Bonjour, bonsoir me revoici avec le quatrième OS de recueil sur du Rei et Inko et sur le thème âme-soeur ! dans cet UA lorsque quelqu'un se blesse, son ame soeur se retrouve avec des fleurs qui tombe de l'endroit d'ou vient la blessure. Les fleurs sont toujours de la meme sorte.
Surce, je vous souhaite une bonne lecture et bonne journée o/
Tic et tac, l'horloge tourne.
Tic et tac, elle ne s'arrêtera pas.
Tic et tac, tu ne le supportes plus.
Tic et tac, coule le sang et tombent les larmes.
Tic et tac, les marques ne disparaîtront pas.
Tic et tac, elles ne feront que s'accumuler.
Tic et tac, encore et encore, jusqu'à ce que l'horloge se brise.
x.x
Il y a les souffrances nécessaires et celles que l'on s'inflige par faiblesse. Il y les grandes batailles aux petites victoires et les petites défaites aux grands maux. Il y a ce noir plus profond que l'ébène de tes yeux qui s'étend et s'étend. Il y a ce rouge plus vif que celui de tes douleurs qui s'étale et s'étale. Il y a ce blanc plus froid que la glace qui s'étire et s'étire.
Il y a celle que tu rêvais d'être et ce que tu es devenu.
Il y a le silence dans une maison si grande et pleine d'enfants. Il y a les mots qui coupent, tranchent et sectionnent chaque jour un peu plus. Il y a les lames qui échappent à tes doigts quand ta fille plante ses yeux dans ton âme. Il y a les étreintes ensanglantées dans le silence. Toujours le silence.
Il n'aime pas le bruit.
Alors tu serres ta fille contre toi quand elle ne comprend pas pourquoi. Tu la mets au lit et tu lui fait promettre de ne jamais parler de ce qu'elle a vu à qui que ce soit, pas même son frère. Quand elle hoche doucement la tête, tu déposes un baiser sur son front.
Sa vie sera plus douce si elle apprend à taire certaines choses.
La vie est toujours plus douce dans le silence des mensonges et la routine des larmes.
x.x
Les dahlias sont aussi noirs que le jour est clair dans les mains de ton fils. Il tient délicatement les fleurs sans oser fermer ses poings dessus car même ses doigts d'enfant ont la force de détruire une vie si fragile.
"Maman, c'est quoi ?"
Il ne comprend pas, parce que c'est la première fois.
"Ça, ça veut dire que ton âme sœur s'est blessée.
-Hein ? Mais elle va mourir ?!"
Tu souris et entoures ses petites mains des tiennes. Tu secoues la tête.
"Non. Ne t'en fais pas. Ce n'est que quelques fleurs, elle est sûrement tombée et elle s'est fait un peu mal, c'est tout.
-Oh, tant mieux alors."
Il regarde ses dahlias, la joie peinte sur ses traits.
"Maman, je peux les garder ?
-Bien sûr. On va les mettre dans un vase."
Il sourit et trottine derrière toi vers la cuisine.
Vous mettez le vase dans sa chambre, sur son bureau, comme pour sa sœur. Tu veux qu'il chérisse ces dahlias comme ta fille chérit ses orchidées, protégées par la céramique.
Ces fleurs sont trop précieuses et trop fragiles pour le monde dans lequel elles s'épanouissent.
Dans un coin de ton esprit, une ombre bordée d'œillets danse, inconsciente à tes malheurs.
C'est mieux ainsi.
Ta place est avec ton mari et tes enfants.
Une vie avec une âme sœur, c'est le genre d'histoire qu'on lit dans les livres pour enfants. De jolies histoires qui jamais ne deviendront autre chose que cela.
x.x
Les fleurs flétrissent et fanent bien vite. Elles sont comme l'amour qu'un couple se porte et que le temps détruit.
Tu te rappelles avoir presque aimé ton mari. Quand vous n'aviez encore qu'un enfant et qu'il était ce que tous deux attendiez. Quand tu n'avais pas à essuyer les larmes de ton petit dernier avant de le mettre au lit. Quand l'odeur de la fumée ne te donnait pas encore la nausée. Quand cette pièce était un débarras pour les jouets des enfants et non un tombeau.
Ton malheur est ancré dans les rires de tes enfants qui te réchauffent le cœur autant qu'ils te l'assèchent, dans les flammes qui consument tout ce qu'il y a de beau, dans l'ombre d'un grand héros qui est pourtant loin d'être un grand homme.
Alors tu emmènes ton fils et ta fille au parc, sans ton petit dernier car lui doit rester avec son père et s'entraîner jusqu'à en vomir. Tu prétends être une bonne mère pour eux et non la lâche que tu es vraiment.
Tu passes tes yeux sur les sourires de tes enfants et tes doigts sur tes bras mutilés.
Ailleurs, quelqu'un doit recevoir tant de fleurs de ta part.
Tu espères ne pas rencontrer ton ombre aux œillets, car si ça arrivait, si tu avais une chance de t'enfuir de cette vie qui est la tienne, si tu pouvais te libérer, tu as peur de ce que tu ferais.
Abandonnerais-tu tes enfants ? Disparaîtrais-tu un soir sans laisser la moindre trace ?
Ou renoncerais-tu à ce qui pourrait te sauver pour eux ? Accepterais-tu une souffrance constante pour leur offrir une chance d'être heureux loin de ce foyer ?
Tu l'ignores et l'ignorance est douloureuse.
Tes ongles rappent sur tes plaies et tes yeux se mettent à piquoter.
Tu ne veux pas savoir qui t'offre tous ces œillets.
De tout manière, les fleurs sont toujours plus belles loin des hommes.
x.x
On dit que tout le monde se blesse intentionnellement. Tout le monde crie dans le silence pour que quelqu'un réagisse. C'est déplorable de se raccrocher à ces fleurs pour un bonheur qui n'en sera peut-être jamais un.
Mais au fond, tu es comme eux ? Toi aussi tu te blesses encore et encore et encore dans l'espoir que ta fleur comprenne que quelque chose ne va pas et qu'elle vienne t'aider. Tu espères un miracle qui ne peut se produire.
La vie ne permet aucun miracle. Juste des hasards que les fous renommeront.
Tu devrais renoncer. Ce que tu fais n'apporte que davantage de souffrance à tes enfants, qui ont déjà bien assez à faire de leur lot quotidien.
Pourtant, tu ne peux empêcher tes doigts de s'accrocher à cette lame qui tranche et coupe et sectionne et prend tant et tant que tu en finis tremblante dans tes draps poisseux.
Et quelque part, quelqu'un pleure alors que de ses bras se déversent tant et tant de jacinthes.
x.x
Il y a les larmes dans l'aube qu'on s'empresse d'effacer. Il y a les rires forcés qu'on prétend authentiques. Il y a les longues journées sans fin. Et dans ce maelstrom d'émotions, une main tendue.
Elle s'appelle Inko. Elle est forte, indépendante et si aimante.
Elle a un fils qui a l'âge de ton petit dernier. Il a récemment intégré la même école que lui. C'est là que tu l'as rencontré.
Elle a vu tes bras, un après-midi de septembre, quand les chaleurs de l'été peinaient à se dissiper. Elle a pris ta main et l'a serré dans la sienne.
Un instant, quand elle t'a fait promettre de l'appeler si jamais tu voulais recommencer, tu as cru que tu allais t'effondrer dans un tas de larmes et de morve.
Un instant, quand tu l'as appelé la première fois, tu as cru que tu pourrais arrêter.
x.x
Quand tombe la nuit, dans le silence que laisse les endormis, tu te laisses aller à discuter.
Inko est toujours là quand tu l'appelles. Elle ne t'a jamais repoussé, même quand tu penses qu'elle aurait dû.
Elle te fait penser à ton père que le cancer a emporté il y a si longtemps. Elle a la voix calme de ceux qui taisent leurs maux, la voix que tu adoptes quand tu parles à tes enfants. Elle a le rire de quelqu'un qui ne se retient pas. Elle a l'espoir de quelqu'un que le meilleur attend peut-être encore.
Elle te fait penser à tes œillets.
x.x
Il y a les larmes qui s'assèchent et ne laissent que l'aridité derrière elles. Il y a l'absence qui tambourine dans un cœur. Il y a les disparus qui ne paraîtront plus. Il y a ton fils qui voulait tant se prouver à son père. Il y a ces sourires qui se sont ratifiés avant de disparaître. Il y a la fumée noire qui occultait le soleil et qui l'a emporté.
Il y a les cauchemars qui ne cesseront pas. Il y a les enfants qui grandissent. Il y a les rires qui te surprennent en échappant à tes lèvres. Il y a la douce aube qui apaise ton cœur.
Il y a les rires de ton petit dernier quand il joue avec le fils d'Inko. Il y a vos après-midis autour d'un thé. Il y a la vie au goût de citronnelle.
Il y a les larmes qui semblent étrangement plus dérisoires.
x.x
Tu avoues tout à Inko.
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Les premières étreintes sont maladroites comme tu tressailles au moindre contact. Tu n'aimes pas être touchée mais tu fais assez confiance à Inko pour l'autoriser, le tolérer.
Ses doigts s'emmêlent dans tes longs cheveux. Ces doigts si fins et si robustes.
Inko boxe trois fois par semaine et elle te propose de te joindre à elle. Elle croit que si tu deviens plus forte, tu gagneras en assurance. Elle croit que si tu apprends à extérioriser par tes poings, tu n'auras plus besoin de tes lames. Elle croit que si tu as une raison d'être absente, tu pourras petit à petit te détacher de ta cage d'or.
Tu veux croire qu'elle a raison.
Tu crains qu'elle ait tort.
Alors tu la serres contre toi et tu fermes les yeux. Alors tu te raccroches aux baisers sur ton crâne et au cœur qui bat contre toi. Alors tu pries de ne pas avoir à dire adieu et de ne pas la perdre.
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La nuit est aussi sombre qu'une lune éclipsée. Les tourments aussi intenses que les vagues d'un océan tumultueux. Les regrets aussi acides que la bile.
Pourtant…
L'aube est aussi rayonnante que l'attente a été longue. L'espoir aussi grand que les douleurs furent prolongées. Le soulagement aussi apaisant que la brise automnale.
Au milieu des eaux troubles de ton inconscient, la nuit cède sa place à l'aube.
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Il y a le rire qui tranche les pleurs. Il y a les cris que le calme vient saisir. Il y a les blessures bénignes qui conduisent aux plus grands changements.
Il y a la chambre d'amis chez Inko qui devient presque la tienne. Il y a son fils qui arrête de t'appeler "madame". Il y a les week-ends passés chez elle.
Il y a le jour où vous avez su.
Il y a la cuisine, le bouillon qui chauffe et les légumes que vous coupez. Il y a la main d'Inko qui glisse et entaille son doigt. Il y a ton propre doigt d'où tombe deux jeunes œillets.
Il y a le silence, les yeux dans les yeux.
La réalisation.
Il y a le fils d'Inko qui appelle sa mère et elle qui doit te laisser. Il y a tout ce que ça implique. Il y a tes peurs. Il y a tes enfants et ton mariage.
Une main vient couvrir ta bouche alors que des larmes s'accrochent aux coins de tes yeux.
Tu ne veux pas. Tu ne peux pas. Tu n'es pas prête. Ce n'est pas censé arriver. Ça ne doit pas arriver.
Tes paupières cèdent et tombent en même temps que deux fines lignes de perles salées.
La vie était si douce dans la dure routine forgée d'ignorance.
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Tu n'as plus revu Inko depuis ce soir-là. Tu es rentrée et tu as prétendu que tout allait bien. C'est la seule chose que tu sais faire.
Tu joues avec tes enfants et ton petit dernier demande quand vous retournerez chez Inko. Tu lui souries, glisse une main dans ses cheveux et lui ment doucement "bientôt". Peut-être jamais.
Tu ne peux pas lui faire face. Inko doit rester une ombre que borde les œillets. Elle doit rester loin de toi et des malheurs qui te suivent.
Tu ne peux pas l'impliquer.
Mais tu sais aussi qu'elle ne te laissera pas le choix.
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Trois semaines plus tard, Inko est à ta porte.
Il ne lui faut qu'une heure pour tout chambouler et pour t'embarquer toi et tes enfants jusqu'à chez elle.
Inko est un ouragan que rien ne peut stopper. Elle est ravageuse et même un héros professionnel ne fait pas le poids contre une mère en colère.
Chez elle, il vous faut deux heures pour mettre les enfants au lit. Les deux petits ensemble et les deux autres dans ta chambre. Inko et toi restez dans le salon.
Elle ne dit rien. Sa main plane un instant au-dessus de la tienne avant de doucement se poser.
Tu gardes le regard baissé. Tu as envie de pleurer.
Elle ne dit rien. Elle serre ta main dans la sienne si chaleureuse. Tu sais qu'elle ne te lâcheras pas.
"On pourrait parler plus tard mais je crois que ce ne sera pas plus facile pour toi."
Sa voix est calme, si douce. Tu acquiesces.
Et tu parles, jusqu'à ce que ta voix se meurt dans les sanglots. Tu racontes ton premier né et ce qu'il aurait pu devenir. Tu narres tes malheurs qui n'ont semble-t-il fait que grandir. Tu contes tes œillets, seules lumières une fois les autres soufflées.
Et Inko écoute, comme elle l'a toujours fait.
Elle te serre dans ses bras quand tu te tais.
"Je suis là. Ça ira maintenant. Je suis là."
Tu la crois. Tu la crois comme tu n'as jamais cru personne.
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Il y a les silences qui en disent plus que de longs discours. Il y a les gestes plus impactants que les plus belles tirades. Il y a la présence constante plus apaisante que l'étreinte d'un amant.
Il y a Inko, dans un appartement trop petit pour les six personnes qui y vivent. Il y a toi qui rêvent de ne jamais avoir à le quitter. Il y a les enfants qui ne comprennent pas encore pourquoi ou comment.
Ça viendra. Tout vient avec le temps.
Il y a les repas de famille. Il y a les histoires du soir. Il y a les jeux de société. Il y a la télévision qui diffuse encore et encore les mêmes dessins animés.
Il y a la douceur d'un foyer. Il y a une chaleur dont tu n'avais jamais réalisé le manque. Il y a la nouvelle routine.
Il y a les souvenirs de ce qui était et l'espoir de ce qui sera.
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Sous les rayons de lune dorment deux corps. Dans la quiétude de la nuit, les tourments semblent avoir cessé. Entre deux rêves, une réalité se dessine.
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Tic et tac, l'horloge tourne.
Tic et tac, elle ne s'arrêtera pas.
Tic et tac, les œillets et les jacinthes dansent dans un bouquet.
Tic et tac, les plaies lentement se referment.
Tic et tac, les cicatrices s'amenuisent.
Tic et tac, l'horloge tourne.
Tic et tac, faites qu'elle ne s'arrête pas.
