Rédemption
OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Cet OS a été écrit à la demande de cosmothediclonius. Celui-ci prend place à la fin de Rejoins-moi. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.
« Au fait... J'ai appris pour toi et Shalua. »
- Oh.
Devant son attitude gênée, Shelke lui adressa un léger sourire.
- Ça va. Je ne t'en veux pas. Je suis contente qu'elle ait eu... quelqu'un comme toi pour veiller sur elle.
- Tu ne le prends pas mal ?
- Pourquoi le prendrais-je mal ? »
En silence, Shelke jeta distraitement un coup d'œil à l'heure.
Neuf heures et demi du soir. Dehors, la nuit était tombée depuis longtemps et elle ignorait encore quand elle rentrerait.
« La misère a encore frappé dans certaines régions », insista Reeve Tuesti tandis qu'il brandissait un rapport. « Je ne comprends pas pourquoi on doit gaspiller nos ressources dans l'huile ! »
« L'humanité ne changera jamais, Reeve Tuesti. Du moins, pas complètement. Il faut toujours qu'elle répète ses erreurs. A se demander si la Planète a vraiment eu raison de sauver les humains quand on n'apprend rien. »
Reeve fusilla son interlocuteur du regard. « Vous en jouissez toujours autant. Vous n'avez pas changé ! »
« Oh bien sûr que si, Monsieur le Président. Mais même avec tous les efforts du monde, je ne saurais vous couvrir entièrement pour tous les défauts des hommes que l'ORM protège. »
Assise à la table ronde de la salle principale de réunion de l'ORM, les discussions n'en finissaient pas. Reeve Tuesti, qui présidait l'Assemblée, avait monté le ton alors qu'il s'assurait toujours de rester calme. D'habitude, il parlait toujours à ses collègues avec politesse et respect. Mais aujourd'hui, la personne qui lui tenait tête n'était nul autre que Rufus Shinra lui-même. Derrière lui, Tseng et Elena gardaient la porte, prêts à protéger leur Président face à tout danger éventuel. Même si la paix était relativement revenue depuis la dernière crise d'Omega, les attentats contre l'ancien président de la Shinra n'avaient pas cessé pour autant.
« Les hommes... et les autres créatures existantes sur Gaia créées de leur fait. »
Son ton était devenu insistant.
Encore.
Peut-être qu'autrefois, l'ancienne Tsviet aurait certainement fait partie de ceux qui auraient volontiers ôté la vie de cet homme. Un Shinra demeurait de la pourriture, comme le disait autrefois Weiss. Malgré elle, Shelke fronça les sourcils d'amertume en repensant vaguement à son ancien chef avant de reprendre ses esprits.
Elle ne faisait plus partie de ce monde-là. Même si elle ne pardonnerait jamais à la famille Shinra, aujourd'hui, Rufus contribuait à l'ORM. Il constituait un généreux donateur et même si Shelke se demandait parfois s'il ne s'agissait pas d'argent sale, ils savaient tous que la Planète avait besoin de se reconstruire.
La présence de Rufus Shinra lui restait extrêmement déplaisante. Par moment, au cours des réunions, Shelke avait droit à ses coups d'œil insistants, à ses sourires emplis de sous-entendus quand ils évoquaient les anciennes expériences propres à son prédécesseur, mais Shelke apprenait à ne pas réagir.
Elle faisait simplement comme à Deepground. Elle faisait taire ses émotions et redevenait un robot. De cette manière, les attaques l'atteindraient moins.
Reeve Tuesti avait raison. Ils devaient tous faire des efforts et Shelke devait apprendre à mettre ses différends de côté. Pourtant, la réunion s'éternisait et Shelke ne mentait pas si elle disait qu'elle ne commençait pas à avoir faim et à être fatiguée. Elle repensa rapidement à Yuffie et à toutes les fois où elle avait débarqué dans son bureau pour lui proposer de gyozas.
Pour une fois, son initiative serait la bienvenue. Peut-être que l'entrée frappante de la Wutaïenne aurait eu pour effet de faire fuir Rufus Shinra et de clôturer la réunion de manière définitive.
Mais elle n'espérait pas trop. Il s'agirait encore d'une longue nuit tourmentée par les discussions entre les deux anciens membres restants de la SHINRA.
Dire qu'elle avait détesté ces êtres autrefois, et qu'elle prenait dorénavant place à leur table.
Au moins, Lorraine avait rejoint sa nouvelle famille... elle n'aurait pas à veiller ce soir en l'attendant. Comme les soirs précédents.
Cette pensée lui arracha néanmoins un léger pincement au cœur.
« Vous ne m'écoutez pas ! » cria Reeve Tuesti en jetant le rapport qui glissa sur la table. « L'ORM commence à manquer de ressources. »
- Je suis déjà suffisamment généreux, souleva Rufus Shinra, intraitable.
- La rédemption ne devrait avoir aucun prix pour vous, lui rétorqua sèchement Reeve Tuesti. Vous qui souhaitiez redorer le blason de votre famille... Nous avons besoin de plus. Et je sais que vous en avez les moyens, Rufus Shinra.
L'ancien Président se contenta d'hocher simplement la tête, compréhensif.
- J'en ai les moyens. Mais pour une fois, j'aimerais en retirer quelque chose en échange.
- Et donc ?
- Un siège permanent et j'augmenterais mes donations. Bien sûr, vous garderez votre statut de Président de l'ORM. Je n'en suis pas digne. Mais j'aimerais toutefois surveiller certaines affaires de plus près.
Shelke plissa les yeux. Elle se retourna vers Reeve Tuesti, observant sa réaction.
Nul doute qu'il hésitait.
- Quel genre d'affaire ? lui demanda Reeve.
La réponse de Rufus Shinra fut inattendue et les scia.
- Je ne pense pas que ce soit une discussion appropriée en présence d'un ancien membre du Deepground, expliqua-t-il, nonchalant. Sachant qu'il s'agit là de l'une des affaires que je souhaiterais étudier.
Shelke ne put s'empêcher de tressaillir à cette mention, quand bien même ce fut imperceptible.
- Shelke a toute ma confiance, dit Reeve, le ton dur. Elle ne fait plus partie de Deepground.
- Qui sait ? Une partie d'elle y appartiendra toujours, releva Rufus.
Weiss a ordonné ton exécution.
Le visage de Shelke fut aussi expressif que celui d'une poupée de glace. Discrètement, sous la table, elle avait resserré ses poings sur ses genoux.
- Je n'y appartiens plus, se défendit-elle d'une petite voix.
- Cela n'empêche pas que vous avez eu une punition relativement amoindrie par rapport aux dégâts que vous avez infligés, il y a trois ans, fit Rufus avec un sourire mielleux. Vous ne nous aviez rejoints que parce que vos camarades vous avaient trahie. Sans cela, vous seriez morte comme la majorité d'entre eux.
Non...
Elle n'avait pas rejoint leur camp simplement parce que Deepground l'avait trahie... elle aurait dû s'y attendre, après tout.
Il n'y avait pas d'allié à Deepground...
Non. Elle avait rejoint leur camp également par respect pour la mémoire de...
- C'en est assez, siffla Reeve Tuesti.
Il se releva d'un bloc, défiant Rufus Shinra du regard.
- Shelke a largement payé sa dette envers la société. Il n'y a plus à remuer le passé.
- Permettez-moi d'être sceptique quand, une nouvelle fois, l'un de ses camarades nous a tournés le dos pour recréer Deepground et anéantir l'humanité.
Le silence tomba dans la pièce.
Shelke baissa la tête malgré elle. Oui... Ils étaient au courant que cette attitude engendrerait à nouveau des conséquences quant à la manière dont elle était perçue par les autres. Ce qui était à Deepground demeurait à Deepground, comme on s'aimait à le répéter là-bas.
Nero avait eu le choix entre se racheter une conduite et continuer sur la pente glissante qu'était Deepground.
Il avait choisi Deepground. Même s'il avait laissé Shiro repartir dans le monde des humains, cela n'atténuait pas la menace qu'il pouvait potentiellement représenter. Après tout, il n'était plus seul.
Les soldats de Deepground qui avaient survécu et étaient actuellement en attente de leur procès avaient été libérés et réclamaient du sang.
Et si Weiss n'avait pas péri, nul doute qu'ils auraient recréé ensemble un génocide...
- On a essayé d'entrer en contact avec lui, expliqua Reeve. Par tous les moyens. Même à travers Shiro. Mais... il est resté sans réponse quant au sort qu'il prévoirait concernant l'humanité. Il faut rester en alerte et attendre les signes d'agression de leur part.
- Ce qui viendra, soupira Rufus. On aurait vraiment dû l'éliminer quand on en avait l'occasion.
Reeve et Shelke s'échangèrent un regard, perplexes.
- Excusez-moi, le reprit Reeve. Mais n'étiez-vous pas celui qui avait proposé ce marché à Nero le Sable ? Vous êtes allé le voir en personne pour le convaincre de combattre les Chiens de l'Enfer à nos côtés en échange de la promesse de le laisser rester avec Shiro. Et lorsqu'il a brisé ce marché une première fois, vous êtes intervenu en sa faveur alors que j'ai failli l'emprisonner.
Reeve marqua une pause avant de reprendre :
- Et maintenant... vous revenez sur votre position ?
- C'est vrai, avoua Rufus sans aucune honte. J'ai agi comme tel.
- Vous disiez même croire à sa rédemption. La rédemption de Nero le Sable ! Est-ce que vous vous en rendez compte ?
Rufus ne s'en démonta pas. Il n'avait aucune honte d'admettre tous ces faits et gestes. En tout cas, il n'était pas du genre à démontrer une quelconque faiblesse.
- On avait besoin d'un atout contre les Chiens de l'Enfer. Cela aurait été dommage de nous débarrasser de cet avantage. Il fallait bien trouver les mots pour le convaincre de rester.
- Donc, c'était seulement des mots ? Pourquoi ne suis-je pas surpris ? répliqua Reeve, le ton acerbe.
- Mais de vous à moi, Reeve Tuesti... Je n'ai jamais, jamais cru à une quelconque rédemption de sa part. Et s'il était resté, il aurait eu droit à un procès et à une sentence. J'aurais voté pour une exécution, fit simplement Rufus sans le regarder. Et ce sera le cas pour tous ceux qui l'auront aveuglément suivi quand nous mettrons la main dessus.
Le regard de Reeve se durcit.
- Vous n'êtes pas en position de condamner quelqu'un à mort.
- Je le sais. Je souligne seulement ce que j'aurais fait, à votre place.
A nouveau, la tension redevint palpable. Reeve Tuesti joignit ses mains, pressant son front dessus. Il inspira, expira.
Il finit par changer de sujet, le ton froid.
- Et si on négociait cette proposition de votre part ? Concernant le siège et le montant des donations ?
- Bien sûr. Nous ne sommes pas pressés. Nous avons toute la nuit, déclara Rufus Shinra avant de faire un geste à Elena qui s'approcha. Je ne serais pas contre de manger, par contre. Je peux nous faire livrer. Souhaitez-vous quelque chose de particulier ? Monsieur le Président ? Shelke ?
Shelke répondit par la négative. Reeve se contenta de se lever, le regard sombre. Manifestement, il avait bien envie de faire une pause.
- Sans façon. Je vais me prendre un café. On se rejoint ici dans une heure ?
- Entendu, approuva Rufus en se levant à son tour.
Puisque Reeve quittait la salle... Shelke se leva à son tour pour le rejoindre. Elle n'avait aucune envie de manger en compagnie de Rufus Shinra et de ses Turks.
Non. Elle aussi avait besoin d'une pause.
« Merci d'être restée à mes côtés pour ce soir, Shelke. »
Ils s'étaient isolés dans la salle commune. Reeve Tuesti avait ouvert la fenêtre en grand pour aérer la pièce, avant d'ôter sa veste de travail. Il servit un café à Shelke avant d'allumer une cigarette, pensif.
- Je sais que ce n'était pas un moment facile pour toi, commenta-t-il après avoir tiré une bouffée, s'excusant presque auprès d'elle.
L'air absent, Shelke se contenta d'acquiescer.
- Cela ne fait rien. J'ai l'habitude des instants durs. La présence de Rufus Shinra n'est qu'une nuisance, rien de plus.
- Tu as raison, sourit Reeve, approbateur. Mais j'espère que tes heures supplémentaires ne dérangent pas Yuffie. Surtout maintenant que... Lorraine a rejoint sa famille d'accueil.
Oui... Peut-être avait-elle besoin d'une présence chez elle.
- ... Elle trouve toujours quelque chose pour qu'elle garde le sourire.
- Sur ce point, nous sommes d'accord.
Reeve inhala, exhala la fumée de sa cigarette, quand bien même il ne la porta pas à sa bouche. Il se contenta de la regarder tourner entre ses doigts, avant de l'écraser dans le cendrier. Il n'était pas un grand fumeur, contrairement à Cid. En réalité, il agissait ainsi seulement quand il était face à une difficulté.
Comme ce soir, d'ailleurs.
- Je suis tellement désolé, Shelke.
La concernée fronça les sourcils, reportant son attention sur Reeve. Son sourire avait disparu.
- Pourquoi être désolé ?
- Je sais que vous vous étiez attachées à Lorraine au cours de ces six derniers mois. Et du jour au lendemain, à cause de la procédure, à cause de moi, elle vous a été retirée.
Oui...
Shelke mentirait si elle prétendait ne pas en avoir voulu à Reeve sur le moment. Mais ce qui était fait était fait.
- C'est mieux comme ça, Reeve Tuesti.
- J'aurais pu faire en sorte que—commença-t-il.
Préférant ne pas s'éterniser sur le sujet, Shelke l'interrompit.
- Très sincèrement, Reeve. Et ce n'est pas comme si nous lui avions dit adieu.
- Vous avez effectué un travail remarquable, Yuffie et toi.
Même si cela avait eu pour effet de cacher la vérité à Lorraine ? A Shiro ?
Encore une fois, Shelke se posait des questions. Parfois, elle se répétait qu'il n'y avait aucun risque que les deux enfants n'apprennent la vérité l'un sur l'autre. Mais à chaque fois, ce sentiment qui lui retournait l'estomac revenait.
Elle savait qu'elle avait tort, même si ce mensonge avait été nécessaire.
Alors que Reeve écrasa sa cigarette et referma la fenêtre, prêt à rebrousser chemin pour retourner à la salle de réunion, Shelke l'interpella.
Elle lui posa la question qui lui avait toujours brûlé aux lèvres depuis le jour où Reeve lui avait proposée de prendre Lorraine sous son aile.
- Pourquoi m'avoir choisie ?
Reeve s'arrêta pour lui faire face, la dévisageant avec confusion.
- Pourquoi m'avoir choisie ? Moi ? N'importe qui d'autre aurait pu faire l'affaire. Tifa, notamment. Elle a toujours été douée avec les enfants. C'est la même chose pour Barret. Moi... je n'avais aucune expérience. Et en plus, avec mon passé... Je n'étais pas qualifiée pour m'occuper de quelqu'un comme elle.
- N'est-ce pas évident ?
Reeve abandonna l'idée de sortir pour s'asseoir sur le canapé, joignant ses mains tandis qu'il cherchait ses mots.
- Même si tu n'avais aucune expérience, même si quelqu'un d'autre aurait pu assurer le rôle... Tu étais la plus apte à la comprendre. Tu sais de quoi je parle.
Mitsuko...
Shelke avait mis beaucoup, beaucoup de temps avant de comprendre. Mais Reeve venait juste de le lui confirmer.
- Et tu as su te débrouiller.
- Yuffie y a largement contribué, soupira Shelke.
- Cela ne change pas.
Une partie d'elle y appartiendra toujours...
Les mots de Rufus Shinra résonnaient encore dans sa tête. Elle serra son gobelet de café chaud avant de baisser la tête. Reeve parut le remarquer et la toisa avec curiosité.
- Shelke ? Tout va bien ?
- ... Il a raison. Rufus Shinra.
Elle posa son gobelet à côté d'elle avant de s'appuyer contre la table de la salle commune, les mains dans son dos.
- Par rapport à mes actions à Deepground... Je n'ai pas assez payé.
- Ce n'est pas vrai, Shelke. Tu as fait de la prison, lui rappela Reeve.
- Pendant un an. Seulement un an. Et j'étais privilégiée. J'ai seulement eu des travaux d'intérêt général à effectuer. Mais cela ne ramènera pas ceux que j'ai sciemment sacrifié.
Elle plongea son regard froid dans les yeux de Reeve.
- Tu as été manipulée, Shelke.
- Non. Ou peut-être. Mais je savais très bien ce que je faisais. Je me disais que ma survie comptait. Les ordres de Weiss prévalaient. Et quand je vous ai rejoints... Je vous ai aidés que pour mes besoins égoïstes. Je n'avais plus d'alliés. J'ai retourné ma veste pour être pragmatique. Pour assurer ma protection. Pourquoi me pardonner aussi facilement, Reeve Tuesti ?
Le silence tomba.
Reeve poussa un discret soupir avant de lui sourire tendrement, d'une manière presque paternelle.
- On sait tous les deux qu'il n'y avait pas que ces raisons, dit-il avec une pointe de tristesse.
- Je ne pense pas avoir gagné ma rédemption. Rufus Shinra... n'a pas tort. Et à cause du mauvais choix de Nero le Sable, je ne lui en veux pas de me reconsidérer comme quelqu'un qui n'hésitera pas à vous poignarder dans le dos pour retourner à Deepground.
Encore une fois, elle pâtissait des choix de son ancien camarade.
Elle lui en voulait, bien sûr... Mais qui essayait-elle de duper en reportant la faute sur lui ? Elle s'en voulait également.
- Qui sommes-nous pour décréter que nous n'avions pas gagné notre rédemption ?
Reeve avait fermé les yeux, paraissant replonger dans des souvenirs pénibles.
- J'ai créé cette organisation pour me racheter auprès de la Planète. C'était ma façon à moi de gagner ma rédemption, Shelke. Et encore... Moi-même, j'ignore si mes actions seront suffisantes pour payer mes crimes.
- Comment sait-on quand c'est suffisant ? l'interrogea doucement la jeune femme.
- ... Peut-être les dieux.
Il marqua un nouveau temps. Il finit par se relever avant de se diriger vers la petite kitchenette pour se servir un nouveau café.
- Hé, Shelke ?
- Oui ?
- ... Est-ce que tu souhaiterais le savoir ? La manière dont... moi et Shalua...
Il n'acheva pas sa phrase, mais il n'avait pas besoin d'en dire plus.
Shelke avait très bien compris à quoi il faisait référence.
- Est-ce que... ce sera douloureux ? l'interrogea-t-elle avec prudence. Pour toi d'en parler... ?
- ... Moins qu'avant, répondit-il avant d'ajouter sur le ton de la plaisanterie. J'imagine que Monsieur le Président pourra attendre.
La première fois que Reeve avait entendu parler d'elle, cela avait été suite à une mission orchestrée par la SHINRA qui avait envoyé les Turks afin de traquer Veld.
Au cours de cette mission, l'un des Turks s'était rendu à la prison de Corel. Après avoir anéanti les monstres sur sa route, le Turk avait découvert une jeune femme étendue au sol, inconsciente.
Reeve avait eu vent de l'existence de cette jeune fille lors d'un meeting, lorsque le Turk avait rendu son rapport. Il y avait décrit la rencontre avec cette jeune fille dans les moindres détails.
« Hé. »
L'appel du Turk l'avait fait revenir à elle. La jeune fille avait toisé le Turk avec curiosité.
- Lève-toi. Tu peux te lever ?
La jeune fille l'avait fusillé du regard, incrédule.
- ... Sauvée par un Turk, avait-elle raillé. Quelle honte...
- Peux-tu bouger ?
- ... Oui, avait-elle répondu après s'être remise debout. Ce n'est rien.
La jeune fille était restée de marbre devant son « sauveur ».
- Mais ne vous attendez pas à ce que je vous remercie. Je n'ai jamais demandé votre aide.
- Hein ?
Quel avait été son problème ?
Si seulement il l'avait su...
Alors qu'elle s'apprêtait à quitter les lieux, le Turk l'avait interpellée.
- Qu'est-ce qui te prends ?
- ... J'ai quelque chose à faire, lui avait répondu la jeune fille. Je n'ai pas de temps à perdre ici.
Puis, elle s'était à nouveau arrêtée.
Le Turk avait rapidement compris pourquoi. D'autres monstres avaient encerclé la prison. Ils étaient pris au piège.
Après avoir abattu les créatures supplémentaires, la jeune fille n'avait pas remercié le Turk pour autant.
- Pourquoi te presser ?
- Je n'ai pas besoin de ton aide, lui avait répondu la jeune fille. Maintenant, laisse-moi.
- Comment peux-tu espérer t'en sortir dans ton état ?
L'objectif du Turk avait été de la conduire auprès du service médical le plus proche de leur position. Après avoir considéré ses mots, la jeune fille avait fini par le suivre.
Mais une fois hors de la prison, les troupes d'AVALANCHE étaient déjà arrivées sur les lieux, remplaçant les monstres qui les avaient menacés jusqu'à présent.
Après une lutte acharnée, durant laquelle la jeune fille était restée relativement neutre, ne prenant aucunement part à la bataille, le Turk fut encerclé par l'escouade d'AVALANCHE.
- Pourquoi sont-ils ici ? avait demandé la jeune fille.
- Je ne sais pas. ça doit être moi, avait répondu le Turk.
- Donc... tu l'admets.
Puis, la jeune fille avait chargé, attaquant le Turk qui l'avait sauvée juste avant.
- Ne bouge pas. Je suis l'une de vos victimes, lui avait froidement déclaré la jeune fille.
- Quoi ? avait répondu le Turk avec confusion.
- Ou plutôt, une victime des Turks. Mon nom est Shalua, s'était-elle présentée. Et je n'oublierai jamais vos tuniques noires.
Son ton était devenu menaçant.
- Vous êtes ceux qui m'avaient pris ma précieuse famille...
- Que veux-tu dire... ?
- Elle avait le potentiel d'un SOLDAT et vous l'avez kidnappée.
- Vous voulez dire... un candidat au SOLDAT ?
- J'appelle ça du kidnapping, lui avait-elle rétorquée méchamment. Je la cherche partout. D'abord à Midgar, puis à travers le monde. J'ai combattu la SHINRA de nombreuses fois et j'ai enduré de nombreuses blessures. Maintenant, dis-moi ! Où caches-tu ceux que tu kidnappes ?
La tension avait été palpable.
Mais alors que Shalua pressait le Turk de lui fournir des réponses, les renforts d'AVALANCHE avaient débarqué.
Le Turk avait été prêt à en venir aux mains. Mais Shalua n'avait pas essayé de se battre. Elle s'était contentée d'écarter les bras.
- Baissez vos armes. Je suis avec AVALANCHE maintenant. Je n'ai rien à voir avec les Turks, avait-elle craché avec dédain.
Même si elle n'avait pas adopté l'entière vision d'AVALANCHE, Shalua les avait rejoints pour collecter les informations sur la personne recrutée au SOLDAT.
Le Turk avait été clair.
- Cette AVALANCHE n'existe plus. Ils ne t'écouteront pas, avait-il dit en faisant référence aux troupes. Ce sont seulement des marionnettes.
Et les soldats les avaient attaquées sans aucune distinction.
- Je ne pardonnerai jamais aux Turks, avait-elle vaillamment répondu lorsque le Turk lui avait crié de se placer derrière lui. Même si vous n'êtes pas parmi ceux qui ont pris ma famille, je ne vous pardonnerai jamais.
Elle avait ensuite disparu.
Le Turk ne l'avait jamais retrouvée.
« Shalua... a toujours eu un fort caractère », déclara amèrement Shelke une fois que Reeve acheva le premier souvenir qu'il eut de Shalua. « Petites, on se disputait souvent... »
Bien sûr. Elle savait que Shalua l'avait toujours cherchée. Elle l'avait cherchée partout pour la retrouver et la ramener à la maison.
Cela a de l'importance ! En dépit des circonstances, tu restes Shelke ! Ma seule sœur !
Mais le fait que Reeve le confirme... l'ancienne Tsviet ne put réprimer un frisson qui lui traversa l'échine.
- Elle avait de la volonté, sourit tristement Reeve.
- Et moi, tout ce temps... j'étais à Midgar. Sous Terre. A... A Deepground.
Shelke contempla son reflet dans le café qu'elle avait récupéré. A nouveau, l'amertume eut raison d'elle.
- Tu survivais, la réconforta Reeve. Tu ne pouvais pas savoir ce qui se produisait en surface.
- Mais je pouvais m'échapper au moins, expliqua Shelke, la rancœur apparaissant dans son ton. Je pouvais... j'ai voulu en profiter pour m'échapper au début, au cours de missions. Mais... Weiss me disait d'attendre. Que cela ne servirait à rien. Que ce n'était pas le bon moment.
Oui...
Elle se souvenait de la première fois qu'elle avait rencontré Weiss. De la première fois où ils s'étaient parlés à cœur ouvert. Elle avait effectué un « Plongeon Synaptique » durant de nombreux jours, sans manger ni dormir. Epuisée, elle s'était évanouie alors que Restrictor lui hurlait dessus quant au manque de résultat.
Pour l'humilier, Restrictor lui avait rasé complètement la tête. Elle n'avait que dix ans à ce moment-là.
Au bord du gouffre, elle avait souhaité en finir. Mais alors qu'elle avait été prête à se fracasser la tête contre le mur, quelqu'un l'avait arrêtée.
« Ne le fais pas. »
Weiss. Il l'avait arrêtée avant qu'elle ne commette l'irréparable. Elle l'avait déjà croisé auparavant. Mais jamais elle ne lui avait parlé en personne.
Elle avait été au courant de sa puissance. Elle savait très bien qu'il lui suffirait de moins d'un coup de poing pour l'écraser.
« Il n'y a pas quelqu'un qui t'attend, dehors ? »
Dans un moment de faiblesse, Shelke lui avait parlé de Shalua. De sa grande sœur.
« Je sais ce que cela fait. Nous, les Tsviets, on renversera Restrictor... on obtiendra notre vengeance. Cela pourrait devenir ta raison de vivre. Souhaites-tu m'aider ? Participer à la rébellion que j'organise ? »
Les Tsviets étaient capables de venir à bout de Restrictor... Mais Weiss était limité. Il ne pouvait pas agir, l'attaquer frontalement...
Comment pourrait-il avoir raison de lui ?
« Aide-moi », lui avait-il dit. « Aide-moi et tu retrouveras ta grande sœur. »
Durant si longtemps, Shelke avait cru que quelqu'un viendrait la sauver... Mais elle n'avait pas eu d'autre choix que de rejoindre Weiss pour sa survie.
Pour anéantir la SHINRA.
Elle fronça les sourcils à cette pensée. Elle n'avait jamais été rien d'autre qu'une marionnette pour Weiss. Autant qu'elle l'avait été pour la SHINRA et Restrictor. Weiss lui avait susurré des promesses à l'oreille juste pour la garder à sa disposition.
Après tout...
« Bien. Weiss. Tu es responsable de tes Tsviets. Comme tu les adores les appeler en tant que tels. Tu vas me dire qui a fait ça. »
« Shelke, sans doute », avait-il répondu sans hésitation.
« Ta place est avec les bêtes ».
Dire qu'elle avait utilisé les propres souvenirs de sa sœur pour manipuler le candidat qui servirait à leur cause...
Juste pour obéir à Weiss.
Et dire qu'à cause de lui, de Nero, Lorraine avait également perdu sa famille...
Shelke frémit. Elle se moquait bien que Weiss ait fait un avec Omega. Il méritait un sort bien pire. Au-delà de la SHINRA qui lui avait volé sa sœur, c'était Weiss et les autres qui l'avaient tenue éloignée d'elle, qui l'avait trahie...
- Je n'aurais jamais dû l'écouter, soupira Shelke.
Elle sentit une main sur son épaule. Elle releva le regard vers Reeve qui lui offrit une expression rassurante.
- Au début, Shalua n'écoutait pas non plus tout ce qu'on lui disait.
Il l'avait rencontrée un jour, de manière inopinée.
Reeve Tuesti avait eu vent d'un village infesté par les Geostigmates. Après y avoir mené ses troupes de l'ORM fraîchement créée, Reeve avait retiré sa veste et son costume de bureaucrate pour venir en aide aux civils. Il n'était pas un expert, mais il pouvait toujours contribuer à alléger la douleur d'autrui.
Il avait rencontré Shalua au chevet d'un patient qui hurlait à la mort. Non seulement, ce dernier subissait les Geostigmates, mais il avait également subi une blessure qui s'était infectée. Il risquait d'attraper la gangrène.
« Il va falloir amputer », déclara Shalua.
L'homme l'avait suppliée encore et encore. « Non, pitié ! Pitié ! S'il vous plaît, non ! »
Shalua resta ferme et intraitable.
- Il le faut.
- Je ne veux pas perdre mon bras !
- Vous vous en remettrez.
Elle avait dévoilé son bras et Reeve avait écarquillé les yeux de stupeur en réalisant qu'elle avait également perdu son bras.
Remarquant sa présence, Shalua s'était retournée vers lui. Au début, ses yeux s'étaient plissés d'incrédulité à sa vue, avant d'ajouter en soupirant, comme s'il s'agissait d'une piqûre de moustique :
- Cadeau d'AVALANCHE et de la SHINRA.
Ce fut comme une évidence.
Reeve s'était empressé de venir à son aide, se plaçant de l'autre côté du patient.
- Il faut l'écouter.
- Non ! Non !
- Buvez ça.
Il lui avait fait boire un alcool fort, enivrant les sens du pauvre homme qui perdrait bientôt son bras.
Shalua observa la scène sans émotion. Quand Reeve la détailla de plus près, il réalisa qu'elle n'avait pas seulement perdu son bras.
Mais également son œil droit.
- Je n'ai pas besoin de votre aide. Encore moins d'une ancienne tête de la SHINRA.
- Vous n'y arriverez pas toute seule.
- Je me suis toujours débrouillée seule. Maintenant, laissez-moi.
Elle était déjà prête à anésthésier le patient avant de l'opérer.
Néanmoins, Reeve n'avait pas obéi et n'avait pas quitté la pièce.
Après s'être lavé la main, il était resté au chevet du malheureux tout au long de l'opération. Shalua n'avait pas eu la force de le faire partir.
Mais une fois la chirurgie achevée, Shalua et Reeve étaient sortis de la chambre. Elle avait laissé son professionnalisme de côté le temps de se consacrer à son patient. Mais maintenant qu'elle en avait terminé, plus rien ne la retenait.
- Vous êtes audacieux de vous montrer ici.
- Je ne fais plus partie de la SHINRA, expliqua calmement Reeve Tuesti.
- Oui, parce que la SHINRA est tombée.
Shalua avait jeté son gant dans une poubelle avec humeur.
- Je travaillais avec AVALANCHE. Je voulais faire tomber la SHINRA, protéger la Planète...
- On voit que ça vous a réussi, grinça Shalua. Vous vous attendez à ce que je vous décerne une médaille ? L'AVALANCHE n'était pas mieux que la SHINRA. Raison de plus pour ne pas vous faire confiance.
Reeve avait soupiré.
Bien sûr. Il ne pouvait pas espérer d'autre réaction. Ce n'était pas parce qu'il avait décidé de faire amende honorable que les victimes de la SHINRA pour laquelle il avait travaillé allaient l'accueillir à bras ouverts.
Cela avait été arrogant de sa part... de croire que cela suffirait à ce qu'on lui pardonne.
- Comment est-ce arrivé ? lui demanda-t-il, faisant référence à ses membres perdus.
- Vous le savez très bien.
Shalua avait été prête à mettre un terme à la conversation, avant de rebrousser chemin. Elle lui avait fait face, sceptique.
- ... Si vous étiez de la SHINRA... est-ce que vous ne connaitriez pas...
Elle secoua la tête, comme si sa question n'avait aucun sens.
- Laissez tomber.
- Dites-moi, la supplia presque Reeve.
- ... Même une personne de votre rang ne le saurait pas.
- Vous recherchez quelqu'un ?
Shalua avait détourné le regard. Son silence avait été suffisamment éloquent.
- ... On a besoin de personnes comme vous, à l'ORM. Du personnel médical, avait soulevé Reeve.
Elle l'avait fixé comme s'il avait crié une absurdité.
- Vous n'avez aucune décence. Vous me proposez de travailler pour la nouvelle SHINRA ?
- Ce n'est pas la nouvelle SHINRA, l'avait doucement corrigée Reeve. L'ORM n'a rien à voir. On œuvre afin de reconstruire ensemble la Planète.
- Je ne crois pas, grinça Shalua en croisant les bras. Je n'obéis qu'à mes objectifs. Je me débrouille bien toute seule.
- On voit que cela vous a réussi, releva Reeve.
- Au moins seule, je ne risque pas de perdre le seul bras qui me reste ! avait craché Shalua.
Reeve avait laissé retomber les bras le long de son corps.
Mais il n'avait pas abdiqué pour autant.
- ... Si je vous aide à retrouver la personne que vous recherchez, accepteriez-vous de travailler pour l'ORM ? On a vraiment, vraiment besoin d'aide.
Il se souvenait qu'une lueur était apparue dans l'œil de Shalua.
Elle avait eu l'air... intéressée. Mais trop fière pour accepter maintenant. Alors, Reeve avait fait la seule chose qu'il devait faire pour prouver sa sincérité : il s'était incliné devant elle.
Cela n'avait pas ému Shalua.
- Vous croyez qu'il suffise d'une fausse promesse et d'un salut pour me faire accepter ?
- Quand je fais une promesse, je la tiens peu importe le prix, avait dit Reeve, le ton léger.
- Non.
Reeve s'était redressé.
- Si vous le souhaitiez, jusqu'à ce que vous acceptiez, je reviendrais tous les jours pour m'incliner et vous supplier de rejoindre mon organisation. C'est la moindre des choses que je puisse faire.
- ... Tous les jours ?
Shalua avait levé les yeux au ciel.
- Je ne vous crois pas, avait-elle répliqué, provocatrice.
- Rendez-vous demain, avait souri Reeve avant de s'éloigner, acceptant de relever le défi.
Et le jour suivant, il était revenu pour elle.
Il s'était incliné. Sa proposition tenait toujours.
Elle avait à nouveau refusé. Il n'avait pas abandonné.
Le jour d'après, il avait réitéré le même schéma.
S'incliner... Supplier...
Aide-nous à reconstruire la Planète et je te promets de retrouver la personne que tu cherches.
Je tiendrai ma promesse, avait-il répété.
« C'est comme ça qu'elle a accepté de vous rejoindre ? » lui demanda Shelke, un peu surprise quant à la tournure des évènements que lui décrivait le Président de l'ORM.
Se grattant la nuque avec embarras, Reeve ne put s'empêcher de pouffer.
- Je pense qu'elle en a eu assez de me voir revenir tous les jours pour lui demander la même chose. Mais je suis sûr que la détresse du peuple ne l'a pas laissée indifférente. Et elle était suffisamment mature pour comprendre qu'on ne peut rien faire tout seul...
Shelke tiqua à cette remarque.
- C'était arrogant de ma part, admit Reeve.
- ... C'était arrogant de ma part d'avoir souhaité me débrouiller seule. Peut-être que... sans cela...
Lâche-moi !
Non... Nous avons dix ans à rattraper !
- ... Ce n'était pas de ta faute, Shelke.
Si. Nul doute que cela l'était. Après tout, elle était celle qui avait conduit Azul jusqu'au QG de l'ORM...
La mort de Shalua... c'était de sa faute.
Et tout cela pour rien...
Weiss a ordonné ton exécution. Il est temps pour toi de rejoindre la Planète, Shelke.
- ... Comment en êtes-vous venus ? A... cette relation ? le questionna Shelke, le regard vague.
« Merci d'être restée à mes côtés pour ce soir, Shalua. »
Ils s'étaient tenus ici, dans la même pièce que celle dans laquelle ils s'étaient réfugiés actuellement.
Cela faisait maintenant six mois depuis que Shalua avait rejoint les rangs de l'ORM. Assise sur le canapé, un rapport sur ses genoux, Shalua avait simplement haussé les épaules, avant de lui répondre d'un ton malicieux.
- J'avais jugé que vous aviez besoin d'aide.
- En effet, avait souri Reeve en même temps qu'il se servait un café. J'ai beau être le Président de l'ORM, je ne saurais me débrouiller seul.
Shalua avait acquiescé en silence.
- ... Il n'y a personne pour m'accueillir chez moi. Alors, j'ai tout le temps de vous assister.
Six mois... et même si Shalua se montrait professionnelle avant tout, Reeve sentait qu'elle commençait doucement à sortir de sa coquille. Elle s'ouvrait davantage à lui et lui parlait avec davantage de chaleur et de courtoisie.
Cette remarque l'attrista.
Combien de temps, hein ?
Pendant combien de temps avait-elle été seule ? Sans personne pour l'aider ? A chercher la personne qu'elle aimait ?
- ... Je suis désolé, Shalua.
Shalua avait relevé la tête vers lui, incrédule.
- J'avais promis de t'aider à rechercher ta sœur. Mais... j'ai épluché tous les rapports datant depuis la création de la SHINRA... il n'y a aucune trace d'elle. Je suis désolé.
Il s'en était voulu. Et encore aujourd'hui, il s'en voulait d'avoir été aussi impuissant.
Shalua... n'avait pas paru surprise. Elle s'était contentée de se lever, pliant le rapport qu'elle garda sous son bras valide.
- ... Cela ne fait rien. Vous avez fait de votre mieux, Reeve Tuesti.
Elle n'était plus en colère. Mais... désormais, elle paraissait résignée.
- Vous avez le droit de ne pas me pardonner.
- Vous agissiez ainsi pour que je vous pardonne ?
Reeve n'avait pas répondu. Il s'était senti coupable, penaud. Il se demandait parfois s'il agissait vraiment pour le bien des hommes, pour la Planète. Mais à chaque fois, son désir de se faire pardonner n'en devenait que bien plus fort.
Peut-être avait-il fait cela pour lui-même, au bout du compte. Peut-être était-il juste un égoïste qui prenait ses actions pour acquises.
- ... Je sais que je ne la reverrais jamais, avait décrété Shalua. Elle est morte. Je dois me faire une raison, maintenant.
- ... Non.
Sa réponse avait été immédiate.
Sans réfléchir, Reeve s'était approché d'elle. Lui qui se sentait honteux quelques instants auparavant, cette honte avait laissé place à la détermination.
- Tu as vécu toute ta vie pour elle. Tu as survécu à toutes ces choses horribles dans l'objectif de la retrouver, Shalua. Tu ne peux pas abandonner maintenant.
- Pourquoi ? Même vous, vous ne trouvez rien.
- Cela ne signifie pas que j'abandonne.
Non. Reeve n'abandonnerait pas et il ferait en sorte que Shalua n'abandonne pas non plus. Parce qu'il le savait...
Si Shalua abandonnait... si elle abandonnait sa sœur, elle abandonnait tout. Y compris sa propre vie.
- Ne baisse pas les bras, Shalua, la supplia-t-il. N'abandonne pas ta sœur. Elle n'est pas morte. Elle est sûrement encore là... quelque part. A attendre que sa sœur vienne la sauver.
Shalua l'avait dévisagé avec surprise et incrédulité.
Oui. Il n'était pas personnellement lié à Shelke... Mais il ne laisserait pas ces deux sœurs souffrir davantage à cause de la SHINRA. A cause de lui...
C'était la moindre des choses qu'il pouvait faire, maintenant.
- Vous paraissez... très impliqué, dit Shalua.
- Mes mots... ce n'était pas une promesse en l'air. C'était une vraie promesse que je compte tenir, décréta Reeve avec fermeté. Quand est-ce la dernière fois que tu as pensé à toi, Shalua ? Depuis que la SHINRA t'a volée ta sœur ?
Shalua était restée silencieuse.
- ... Retrouver ta sœur... c'est ta raison de vivre, non ? lui demanda Reeve.
- Ma raison de vivre...
Ses mots l'avaient prise de court. C'était évident.
- Je n'ai jamais envisagé les choses de cette façon, avoua Shalua, perplexe. Ma raison de vivre...
- Sans raison de vivre, on ne vit plus, affirma Reeve. Alors, je ne peux pas te laisser abandonner.
Il pouvait comprendre ce qu'elle ressentait, plus que quiconque.
Qui sait ce qu'il serait devenu sans raison de vivre ? Sans son désir de se racheter auprès de la Planète ? Sans Cloud, Barret, Tifa, Vincent, AVALANCHE ?
Il marqua un temps avant de reprendre :
- Je suis sûr qu'il y existe des dossiers cachés quelque part qui nous indiqueront l'existence de Shelke. Ils nous donneront les indices dont nous avons besoin pour la retrouver. Une piste. Et je continuerai à veiller pour cette piste. Je te le dois bien.
- Reeve Tuesti...
- Et, ajouta-t-il avec humour, si je dois te supplier et m'incliner devant toi pour t'empêcher d'abandonner, je le ferais avec plaisir.
Oh oui. Il le ferait.
Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, Shalua lui avait souri.
- ... Je n'en demandais pas tant. Mais maintenant, je dois vous croire quand vous dites que vous tenez vos promesses, Reeve Tuesti.
Reeve lui avait souri en retour.
Finalement, ce fut Shalua qui s'approcha, se tenant à quelques centimètres de lui.
- ... Continuez de me dire de ne pas abandonner, Reeve.
- Shalua...
- Ma raison de vivre... J'apprécie cette pensée.
Il n'avait pas réalisé qu'elle avait posé sa main sur sa joue, l'invitant doucement à la regarder.
La chaleur était parvenue à ses joues, mais Reeve n'avait fait aucune remarque.
- ... J'ai dit que je ne vous pardonnerai jamais, dit Shalua. Mais parfois... Vous me donnez une raison de le faire.
Elle avait ôté sa main mais son sourire ne s'était pas effacé de son visage.
Finalement, ce fut elle qui s'inclina.
- ... Merci beaucoup.
- Si...
Reeve marqua une pause, hésitant.
- Si tu as envie de parler de Shelke... autour d'un café... si tu en as besoin, ma porte est toujours ouverte.
- ... C'est un bon plan.
Shalua s'inclina à nouveau, prête à partir.
- A tout à l'heure... Monsieur le Président.
- Reeve est suffisant, lui répondit-il avec sympathie.
« Après cela... tu connais la suite », sourit Reeve en repensant aux agréables souvenirs. « Cela n'a pas été facile tous les jours. Mais... cela en valait la peine. »
Comme Shelke, Reeve avait tout autant souffert de la mort de Shalua.
Peut-être même plus... Elle savait, maintenant.
Reeve avait su trouver les mots pour réconforter Shalua, pour l'épauler quand elle perdait espoir...
Shelke aurait dû s'en rendre compte. Ce n'était pas si étonnant, en réalité. Elle se rappelait de la manière dont Reeve l'avait défendue auprès de Shelke quand cette dernière avait accusé sa sœur de l'avoir abandonnée.
Elle a perdu plus que son bras... plus que son œil...
Elle a risqué sa vie encore et encore... seulement dans le but de retrouver sa sœur.
- ... Merci, Reeve.
Shelke jeta son goblet. Il était désormais vide.
- Merci de m'avoir racontée tout cela, le gratifia-t-elle avec un sourire chaleureux. Merci de... d'avoir veillé sur Shalua quand je n'ai pas pu le faire.
- Je me dis aussi que...
Il inhala, exhala.
- Je me dis aussi que... si Shalua m'a pardonné, si une personne sur la Planète m'a pardonné, c'est une victoire en soi. Même si... je pense que la première étape d'une rédemption est de se pardonner à soi-même.
- Vous le croyez ?
- ... Je pense que ta sœur ne s'est jamais pardonnée à elle-même de t'avoir laissée pendant dix ans. Jusqu'au dernier moment...
Je t'aimerai toujours...
- ... « Quand une personne aime autant quelqu'un », répéta Shelke, se remémorant les mots de Vincent. « Parfois, se sacrifier est le moins que l'on puisse faire. Et c'est peut-être ce qui nous rend humain. »
Oui. Maintenant, elle avait compris le geste de sa sœur.
Elle ferait la même chose pour Lorraine... Pour Vincent. Pour Yuffie, pour Reeve... pour ceux qui comptaient pour elle.
- Rufus Shinra nous attend, rappela Reeve après un temps de silence.
- Surprise !
Avant même qu'ils ne puissent réagir, une fusée avait ouvert la porte à la volée.
Yuffie était apparue dans la salle commune, des sacs fumants pleins les bras.
Shelke écarquilla les yeux, déconcertée. Elle avait osé...
- Il paraît que Shelke va encore veiller tard ? Quand on ne vient pas aux gyozas, les gyozas viennent à nous ! s'exclama Yuffie avec un grand sourire. Je t'en ai pris pour toi aussi, Reeve ! Vous n'avez pas mangé, n'est-ce pas ?
Reeve et Shelke s'échangèrent un regard avant d'éclater de rire.
- Rufus Shinra n'a certainement pas terminé son repas, releva Shelke en inclinant la tête sur le côté.
- On a bien le temps, alors. C'est d'accord. Viens t'installer, Yuffie !
- Et plutôt deux fois qu'une ! J'ai faim !
Yuffie se hâta d'installer les sacs sur la table tandis qu'ils prenaient place.
Se pardonner à soi-même...
Shelke ferma les yeux, se répétant les mots de Reeve.
Elle pouvait bien commencer par-là, effectivement...
Elle ignorait bien ce qui l'avait poussée à se rendre ici.
A revenir sur les anciens lieux de Deepground... Ou plutôt, de l'ancien Deepground étant donné qu'il avait été reconstruit.
A nouveau, cette pensée la rendit amère.
Plutôt, elle se trouvait là. Auprès de l'ancien Réacteur Mako Zéro.
A fixer le trône de Weiss.
L'expression vide, Shelke se surprit à repenser à son ancien commandant. Le chef qu'elle avait adulé, au même titre que les autres membres de Deepground, et qu'elle détestait pleinement aujourd'hui.
« Parfois, se sacrifier est le moins que l'on puisse faire. Et c'est peut-être ce qui nous rend humain. »
Weiss était devenu un avec Omega...
Aux dires de Shiro, il avait agi pour le sauver. Pour sauver son fils et en même temps, son frère. La personne qui lui avait été le plus chère.
Est-ce qu'il restait un brin d'humanité en Weiss pour agir ainsi ? Se sacrifier au risque de disparaitre de manière définitive ?
Elle ne le saurait jamais.
Mais elle ne souhaitait pas lui accorder cette bravoure. Pas pour quelqu'un comme Weiss qui ne le méritait pas. Néanmoins, cela ne signifiait pas qu'elle ne luttait pas.
Un souvenir particulier lui revint en mémoire.
Le jour où elle avait été sélectionnée pour le programme d'imprégnation. Il s'agissait de sa toute première fois.
Elle avait seize ans. Son corps demeurait celui d'un enfant de neuf ans, mais les scientifiques avaient souhaité étudier sa fertilité.
Cet homme... Ou plutôt, ce monstre, Professeur Hojo, était apparu devant elle. Il lui avait demandée de le suivre. D'accomplir son devoir.
« Qui sait ? Peut-être pourras-tu copuler avec d'autres candidats Tsviets ? N'est-ce pas une idée séduisante ? »
Shelke connaissait déjà tout de l'éducation sexuelle. Restrictor s'en était assuré bien avant qu'elle ne soit conviée au programme d'imprégnation.
Mais avant même que Hojo ne l'emmène, quelqu'un s'était interposé.
« Elle n'y ira pas. »
Cela avait été la première fois que Weiss la défendait ouvertement. Hojo s'était retourné vers lui et l'avait fusillé du regard.
« Et pourquoi donc ? De quel droit ? »
« Du droit que je suis l'Empereur du Deepground. Souhaitez-vous que je vous rappelle mon titre, vieux sénile ? C'est moi, l'Empereur. Ce sont mes Tsviets. Et je vous répète qu'elle n'y ira pas. Vous ne la forcerez pas. Est-ce clair ? »
Bien sûr, Hojo avait convoqué Restrictor pour qu'il apprenne à Weiss les bonnes manières. Weiss avait échoué. Cela n'avait servi à rien.
Mais l'effort avait été louable...
Shelke s'en souvenait encore.
« Quelle surprise de te voir ici, Shelke. »
Cette voix... Shelke se retourna d'un bloc.
Nero était apparu dans l'ombre et se tenait derrière elle, à distance raisonnable.
Pendant un instant, Shelke faillit dégainer ses sabres laser. Mais Nero ne montra aucun signe d'agression.
Non. Il était seulement... fatigué, comme l'en témoignaient les cernes sous ses yeux magenta. A vue d'œil, Shelke remarqua qu'il avait perdu beaucoup de poids. Il n'y avait aucune malice dans ses yeux.
Seulement... de l'épuisement.
« Je suis venu me recueillir. Ne te mets pas en travers de mon chemin », déclara-t-il, le ton bas.
Evidemment...
Cet endroit demeurait le territoire de son frère. Shelke ne demanda rien de plus. Elle se contenta de faire demi-tour, passant devant Nero pour rejoindre la sortie.
Il ne s'était pas sacrifié seulement pour Shiro...
Mais également pour Nero.
Il avait perdu Weiss à deux reprises. Et en d'autres circonstances, Shelke aurait peut-être pu ressentir de la compassion à l'égard de son ancien camarade.
Même s'il n'y avait aucun camarade à Deepground...
Mais... elle ne ressentit rien. Par-dessus son épaule, elle regarda Nero qui lui faisait dos, son attention rivée sur le trône.
Contre toute attente, ce fut lui qui l'interpella.
- Il le pensait, tu sais. Par rapport à ta sœur... Il le pensait réellement.
Shelke demeura de marbre.
Devait-il le croire ? Pour Nero, Weiss était la pureté incarnée. La perfection.
Elle n'en était pas sûre. Sans répondre, elle quitta la salle du trône.
Elle ne pardonnerait jamais à Weiss, ni à Nero...
Mais elle s'était pardonnée à elle-même.
Et quelque part, une partie d'elle espérait que Weiss trouve la paix.
