L'Enfant de Gaia – partie 3
OOC : Bonjour à tous. Je vous présente un nouvel OS de la collection Défragmente-moi. Voici la troisième partie de ce petit arc de la collection. J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture.
« Le choix est vôtre, fils d'Omega », lui adressa une dernière fois le Naga en même temps que l'offre arrivait à échéance.
Partir... ou rester.
Sept secondes.
Shiro se disait qu'il n'aurait jamais dû accepter.
Il n'aurait jamais dû accepter de jouer au jeu du Naga de Charon. Aussitôt que Jörmungand, dont il avait appris le véritable nom dès l'échéance de l'offre, avait cessé de compter jusqu'à sept, Shiro avait fait demi-tour.
Même si le visage de Jörmungand était dépourvu d'expression, son regard signifiait qu'il s'attendait au choix de Shiro. Et en fin de compte, la curiosité l'avait emporté.
Il voulait découvrir ce lieu si particulier qu'était la Traversée du Destin. Là où la Pierre de Chintamani avait été créée.
Pour être franc, Shiro ne s'attendait pas à quelque chose de grand. Il croyait seulement que Jörmungand voulait jouer avec lui.
Du moins, au départ.
Dès que son choix fut fait, les yeux de Jörmungand s'illuminèrent d'un éclat jaune, éblouissant l'adolescent aux cheveux blancs qui se protégea le visage de sa manche. Lorsque la lumière eut disparu, un cristal doré était à ses pieds.
« Prends-le », lui dit Jörmungand. « Il te conduira à la Traversée du Destin. »
Le Naga avait disparu. Un lourd silence tomba dans la grotte.
Shiro acquiesça. A nouveau, il hésita. Quand il s'abaissa pour le prendre, Ruby poussa un aboiement d'avertissement en même temps qu'il faisait marche arrière. On dirait que le Carbuncle sentait quelque chose que Shiro ne discernait pas.
Il savait que c'était une bêtise. Jörmungand devait le manipuler comme Charon les avait tous manipulés.
« ... j'ai fait mon choix », lui adressa Shiro sur un ton désolé.
Et avant même que Ruby ne puisse réagir, Shiro ramassa le cristal.
Et dès l'instant où sa main le toucha, le décor tout entier de la grotte disparut en un battement de cil. Tout se détruisit autour de lui... La Grotte de Feu, le Mont Da-Chao...
Tout cessa d'exister en un quart de seconde.
Il se retrouva au milieu de l'espace.
Autour de lui, le vide infini. La galaxie s'étendait sous ses yeux dans un flot d'étoiles et de poussières blanches, violettes et rouges, dont le centre, bien plus lumineux, paraissait sans limite. Des comètes passèrent à proximité de lui mais ne touchèrent jamais Shiro.
C'était comme s'il était un fantôme... Un fantôme perdu dans l'univers gigantesque.
La vue le terrifia. Et pendant un instant, il crut avoir commis l'impensable et l'irréparable en acceptant l'offre de Jörmungand.
Non... Jörmungand ne l'avait pas tué ? Il ne pouvait pas l'avoir tué ?
« Ouaf ! »
Shiro se retourna d'un bloc. A son plus grand soulagement, il n'était pas seul. Ruby était avec lui. Il l'avait accompagné jusqu'au bout. Tout de suite, Shiro s'élança sur lui pour le caresser, le toucher...
Sa fourrure était douce sous ses doigts.
« Tu me vois ? » lui demanda Shiro, la gorge sèche.
Ruby répondit par un nouvel aboiement, comme pour le lui confirmer. Shiro émit un sourire apaisé tandis qu'il restait proche du Carbuncle. Il avait cru que tout était fini.
« ... Où est-ce qu'on est ?
- Je pense que tu le sais déjà.
Shiro et Ruby levèrent la tête pour chercher d'où provenait la voix. C'était celle de Jörmungand qui résonnait de tout côté.
Pourtant, il n'apparaissait pas. Shiro et Ruby étaient seuls.
- Tu es sur le point de franchir la Traversée du Destin. Tu n'as plus qu'à faire un pas.
Shiro cligna des yeux, perplexe.
Un pas ?
Un pas vers l'immense nébuleuse qui se tenait devant lui ? Shiro se raidit, incapable de s'exécuter.
Non. Il n'avait pas confiance. Tout cela était une mauvaise idée. Une très mauvaise idée.
- Qui me dit que je ne vais pas mourir en t'obéissant ? s'exclama Shiro, méfiant. Qui me dit que tu ne comptes pas me tuer ?
Un silence lui répondit.
- Ce qui t'arrivera de l'autre côté ne dépend aucunement de moi, lui répondit Jörmungand. Tout dépend de ce que tu comptes faire de cette découverte.
- ... Ce que je compte en faire ?
Shiro fronça les sourcils, incrédule.
- Pourquoi ? Qu'est-ce qui m'attend, de l'autre côté ?
- A toi de voir, fils d'Omega.
Ne m'appelle pas comme ça, souhaita-t-il lui répondre.
- Est-ce dangereux ? lui demanda une dernière fois Shiro.
Cette fois-ci, Jörmungand ne lui répondit pas. Mais l'adolescent aux cheveux blancs en arriva à la conclusion que son silence valait confirmation.
Cela ne pouvait être que dangereux...
Pourtant, ce n'était pas ce que Shiro souhaitait. Non. Il voulait immédiatement retourner d'où il venait. Au Wutaï. Le festival d'été commencerait dans quelques heures.
Lorraine... Lorraine l'y attendait.
Shiro se remémora les mots de Jörmungand quand il lui avait offert le choix de découvrir ce lieu si étrange.
Seuls les dieux, les nagas et quelques rares humains connaissent cet endroit.
A côté de lui, Ruby poussa un gémissement plaintif. Le visage de Shiro se durcit, se répétant qu'il s'agissait d'une mauvaise idée.
Shiro inhala, exhala. N'hésitant pas davantage, il marcha en direction de l'immense galaxie qui lui tendait les bras, prêt à l'absorber dans ce flot de particules lumineuses...
Elles étaient blanches. Blanc comme son nom.
Shiro tendit le bras vers elle et l'instant d'après, il disparut de l'espace.
Les ténèbres.
Cette fois-ci, il était au milieu des ténèbres. Pas celles que possédait Nero autrefois, pas celles que possédait désormais Sonon... Ce n'était pas du Mako Stagnant.
Non. Juste un vide noir, ne laissant la place à aucune lumière.
« Ruby... » appela Shiro.
Ruby ne lui répondit pas.
Il avait perdu son Carbuncle. Il était seul, dans cet endroit sans porte ni fenêtre. Un frisson traversa l'échine de l'adolescent aux cheveux blancs et pendant un instant, il faillit se laisser aller à ses émotions. Il voulut crier, hurler, appeler à l'aide...
Puis, la Rivière de la Vie apparut au centre de l'obscurité, la balayant de sa matière pure. Shiro recula d'un pas, choqué de la voir dans un endroit pareil.
La Rivière de la Vie se manifesta par des courants qui zébraient ce lieu. Elle apparut au-dessus de lui, sous ses pieds, mais elle ne le toucha jamais.
Elle ne traversa jamais son corps.
Comme si elle lui indiquait qu'elle ne lui voulait aucun mal.
Puis, le lieu, illuminé par cette lumière si fragile et si naturelle, se dévoila. Shiro leva la tête et sursauta.
Il fit face à lui-même. Le bleu céruléen des yeux de Shiro lui rendit son regard apeuré.
Shiro recula d'un pas. Son autre lui l'imita. Un autre pas.
L'autre continuait de reculer.
Passée l'émotion, Shiro réalisa qu'il s'agissait de son reflet. Un reflet dans un miroir de cristal.
Et quand il tourna la tête, il remarqua qu'il n'y avait pas qu'un seul miroir. D'autres l'encerclaient, lui barrant la route, reflétant chacune des actions de l'adolescent aux cheveux blancs.
« ... Qui est là ? » appela-t-il d'une voix tremblante.
Qui est là... Qui est là... qui est là...
Seul son écho lui répondit. Jörmungand avait cessé de lui parler.
« A l'aide ! »
A l'aide... à l'aide... aide...
« S'il vous plaît ! Je veux rentrer ! Je veux sortir d'ici ! »
Sortir d'ici... ici...
Et s'il n'y avait aucune sortie... s'il était prisonnier de cet endroit pour toujours ?
Sa voix se brisa et des larmes de terreur lui montèrent aux yeux. Mais avant même qu'il ne puisse supplier davantage, une voix douce s'éleva dans son dos.
- Tu n'es pas seul, Shiro.
Cette voix... Une voix chaleureuse, maternelle...
Tout de suite, Shiro cessa d'avoir peur. Il se retourna et fit face à la personne qui l'avait rejoint au beau milieu du néant.
Le choc le frappa quand il la découvrit. Il s'agissait d'une femme, aux longs cheveux bruns, noués par le biais d'un ruban rose. Sa robe arborait la même couleur. Par-dessus cette robe, une veste rouge. Ses yeux étaient bleus et elle lui arbora un tendre sourire quand Shiro se détendit.
En à peine un coup d'œil, Shiro comprit que cette personne n'avait aucune mauvaise intention à son égard. Il ignorait si elle était humaine, mais il ne sentit aucune trace de méchanceté chez elle.
Peu importe de qui il s'agissait, il était en sécurité.
- Bonjour, Shiro. Je suis ravie de te revoir, lui adressa la femme.
Le revoir ?
Les yeux de l'adolescent s'écarquillèrent. Il fixa la femme, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire. Ils s'étaient déjà rencontrés ?
Pourtant, il s'en souviendrait. Soudain, un parfum familier le frappa aux narines.
Le parfum d'une fleur de lys...
Une fleur de lys...
« Tu crois qu'elle gardera toujours la même couleur ? J'aime bien cette couleur ! »
Shiro émit un sursaut. Le souvenir ressurgit dans sa mémoire. Il n'y avait eu besoin que du parfum de la fleur de lys pour le lui rappeler.
Il l'avait rencontrée, effectivement...
- ... Vous étiez la femme que j'ai rencontré à l'église, se remémora Shiro. Vous êtes celle qui m'avait donné la fleur.
Celle qui l'avait convaincu, par sa seule présence, de reprendre les armes alors qu'il avait été sur le point d'abandonner...
Abandonner la Planète, ses amis, sa famille, Nero...
La femme approuva en silence, les bras derrière son dos.
- ... Vous êtes Aerith, devina Shiro.
Oui. Cloud, Tifa, Barret… ils parlaient tous de cette personne admirable. La dernière Cetra. Cette femme qui prenait soin des fleurs dans l'église. Celle qui avait donné sa vie pour sauver la Planète du Météore...
Celle qui portait le nom de la fille de Cloud et Tifa.
- Je suis heureuse de pouvoir enfin te parler, Shiro, lui répondit doucement Aerith alors qu'elle s'approchait de lui d'un pas lent. Ton Carbuncle va bien. Il est en sécurité.
Cette réponse l'apaisa.
- J'ai toujours...
Shiro marqua un temps, avant de se reprendre. Il essayait de se contenir.
- ... J'ai toujours voulu vous rencontrer aussi.
- C'est chose faite. J'imagine qu'on t'a beaucoup parlé de moi.
Shiro se gratta la nuque, cherchant ses mots. Il se sentait comme un enfant à sa vue. Peut-être cette aura puissante qu'elle dégageait... C'était tellement étrange.
- On m'a parlé de la façon dont vous avez arrêté Sephiroth... Enfin, Jenova. La manière dont vous avez guéri les Geostigmates... et aussi, la chaise chez Don Cornéo !
Aerith pouffa.
- Eh bien... ce n'était pas seulement moi pour les deux premiers. Ce sont mes amis ainsi que la Rivière de la Vie qui ont arrêté Jenova, qui ont stoppé le Météore. Mais la chaise, j'avoue que c'est moi ! C'était tellement jouissif ! dit-elle en plaçant les mains sur ses hanches, fière.
- Et comment ! gloussa Shiro. Vu les idiots qu'ils étaient, c'était sûrement mérité !
Aerith ne cessa pas de sourire.
- Tu pourras dire à Cloud et Tifa que je suis heureuse pour eux ? Pour leur fille ?
- Cloud va à l'église tous les jours, lui expliqua Shiro. Il dit qu'il te parle.
- Je l'entends. Je lui réponds. Mais... j'ai envie de te donner une raison de quitter cet endroit et de rentrer chez toi. Si tu leur transmets un message de ma part, cela pourrait être une raison... n'est-ce pas ?
Hein ?
Shiro ne comprenait pas. Bien sûr qu'il rentrerait chez lui !
Enfin... il rentrerait bien chez lui, n'est-ce pas ?
- On m'a beaucoup parlée de toi aussi, Shiro.
Le visage de l'adolescent se décomposa à cette phrase. Une lueur de tristesse traversa les yeux d'Aerith. Elle parut sincèrement désolée pour lui.
- ... Je ne comprends pas.
- Ta mère pense à toi tous les jours, lui expliqua Aerith. Jusqu'à son dernier souffle, elle n'a jamais cessé de penser à toi.
... Sa mère...
La vue de Shiro se brouilla tandis qu'une boule lui monta à la gorge. Il n'aurait jamais cru parler de sa mère avec Aerith... Enfin... peut-être était-ce à prévoir... étant donné qu'elle avait rejoint la Rivière de la Vie.
- Elle voulait te remercier de lui avoir fait découvrir ce qu'était que l'amour, Shiro. Pour cela, et après tout ce que tu as traversé, tu mérites que je t'aide.
Ah oui ?
Pourtant, Shiro ne méritait pas d'être aidé. Et même si Ophelia disait avoir connu l'amour grâce à Shiro, cela ne changeait rien. C'était à cause de lui qu'elle avait vécu toutes ces choses... que ses parents lui avaient tourné le dos...
C'était à cause de lui qu'elle...
- Shiro... tu n'y es pour rien. Tu n'y es pour rien dans tout ce qui s'est passé, dit Aerith comme si elle lisait dans ses pensées. Je sais que tu ne vas pas bien du tout et c'est pour ça que je souhaite t'aider.
- ... Aerith...
Il marqua un temps, se frottant les yeux pour éviter que les larmes ne roulent sur ses joues.
- Est-ce que... papa...enfin... est-ce que tu as pu parler à Nero aussi ? A Weiss ? Puisque tu as parlé à ma mère...
Il voulait le savoir. Il voulait au moins savoir s'ils étaient ici.
- Dis-moi s'ils sont ensemble... dis-moi s'ils sont heureux... Dis-moi qu'ils n'ont pas rejoint la Rivière de la Mort. Ce serait trop injuste...
- Ils sont ensemble, Shiro, lui répondit Aerith. Ils le sont. On ne peut séparer des âmes sœurs. Même le destin l'a compris.
Au moins... c'était déjà une victoire.
Au moins, Weiss et Nero étaient ensemble. Ils s'étaient rejoints dans la mort, après toute une vie où ils avaient été séparés.
Le but de Nero était accompli.
Oui... Shiro était heureux pour eux... il devait l'être...
Mais il n'arrivait pas à faire taire cette angoisse en son être.
- ... Tant mieux.
- J'ose espérer que chacun trouvera la paix. Même Sephiroth y a droit... en dépit de tout ce qui est arrivé...
Aerith s'interrompit. Cette fois-ci, elle ne souriait plus. Elle paraissait seulement... mélancolique.
- ... Pourquoi me dites-vous que j'ai besoin d'une raison de quitter cet endroit ? l'interrogea Shiro après un temps. Je ne comptais pas y rester, de toute manière.
- Parce que quand tu sauras ce que signifie cet endroit, tu ne voudras plus partir.
Shiro releva le menton.
Ses reflets le contemplèrent, tout aussi ahuris par ce qu'Aerith sous-entendait. Pourquoi vouloir rester ici ? Il n'y avait rien.
Seulement la Rivière de la Vie... et des miroirs contenant son reflet.
- ... Que signifie cet endroit ? Ces miroirs ? s'étonna Shiro.
Aerith joignit les mains. Elle prit une longue inspiration, comme si ce qu'elle s'apprêtait à lui révéler était trop lourd à porter.
- ... La Traversée du Destin... c'est ça, Shiro. En ce moment même, ton destin est tracé. Seule la Planète sait ce qui t'arrivera, au cours de ta vie.
Shiro fronça les sourcils, abasourdi.
La Planète connaissait le destin de chacun ? Y compris le sien ? Celui de ses amis ?
- Elle savait ce qu'il adviendrait de moi, lui expliqua Aerith. Elle savait que je devrais mourir pour sauver la Planète, tuée de la main de Sephiroth. Tout cela... elle le savait. Et elle sait ce qu'il devait advenir de toi, Shiro.
Shiro se raidit. Il avait peur de comprendre.
- ... Vous saviez tous que la Planète était destinée à subir ces crises ? Au Météore, à l'éveil d'Omega... Aux Chiens de l'Enfer... A la brèche ?
Aerith acquiesça douloureusement. Cette réponse le laissa sans voix.
- Mais pourquoi ? Pourquoi laisser se produire de telles choses ?
- La Planète ne connait pas tous les détails, Shiro, lui répondit Aerith. Je ne connais pas tous les détails et la manière dont de tels évènements doivent se produire. C'est la même chose pour les dieux. Des évènements, des crises doivent arriver. Mais on ignore quand et comment. La Planète s'en relève toujours mais ces évènements doivent arriver parce que le destin l'exige. Même si cela doit causer énormément de mal.
Shiro laissa les bras pendre le long de son corps.
Devait-il se sentir trahi ? En colère ? Apeuré ? Un flot d'émotions le traversaient de part en part.
- Je devais destiner à devenir l'Hôte d'Omega ? lui demanda Shiro d'une voix sourde. Mon oncle était destiné... à subir toutes ces horreurs ? Tout comme mon père, ma mère, Lorraine... tous ceux qui sont proches de moi ? Et même ceux que je ne connais pas et qui souffrent de toutes ces tragédies ?
Ce Sephiroth... avait-ce été également son destin de devenir une machine de la SHINRA ? Comme les Tsviets, comme son père, son oncle ?
Si c'était réellement le destin, cela dégoûtait Shiro. Cela lui faisait presque regretter d'avoir protégé la Planète si tant de personnes devaient souffrir...
- ... Je n'avais pas l'intention de mourir, tu sais, lui rétorqua tristement Aerith. Je voulais revenir. Auprès du vrai Cloud, auprès de mes amis, auprès de ma mère... J'ai dit que je reviendrais quand tout serait fini. Mais je devais m'y attendre. Même si j'ai combattu contre tous ces évènements... même si je refusais d'y croire... cela a fini par arriver.
- Aerith...
Aerith secoua la tête.
- Omega devait avoir un Hôte. Il n'y en avait que deux qui existaient sur la Planète. Mais... si ça peut te rassurer, ton destin n'a jamais été celui d'être l'Hôte. Ce n'était pas ton heure, lui précisa la Cetra avec un doux sourire.
- C'était donc celui de Weiss ?
- Ton destin était de protéger la Planète à ta manière, Shiro.
Protéger la Planète ?
Aerith devait se tromper.
- Je n'ai pas protégé la Planète, Aerith.
- Si, Shiro, le contredit Aerith d'une voix prévenante. Tu l'as protégée... plus que tu ne le penses.
- Non. J'ai juste été un boulet. Tout du long, j'ai été un boulet.
Le ton de Shiro était devenu sec.
- ... Mon destin, à présent ? l'interrogea-t-il après un silence. Maintenant que j'ai protégé la Planète... que doit-il arriver ?
Aerith ne répondit pas immédiatement.
Son regard se perdit dans les miroirs de cristal, reflétant le courant de la Rivière de la Vie...
Dire que c'était la Rivière de la Vie qui s'assurait du destin de chacun...
- Le destin est tracé, dit Aerith. Je ne peux pas te révéler ce qui t'arrivera dans l'avenir, mais j'imagine que tu as dû percevoir une vision du futur. De ton futur ?
Son futur ?
Shiro ferma les yeux. Oui. Il revoyait cette image.
L'image de lui dans l'église, debout devant l'autel, entouré de tous ses amis...
Même Weiss, Ophelia et surtout Nero étaient présents.
C'était cette partie-là qu'il ne comprenait pas. A moins qu'il ne s'agisse que d'une image symbolique.
C'était sûrement le cas. Ils étaient morts, après tout. Ils avaient rejoint le cycle de la vie.
- ... Je sais que je vais me marier. Mais avec qui... ?
- Comme je te l'ai dit, apprécia Aerith, je ne peux pas t'en dire davantage. Mais un avenir plus heureux, plus joyeux, t'attend, Shiro.
Vraiment ?
Un avenir plus heureux ? Oui. Le mariage l'indiquait. Son propre mariage. Mais actuellement, Shiro ne ressentait pas ce bonheur qui lui était promis.
Parfois, il ressentait un peu de chaleur quand il était avec ses amis. Avec Lorraine.
Mais quand il était seul...
Shiro poussa un soupir.
- Si c'est réellement cet avenir radieux qui m'attend, commenta Shiro, sombre, je n'ai aucune raison de rester ici. Je n'ai qu'à rentrer chez moi et continuer ma vie comme si de rien n'était.
- ... C'est ce que j'aimerais vraiment, Shiro. Pour toi.
Alors, que ne savait-il pas ?
A nouveau, le silence. Shiro compta les secondes dans sa tête. Jusqu'à sept...
Sept.
- ... Mais tu es dans un lieu, le seul lieu existant sur Gaia, où tu peux changer ton propre destin. Parce que Jörmungand t'a révélé ce lieu.
- Mon propre destin ?
Shiro suivit le regard d'Aerith, balayant le lieu avec inquiétude. La Cetra hocha la tête, morose.
- Ce sont des miroirs... mais ce ne sont pas réellement tes reflets, Shiro.
- Alors, de quoi s'agit-il ? demanda l'adolescent en portant son regard sur l'un d'entre eux.
Aerith baissa la tête.
- ... Tes autres toi. Dans d'autres réalités, Shiro.
- Il existe plusieurs réalités ?
Des réalités parallèles ?
Non. C'était trop gros à avaler. Mais Aerith ne plaisantait pas. Non. Elle était sérieuse. Elle lui disait la vérité.
Shiro observa l'un de ses reflets... ou plutôt, l'un de ses autres « lui ». Avaient-ils tous la même attitude face aux informations d'Aerith ?
Tous ces « autres lui » avaient subi la même chose ? Son passé, son présent... Avaient-ils tous été victimes de la SHINRA ? Avaient-ils tous été destinés à devenir l'Hôte d'Omega ?
Avaient-ils tous connu la même famille ? Nero les avait rencontrés et les avaient emmenés avec lui ?
- Le destin est le cœur du cycle de la Planète, Shiro. Tout doit se produire d'une telle façon. Et en ce moment, toi et tes autres « toi »... vous vous tenez dans ce même lieu, même si vous ne pouvez pas interagir entre vous. Ici, vous demeurez les maîtres de vos propres choix.
Elle marqua un temps avant de compléter.
- Vous êtes les seuls qui décident de continuer sur ce destin tracé... ou de le changer. De revenir en arrière et de modifier le cours des choses.
Au début, Shiro ne réagit pas. Peut-être parce qu'il ne souhaitait pas y croire.
Peut-être parce que c'était trop beau pour être vrai. Il fixa Aerith avec une expression vide.
- ... Une sorte de voyage dans le passé ?
Cela n'avait aucun sens. Non... Aucun sens. Aerith a été claire. Le destin ne peut être modifié.
Aerith se mordit la lèvre.
- Vous voulez dire que... si je choisis de modifier le cours des choses, mon destin sera changé ? Si je le décidais ?
- C'est toi qui le décides.
Aerith venait de le lui confirmer.
A ce moment-là, passé le déni, l'incompréhension, Shiro ressentit quelque chose, une émotion forte qu'il n'avait pas ressentie depuis longtemps.
L'espoir.
- ... Changer le cours des choses...
Est-ce que... c'était possible ? La réalité ?
Des images défilèrent sous ses yeux. Des images ancrées à lui, qu'il n'oublierait jamais, dont il se souviendrait jusqu'à l'heure de sa mort...
Jin Satsu... Monsieur Cigarette...
Charon et les Chiens de l'Enfer...
Weiss qui devenait Hôte d'Omega, disparaissant sous ses yeux...
Ophelia dévorée par Cerbère...
Nero...
Nero rendant son dernier soupir dans les bras de Shiro...
Toutes ces choses... Shiro contempla ses mains.
Il avait le pouvoir de les modifier ?
Oserait-il ? Pouvait-il le concevoir ? Modifier le cours des choses pour que... cela ne se produise jamais ?
Il manqua de céder aux larmes de joie.
S'il le décidait... Peut-être que Nero reviendrait ?
Il serait là, à l'attendre... et ils iraient ensemble au festival de l'été ? Ils poursuivraient ce voyage ensemble, comme ils se l'étaient promis autrefois ?
Les morts doivent rester morts.
C'était ce qu'il disait autrefois... quand Nero avait souhaité utiliser la Pierre de Chintamani pour ramener Weiss. Mais ce souhait n'aurait jamais pu être exaucé car il serait allé à l'encontre de la Planète... de son cycle...
La réalisation le frappa. Non. Il ne pouvait pas ramener des morts à la vie si cela allait à l'encontre de la Planète !
Non... il ne pouvait pas faire ça. Il reproduirait exactement le même schéma que son oncle ne l'avait fait, quand il avait essayé de réveiller Omega pour ressusciter Weiss.
- Je pourrais... ramener des personnes mortes à la vie ? demanda-t-il, le ton bas.
Il avait peur de la réponse...
Mais il devait poser cette question... Peu importe le prix.
- ... Pas exactement, Shiro.
Shiro reporta son attention sur Aerith qui garda la tête baissée.
- Pas exactement, répéta-t-elle. On ne peut pas ramener les morts à la vie. Du moins, pas dans ta réalité.
L'adolescent écarquilla les yeux.
- Le cycle est sans fin et se reproduit. Il est possible que... si tu choisis d'aller à l'encontre de ton destin, que si tu décides de l'affronter... le futur se modifiera quand le cycle se reproduira. Mais cela vaudra pour un autre toi. Un autre Shiro, dans une autre réalité parallèle... qui n'est pas toi.
A nouveau, la boule lui oppressa la gorge. L'intense joie qu'il avait ressenti quelques instants plus tôt venait de céder devant la rage et le sentiment d'injustice.
- ... Ceux que tu as perdu sont morts, Shiro. Ils le resteront.
Non... il devait se contenir. Il s'y attendait. C'était mieux ainsi.
Mais... dans ce cas, cela signifiait qu'un autre Shiro subirait la même perte que lui-même a subi ? Les mêmes horreurs, les mêmes tragédies ?
Shiro se revoyait enfant, à cinq ans. Il se souvenait combien il était terrifié, apeuré, perdu dans ce monde...
Et aujourd'hui, sa vie était...
Même s'il savait que des jours meilleurs arriveraient, qu'il se marierait dans le futur, l'idée qu'un autre Shiro subisse ce destin injuste lui donnait mal au cœur.
Pas seulement un autre Shiro... mais est-ce que cela signifiait que Nero devrait mourir dans une réalité alternative ? Tout comme Ophelia... tout comme Weiss ?
- ... Que se passerait-il si je décidais de le modifier quand même ? Ou si... un autre Shiro, ajouta-t-il en fixant les miroirs, décide de changer son destin ?
Aerith détourna la tête, gardant les mains jointes.
- ... Ton autre toi aura les souvenirs du futur. Mais... il arrive de très mauvaises choses à celui qui connait son destin et essaie de le changer, Shiro. Cela a toujours été comme ça. La Planète doit garder les choses comme elles sont.
- Même quand ce destin est déjà mauvais ?
Que pouvait-il arriver de pire ?
- Si tu essaies, l'avertit Aerith, il n'y aura pas de danger pour la Planète si les évènements majeurs se produisent. Mais toi... tu risques d'en subir les conséquences directes. Tu serais en danger, Shiro.
En danger...
Ce ne serait qu'une fois parmi d'autres, pensa Shiro.
- J'ai déjà essayé, Shiro. Enfin... une autre moi a déjà essayé de combattre le destin. Cela n'a rien arrangé. En réalité, les choses peuvent être pires que ce qui a été décidé initialement. Tu peux rendre ton avenir encore pire que celui qui n'est tracé.
- Mais... il est possible que mon avenir soit meilleur, non ?
- ... C'est pour ça que je me devais de te trouver une raison pour que tu rentres chez toi.
La gorge de Shiro se serra.
Oui. Il comprenait, maintenant. C'était clairement dangereux pour lui, et potentiellement pour ses proches, mais extrêmement tentant.
- Ne gâche pas ça, Shiro, le supplia presqu'Aerith. Cela peut sembler être la résolution à tout ce que tu as traversé, mais ce n'est pas le cas. Je te jure que ce n'est pas le cas. Tu risques de souffrir encore plus.
Shiro ne changea pas d'expression. Il continua de contempler les miroirs.
- ... Tu as des amis qui t'attendent, lui rappela Aerith. Tu as... Lorraine qui t'attend dehors. Va la rejoindre. Ne les abandonne pas. Ne gâche pas ce que tu as.
- Tu oserais remettre tout ce que les autres ont fait pour toi en question ? ajouta une autre voix qui s'éleva dans l'obscurité.
Shiro et Aerith se retournèrent vers la source de la voix.
Le Gardien s'était matérialisé devant eux. Il adressa à l'adolescent une expression sévère et immédiatement, Shiro se tendit.
- Ce n'est pas vrai. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans cette famille ? s'insurgea G. J'ai l'impression de revoir ton père quand ce dernier refusait de céder à Omega par pure fierté mal placée.
Shiro avait envie de lui crier qu'il faisait également partie de cette famille qu'il méprisait, mais il avait d'autres choses en tête.
- Je ne les remets pas en question.
- C'est le cas, s'énerva G. Tu gâches tout, comme d'habitude. Même si tu essaies de changer les choses, tu risques de faire abstraction de parties importantes. Des choses qui ont compté pour d'autres personnes qui ne sont pas toi ou tes proches, Shiro ! Es-tu égoïste ou juste stupide ?
- Genesis ! s'énerva Aerith.
Shiro se raidit. Oui. Il n'avait pas pensé à ça... c'était très dangereux. Peut-être que d'autres pâtiraient de cette modification du destin ?
Des personnes qui lui étaient proches...
- Je ne m'appelle pas Genesis ! Genesis est mort ! lui rétorqua G. Aerith, tu n'as rien à faire ici.
- Et toi non plus ! rugit Aerith à son tour. Et ce serait hypocrite de ta part de lui faire la leçon quand tu as essayé de modifier ton propre destin autrefois !
Cette révélation heurta Shiro. Il se retourna vers G, lui demanda silencieusement des explications.
- ... Tu as essayé ?
G détourna le regard, les bras croisés sur sa poitrine, comme un enfant pris en faute.
- G !
- ... Une fois, lui adressa le Gardien, sinistre. J'ai voulu revenir dans le temps... pour éviter que Sephiroth n'apprenne la vérité sur ses origines. Là-bas, à Nibelheim. Et devine quoi ? Hein ? Devine quoi ! répéta-t-il avec fureur.
Sephiroth était réellement la personne qui comptait le plus pour G...
Shiro inhala.
- Cela n'a jamais marché. J'ai rendu les choses pires que ce qui était prévu à l'origine.
- Comment le saurais-tu ? lui demanda calmement l'adolescent.
G hésita. Il finit par sortir quelque chose de sa poche.
Un cristal d'une couleur semblable à la Rivière de la Vie... suffisamment pour le tenir dans le creux d'une main.
- ... Il me permet de lire les évènements de la réalité alternative... parce qu'un autre moi a eu la stupidité d'agir quand moi-même, j'hésitais.
- Et qu'est-ce qui est arrivé ? demanda Shiro, blême.
G secoua la tête.
- ... Le Météore a été détruit par la Planète, mais l'humanité a péri. Seule la nature et les animaux ont survécu. Tel était le prix de Gaia.
Cette révélation arracha un nouveau frisson à Shiro.
Tout le monde était mort ?
Denzel, Marlène, Lorraine, Cloud, Vincent, Tifa... ils avaient tous péri en dépit de leur volonté de protéger la Planète ?
Y compris lui... ?
- Sacrifier ton destin radieux... pour ta famille, siffla G avec dédain. Il n'y a pas plus égoïste.
- N'ose pas dire de telles choses ! s'énerva Shiro.
- Si ! Nero était un égoïste ! Il a mis l'humanité en danger pour faire revivre son frère ! Et tu es sur le point de répéter le même schéma. Pour des personnes qui ne valent même pas la peine qu'on se batte pour elles.
Cette attaque crucifia Shiro.
- Des monstres, siffla G. Des monstres, tout simplement. Des bouchers qui ont tué, torturé, absorbé, massacré... pour leurs petits plaisirs personnels. Ce sont les dernières personnes au monde qui mériteraient d'être sauvées !
Cette fois-ci, le poing de Shiro partit tout seul et entra en collision avec la joue de G. Immédiatement, le Gardien le bloqua et sortit la Rapière de son fourreau pour riposter.
Pour se défendre, Shiro brandit « Terre » et para la Rapière avant qu'elle ne lui atteigne le visage.
Shiro bouillonnait de fureur. Et même s'il n'avait aucune chance contre G, l'un des trois soldats légendaires, Gardien de la Planète, il ne le laisserait pas insulter sa famille comme ça.
- ... C'était tes frères ! cracha Shiro.
- Ils n'ont jamais fait partie de ma famille. Je n'ai rien à voir avec eux !
- Si car ils ont été créés à partir de tes propres gènes !
G balaya l'épée de Shiro. « Terre » vola par-dessus l'épaule de l'adolescent. Shiro ne s'en démonta pas. Il siffla de colère et prépara une boule d'énergie en même temps que G préparait la sienne.
- Tu es vraiment aussi têtu et imbécile que ton père ! s'énerva G. La famille d'abord, le reste après ? Après tout ça ? Tu ne vaux pas mieux qu'eux !
- Et toi, tu es qu'un sale hypocrite ! l'insulta Shiro. Un hypocrite responsable qui a tué sa propre famille ! Qui a ruiné la vie de ses deux seuls amis !
- Oh, tu veux jouer à ça ? rugit G à son tour.
Les deux boules d'énergie entrèrent en collision, explosant ensemble. Shiro en profita pour ramasser son arme et prépara une deuxième attaque.
- Weiss et Nero méritaient leur sort ! Il n'y a pas mieux comme destin pour eux ! gronda G.
Piqué au vif, la contre-attaque de Shiro fut toute aussi violente.
- Et toi... tu méritais de mourir à la place d'Angeal et de Sephiroth !
- CA SUFFIT !
Avant même qu'ils ne réagissent, une onde de choc précipita Shiro au sol, le faisant lâcher son épée. En face de lui, G avait subi le même sort, la Rapière à deux mètres de lui.
Les deux se retournèrent, éberlués, vers Aerith qui avait la main levée.
C'était elle qui avait réagi et avait mis un terme au combat.
- C'est bon ? Vous avez fini ? On dirait deux gamins de maternelle qui se battent ! siffla-t-elle avec colère. Il n'y en a pas un plus intelligent que l'autre !
Penauds, Shiro et G se regardèrent. Elle n'avait pas tort. On dirait vraiment des enfants pris en faute qui se faisaient gronder par leur mère.
- ... Désolé, s'excusa Shiro. Je n'aurais pas... je n'aurais pas dû dire ça...
Sa voix se brisa.
Encore une fois, il disait des choses qu'il regrettait par la suite...
- Je n'aurais pas dû dire que tu méritais de mourir à la place d'Angeal et Sephiroth...
- Moi non plus, Shiro.
Le ton de G redevint étonnamment doux. La colère d'Aerith l'avait calmé aussi.
- Je comprends. En réalité, je comprends, avoua G alors qu'il ramassait son épée pour la ranger dans son fourreau. Mais Aerith a raison. Il y a plus de mauvaises choses qui ressortiraient de cette aventure que de bonnes. Pour toi en premier lieu.
Shiro garda le silence.
- Le destin est cruel, précisa tristement G.
- ... LOVELESS ?
Il hocha la tête.
Oui. Sur ce point, il était d'accord. Le destin était bien cruel, parfois.
- Est-ce que tout cela en vaut la peine, Shiro ? Que tu dises au revoir à ce futur que tu mériterais plus que tout ?
Shiro... avait envie de répondre que non.
Mais au fond de lui, il était perdu. On lui donnait l'occasion définitive de changer le futur, même si cela ne changerait jamais rien pour lui-même.
Non. On changeait le futur pour quelqu'un qui n'était pas réellement lui... Quand bien même Shiro ne souhaitait pas qu'un autre « lui » subisse les choses dures qui lui étaient arrivées.
Néanmoins, il savait G et Aerith avaient raison. Il devait penser à ses amis, aux conséquences que cela engendrerait pour eux s'il décidait de modifier le cours des choses...
Surtout, les modifications risqueraient de conduire à un avenir encore pire que celui qui avait été initialement prévu.
Non... cela n'en valait pas la peine, pensa Shiro en fermant les yeux, les lèvres tremblantes.
Même pour revoir Nero une dernière fois...
Weiss, Nero et Ophelia avaient enduré toutes ces choses à cause de lui... pour lui...
Lorraine l'attendait dehors... elle devait se demander ce qu'il fabriquait, pourquoi il tardait autant.
Et dans quelques années, il serait à l'église. Il se marierait, entouré des siens. Avec Lorraine ou une autre personne... comment le savoir ?
Tel était son destin. Un jour, il retrouverait forcément le sourire. Quand ?
Il ne saurait le dire.
Shiro se releva et ramassa « Terre». Il se tourna vers Aerith.
- ... Je transmettrai ton message à Cloud et Tifa.
Le sourire d'Aerith réapparut sur son visage. Emue, on dirait qu'elle était sur le point de pleurer face à la décision de Shiro. Quant à G, les mots de l'adolescent parurent le détendre.
- Oh, Shiro. Merci... je suis heureuse que tu prennes cette décision.
Shiro acquiesça.
Oui. C'était eux qui avaient raison. Il s'agissait de la voie la plus sage. Mais alors qu'il était sur le point de demander à rentrer au Wutaï, il remarqua que le sourire d'Aerith s'était effacé.
Quant à G, sa main s'était crispée sur le manche de la Rapière. Shiro ne comprit pas sur le coup.
Il remarqua qu'Aerith fixait quelque chose, l'air indéchiffrable. Interdit, Shiro suivit son regard.
L'un des miroirs...
Mais à l'inverse des autres, il ne comportait plus son reflet. Il était désormais vide.
L'autre Shiro avait disparu.
Qu'est-ce que cela signifiait ?
- ... Où est-il ?
Aerith lui adressa un air grave.
Elle n'eut pas besoin de mot. Shiro écarquilla les yeux, tétanisé par ce qui venait de se produire.
- ... Quelqu'un a pris la décision pour toi.
Shiro avait peur. Il avait envie de crier à son autre « lui » de revenir, de ne pas céder à la facilité... mais il avait beau l'appeler, personne ne revenait.
- Est-ce que... cette réalité, enfin... la nôtre, ne sera pas altérée ? leur demanda Shiro, pâle.
- Non.
Aerith posa la main sur l'épaule de l'adolescent. Elle ne lui en voulait pas pour la décision qu'avait pris son autre « lui ». Elle savait qu'il n'en était pas responsable.
- Quelque chose a dû faire pencher la balance de l'autre côté. On ne peut rien y faire.
Mais même si ce n'était pas « lui » en soi... Shiro ne pouvait pas s'empêcher de s'en vouloir. Pour être franc, il avait failli céder lui-même. Tout comme G avait cédé aussi, dans une autre réalité.
- Il n'y a plus qu'à espérer qu'il sache ce qu'il fait, soupira le Gardien. Et que la réalité sera meilleure, même si cela implique sa propre vie.
Oui. Ils l'espéraient tous.
- G ?
Shiro se rappela d'un détail. Il se tourna vers lui.
Il espérait seulement que G accepte.
- ... Peux-tu me donner le cristal ?
G fronça les sourcils à cette demande.
- Tu risques de souffrir davantage si le futur qui s'ensuivra ne te plait pas.
- Je le sais.
Il inspira. Mais sa décision était prise.
- ... Mais je veux quand même voir ce que l'autre « moi » va engendrer. Pour le meilleur... comme pour le pire.
- Si tu le désires.
G sortit le cristal de sa poche et le lui tendit. Shiro le reçut et le contempla durant quelques secondes.
Rien n'apparaissait dedans... mais peut-être était-ce parce que la réalité n'avait pas été encore altérée ?
- Tu sais, Shiro, lui adressa Aerith alors qu'il était sur le point de partir.
Shiro se retourna vers elle, intrigué.
Aerith lui adressa un sourire en guise d'au revoir.
- ... Toi dans cette réalité comme dans une autre... tu ne manques pas de ressources. Et tu as droit au bonheur, comme tout le monde. C'est la seule chose du futur que je peux te prédire.
La nuit était tombée.
A l'entrée du village, une jeune fille vêtue en kimono attendait, le regard dirigé vers la forêt.
Merci encore d'être venu.
Lorraine garda les bras croisés sur sa poitrine. Amère, elle ne pouvait pas s'empêcher de repenser à leur dernière conversation.
Si elle pouvait revenir en arrière...
Elle avait peur que Shiro n'ait finalement changé d'avis et qu'il n'ait décidé de ne pas venir. Les larmes aux yeux, Lorraine attendit encore une dizaine de minutes.
Toujours rien.
Elle tourna les talons, prête à faire demi-tour pour rejoindre les autres.
Deux mains couvrirent ses yeux.
« ... Moogle est de retour », lui susurra une voix familière.
Le sourire apparut sur le visage de la jeune fille de seize ans. Lorraine se retourna vers Shiro qui lui rendit son sourire.
Les deux adolescents se jetèrent dans les bras l'un de l'autre pour s'embrasser avec passion.
« Tu en as mis du temps ! » cria Lorraine alors qu'elle lui prenait la main pour le conduire vers le village. « Cid en est à son troisième saké ! »
« Aïe ! » gloussa Shiro.
Le festival y battait déjà son plein. Derrière eux, Ruby trottinait avec impatience, tout aussi excité par l'odeur de nourriture. Marchant en silence, n'écoutant que le bruit de leurs pas feutrés sur l'herbe, les deux adolescents ne faisaient attention qu'à l'autre.
Ils avaient été séparés durant trois ans...
Aujourd'hui, tout était sur le point de changer.
- Qu'est-ce qui t'a retenu ? lui demanda Lorraine.
En guise de réponse, Shiro cueillit un pissenlit. Il le tint du bout des doigts, un sourire amer sur son visage.
- ... J'avais un choix à faire.
Shiro souffla sur les pétales du pissenlit. Ces pétales s'élevèrent doucement vers le ciel, emportés par le vent.
- Un choix ?
- Oui, sourit Shiro, mystérieux. Et j'ai choisi de rester.
Le sourire de Lorraine s'attendrit tandis que Shiro se penchait vers elle pour l'embrasser sur la tempe.
- ... Même si quelqu'un d'autre a laissé une Lorraine seule, cette nuit. Et pour ça... je lui en veux énormément.
- Shiro ?
Elle ne comprenait pas ce qu'il voulait dire. Shiro resserra sa main sur celle de Lorraine, les lèvres tremblantes. Lorraine se pencha vers lui.
Il paraissait bouleversé...
- ... Tu es sûr de vouloir aller au festival ?
Cela n'avait duré que quelques secondes.
Le visage de Shiro s'éclaira à nouveau. Il embrassa Lorraine passionnément avant de lui chuchoter à l'oreille :
- Et manquer le spectacle de Cid ? Jamais !
Lorraine gloussa.
Oh oui, quel spectacle...
- Les autres seront heureux de te voir, s'enthousiasma la jeune fille alors qu'elle l'entraînait vers les stands. Tu vas rencontrer les anciens camarades de Sonon et Yuffie ! Tu vas voir ! Ils sont géniaux ! On va bien s'amuser, ce soir !
- Je n'en demande pas tant, apprécia Shiro tandis qu'il la suivait.
Il fixa leurs mains jointes.
Jamais il ne lâcherait cette main... Plus jamais.
Dans sa poche, le cristal que lui avait donné G.
Au-dessus d'eux, les pétales du pissenlit avaient déjà disparu dans la nuit.
Peut-être avaient-elles déjà rejoint un autre « lui » quelque part, pensa Shiro, rêveur.
A cette pensée, il secoua la tête. Au loin, les autres les attendaient au bar de la « Tortue Joyeuse ». Shiro sourit à leur vue.
Vincent, Cloud, Tifa, Aerith, Barret, Denzel, Marlène, Sonon, Yuffie, Reeve, Red XIII, Shelke…
Lorraine et Shiro s'empressèrent de les rejoindre pour les saluer.
Perdu au milieu des décombres de ce qui avait été autrefois la SHINRA, un jeune enfant aux cheveux blancs appelait désespérément en pleurant.
Il était seul... il avait peur...
Au-dessus de lui, le ciel.
Il avait entendu parler du ciel.
Mais les couleurs de celui-ci étaient tristes. L'enfant n'aspirait qu'à une chose.
Précipité dans son élan, il trébucha et tomba au sol. Sans s'arrêter, il se mit à ramper.
Il devait trouver la boîte... la boîte avec des couleurs, avec des personnages qui chantaient...
Il devait trouver la boîte.
Il devait... la trouver.
Viens.
Immédiatement, l'enfant s'arrêta. Il se retourna.
Quelqu'un l'appelait. Une voix...
L'enfant se leva avec difficultés et revint sur ses pas, cherchant la source de la voix.
Viens.
A travers les larmes, il releva le regard.
On aurait dit... le liquide du containeur dans lequel il était enfermé, quand on lui disait qu'il était l'heure de se coucher...
Mais ce n'était pas un containeur. Il s'agissait de la source d'un lac. Un lac avec de l'eau...
La Rivière de la Vie ?
L'enfant se pencha au-dessus de l'eau, contemplant son reflet.
Et quand il effleura l'eau du doigt, les souvenirs remontèrent à la surface.
