On arrive enfin dans notre refuge, je m'apprête à m'affaler dans mon lit quand Mudy me rattrape par le col.
-Hep là ! Tu as un rapport à taper avant de pouvoir te reposer ma petite.
-Quoi ? Je suis obligée de le faire maintenant ?
-Oui, sinon tu ne vas jamais réussir à t'y mettre. Alors prend ton courage à deux mains et prend au moins une vingtaines de minutes pour rédiger ton rapport.
Elle me plante devant un ordinateur avec un logiciel de traitement de texte ouvert et m'explique en gros comment je dois faire, et il se trouve que j'ai juste à écrire ce que j'ai vu et quels esprits majeurs j'ai rencontré tout en faisant la description exacte des potentielles anomalies que j'aurais pu croiser. Je tape mon texte et effectivement, ce truc prend une demi-heure tout au plus quand on s'y met correctement. Une fois le rapport terminé, je m'étire et me rappelle que je dois encore aller courir avant de pouvoir me reposer. Je sors et le soleil tape fort malgré le fait qu'on soit en milieu de matinée, heureusement pour moi, la forêt est assez épaisse pour que l'on puisse rester au frais.
En courant, je me prends plusieurs petites décharges à cause de mon GPS, si bien que j'apprends vite à établir un périmètre de course pour éviter les fausses alertes. Il y a peu d'esprits errants dans le coin, ça ne m'étonne pas vu que toute la zone environnante du sanatorium est interdite au public et est solidement fermée grâce à de grands murs. Je continue ma course et un craquement de branche attire mon attention, j'aperçois vaguement un tissu souple couleur sable qui flotte derrière un arbre. Je m'avance prudemment et au fur et à mesure que la distance s'amoindrit , le tissu disparaît derrière le tronc. Je scrute les alentours et ne vois aucune trace de pas, personne dans les arbres et aucun indice sur ce qu'il pouvait possiblement y avoir à part une tâche noire sur l'écorce de l'arbre. Sa texture est extrêmement liquide, elle tâche rapidement mes doigts, comme le ferait de l'encre. Il se met à faire sensiblement plus chaud pendant un bref instant lorsqu'un autre craquement me tire de mes pensées et cette fois, il y a bien quelque chose dans la direction du bruit. Je m'approche et découvre une masse noire informe qui se déplace lentement avant de se figer et de laisser apparaître deux ronds blancs puis de tourner sur elle-même. Son regard se pose sur moi et se fige avant de laisser apparaître deux pupilles et deux rangées de dents pour ensuite avancer dans ma direction. Je recule lentement, pensant qu'elle n'irait pas plus vite qu'un humain qui marche mais elle se déplace presque instantanément juste devant moi pour se tordre dans tous les sens et prendre une taille assez imposante. Plusieurs têtes se forment tout comme d'innombrables bouches béantes aux dents acérées prêtes à me dévorer. Je tente de balayer cette horreur avec des pics mais elle ne semble pas ressentir la moindre douleur. Je prends mes jambes à mon cou jusqu'au campement et hurle à pleins poumons.
-À l'aide ! Venez m'aider !
Je me retourne et la créature semble heurter un mur d'énergie à quelques mètres de moi pendant qu'Aria et les autres se précipitent pour venir voir le danger.
-C'est quoi ce truc ?! Il vient d'où ? S'exclame Krom en créant des flammes dans la paume de ses mains
-J'en sais rien, il était dans la forêt et dès qu'il m'a vu, il s'est transformé en cette chose. J'ai essayé de le repousser mais on dirait que rien ne l'affecte.
-Et t'as essayé quoi ?
-Ma masse noire, mais rien n'y fait.
Tout le monde essaie de le pulvériser avec des os, des blaster sans succès, avant que Krom ne l'encercle avec ses flammes, ce qui a l'air de bien embêter le monstre qui bout littéralement. Aria attise les flamme grâce aux battements de ses ailes puis laisse Mudy le geler sur place avant qu'Al ne le pulvérise d'un coup de poing magistral. Blue me fait rentrer et me tend une bouteille d'eau.
-Merci, je crois que je n'étais pas prête à une telle abomination.
-C'est normal, mais on va avoir un problème.
-C'est à dire ?
-Si ce à quoi je pense est vrai, notre seule option sera de fuir quand on recroisera ce monstre sans Mudy
-Pourquoi ?
-Il semblerait que cette créature ne soit sensible qu'aux magies élémentaires, surtout celle de glace. Et aucun de nous n'avons de telles aptitudes.
-Et bien on n'a qu'à apprendre à les maîtriser.
-Malheureusement c'est impossible, les magies élémentaires sont propres à certaines espèces, et on ne fait pas partie de ces chanceux.
-Donc on a aucune chance face à ça ?
-Exactement, la fuite est notre seule solution.
Bill rentre et vérifie mon état avant de me relever.
-La voie est libre, je ne pense pas qu'il puisse se remettre d'un tel choc.
-Je l'espère, ce truc me fais froid dans le dos.
-Tu n'es pas la seule à penser ça, crois-moi.
On sort et effectivement, à part des petits bouts pris dans la glace, il ne reste rien du monstre. Je m'approche prudemment mais Al m'empêche d'être à moins de deux mètre de la créature.
-Il y en avait d'autre ?
-Non, du moins pas que je sache.
-Et il n'y avait rien qui pourrait nous donner un indice sur ce qu'il l'a ammené dans les parages ?
-Maintenant que j'y pense, il me semble avoir vaguement ressenti un bref changement de température pendant quelques secondes avant de l'avoir vu.
Al et Aria se tendent et se jettent un regard assez inquiet.
-Quoi ? Ça veut dire quoi ce regard ?
-Montres-nous où est-ce que tu l'as découvert. Me demande Aria assez sèchement
-O-ok...
Je contourne le monstre et essaie de refaire le chemin que j'ai pris, et après plusieurs minutes, je reconnais l'espace dans lequel je l'ai aperçu et on commence à investiguer avec Sans, Aria, All et Bill pendant un petit moment. Je ne trouve rien à part des traces de griffures sur plusieurs troncs d'arbres et je suis sûre qu'elles viennent de moi. La terre est retournée un peu partout et je vais vers Bill pour voir si il a pu découvrir plus de choses que moi, mais quand je pose ma main sur son épaule, je sens qu'il est tendu, et qu'il tremble un peu.
-Bill ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu as trouvé quelque chose ?
-On l'a invoqué...
-Quoi ?
-Quelqu'un a invoqué ce monstre ! Et cette personne en a forcément après nous !
Tout le monde accoure et Sans se fige avant de s'accroupir et d'attraper quelque chose que je n'arrive pas à distinguer.
-Je pense que là on a un gros problème...
Personne n'a le temps de lui poser une question car la terre se met à trembler et un grognement distordu résonne dans les bois. Je me retourne la première et découvre avec horreur que le monstre est de retour, et qu'il fonce droit sur nous. Par réflexe, j'éjecte tout le monde au loin avant de me propulser dans les airs et étonnement, cette chose ne semble pas se soucier de mes alliés puisqu'elle prend instantanément la route que j'ai empruntée.
Je décide de fuir à toute vitesse dans les bois et aperçois le sanatorium au loin, je jette un bref coup d'œil derrière mon épaule et ce truc me suis de très près. Je fonce vers le bâtiment et en fais le tour avant de rentrer par l'une des fenêtres et de me cacher derrière un mur. Je l'entends ralentir et revenir sur ses pas pendant un court instant avant de ne plus faire de bruit du tout. Je prends les escaliers le plus discrètement possible et trace ma route jusqu'au toit pour observer les alentours, j'aperçois la créature reprendre sa forme initiale et disparaître dans une nuée d'insectes qui me fait comprendre l'extrême gravité de la situation.
-Merde, mes craintes se confirment.
Je me retourne et constate que Sans est dans mon dos en train de se mordre les doigts.
-Toi aussi tu penses que c'est...
-Ruvik, sans l'ombre d'un doute. Mais un truc me chiffonne, il sait où est-ce qu'on se trouve, pourquoi il ne vient pas en personne ?
-Pour tester notre résistance ?
-C'est bien possible, il faut prévenir les autres.
Je lui attrape la main et la serre.
-Non surtout pas !
-Pourquoi ?! Dieu sait ce qu'il pourrait se passer si on le laisse faire !
-Je sais, mais peut-être que si on le laisse faire, on pourrait apprendre plus de choses.
-Comme ?
-Ses motivations, ses plans...on pourrait même découvrir de potentiels alliés.
-On connaît déjà ses motivations et les grandes lignes de ses plans. Il faut interrompre notre mission.
-Sans attend, on sait qu'il y a un sous-sol qui mène à une voie ferrée sous le sanatorium, si ça se trouve, on trouvera plein de choses intéressantes. Je suis persuadée que c'est la planque idéale pour Ruvik ou Puppet. Je t'en prie, garde ça secret, je ferai ce que tu voudras.
Un long silence s'installe, il a l'air de peser le pour et le contre de ma proposition et après plusieurs minutes, il soupire et se frotte la nuque.
-Soit, j'avoue que ton idée est bonne, mais je te préviens, tu as intérêt de rester le plus possible avec l'un d'entre nous et de me prévenir immédiatement si tu vois Ruvik.
-Je te le promets, tu as ma parole.
On se serre la main avant de se téléporter au camp où tout le monde nous attend. Al se tient le ventre en grognant.
-T'aurais pu y aller moins fort pour nous écarter. Un peu plus et tu éclatais nos organes.
-Pardon, j'ai mal jaugé ma force à cause de la surprise.
-Ton excuse ne tient pas, tu dois impérativement contrôler ta force ou tu finiras par tuer quelqu'un.
Son ton glacial me perturbe il rentre sans dire un mot, Blue le suis sans doute pour le soigner un peu plus pendant qu'Aria me prend dans ses bras.
-Dieu merci tu n'as rien. J'étais morte d'inquiétude, heureusement que Sans a pu te suivre après nous avoir téléporté ici. Jusqu'où es-tu allée ?
-Jusqu'au sanatorium, je l'ai semé et il a disparu après avoir perdu ma trace.
Elle regarde Sans et Bill et s'écarte un peu.
-Vous avez pu valider l'hypothèse de l'invocation ?
-Oui, répond Bill.
-Mais impossible de déterminer qui en est l'auteur. Vu la nature de la créature, je penche pour le fait qu'un humain l'ai invoqué sans le faire exprès, avec une planche de ouija ou tout autre objet mystique, ajoute calmement Sans.
-Ton raisonnement tient la route, mais il serait imprudent de notre part d'exclure toutes autres possibilités, renchérit Bill
Aria me laisse et part avec Sans et Bill pour discuter et je me retrouve seule en dehors du bâtiment avant que je ne me décide à rentrer pour prendre ma douche et de me diriger vers ma chambre pour jouir d'un repos bien mérité. Mais sur le chemin, la porte de l'une des chambres des garçons est entrouverte et une odeur assez acre s'en dégage. Je pousse la porte et je comprends mieux pourquoi la chambre sent fort, elle est habitée par les trois mecs les plus bordéliques que je connaisse, soit Sans, Swap Papyrus et Fell Sans en plus d'être habitée par Krom qui n'a pas l'air de faire beaucoup d'efforts non plus.
-Nom de dieux mais c'est le bordel ici ! Franchement ça fait moins d'une semaine qu'on est là et vous avez déjà réussis à mettre votre chambre dans cet état ?! Vous allez me faire le plaisir d'aérer et de ranger tout ça !
Je me fraie un chemin entre les habits sales et les draps et commence à ouvrir la fenêtre, mais Krom m'attrape le poignet en riant.
-Hey laisse ça comme ça. Tu ne peux pas comprendre, c'est comme ça une chambre de mecs, dit-il en souriant
-Justement, je comprends pas comment vous faites pour vivre là-dedans. En temps que supérieur tu es censée montrer l'exemple ! C'est à se demander si on peut vraiment mettre nos vies entre tes mains.
Le regard de Krom change du tout au tout après ce pic droit dans sa fierté, il serre les dents et lève la main prêt à me gifler.
-T'as beau être mignonne, je ne supporte pas l'insubordination ! Tu me dois le respect !
Sa main part mais se fait arrêter par Swap Papyrus dont les yeux luisent de colère et les deux Sans se mettent devant moi.
-Lever la main sur un subordonné n'est pas digne d'un Garde. Elle est peut-être un peu trop franche et brutale mais ce n'est pas la bonne méthode pour le lui faire comprendre, dit Swap Papyrus en serrant le poignet de Krom
-Aïe ! Lâche-moi sac d'os ou je te calcine !
-Essaie un peu pour voir.
Je m'interpose entre eux et les plaque aux murs opposés grâce à ma matière noire. Papyrus se calme tout de suite et je décide de le libérer après quelques secondes, mais Krom quant à lui à de l'énergie à revendre.
-Putain mais c'est quoi cette magie complètement cheatée ? Je peux pas la brûler ! Hurle Krom en se débattant.
-Moi non plus je ne sais pas qu'est-ce que c'est à vrai dire. Mais je dois avouer qu'elle est sacrément utile pour des énergumènes dans votre genre.
-...c'est bon je m'avoue vaincu, t'as gagné, dit-il en faisant la moue
Je le relâche et soupire en leur tendant des sacs.
-Hum ? Tu veux qu'on en fasse quoi ? Demande Sans
-Vous allez mettre le linge sale dedans et vous irez le laver, ensuite vous allez me mettre un peu d'ordre ici.
-Ha mais tu vois, j'ai un coup de barre et...
Je pose ma main sur son épaule et lui lance un regard de tueuse.
-Et tu vas ranger cette chambre avec tes colocs. Est-ce que je me suis bien fais comprendre messieurs ?
Ils me répondent tous d'un oui haut et fort en se mettant au garde-à-vous avant de se précipiter sur le linge et d'entamer le rangement sous ma surveillance.
Je baille presque sans arrêt à cause de la fatigue mais la voix de Fell Papyrus me remet instantanément d'aplomb.
-Tient tient tient, je vois qu'une fois de plus, tu n'es pas capable d'être organisé, lance Fell Paps à son frère
-Désolé Boss, ça ne se reproduira pas...
-C'est ce que tu me dis à chaque fois, et à chaque fois je suis un peu plus déçu de toi.
Fell Sans baisse la tête et fuis le regard perçant de son frère qui continue de le rabaisser.
-Franchement, je me demande encore pourquoi tu es l'aîné et comment tu peux avoir de telles capacités. C'est du gâchis, si j'avais hérité de tes pouvoirs, les choses ne se passeraient pas comme ça. Tu es incapable de dévoiler tout ton potentiel, tu me fais honte.
Son ton méprisant et glacial fait trembler son frère qui est au bord des larmes.
-Et arrête de chouiner, ce n'est pas en pleurnichant que tu deviendras quelqu'un d'important.
Je prends Fell Sans dans mes bras et le câline tout en foudroyant Papyrus du regard.
-C'est pas bientôt fini ?! Regarde dans quel état tu le mets ! T'es vraiment un monstre !
-Si je ne le secoue pas un peu il ne fera jamais d'efforts, et puis tu es vraiment mal placée pour me critiquer. Tu n'étais pas tendre avec ta fratrie toi non plus.
-Peut-être mais j'avais de bonnes raisons.
-Ha oui ? Tu leur criais dessus et tu n'hésitais pas à être crue dans tes mots. Tu as même levé la main sur eux.
-Parce que mes parents étaient trop laxistes avec eux ! Si je ne faisais pas la loi de temps en temps ils deviendraient des incapables. Quoique, ils sont bien partis pour vu le traitement de faveur auquel ils ont eu droit.
-C'est simplement par jalousie que tu as eu ce comportement. Je ne fais que pousser mon frère à faire mieux.
-Tu le pousses à faire mieux ?! La seule chose que tu vas faire c'est le briser !
-Il n'est pas aussi faible, ce ne sont que des mots.
-Tu te rends compte à quel point ça fait mal des mots? Ça te rentre dans le crâne et ça te ronge jusqu'à ce que tu n'aies plus envie de faire quoi que ce soit ! Mais évidemment tu ne peux pas le savoir ça, tu ne sais pas ce que ça fais d'être rabaissé en permanence, d'être jugé pour tes moindres choix et d'être insulté quotidiennement. T'a jamais connu ce sentiment d'être inutile, d'être un poids. T'a jamais voulu cr-
Mes larmes coulent et ma gorge se serre, c'est trop dur de prononcer ces mots devant eux. C'est trop dur de les prononcer tout court.
Je les regarde et ils affichent tous un air choqué et désolé. Je baisse la tête et prend Fell Sans par la main et le tire.
-Qu'est-ce que...
-Je suis fatiguée, je vais me coucher.
Je les plante là et jette Sans dans mon lit avant d'enrouler mes bras autour de lui et de cacher mon visage dans son pull.
-Léa tu...tu veux en parler ?
-Nan, j'en ai pas envie. Pas maintenant.
Je sens ses bras s'enrouler autour de moi et me serrer contre lui.
-...merci d'avoir pris ma défense.
-Pas de quoi. Je préfère faire ça plutôt que de voir les autres souffrir comme j'ai souffert. On ne l'a pas fait pour moi mais je peux toujours le faire pour les autres.
-Tu sais, si un jour tu veux tout déballer...je suis là.
Je marque une pause puis lui répond.
-Il en va de même pour toi.
-...ça marche.
On s'endort collé ensemble, bercés par la respiration lente et calme de chacun.
