Avant d'entrer dans le bâtiment, Al nous demande de laisser le troisième étage pour le moment, car il aimerait que l'on s'occupe d'une partie du cinquième et de la chambre 502. Apparemment il y a quelque chose qui cloche avec les alentours de la 502 et il voudrait qu'on déblaie le terrain avant qu'il n'entame des fouilles.
On monte les escaliers et une fois arrivés au bon étage, je remarque qu'il y fait beaucoup plus sombre et humide , c'est sans doute dû au fait qu'il n'y ait presque pas d'ouvertures. En jetant un coup d'œil dans les salles, on comprend que cet étage était quasi exclusivement réservé aux salles d'opérations et de tests.
En s'occupant des esprits, je remarque effectivement quelque chose d'étrange autour de cette fameuse chambre, les murs ont l'air d'être resserrés, et en toquant sur les parois, je remarque que ça sonne creux, comme si il y avait un double fond. On décide de faire abstraction de ça et on entame un nettoyage qui durera quelques heures.
Samedi 28 Mai :
Une fois le premier nettoyage d'esprits terminé, Mudy ouvre délicatement la porte de la chambre et une odeur nauséabonde nous attaque violemment, même Fell Papyrus grimace en sentant cet air qui empeste la chair putréfiée. Comme indiqué dans le rapport, les deux cadavres pendus des infirmières sont accrochés au milieu de la pièce. Malheureusement pour nous, un morceau du mur qui donne sur l'extérieur s'est fissuré et a créé un trou qui a laissé passer l'air depuis au moins quelques années.
-Putain elles ne sont que deux, alors pourquoi ça pue autant la mort ici ? Dit Fell Sans en râlant pendant que son frère décroche les infirmières pour les jeter hors de la salle.
-Je n'en ai aucune foutue idée, mais si on veut continuer, il va nous falloir des masques. Déclare Mudy en lançant un appel.
On sort de la pièce et quelques minutes plus tard, une petite créature faite de terre arrive avec des masques à gaz avant de se désintégrer. On enfile les masques au cas où et on fouille la pièce tout en profitant de cette occasion pour la déblayer.
Je m'approche d'un mur et toque dessus, comme je le pensais, ça sonne creux, et l'épaisseur du mur n'est clairement pas la même que sur celui des étages inférieurs.
Mudy vient vers moi et examine le mur un instant avant de le frapper puissamment, ce qui qui crée un immense trou d'au moins deux mètres de diamètre en plus de fissurer le reste de la paroi. Je la regarde bouche-bée, je ne me doutais absolument pas qu'elle pouvait être aussi forte . Elle braque une lampe torche dans la cavité et on peut apercevoir d'énormes tas de cadavres qui ont l'air plus récents que ceux des infirmières, en s'approchant, on peut remarquer qu'ils ont tous un trou béant au niveau du haut du torse, laissant leur organes vitaux à l'air libre, en proie aux rats et autres nuisibles en tout genre . Même les masques ne peuvent pas entièrement filtrer l'odeur nauséabonde qui se dégage de ses piles de corps pourris jusqu'à la moelle.
-Bon, au moins on sait d'où vient l'odeur, et je suppose que c'est la même chose en face. Ils ne devaient sans doute pas avoir assez de place dans le souterrain, alors ils ont entreposés les derniers ratés de leurs expériences ici, en pensant que personne ne les trouverait. Mais c'était sans compter sur notre fine équipe ! Aller, on déblaie tout ça, les mecs, faites la même chose sur l'autre mur ! Lance Mudy
-Oui chef ! Répondent les deux frère en même temps avant de se mettre au boulot.
Je déplace soigneusement les cadavres grâce à la matière noire et m'aventure de plus en plus profondément dans cette pièce repoussante jusqu'à pouvoir en faire le tour et en déterminer la surface de manière approximative avec Mudy.
-Environ vingt mètres carrés. Elle en fait combien de votre côté les garçons ?
-Presque la même chose que la vôtre, par contre certains de nos corps présentent des traces de morsures provenant d'un être humain. Ils ne devaient pas être tout à fait morts quand on les a balancés là-dedans. Répond Fell Papyrus
-Il pourrait donc y avoir des Wendigos ? Demandai-je à Mudy, un peu inquiète
-Nan, les zones touchées par cette malédiction se situent en général dans des zones montagneuses ou des forêts en proies à des climats très rudes. La plupart des sites se trouvent au Canada et en Amérique du Nord, sur les lieux d'anciennes tribus amérindiennes. Je doute fortement qu'un esprit maudit s'aventurerait aussi loin de son terrain de chasse principal. Dit-elle en posant sa main fraîche sur ma tête pour me rassurer
Je pousse un soupir de soulagement et inspecte le moindre cadavre pour éviter tout incident jusqu'au lever du jour. Mudy et les deux frères sortent de la pièce pendant que je termine de bouger une pile de cadavre lorsqu'un bruit discret attire mon attention. Le peu de lumière qui se dégage de la pièce principale éclaire à peine celle dans laquelle je me trouve, mais elle est suffisante pour que je puisse distinguer correctement tout ce qui se trouve autour de moi. Je m'enfonce un peu plus et le bruit devient de plus en plus net, quelqu'un est en train de mâcher quelque chose.
Je m'approche encore et découvre enfin l'origine de ce bruit, une bête, humanoïde, recroquevillée en train d'avaler des morceaux de cadavres.
Je recule prudemment, tentant de faire le moins de bruit possible mais les appels de Mudy percent le silence.
-Léa ! Qu'est-ce que tu fabrique ?
Je déglutis et prend une voix aussi naturelle que possible pour ne pas semer la panique et enrager la créature devant moi.
-Partez devant, je règle juste une dernière petite chose.
-Fais vite alors, certaines personnes ici présentes ne sont pas très patientes.
-Pas de soucis, je me dépêche !
Le monstre tourne son visage creusé vers moi et se redresse pour montrer son imposante stature. Ses jambes et bras sont partiellement recouverts d'une fourrure rêche et se terminent par des pâtes qui ressemblent vaguement à celle d'un Lycan pour les jambes et de longs doigts squelettiques pourvues de longues griffes. Il se tient voûté, avec de longs cheveux noirs sales entourant un visage pâle arborant une bouche béante aux dents acérées remplie de chair humaine et deux cavités sombres avec pour seuls repère une pupille blanche.
Cette chose anormalement maigre à tout de la définition du Wendigo et ça me pétrifie. Il me dévisage et vient devant moi pour effleurer mon visage du bout de ses doigts glacés comme si il m'examinait. La peur m'empêche complètement de faire le moindre mouvement, je retiens ma respiration et fixe ses yeux vides de toutes émotions alors que son visage est presque collé au mien.
Quelques minutes s'écoulent avant qu'il ne se redresse et me pousse délicatement du dos de sa main pour me faire sortir pendant qu'il semble cacher son visage et son corps et se repliant sur lui-même en laissant s'échapper un râle douloureux. Je sors de la pièce tout en le regardant disparaître dans les ténèbres sans chercher à me poursuivre avant de marcher très rapidement dans le couloir pour rejoindre tout le monde.
Mudy m'intercepte avant que je ne puisse aller vers mes amis et fait en sorte que les autres ne me voient pas.
-Mon dieu, mais qu'est-ce qu'il t'ais arrivé ? Tu es presque aussi pâle qu'un cachet d'aspirine.
-Je...je crois que j'ai fait une rencontre perturbante...
-De quel genre ?
Je lui raconte ce qu'il s'est passé dans les moindres détails et elle fait rentrer tout le monde à part Bill pour lui expliquer la situation.
-En effet, il doit bel et bien s'agir d'un Wendigo, mais son comportement est plus qu'étrange. En temps normal, ils sont violents et préfèrent largement la chair d'un humain fraîchement tué plutôt que celle d'un corps putréfié. La seule explication à peu près logique serait que ce Wendigo soit un ancien patient du sanatorium et qu'il ait honte de ce qu'il a dû faire pour se maintenir en vie. Et que par conséquent le peu d'humanité et de conscience qu'il lui reste l'empêche de s'attaquer à un être extérieur au personnel de ce lieu.
Son ton anormalement sérieux m'indique que la situation n'est clairement pas courante, et que j'ai eu beaucoup de chance.
-Écoute-moi bien, ce genre de chose ne se reproduira sans doute pas deux fois. Alors on va monter tous les trois, Mudy tu condamneras toutes les entrées et sorties de la pièce avec la couche de glace la plus épaisse que tu puisses créer pendant que toi Léa, tu essaieras de le maintenir dans un état aussi calme que possible pendant que je le brûle jusqu'à le réduire en cendres. Annonce Bill
-Mais si il est inoffensif, pourquoi s'en débarrasser ?
-Parce qu'on n'est jamais sûr de rien avec ce genre de démon. Il ne faut courir aucun risque.
On retourne dans la 502 et Bill me fait signe d'avancer dans la seconde salle pour repérer le Wendigo qui n'a pas vraiment changé de place depuis que je l'ai quitté. Je m'approche et dès qu'il a repéré ma présence, il se redresse presque instantanément et se précipite sur moi pour m'observer comme il l'a fait tout à l'heure. Mais cette fois, il passe son immense main dans mon dos pour me coller à la peau glacée de son torse cadavérique et de m'entourer de ses longs bras partiellement velus. On reste comme ça quelques instants avant qu'il n'émette un long gémissement entrecoupé de ce qui ressemble à des sanglots.
Je ne sais pas ce qui se passe mais je pose mes mains sur son dos pour le serrer dans mes bras de manière presque instinctive, une part de moi n'a pas envie de faire disparaître cette chose qui n'a rien fait ni demandé à personne pendant des années.
Je jette un regard derrière moi et vois Bill et Mudy stupéfaits par ce qui est en train de se passer alors qu'Al arrive les bras croisés.
-Bien bien bien. Je crois que Slender avait raison, il se passe des choses improbables avec toi jeune fille. Dit-il avec un mélange d'agacement et de dégoût
-On peut l'épargner ? Je m'en occuperais à temps plein s'il le faut.
-On pourrai l'épargner. Soupire-t-il
-Et on le confie à qui ? Demande Mudy
-Certainement pas à la Fondation, ils vont le rendre plus agressif qu'un Berserker. Je vais envoyer un rapport d'urgence au chef de la communauté Elfe, ils sont bien plus aptes à s'occuper d'une telle créature que ces abrutis de la Fondation. Répond Al en se pinçant l'arête du nez
-Et on fait comment ? On ne peut pas les laisser tous les deux ici. Annonce Bill
-On va les ramener au camp et on ira tous les deux chez les Elfes pour leur expliquer la situation. Si on fait ça bien, ce sera plié en trois heures. Répond Al en regardant le Wendigo avant de sortir de la pièce avec Bill et Mudy.
Je regarde mon nouveau compagnon et lui prend la main pour qu'il avance avec moi.
-Tu viens ? On va te sortir de cet enfer.
Il pousse un râle et avance lentement en faisant bien attention à ce qui l'entoure. Quant à moi, je prends bien garde à ne pas le quitter des yeux plus de quelques secondes pour éviter un éventuel débordement. Le trajet se déroule sans encombre malgré le fait que mon ami marche très lentement malgré sa grande taille.
Bill et Al vont à l'arrière du camp pour préparer un cercle de téléportation pendant que Mudy me conseille de m'installer dans la grande pièce commune en attendant le retour des deux autres. En avançant vers la dite pièce, j'entends Sans et Papyrus engueuler leurs homologues en rouge et noir.
-Mais puisque je te dis qu'il n'y a rien à craindre. Elle est certes loin d'être à mon niveau mais il ne faut pas s'inquiéter pour si peu. De plus, j'ai vu Al retourner dans le sanatorium, il n'y a aucun risque qu'il lui arrive quelque chose. Crie Fell Papyrus
-Justement ! C'est ça le problème Edge ! Si quelqu'un de haut placé se déplace pour elle, c'est qu'il y a une énorme couille ! Comment avez-vous pu partir en la laissant derrière vous ?!
-Calmes-toi Sans, ils ne pensaient sans doute pas à mal. Et puis Edge a raison sur un point, elle ne risque rien avec Al dans les parages, et elle sait se débrouiller.
-Paps ne t'y mets pas toi aussi ! Je sais parfaitement que Léa peut se débrouiller, mais tu ne peux pas nier le fait qu'elle s'attire toujours des problèmes !
C'est la première fois que je les entends s'appeler avec les noms que les fans leur ont attribués, mais je fais abstraction de ça et entre dans la pièce avec mon ami.
-Pas de panique, je suis de retour les gars.
-Ha enf...
Sans ne finit pas sa phrase et plante totalement dès qu'il voit le Wendigo qui se cache derrière mon dos comme un enfant. Red et Edge reculent en faisant apparaître des os du sol.
- On se calme, tout est sous contrôle. Alors on baisse les armes et on me laisse parler ok ?
-C'est quoi ce bordel ? Dit Sans en hésitant
Je me retourne et vois Swap Papyrus, bouche bée en train de fixer mon ami tout en laissant tomber sa gourde de miel. Je pousse un soupir et les installe pour leur expliquer la situation de A à Z.
Ils comprennent assez vite que le Wendigo est inoffensif pour le moment. Ils soulignent tout de même le fait que ce qui est en train de se passer est en totale opposition avec la nature de cette espèce, ce n'est normalement pas possible. Finalement, après une bonne heure de discussion sur le Wendigo, je passe du coq à l'âne en les questionnant sur leur nom.
-Sinon, pourquoi vous ne vous appelez pas par les noms que les fans vous ont donné quand je suis là. Ça aurait été plus simple quand on parlait en groupe nan ?
-Bah en fait on le fait entre nous, vu que tu nous appelais par nos noms de jeu, on s'est dit qu'on n'allait pas changer tes habitudes. Répond Sans en souriant.
-Donc je résume dans l'ordre. Pour Sans et Papyrus, ça ne change pas. Mais pour les duos d'Underfell et d'Underswap, ça devient Red et Edge, puis Blue et Stretch. J'ai tout bon ?
-Dix sur dix ! Lance Blue en souriant.
-D'ailleurs, je me suis souvent triturée les méninges sur ton nom Stretch. Pourquoi ? Je veux dire, pour Edge, Red et Blue la signification est évidente en raison de vos couleurs et du mauvais caractère de Fell Papyrus. Mais Stretch ? Ça veut littéralement dire étirer. Tu étires quoi au juste ? Toi-même ? Le continuum Espace-Temps ? Les...orifices de tes amants ? Je comprends pas.
Edge, Red et Sans pouffent de rire pendant que Blue et Papyrus détournent le regard, visiblement gênés. Stretch rit et prend une gorgée de miel avant de me répondre.
-Pour être honnête, je sais pas non plus d'où vient ce nom. Mais j'apprécie la référence à ma supposée libido puisque que tu insinues le fait que j'ai plusieurs amants.
-Parce ce que tu en as ?
-Et bien...
-Nan, il est seul et se touche tout seul comme un grand en matant du porno ou je ne sais quoi d'autre. Le coupe froidement Edge.
-Alors premièrement mon cher Edge, je ne regarde plus de contenu X depuis un moment car j'ai trouvé une personne plus intéressante sur qui fantasmer. Et deuxièmement, tu es très mal placé pour juger la manière dont je me masturbe, et j'ai plein de preuves pour appuyer mes propos. Répond calment Stretch, les yeux luisants.
-Parlons d'autre chose ! Tient Léa, je me posais une question. Je te vois parfois regarder certaines filles à l'Académie, et je me demandais si tu avais une préférence entre fille et garçon. Demande Blue pour éviter une énième baston, et étrangement, tout le monde se tait pour m'écouter.
-Bah, en fait je ne me suis jamais trop posé la question. J'ai juste remarqué au fil du temps que je portais moins d'importance au genre de la personne. Après tout, on aime une personne pour ce qu'elle est dans son tout, pas pour son genre non ?
-Donc t'es Pan ? Demande Sans.
-Je suppose que oui, mais je dois avouer que les relations amoureuses n'étaient clairement pas ma priorité au lycée.
-Priorité aux études ? Demande Papyrus.
-Oui et non puisque j'en branle pas une depuis le milieu de l'année dernière. Dis-je en riant.
-De ce que l'on a pu voir, tu bosses un minimum pour obtenir ce que tu veux. Rétorque Sans.
-Ouais, mais je ne peux pas dire que je suis une grande bosseuse. Si le sujet ne m'intéresse ou ne me plaît pas, je le ferai à reculons...ou je ne le ferai pas tout simplement. En fait, si je n'ai pas envie de faire un truc, il faut une carotte pour me motiver, ou un ultimatum.
-Pourtant depuis que tu es à l'Académie, tu trimes sans arrêt. Lance Blue.
-Parce que j'ai des raisons qui me motivent pour me bouger. Et dans la situation actuelle, si je flemmarde trop, je risque de mettre énormément de vies en danger. Donc il vaut mieux pour tout le monde que je me secoue les puces.
On finit par papoter joyeusement pendant des heures avant qu'Al ne revienne avec deux elfes pour emmener le Wendigo qui a clairement du mal à se séparer de moi. À tel point que je suis obligée de le câliner et de lui parler comme à un enfant pour qu'il daigne partir avec ses nouveaux superviseurs. Une fois parti, je me tourne vers Al un peu inquiète.
-Ils vont bien s'en occuper hein ?
-Te fais pas de bile, les elfes savent très bien gérer les créatures extravagantes et peu communes. Il est entre de bonnes mains.
-Et je vais pouvoir le revoir ?
-T'es même obligée de lui rendre visite pendant au moins une heure une fois par semaine.
-Yes !
Je saute de joie pendant qu'il soupire en s'allumant une clope.
Je vais prendre ma douche et en sortant de ma cabine, je découvre que les habits que j'avais apporté ont été remplacés par une jupe bleu marine qui m'arrive à peine au-dessus des genoux et un petit chemisier en dentelle blanche. Je me tourne instinctivement vers Mudy qui sourit à pleines dents.
-Tu vas être trop jolie là-dedans. Dit-elle en piaffant.
-Je vais surtout être ridicule. Rends-moi mes vêtements.
-Nan, et puis ce soir on boit un coup pour fêter votre première semaine ici. Donc tu vas faire un effort et t'habiller avec ce que je te donne.
-Mais...
-Pas de mais ! Allez enfiles ça et rejoins moi dans le salon. Et plus vite que ça !
Elle part en sifflotant et je me retrouve un peu comme une conne avec des vêtements que je n'aime pas. Je m'habille et regarde mon reflet avec dégoût, ça ne me va vraiment pas. La jupe cache mal mes grosses cuisses flasques et mets en avant mon ventre et mes poignées d'amours qui dépassent du chemisier. La finesse de la dentelle ne matche pas du tout avec ma corpulence et le décolleté est si plongeant que j'ai l'air d'une rabatteuse.
Je sors et m'empresse d'aller dans ma chambre mais Mudy me barre la route.
-Hep là, tu vas où comme ça ma jolie ?
-Chercher un pull.
-Même pas en rêve, je refuse que tu te caches sous un autre vêtement.
-Mais je suis affreuse dans ce truc !
-Tu es magnifique. Alors arrête de râler et viens avec moi.
Elle me traîne dans la salle principale ou la table déborde d'amuses-bouches et d'alcools en tout genre. Al est déjà affalé dans un fauteuil, un verre de whisky à la main et un cigare allumé entre les dents. Krom et Bill sont en train d'attaquer les petits fours tout en discutant avec Red, Stretch et Edge pendant que Blue, Sans et Papyrus aident Aria à terminer les derniers plats. Elle me pousse dans la cuisine et je me retrouve un peu embêtée de ne rien pouvoir faire.
-Heu...je peux me rendre utile Aria ?
-Bien sûr ma grande, tu peux...comme ça te vas bien ! C'est Mudy qui a choisi cette tenue ?
-Yep ! Est-ce qu'elle n'est pas encore plus craquante comme ça ? Répond Mudy avec beaucoup trop d'enthousiasme.
-Tu m'ôtes les mots de la bouche Mud-Mud. Tu devrais porter ce genre de choses plus souvent, ça te va bien. Dit Sans en m'offrant un sourire réconfortant.
-Arrête de dire ce genre de choses pour me flatter. J'ai l'air d'un boudin là-dedans. Ça ne me va pas du tout, dis-je en me frottant la nuque.
-Mais pas du tout ! Tu dois absolument montrer aux autres ta magnificence ! Lance Blue avec des étoiles dans les yeux.
Papyrus saisit ma taille et me soulève comme un chiot et me brandit comme un genre de trophée en s'exclamant :
-Regardez comme Léa est belle comme ça !
Tous les regards se braquent sur moi avec une réaction différente. Al s'en fout éperdument, Krom et Stretch ne se gênent pas pour mater mon décolleté et mes cuisses alors que Bill et Red évitent soigneusement de regarder ces zones-là. Il n'y a qu'Edge qui a un comportement différent, il s'est détourné de moi mais lance tout de même quelques regards furtifs dans ma direction. Je gigote et Papyrus me pose enfin par terre, je me précipite sur le canapé et fais de mon mieux pour cacher mes jambes et remonter mon haut. Red vient à côté de moi et dépose son pull sur mes épaules avant de chuchoter en rougissant.
-T'es vraiment jolie habillée comme ça...
-Si tu te le dis, mais merci quand même.
Finalement, plus personne ne fait attention à moi et la soirée se passe plutôt bien, mis à part le fait que l'alcool coule un peu trop à flots, et que je me suis faites emporté dedans à cause de Mudy.
Au bout de quelques jeux à boire, ma tête commence à tourner un peu et je décide de m'arrêter pour boire de l'eau.
-Hey, une fois que t'as bu, tu deviens un vrai moulin à paroles ! Tu devrais communiquer plus souvent comme tu le fais maintenant, lance Krom ivre mort.
-Même pas en rêves, ce n'est pas bien de trop parler, dis-je en me frottant les yeux
-Par contre tu devrais arrêter pour ce soir. Bois ça et va te reposer, dit Mudy en me tendant un vers d'eau bleu turquoise.
-C'est quoi ce truc ?
-Ce truc va t'empêcher d'avoir une sale gueule de bois. Fais-moi confiance un peu, lâche-elle en râlant.
-Ok ok, pas besoin de râler. Je vais le boire.
Je descends le verre cul sec et à peine quelques secondes après l'avoir avalé, je ressens une multitude d'émotions en train de refaire violemment surface, des souvenirs sombres me reviennent et les larmes ne sont pas loin.
Je me lève et sort de la salle, prétextant une envie pressante avant de courir hors du bâtiment pour enfoncer deux doigts au fond de ma gorge pour vomir tout ce que j'ai pu ingérer au court de la soirée. Après de longues minutes affreusement douloureuses à vomir nourriture acide et bile, je m'effondre dos au mur en pleurant sans pouvoir m'arrêter. Je n'ai aucune idée de ce qui est en train de m'arriver, la seule chose dont je suis presque sûre, c'est que je suis dans cet état à cause du verre de Mudy. Je plonge mon visage inondé de larmes dans mes mains et sanglote bruyamment quand j'entends la voix rassurante de Red devant moi.
-Léa...tu ne vas pas bien hein ?
Je relève le visage et essaie de sourire.
-Bien sûr que non je ne vais pas bien ! J'ai tué deux personnes innocentes en moins d'un mois et tu penses que je vais bien ?! Tout ça n'est qu'une putain de façade !
Les mots sortent de manière incontrôlable et Red s'assoit face à moi pour m'écouter.
-Vas-y, laisses sortir ce qui te fais mal.
-Mais tout me fais mal ! Absolument tout me fait mal depuis des années ! Chaque matin je me lève et chaque matin je fais face à la chose que je hais le plus au monde !
-Qui est ?
-Moi ! Je déteste tout de moi, de la pointe de mes pieds jusqu'à mes cheveux ! Rien n'est beau, entre mes grosses jambes flasques, mon ventre qui pend, mes seins qui tombent, mes bras mous et mon visage bouffi, il n'y a rien qui va ! Même ma voix est naze ! Je n'ai aucune personnalité, un caractère de merde et une originalité proche du néant total ! J'ai juste envie de charcuter ce qui ne me plaît pas chez moi...
Red me prend délicatement dans ses bras et caresse l'arrière de ma tête.
-Continue, laisses-toi aller...
-Je me hais tellement, tu ne peux même pas imaginer à quel point. Mon image me rebute et manger fini toujours par m'écœurer parce que je sais pertinemment que je ne suis qu'un gros tas de graisse inutile. La seule chose que je sais faire, c'est de mentir et de faire croire à tout le monde que je vais bien derrière un sourire et quelques blagues...
Je renifle et tousse pour ensuite reprendre ma respiration pour pouvoir continuer.
-Tous les jours, je me réveille avec la boule au ventre. Et maintenant que je suis ici, vous me dites que je dois littéralement protéger l'humanité contre un mec surpuissant ? Franchement, avec une telle loque à vos côtés, la guerre est perdue d'avance. Deux personnes sont mortes par ma faute et qui sait quelles atrocités je vais bien pouvoir engendrer? Il y a des fois où j'aurais préféré m'étouffer avec cette fichue boîte de pilules...
-Tu parles des deux plaquettes de somnifère que tu as avalé d'un coup il y a quatre mois ?
Je le repousse et le regarde avec stupéfaction, lui qui a d'habitude le regard fuyant, il me regarde droit dans les yeux avec un air très sérieux.
-Tu aurais préféré mourir ce soir-là ?
-Comment tu sais ça ? Qui d'autre est au courant ?
-Personne, j'étais seul cette fameuse nuit et j'ai décidé de corrompre tout un dossier qui englobe cette période. Maintenant dis-moi pourquoi tu as fait ça ?
-...je n'en pouvais plus. Les examens finaux étaient proches et tout le monde me mettait la pression. J'avais peur de foirer mes études et de ne pas passer en mention. Et puis c'était l'enfer à la maison, mon beau-père n'arrêtait pas de me rabaisser et je sentais qu'il allait me virer de la maison si je n'étais pas prise en mention pâtisserie. Et un soir, je crois que c'était la dispute de trop, alors je n'ai pas réfléchi et après le repas, j'ai attendu que tout le monde dorme pour fouiller dans l'armoire à pharmacie et j'ai trouvé cette boite de somnifères à peine entamée et j'en ai déduis que si la trentaine de pilules ne me tuait pas, je n'aurais qu'à m'éventrer avec mon couteau. Mais comme une conne, j'ai oublié de m'enfermer dans la salle de bain et j'ai commencé à me traîner en pleurant pour demander de l'aide à ma mère. Et je pense que tu connais la suite.
-Tu es allée aux urgences, restée vague sur tes motivations et tu as fait comme si rien se s'était passé dès que est sortie de l'hôpital. Et tu n'as jamais parlé de ça à qui que ce soit, tu as continué de te voiler la face et de mentir en souriant gentiment.
-...comment tu veux que je parle de ce genre de choses ? Ça ne se fait pas et ça ne regarde que moi.
-Et nous on s'inquiète pour toi nom de dieu ! On est juste trop poli pour te forcer à tout nous déballer ! Tu ne nous fais pas confiance c'est ça ?!
-Mais bien sûr que je vous fais confiance ! Je pourrais laisser ma vie entre vos mains sans problèmes !
-Alors pourquoi tu t'obstines à nous cacher des choses aussi graves ?!
-Parce que je refuse d'avoir l'air encore plus faible !
Un silence pesant s'installe, on est essoufflés à force d'avoir crié et pleuré pour ma part. Red essuie mes larmes et embrasse tendrement mon front avant de me prendre dans ses bras. La chaleur que produit son âme m'apaise, et les effets de la boisson se sont enfin estompés. Je me relève et Red pose ses mains sur mes épaules.
-Si tu t'es relevé après ça, tu es loin d'être faible. Tu es une battante, garde bien ça en tête.
Ses mots me touchent et me font sourire. Je renifle un bon coup et m'étire.
-Je peux te demander un service ?
-Tout ce que tu veux.
-Ce qui vient de se passer reste entre nous hein ? Je ne suis vraiment pas prête à leur dire ce genre de choses pour le moment.
-Soit. Je n'en parlerais pas sans ton aval.
-Merci, t'es un ange.
Je prends son visage dans mes mains et embrasse son front sous le coup de l'émotion, ce qui a pour effet de le faire rougir comme une tomate en grommelant.
-Ne me traites pas comme un gamin ok ?! Dit-il d'une voix gênée et agacée.
-Hey, je voulais juste te remercier. Pas la peine de t'emballer. Dis-je en souriant
-C'est toi qui devrais éviter de t'emballer, un merci aurait suffi.
Je ris avant de retourner avec lui dans le salon où tout le monde s'est endormit ivre morts. On va chercher des couvertures pour mettre tout le monde au chaud et on place des bassines au cas où ils auraient des renvois en se réveillant. Après s'être assurés que plus personne ne risque rien, on part se coucher pour essayer de récupérer un maximum d'énergie pour nos prochaines journées.
