Je suis figée par la surprise, rien ne va ! Ce n'est pas logique ! Rien de tout ça n'est censé se passer, ce sont tous des personnages fictifs !

-Et bien ? Tu ne te relèves pas ?

Il approche sa main et je la repousse d'un geste sec avant de me remettre sur pieds par mes propres moyens.

-Je n'ai pas l'intention de rester ici. Alors soyez gentils et laissez-moi partir.

L'homme en costume pousse un soupir et se redresse pour me parler convenablement.

-Tu ne comprends pas, si tu ne restes pas avec nous, il arrivera des choses bien pires, à toi comme à ton entourage. Ruvik s'est lui-même déplacé pour te kidnapper, ça veut dire que tu es presque à maturité.

- Attendez je ne saisis pas tout. Premièrement, comment ça se fait que vous soyez réels ? Et deuxièmement, pourquoi une personne comme Ruvik aurait besoin de moi ?

L'homme tire une chaise et m'assoit de force avant de reprendre la parole.

-Concernant ta première question, nous sommes venus à la vie un peu comme par magie si je puis dire. Nous n'étions pas sur terre contrairement à d'autres espèces comme les vampires, les loups garous, les elfes, les centaures et autres.

-Ils ne sont pas censés être des créatures fantastiques ?!

-Et bien non. Ils ont toujours été là, mais loin des humains. Les créatures fantastiques et les humains ont toujours plus ou moins cohabité ensemble. Ceci dit, certaines espèces sont moins amicales que d'autres, et il n'était pas rare que nos semblables aillent chasser des humains pour se nourrir. C'est pour cela que vos films et récits d'horreur, portant sur des monstres et autres démons les décrivent avec autant de précision, c'est pour vous mettre en garde. Nous insufflons une part de vérité à des artistes pour que vous puissiez mieux nous comprendre.

-D'accord mais comment vous êtes ''venus à la vie'' alors ?

-De puissants elfes et vampires ont créés un portail, permettant à qui le veut d'entrer dans votre monde pour le découvrir, tout en empêchant les entités malveillantes de semer le chaos dans notre société et la vôtre.

-Mais ça n'a pas marché vu les horreurs que j'ai vu.

-E-en effet, des personnes comme Ruvik sont parvenus à échapper à notre surveillance et notre contrôle. Nous supposons qu'ils veulent donner à leurs semblables une place plus importante dans nos sociétés, et ce par n'importe quels moyens. Et le problème majeur est que Ruvik est extrêmement intelligent, il possède énormément de connaissances sur nos espèces et sait parfaitement allier la magie et la science, en plus d'être un excellent stratège et manipulateur. Nous tentons de le capturer pour le ramener dans sa dimension et l'y sceller depuis des années, sans succès.

-Et moi dans tout ça ? Pourquoi je suis impliquée dans un tel merdier ? Je n'ai rien de spécial, je suis une simple humaine.

-Il semblerait que l'intérêt que tu portes à notre culture ai développé des capacités surnaturelles, de la magie si on veut faire plus court. Et tu t'es tellement investie dans tes recherches que sans le vouloir, tes capacités et tes aptitudes se sont vues offrir une puissance gigantesque pour un être humain. Et comme tu ne t'es jamais rendue compte de cela jusqu'à maintenant, tu étais un outil idéal et facile à manipuler, tu aurais fait une machine de guerre parfaite pour Ruvik, tu peux te fondre parmi tes semblables et tu pourrais engendrer des massacres de masse sans la moindre difficulté tant que tu restes sous son contrôle. Ce qui n'est plus possible maintenant.

-Comment ça ?

-Tu as conscience de tes capacités, du moins une partie, tu ne peux plus être une marionnette parce que instinctivement, tu voudras retenir des coups pour ne pas blesser des civils innocents car ta moralité et ton humanité te pousserons à faire l'impossible pour ne mettre personne en danger.

-...et si je décide quand même de partir ?

Son « visage » prend un air beaucoup plus grave et les autres personnes présentes dans la salle font apparaître une arme dans leur main avant qu'il reprenne la parole, cette fois avec un ton froid et sérieux.

-Alors nous te tuerons et feront en sorte qu'aucune trace de ton existence ne sois retrouvée par quelconque moyen. Nous ne voulons en aucun cas compromettre l'existence de nos peuples à cause d'un choix purement égoïste. C'est à toi de faire ce choix, soit tu parts et nous te supprimons. Tu peux rester avec nous et nous feront de toi une personne puissante, pouvant protéger les vies de millions de personnes. Et bien sûr, si l'idée de fuir te venait en tête, sache que tu n'auras pas le temps de sortir de cette pièce. Alors, quel est ton choix ?

L'ambiance est plus tendue que jamais, j'ai l'impression qu'ils sont tous prêts à me sauter dessus au moindre geste suspect de ma part.

Je suis dos au mur, dans un sens j'ai envie de partir, de me dire que tout cela n'a jamais existé, mais si ce qu'il dit est vrai, cela veut dire que des personnes seront en danger par ma faute !

Je n'ai plus le choix, si je veux sauver ma peau et celle des autres, je suis obligée d'être de leur côté.

Je prends une grande inspiration, puis me lève en prenant une position solennelle, comme pour prêter serment malgré ma voix tremblante.

-M-moi, Léa Alvarez, vous jure de rester sous votre direction, afin d'œuvrer pour le bien de l'humanité toute entière. Je me dévouerais et obéirais aux moindres de vos ordres et vous jure ma fidélité-

Laughing Jack et Jeff explosent de rire jusqu'à verser des larmes pendant que le reste baisse leur arme et poussent un soupir de soulagement.

-Q-Quoi ?! Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?

-Rien. C'est juste hilarant de te voir nous jurer fidélité alors que tu es morte de trouille. Et puis c'est marrant de constater que ton comportement change radicalement sous une menace bien faite. Dit Jeff en essuyant ses larmes.

-J'ai eu peur ok ?! Y a rien de mal à ça, et arrête de te marrer ou je t'en colle une !

-Oh comme j'ai peur !

Je vais vers lui et lui offre une gifle atrocement douloureuse qui lui laisse une magnifique trace de mains bien rouge sur la joue.

-Aïe ! Non mais t'as pas bientôt fini de nous frapper ?! On est tes supérieurs !

-J'arrêterais quand vous vous serez décidés à me montrer un peu plus de respect !

-On le sera quand tu nous supplieras de te protéger. Dit Fell Papyrus.

-Tu veux que je finisse de broyer ce qu'il y a entre tes jambes ? T'en as pas eu assez tout à l'heure ? À moins que tu sois maso ?

Il s'apprête à me frapper mais l'homme en costard s'interpose et nous éloigne.

-Jeunes gens, calmez-vous je vous prie. Mademoiselle Alvarez, je vais vous demander de venir avec moi dans mon bureau, nous devons discuter de certaines petites choses avant d'officialiser votre acceptation dans mon académie.

-B-bien monsieur.

-Et appelez-moi Slender, ce sera plus simple.

-Bien, Slender.

-Parfait, je vous laisse faire connaissance avec le reste de l'équipe avant d'y aller.

Les présentations se font plutôt vite. Je résume, nous avons Jeff qui est prof d'assassinat, Laughing Jack, l'équivalent de nos profs de sport mais version combat, Eyeless Jack en tant que prof de biologie, Ben Drowned qui s'occupe de tout ce qui est théories, Sally qui est une prof sans thème imposé et les duos Sans et Papyrus d'Undertale, Underswap et Underfell.

Je pense qu'on peut dire que tout va bien si on oublie le fait qu'ils m'ont enlevé et que j'ai des capacités surhumaines. Mais bon, je fais abstraction de tout ça et suis Slender jusque dans son bureau avant de m'installer face à lui sur une chaise tout à fait classique.

-Bien, je constate que tu as à peu près saisi la gravité de la situation. C'est un bon début, mais il reste deux détails majeurs à régler avant que tu ne puisses commencer ta nouvelle vie.

-Qui sont ?

-Tu va devoir choisir ce que tu veux faire pour tes proches.

-Comment ça ?

-Premièrement, il faut que tu sache que nous t'avons fait passé pour disparue depuis que l'on t'a ramené ici, nous avons manipulé quelques civils pour que ce soit plus crédible et tu es recherchée par les autorités. Mais il faut que tu choisisses entre laisser tes proches dans ce mensonge ou leur dire la vérité, en étant consciente qu'ils puissent te rejeter.

-Si je les laisse croire que j'ai disparue...qu'es ce que vous allez faire ?

-Nous allons créer une réplique de ton corps mais à l'état de cadavre pour ne pas laisser ta famille et tes amis dans le doute trop longtemps, ce serai cruel de notre part de faire ça.

-Donc...je serai morte pour eux ?

-C'est ça, mais tu peux toujours essayer de parler à certains membres de ta famille pour leur expliquer la situation.

-Vous croyez sérieusement qu'ils me croiraient ?

-Non, mais tu peux leur épargner ta ''mort'' en leur parlant.

-...je vois. Et pour le deuxième détail ?

-Nous devons te faire passer quelques tests psychologiques et des examens médicaux à la Fondation dès que tu auras fini de couper les ponts avec tes semblables.

-La Fondation ?

-La fondation SCP, tu dois la connaître non ?

-Bien sûr, c'est la base pour ceux qui s'intéressent au paranormal.

-Parfait, je te laisse une heure pour réfléchir à ce que tu veux dire et à qui. Tu peux disposer.

-Merci monsieur.

Je me lève et vais pour ouvrir la porte quand je sens sa main se poser sur mon épaule. Je me tourne vers lui et son expression regorge d'empathie.

-Je sais que c'est un choix difficile pour toi, mais il faut mettre tes proches en sécurité. C'est la solution la plus humaine que l'on ait pu trouver.

-On ?

-Oui, toute l'équipe enseignante et le groupe des squelettes.

-Je vois. Ne vous en faites pas pour moi, je vais essayer de trouver les bons mots.

Il retire sa main et quand je sors, je tombe nez à nez avec Blueberry Sans.

-Alors ? Qu'es ce que tu vas faire ?

-Réfléchir à mes dernières paroles. Seule si tu me le permets.

-Pas de soucis. La visite attendra.

-Tu as tout compris.

Je lui tapote la tête en guise de salut et me mets à la recherche d'un coin tranquille et isolé dans cet immense bâtiment, et après une dizaine de minutes, je trouve une sorte de petit jardin secret, caché derrière d'énormes buissons à gauche du bâtiment. Je m'allonge dans l'herbe fraîche et regarde le ciel bleu clair parsemé de quelques nuages blancs qui passent, portés par le vent.

Rien ne vient à l'esprit, je ne sais pas comment leur expliquer la situation ni même ce que je vais bien pouvoir leur dire. Je ne sais même pas si je dois leur dire au revoir ou adieu.

Je ferme les yeux et imagine des dizaines de scénarios possibles, mais le résultat est le même, je n'arrive pas à trouver les bons mots.

Je soupire et me mets à somnoler, en essayant de réfléchir à la situation, quand, au bout de plusieurs dizaines de minutes, la voix de Slender perce ma bulle de solitude et de silence. J'ouvre les yeux et il est devant moi en train de me tendre la main.

-C'est l'heure d'y aller, tu as choisi qui tu veux voir ?

-Oui.

Je prends sa main et me relève avant d'aller dans son bureau ou nous attend Ben.

-Bon, tu veux que je réunisse qui ?

-Ma mère et mes meilleur·e·s ami·e·s, Johanna, Camille, Nathan et Océane.

-C'est tout ?

-Oui, j'aimerais juste qu'on soit dans un endroit accueillant, qu'elles ne se sentent pas en danger.

-Soit, on se revoit dans quelques minutes !

Il disparaît en un instant et quelques minutes plus tard, Slender me prend par le bras avant de se téléporter dans une jolie clairière baignée de lumière, ou m'attendent mes ami·e·s et ma mère pas trop rassuré·e·s par la présence de Ben.

Dès qu'elles me voient, elles foncent sur moi et ma mère me serre dans ses bras la première avant d'être rejoins par les autres.

-Bon sang mais où étais-tu passée ?! Le lycée m'a appelé en me disant que tu avais disparue ! Je me suis fait un sang d'encre !

Ma mère pleure et les filles en rajoutent une couche.

-Et puis c'est qui eux ? Et pourquoi on est ici ?

Je m'écarte et contemple leur visage remplis de larmes, de joie et d'inquiétude. Ça me fend vraiment le cœur de les voir dans cet état. Je sais pertinemment que ça n'ira pas en s'arrangeant.

-Les filles, maman, je dois vous dire quelque chose.

-Que tu rentres à la maison ?

-Non. Je ne peux pas rentrer à la maison.

-Comment ça ?! Et puis qui sont ses gens ?!

-C'est grâce à eux que je suis en vie maman. Et si je reste avec vous, je vous mettrai en danger.

Ma mère s'apprêtait à parler quand Slender s'est mis derrière elles pour dresser un mur de tentacules.

-Qu'es ce qui se passe ?!

-On est repéré ! Crie Ben

En effet, un petit groupe de créatures vaguement humaines aux griffes acérées foncent sur nous.

-Essaie de te défendre, parce que je ne peux pas tous les gérer et Slender non plus !

-Heu ok !

Je fais de mon mieux pour les éviter mais ces bestioles sont vraiment rapides, elles ne me laissent aucun répit. Je tente de reproduire ce que j'ai fait à l'Académie mais ça ne marche pas très bien, c'est très brouillon, mais malgré tout, j'arrive à en venir à bout avec Ben et Slender.

Je tombe de fatigue. Slender relâche mes proches, sous le choc et effrayées.

- Léa, je crains que nous n'ayons plus beaucoup de temps, d'autres monstres pourraient venir d'une minute à l'autre. Tu dois faire vite, dit Slender.

- Je suis vraiment désolée. Même pour faire mes adieux je ne suis pas capable de trouver les mots justes. Bah du coup je vais y aller comme ça vient : j'aurais rien fais de ma vie sans vous. Je vous dois beaucoup, et franchement, je me dis que sortir de vos vies est sans doute la meilleure chose à faire, je vous épargne la peine de vous occuper en permanence de moi. Je suis vraiment reconnaissante que vous ayez gâché du temps pour moi, c'est égoïste mais ça m'a rendue vraiment heureuse de vous connaître.

Un blanc s'installe et elles viennent tour à tour me gifler.

- Comment tu peux penser de cette manière ?! Tu as de la chance que le blondinet nous ait montré ce qu'il s'était passé au lycée ! Pourquoi tu fais un discours solennel comme si tu signais ton testament ?!

- Et nous alors?! Tu crois réellement qu'on pense avoir perdu notre temps avec toi ? Si c'était le cas, on ne se serait même pas préoccuper de ton sort quand ces fous t'ont enlevés.

Elles essuient leurs larmes et arborent un large sourire.

-File ! Protèges-toi et protège-nous !

Elles me poussent avant de se faire embarquer par Ben et moi par Slender, malgré mes réticences et mes cris. Je réalise à peine qu'en moins d'une journée, j'ai perdu les personnes les plus chères à mes yeux sans que je ne puisse y faire quoi que ce soit.

Une fois devant l'Académie, Slender me confie aux Sans et Papyrus.

-Je sais que c'est dur, mais tu dois comprendre que c'est une étape nécessaire à ta nouvelle vie. Si ça peut te rassurer, sache qu'elles sont en sécurité, il ne pourra rien leur arriver.

Il me pousse délicatement vers les squelettes qui me font visiter les bâtiments, mais je suis incapable de suivre leur paroles et leur instructions, les visages et les voix de ma mère et de mes amies tournent en boucle dans ma tête, je ne peux pas m'empêcher de penser à elles, à tel point que je suis incapable d'avaler quoi que ce soit au moment du repas.

Je finis par quitter mon groupe pour me réfugier dans mon petit coin pour y pleurer pitoyablement.

Je hurle et tombe à genoux en repensant à chaque moment passé avec elles et en réalisant que je ne les reverrais plus jamais à cause de Ruvik.

Une main caresse doucement mon dos et une voix amicale se glisse parmi mes sanglots.

-Hey, on se doute que tu souffres mais, si jamais tu as besoin de réconfort, tu pourras toujours te tourner vers nous. On est là pour toi désormais, ne l'oublie pas, on est une famille.

Je relève la tête et vois Blueberry Sans, à genoux à mes côtés, essayant de me calmer comme il peut avec des caresses et des câlins, et je dois avouer que malgré ma peine immense, sa bienveillance et sa compassion me touchent énormément.

-Aller, tu devrais aller dormir. Tu vas à la Fondation demain matin, ça risque d'être éprouvant.

-O-ouais, merci du réconfort.

-Surtout n'hésite pas si tu as besoin de parler ou de quoi que ce soit, je serais toujours disponible.

-Je suppose que ce n'est pas le cas de tout le monde ?

Je dis ça en riant bêtement et il me rend mon sourire.

-C'est vrai, mais on verra ça une autre fois d'accord ?

-D'accord, ça marche.

Il me raccompagne et je découvre ma chambre. Elle est grande, munie d'une pièce principale où trône un grand lit et un immense bureau. Elle possède une salle d'eau avec douche, lavabo et toilettes ainsi que d'un petit dressing rempli d'anciens vêtements à moi et de quelques autres que je ne connais pas.

La pièce principale est décorée avec presque tous les éléments de mon ancienne chambre.

-On n'a pas pu tout mettre, mais on a fait le maximum pour pouvoir tout conserver quelque part.

-C'est déjà énorme, je ne sais pas comment vous remercier.

-En mangeant un peu et en te reposant.

Il me tend des sandwichs et referme la porte, me laissant seule avec mes souvenirs et mon repas.

Cette nuit-là, j'ai eu du mal à trouver le sommeil après des adieux aussi déchirants.