Ensemble pour toujours
OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place au début de Reste avec moi. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.
« Félicitations pour ta remise de diplôme, Marlène »
Tel était le message affiché sur la banderole accroché au mur, à l'entrée du « Septième Ciel. » Aujourd'hui, l'ambiance y était festive. D'ordinaire, le bar était fermé depuis trois heures déjà. Mais ce soir, il était exceptionnellement ouvert pour fêter la remise de diplôme de celle qui avait fait la fierté de la journée. A l'exception de Yuffie et de Shelke qui avaient quitté Edge quelques jours plus tôt pour se rendre au Wutaï, tous les membres de l'ex-AVALANCHE étaient présents, y compris Vincent, ce qui était exceptionnel. Autour d'eux, les verres se remplissaient tandis que la musique envahissait la salle. Accoudé au bar, Barret laissa glisser sa pinte à hauteur de Tifa pour que cette dernière le resserve.
« Ahaha ! Bon sang ! C'était quand la dernière fois qu'on a profité comme ça ? » s'esclaffa Barret avant d'éclater d'un grand rire tonitruant.
- Aerith ! cria Tifa en poursuivant la petite fille de cinq ans qui s'évertuait à s'échapper à son contrôle, courant à travers le bar en poussant des petits gloussements tout en agitant les bras. Aerith ! Raah, Marlène, viens m'aider !
- Pas depuis notre dernière nuit pré-apocalyptique, soupira Red XIII, roulé en boule au sol.
- Arrête de faire la gueule, sale cabot ! C'est la remise de diplôme de ma princesse chérie ! Alors, tu vas t'excuser et tu vas danser !
- Mais bien sûr.
- Hé ! Qui vient sur la piste de danse avec moi ? Pourquoi Shera n'est jamais disponible pour les grandes occasions ? Vincent, s'il te plaît ! hurla Cid qui agitait son verre de liqueur, le teint rouge et le sourire de banane sur son visage.
Lui et Barret étaient déjà bien enivrés. Vincent et Cloud paraissaient bien plus sages à côté d'eux, quand bien même tout le monde savait qu'ils n'étaient pas sobres.
- Non, répondit Vincent d'un ton sans appel.
- Raah ! Tu m'agaces ! S'il te plaît, nom d'un chien ! C'est la fête, quoi !
- Bon... peut-être à la fin de la soirée, finit par abdiquer Vincent sans grande conviction.
- Tifa ? Besoin d'aide ? lui demanda Cloud.
- Non, ça va, je l'ai attrapée.
A bout de souffle, Tifa posa Aerith sur une chaise haute avant de se tourner vers Denzel et Shiro, tandis que Marlène était sur la piste de danse, ayant rejoint Cid pour se dandiner au rythme de la musique. Les adolescents étaient les seuls à ne pas boire d'alcool en dépit des supplications de Denzel, quand bien même cela ne les empêchait pas de s'amuser.
- Vous souhaitez autre chose ? les interrogea Tifa alors qu'elle prenait une bouteille de jus de tomates.
- Bah... commença Denzel, penaud.
- Non. Pas d'alcool pour vous. Pour la dernière fois, vous êtes trop jeunes.
- Mais Cid était d'accord la dernière fois !
- On n'est pas bourrés dans cette équipe ! C'est nous contre le monde, na ! s'esclaffa Barret d'un ton qui contredisait ses mots. Oh, et je vous ai parlés de la fois où Marlène a dit « papa » pour la première fois ? Et de la fois où elle s'était rendue à l'école maternelle ? Mon petit cœur, ça pousse tellement vite...
- Papa, le coupa Marlène qui leva les yeux au ciel, agacée, avant de quitter la piste et monter les marches de l'escalier quatre à quatre afin de se rendre à l'étage.
Tifa pouffa avant de se tourner vers Shiro qui sirotait son jus de pommesottes tout en tapotant ses pieds au rythme du nouvel air qui jouait.
- Shiro. Ta mère ne voulait pas venir ?
L'adolescent aux cheveux blancs la regarda en souriant avant de secouer la tête.
- Non. Pas ce soir, elle était fatiguée.
Surtout avec la journée qu'ils venaient de passer... Pendant un instant, Shiro avait hésité à rester à la Pâtisserie Dorée pour rester auprès d'elle, au cas où Chris et ses sbires reviendraient la harceler. Mais après l'altercation de cette après-midi et suite à son petit voyage dans les ténèbres, Chris n'allait certainement pas revenir de sitôt.
Du moins, l'espérait-il.
Enfin... A croire que Chris n'avait toujours pas compris le message, pensa Shiro en ressentant la colère monter en lui, qu'il s'efforça de tuer dans l'œuf en reprenant une gorgée de jus de pommesottes.
- Plus on est de fous, plus on rit ! approuva Barret au loin.
- Tu dis ça parce que tu disais la trouver mignonne ! Haha, joli cœur ! se moqua Cid en le frappant dans le dos.
Shiro fronça les sourcils à cette remarque, adressant à Denzel un regard alarmé.
- Ce n'est pas que ce j'ai entendu, hein ? Il est saoul ?
- Héhé, bien sûr qu'il est saoul ! ricana Denzel en plaçant un bras autour des épaules de Shiro pour l'attirer contre lui, renversant le contenu du verre de Shiro au passage.
L'adolescent aux cheveux blancs gloussa à son tour avant que son visage ne se décompose en remarquant son tee-shirt trempé de jus de pommesottes.
- Denzel, tu es chiant ! siffla l'adolescent.
- Shiro ! Ton langage, le réprimanda sévèrement Tifa.
Denzel continua de rire tandis que Shiro le repoussait mollement avant de se lever. Et voilà. Ruiné.
- Tu as des affaires de rechange à l'étage, lui rappela la propriétaire du « Septième Ciel » en lui désignant du doigt les escaliers.
- Merci, je sais. Tu m'énerves, Denzel !
- De rien, se moqua l'adolescent plus âgé.
Ce fut au tour de Shiro de râler en grimpant les marches d'escalier d'un pas lourd. Arrivé à l'étage, il se dépêcha de se rendre dans la chambre de Tifa pour y ouvrir la grande armoire avant de se déshabiller pour se changer avec les affaires disponibles. Une fois que ce fut fait, il s'apprêtait à redescendre quand il remarqua la lumière allumée dans la chambre de Marlène.
Piqué par la curiosité, Shiro se dirigea vers la lumière et pénétra à l'intérieur de la pièce.
Il ne s'attendit pas à la scène qui s'offrit à lui. Dans la chambre, il y découvrit Marlène, qui avait troqué sa longue robe blanche de remise de diplôme contre un ensemble rouge, composé d'un tee-shirt et d'une jupe. Cette dernière avait allumé sa propre chaîne Hi-fi et se laissait emporter sur un air plutôt entraînant.
- Oh, Shiro !
Dès qu'elle remarqua l'adolescent aux cheveux blancs, Marlène s'arrêta net avant de se tenir droite, raide, les mains derrière son dos, une expression gênée sur le visage.
- Oh. Désolée... Je... j'ai cru que c'était Denzel. Tu faisais quoi ?
Ha, Denzel...
Intéressant, nota Shiro alors qu'il s'appuyait contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine, adoptant une posture nonchalante.
- Aucun problème, la rassura Shiro. Je suis monté pour me changer aussi. Mais je vois que tu étais plutôt occupée.
Marlène fronça les sourcils avant de replacer une mèche derrière son oreille.
- Disons que... j'ai eu une soudaine envie de m'amuser seule.
- Hm... Seule. Vraiment ?
Oui. Marlène avait beau dire ce qu'elle voulait, Shiro ne la croyait pas. Il quitta son emplacement avant de l'interroger, l'air mesquin :
- Suis-je toujours autorisé à faire le tour de ta chambre ?
- Tant que tu ne fouilles pas dans les tiroirs de la commode.
- Oh, ça va. Ce n'est arrivé qu'une fois, releva Shiro en faisant la moue.
Quand bien même il ne put s'empêcher de se gratter la nuque, se sentant un peu gêné en se remémorant le souvenir d'une « fouille inopinée des tiroirs de la commode de Marlène ». Il préféra oublier ce qu'il y avait découvert cette nuit-là. Au moins, suite à cela, elle ne l'avait pas interdit de toucher à ce qu'il trouvait. Après tout, plus jeunes, elle lui montrait tout et ils n'avaient aucun secret l'un pour l'autre.
Alors qu'il effectuait un tour rapide des affaires de Marlène et porta son intérêt sur une tasse sur laquelle était inscrite « Barret, le meilleur des papas », l'adolescente de seize ans ralluma sa chaîne Hi-fi et reprit ses pas de danse, sans faire attention à son cadet.
- Tu te souviens ? lui demanda-t-elle tandis qu'elle fermait les yeux, se laissant transporter par la mélodie. La première fois qu'on a dansé ensemble ?
Shiro se retourna vers elle, lui souriant à pleines dents face à ce tendre souvenir.
La fête foraine... La première fois qu'il avait dansé avec elle.
- Comment oublier ?
- On a fait des progrès depuis cinq ans, apprécia l'adolescente en bougeant les épaules, sans se tourner vers lui.
- Et... tu voudrais bien continuer à me donner des leçons ? lui adressa Shiro, amusé.
Amusée, Marlène lui adressa un regard en biais par-dessus son épaule.
- Avoue-le, Shiro, le taquina-t-elle. On y prend goût.
Il ne chercha pas à le nier. Il y avait pris goût, après tout. A la danse. Quand bien même il était loin d'être un danseur hors pair, notamment à côté de Marlène.
Elle marqua une pause avant de reprendre sa chorégraphie.
- Peut-être après celle-ci.
- J'ai hâte, commenta l'adolescent.
Alors qu'il continuait d'inspecter la chambre, il lui demanda, intrigué :
- Par curiosité : qu'est-ce qui t'a fait aimer la danse à ce point ?
Marlène s'arrêta durant quelques secondes afin de reprendre son souffle.
- Je l'ignore, en fait, dit-elle, songeuse. Mais je me souviens qu'on avait beaucoup dansé avec l'équipe et les autres enfants après que Denzel ait été guéri des géostigmates. J'y ai pris goût par la suite.
- Oh... Oui.
Oui. Marlène et Denzel lui avaient raconté cette période qui n'avait été aucunement facile pour l'équipe d'ex-AVALANCHE toute entière. Denzel qui avait perdu ses parents, qui avait voyagé de foyer en foyer avant de contracter la maladie de Geostigmates...
Marlène et lui qui avaient été enlevés par le gang de ce dénommé Kadaj qui disait vouloir les guérir...
Shiro était impressionné qu'ils aient vécu tout cela. Cela lui rappelait à chaque fois que les deux adolescents étaient les survivants d'une crise. Cela ne faisait que renforcer son admiration pour eux.
- Cela a dû être une belle aventure, souffla Shiro.
- Crois-moi, Shiro. Sur le coup, c'était tout sauf drôle, lui adressa Marlène, sévère. On ignorait même si on s'en sortirait.
- J'imagine... releva l'adolescent, le ton à peine audible.
- Donc, à chaque fois que je danse, compléta-t-elle, le ton rêveur, cela me rappelle qu'on est vivants. Que Denzel est guéri. Que le temps ne nous ait plus compté.
Oh oui, il pouvait comprendre son point de vue...
- J'aime beaucoup ta manière de penser, Marlène, lui répondit Shiro, attendri, avant de se remettre à ses recherches.
- J'ignore si Denzel...
Elle n'acheva pas sa phrase. Shiro lui fit face, attendant qu'elle termine sa phrase, une lueur intéressée dans son regard.
- ... Laisse tomber, bredouilla-t-elle, penaude.
- Vas-y, l'encouragea Shiro.
- Non, rien. Je me demandais seulement si... Denzel t'avait dit quelque chose par rapport à moi dernièrement.
Shiro la fixa bêtement.
- ... Je ne crois pas.
- Cela ne fait rien, dit Marlène alors qu'elle se dirigea vers sa chaîne Hi-fi pour l'éteindre.
Pourtant, son attitude étrange n'avait pas échappé à l'adolescent. Réprimant un sourire de conspirateur, Shiro tourna le dos à la jeune fille.
C'était donc ça...
Il ouvrit les portes de l'armoire positionnée contre le mur, à côté de la porte. De manière inattendue, son attention fut attirée par un objet en particulier qu'il découvrit trôner dans l'un de ses tiroirs.
- Oh, Marlène, s'étonna Shiro en ressortant quelque chose qui paraissait ressembler à un instrument de musique.
Il détailla sa trouvaille avec curiosité.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ça ? C'est une lyre, lui expliqua la jeune fille.
Une lyre ?
- J'y jouais quand j'étais au collège, quand je prenais des leçons de musique, expliqua Marlène en haussant les épaules. Je l'ai rangée là et je l'ai oubliée, je pense.
- Et tu aimais ça ? demanda Shiro, sans détacher ses yeux de l'instrument.
- Bah. J'aimais ça, à l'époque. Aujourd'hui, j'ignore si je continuerai à y jouer. Je n'ai plus trop le temps, j'avoue.
- Intéressant.
Shiro posa son doigt sur ses lèvres, pensif.
- Et ça se joue comment ?
- Attends, lui sourit Marlène alors qu'elle lui prenait la lyre des mains, avant de s'asseoir sur son lit pour lui faire une démonstration.
Shiro s'installa en tailleur en face d'elle. Il était toujours intéressé d'apprendre quelque chose provenant du monde extérieur. Il connaissait le piano, la guitare et le violon, mais il n'avait jamais entendu le son d'une lyre. Alors que ses doigts tiraient sur les cordes de l'instrument, provoquant des sons oscillant entre le très aigüe et le grave, une composition qui sonnait juste aux oreilles de Shiro.
La symphonie était plaisante à l'ouïe. Quand Marlène jouait, Shiro avait l'impression d'écouter une poésie de sa création.
- Ouah... C'est géant, siffla Shiro d'admiration.
- En effet, approuva Marlène en la reposant doucement sur ses genoux. J'avais oublié la sensation d'en jouer.
- Tu devrais continuer, lui adressa l'adolescent aux cheveux blancs. Même si tu n'as plus le temps, tu ne peux pas la laisser dans ton placard. Elle finira par prendre la poussière.
Il s'étira, faisant craquer ses épaules.
- Tu m'en joues une autre ?
- Volontiers.
Mais avant qu'elle ne puisse lui en dévoiler plus, la porte de la chambre de Marlène se rouvrit, dévoilant Denzel. Son intervention les sortit de leur torpeur. Marlène échangea un regard avec Shiro avant de s'arrêter.
- Euh, fit Denzel en se raclant la gorge. Je dérange ?
- Pas du tout, répondirent les deux autres adolescents d'une même voix.
Shiro ne le remarqua pas, mais Marlène avait discrètement caché la lyre derrière son dos. Denzel les toisa, amusé, avant de leur proposer distraitement :
- Ils sont complètement ivres, en bas. Et Tifa est occupée avec Aerith. Cela vous dit qu'on passe le reste de la soirée dehors ?
- Dehors ? s'étonna Marlène.
Denzel acquiesça, l'air mystérieux.
- Vous ne saurez jamais qui se trouve en ville. Il y a une soirée spéciale « Dance Like Andy » dans le centre-ville. Apparemment, Andrea Rhodea y serait. On pourrait en profiter pour sortir et lui demander des autographes.
A la mention d'Andrea Rhodea, des étoiles apparurent dans les yeux de Shiro.
- Oh oui ! S'il te plaît !
- Marlène ? lui demanda Denzel.
Mais Marlène ne partageait pas son enthousiasme.
- Mais Denzel... Pas sûre que mon père soit d'accord pour qu'on fasse le mur, balbutia-t-elle.
- Mais Marlène, c'est Andrea Rhodea ! lui rappela Shiro, avant d'apposer ses mains sur sa bouche, réalisant qu'il avait parlé un peu fort.
En espérant que les autres en bas ne l'avaient pas entendu. Il marqua un temps avant de reprendre, plus calmement :
- Et que serait la vie sans un peu de risques ?
- Je suis d'accord, renchérit Denzel.
- On va surtout se faire tuer par mon père, soupira Marlène, peu convaincue.
- Après, c'est ta soirée à toi. Tu as le droit de faire ce que tu veux. Et rien ne nous arrivera tant qu'on est ensemble, argumenta Shiro. S'il te plaît, accepte !
Un court silence tomba sur le trio. Comme Marlène ne changeait pas d'expression, Shiro adressa des yeux de chien battu à l'adolescent plus âgé pour obtenir son soutien. Denzel intervint à son tour, s'adressant à Marlène d'une voix douce :
- Je suis d'accord. On ne se séparera pas. Et si tu veux, après, je t'emmènerai dans un autre endroit que j'ai découvert l'autre jour.
- Un autre endroit ? répéta Marlène, nerveuse.
- Un endroit-surprise.
- Super programme ! Et ce serait où ? s'incrusta Shiro, un sourire jusqu'aux oreilles.
Aucun des deux adolescents ne lui répondit.
Le sourire de Shiro disparut, encaissant la dure réalité.
Je T'emmènerai dans un autre endroit que J'ai découvert l'autre jour.
En remarquant les échanges complices entre Denzel et Marlène, l'adolescent aux cheveux blancs comprit avec déception que, peu importe l'endroit où ils souhaiteraient s'y rendre, il n'y serait pas convié. Peut-être n'était-ce réservé que pour les lycéens ayant obtenu leur diplôme ou peut-être est-ce que Denzel et Marlène souhaiteraient passer du temps tous les deux...
Au regard de l'ambiance qui se dégageait dans la pièce, au point que Shiro aurait presque cru voir un cœur flotter au-dessus de leurs têtes, il s'agissait clairement de la deuxième option.
- On se rattrapera, s'excusa vainement Denzel auprès du plus jeune.
- Il y a intérêt, rétorqua Shiro, un peu boudeur quant à l'idée d'être laissé de côté.
- Alors ? Partants ? On sera rentrés avant le couvre-feu, leur promit l'adolescent plus âgé, tendant la main en direction de Marlène.
Muette, l'adolescente hésita encore, pesant rapidement le pour et le contre.
C'était elle qui tenait toutes les cartes en main.
Ils n'avaient besoin que de son approbation.
« Dance like Andy ! »
« Dance ! Dance! Dance! »
Une nouvelle partie avait débuté. Et comme à chaque fois qu'ils y jouaient, les chorégraphies étaient absolument complexes et bien trop difficiles pour leur niveau.. Du moins, le niveau de Shiro étant donné que, lorsqu'ils ôtèrent leurs casques de réalité virtuelle pour lire les résultats, Denzel et Marlène l'avaient largement dépassé et étaient arrivés en tête de liste.
- Il faut que je l'admette : je n'y arriverais jamais, geignit Shiro. De plus, cette nouvelle mise à jour du jeu n'est pas terrible. Je préférais encore l'ancienne.
- Tu dis ça parce que tu es mauvais perdant ! ricana Marlène alors qu'elle lui frappait dans le dos en même temps que, de son côté, Denzel avait quitté la salle d'arcade du centre commercial pour commander des churros à un stand à côté.
- Pas du tout, nia Shiro.
- Avoue que tu préfères danser avec moi.
- Ça, je ne peux pas le démentir, dit-il en jetant un regard noir à la version 3D d'Andy qui lui souriait, compatissant.
Alors qu'ils quittaient la salle d'arcade pour rejoindre Denzel à l'extérieur, Marlène récupéra son sac posé à l'entrée de la porte. Shiro ignorait encore pourquoi elle en avait apporté un. Autour d'eux, même à cette heure tardive, le centre commercial était bondé en dépit du fait que la plupart des magasins était fermée. Les gens allaient et venaient, certains avec un papier rose signé à la main et un sourire ravi sur leurs visages. Shiro comprit qu'ils n'étaient pas loin du lieu de la rencontre indiquée.
- Pourquoi as-tu apporté un sac, Marlène ?
- Bah...
Marlène se gratta la tête, gênée.
- Disons que... Après cela, Denzel souhaitera certainement m'emmener dans un endroit privé.
- Un endroit privé ?
- Tu sais. Pas besoin de te faire un dessin, bredouilla Marlène. Après tout, tu as déjà dû emmener Isabella en rendez-vous, n'est-ce pas ?
Ce fut au tour de Shiro de rougir bêtement à la mention d'Isabella. Euh... Oui. Enfin, ce n'était pas grand-chose. Juste le chemin pour aller et rentrer du collège et parfois, quelques balades dans un parc. Mais rien de plus. Isabella se plaignait parfois, mais ils étaient trop jeunes pour se rendre dans des lieux réservés aux lycéens de l'âge de Denzel et Marlène. Lui n'avait que treize ans. Parfois, Shiro les enviait.
- J'aimerais bien être plus âgé, parfois. Aller dans les lieux réservés aux plus grands. Rien que la cérémonie de remise de diplôme me donnait envie ! susurra-t-il, rêveur.
- Ne t'inquiète pas, le rassura Marlène, un sourire tendre. Bientôt, tu y auras droit. Ta mère t'y accompagnera et on fera tous une grande fête à l'occasion !
Héhé, pas faux, admit Shiro. A se demander toutefois si Nero saura l'accompagner aussi. Enfin. Il ne croyait pas aux miracles non plus.
- Et on fera le mur comme maintenant ?
- ça, je ne peux pas te le garantir, plaisanta Marlène. Je crois que Papa doit déjà errer dans les rues à notre recherche.
- Et il y a quoi dans ce sac ?
- euh... Bah...
A nouveau embarrassée, Marlène chercha ses mots.
- Ma lyre, finit-elle par répondre.
- Tu l'as prise avec toi ?
- Tu m'as donnée une idée. J'ai bien envie d'en jouer pour Denzel. Bon, depuis le temps, j'ai certainement oublié de nombreuses bases. En espérant que je ne vais pas me rendre ridicule.
- Crois-moi, tu ne le seras pas, la rassura Shiro en lui donnant un petit coup de coude.
- Pourquoi tu te rendrais ridicule ?
Marlène et Shiro levèrent la tête en un seul temps. Denzel était apparu devant eux, les churros à la main. Immédiatement, les deux adolescents changèrent de sujet, prenant un air un peu trop nonchalant pour être crédibles.
- Rien. Rien qui te concerne, prétexta Shiro.
- Qui a gagné ? demanda Denzel avec un air un peu trop enjoué pour être honnête.
- A ton avis ?
- Héhé, je suis le meilleur.
- Denzel, soupira Marlène.
Shiro croisa les bras, foudroyant la réplique géante d'Andy en 3D à l'entrée de la salle d'arcades, servant à faire la promotion du nouveau jeu, qui les narguait du regard.
- Je déteste cet Andy.
- Mauvais joueur, le taquina Denzel. A ce propos...
- Quoi ? Ce faux Andy ne mérite même pas que je continue à jouer à son jeu débile et—
Shiro s'arrêta net à l'instant même où le stand de la rencontre avec Andrea Rhodea apparut dans son champ de vision, au milieu de la place publique. Un Andrea Rhodea, assis à une table, entouré d'un attroupement tandis que de nombreux fans faisaient la queue pour recevoir un autographe.
« Ce soir, votre humble serviteur Andrea Rhodea, répond à vos questions. »
- ... Andrea Rhodea, siffla Shiro, les yeux brillants.
- Tu ne disais pas à l'instant que tu détestais Andy ? lui rappela vainement Denzel, désespéré.
- Ce n'est qu'un usurpateur. Il fait pâle figure à côté du vrai. C'est bien connu. On ne peut aucunement créer un double virtuel de la véritable personne, ajouta Shiro alors qu'ils se plaçaient à la fin de la queue.
En espérant qu'Andrea ne fermera pas le stand avant que leur tour n'arrive.
- Je me demande s'il va nous reconnaître, pouffa Marlène en se plaçant une main sur sa bouche, nerveuse. Au bout de cinq ans...
Ils seraient rapidement fixés.
« Tiens, tiens, tiens. Ne serait-ce pas notre cher trio gagnant qui s'est incrusté dans mes locaux du « Honey Bee Inn », cinq ans auparavant ? » demanda aussitôt Andrea Rhodea dès qu'il les vit apparaître.
Les trois adolescents se figèrent net. Mauvaise pioche. Il se souvenait d'eux. Habillé d'une veste rose à paillettes, les yeux maquillés, Andrea leur adressa un sourire narquois alors qu'il tendait un autographe signé à un fan en furie.
- Hello, Andy, balbutia Shiro.
- Oh, vous avez changé, tous les trois. Tu sais que tu manques à Madame M, Shiro ? Elle t'attend dans son salon de massage.
Oh.
Shiro se gratta la nuque. Quelle réponse fournir ?
- Bah, euh... Je suis occupé. Les vœux d'admission aux lycées, tu vois.
- Je vois très bien. Oh, quel mignon petit couple nous avons là ! siffla Andrea en reportant son attention sur Denzel et Marlène.
Les deux concernés se raidirent net.
- Euh... On n'est pas en couple.
- Pour l'instant, renchérit discrètement Shiro en toussotant.
Marlène le fusilla du regard.
- Je le savais, ricana Andrea.
- Euh... Et toi ? Que fais-tu depuis le temps ? s'interrogea Denzel en changeant de sujet.
- Oh. Rien de spécial. Je continue de danser. Je réponds aux fans. Je cherche des contrats. J'en ai un gros prévu en route. Oh, et une nouvelle série sortira bientôt.
- Ah oui ? crièrent les trois adolescents d'une même voix.
Hé bé, s'ils s'y attendaient. Andrea acquiesça, prenant une pose théâtrale.
- Oui. Cela s'appelle « Dance like Andy ». Oui, comme le jeu. Avec comme vedette : moi. Il est temps que les gens comprennent la vraie beauté qui transcende le genre et l'orientation sexuelle.
- Et ça parle de quoi ? demanda Marlène.
- Pour cela, il faudrait que vous le méritiez. Qui sait ? Je pourrais demander à vous faire voir la bande-annonce d'un épisode, pouffa Andrea.
Quelle déception. Le titre de la série lui donnait déjà envie. La star marqua un temps, avant de reporter son attention sur Shiro, une lueur prédatrice dans son regard qui fit frémir ce dernier :
- Des nouvelles de ma plante exotique ? Je pense beaucoup à lui, ces temps-ci.
Cela se voyait gros comme une maison.
Pourquoi s'y attendait-il ?
- Euh... il n'est pas libre en ce moment, dit Shiro.
- Ah. Peut-être une de ses connaissances serait intéressée de voir mon spectacle ? Qui lui ressemble, de préférence ?
- Pas sûr.
A moins qu'il ne compte les soldats du Deepground et ça, c'était hors de question...
Mais avant même qu'ils ne poursuivent sur cette voie, l'attention du groupe fut brusquement attirée par des éclats de voix provenant de derrière eux. Immédiatement, les adolescents se retournèrent. Shiro balaya le lieu du regard, avant de s'arrêter à l'entrée d'une ruelle isolée qui était adjacente à celle du centre commercial.
Ils virent deux hommes, en blouson en cuir et coiffés comme des punks, en compagnie d'une femme vêtue d'une longue robe violette, coincée contre le mur alors que le bras de l'un d'eux lui barrait la route. Leur discussion semblait animée et la femme semblait ne pas vouloir avoir affaire à eux, usant de n'importe quelle manière pour s'extraire de leur contact.
- Elle semble être en mauvaise posture, grinça Marlène qui fut la première à se diriger à grands pas vers le groupe, retroussant ses manches pour en découdre.
Euh... Est-ce que Shiro avait son arme sur lui ? Il toucha son fourreau. « Terre » était dedans. Parfait. Tout de suite, l'adolescent aux cheveux blancs emboîta le pas de son aînée, suivi de près par Denzel.
- Vous ne réagissez pas ? s'emporta Denzel envers Andrea qui demeurait assis à son siège.
- Pas mes affaires.
- Hé ! Vous là-bas, ça suffit ! cria Marlène en braquant son doigt sur le duo de punks. Laissez-la tranquille !
Ils parurent surpris de leur intervention, tout comme la femme qui en profita pour se dégager, avant qu'elle ne soit soudainement rattrapée par le plus proche d'elle qui l'agrippa abruptement par le poignet, l'attirant violemment vers lui.
- C'est quoi ça ? Cassez-vous les mioches ! cracha le premier.
- On vous a dit de lui foutre la paix ! gronda Denzel qui passa devant Marlène pour se placer entre elle et le groupe.
- Dommage, mais les gamines ne nous intéressent pas, susurra le deuxième qui détailla Marlène de haut en bas, moqueur. Une mocheté, en plus.
Le silence tomba lourdement.
Mocheté ?
Avaient-ils bien entendu ? Ils avaient traité Marlène de « moche » ? Piqué au vif, Shiro bouillonna de colère avant de se placer à côté de Denzel, ayant sorti son arme, déjà prêt à s'en servir.
- Shiro !
- Je rêve ? Tu as traité Marlène de « mocheté » ou ai-je bien entendu ? s'énerva l'adolescent plus jeune tandis que Denzel retroussait les manches à son tour.
- Ce ne sont pas—
- Elle est magnifique ! Tous les mecs du lycée lui tournent autour ! le coupa Shiro en désignant Denzel. Vous en avez un exemple juste en face de vous ! N'est-ce pas, Denzel ?
Denzel se retourna lentement vers lui. A travers sa mâchoire serrée, il articula lentement :
- ... Shiro. Ce n'est pas le moment.
- Peu importe, relâchez-la ! s'emporta Marlène.
- Sinon quoi ?
- Vous voudriez vraiment le savoir ?
- Allez jouer à la dînette. Nous, on a du travail ! Don Cornéo nous attend !
- Quoi ?
Don Cornéo ?
Cette fois-ci, ce fut Andrea Rhodea qui était intervenu. Sans qu'ils ne le sachent, il s'était enfin levé de son stand pour les rejoindre, sous les yeux ébahis de ses fans.
- Ce n'est pas le patron du Wall Market ? Cela fait des années que le Wall Market n'existe plus et vous le savez aussi bien que moi.
- Ne faites pas l'innocent, « Andy » ! grinça celui qui tenait la femme effarée. Il a laissé tomber ses mauvaises habitudes depuis longtemps. Seulement... Il a besoin d'une épouse pour son fils. Et comme il ne trouve personne...
- Allons bon. Don Cornéo a eu un fils. Mais bien sûr. Je n'ose même pas imaginer par quelle union sordide il l'a engendrée.
Les adolescents s'échangèrent des regards incrédules, sans comprendre quoi que ce soit à la situation.
- Ah mais oui ! Cloud et Tifa parlaient d'une malheureuse affaire qui s'est produit au Wall Market ! s'exclama Denzel en se frappant les mains.
- Oui. Aerith m'y avait raconté son anecdote avec la chaise ! renchérit Marlène.
- Et il parait que Cloud—
- C'est exact, ricana Andrea. Je l'avais travestie. Il avait tellement aimé cela... Ma plus belle création. J'étais « in love », ajouta-t-il en formant un cœur avec ses mains.
- Peu importe !
L'un des punks sortit quelque chose de sa poche.
Avant même qu'ils ne puissent réagir, ils furent frappés par une violente décharge émanant du Taser qu'il venait tout juste d'activer.
- Arg !
Tout se déroula très vite. Paralysé par la douleur, les jambes de Shiro se dérobèrent sous lui. L'adolescent aux cheveux blancs roula au sol, dans les bras de Denzel et Marlène. L'adolescent plus âgé s'était déjà jeté sur eux, refermant ses bras autour de leurs tailles pour les couvrir tel un bouclier.
A terre, immobilisé, Shiro ne put que contempler la scène par-dessus l'épaule de Denzel, Marlène ayant enfoui son visage dans la poitrine de Denzel, terrifiée.
Un carrosse avait surgi à pleine vitesse sur la place, renversant presque le stand d'Andrea Rhodea tandis qu'il s'arrêta à hauteur d'eux, le bruit des roues grinçant sur le sol. Les deux punks agrippèrent la femme qu'ils avaient essayé d'aider chacun par un bras avant de la pousser dedans et d'y grimper à leur tour. Néanmoins, l'un d'eux en profita pour donner un coup de pied dans la figure d'Andrea, gisant au sol.
- A la revoyure, « Andy » !
En quelques secondes, le carrosse avait déjà disparu.
« Moi je dis, il faut appeler du renfort ! » insista Marlène.
Une fois qu'ils eurent repris leurs esprits, les adolescents étaient déjà en train de débattre sur ce qu'ils devraient faire. Après avoir mis un terme à la séance d'autographes, Andrea Rhodea s'était appuyé contre un mur, l'un de ses employés lui ayant apporté de la glace pour l'apposer sur les ecchymoses infligées au visage par le larbin de Don Cornéo.
- Je te rappelle qu'on n'était pas censé faire le mur, expliqua vainement Denzel, le ton penaud. Barret va nous massacrer.
- Mais on s'en fiche de ça ! Cette pauvre femme va subir un mariage contre sa volonté ! On doit l'aider. Surtout que Cloud et Tifa l'ont déjà affronté ! Ils peuvent recommencer.
- Oh oui, cela me ferait plaisir de voir ce bon vieux Don Cornéo se faire casser la figure une nouvelle fois, admit Andrea.
Il avait l'air complètement détaché de la situation, se contentant d'admirer les étoiles d'un air rêveur.
- Merci de nous aider, grogna Marlène en posant ses mains sur les hanches.
- Bah...
Shiro se racla la gorge. Il avait bien une solution, mais elle n'était pas des plus appropriées.
- ... On pourrait aller la secourir nous-mêmes.
- Shiro, on n'est pas dans une série ! s'énerva Marlène.
- Moi, je suis d'accord. On s'est entraînés, après tout. On peut essayer, dit Denzel. Comme ça, on ne sera pas privés de sortie jusqu'à la fin de nos jours.
- Mais vous êtes complètement irresponsables tous les deux !
- Non. Ils ont raison, approuva Andrea en se redressant.
Il leur fit face, une lueur narquoise dans ses yeux.
- C'est faisable. Mais sachez que le domaine de Don Cornéo est extrêmement bien sécurisé et qu'on ne vous laissera pas entrer comme ça.
- Vous sauriez comment y pénétrer ? demanda Marlène, incrédule.
- Oh oui.
Il s'étira, reprenant une pose théâtrale.
- Je vais vous aider. Après tout, je ne ferais pas honneur à ma nouvelle série si je laissais une pauvre innocente être livrée en pâture à ce bon vieux Don Cornéo.
- C'est donc une série de superhéros ? demanda Shiro, l'air de rien.
- Mais ce ne sera pas sans un prix. Et mon prix sera élevé.
Les trois adolescents blêmir à sa remarque. Shiro toussota.
- Vous me paierez plus tard, les rassura Andrea. Je vous enverrais la facture. Oh et j'aimerais bien revoir Cloud, un de ces quatre. Et refaire un concours de tractions avec la délicieuse Tifa.
- Tout ce que vous voudrez, mais dites-nous ce qu'on doit faire, s'impatienta Denzel.
- Moi, je dis qu'il vaut mieux prévenir les adultes ! répéta Marlène, scandalisée.
- Héhéhé... pour cela, l'un de vous devra passer au « Honey Bee Inn », ricana Andrea. J'enverrais un autre à une adresse d'une bonne amie à moi. Cette chère Madame M. Quant au dernier, mon frère Jules sera ravi de s'en occuper.
Denzel, Marlène et Shiro toisèrent Andrea, aucun ne voyant où il voulait en venir.
- Denzel. Mon Jules va s'occuper de toi. Marlène, le salon de massage de Madame M devrait être encore ouvert. Dis-lui que tu viens de ma part. Elle comprendra. Quant à toi, mon cher Shiro...
Euh non. Il n'avait pas envie d'être séparé de Marlène et Denzel. Mais avant même qu'il ne puisse s'enfuir, Andrea l'avait déjà attrapé par les épaules, l'entraînant avec lui.
- Tu ne vas pas regretter mes bons soins.
- En fait, je crois que j'ai changé d'avis, murmura Shiro, impuissant tandis qu'il essayait de se dégager de l'emprise d'Andrea. Faut appeler les adultes !
- Shiro ! l'appela Marlène en tendant désespérément la main vers lui.
« Ouais, ouais... J'ai bien compris les motifs d'Andrea Rhodea. Mais je crois qu'il ignore parfois que j'ai une vie, moi aussi. Me forcer à me lever aussi tard pour rendre un service, c'est tout lui, ça ! »
Marlène avait réussi à trouver l'adresse que lui avait envoyée Andrea sur son téléphone. Se tenant debout, au beau milieu du salon de massage, Madame M détailla Marlène de haut en bas, un air dédaigneux sur son visage tandis qu'elle agitait son éventail.
- Il vous a dit que ce ne serait pas gratuit ?
- Il nous enverra la facture, soupira Marlène, dépitée. Vous n'avez qu'à joindre la vôtre à la sienne.
- Hm.
Madame M referma violemment son éventail.
- Ouah. Cela ne va pas être possible. Je n'ai pas l'habitude de m'occuper de gamines, moi. Surtout si c'est pour les envoyer à Don Cornéo... il faudrait être complètement malade.
- Je viens d'obtenir mon diplôme.
Dire que l'objectif de cette soirée avait été de sortir, collecter un autographe de la part d'Andrea et de profiter d'un rendez-vous avec Denzel par la suite, grimaça Marlène. A quel moment avait-elle soudainement décidé de jouer les superhéros ?
- Vous me rappelez une femme, autrefois, soupira Madame M. Même ruban rose... j'ai eu du travail avec elle.
- ... Vous voulez dire...
Madame M haussa les épaules. Elle lui fit signe de la suivre à travers le salon.
- Puisque tu as décidé de jouer les casse-cous et que tu me paieras par la suite... Je suis déjà debout et de mauvaise humeur. Andrea a l'air de savoir ce qu'il fait et je lui fais confiance. Autant y aller jusqu'au bout. Ma puce, suis-moi.
- Oh... merci, la gratifia Marlène avant de la suivre précipitamment.
En espérant qu'elle n'aurait pas à le regretter par la suite.
Il avait fait tout ce qu'il pouvait.
En réalisant ce qu'Andrea avait l'intention de faire de lui, le premier réflexe de Shiro avait été celui de s'enfuir par la porte de derrière. Des danseurs l'avaient agrippé par les aisselles avant de le traîner jusqu'à la scène où une armée de maquilleuses et de coiffeuses l'y attendaient, un sourire diabolique aux lèvres.
« Non ! »
« Allons, jeune homme ! Détendez-vous ! » lui susurra l'une des coiffeuses qui s'approchait de lui par-derrière.
« NOOON ! »
Shiro s'était débattu, tentant désespérément d'esquiver les instruments de torture aussi appelés fards à paupières et rouges à lèvres.
Au final, il n'avait pas pu faire autre chose que de hurler à mort comme un cochon qu'on égorgeait.
« Cloud était bien, bien plus courageux que vous », soupira Andrea en s'épongeant le front.
Encore sous le choc, Shiro se contempla dans le miroir, ayant du mal à réaliser que la personne qui s'y reflétait était bel et bien lui.
« Ouah... » siffla Shiro, ne pouvant s'empêcher de se sentir admiratif.
C'était... Shiro ignorait ce qu'il devait ressentir. A la fois, il avait honte mais en même temps, le travail rendait tellement bien qu'on aurait pu le prendre pour une véritable adolescente plus mature que ne le laissait supposer son âge réel. Après avoir contemplé ses manches longues, Shiro tritura ses extensions blanches et bouclées, tombant en cascade le long de ses épaules tandis qu'il essayait tant bien que mal de marcher en essayant de ne pas se prendre les pieds dans la robe noire fendue sur le côté, bien trop longue pour lui.
Et ses ballerines noires... ce maquillage...
Est-ce que Shiro aurait l'air étrange s'il disait qu'une part de lui appréciait cette nouvelle apparence ? Non. Les autres auraient une crise cardiaque en le voyant. Sa mère ne comprendrait rien et il n'osait même pas imaginer la réaction de Nero s'il le découvrait ainsi.
« Oh... On dirait que Jules en a terminé avec votre ami. »
Shiro se retourna. La porte du « Honey Bee Inn » s'ouvrit à la volée, dévoilant un homme à la peau mate, aux bras de bodybuilders et aux cheveux longs, noirs et broussailleux coiffés d'un bandana.
Derrière lui, une femme aux cheveux longs raides de couleur marron s'avançait piteusement pour se présenter, portant une robe violette bustier. A chacun de ses pas, Shiro crut qu'elle était sur le point de tomber en raison des talons hauts qu'elle avait chaussé.
Quand son regard croisa le sien, Shiro ne mit pas longtemps à comprendre.
Ce n'était pas une femme.
« Denzel ? »
Denzel écarquilla les yeux.
- Shiro ? C'est toi ?
- Toi aussi ils t'ont soumis à la séance de torture ?
- Ne m'en parle pas. Le pire a été ces foutus talons ! Comment les femmes font-elles pour marcher avec, merde !
- Tu crois encore que c'était une bonne idée de ne pas appeler les adultes ?
- Bah écoute, on leur dira qu'on leur aura évité la « préparation ».
Denzel posa son doigt sur sa bouche couverte d'un rouge pétant.
- Ne gâche pas ton rouge à lèvres, lui adressa sévèrement Jules.
- Mon frère, pourquoi as-tu un œil au beurre noir ? l'interrogea Andrea.
- A ton avis ?
Shiro regarda Denzel qui haussa les épaules, boudeur.
- Je me suis défendu comme je le pouvais.
- Bon, à nous de nous préparer, maintenant ! s'exclama Andrea en prenant Jules par les épaules.
- Pardon ? s'écrièrent les deux garçons d'une même voix.
- On n'allait quand même pas abandonner des adolescents aux griffes de Don Cornéo ! lui lança Andrea. On a une moralité, nous aussi.
Oh.
- Dommage que ma plante exotique ne soit pas là, soupira Andrea, attristé. J'avais une robe qui aurait été parfaite pour lui. Noire, rubans rouges... Une pure beauté. Il aurait eu n'importe quel grand frère à ses pieds.
Pitié, pensa Shiro. Il n'oserait même pas imaginer la réaction de la « plante exotique » si Andrea avait essayé de lui infliger ce qu'il avait infligé à Shiro. Nul doute que cette histoire se serait terminée en bain de sang.
- Denzel ? s'éleva une voix qui provenait de l'extérieur.
Shiro et Denzel se retournèrent d'un bloc.
Marlène venait de les rejoindre et était tout bonnement... méconnaissable. Contrairement à eux, elle n'avait pas eu besoin d'extension pour ses cheveux, les ayant simplement attachés en deux chignons de chaque côté. Elle portait une longue robe grise parsemée de noire qui mettait en avant un décolleté de manière plutôt prononcée. Elle aussi portait des talons hauts, mais contrairement à Denzel, elle était déjà habituée à les utiliser.
A sa vue, le visage de Denzel se décomposa. Même le cœur de Shiro fit une embardée quand Marlène quand cette dernière s'approcha d'eux.
Et dire que ces punks l'avaient traitée de mocheté.
- ... Tu es superbe, Marlène, bredouilla Denzel, prit de court.
- Ah ? fit-elle en lui adressant une expression taquine. Tu es superbe aussi, Denzelina. Toi aussi, Shiro-chan.
- Hé !
Andrea fut le premier à sortir. Il s'était simplement contenté de porter une perruque rose avec un ensemble noir, sans prendre la peine de raser sa barbe.
- Pourquoi avoir besoin de nous si vous comptiez en être aussi ? demanda Marlène.
- Et puis quoi encore ? C'est vous qui vouliez jouer aux superhéros, pas nous ! lui répondit Andrea du tac au tac.
- Mais juste comme ça... comment on va entrer ? releva Denzel.
Andrea observa ses ongles, l'air distrait.
- Ce ne sera pas compliqué. J'ai une connaissance dans le coup qui a passé un coup de fil à ses anciens collègues. Je l'ai mis au parfum et lui aussi a une dent contre Don Cornéo. Ses larbins vont vous examiner, puis ils feront appel à Don Cornéo qui en choisira l'une de nous. Et une fois à l'intérieur... coups de poings.
- Vous savez vous battre ? s'étonna Shiro.
- On ne devient pas propriétaire du « Honey Bee Inn » dans les secteurs de l'ex-Midgar quand on ignore comment se battre. Allez, en voiture tout le monde !
Shiro et Denzel s'échangèrent un regard.
Si c'était le même schéma qui avait eu lieu pour Cloud, Tifa et Aerith, nul doute que le plan tenait debout.
Ce serait une soirée très... agitée.
« Juste comme ça : qui est cette connaissance ? » s'étonna Marlène, les trois adolescents installés à l'arrière tandis que Jules conduisait, les amenant au dit manoir de Don Cornéo.
Andrea, assis sur le siège passager, se contenta de ricaner.
- Un pauvre malheureux qui avait perdu sa fiancée. Elle avait été choisie par Don Cornéo. J'espère qu'ils sont à nouveau réunis.
- Ah...
Le véhicule se gara à l'entrée du manoir, une gigantesque grille empêchant la voiture de se garer à l'intérieur. Jules pressa sur l'interphone, demandant d'entrer.
- Nous livrons le colis.
Sans réponse de l'interlocuteur, la grille s'ouvrit. Une fois à l'intérieur, Jules coupa le moteur et les portières s'ouvrirent pour leur permettre de descendre. Comme un stupide réflexe inné, Shiro veilla à soulever les bas de sa robe pour ne pas la salir alors qu'il marchait en direction du manoir.
Là-bas, l'un des punks (à croire qu'ils s'habillaient tous ainsi), les attendait, les mains sur les hanches. Tandis que le groupe s'approchait, le punk les détailla de haut en bas. Shiro, Denzel et Marlène se placèrent en rang, prenant une pose réservée alors qu'Andrea et Jules se tenait en retrait.
Un ange passa. Le regard du punk passa de l'un à l'autre, plusieurs fois, durant de longues minutes.
Finalement, il siffla.
- Ouah. Des adolescentes et des travelos ? C'est ça, le colis que m'a promis l'autre ? Ce n'est vraiment pas ragoûtant.
- Hé ! Je ne vous permets pas ! cria Jules, plus agressif alors qu'Andrea tentait bien que mal de le réfréner.
Denzel serra les poings. Pour le calmer, Marlène posa sa main sur son bras, l'invitant silencieusement à se contenir.
- On n'a pas l'habitude de les avoir aussi jeunes, grinça le punk, courroucé. On évite toujours d'en arriver à ces extrémités. Mais bon... avec Don Cornéo.
Il finit par attraper un portable pour composer un numéro.
- Don Cornéo ? On a de nouvelles propositions de fiancées pour votre fils. Vous voulez voir ?
Plus Shiro observait, plus il sentait la tension monter. Il ignorait pourquoi, mais il avait un mauvais pressentiment. Comme un automatisme, il vérifia que « Terre » était toujours avec lui. Il savait qu'ils possédaient des Tasers.
On ne le prendrait pas deux fois.
- ... Don Cornéo va vous laisser entrer, dit le punk avant de s'écarter pour les laisser entrer à l'intérieur.
Le petit groupe parvint dans un vaste hall, teinté de rouge et d'or. Alors que la porte principale se refermait derrière eux, les adolescents remarquèrent des hommes s'approcher dans l'ombre. Plusieurs d'entre eux possédaient des chiens noirs qu'ils maintenaient en laisse. Certains d'entre eux grondèrent, manquant presque de leur mordre leurs chevilles lorsque l'un d'eux passait à proximité. Marlène se raidit et Denzel l'attira discrètement vers lui, fusillant les maîtres d'un regard noir.
- Restez tranquilles, leur chuchota Andrea.
Bientôt, le silence tomba. Quelqu'un cria « Don Cornéo ! Don Cornéo ! » bientôt imité par ses camarades, levant le poing en extase tandis qu'une ombre apparut dans les escaliers.
Lorsque Shiro détailla le dénommé Don Cornéo, il manqua presque de vomir à sa vue. L'homme était grand, gros, imposant avec un visage marqué par l'âge et le vice.
Même de loin, il était immonde. Qu'est-ce que ce serait quand il descendrait les inspecter de près ? Et qu'il choisirait l'un d'eux ?
Et les punks appelaient Marlène « mocheté » ?
Erk, il espérait ne pas être choisi. Quoique... il préférait en même temps que ce soit lui au lieu d'un autre, comme Denzel ou Marlène. Shiro fit l'effort de sourire quand Don Cornéo balaya les « propositions » du regard, nonchalant.
- ... Hm.
- Les nouvelles fiancées, lui adressa le punk qui les avait accueillis à l'entrée.
Pourtant, Don Cornéo ne fit même pas l'effort de descendre. Il croisa les bras, nullement impressionné parce qu'il voyait.
Pendant un instant, il resta immobile, gardant le silence.
De manière inattendue, il secoua vivement la tête avant de leur adresser :
- On ne m'aura pas deux fois. Les travestis ne m'intéressent pas. Débarrassez-moi de ça.
Le sourire de Shiro disparut net. Autour de lui, le choc frappa les autres membres du groupe de « propositions » ainsi que certains subordonnés du maître des lieux qui les dévisagèrent, atterrés.
- C'est une blague ? s'exclama Denzel. Je croyais que ça marcherait !
- Eh bien, la dernière fois, ça a marché, se justifia Andrea, étrangement calme quant à la situation.
Don Cornéo leur tourna le dos, prêt à regagner l'étage tandis que les subordonnés commencèrent à se rapprocher dangereusement du groupe, ayant sorti leurs Tasers et leurs matraques. Sur le qui-vive, Shiro, Denzel, Marlène, Andrea et Jules se rapprochèrent les uns des autres.
- Bon... maintenant, on fait quoi ? demanda Marlène. On appelle du renfort ?
Perdu pour perdu...
Shiro dégaina « Terre » de son fourreau, se plaçant en garde.
- On passe en force.
- Il faudra que j'explique à mon mari pourquoi je serais en retard pour le dîner, plaisanta Jules tandis qu'il se plaçait en position défensive.
Ce fut le signal du début de combat. Telle une équipe de rugbymen, les larbins de Don Cornéo se jetèrent sur eux.
Que le jeu commence, pensa Shiro, une lueur excitée dans son regard, alors qu'il s'élançait sur eux.
Tirs.
Coups de pieds. Uppercuts.
Shiro frappait tout ce qui venait à proximité. Il en envoya un, puis un second, voler à travers le hall, s'écrasant quelques mètres plus loin. A côté de lui, Denzel s'amusait à esquiver les poings d'aciers de l'un d'entre eux avant de lui répliquer d'un coup de poing en pleine mâchoire.
Les chiens furent lâchés. Derrière eux, Marlène avait sorti une Matéria Glace qu'elle utilisa sur un qui l'attaqua par-derrière, babines retroussées. La violence du sort le clouant contre le mur. Il tomba au sol, complètement assommé. Shiro se chargea d'un autre qu'il frappa au flanc simplement avec le manche de son arme.
Quant à Andrea et Jules, les deux frères faisaient équipe, dos-à-dos, utilisant n'importe quel objet qu'ils trouvaient à proximité pour s'en servir comme arme. Un pied de table, une matraque tombée par terre... A un moment donné, Andrea évita une attaque au Taser avant d'agripper le malheureux par le col, lui administrant un coup de boule qui le mit par terre.
« Bah, alors ! C'est ça, les larbins de Don Cornéo ? J'aurais dû appeler les autres membres du club de gym ! » geignit Jules avant de plaquer un autre au sol et d'enchaîner les coups de poing.
Denzel se retourna vers Marlène qui était la plus proche de l'escalier.
- Marlène ! Va chercher la fiancée ! On te couvre !
- Compris !
Marlène ôta ses chaussures au talon et monta les marches quatre à quatre. Lorsqu'il la vit retirer ses chaussures, Shiro eut idée de retirer ses ballerines et les envoya à la tête de l'un des punks qui se remettait de sa raclée, l'assommant à nouveau.
- Pratique, plaisanta Shiro.
Lui et Denzel s'empressèrent de rejoindre Marlène, les deux autres frères s'occupant du reste des punks. Le plus important était Don Cornéo après tout.
- Les adultes seraient fiers de nous ! cria Denzel, à bout de souffle.
- Ça ne nous sauvera pas de la raclée, je pense ! répondit Shiro.
Parvenus à l'étage, ils se figèrent net face à la scène qui se tenait devant eux. Ils pénétrèrent dans une vaste chambre, avec un lit à baldaquin King-size situé au fond de la pièce, installé à côté d'un énorme placard. A son opposé, la fenêtre grande ouverte menant vers un balcon, sur lequel se tenait Marlène.
Derrière elle, la femme qu'ils avaient rencontré plus tôt au centre commercial et qui avait été kidnappée par les larbins de Don Cornéo.
Les deux femmes faisaient face à une gigantesque créature, ressemblant vaguement à un chien noir.
Probablement la raison qui avait empêché la fiancée de s'enfuir. Don Cornéo l'utilisait probablement en tant que chien de garde. Les poils hérissés sur son dos, il se préparait à bondir sur les deux femmes.
- Marlène ! l'appela Denzel.
- Je n'ai plus de Matérias !
Shiro était sur le point d'intervenir, « Terre » en main, mais avant même qu'il ne puisse approcher la créature, Marlène avait déjà ouvert son sac.
Elle en ressortit la lyre.
- Qu'est-ce que tu fais, Marlène ?
- ... J'essaie quelque chose.
Que croyait-elle ? Est-ce qu'elle espérait vraiment utiliser la lyre comme une arme ?
Mais manifestement, alors que la créature refermait la distance entre eux, c'était bel et bien l'intention de l'adolescente. Sans hésiter, elle plaça ses doigts sur les cordes de la lyre, se mettant à jouer.
- ... Marlène... bredouilla Denzel.
- La musique... j'ai lu que cela pouvait calmer les créatures, expliqua Marlène tandis qu'elle enchaînait sur le court morceau qu'elle avait joué plus tôt à Shiro dans la soirée.
La fiancée s'agrippa à elle, mortifiée. Mais Marlène continua de jouer, le son de la lyre devenant plus fort au point d'envahir progressivement la pièce, atteignant les oreilles de la créature ainsi que des deux adolescents.
Les oreilles de la créature s'abaissèrent tandis que ses yeux jaunes se plissèrent, se mettant à rugir.
Cela ne fonctionnait pas ! La créature allait bondir !
Immobile, défiant la créature du regard, Marlène recommença le même morceau.
Encore et encore.
Pourtant, le chien ne bougea plus. Il ne s'approcha pas plus des deux femmes. Peu à peu, alors que la lyre jouait, l'animal de Don Cornéo commença doucement à s'allonger le long du sol.
La mélodie ne l'endormait pas, non.
Mais elle paraissait... l'apaiser.
- Marlène...
C'était incroyable. Cela marchait bel et bien.
- Impressionnant, souffla la jeune fiancée.
Marlène joua une dernière fois la composition.
Le chien ne bougeait plus. Il les fixait sans réagir. C'était comme si la simple symphonie l'avait apprivoisé et qu'il ne percevait plus Marlène comme une ennemie. Enfin, Marlène s'arrêta et demeura immobile, comme pour s'assurer qu'il n'attaquerait pas.
La créature n'en fit rien. Satisfaite, Marlène rangea sa lyre avant de se tourner vers la jeune femme.
- Venez. On va vous placer à l'abri.
- On a réussi, siffla Denzel.
- Je ne crois pas !
Une voix tonitruante les sortit violemment de leur torpeur. Le placard à côté du lit s'ouvrit en grand, laissant apparaître Don Cornéo qui tenait une arme au poing, les braquant sur le groupe d'adolescent.
- Mon fils mérite une fiancée ! Il aura le mariage qu'il désirera ! cracha Don Cornéo avant de pointer son arme sur la femme qu'il avait kidnappée.
- Non !
Don Cornéo appuya sur la gâchette.
La scène se déroula au ralenti. Avant même que la balle n'atteigne la femme, Marlène la poussa en avant. Emportée par le mouvement, son pied dérapa et elle perdit l'équilibre.
Shiro hurla. A côté de lui, Denzel n'hésita pas et fonça dans la direction de l'adolescente.
L'instant d'après, Marlène disparut, tombant de l'autre côté. Sans cesser sa course, Denzel se jeta après elle depuis le balcon. A la scène, Shiro vit rouge et se retourna lentement vers Don Cornéo qui rechargeait son arme, prêt à l'utiliser de nouveau.
Poussant un cri de guerre, Shiro lui fonça dessus, levant « Terre » au-dessus de sa tête.
Don Cornéo ne vit pas le coup arriver. Shiro le frappa de plein fouet en plein visage, deux dents quittant la bouche du chef mafieux. La scène arracha un cri de la part de la fiancée et Don Cornéo tomba à genoux devant Shiro.
Mais l'adolescent aux cheveux blancs n'en fut aucunement satisfait. Brandissant « Terre » à nouveau, il poignarda l'épaule de Don Cornéo avec la seule lame, le faisant hurler de douleur.
Quand Shiro retira la lame, un filet de sang couvrit la mâchoire de Don Cornéo.
Il ne ressentit aucune pitié à son égard.
Finalement, Shiro abandonna « Terre » et troqua son poing droit à la place, lui adressant un nouveau coup complètement gratuit qui assomma Don Cornéo définitivement.
- Denzel ! Marlène !
Le cœur battant, Shiro se rua sur le balcon et se pencha en avant, craignant le pire.
Quand il vit Denzel et Marlène, il ne put contenir un soupir de soulagement.
Denzel avait rattrapé Marlène, la tenant dans ses bras contre lui, de la même manière qu'il tiendrait une mariée.
Ils étaient saufs !
Les deux adolescents se fixèrent, abasourdis. Amusé, Shiro observa la scène d'en haut.
- ... Tu sais que ce n'était que le premier étage ? lui murmura Marlène, gênée. Je n'étais pas réellement en danger de mort.
- ... Je n'ai pas réfléchi, plaisanta Denzel, penaud.
- Hé ! Vous allez bien ? cria Shiro.
Marlène et Denzel relevèrent la tête vers lui. Marlène lui adressa un pouce en l'air alors que Denzel la reposait délicatement au sol.
- Tout baigne. Et toi ?
- Don Cornéo fait dodo. Je crois qu'il est temps d'y aller, non ?
- Héhé... effectivement.
« Merci infiniment ! Merci infiniment ! » répéta la femme, les larmes aux yeux tandis qu'elle serrait la main d'Andrea et Jules.
Les deux frères du « Honey Bee Inn » avaient ramené les adolescents en lieu sûr. A l'entrée du centre commercial, Denzel et Marlène observaient la scène en souriant.
- Je crois que les adultes seront fiers de nous quand on leur racontera, pouffa Marlène.
- Euh. On ne leur racontera rien, la reprit Denzel.
- Je suis d'accord.
Shiro avait presqu'oublié qu'il portait une robe dans un lieu public. Immédiatement, il se dépêcha de l'ôter mais Marlène posa sa main sur son bras pour l'arrêter, son téléphone à la main.
- Garde-la encore un peu pour une photo.
- Ah non ! Pas question que tu la montres aux autres ! pleurnicha Shiro.
- Je suis d'accord ! renchérit Denzel. C'est dossier !
- Ne vous inquiétez pas. Je vais seulement la garder pour moi, leur promit Marlène. C'est seulement pour un souvenir de cette soirée mémorable.
- Je ne sais pas pourquoi, mais je peine à te croire.
- Oh ! Vous n'avez pas confiance en moi ?
- Euh...
Denzel et Shiro se regardèrent. Mais Marlène ne leur laissa aucunement le loisir de contester et se plaça entre eux, gardant son téléphone en l'air pour prendre un selfie.
- Dites « cheese » !
Le flash les aveugla.
Une fois la photo d'eux trois en robes prise, Shiro et Denzel se dépêchèrent de retirer leurs accoutrements. Shiro faillit presque la jeter dans la première poubelle à proximité, mais un regard noir d'Andrea le dissuada.
- ... Je vais peut-être la garder.
- Héhé. N'avait-on pas un lieu-surprise à visiter, Denzel ? lui demanda Marlène alors qu'elle prit sa main.
Denzel sourit. Il reporta son attention vers Shiro qui tendit les bras en reculant, compréhensif.
- Je vais rentrer de mon côté. Profitez-BIEN de votre soirée, chantonna-t-il, taquin.
- Hé ? On restera ensemble pour toujours ? demanda Marlène alors que Shiro était sur le point de s'éloigner.
Shiro lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, avant de lui adresser un clin d'œil.
- Il y a intérêt.
Avec des souvenirs comme ça...
Ils ne pouvaient que rester ensemble pour toujours. Oui. Rien ni personne ne pourrait les séparer.
Et Shiro n'aurait pas demandé à avoir d'autres amis. Non. Pour rien au monde, il n'échangerait Denzel et Marlène contre d'autres.
Ensemble pour toujours...
Marlène avait raison. Après une soirée pareille, l'avenir ne pouvait que leur être prometteur.
Ou peut-être pas.
Cela avait débuté par un coup de téléphone qui réveilla Shiro le matin suivant. Lui qui s'était couché très tard la veille, il comptait passer la matinée à dormir. Il se roula en boule, laissant le téléphone sonner.
Mais comme il ne s'arrêtait pas, Shiro finit par le prendre en râlant, vérifiant le nom qui s'affichait à l'écran.
Le numéro de Denzel.
« Je crois qu'on est morts », le prévint Denzel d'une voix blanche.
A l'autre bout de fil, il entendit Barret rugir en bruit de fond :
- C'est quoi CETTE FACTURE QUI PROVIENT DU « HONEY BEE INN » ? ON DOIT 15 000 GILS A ANDREA RHODEA ?!
Bip... bip...
Plus de sons plus d'images.
Denzel avait raccroché.
Comment allait-il pouvoir aborder le sujet ?
« Qu'est-ce que tu visionnes ? »
Plongé dans ses pensées, Shiro garda le silence. Installé dans sa chambre, il n'avait pas entendu Nero entrer. Immédiatement, l'adolescent faillit cacher en coupant la télévision, mais à la place, il préféra laisser l'écran allumé.
- ... La nouvelle série « Dance Like Andy ».
Nero le toisa avec curiosité, haussant un sourcil. Il ne comprenait pas et Shiro se disait qu'il valait mieux qu'il demeure dans l'ignorance. Rouge de honte, Shiro tira sur son col, cherchant ses mots.
- Et alors ? Tu as le droit de regarder.
- Je... je crois que ça ne va pas te plaire.
- Pourquoi ?
Shiro soupira. Lui et son oncle portèrent leur attention sur l'écran. Le nouvel épisode commença.
« Cette histoire est purement fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ne serait que fortuite. »
Mais bien sûr.
Andrea apparut à l'écran, vêtu de sa veste violette et de lunettes de soleil. Bombant le torse, il commença à danser quand un punk apparut sur l'écran, tenant en joue un homme aux cheveux noirs habillé dans une robe rouge à rubans.
« Non ! S'il vous plaît ! » cria la pauvre victime qui se fit jeter comme un malpropre dans un carrosse. « Andy ! Sauvez-moi ! »
Alors que Nero haussait les sourcils face aux images qui défilaient sur l'écran, Shiro se frappa le visage, dépité.
On y vit ensuite Andrea courir après le carrosse, avant d'appeler ses assistants à la rescousse. Deux garçons et une fille, chacun ayant le visage saupoudré au maquillage. Bien sûr, l'un d'eux avait les cheveux blancs en bataille et les yeux bleus.
- Etrange. Il te ressemble, Shiro, nota Nero, les bras croisés.
Sans rire ?
On y vit ensuite Andrea se battre à coups de poings contre des punks avant d'envoyer une création ressemblant à Don Cornéo mêlé au chien noir qu'ils avaient affronté voler dans les étoiles à l'aide de son mouvement clé « La Danse de la Perfection ». Une explosion frappa le manoir et l'homme aux cheveux noirs tomba du balcon en hurlant. Andrea, n'écoutant que son courage, l'attrapa au vol.
« Merci, mon noble héros. »
« De rien, petit-ami gothique ! Je serais toujours là pour te secourir, plante exotique. »
« S'il vous plaît... Puis-je vous appeler grand frère ? »
Le visage de Nero se décomposa net. Andrea se tourna ensuite vers la caméra et offrit un magnifique sourire avec ses dents étincelantes.
« N'oubliez pas le nouveau spectacle qui aura lieu au « Honey Bee Inn » demain soir ! Venez-y nombreux. »
Générique de fin.
Un lourd silence tomba dans la pièce. Nero secoua la tête, méprisant.
- Cette série est nulle. Je ne comprends pas pourquoi tu la regardes.
- Euh... à ce propos... En parlant de « Honey Bee Inn »...
Autant mettre fin au supplice. Shiro sortit la facture de sa poche et la tendit à Nero.
- ... Tu dois 15 000 Gils à Andrea Rhodea. Ma mère propose de payer la moitié.
Vu le regard de mort que lui adressa son oncle, Shiro comprit qu'il allait lui devoir de sérieuses explications.
Voyons... Il avait gardé la robe. Par où commencer ?
