Ténèbres
OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Celui-ci prend place avant les évènements de FF7. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.
Les Ténèbres...
Si noires... si obscures... si épaisses.
A elles seules, elles symbolisaient ce qu'était l'Univers avant la création.
Le vide, le néant.
Même la plus brillante des lumières ne saurait les percer. Elles étaient toutes puissantes. Le Maître absolu.
Beaucoup catégorisaient les Ténèbres comme une entité malveillante. L'aspect sombre de l'humanité, la noirceur de l'âme en chacun.
Quelque part, l'assimilation des Ténèbres au mal n'était pas dénuée de vérité. D'une certaine manière, cet amalgame était juste. Les Ténèbres représentaient bel et bien le versant caché de la Terre, une partie où personne n'aurait envie de s'y aventurer...
Parce qu'on se perdait facilement dans les Ténèbres. Sans personne pour guider l'âme en peine emprisonnée de leurs griffes, le destin du pauvre malheureux n'en devenait que plus tragique. Tout ce qui était né de poussière redeviendra poussière. L'âme en perdition disparaîtrait inévitablement, se transformant en fine particule faisant partie d'un tout bien plus grand.
Oui. On comprenait aisément pourquoi les gens interprétaient les Ténèbres comme symbolisant le mal.
Ce que les gens oubliaient la plupart du temps, était que les Ténèbres obéissaient à un dessein précis.
Un dessein au service de Gaia, de la Planète, de la vie sur Terre... Les Ténèbres existaient car sans elles, il ne saurait y avoir de vie, de lumière.
Et les Ténèbres, comme chaque entité protégeant Gaia, obéissaient à Minerva avant tout.
Les Ténèbres savaient qu'avant de devenir un tout, elles avaient été autrefois quelqu'un.
Pas quelqu'un au sens des entités physiques qui étaient apparues sur Gaia à sa suite, les unes après les autres, à l'instar des plantes, des animaux et pour finir, des humains. Mais elles avaient été quelque chose possédant une conscience. Quelque chose qui avait su parler, communiquer, penser...
Et plus que tout, aimer.
Les Ténèbres n'avaient pas toujours été seules. Non. Elles se souvenaient de leur père. Chaos, dit le Néant. Chaos, le Serviteur d'Omega, l'Arme de la Fin qui apparaîtrait dans le ciel à la fin des temps, pour recueillir la Rivière de la Vie et l'emporter à travers les étoiles, avant de la guider vers une autre Planète qui accueillerait ainsi la nouvelle vie.
Tel était le cycle.
Les Ténèbres se souvenaient peu de son père. Elles se souvenaient peu de quelconque tendresse paternelle venant de sa part. A moins qu'il n'y en ait jamais eu.
Néanmoins, quand bien même Chaos ne leur était pas familier, les Ténèbres se souvenaient parfaitement d'une personne. Parfois, au cours de certains soirs, cette personne réapparaissait dans ses souvenirs.
Cette personne... Il s'agissait de la moitié des Ténèbres. Deux moitiés d'un même tout, qui ne sauraient être séparées.
La Nuit. La Nuit parfois couverte de brumes, tapissant le ciel, la cachant à l'abri des regards. D'autres fois, elle était fraîchement dégagée, laissant les étoiles briller pour rappeler aux créatures de Gaia qu'elles n'étaient qu'un point minuscule au milieu de l'Univers.
Les Ténèbres se souvenaient de quelques bribes. La Nuit qui venait les retrouver en cachette. Les rires, les caresses, les baisers échangés entre eux...
L'amour que la Nuit et les Ténèbres avaient partagé.
Et de cet amour naquirent leurs enfants.
On racontait que les enfants étaient le plus beau trésor qu'un être pouvait posséder.
Quand les Ténèbres se rappelaient des instants partagés avec la Nuit, avec leurs enfants, il y avait toujours une part d'amertume mêlée avec une teinte de regrets.
Le regret de ne pas avoir pu partager davantage de moments avec sa famille d'autrefois. Le regret que rien ne saurait redevenir comme avant.
Lorsqu'elles se remémoraient les instants chéris, au nombre de deux ou trois, pas plus, les Ténèbres se disaient qu'ils avaient eu l'air tous si heureux...
Néanmoins, ces regrets ne duraient jamais très longtemps, car les Ténèbres savaient parfaitement qu'ils obéissaient à la Planète. Rien ne saurait être plus important que cela.
Et les Ténèbres s'étaient à présent détachées de la vie d'avant. Peut-être auraient-elles eu davantage mal si cela n'avait pas été le cas. Peut-être auraient-elles été en colère contre Gaia, contre Minerva elle-même.
Mais l'idée même d'en vouloir à Minerva, la Déesse pour laquelle elles vivaient, leur était inconcevable.
Alors, les Ténèbres se satisfaisaient simplement de ces quelques instants de bonheur qui ressurgissaient parfois dans leur mémoire.
Pour elles, c'était suffisant.
La Nuit...
Le Ciel Supérieur, le Jour, la Pitié, la Prudence, le Nocher...
Les Ténèbres se disaient qu'ils n'étaient pas séparés, qu'ils étaient ensemble, réunis dans un même univers.
C'était tout ce qui comptait. Autrefois, les Ténèbres avaient eu droit à une famille. D'autres entités n'avaient probablement pas eu la même chance.
Alors, elles s'en contentaient et observaient le passé, le présent et le futur avec clairvoyance.
Le Jardin...
Un immense Jardin tapi de fleurs, parsemé de nombreux lacs et rivières dans lesquels sa famille adorait s'y baigner.
« Papa ! »
Quelqu'un les appelait. A chaque fois, il s'agissait du même souvenir qui leur revenait.
Les bras des Ténèbres qui accueillaient un enfant aux cheveux noirs et aux yeux rouges, vêtu d'un kimono blanc.
Les Ténèbres se rappelaient que cet enfant deviendrait plus tard le Nocher... Charon leur souriait à pleines dents avant de se pelotonner dans leurs bras réconfortants, laissant son parent le porter à travers le jardin.
Les Ténèbres sentaient les émotions. Qu'elles soient positives ou négatives, cela importait peu. Elles les embrassaient. Et les Ténèbres devinaient que cet enfant avait constamment besoin d'être rassuré, d'être protégé...
Que sans cette présence, Charon aurait peur.
Les Ténèbres se souvenaient avoir embrassé son front, aimantes, tandis qu'ils rejoignaient ensemble le reste de leur famille.
Cette image d'une famille réunie, au bord d'une rivière. Le jeune homme qui deviendrait plus tard le Ciel Supérieur, sortit sa tête de l'eau, l'air rieur.
Ether...
« Charon ! Hé, Charon ? Tu viens te baigner ? »
Charon s'était contenté de regarder son grand frère, méfiant, avant d'enfouir son visage dans le cou des Ténèbres.
- Charon, l'avait doucement appelé son père. Tu ne veux pas t'amuser avec ton frère ? demanda son père avant de le poser doucement au sol.
Une fois debout par terre, l'enfant parut hésiter avant de s'accrocher à nouveau aux Ténèbres.
- Non ! cria le petit enfant, resserrant son étreinte autour de la taille de son parent.
- Charon...
- Non ! Je veux rester avec Papa et Maman !
- Allez, viens ! insista le Ciel Supérieur qui émergea de l'eau pour rejoindre lentement la terre, tendant une main rassurante à l'enfant apeuré. Tu vas voir, ce sera amusant.
Charon lui adressa un coup d'œil timide, sans pour autant se dégager des bras des Ténèbres.
- Si cela te fait si peur, lui sourit le Ciel Supérieur, je te promets de rester près de toi. Je ne te lâcherai pas, d'accord ?
- Hmm...
Charon marqua une pause, avant d'ajouter :
- Je ne veux pas que Papa et Maman partent...
- On ne quittera pas le Jardin, lui promirent les Ténèbres.
- Jamais ?
Les Ténèbres balayèrent le paysage du regard, cherchant rapidement l'autre moitié de son tout. La Nuit se tenait au bord du rivage, assise sur un caillou, brossant les cheveux du Jour. Alors qu'Héméra se laissa aller à la détente, posant sa tête sur la poitrine de sa mère, la Nuit lui adressa un sourire compréhensif.
A chaque fois que les Ténèbres portaient leur regard sur elle, elles la trouvaient toujours plus belle.
Charon se mit à crier. Immédiatement, les Ténèbres reportèrent leur attention sur le plus jeune. Il avait été poussé dans l'eau, mais pas par Ether.
- Eleos !
La petite fille, plus grande que Charon, était apparue dans son dos, l'attaquant par surprise. Cette dernière se mit à rire de sa mauvaise blague tandis que Charon sortit la tête de l'eau, se mettant à pleurer.
- Papa !
- Eleos ! s'énerva Ether en posant les mains sur les hanches, sévère.
- Quoi ? C'était marrant !
- L'eau est froide, en plus ! geignit Charon alors qu'il sortit immédiatement de l'eau pour rejoindre son père qui s'empressa de le rassurer.
Ether se mit à courir après Eleos qui s'amusa à s'échapper tout en l'évitant.
- Je vais venger Charon ! fit le Ciel Supérieur en prenant une grosse voix d'outre-tombe.
- Faudra m'attraper, alors !
- Quand tu obtiendras ton Rôle, je n'ose même pas imaginer la catastrophe que cela sera !
La Pitié...
Eleos freina avant de s'arrêter pour reprendre son souffle.
- Si j'ai un Rôle, j'espère que ce sera la Pagaille ! J'ai trop envie d'embêter les gens !
- Pas besoin, tu le fais déjà, remarqua Héméra en levant les yeux au ciel.
- Elle n'a pas tort.
Plus loin d'eux, assis au milieu des fleurs, la Prudence étendit ses bras, l'air boudeur.
- Pourquoi doit-on être affilié à un Rôle ?
- On en discutera plus tard, Epiphron, firent les Ténèbres en caressant les cheveux de Charon.
- A quoi bon être les sujets d'un projet aussi vaste que l'Univers ? Est-ce que cela signifie perdre notre liberté ?
- De quoi il parle, Papa ? demanda innocemment Charon.
- Le revoilà avec ses théories complotistes ! pouffa Eleos, moqueuse.
- Moi, au moins, je me pose des questions ! s'agaça Epiphron. Pas comme certaines qui ne pensent qu'à s'amuser !
- On s'en fiche, non ? Tout comme on se fiche de ce que tu racontes ! grimaça Eleos.
Epiphron se redressa, fusillant du regard la petite fille qui le toisait d'un air narquois.
- Et oui, je plussoie : la Pagaille te correspondrait !
- Et toi, ce sera la Paresse ! renchérit Eleos en le désignant du doigt. Ou la Paranoïa !
- Silence, s'interposa la Nuit en soupirant.
Mais avant même que le débat ne tourne en dispute, Eleos fut soudainement précipitée sur le côté.
- Hé !
Elle plongea dans l'eau à son tour, poussée par Héméra qui avait quitté son siège en forme de rocher. Elle adressa un clin d'œil complice à Charon qui se mit brusquement à rire.
- Je t'ai vengé, Charon.
- Merci, grande sœur !
- Ce n'est pas juste ! Personne ne me soutient jamais dans cette famille, bouda Eleos alors qu'elle ressortait de l'eau, trempée.
Ether ricana avant de lui tapoter la tête de manière condescendante.
- Allons, allons. Et si je vous portais tous les trois ? Toi, Epiphron et Charon ?
Immédiatement, les yeux de la Pitié se rallumèrent.
- Oui, grand frère ! Vas-y !
- Et moi, tu ne me portes pas ? lui adressa Héméra, le ton taquin.
- Tu es bien trop âgée.
- Et trop grosse ! releva Eleos en lui tirant la langue. Aïe ! Mais Maman !
La Nuit venait de lui administrer une légère claque sur la tête pour son insolence.
- Je prédis que vous serez tous punis, dit-elle sévèrement.
- Gardez vos jeux de gamin ! s'énerva Epiphron. Je préfère penser au sens de l'Univers, seul, dans mon coin, au lieu de m'adonner à ces enfantillages avec des moutons comme vous.
Ether lui adressa un clin d'œil.
- Même si je cours ? proposa-t-il, malicieux.
A cette suggestion alléchante, la Prudence oublia son mépris et succomba. Epiphron se releva d'un trait, tâchant tant bien que mal de dissimuler son intérêt. Alors qu'Ether s'abaissait pour porter Eleos, les Ténèbres poussèrent Charon vers ses frères et sœurs.
- Allez, Charon... amuse-toi. On reste là.
A nouveau, le petit enfant hésita.
Mais en fin de compte, il céda à son tour et courut vers son frère aîné, les bras tendus pour rejoindre le jeu à son tour, tandis que les Ténèbres se rapprochèrent de la Nuit. Ensemble, ils les observèrent s'amuser d'un œil attentif et bienveillant.
Malgré qu'elles se souviennent peu de la vie d'avant, hormis ces quelques bribes de souvenirs, les Ténèbres devinaient qu'ils avaient été une famille unie, en dépit des circonstances.
Une famille unie et aimante...
C'était plus que ce qu'une divinité mal-aimée comme les Ténèbres pouvait espérer.
« Maman ? »
Tiens... un autre souvenir récurrent.
Au loin, les Ténèbres observaient Charon. L'enfant était réuni avec la Nuit. Tous les deux prenaient soin des roses noires qui avaient poussé dans le Jardin.
Charon adorait ses fleurs. Bien plus que ses autres frères et sœurs. La Nuit cueillit une rose qui avait poussé quelques jours plus tôt. La lumière des étoiles se reflétaient sur les pétales de la fleur. Elle la tendit à Charon qui la reçut avec plaisir.
- Merci, Maman !
Ce geste fit sourire les Ténèbres. La Nuit attira Charon dans une étreinte chaude et maternelle.
- Ce Jardin t'appartient, Charon. Je t'aide simplement à l'entretenir. Mais n'oublie pas qu'il est à toi.
Le petit enfant acquiesça énergiquement, serrant la fleur contre son sein. La Nuit observa l'horizon, attendrie.
- J'ose espérer que les humains seront aussi attentifs et prévenants que nous. Qu'ils prendront soin des fleurs comme toi et moi, nous le faisons.
- On continuera de faire pousser des fleurs demain, Maman ? l'interrogea Charon avec enthousiasme.
- Bien sûr, mon bébé. Bien sûr.
Charon et la Nuit s'étreignirent encore. L'enfant quitta sa mère, gardant la rose en main. Il s'approcha des Ténèbres, les fixant droit dans les yeux. Comme quand il avait une question à leur poser.
- Papa... est-ce que je peux m'amuser avec le Naga du Jardin ?
Le Naga...
Les Ténèbres se souvenaient peu de cet étrange serpent... Toutes les divinités en possédaient une, mais elles ne s'attendaient pas à ce que Charon le rencontre. Les services du Naga n'étaient pas requis pour l'instant, alors ils le laissaient errer librement.
- ... Fais attention, Charon.
- Quoi ? Il a l'air de se sentir seul ! Ou plutôt, elle semble avoir besoin de compagnie. Je lui ai promis de la visiter tous les jours ! Et elle a accepté !
Charon tendit la rose vers les Ténèbres.
- Je suis tellement heureux de m'être fait un nouvel ami. Je lui apporterais de la nourriture demain. Au fait, de quoi se nourrissent les Nagas ?
- Je pense que les Nagas savent où chercher pour se nourrir, le rassurèrent doucement les Ténèbres.
- Oh, mais c'est l'intention qui compte ! Quand une divinité fait une promesse, elle se doit de la tenir ! sourit Charon. Alors, demain, je lui rendrai visite et je lui donnerai un goûter !
Il posa son doigt sur la bouche, pensif.
- Mais... il lui faut un nom. « Le Naga »... ce n'est pas très amusant, comme nom. Quel nom pourrais-je lui donner ?
- Charon...
Les Ténèbres ricanèrent. Charon avait vraiment le sens de l'initiative. Néanmoins, elles se prirent au jeu et cherchèrent rapidement une idée de nom à lui donner.
- Pourquoi pas Jörmungand ?
- Oh ! J'adore ! s'extasia Charon avant de l'étreindre à nouveau. Merci, Papa ! J'espère que cela lui plaira ! Je vais de ce pas lui trouver de la nourriture.
- Elle en a, de la chance, le complimentèrent-elles.
Les Ténèbres hochèrent la tête, ne détachant pas leurs yeux de l'enfant tandis que ce dernier quittait précipitamment le Jardin en courant, en quête de nourriture.
Charon était vraiment adorable, pensèrent les Ténèbres.
Oui. Autrefois, il avait été quelqu'un d'attentionné.
En-dehors de ces deux souvenirs particuliers, les Ténèbres se rappelaient peu de choses. Parfois, des images leur revenaient, tels des flashs d'une lumière qui menacerait de percer les Ténèbres.
Charon qu'il voyait monter sur le dos de Jörmungand, les deux s'amusant à entrer dans l'eau avant d'en ressortir en volant, le jeune enfant tendant les bras, sentant le vent lui caresser le visage, se laissant guider par le Naga...
Parfois, ses autres enfants apparaissaient.
Ether et Héméra, ensemble, partageant des instants intimes. Héméra qui essayait de prendre la main d'Ether, mais que ce dernier repoussait avec gêne...
Eleos qui racontait des histoires, des blagues. Le reste de sa famille riait non pas parce qu'elles étaient drôles, mais parce qu'ils ne souhaitaient pas qu'elle soit mal à l'aise...
Epiphron explorant le Jardin, son père à ses côtés, en quête de réponse sur la signification de leur existence, râlant quand il ne trouvait rien et qu'ils devaient rentrer...
Et pour finir...
Pour finir, la Déesse.
Minerva en personne, au milieu du Jardin.
Elles se rappelaient distinctement de ses mots, de son expression tandis qu'elle lui évoquait la réalité à venir...
Les Ténèbres avaient senti la paume de Minerva posée sur la sienne, le visage de la Déesse se rapprochant doucement du sien...
Elles se souvenaient que Charon avait été présent.
Que les Ténèbres avaient pleuré des larmes de peine...
Mais aujourd'hui, elles ne comprenaient même plus pourquoi elles avaient pleuré à l'époque.
Il était temps.
« Cette rose est pour toi, mon enfant. »
Charon avait reçu la rose avec bonheur et espoir. Il s'était penché pour l'étudier attentivement.
- Elle est encore plus belle que les autres, Maman ! Merci ! Je la garderai précieusement, comme les autres.
La Nuit n'avait pas réagi. Elle s'était contentée de lui offrir un triste sourire.
- On continuera d'en cueillir demain, Maman ? J'aimerais t'offrir un bouquet ! Pour toi, pour Papa... pour les autres ! On le fera, hein ?
- Mon enfant...
Sa mère s'était contentée de l'attirer contre elle, le serrant fortement contre elle tandis qu'elle plongeait son visage dans ses cheveux noirs.
Le silence avait envahi l'immense Jardin.
- ... Maman ?
- Il est à toi, Charon. Je sais que tu en prendras soin, mon enfant.
Elle marqua une pause.
- ... Ce Jardin me représente. Aussi longtemps que tu en prendras soin, je serai toujours là.
- Maman ?
Les Ténèbres avaient senti les larmes de la Nuit atteindre son cœur.
- ... Ta mère t'aimera toujours, Charon. Toujours. Elle ne t'oubliera jamais, peu importe ce qu'implique son Rôle.
Ce fut la dernière fois que la Nuit cueillit une rose pour Charon.
Et ce fut la dernière fois que la Nuit prit son enfant dans ses bras.
Il était temps que la moitié des Ténèbres fasse un avec son Rôle.
Puis, les Ténèbres avaient observé leurs enfants suivre leur mère, les uns après les autres... Disparaître tour à tour, comme s'ils n'avaient jamais existé.
Ether, Héméra, Eleos, Epiphron...
Charon...
Quand leur temps fut venu, les Ténèbres firent un avec leur Rôle et rompirent net avec leur vie d'avant pour devenir l'élément qui était si nécessaire au devenir de la Planète.
Les Ténèbres n'avaient pas besoin d'autre chose. La famille, l'amour... tout cela ne comptait plus.
Il n'y avait que leur propre existence qui comptait, désormais. Leur existence... et le destin de la Planète.
Elles n'avaient pas besoin de plus.
Du moins, jusqu'à ce qu'elles le rencontrent.
Il était de connaissance universelle que chaque divinité possédait, quelque part et à une période déterminée par la Rivière de la Vie, un Hôte. Un Hôte qui les contiendrait, avec qui elle fusionnerait pour qu'ils ne fassent qu'un.
Les Ténèbres avaient appris que leur père, Chaos, en possédait un. Un humain, un homme, sous le nom de Vincent Valentine.
Mais un lien qui n'avait pas été formé de manière naturelle, qui n'avait pas été décidé par la Rivière de la Vie.
Non... il s'agissait d'un lien créé suite à la folie des hommes. A la folie d'un humain, qui travaillait pour la puissante compagnie qui était apparue un jour sur Gaia, de manière aussi rapide qu'un battement de cil.
La Shinra. La puissante compagnie créée aux fins de dominer la Planète. Mais plus elle s'étendait, plus elle exploitait les ressources de la Planète pour obéir à des motivations qui dépassaient l'entendement des dieux.
Les humains étaient égoïstes... Les dieux le savaient tous et les Ténèbres avaient fini par adopter ce point de vue. La Shinra qui détruisait Gaia à petits feux, qui repoussaient les limites en mettant en œuvre des expériences liant un dieu à un humain... Une création qui allait à l'encontre du cycle naturel et qui ressemblait désormais à un cadavre ambulant.
La Planète était maternelle, généreuse... elle prenait soin de ses enfants. Y compris les humains qui ne faisaient que la maltraiter. Les dieux ne craignaient pas les êtres humains, mais leur bêtise se révélait dommageable pour la Planète. Notamment la Shinra qui recherchait à tout prix à accéder à la Terre Promise, comme l'avaient prédit les Cetras...
Aucun dieu ne saurait comprendre pourquoi l'Homme crachait à ce point sur ce qui lui a été offert, au point de le détruire sans aucune pitié.
Les Ténèbres avaient parfois pensé à leur Hôte, à quoi il ressemblerait si elles devaient le rencontrer un jour... Elles avaient un temps espéré ne pas suivre le même chemin que Chaos, mais le destin en avait décidé autrement.
La Shinra avait découvert les Ténèbres via le Mako Stagnant, dans les grottes de cristal... une denrée rare et précieuse.
Et encore une fois, la Shinra exploita cette denrée rare. Et commença à mener les expériences cruelles et destructrices.
Ainsi, un nouveau lien avait été formé. Un lien que les dieux et les humains qualifieraient ensemble d'abomination.
On imposait un Hôte aux Ténèbres... mais peu à peu, les expériences menées sur les fœtus humains se révélèrent être des échecs. Les humains à qui la Shinra injecta les Ténèbres périrent tous, emportés par les vortex.
Tous sauf un.
Les Ténèbres constituaient le mal...
Les Ténèbres étaient diaboliques...
Mais les Ténèbres agissaient ce pourquoi elles existaient. Et la Shinra les avait maltraitées, les poussant naturellement à attaquer, à s'en prendre à leurs bourreaux...
Ce fut tout naturellement que, lorsque le nourrisson à qui on avait injecté le Mako Stagnant, quitta le ventre de sa mère et poussa son tout premier cri, les Ténèbres chargèrent, engloutissant les humains responsables de cette horreur...
Au secours !
Que quelqu'un aille chercher du secours !
Professeur Hojo... Que quelqu'un contacte le Professeur Hojo!
Il s'agit d'une monstruosité ! Un démon !
Les scientifiques, les soldats, la mère de l'enfant... Tous disparurent de cet abattoir que même la Rivière de la Mort n'aurait pas souhaité. Les Ténèbres les absorbèrent les uns après les autres et tous fondirent en particules noires qui s'éparpillèrent dans le néant.
Tous... excepté le nourrisson qui avait survécu par le biais d'un miracle. Un nourrisson dont le corps avait fait un avec les Ténèbres.
Les Ténèbres ne pouvaient donc le toucher... la pièce s'était assombrie autour de lui. Le bébé resta seul, dans son berceau, au beau milieu de la salle désormais dénuée de toute présence humaine.
Il pleura encore et encore, appelant désespérément...
Pendant de longues minutes, les Ténèbres demeurèrent en suspens autour du petit, s'épaississant au fur et à mesure de ses cris qui devenaient de plus en plus forts et désespérés.
Elles avaient suivi le même chemin que Chaos. Un lien factice et immoral était désormais créé entre les Ténèbres et ce petit être.
Cet humain était désormais son Hôte.
Des cheveux noirs... des yeux rouges...
Et alors que le bébé continuait d'appeler, les Ténèbres l'entourèrent, de la même manière que ne le ferait un parent avec son enfant.
L'obscurité le cacha presque, l'emmitouflant telle une couverture réconfortante et protectrice, le tenant comme sa mère l'aurait tenu pour la première fois dans ses bras.
Cela calma peu à peu l'être. Ses cris se transformèrent en gémissement plaintifs quand bien même il ne cessa pas de pleurer.
Cette attitude apaisa grandement les Ténèbres, qui se laissa aller en s'accommodant à ses émotions.
Enfin, la porte s'ouvrit. Et d'autres humains surgirent dans la pièce, portant chacun des masques cachant leurs visages.
Immédiatement, ils saisirent le nourrisson avec violence.
Et à nouveau, les Ténèbres redevinrent agressives et les absorbèrent à leur tour.
Nero le Sable, dont les Ténèbres avaient absorbé sa propre mère à la naissance...
Considéré comme trop dangereux, il passa ses premières années dans un container, enfermé et à la merci des êtres humains qui l'avaient emprisonné. Qui avaient forcé le lien entre lui et les Ténèbres qu'il n'avait aucunement demandée.
C'est un monstre. Un être souillé, disait-on.
Pauvre petite chose... A quoi pourrait-il bien nous servir ?
Sa mère... Elle était une mère exceptionnelle. Quel gâchis.
Les Ténèbres observèrent l'enfant grandir lentement, s'imprégnant de chacune de ses émotions. Toutes étaient négatives. Les Ténèbres ressentirent sa peur, sa colère, sa haine, envers les humains et envers lui-même...
Qu'ils meurent tous...
Quand les émotions devenaient incontrôlables, les Ténèbres se relâchaient, absorbant tous ceux à proximité sans aucun discernement. Non seulement parce que désormais, la psyché de Nero avait fait un avec ses pouvoirs et les Ténèbres ne pouvaient désormais plus agir librement... Tout dépendait de la volonté de l'enfant.
Mais également parce qu'un instinct protecteur rattachait l'élément à son Hôte. Les Ténèbres agissaient comme un mécanisme d'autodéfense et se nourrissaient des émotions de souffrance de chacun afin de les rendre bien plus misérables que Nero lui-même...
Les êtres humains avaient créé ce lien. A eux d'en payer les conséquences.
Je veux tous les tuer.
Parfois, les Ténèbres essayaient de parler à leur Hôte. Le rassuraient, le réconfortaient...
« Mon enfant... tu n'es pas seul.»
Leur enfant... L'enfant des Ténèbres. Peut-être s'agissait-il d'un instinct inné qu'il avait conservé de sa vie d'avant.
Mais ce dernier ne répondait jamais. A croire qu'il ne les entendait pas. Mais quand il s'endormait, au milieu du néant, les Ténèbres faisaient en sorte de veiller à ce que personne ne le dérange.
Les êtres humains responsables se lamentaient que Nero ne saurait jamais pleinement contrôler les Ténèbres. Peut-être avaient-ils raison... Comment était-ce possible, dans ce climat abominable ?
Les êtres humains étaient horribles...
Pourquoi est-ce que la Planète les laisser donner autant de souffrance ?
Oui. Nero le Sable ne serait jamais en mesure de contrôler, d'embrasser un tel élément... pas tant que toute cette colère, cette haine qu'il émanait ne seraient pas domptées.
Je serais seul... A jamais seul.
Cela dura...
Jusqu'au jour où la lumière apparut au milieu des Ténèbres.
Une toute petite lumière blanche, mais qui fut suffisamment puissante pour éclairer le chemin qui menait jusqu'au cœur de Nero.
« Mange. »
A partir de ce moment précis où la lumière pénétra l'obscurité, les Ténèbres ressentirent ce sentiment oublié depuis si longtemps pour la première fois.
Un sentiment positif, la chaleur au cœur de son Hôte.
Ce sentiment...
Un sentiment avec lequel les Ténèbres avaient été familière autrefois et que son Hôte goûta enfin.
« Pourquoi ? Pourquoi te soucier d'un monstre comme moi? Je suis corrompu. Tout le monde le dit. Pourquoi... pourquoi te soucier de moi?»
« Tu sais pourquoi. Et n'ose pas dire de telles choses. Les gens trouvent tes Ténèbres monstrueuses. Mais sache que je te trouve merveilleux, magnifique. »
La première fois que quelqu'un disait que les Ténèbres étaient belles...
C'était l'amour.
Et lorsque Nero goûta à l'amour, les Ténèbres cédèrent à la lumière.
Deux opposés mais complémentaires... Les Ténèbres le constatèrent quand la lumière berça Nero, l'étreignit, le caressa, l'embrassa...
Et lui souffla les mots que n'importe quel être souhaiterait entendre.
« Je te dis ces choses parce que je t'aime. Je t'aimerai toujours. »
Les Ténèbres n'avaient pas besoin de fusionner avec leur Hôte. Elles n'avaient pas besoin de prendre sa place.
« Je t'aime aussi. Reste avec moi, s'il te plaît. »
Ce fut à partir de ce moment-là, à partir du moment où il avait rencontré sa seule lumière que Nero le Sable avait décidé d'apprendre a contrôler les Ténèbres en les assimilant à ses émotions. La lumière avait éclairci le tourbillon de son âme. Et quand Nero embrassa les Ténèbres, accepta ce qu'il avait jugé comme étant autrefois une abomination, il en devint son Maître.
Embrassez les Ténèbres. Nous y serons réunis tous ensemble.Bien sûr. Ce ne fut pas simple. Pas au début. Les Ténèbres absorbèrent les ennemis sous le coup de la rage. Ou seulement parce que son Hôte prit goût à jouer avec. Parce qu'il s'ennuyait.
Peu importe de qui il s'agissait, les Ténèbres obéissaient. Si Nero haïssait, les Ténèbres feraient en sorte de torturer mentalement sa victime en utilisant les âmes emprisonnées en son sein.
Si Nero se montrait généreux, les Ténèbres devenaient plus douces, plus clémentes, offrant un dernier rayon de lumière avant de les absorber de manière définitive.
Malheureusement, quand son Hôte décida d'anéantir l'humanité dans le seul objectif d'être réuni avec sa lumière, les Ténèbres ne purent oublier la mission que leur avait impose la Déesse.
Protéger la Planète...
Les Ténèbres avaient obscurci le coeur et l'âme de son Hôte.
Mais malheureusement, ce fut son Hôte qui prit le contrôle. Il les avait enfin dominées après toutes ces années.
Mais les Ténèbres savaient que la Déesse etait juste. Si son Hôte la menaçait, la Rivière de la Vie le rejetterait à cause de sa corruption.
Et encore aujourd'hui, elles le suivait aveuglément. Peut-être parce qu'en dépit de tout, elles avaient appris à aimer cet Hôte. Parce qu'elles l'avaient accompagné depuis sa naissance.
Parce que les Ténèbres sentaient son amour.
Elles avaient déjà fait un avec lui, partageant sa souffrance, partageant sa peine...
Et partageant son bonheur.
Pour les Ténèbres, c'était hautement suffisant. Tant qu'elles goûteraient aux sentiments de Nero, tant qu'elles seraient soumises à sa volonté, tant qu'elles seraient proches de cette lumière, elles veilleraient sur lui.
Le lien avait été créé... et comme Nero devait embrasser les Ténèbres, les Ténèbres devaient l'embrasser.
Nero veillerait sur sa lumière...
Et les Ténèbres veilleraient sur leur Hôte jusqu'à ce que le destin en décide autrement.
Jusqu'au jour où elles seraient liées à un nouvel Hôte.
Elles ne le regretteraient pas.
