Bonjour, bonsoir ! Je vous présente le troisième OS de cette série, sur le couple Himiko x Ochako et sur le thème du Hanahaki o/

Ces trois OS étaient tous les OS de la listes qui m'inspiraient le plus alors le suite risque d'être plus longue à arriver mais elle arrivera !


Ochako se réveilla.

Elle ouvrit ses yeux, une douleur affreuse pulsant dans la nuque. Elle sentait la douceur d'un matelas sous son corps, d'une couverture pour la préserver du froid mais ses yeux ne voyaient que les barreaux de la cage au-dessus d'elle.

Elle se redressa, trop vite, et sa tête tourna. Puis, quand elle y vit clairement, sa stupeur fit place à de la peur.

Elle était dans une cave clairement abandonnée mais aménagée en salon, avec des fauteuils, une table basse, un placard à moitié ouvert et un tapis sur lequel reposait sa cage. Dans d'autres circonstances, elle aurait pu trouver cet arrangement joli, surtout avec les délicates pétales de fleurs déposées çà et là.

Mais dans les circonstances actuelles, elle ne fit que paniquer.

Elle s'était fait enlever ! Bon dieu mais par qui, pourquoi ? Et toute cette mise en scène… Ce fut seulement à ce moment qu'elle remarqua la robe de dentelle rose qu'elle portait, parfaitement à sa taille.

Elle voulut crier mais elle craignait d'attirer son ravisseur. Une part de son esprit voulait hurler jusqu'à ce que quelqu'un vienne la sortir d'ici mais elle savait que ça ne servirait probablement à rien. L'endroit était abandonné, de ça elle en était certaine, alors il y avait bien peu de chance qu'on l'entende.

Elle se força à respirer lentement, profondément, jusqu'à ce que la part rationnelle de son cerveau prenne le relais.

Il lui fallut de longues minutes et nombre de larmes mais elle y parvint. Elle voulait devenir une héroïne, ce genre de chose pouvait lui arriver dans sa carrière et elle savait déjà comment se comporter, ayant déjà eu des cours sur les enlèvements et la manière de coordonner les opérations avec la police. Le plus important, c'était d'aller dans le sens du ravisseurs, s'il n'était pas agressif, le temps que les secours la trouvent.

Elle devait juste savoir comment se comporter et s'y tenir. Elle réussit enfin à afficher un calme extérieur et agrippa une peluche en forme d'éléphant et la serra fort contre son cœur.

Elle devait faire face. Elle en était capable.

Elle observa plus attentivement son environnement et vit un trou d'environ cinquante centimètres carré et un seau juste derrière. Sûrement pour qu'elle puisse faire ses besoins, ce qui voulait dire que son ravisseur ne comptait pas la faire sortir de la cage. Du côté opposé au trou, elle vit une petite bouteille d'eau, suffisamment fine et mince pour passer entre les barreaux.

À la lumière de tous ces éléments, la panique d'Ochako menaça de refaire surface mais elle parvint à la contenir.

Elle devait attendre. Ce n'était que lorsqu'elle en saurait un peu plus sur sa situation qu'elle pourrait mieux agir en attendant les secours.

Connaissant ses parents, ils avaient sûrement déjà signalé sa disparition, à moins qu'on ne soit encore le soir de son enlèvement ? Impossible à dire dans cet espace sans fenêtre. Mais elle était certaine que les recherches commenceraient vite.

Elle inspira profondément une nouvelle fois quand elle entendit des bruits de pas dans les couloirs.

Elle déglutit, souffla doucement l'air de ses poumons et adopta l'air le plus résolu qu'elle pût.

Puis elle vit qui venait d'entrer dans la cave et son sang se glaça.

Himiko. Himiko Toga, de l'Alliance des Vilains. Mais pourquoi ?! Et comment Ochako allait-elle lui survivre ?!

Elle savait que plus le temps passait et plus grandes étaient les chances de retrouver un cadavre plutôt qu'une victime Elle savait ce temps de quelques jours seulement, un ou deux et qu'il allait en augmentant avec l'âge.

Himiko s'avança vers la cage en trottinant et souriant, chantonnant un air populaire, puis elle s'accroupit pour être à la hauteur d'Ochako.

"Bonsoir, ma chère !"

Ochako déglutit le plus silencieusement possible pour ravaler une partie de son stress. Elle devait s'en tenir à son plan de base, bien qu'elle risquait de mourir avant que les secours n'arrivent.

Elle inspira ensuite profondément et répondit d'une voix faible.

"Bonsoir."

Le visage d'Himiko s'illumina à l'entendre et elle se mit à glousser, avant qu'une quinte de toux ne la coupe furieusement dans son élan.

Ochako pensa qu'elle ne durerait pas mais elle continua pendant de si longues secondes qu'Ochako eut l'impression qu'elle dura presque une minute.

Elle s'acheva enfin quand Himiko cracha des pétales d'un bleu violacé.

Ochako comprit alors en la regardant et l'espoir creusa un chemin jusqu'à son cœur. Puisque qu'Himiko souffrait de la maladie d'Hanahaki, alors peut-être qu'elle mourrait avant de pouvoir tuer Ochako. Peut-être…

Ses pensées furent interrompues quand Himiko se racla la gorge, comme pour faire sortir les derniers pétales resté coincé dans sa trachée.

"Hm, on dirait que je ne suis pas en forme aujourd'hui. Ça ira sûrement mieux demain, pas vrai, Uraraka?"

Himiko faisait glisser son prénom sur sa langue comme aurait pu le faire un amant et Ochako senti sa peur revenir au galop. Himiko souriait trop largement, presque amoureusement, du moins autant qu'une personne comme elle pouvait le faire, et ça suffisait à donner des frissons d'effroi à Ochako. Puis une pensée lui vint.

De qui Himiko tenait-elle sa maladie…?

XxX

Le lendemain, alors que l'estomac d'Ochako criait famine, Himiko revint près de la cage. Elle avait passé la nuit, sûrement que c'était la nuit, sur l'un des canapés du squat, tournée vers la cage. Elle venait avec un plat de curry réchauffer dieu sait où et tenait une petite cuillère à la main.

"Je crois que tu dois avoir assez faim, alors je t'ai pris un petit quelque chose ! J'espère que tu aimeras."

Elle souriait d'une façon trop large qui n'atteignait pas vraiment ses yeux, ce qui donnait l'impression qu'elle sortait du maison hantée, mais du côté des artistes, comme souvent avec elle.

Ochako déglutit, regarda l'assiette et Himiko en alternant entre l'un et l'autre pendant plusieurs secondes. Himiko se montra patiente, attendant qu'Ochako prenne une décision, ce qu'elle finit par faire, hochant doucement et lentement la tête. Elle craignait ce qu'Himiko avait bien pu mettre dans ce plat mais elle sentait aussi son estomac se tordre à cause de la faim.

Himiko prit alors une généreuse cuillère de curry et la fit passer à travers la cage. Ochako tendit les doigts pour l'attraper mais Himiko repoussa la cuillère en secouant la tête.

"Voyons, ma chère, je suis là pour m'occuper de toi. Tu n'as besoin de t'inquiéter de rien."

Ochako resta figé, la main encore en l'air, mais elle finit par la rabaisser et approcher doucement sa tête et prendre la cuillère dans sa bouche pour en avaler le contenu. C'était bon et tout juste à la bonne température. Apparemment aucun piège ici et c'en était d'autant plus troublant, dans le mauvais sens du terme.

Mais alors qu'Ochako avalait sa bouché, Himiko sourit plus largement.

"C'est bon ? Je l'ai fait spécialement pour toi."

Ochako hocha la tête, mais son visage trahissait sa peur. Pourtant, Himiko n'en dit rien.

"Tant mieux ! C'était la première fois que j'en faisais, alors j'étais un peu pas très sûre de moi mais si ça te plait alors c'est parfait !"

Elle remplit une autre cuillère et l'apporta à Ochako et répéta l'opération jusqu'à ce que l'assiette soit vide. Puis elle lui passa la bouteille d'eau en ajoutant.

"Tu dois boire, sinon tu risque de te déshydrater et c'est loin d'être ce qu'on veut, pas vrai ?"

Ochako hocha la tête et but à la bouteille et la vida presque d'une traite. Elle n'avait pas osé y toucher pendant la nuit mais elle mourait de soif et ça se sentait.

Himiko récupéra ensuite et la termina, léchant langoureusement le goulot, les yeux braqués sur Ochako, qui frissonna à cette vision.

Puis Himiko se mit à tousser fortement, plus que la veil. Elle porta une main à sa poitrine alors qu'Ochako reculait dans sa cage, jusqu'à avoir le dos contre les barreaux. Himiko avait l'air de souffrir alors qu'elle crachait des pétales et fleurs dorés et orangés et, malgré elle et malgré sa situation, Ochako eut de la peine pour elle. Plus encore quand du sang vint s'ajouter au pétales avant que les toux ne s'arrêtent et qu'Himiko ne prenne plusieurs inspirations tremblantes et vacillantes.

C'était une vision bien horrible que de regarder quelqu'un mourir si lentement.

Mais ensuite Himiko se baissa et ramassa les fleurs qui étaient dans le moins mauvais état et se redressa. Elle en déposa certaines autour de la cage, presque à l'intérieur, et d'autres sur la table basse, chassant celles qui fanaient déjà et le sang d'Ochako se glaça.

Ces fleurs… Celles qu'elle avait trouvé décorant joliment la pièce, ces fleurs provenaient du corps d'Himiko. Elle venait d'elle et elle les exposait sous ses yeux comme un trophée qu'elle chérissait plus que tout.

Ochako sentit des larmes couler librement le long de ses joues.

Himiko mourait, oui, mais à cause d'elle. Peu importait qu'elle soit mauvaise, qu'elle ait tué des gens, s'en soit prise à certains de ses amis, Himiko restait une jeune fille, une lycéenne. Une lycéenne qui mourait à cause d'Ochako.

Et peu importe combien Ochako essayait de se convaincre que ce n'était pas de sa faute, son esprit ne la laissait pas en paix. Elle ressassait sa situation et son cerveau lui répétait que tout ça était sa faute, car si Himiko ne l'aimait pas, elle ne l'aurait pas kidnappé et enfermé.

Les quelques heures suivantes, Himiko resta installé devant la cage, sur le tapis, à regarder Ochako et passant occasionnellement quelques minutes à feuilleter un magazine mais peu. Ochako quant à elle évitait son regard autant qu'elle le pouvait et essayait ou de dormir ou de se concentrer sur les quelques peluches dans sa cage, toutes d'une grande douceur.

"Tu les aimes ?"

La question suivi d'une toux grasse surprit Ochako. Elle releva la tête et vit Himiko, allongé sur le ventre sur le tapis, sa tête posé dans ses mains, ses coudes sur le tissu.

"Les peluches." Précisa Himiko, ajoutant un signe de tête pour appuyer son propos.

Ochako prit quelques secondes, qui ressemblèrent sûrement à de l'hésitation - ce que ce n'était pas - pour réfléchir à sa réponse puis elle hocha la tête et parla à voix basse.

"Oui, elles sont douces."

Himiko lui sourit largement, ses yeux presque doux.

"Tant mieux, c'est pour ça que je les ai prises ! Tu dois en avoir plusieurs chez toi ?"

Non, seulement une seule. Sa famille n'avait pas les moyens de lui en offrir beaucoup alors elle n'avait que cette licorne de son enfance, devenue terne et rêche avec les années mais qu'elle aimait toujours autant.

Mais ça, elle ne le dit pas. Toujours d'une voix faible, par peur de parler à voix haute et de ce qui pourrait lui arriver si elle le faisait, elle répondit.

"Quelques-unes. J'en ai plus eu depuis des années."

Elle hésita puis ajouta.

"Merci."

Le visage d'Himiko s'illumina comme un sapin de Noël et le coeur d'Ochako se glaça.

Elle savait enfin quel rôle jouer en attendant qu'Himiko meurt et elle se détestait pour ça.

XxX

La nuit fut sans sommeil pour Ochako mais elle eut l'air bien reposante pour Himiko, bien qu'elle se réveilla pour cracher quelques fleurs et pétales rosés qui prenaient de plus en plus une forme que l'on pourrait trouver chez un fleuriste. Ochako les reconnue comme des glaïeuls, les fleurs préférées de son père, et son souffle se bloqua un instant dans sa gorge.

Elle serra une peluche plus fort contre elle et inspira profondément. Elle pouvait tenir la mascarade en place, jouer la comédie de la pauvre proie qui s'ouvrait lentement, juste un peu trop pour qu'Himiko survive, et elle vivrait. Des secours la trouveraient et elle sortirait d'ici. Et sinon, elle crierait jusqu'à en perdre sa voix et se débattrait de toutes ses forces pour forcer les barreaux de cette cage qui la faisait suffoquer dès qu'elle laissait son masque s'effriter.

Elle ne mourait pas ici, pas elle. Elle était forte, battit pour devenir une héroïne, un symbole d'espoir, elle ne pouvait pas mourir ici.

Elle inspira et expira profondément pour se calmer mais soudainement, une voix la fit sursauter.

"Qu'est-ce qui t'arrives ? Tu as peur ? Non, non, tu ne dois pas, je suis là."

Himiko s'était rapprochée de la cage et avait passé ses doigts entre les barreaux pour se rapprocher d'Ochako.

"Ça va aller, d'accord ?"

Elle avait l'air de tendre la main malgré les barreaux et Ochako se força à lever une main et à l'approcher de ses doigts. Elle les toucha et sa première pensée fut qu'ils étaient glacés, presque aussi froids que les barreaux de métal, la seconde fut qu'elle avait encore plus peur maintenant que ses doigts froids se refermaient sur les siens. Mais elle resta forte et se força à se calmer. Elle pleurerait quand Himiko dormirait. Oui, elle ferait ça, mais pour l'instant, la pièce devait se jouer.

Elle inspira encore une fois et expira tout l'air de ses poumons.

"Merci, ça va mieux."

Elle murmurait mais sa voix était presque revenue à un volume normal. Elle devait faire comme si elle se montrait plus confiante en la présence d'Himiko, elle devait se montrer victime d'une la même folie que sa kidnappeuse qui la faisait lentement, si lentement s'attacher.

Himiko sourit et resserra sa prise sur sa main.

"Oui, je vois ça."

Elles restèrent ainsi quelques minutes puis Himiko la lâcha et se releva, du regret plein les yeux.

"J'ai des choses à faire aujourd'hui, je vais devoir partir.

- Mais tu reviendras… ?"

Ochako modulait sa voix pour qu'elle soit fébrile, presque suppliante, mais elle ne savait pas si elle réussissait vraiment à obtenir l'effet souhaité. Cependant, Himiko ne fit pas grand cas de sa maigre prestation.

"Ne t'en fais pas, pour toi je reviendrais toujours. Je te le jure, ma chère."

Elle souriait avec tendresse et Ochako se força à lui sourire en réponse.

Himiko partit après un dernier regard amoureux et dès qu'Ochako n'entendit plus ses pas, elle se mit à trembler de tout son corps et à pleurer de grosses larmes à un rythme si rapidement qu'elles semblaient être un vrai ruisseau de détresse.

Ochako s'obligea à respirer de façon régulière mais ça ne suffisait pas. Son souffle ne pouvait plus être maitrisé et elle enroula ses bras autour d'elle dans une étreinte sans chaleur. Elle devait sortir, sortir de ce squat, de cette cave, de cette cage, revoir le ciel, respirer de l'air frais, quitter cette foutue robe !

Elle le devait. Elle ne savait pas combien de temps elle tiendrait, ni combien de temps elle avait encore à tenir mais elle savait déjà que c'était trop. Elle ne pourrait pas tenir, elle ne pouvait déjà plus se contenir et ça ne devait même pas faire trois jours. Si les secours avaient une piste, ils l'auraient sûrement déjà retrouvé. Peut-être qu'ils n'avaient rien, n'avait pas la moindre idée de ce qui lui était arrivé. Et si Himiko avait couvert ses arrières en laissant une lettre de suicide ou en envoyant un message de fugue à ses parents ? Non, même dans ce cas, elle serait recherché, elle était encore mineure, si elle fuguait la police serait à sa recherche… Mais peut-être pas aussi ardemment que s'ils savaient qu'elle avait été enlevée.

Non, non, non, ne pouvait pas mourir ici. Elle se mit à murmurer alors que le flot de ses larmes s'intensifiait.

"Non, je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas…"

Sa litanie continuait d'une voix brisée qui n'aurait jamais dû sortir de ses lèvres et elle resta recroquevillée sur elle dans cette petite cage, trop petite pour y tenir debout mais assez grande pour y étendre ses jambes, assez pour la frustrer, pour la faire suffoquer.

Assez pour lui faire croire qu'elle n'en sortirait jamais.

XxX

Quand Himiko revint, Ochako était parvenue à se calmer mais elle était certaine d'avoir les yeux rouges et peut-être enflés, même après les avoir rincés à l'eau. Himiko le remarqua tout de suite et se précipita vers la cage, laissant tomber son sac à dos par terre.

"Ma chère, qu'est-ce qui t'es arrivé ?"

Un instant, Ochako fut tenté de rester dans son personnage mais elle ne pouvait pas, oh non, elle ne pouvait pas.

"La cage."

Elle ne pouvait pas en dire plus sinon elle fondrait à nouveau en larmes et elle ne pourrait plus maintenir la moindre façade. Himiko poussa un gémissement compréhensif et passa ses doigts dans la cage et Ochako alla s'y accrocher car elle avait tellement besoin de contact physique qu'elle était prête à accepter n'importe quoi.

"Mais c'est pour ta sécurité. Si je te laisse tu partiras et je te perdrais ou alors ils te retrouveraient et je te perdrais aussi, pour toujours. J'ai besoin de toi, tu comprends ?"

Ochako hocha la tête instinctivement. Évidemment qu'elle s'enfuirait, elle ne rêvait que de ça. Évidemment que les secours viendraient la chercher, parce qu'elle mourrait ici sinon, un fois Himiko partie. Parce qu'une fois qu'elle ne serait plus là, qui lui donnerait à manger et à boire ? Si les secours ne la trouvaient pas, elle n'avait aucune chance de survie, et elle mourrait de soif dans sa petite cage.

"Je sais que c'est dur pour toi, je comprends vraiment, mais tu en as besoin, d'accord ?"

Ochako hocha à nouveau la tête, cette fois plus consciemment. Elle en avait besoin pour rester, c'était vrai, du moins du point de vue d'Himiko. Mais elle n'en pouvait plus de cette foutu cage et de ces foutus barreaux et de ce foutu métal.

Alors elle tenta un coup. Pile, ça passe. Face, tu trépasses.

"Je pourrais dormir avec toi ? J'ai vraiment besoin de sortir de là."

Sa voix était désespérée et ses doigts se resserrent sur ceux d'Himiko. Elle ne l'avait fait que pour la convaincre, lui montrer qu'elle ne partirait pas, mais une part d'elle, une part silencieuse, pensait autre chose, une chose bien insignifiante.

Himiko pencha la tête sur le côté, pensive. Puis elle ouvrit la bouche -

- et vomit des glaïeuls pourpres, autant par leurs pétales que par le sang.

Elle en aspergea Ochako qui ne put que la regarder, médusée. Elle avait oublié. Le Hanahaki. La maladie ne pouvait aller qu'en empirant, elle le savait, mais le voir, voir ces fleurs si belles être réduite à un amas sanglant qui ne recelait plus rien que le magnifique morbide.

Alors Ochako resta figée alors qu'Himiko se mourrait devant elle. Peut-être que cette fois serait la dernière, peut-être pas, dans tous les cas, la peine emplit son cœur. Peu importe ses crimes, Himiko ne méritait pas une mort pareille. Une mort aussi affreuse que douloureuse pour un amour sincère.

Ochako ne put que se haïr davantage en voyant que les toux ne s'arrêtaient pas.

Himiko mourrait peut-être bien ce soir après tout et des larmes virent embuer ses yeux. Non, pas ça. Elle devait rester. Elle devait tenir le coup, même juste un jour de plus, pour Ochako qui était là et dépendait d'elle.

Ochako se pencha vers elle et supplia.

"Ne me laisse pas toute seule."

Sa voix était de nouveau cassée mais elle ne pouvait rien faire pour la contrôler et, presque miraculeusement, les fleurs cessèrent de s'écouler, le sang se stoppant peu après. Himiko se redressa, s'appuyant contre la cage et, quand ses yeux croisèrent ceux d'Ochako, il y avait une nouvelle lueur en eux.

"D'accord."

Ochako cligna des yeux, sans comprendre, puis Himiko précisa.

"On peut dormir ensemble, mais dans la cage."

Ochako cligna encore des yeux, cette fois plus pour en chasser les larmes, et hocha vigoureusement la tête.

"Oui, oui, c'est très bien."

Himiko déglutit difficilement et essuya le sang au coin de sa bouche. Ochako hocha encore un peu la tête. Ce n'était pas ce qu'elle avait en tête mais ça lui convenait. Himiko avait prouvé qu'elle ne lui voulait pas de mal alors elle pouvait accepter ce compromis, pour enfin reprendre à nouveau quelqu'un dans ses bras et éloigner son esprit de cette cage et de toute la terreur qui l'envahissait, même si une partie de cette terreur provenait d'Himiko elle-même.

Mais quand Himiko sortie une clé de sa poche et dévérouilla la cage pour s'y glisser, la refermant ensuite, une idée germa dans l'esprit d'Ochako. Et si… Et si elle parvenait à attraper la clé et, pendant que l'épuisement aurait raison d'Himiko, réussissait à s'enfuir ? Peut-être que c'était possible, peut-être qu'elle pouvait s'en sortir mais elle devrait être prudente, très prudente, car si Himiko l'attrapait, elle préférait ne pas imaginer le sort qu'elle lui réserverait.

Mais pour l'instant, Himiko était encore là et bien réveillée. Elle se glissa près d'Ochako dans la cage soudain trop étroite. Elles se glissèrent l'une contre l'autre, en cuillère, et Ochako se laissa enlacer. Enserrer serait plus juste d'ailleurs, vu la poigne de fer qu'Himiko appliqua sur sa taille avant de poser sa tête contre son dos.

Ochako inspira profondément et retint sa peur. Elle pouvait le faire.

Quand Himiko fut profondément endormie, Ochako mit son plan à exécution. Elle se saisit des bras d'Himiko et essaya de les défaire le plus doucement possible, sans résultat. Alors elle utilisa son alter et se remit à tirer doucement dessus et bingo, ses bras lâchèrent. Ochako se retourna alors et glissa la main dans la poche d'Himiko, là où elle l'avait vu ranger la clé. Elle s'en saisit et passa doucement au-dessus du corps d'Himiko, bien que ce fut difficile vu la taille de la cage. Presque à cheval sur elle, Ochako glissa sa main entre les barreaux et glissa la clé dans le verrou. Le déverrouillage se fit dans un grand bruit de claquement et Ochako pria que cela n'est pas réveiller Himiko. Elle jeta un coup d'œil, bien.

Elle poussa la porte de la cage silencieusement et se mit à faire passer ses membres en dehors un par un, jusqu'à être enfin libre. Enfin libre, tout était relatif, elle était encore prisonnière et ne savait même pas où elle était retenue.

Mais elle avait fait un premier pas vers la liberté, cependant, quand elle essaya de se lever, ses genoux lâchèrent sous son propre poids et elle s'écroula au sol. Pétrifiée, elle regarda ses jambes, puis la cage, puis de nouveau ses jambes. Elle ne pouvait pas marcher !

Elle se mit à hyperventiler et à paniquer. Pourquoi ne pouvait-elle pas marcher ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Puis elle fit le lien. Elle ne s'était pas tenue debout depuis trois jours, peut-être quatre, ses jambes n'étaient juste plus habituées à supporter son propre poids mais elle n'était pas inutilisable.

Elle réessaya de se lever, plus doucement cette fois, et parvint à se mettre debout, les jambes tremblantes. Maintenant un premier pas. Elle manqua de s'écrouler mais tint bon. Un deuxième pas. Elle était déjà plus stable. Un troisième. Elle avait retrouvé son équilibre. Un quatrième, puis un cinquième, un sixième, petit pas par petit pas.

Doucement, les jambes douloureuses, elle parvint à quitter la grande salle de la cave et ravala son angoisse. Elle pouvait le faire. Elle n'avait qu'à trouver son chemin dans ces couloirs, trouver la route vers la sortie et faire en sorte qu'Himiko ne la retrouve pas.

Elle continua à avancer, ses pieds uniquement vêtus de talons roses inconfortables qui claquaient sur le sol de pierre augmentaient son stress. Et si elle réveillait Himiko en faisant tout ce bruit ? Et si elle la retrouvait ? Elle devrait enlever ses chaussures, pour être plus discrète, mais alors elle avancerait bien moins vite, le sol étant jonché de débris et autres restes de précédentes dégradations, non, elle avait besoin de ses chaussures, peu importe tout le bruit qu'elles faisaient.

Elle finit par trouver un escalier, juste au moment où une voix enrouée résonna dans les couloirs sombres.

"Uraraka ? Ma chère, je t'avais dit que tu ne pouvais pas sortir. Tu n'as pas le droit de sortir !"

Le sang d'Ochako se glaça alors que ses yeux observaient cet escalier. Si elle montait assez lentement, peut-être qu'elle serait assez silencieuse. Elle devait tenter le coup, elle le devait.

Elle inspira profondément. Elle n'entendait que sa voix, pas ses pas, rien que du son qui résonnait contre les murs de ce sous-sol sans pouvoir lui donner de point de repère. Elle monta la première marche.

"Uraraka ?"

La deuxième.

"Où es-tu ?"

Troisième puis quatrième.

"Reviens, s'il te plaît, je ne te ferais pas de mal."

Un mensonge et une cinquième marche.

"Ma chère !"

Sixième puis septième.

"Reviens…"

Voix suppliante et huitième marche.

"Je t'aime, tu sais."

Neuvième.

"J'ai besoin de toi."

Dernière. Ochako était en haut de cet escalier, face à une porte en bois à moitié rongée par les mites mais qui tenait encore debout et fermée. Elle abaissa lentement la poignée et poussa et la porte s'ouvrit dans un grincement sourd. Ochako serra les lèvres alors que soudainement, Himiko ne parlait plus et abandonna toute discrétion, elle était déjà repérée de toute façon.

Elle se mit à courir à toutes jambes, ses talons la gênant tout en faisant toujours plus de bruit, comme pour attirer Himiko. Elle devait fuir, fuir, fuir ! Si elle ne parvenait pas à s'échapper cette fois, elle était morte. Jamais Himiko ne prendrait le moindre risque de la voir à nouveau partir et, au vu de son état mental, elle serait bien capable de conserver son cadavre pour la garder jusqu'à sa mort. C'était hors de question. Jamais ses parents ne s'en remettraient si ça devait arriver.

Mais alors qu'Ochako atteignait l'entrée du bâtiment, un poids s'abattit soudain sur son dos, la faisant s'écraser au sol. Puis, avant même qu'Ochako ne puisse enregistrer la douleur dans ses genoux ou ses coudes, des crocs se plantèrent violemment dans sa gorge, faisant immédiatement jaillir du sang dans la bouche de son agresseur. Himiko l'aspira goulument puis détacha sa bouche de sa gorge.

"J'avais presque oublié ton goût. Tu sais, je ne veux que notre bonheur. Pour ça, tu as juste à rester avec moi."

Ochako vit ses yeux s'embuer alors que des larmes ruisselaient sur ses joues. Alors c'était ça, les derniers mots qu'elle entendrait ? Des paroles d'amour sussurés par une folle ?

"Tu dois rester avec moi."

Puis une lame s'enfonça dans son dos.

XxX

Ochako ouvrit doucement les yeux, une douleur pulsante au niveau de son rein la tirant de son sommeil. Elle ouvrit les yeux sur des barreaux. Des barreaux. Des larmes s'échappèrent de ses yeux. Elle était encore en vie. Himiko l'avait laissé en vie et ramené dans cette cage. Elle n'avait même pas la force de se redresser ou de regarder si Himiko était là ou pas, elle aurait voulu que tout s'arrête.

Elle savait que si les secours avaient la moindre piste elle aurait déjà été retrouvée. Ça devait faire presque cinq jours, peut-être plus. Elle ne serait peut-être jamais retrouvée. Elle resterait peut-être dans cette cage jusqu'à en mourir, comme Himiko.

Distraitement, elle tourna la tête sur le côté, simplement pour voir autre chose que ces barreaux et ce plafond gris et vit Himiko allongée à côté de la cage, comme si elle s'était écroulée là. Autour de son visage s'étendaient des glaïeules fleuries et du sang coagulé. Était-elle morte ? Enfin ?

Pourtant, cette pensée n'apporta aucun soulagement, uniquement de la tristesse. Himiko n'avait que dix-sept ans, presque le même âge qu'Ochako, et elle était morte, comme le serait bientôt Ochako, sans personne pour soigner sa blessure ou la nourrir.

De nouvelles larmes coulèrent de ses yeux. Elles étaient si jeunes. Elles ne méritaient pas ce qui leur était arrivé. Elles n'auraient pas dû en arriver là, oh que non.

Ochako détourna le regard d'Himiko, ne pouvant supporter une telle vision. Dire qu'elle serait bientôt dans le même état, quelle triste fin.

Alors qu'Ochako ferma une dernière fois les yeux, s'abandonnant à la douleur et au désespoir, elle pensa que peut-être, dans un monde différent, elles auraient pû se rencontrer, s'apprécier peut-être. Peut-être qu'elles auraient pu être plus, peut-être qu'il n'y aurait jamais eu d'Hanahaki. Peut-être qu'elles auraient pû être heureuses.

Oui, peut-être bien.