Bonjour, bonsoir ! Voici le cinquième OS de cette série, qui est construit comme une suite du précédent OS. Pas la peine de l'avoir lu, sachez juste qu'il s'agit donc d'un UA ame soeur dans lequel, à chaque fois que votre âme soeur se blesse, vous recevez des fleurs. Voilà pour la petite explication. Le thème de cet OS était donc Amour à sens unique et c'est un Enji x Keigo aussi connu comme le Enjichel
J'espère que ça vous plaira et bonne lecture o/
Quand tombent les coquelicots, fleurissent les pincements de cœur, bourgeons incontrôlables qui toujours viennent parasiter les pensées.
Parfois, les soirs où la pollution lumineuse rend le ciel invisible, Keigo inspire et, une plume à la main, trace sur ses bras les marques de son amour.
Il ne devrait pas, mais ne peut s'en empêcher.
Son amour brûle dans sa poitrine et tout l'empêche de l'exprimer. Il ne peut l'avouer, le crier ou le murmurer. Alors il fait autrement.
Il donne fleur après fleur et pétales après pétales.
C'est tout ce qu'il a.
C'est tout ce qu'il a le droit d'avoir.
XxX
Il y a les douces souffrances qu'on est prêt à endurer. Il y a les douleurs qu'on s'inflige par peur d'être oubliées. Il y a les peines qu'on provoque pour se sentir vivant.
Il y a les soirs à boire ensemble après le travail. Il y a les nuits dans la grande maison vide d'Enji. Il y a les fleurs fanées qui maculent le sol. Il y a les photos de famille poussiéreuse.
Il y a les baisers volés.
Il y a les lèvres qui se frôlent et les souffles aux relents d'alcool. Il y a les langues qui dansent ensemble. Il y a les dents qui viennent se toucher.
Il y a la nuit qui suit. Il y a les corps se mouvant l'un contre l'autre. Il y a la chaleur et la moiteur. Il y a les gémissements et les cris. Il y a le plaisir et l'oublie.
Il y a plus encore. Il y a tout ce qui finit par submerger. Il y a le trop dans lequel on plonge corps et âme.
Il y a l'erreur consciente.
… Et puis merde.
XxX
"Ce qui s'est passé hier, c'était une erreur. Je suis désolé.
-... Pas grave. On était bourré de toute façon.
-Oui. Tu as raison. N'en parlons plus.
-... Ouais. C'est pas comme si ça allait se reproduire, haha."
XxX
Il y a les mots qui blessent dans leur honnêteté. Il y a ceux qui soignent dans leur hypocrisie. Il y a ceux qui sonnent creux. Il y a ceux qui portent le poids d'années de non-dits. Il y a ceux qu'on murmure par peur qu'ils tombent dans la mauvaise oreille. Il y a ceux qu'on efface par crainte.
Il y a ceux que Keigo soupire dans les nuits solitaires.
Il ne peut s'approcher de son homme aux coquelicots. Il ne peut dire ce qu'il sait, avouer leur destiné. Il le souhaiterait car en le faisant, il pourrait gagner le droit de le revendiquer. Il pourrait gagner le droit de prendre sa main quand il lui en prend l'envie. Il pourrait gagner le droit de demander plus.
… Mais il pourrait aussi perdre le peu qu'il a déjà obtenu. Il sait comment le mariage de son homme s'est terminé. Il sait que sa femme a prit son envol, leurs enfants sous ses ailes et un amour au bout des doigts. Il sait qu'il ne s'autorisera pas une nouvelle relation tant qu'il n'aura pas arrangé les choses.
Alors Keigo murmure et espère vainement.
Parce qu'après tout, il a toujours été ce genre de personne, hm ? Toujours à mendier pour un peu d'affection.
XxX
Les baisers s'accumulent encore et encore. Les soupirs succèdent aux gémissements qui laissent place aux grognements. Les corps bougent et s'emboîtent. Les visages ne s'éloignent pas.
C'est une erreur.
Enji ne fait que laisser l'alcool lui servir d'excuse pour ses actions. Il ne veut pas de ça, pas vraiment. Keigo le sait. Il le sait et se laisse aller dans ses draps en savourant chaque instant.
Il pourrait s'inquiéter et craindre que cette nuit soit la dernière, mais Enji finit toujours par revenir à lui. Encore et encore. Comme un alcoolique fini toujours par retourner à la bouteille.
Ils ne devraient pas. Mais ils sont deux adultes consentants et célibataires et le reste s'efface derrière ce savoir.
Ils ne font de mal à personne après tout.
XxX
"Ne le prend pas trop au sérieux. Tout ça, c'est juste physique. Je ne vais pas te demander d'être exclusif.
-... Ouais c'est plus simple comme ça. En plus, mon âme sœur aimerait pas ça.
-Ton âme sœur… Si ça la dérange, dis le moi et on arrêtera.
-Oui, chef !
-Arrête un peu de faire l'idiot.
-Hahaha."
XxX
C'est un cœur que Keigo trace au couteau sur sa peau. Un petit cœur aux bords droits que la lame ne permet pas de rendre courbe. Un cœur aussi vide que le sien est plein. Un cœur de sang pour son homme.
Parce que les fleurs sont celles d'un amour qui ne pourra fleurir. Parce que les fleurs sont tout ce que Keigo peut donner sans franchir de ligne. Parce que son homme ne se débarrasse pas des fleurs et que, quelque part, c'est presque une preuve d'amour, non ?
Mais les fleurs sont anonymes, livrés sans carte.
Alors Keigo enfonce le couteau plus profondément et serre les dents.
Et si des larmes viennent à couler, personne n'en sera témoin.
XxX
Il y a les vrais mensonges. Il y a les fausses vérités. Il y a ce qu'on ne sait qualifier. Il y a la grande pièce de théâtre qu'on performe tous. Il y a le costume sur mesure que nous enfilons avant chaque représentation. Il y a les sourires de façades et les larmes derrière les masques.
Il y a Keigo au cœur trop petit pour tout l'amour qui l'habite. Il y a Keigo au sourire permanent. Il y a Keigo plus fort à chaque jour que le monde fait. Il y a Keigo droit dans ses bottes. Il y a Keigo qui jamais ne désobéit à un ordre. Il y a Keigo sans attache.
Il y a Enji qui n'a jamais appris à aimer, seulement à prendre. Il y a Enji qui ne sourit que rarement. Il y a Enji qui endosse le rôle de numéro un. Il y a Enji qui fait respecter la justice. Il y a Enji qui souhaite plus que tout renouer avec les siens.
Entre eux dansent les nuits sombres et s'épanouissent les coquelicots et les agates pourpres.
Entre eux meurt l'avenir radieux.
Parce que les coquelicots et les agates sont voués à n'être jamais autre chose que la marque d'une blessure. La marque de quelque chose qui s'effrite lentement et qui un jour cessera d'exister. La marque que les efforts sont vains tant qu'ils ne sont pas accompagnés de véritables intentions.
XxX
Les croyants pensent Dieu miséricordieux, bienveillant dans sa grandeur et sage dans son éternité. Keigo le pense cruel, las des jours qui répètent sans aboutir à quoi que ce soit et ennuyé des hommes.
Autrement, pourquoi aurait-il donné la moitié de son âme à quelqu'un qui ne le regardera jamais comme autre chose qu'un gosse ? Pourquoi aurait-il donné ces coquelicots, si profonds et si tendres, pour quelqu'un qui ne lui retournera même pas une fraction de son affection ? Pourquoi aurait-il permis à Keigo de savoir que tous ses espoirs ne sont que des idées puériles ?
Sûrement que ça le distrait de voir Keigo s'entailler les bras chaque soir qu'il a pour lui. Sûrement qu'il trouve ça drôle, de le voir se débattre pour un peu de tendresse. Sûrement qu'il rit quand les larmes l'étouffent.
Quel connard.
XxX
"Wouha, c'est dingue le nombre de fleurs que t'as ! C'est quoi ?
-Des agates.
-C'est la première fois que j'en voit autant. Ils viennent de ton ex-femme ?
-Non.
-Ah bon ? D'un amant secret alors ? Dis, t'en a combien des comme moi ?
-Un seul et c'est déjà assez dur comme ça.
-Oh, arrête ! Je pourrais croire que c'est vrai, haha. "
XxX
Keigo est faible quand la pluie le cloue au sol. Debout sur le toit d'une usine déserte, il prend le temps de respirer. Les gouttes d'eau trempent sa tenue et alourdissent ses plumes. Il ne peut plus voler.
Ses pieds sont ancrés dans le sol, ses mains prisonnières de ses poches, ses yeux dissimulé par ses lunettes.
Il pense et rage de ne pouvoir faire autrement.
Il revoit les derniers mois qui ont filé plus vite qu'il n'aurait pu l'imaginer. Il revoit ses actions et revit ses paroles.
Il se mord les lèvres.
Il devrait vraiment arrêter de parler. Il dit que de la merde de toute façon. Il laisse chacune de ses chances filer entre ses doigts et écrase celles qu'il serait parvenu à conserver.
Chaque jour l'éloigne un peu plus d'Enji.
Bientôt, il faudra mettre un terme à leur relation. Bientôt, Keigo devra partir pour une mission plus dangereuse que toutes les autres. Bientôt, Keigo perdra le peu qu'il avait réussi à prendre.
Et peut-être ne pourra-t-il plus jamais voler après ça.
XxX
Il y a la joie des uns et le malheur des autres. Il y a les bonheurs amères et le pitoyable grandiose. Il y a les rires sous la lune et les larmes dans l'aube. Il y a les faux semblants et toutes les peines qu'ils accompagnent. Il y a l'eau échappée du verre et le sang qui coule en douce rivière.
Il y a la douleur plus pure que la vérité. Il y a les lames plus honnêtes que les lèvres. Il y a le sang carmin plus profond que la nuit.
Il y a Keigo qui sait qu'il ne reste plus rien à sauver. Il y a Keigo qui se sait idiot d'avoir espérer. Il y a Keigo qui sèche ses larmes. Il y a Keigo qui laisse ses plumes tracer sa peine.
Il y a l'amour qui flambe désespérément. Il y a l'amour qui brûle tout ce qui le touche. Il y a l'amour trop ardent. Il y a l'amour qui aurait dû mourir. Il y a l'amour à tort.
Il y a Keigo qui prie de ne jamais avoir aimer. Il y a Keigo qui regrette si profondément ce que son corps est devenu. Il y a Keigo qui souhaite que tout cela n'ait été qu'un très long mauvais rêve.
Il y a Keigo qui lâche sa lame et sent ses doigts soudain trop vides.
Mais qu'est-ce qu'Enji a fait de lui…
XxX
"On devrait en rester là.
-Si c'est ce que tu veux, d'accord.
-Merci.
-C'est à cause de ton âme sœur ?
-... Oui. Tout est de sa faute."
XxX
Keigo pleure en sachant que tout est fini, même si ce n'est qu'à ses yeux. Les coquelicots sont toujours là, puisqu'ils ne peuvent disparaître. Ils sont une présence douloureuse qui demeure. Ils sont la marque d'un idéal inatteignable. Ils sont quand Keigo veut les voir s'effacer.
Alors Keigo les laisse tomber au sol et trace sa route. Il ne veut plus qu'elle soit pavée de ces pétales pourpres.
Il ne veut plus jamais avoir à s'accrocher à eux comme si cela pouvait changer la moindre chose.
Il ne veut plus jamais avoir à pleurer jusqu'à l'épuisement pour trouver le sommeil.
Il ne veut plus jamais avoir à espérer quelque chose qui ne viendra pas.
Plus que tout, il ne veut plus jamais avoir à mendier pour un peu d'affection.
Et les âmes sœurs peuvent bien aller se faire foutre.
