien le connaître.
Nero détourna le regard. Il le savait. Il avait intégré les mots de Sonon, mais parfois... ce vieil instinct de combler un manque ressurgissait.
Remarquant sa réaction, le visage de Sonon s'éclaira.
- Mais ça ne signifie pas que je n'ai pas apprécié. Quand tu ne roules pas trop vite, la moto peut être sympa.
Nero le toisa avec intensité.
Il sentait que Sonon était sincère. Pourtant, il ne put s'empêcher de douter.
- Tu ne me dis pas cela pour me faire plaisir ?
- Non, lui répondit Sonon avec honnêteté. Et cela ne me déplairait pas d'apprendre à en conduire une.
Oh.
Sous le masque, Nero camoufla un sourire ravi. Alors que le Tsviet sombre se rapprochait de Sonon, l'ex-Ninja changea de sujet.
Son ton grave revint.
- Est-ce que tu as envie de me dire ce qui ne va pas ?
Pris au dépourvu, le Tsviet sombre se braqua légèrement. Lui qui était sorti dehors avec Sonon pour se changer les idées, pour fuir ses idées noires, le voilà qui remettait le sujet sur le tapis.
- Je me dis que tu as peut-être besoin d'en parler.
- Je n'ai pas besoin d'en parler.
L'image de Shiro réapparut dans son esprit. Nero agrippa la moto. Il était prêt à rentrer à la base de l'ORM quand Sonon l'arrêta doucement, posant sa main sur son épaule pour l'inviter à le regarder.
- Avant qu'on rentre, tu ne veux pas m'apprendre ? Les bases pour conduire une moto ?
Nero le fixa, incrédule.
Avait-il bien entendu ?
Lui qui avait été sur le point de perdre son calme, voilà Sonon qui l'avait apaisé en quelques secondes.
Il avait vraiment un don pour lui faire ressentir des choses qui le dépassaient en temps normal...
Non. Pas un don. C'était quelque chose que devaient avoir les grands frères en commun.
- Ce serait mon plaisir.
Nero lui fit signe de s'approcher et de grimper sur le siège du conducteur. Alors que Sonon s'exécutait, le Tsviet sombre se positionna derrière lui.
Pénétrant dans sa sphère personnelle, Nero passa délicatement ses bras sous les aisselles de Sonon, ses cheveux noirs lui chatouillant la nuque, tandis qu'il lui expliquait, point par point, de manière détaillée la fonction de chaque commande.
- Et n'oublie pas de regarder où tu vas, lui susurra Nero dans le creux de son oreille, faisant sursauter le nouveau conducteur.
Même si l'ex-Ninja s'efforçait de le cacher, Nero sentit qu'il s'était raidi suite à sa soudaine proximité.
Satisfait, et cédant à une pulsion, Nero finit par poser son menton sur son épaule, resserrant son étreinte autour de Sonon quand bien même la moto était à l'arrêt.
- Nero ?
- ... Sssh.
Nero ferma les yeux, se laissant aller contre lui.
C'était vraiment ce qu'il recherchait...
- Laisse-moi juste rester comme ça un moment, lui chuchota-t-il.
Sonon ne répondit rien.
Néanmoins, il ne refusa pas son étreinte pour autant. Nero sourit sous son masque tandis qu'il se détendait considérablement sous le contact chaud de l'ex-Ninja.
Sonon savait qu'il n'y avait qu'une seule solution pour que Nero s'ouvre : agir comme un grand frère à son égard.
Alors, Sonon agissait comme il le faisait avec Melphie autrefois, quand cette dernière avait un problème et qu'elle refusait de lui en parler : la détourner sur un sujet qu'elle appréciait pour l'apaiser afin de l'aborder plus aisément. Manifestement, au regard de l'attitude de Nero et de l'enthousiasme dont il témoignait pour lui expliquer le fonctionnement de la moto qu'il était actuellement en train de conduire, Sonon jugeait qu'il s'agissait de la bonne attitude.
Peut-être que Weiss employait réellement le même comportement avec Nero ?
A croire qu'il ne s'agissait peut-être pas entièrement d'une lubie de Nero. Peut-être qu'au fond, lui et Weiss avaient véritablement des points communs.
Sonon n'était pas certain de ce qu'il devait ressentir face à ce constat. De plus, il n'était pas non plus sûr de la raison pour laquelle il se montrait amical et prévenant envers le Tsviet sombre, au point de pratiquer de la moto avec lui. Oui, il avait senti les doutes de Nero à travers le lien, ainsi que sur ses intentions de partir encore, et une nouvelle fois, Sonon le manipulait à rester.
Mais l'ex-Ninja mentirait s'il disait qu'il s'agissait de la seule raison.
Mais ça ne signifie pas que je n'ai pas apprécié.
Bien sûr, il y avait toujours une part de lui qui le haïssait et qui lui en voulait. Rien au monde ne saurait changer cela. Pourtant, quand il tourna la tête pour rencontrer Nero qui le guidait, l'encourageait à rouler plus vite, une discrète vague de chaleur envahissait l'être de Sonon tandis qu'il s'exécutait avec un plaisir non dissimulé.
Alors que Sonon accélérait, il se disait que peut-être, Weiss aurait dû apprendre à son frère cadet à ne pas abuser de la vitesse. Mais brusquement, alors qu'il était perdu dans ses pensées, les encouragements de Nero s'échangèrent en avertissements.
Trop tard. L'instant d'après, la moto dérapa. Tout se passa très vite. Sonon perdit le contrôle et quelques secondes après, Sonon tomba de l'engin, son dos percutant durement le sol tandis que la moto fonça en ligne droite avant de se renverser à son tour. Quand Sonon se redressa péniblement pour observer la scène, il remarqua la fumée émaner de la moto alors que le moteur tournait toujours.
Sonon tourna la tête de l'autre côté. Il eut juste le temps de voir le Tsviet sombre s'avancer d'un pas vif dans sa direction. Alors que l'ex-Ninja se relevait avec difficultés, Nero se planta devant lui, le toisant de toute sa hauteur d'un air furieux.
« Tu ne m'as pas écouté, n'est-ce pas ? N'ai-je pas été suffisamment clair ? »
Il était calme, mais son ton sec agaça Sonon qui leva les yeux au ciel. Il s'épousseta les vêtements avant de faire face au Tsviet sombre.
- J'ai perdu le contrôle, d'accord ? On n'apprend pas à conduire de la moto en un jour.
- Tu n'as surtout pas fait attention, s'énerva Nero. Tu aurais pu te tuer.
L'ironie de la situation prit l'ex-Ninja au dépourvu. Il n'était pas sérieux, quand même ?
- Tu ne vas pas me dire que tu as peur pour moi ? J'ai failli mourir plusieurs fois à Deepground. Dont de ta main. Et tu as peur parce que je fais une chute en moto ?
Un lourd silence tomba entre les deux hommes. Nero tourna le dos à Sonon, les bras croisés sur sa poitrine. Quand Sonon se rapprocha, il constata l'embarras du Tsviet sombre quand bien même ce dernier essayait tant bien que mal de le cacher.
- ... A croire que cela ne changera jamais, finit-il par déclarer, le ton bas. Peu importe ce que je fasse, je ne ferais jamais les choses correctement. Mes erreurs continueront de me poursuivre, n'est-ce pas ?
- Nero ?
Le Tsviet sombre fronça les sourcils tout en secouant la tête.
- ... Bien sûr que non. Je n'ai pas eu peur, lui répondit-il vainement, plus doucement. Je me suis juste... inquiété, d'accord ?
Cela éberlua vivement Sonon.
Alors, ce n'était pas seulement parce que Sonon comblait le manque de Weiss ? Il avait véritablement fini par s'inquiéter pour lui ? En tant que personne ?
- Je n'étais pas en danger, le rassura Sonon, le ton posé. Ce n'était pas la peine de t'alarmer.
- Hm.
Néanmoins, Nero ne paraissait pas convaincu. Mais Sonon le pensait réellement. Il n'y avait pas lieu de se mettre dans tous ses états.
- Plutôt étrange, hein ? reprit Nero en relevant la tête vers le ciel. Toi-même, tu devrais rire devant l'ironie de cette situation.
- Je ne comprends pas ce que tu veux dire.
- De savoir qu'après tout ce qui s'est produit entre nous, après t'avoir moi-même infligé tout cela... Je finisse par m'inquiéter pour toi.
C'était vrai...
Sur ce point, Sonon ne saurait lui donner tort. L'ironie de la situation était véritablement déconcertante.
Que celui qui avait été autrefois son bourreau finisse par s'attacher à lui ?
- En effet. C'est étrange, approuva Sonon.
Peut-être que c'était la même chose pour lui.
Non... Il devait être forcé de l'admettre. Ce seul moment qu'ils avaient partagé à Deepground, lien des ténèbres ou non, avait fini par changer la vision que l'un portait à l'autre. Peut-être était-ce pour cela qu'il paraissait être attaché, lien de ténèbres ou non, et qu'il s'inquiétait pour Nero.
- Mais j'imagine que cela ne changera jamais rien, hein ? lui adressa le Tsviet d'une voix calme.
Cette émotion qui teintait sa voix. Sonon haussa un sourcil, sans toutefois espérer.
Etait-ce... ? Est-ce que cela pouvait être... ?
Pendant un instant, les ténèbres s'agitèrent légèrement autour du Tsviet sombre et Sonon eut peur qu'il ne se braque encore.
Mais en fin de compte, les ténèbres se dissipèrent d'elles-mêmes. Nero lui répondit, le ton sourd :
- Je me sens... impuissant.
Face à cette déclaration, Sonon laissa les bras retomber le long de son corps.
Avait-il réussi ? Est-ce que sa méthode pour l'inviter à s'ouvrir à lui avait fonctionné ?
Nero n'était pas Melphie, mais cela ne changeait rien.
- Peut-être qu'en parler te libérerait, renchérit Sonon d'une voix douce. Même si j'ai des doutes sur ce qui ne va pas. Cela concerne Shiro, n'est-ce pas ?
Nero se tendit quand bien même il ne confirma rien. Sonon comprit qu'il avait visé juste.
- ... Dis-moi ce qui ne va pas, Nero. Ne te serais-tu pas confié à Weiss s'il t'avait posé la même question ?
Le Tsviet sombre demeura immobile. On aurait dit une statue. La mention de Weiss l'avait atteint.
Au final, l'ex-Ninja s'avança vers lui, sa main gauche effleurant légèrement l'épaule du Tsviet sombre. Un contact silencieux mais significatif. Il s'agissait de le rassurer. Et Nero devait sentir que Sonon n'avait aucune mauvaise intention à son égard.
Il ne fallut pas longtemps au Tsviet sombre pour qu'il se laisse aller contre Sonon, posant sa tête contre son torse, approfondissant le contact.
- ... Rentrons à la base, l'invita Sonon d'une voix douce.
Timidement, Nero approuva du chef. Et tandis que Sonon tournait les talons pour emprunter le chemin menant jusqu'à la base de l'ORM, il sentit les doigts de Nero frôler les siens.
Il ne le rejeta pas. En silence, Sonon accueillit simplement sa main dans la sienne tandis qu'ils marchaient l'un à côté de l'autre. Ils ne rompirent pas l'échange visuel pour autant.
Qu'ils le voulaient ou non, ils étaient unis. Par un lien factice, oui. Mais ils étaient unis. Connectés. Ensemble.
Une fois qu'ils eurent passé les portes de l'ORM, Nero n'avait toujours pas lâché sa main. Mais alors qu'ils se dirigeaient vers les escaliers menant à l'étage de sa chambre, Sonon remarqua du coin de l'œil une silhouette qui s'arrêta en les voyant.
L'ex-Ninja se raidit quand il réalisa qu'il s'agissait de Yuffie. Cette dernière les dévisagea en silence, une expression dure comme de la pierre. Sonon ouvrit la bouche pour l'appeler, mais aucun son n'émana de sa gorge.
Quand elle croisa le regard magenta de Nero, ce fut le bras entier de l'ex-Ninja que le Tsviet sombre agrippa, attirant davantage Sonon vers lui. Il adressa à Yuffie une expression de défi, comme s'il cherchait à la provoquer.
Oh non, vous devez plaisanter...
Mais contrairement à ce qu'il appréhendait, Yuffie ne tomba pas dans la provocation. Elle ne cria pas, elle ne chercha pas à attaquer Nero, déclenchant un combat entre eux. Non.
Mais Sonon aurait presque préféré qu'elle agisse ainsi. A la place, elle se contenta de serrer les poings avant de passer devant eux, quand bien même son visage se fissura et qu'elle luttait tant bien que mal pour garder son calme.
Il va falloir que tu choisisses.
Sonon poussa un soupir à cette pensée. Une fois que Yuffie eut quitté leur champ de vision, les deux hommes reprirent leur route, grimpant les premières marches de l'escalier.
- Allons dans ta chambre, lui adressa l'ex-Ninja.
« ... Je n'ai jamais souhaité être un gardien. »
Ce furent les premiers mots que prononça Nero une fois que lui et Sonon avaient gagné sa chambre attribuée. La porte close, à l'abri des regards, désormais seul avec la raison qui l'avait convaincu de revenir dans le monde des humains, Nero laissa une nouvelle fois tomber l'armure.
Le Tsviet sombre était assis sur son lit, penché en avant, les mains jointes tandis que ses yeux étaient rivés au sol. En face du lit, situé à quelques mètres de lui, Sonon s'était assis au sol, son dos adossé contre le mur, une jambe tendue, l'autre repliée contre lui. Il fixait Nero avec une expression de pierre, quand bien même il ne l'interrompait pas. Il le laissait vider son sac.
- J'ai été créé pour devenir une machine à tuer. Un soldat de Deepground. Le second de l'Empereur Weiss l'Immaculé. Cela a toujours été ma raison d'être. J'ai été créé pour infliger la souffrance et j'en ai joui durant des années.
- Vraiment ? l'interrogea Sonon d'un ton bas.
Nero se prit le visage dans ses mains, quand bien même il parlait une voix monotone, sans émotion.
Oui. Il devait certainement remuer le couteau dans la plaie. Mais que pouvait-il faire ?
- Je te mentirais si je prétendais le contraire, soupira Nero. Je n'ai jamais cherché à le nier, après tout. Mais aujourd'hui... que je le veuille ou non, je suis devenu le gardien de cet enfant.
- Et tu t'y es senti obligé de le devenir ?
Nero secoua la tête.
- Non. S'il n'avait pas ressemblé à Weiss, je l'aurais simplement abandonné. Ou absorbé, pour la seule raison qu'il se tenait sur ma route.
Il vit Sonon tressaillir. Nero croisa les bras sur sa poitrine, pensif.
- Mais j'ai choisi cette voie. Pour des motifs égoïstes. Parce qu'il était un vestige de Weiss. Il aurait pu devenir la copie de mon frère adoré qui aurait su combler ce vide qui me creusait le cœur. Mais il s'est avéré qu'il était... tellement, tellement différent de son père. Et aussi si similaire par moments. Quand je pose les yeux sur lui, je me sens perdu.
Nero prit une inspiration. Il n'était pas dans son habitude de se confier à quelqu'un. C'était... éprouvant.
- Des fois... Je le regrette. Je regrette de l'avoir rencontré. A partir du moment où il est entré dans ma vie, je ne me suis jamais senti autant impuissant. Je lui en veux pour ça. Impuissant parce que j'ai l'impression que je suis incapable de l'élever correctement. Je lui ai ruiné la vie, je le sais. Sans moi, il aurait certainement vécu une meilleure enfance.
- Et c'est une raison pour l'abandonner ?
L'abandonner... Sortir définitivement de sa vie.
L'idée même lui déchirait le cœur. Mais quel choix avait-il ?
- ... Que puis-je faire ? Que dirait Weiss s'il me voyait ?
- Même si je ne connaissais pas Weiss, je pense qu'il te dirait que tu es peut-être dur avec toi-même, souligna Sonon alors qu'il se redressait. N'est-ce pas ?
Nero releva la tête vers lui, songeur.
Serait-ce le cas ?
- Peut-être qu'il me le dirait, oui, admit Nero.
Quand bien même cela n'atténuait pas sa culpabilité.
- Mais... regarde-moi. Je ne suis même pas capable d'être présent pour lui quand il en a le plus besoin, soupira amèrement le Tsviet sombre. J'ignore même s'il souhaiterait ma présence. C'est toi qui as su être là pour lui. Tu as su l'atteindre avec... tes onigiris.
Il ne put s'empêcher d'émettre un léger sourire derrière son masque. Sonon lui rendit son sourire, quand bien même une tristesse apparente baignant dans ses yeux marrons.
- Et ce n'est même pas ton enfant, acheva Nero. Mais tu as réussi là où j'ai échoué.
- Ce n'est pas mon enfant, mais je connais la perte d'un être cher. Ce n'est certes pas le même sentiment, mais j'étais le grand frère. Toi-même, tu devrais être le mieux placé pour savoir que c'est à l'aîné de prendre soin de ses cadets quand les parents sont absents. Weiss le faisait pour toi, après tout.
A nouveau, Nero se détendit à la mention de son frère adoré.
- Tu feras certainement un bon parent plus tard, le complimenta-t-il.
- Tu dis qu'il ne souhaiterait pas ta présence, mais as-tu essayé ? l'interrogea-t-il, reprenant son sérieux. Peut-être qu'il agit comme toi, qu'il se cache derrière une armure.
- Est-ce que cela a de l'importance ? Même s'il acceptait ma présence, je n'ai aucun moyen de le réconforter.
Nero observa ses mains, pliant et dépliant les doigts, des volutes de ténèbres en émanant.
- Ces mains ont été conçues pour détruire. Pas pour... apaiser.
- Tu me demandes de l'aide pour faire en sorte que Shiro aille mieux ?
Il n'y avait aucun intérêt de mentir. Nero acquiesça doucement. Oui. Un tueur né à Deepground qui demandait de l'aide à son ancienne victime. Encore plus quand il s'agissait des sentiments de l'adolescent qu'il avait appris à aimer.
Le silence retomba. Sonon finit par se remettre debout, s'appuyant toujours contre le mur.
- Il n'y a pas vraiment de remède, malheureusement.
- Pourtant, tu m'as aidé. Tu as fait en sorte que j'aille mieux.
Oui. Et il ne parlait pas seulement du moment qu'ils avaient partagé quand ils chevauchaient sur la moto.
- Je pense que... simplement être présent pour la personne et l'écouter, c'est déjà beaucoup, expliqua Sonon. Qu'aurais-tu souhaité, si tu avais été à sa place ?
- ... Que Weiss soit là, répondit-il quasi-immédiatement.
Sonon hésita avant d'approuver.
- Une personne que tu aimes.
A cette réponse, Nero plongea son regard magenta dans celui du Ninja. L'ex-Ninja parut le remarquer. Il se raidit, un peu gêné par l'intense attention qui lui était destinée.
- Je pense que c'est la clef. Et pour le meilleur et pour le pire, tu es le dernier parent qu'il lui reste, lui rappela Sonon.
- Même quand j'ai été un aussi mauvais gardien ?
Oui. Il ne pouvait pas faire disparaître cette pensée intrusive et incessante qui reflétait purement et simplement la manière dont il se percevait lui-même.
Sonon ne répondit pas immédiatement. Encore une fois, Nero abaissa le regard. Son silence parlait de lui-même. Il le jugeait aussi.
- ... Tu n'as pas été un aussi mauvais gardien, Nero.
Cette réponse le frappa. Ne s'y attendant pas, Nero le toisa, choqué.
- J'ai vu sa chambre, précisa Sonon. Et j'ai vu comment il se comportait avec les autres. Avec les humains. Avec ses amis. A mes yeux, il aurait pu mal tourner. Beaucoup plus mal. Surtout qu'il provient de Deepground. Donc, pour répondre à tes doutes, je crois que cela n'illustre pas le travail d'un mauvais gardien.
Il marqua un temps avant d'ajouter :
- Surtout que... il est encore vivant, à l'heure actuelle. Il a su survivre, contrairement à d'autres, fit-il en détournant le regard. Et tu ne t'es jamais posé la question sur ce qu'il serait devenu sans toi ? Aurait-il survécu ? Sans son père, sans sa mère ?
Aurait-il survécu ?
Non... les humains, du moins certains d'entre eux, n'auraient accordé d'attention à un enfant errant qui venait de Deepground. C'était ces mêmes humains qui l'avaient fait souffrir.
- Je ne dis pas que tu n'as pas commis d'erreurs, précisa Sonon, ce fut dur à encaisser pour Nero. Tu en as commis beaucoup. Des tas et des tas. Mais tu ne devrais pas négliger pour autant ce que tu lui as apporté de positif car je suis sûr que cela existe.
- Tu le penses réellement ?
Sonon hocha la tête.
- Tu dis que tu n'as jamais été créé pour devenir un gardien. Que tu as été créé pour devenir une machine à tuer au service de la SHINRA, de Deepground. Mais ta raison de vivre n'a-t-elle pas été d'être le petit frère de Weiss ? Tu ne vivais que pour lui. Tu pourrais continuer à vivre pour Shiro, de la même manière, même si Weiss est parti pour toujours.
Les mèches noires de Nero avaient caché ses yeux. Pour une fois, depuis qu'il l'avait remis, il se sentait actuellement soulagé de le porter.
- Nero ?
Le Tsviet sombre n'avait pas remarqué qu'une larme avait roulé le long de sa joue avant de tomber au sol, à ses pieds.
Etait-il triste ? Ou était-ce autre chose ?
Le remarquant, Sonon s'était abaissé à sa hauteur. A nouveau, Nero sentit la main de l'ex-Ninja sur son épaule, l'invitant à le regarder.
- ... Tu as le don des mots, Sonon Kusakabe.
Nero se frotta les yeux. L'ex-Ninja ne retirait pas sa main pour autant. C'était un contact doux et chaud.
- ... Raison de plus pour ne pas te comprendre.
Sonon inclina la tête sur le côté tandis que Nero se redressait pour lui faire face. La mine embarrassée s'était changée en expression sombre.
- ... J'ai failli te tuer. Plusieurs fois. Je t'ai poignardé et je t'ai emmené à Deepground. Je t'ai volé dix ans de ta vie. Et pourtant, on passe du temps ensemble, comme si rien ne s'était produit.
Cette remarque parut avoir l'effet d'un léger coup dans l'estomac pour Sonon. Ne changeant pas d'expression, il soutint le regard du Tsviet sombre, cherchant ses mots.
- ... Tu es en train de me dire que tu regrettes ? Tu regrettes ce que tu m'as fait ?
Oui. Nero se surprenait enfin à l'admettre.
Après tout ce temps ? Alors qu'il avait toujours dit qu'il ne regrettait rien ? Non. Il ne regretterait jamais rien quand il s'agissait d'assurer la sécurité et la survie de son frère.
Mais Sonon... Sonon était différent.
Les yeux de Nero se plissèrent.
- ... Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. C'est juste... que cette situation, tout cela me dépasse, compris ?
Frappé de gêne, ce fut au tour de Nero de chercher ses mots.
- Je veux dire. Je t'ai dit que... tu me faisais ressentir des choses qui me dépassent. Et... j'ai encore du mal à l'accepter. Mais toi... tu devrais me détester. Tu ne devrais même pas tolérer ma présence, non ? Mais tu es là, avec moi... Ce serait logique, n'est-ce pas ?
- Sans doute.
- J'ai juste besoin... d'explications, rien de plus, acheva Nero, le ton bas. Et... j'ignore à quel moment je suis devenu aussi faible. Pourquoi... t'intéresser à moi ? Pourquoi alors que mes pouvoirs sont amenés à disparaître de toute façon ? Bientôt... le lien de ténèbres entre nous sera rompu. Juste... pourquoi ?
- Je ne crois pas que tu sois faible, Nero, lui répliqua doucement Sonon.
L'ex-Ninja marqua une pause, avant de soupirer.
- Je pourrais te répondre, effectivement, mais je ne sais même pas moi-même ce qui me pousse à venir vers toi. Et... je te mentirais si je te disais que je suis prêt à aller jusqu'au bout avec toi, à avoir une relation après tout ce qu'on a vécu. Qu'elle soit fraternelle ou... plus. Mais malheureusement, je ressens ces choses pour toi et tu devines déjà que je ne peux pas les contrôler, même si je sais qu'en étant logique...
- Ce n'est pas possible, compléta Nero, le ton morne.
Cela aurait été largement plus simple s'il se contentait d'ignorer Nero et d'attendre que leur lien de ténèbres se brise.
Malheureusement, on ne contrôlait pas ses sentiments. Qu'ils proviennent du lien ou autre. Nero le savait, mieux que quiconque.
- Merci pour ta franchise, le gratifia Nero quand bien même le ton n'y était pas. J'imagine que... je peux seulement en profiter quand cela dure encore, hein ? Aussi longtemps que le lien sera entre nous, n'est-ce pas ?
Alors, je ne peux qu'œuvrer pour y trouver ma place... aussi longtemps que je pourrais continuer à te garder un peu pour moi et à te voler des instants comme celui-là.
Nero n'entendit aucune réponse. Mais il n'eut pas besoin de le faire. Il se laissa simplement tomber, la tête contre l'épaule de l'ex-Ninja.
- ... Tu n'es pas obligé de rester si tu ne le souhaites pas.
Contrairement à la première fois, il ne s'agissait pas d'un rejet émis sur un ton agacé. Non. Nero le pensait sincèrement.
Il ne souhaitait pas que Sonon, celui qui avait fait naître en lui des sentiments qu'il n'avait réservé que pour Weiss, se sente forcé de quelque manière qu'il soit.
Et en toute honnêteté, il avait peur que cela soit le cas.
- Je ne me force pas.
La main de Sonon quitta l'épaule de Nero pour remonter doucement vers son visage, l'apposant sur sa joue.
Un contact simple, mais tendre... Un contact auquel Nero ne sut aucunement résister. Le Tsviet sombre inclina sa tête, l'approfondissant tandis que Sonon lui caressait doucement la joue, son pouce effleurant vaguement le bandeau qui recouvrait ses lèvres.
- Puis-je rester ? Avec toi ? lui demanda Sonon qui approcha son visage de sorte à ce qu'il se retrouve à quelques centimètres de la nuque de Nero, son souffle chaud le faisant frissonner.
Nero ferma les yeux, un sourire apparaissant sur ses lèvres.
Il était tellement gentil.
Sa réponse ne se fit pas attendre. Dans un souffle, Nero lui demanda :
- Embrasse-moi.
Il en avait besoin...
Il en avait eu besoin depuis qu'il s'était donné à lui, à Deepground. Lorsqu'il lui avait proposé de devenir la raison dont il avait besoin pour revenir.
Sans hésiter, Sonon s'empressa de descendre les mains vers sa bouche afin de lui défaire le bandeau. Une fois qu'il libéra ses lèvres, Sonon se pencha et les captura dans un baiser passionné.
Je n'ai jamais souhaité être un gardien.
Et je n'ai jamais été créé pour aimer un humain.
« Hmm... Hmm... » gémit Nero alors que Sonon entrouvrait sa bouche, sa langue effleurant ses lèvres. Immédiatement après, Nero ouvrit la sienne pour l'accueillir, emmêlant leurs langues ensemble. Sans rompre leur baiser, Nero entoura sa nuque de ses bras pour attirer l'ex-Ninja vers lui.
Au milieu de leurs échanges, Sonon s'était assis sur le lit à son tour et Nero entoura sa taille de ses jambes. Mettant un terme au baiser pour reprendre leur souffle, ils ne tardèrent pas à en initier un autre juste après, tout aussi frénétique que le précédent.
« Aaah... Aah ! Hmm... »
En même temps qu'ils se goûtaient l'un l'autre, les mains de Sonon descendirent lentement vers la taille du Tsviet sombre, le palpant tout en formant de grands cercles dans son dos. Il pressa doucement sur ses hanches pour l'attirer contre lui, avant de baisser ses mains le long de son postérieur. Un frisson de plaisir traversa l'être de Nero quand l'ex-Ninja l'agrippa soudainement. Alors qu'ils se séparèrent pour se regarder, un filet de salive liant leurs lèvres, Nero constata qu'à part Weiss, il n'y avait rien de plus désirable que l'homme qui se tenait devant lui.
« Je... » balbutia Nero, le souffle rauque.
Sonon ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase. Il se pencha à nouveau pour l'interrompre en l'embrassant profondément. Volant davantage de baisers, d'une main dans le dos, il aida Nero à s'allonger avant de grimper au-dessus de lui. Il tira sur le col du Tsviet sombre, dévoilant sa peau pâle. Nero releva le menton vers lui, et surprit Sonon à se lécher les lèvres, un instinct animalier brûlant dans ses yeux.
L'instant d'après, Sonon l'embrassa dans le cou. Ce qui constituait initialement le contact de ses lèvres sur sa peau froide se transforma rapidement en suçons, utilisant sa langue et ses dents, arrachant des petits cris de la part de Nero.
« Aaah ! Hmm... aaah... »
Nero se laissa entraîner dans cette danse, pressant ses hanches contre celles de Sonon. Alors que ce dernier continuait de le sucer et de le mordre, le Tsviet sombre frotta son érection contre celle de Sonon à travers leurs vêtements, lui témoignant de son excitation grandissante. Sonon se détacha de lui pour le fixer intensément.
« Je... » répéta Nero, la rougeur évidente sur ses joues.
Sonon sourit avant de s'écarter, empêchant Nero de lui voler un autre baiser. Sans un mot, il ôta le haut de son uniforme, enlevant précautionneusement les couches de vêtements qui le recouvraient. Dévoilant son torse nu et bronzé, il se rapprocha de Nero pour l'embrasser une nouvelle fois sur les lèvres, dans un contact plus chaste cette fois.
« Aaah... Sonon... »
« Hm ? » fit l'ex-Ninja à travers les baisers.
Nero inhala, exhala. Finalement, il prit Sonon par surprise.
L'instant d'après, il inversa leurs positions d'un coup de rein, se retrouvant désormais au-dessus de lui, ses longs cheveux tombant sur son visage. Choqué, Sonon plongea son regard dans le sien.
Nero lui sourit, mesquin.
« Laisse-moi te guider », lui susurra-t-il alors que ses lèvres effleuraient celles de son amant. « Laisse-moi te donner une raison de plus d'embrasser les ténèbres... »
« Aaah... »
Sonon était une créature magnifique...
Ce fut à son tour d'ôter sa combinaison. Cette dernière tomba le long de ses épaules, dévoilant les tatouages recouvrant son corps. Nero prit doucement la main de Sonon pour l'apposer sur l'un d'eux, l'invitant à les redessiner avec ses doigts.
Comme le faisait Weiss...
« Aaah... »
Sans ajouter quoi que ce soit, Nero agrippa le pantalon de Sonon d'une main, avant de le descendre abruptement, manquant presque de le lui arracher. Dévoilant son membre en érection, Nero tendit la main vers lui, faisant apparaître un filet de ténèbres dans le creux de sa paume.
En dépit de l'excitation, Sonon écarquilla les yeux, ne comprenant pas ce que Nero souhaitait faire. Le Tsviet sombre s'abaissa pour l'embrasser encore, dans une vaine tentative de le rassurer.
« Autant en profiter, non ? » lui susurra-t-il dans le creux de son oreille, alors que le tentacule descendait vers le membre de Sonon pour le stimuler.
« Aah ! »
Sonon ne put réprimer un sursaut sous la sensation qui l'agrippa. Tandis que Nero continuait ses mouvements de va-et-vient avec ses ténèbres, il captura les lèvres de l'ex-Ninja, inclinant la tête sur le côté pour approfondir leur échange.
« Hmm ! Hmm ! »
La sueur perlant les mèches de Sonon ne fit que l'exciter davantage. Il ne feignait pas. Nero rompit le baiser sans pour autant détacher ses lèvres des siennes. Alors qu'il accélérait la cadence, il lui demanda d'un ton mielleux :
« Cela te plait ? »
« Aaah ! Ah ! »
Il n'en doutait pas. Alors qu'il mordit son cou, Nero continuait de lui parler.
« Hmm... tu es sûr que... je ne peux pas te faire changer d'avis ? Mon offre tient toujours. Rester à Deepground avec moi... je pourrais prendre soin de toi de cette manière aussi longtemps que tu le désireras. »
« Aah ! Hmm... ! »
« Hm... » releva Nero alors qu'il l'embrassait le long de son corps, pressant sur ses pectoraux. « Peux-tu imaginer ta chère Yuffie te donner ce plaisir ? Es-tu en train de l'imaginer en ce moment même ? A ma place ? En train de te toucher et te caresser comme je le fais ? »
Puis, le tentacule se resserra autour du membre de Sonon, lui arrachant un cri d'extase. Cette sensation, ainsi que les mots de Nero, le poussèrent dans ses derniers retranchements.
« Je ne t'en veux pas... de penser à ton âme sœur. Comment t'en vouloir quand tu es aussi désirable, aussi agréable à regarder ? » continua Nero.
Au final, il prit pitié de Sonon. Dès l'instant où il relâcha le membre de l'ex-Ninja, ce dernier l'agrippa par les épaules pour le retourner, le plaçant en-dessous de lui. Ce fut au tour de Sonon de jouer avec lui.
Nero se laissa faire, s'abandonnant complètement à sa volonté.
Il sentit un doigt s'enfoncer en lui, puis un autre, lui arrachant de multiples gémissements.
« Aah ! Hmm ! Hmm ! »
Exactement comme la dernière fois...
Finalement, Sonon écarta les jambes de Nero. Sans détacher son regard du sien, l'ex-Ninja prit une inspiration, empoignant son propre membre.
- Est-ce que tu es sûr que...
- Je n'attends que ça, lui répondit Nero alors qu'il rejetait sa tête en arrière.
L'instant d'après, il pénétra Nero, d'abord en douceur pour le laisser s'habituer à la sensation.
« Aah ! Hmm ! Sonon... »
Son souffle sur son visage, Sonon commença à bouger en lui, avançant et reculant tandis que Nero s'accrochait à lui.
« Aaah ! Ah ! Hmm... Aah ! »
C'était tellement bon...
Tellement agréable...
Tandis que les gémissements de Nero devenaient plus forts, Sonon l'embrassa encore, l'autorisant à crier dans sa bouche.
« Hmff- Hmm... aaah... Sonon... Je… Je… »
Il n'y tenait plus.
Sans réfléchir, Nero rompit le contact. A l'instant même où Sonon se relâchait en lui, ces mots franchirent ses lèvres.
Ces mots si puissants... qu'il n'avait réservé qu'à deux seuls êtres...
« Sonon... Je... je t'aime ! » articula-t-il alors qu'il vint à son tour. « Je... Je t'aime. »
Cela avait été...
Il n'y avait aucun mot pour décrire ce qu'il ressentait.
Allongés l'un à côté de l'autre dans le lit, Nero observa l'ex-Ninja. Ce dernier paraissait profondément endormi. Son expression semblait... si paisible.
L'avait-il entendu ?
Est-ce que Nero regrettait ces mots ? Regrettait-il d'avoir ôté l'armure, d'avoir dévoilé son cœur au risque d'y recevoir un coup de poignard ?
Que dirait Weiss ?
Nero resta en position assise durant de longues minutes, l'esprit encore embrumé par ce qu'il ressentait.
Il finit par se lever. Alors que Sonon bougeait dans son sommeil, sans ouvrir les yeux, Nero se rhabilla discrètement.
Oui... Que dirait Weiss ?
Peut-être se montrerait-il jaloux, pensa Nero. De s'être donné à un autre homme. D'avoir développé des sentiments pour lui. Ou... peut-être que son grand frère le comprendrait. Peut-être qu'il l'aurait encouragé, aussi longtemps qu'un autre puisse rendre Nero heureux en son absence. Peut-être leur donnerait-il sa bénédiction.
Il n'avait pas menti à Sonon. L'ex-Ninja aurait certainement été le type de Weiss si le destin en avait décidé autrement. Si le destin les avait amenés à se rencontrer.
En silence, Nero ouvrit la porte de sa chambre, jetant un coup d'œil à la silhouette de l'homme endormi.
Sonon était une bonne personne, contrairement à lui.
Même si les sentiments existaient, Sonon n'avait pas tort. Sauraient-ils poursuivre une relation après tout ce qui s'était produit entre eux ? Encore plus une fois que le lien de ténèbres les unissant aurait disparu ?
Etait-il assez bien pour Sonon ?
Non. Bien sûr qu'il ne l'était pas, quand bien même il le désirait.
Il pensa à Sonon, à Yuffie... Au fait qu'ils étaient âmes sœurs, comme Weiss et lui l'avaient été.
De la même manière qu'il l'avait fait pour Shiro et Lorraine, il détruisait un lien. Bien sûr, Nero avait peut-être un moyen pour qu'il puisse garder Sonon pour lui-même, sans pour autant tout détruire sur son passage.
Mais est-ce que cela suffirait ? Le pourrait-il, alors qu'il n'était pas assez bon pour Sonon ? Tout comme il ne se considérait pas bon pour Shiro ?
A mes yeux, il aurait pu mal tourner. Beaucoup plus mal. Surtout qu'il provient de Deepground. Donc, pour répondre à tes doutes, je crois que cela n'illustre pas le travail d'un mauvais gardien
Et c'était Shiro lui-même qu'il souhaitait rejoindre, actuellement. Les mots de Sonon l'avaient atteint.
Il n'avait pas essayé. Il n'avait pas essayé de l'aborder lui-même, par crainte du rejet de la part de son enfant.
Je n'ai jamais souhaité être un gardien.
Il ne tarda pas à trouver l'adolescent. Pas dans sa chambre, non.
Non. Il le découvrit dans la salle d'entraînement, seul. Mais l'adolescent ne s'entraînait pas. Il était simplement assis sur un banc, « Terre » à ses pieds, laissée à l'abandon.
Il était courbé en avant, les yeux cachés par ses mèches blanches. Nero s'arrêta à distance, le fixant en silence.
Shiro ne réagit pas à sa présence. Pourtant, sa mâchoire était serrée. Comme s'il essayait tant bien que mal de se contenir.
« On a tous perdus quelqu'un qui nous était cher ici »
Nero prit une inspiration. Pendant un instant, il faillit faire demi-tour. Laisser Shiro seul. Peut-être était-ce dont il avait le plus besoin à l'heure actuelle.
« Et tu ne t'es jamais posé la question sur ce qu'il serait devenu sans toi ? Aurait-il survécu ? Sans son père, sans sa mère ? »
Nero se fit violence pour ne pas disparaître dans les ténèbres. Ravalant ses craintes, il s'avança vers Shiro.
L'adolescent demeura immobile.
Je pense que c'est la clef. Et pour le meilleur et pour le pire, tu es le dernier parent qu'il lui reste.
Sonon avait raison.
Nero arriva à hauteur de Shiro, se plaçant à quelques centimètres de lui. L'adolescent releva lentement la tête vers son oncle.
Malgré ses mèches qui lui barraient les yeux, Nero put discerner les larmes roulant sur ses joues.
« ... Lâche-toi », lui adressa-t-il. « Laisse-toi aller. »
Cela sonna... plus naturel qu'il ne l'avait envisagé. Les épaules de Shiro montèrent et descendirent, l'adolescent luttant péniblement pour ne pas céder.
Nero ne lui en laissa pas le choix. Il entoura ses épaules de son bras pour l'attirer vers lui, le visage de Shiro s'enfonçant dans sa poitrine.
Ce fut tout ce dont il eut besoin.
Shiro se mit à sangloter. Il pleura comme Nero ne l'avait jamais vu pleurer auparavant.
Il pleura Ophelia...
Il pleura Weiss...
Il s'excusa encore et encore parce qu'il croyait que c'était sa faute si son père et sa mère étaient morts.
Ce n'était pas le cas.
Nero garda le silence, sans jamais le lâcher pour autant.
Cela apaisait Shiro... cela lui faisait du bien...
C'était tout ce qui comptait.
Je n'ai jamais souhaité être un gardien.
Mais j'ai fini par le devenir, pour le meilleur et pour le pire.
Je dois donc l'assumer.
