Bonjour, bonsoir ! Voici le deuxième OS de cette série, cette fois écrit sur une citation, avec pour couple, ou plutôt trouple, le Bakugo x Eijiro x Ochako !

Pas plus de joie de ce côté que l'OS précédent mais j'espère que ça vous plairait quand même o/


"La tristesse et la crainte, deux sentiments bien désagréables. Ajoutez-y les regrets, c'est le pire état de l'âme"

Voltaire

Installés dans un canapé, uniquement éclairés par la lumière de la télé, Ochako et Eijiro regardent les informations sans les voir. Ils sont serré l'un contre l'autre, Eijiro les bras enroulé autour d'Ochako et Ochako la tête posée sur sa poitrine.

Ils se réconfortent dans le silence car tous les mots sont devenus trop. Les condoléances et tout le reste, tous les mots creux par manquent de mieux, tous les regards embrumés de larmes, toutes ces excuses à demi mots, parce que les dire entièrement rendraient la situation trop réel, plus qu'elle ne l'est déjà.

Bakugo, Ground Zero, le deuxième héros au classement national, est mort.

Un groupuscule de vilains sont parvenu à tendre une embuscade à un groupe de héros, dirigé par Bakugo, avant de tout faire sauter, eux avec. Son cadavre n'a même pas été retrouvé, comme celui de plusieurs autres. Des tombes et des cœurs vides, des fleurs à profusion, alors que Bakugo a toujours détesté ça. Il trouvait ça ridicule, mais jamais il ne les a refusées quand elles venaient d'Ochako ou d'Eijiro. Et c'est l'une des nombreuses raisons qui rend sa perte aussi insupportable, parce que jamais, jamais, il ne leur a dit "je t'aime", il a fait comme toujours, fait parler ses actions pour lui. Jamais il n'a avoué, même si tous trois le savaient pertinemment. Parce qu'eux trois, c'est - non, c'était vraiment l'union qu'il fallait. Une triade de trois couleurs bien distinctes mais si harmonieuses une fois réunis.

Une triade parfaite dans son individualité, seule au milieu de toutes ces paires, ces couples accroché l'un à l'autre, comme une huître à son rocher mais voué à se disperser car une paire ne peut garder l'intimité et la proximité que permet une triade.

La leur est - était - exactement ce qu'il leur fallait ; de l'ambition, de la douceur, du mordant. Ils sont - étaient - toujours, toujours là les uns pour les autres et leur amour a toujours, toujours été certain.

Mais que sont-ils maintenant ? Une triade réduite par le sang à une paire.

Une triade qui a perdu son mordant, remplacée par un vide glaçant et un calme alliénant.

Bakugo méritait mieux comme fin. Il méritait le monde, et Ochako et Kirishima le lui auraient offert, faisaient déjà tout pour.

Mais maintenant…

"Je crois qu'on devrait aller dormir."

Kirishima a raison, comme si souvent mais Ochako secoue la tête.

"Je n'en peux plus des cauchemars."

Elle articule lentement chacun de ses mots d'une voix que les larmes ont rendue rauque. Elle n'est pas la seule à cauchemarder mais Eijiro les gère mieux, parce qu'il en a davantage l'habitude, après ses nombreuses missions d'où il n'a survécu que grâce à son alter, sans ses coéquipiers.

Ces soirs-là, Bakugo et Ochako étaient là pour lui, maintenant à lui d'être là pour Ochako, car il ne reste plus personne d'autre.

"On finit par s'habituer. Un jour, tu dormiras mieux.

- Je ne veux pas m'habituer. Mon dieu, Eijiro, il n'est plus là… !"

Sa voix se brise et reviennent les larmes. Elles vont et viennent comme la marée depuis que la nouvelle est tombée et Eijiro sait qu'elle craint de voir les larmes se tarir, car cela voudra dire accepter enfin qu'il ne reviendra pas. Elle ne le veut pas et ne cherche pas à le cacher. Eijiro le comprend mais ne l'accepte pas. Si elle refuse d'oublier, si elle refuse de tourner la page, si elle refuse de se laisser vivre, alors elle aussi il la perdra et c'est hors de question. Il ne peut pas la perdre, pas elle aussi.

Ochako est ce qu'il reste de leur triade, s'il venait à être seul, devenir solitaire, il ne pourrait pas le supporter.

Ochako doit s'en remettre, parce qu'il ne s'en remettra jamais sinon.

"Je sais, je sais…"

Il murmure doucement dans le creux de son oreille et caresse son dos dans un mouvement régulier. Il la rassure mais pas assez, parce qu'il n'y a qu'une seule chose qui pourrait la réconforter et c'est le retour de Bakugo.

Mais c'est impossible.

Alors Eijiro continue de la réconforter.

"Quand j'ai perdu Mina…"

Ochako tend immédiatement l'oreille. Elle sait combien Mina et Eijiro étaient proche et combien sa perte l'a affecté, même Ochako, qui l'avait perdu de vue après le lycée, en avait perdu le sommeil. Alors Eijiro n'en parle que rarement, parce qu'elle sait que la douleur est toujours là, tapis au fond de son cœur, recouverte par l'amour que lui portent Ochako et Bakugo.

Mais Bakugo n'est plus là alors seul le temps remplit son rôle.

"Je n'arrivait à plus rien faire, je croyais que je ne m'en relèverais jamais. On avait travaillé et même été ensemble la plus grande partie de notre vie. Mais aujourd'hui je m'en suis remis. Je ne vais pas bien. Je pense toujours à elle quand je vois des enfants jouer ou acheter ses figurines mais j'arrive à ressentir plus de nostalgie que de peine. Un jour aussi tu y arriveras, parce que je serai là pour te porter jusqu'à ce que tu arrives à marcher."

Ochako hoche la tête mais Eijiro sait qu'elle ne le croit pas vraiment, pas encore. Un jour, un jour sûrement.

"Quand je pense que la dernière chose que lui ait dite c'était ''bonne nuit''."

Un rire sans joie échappe à Eijiro.

"Je n'ai pas fait beaucoup mieux avec mon ''passe une bonne journée''."

Ochako sourit, sans joie elle aussi, mais c'est un bon départ. Un petit sourire, un premier pas vers un éclat de rire sincère.

Puis ses yeux s'embuent de nouveau.

"Et si je te perds toi aussi ?"

Eijiro sent ses yeux s'ouvrir en grand et secoue immédiatement la tête.

"Ça n'arrivera jamais, d'accord ? Je ne le permettrais jamais, tu m'entends ?"

Ochako pleure davantage.

"Tu ne peux pas le prévoir. On ne pouvait pas prévoir pour Bakugo, on ne pourra prévoir ni pour toi ni pour moi."

Sa voix se brise dans les pleurs et elle enfouit son visage dans le t-shirt d'Eijiro.

"Je ne peux pas te perdre, non, non, non."

Sa voix est brisée, tremblante, trop aiguë, trop faible. C'est la première fois qu'Eijiro l'entend aujourd'hui mais c'est devenu presque régulier depuis l'attentat, et chaque fois, il se jure que ce sera la dernière. Mais à chaque fois, ça recommence et à chaque fois, ça lui brise un peu plus le cœur.

Ochako ne devrait jamais avoir cette voix et pourtant…

Eijiro comprend ses craintes, les partage même, car lui non plus n'aurait pas cru perdre Bakugo si tôt. Il pensait arriver à la retraite, assez jeune chez les héros, ensemble, une triade encore unie et complète.

Mais tout est arrivé si vite. Trop vite et trop brusquement.

Ochako pleure à gorge déployée et ça fend le cœur d'Eijiro. Il retient ses propres larmes, car les siennes sont devenue naturellement rares depuis Mina, comme si elle les avait toutes emportées. Pas que ce soit une bonne chose, mais il est ainsi un roc plus stable pour Ochako, un pilier qui ne tremble pas. Et elle a besoin de stabilité et de réconfort plus que tout et c'est exactement ce qu'Eijiro veut lui apporter.

Si elle ne peut pas compter sur lui, alors sur qui le pourra-t-elle ? Sur ses collègues ? Oh, Eijiro est sûr qu'ils tiennent à elle mais pas de la même façon. De même pour leurs amis, leurs proches. Ils ne partagent simplement pas leur lien, ne peuvent pas le comprendre, et donc, ne peuvent apporter le réconfort nécessaire.

Eijiro, lui, le peut, le fait et continuera de le faire, encore et encore et encore.

Parce qu'il ne perdra pas Ochako, pas comme Mina ou Bakugo, parce qu'il se briserait en mille morceaux si cela devait se produire, des morceaux que rien ne pourrait jamais rassembler à nouveau en une forme nette.

Il la sait souffrante, la sent sur la ligne, prête à laisser partir des éclats d'elle, si loin qu'ils ne pourront jamais être récupérer. Il ne la laissera pas.

Leur triade était parfaite et leur paire nouvellement formée se doit de l'être aussi, pour faire face, pour se rétablir, couvrir le manque avec de nouveaux souvenirs.

Eijiro forgera ces souvenirs pour qu'ils soient les plus beaux possibles et les offrira à Ochako et continuera de le faire jusqu'à ce qu'elle sourit et marche à nouveau seule, jusqu'à ce qu'ils soient réunis dans le même espace.

Jusqu'à ce qu'à ce qu'elle redevienne la femme dont il est tombé amoureux tant d'années auparavant, entière et vivante.