Nous partons du camp quand le soleil est au zénith, le dos chargé de mines collantes. Une fois arrivés à l'entrée, nous effectuons plusieurs tests avec nos Talkie-Walkies avant de recevoir nos armes. Chacun de nous possède une arme à feu plus ou moins lourde selon nos compétences et un gros poignard. Pour ma part, je récupère un pistolet relativement lourd, mais pas assez pour me pénaliser, tandis que les autres ont des fusils d'assaut imposants ou des fusils à pompe.

Al nous donne un détonateur chacun et nous explique son fonctionnement. En gros, quand les mines sont posées, il suffit de sélectionner une ou plusieurs mines sur le plan qu'affichent les détonateurs lors du premier appui et puis ça explose dans la seconde qui suit.

On entre dans le tunnel avec Krom en éclaireur, suivi d'Edge et Stretch, moi au milieu puis Sans et Al qui ferment la marche. On dépose quelques mines çà et là durant la bonne heure de marche durant laquelle je ne cesse d'entendre des gargouillis venant de derrière les murs, mais de peur d'agacer Al, je décide de garder ça pour moi.

Plus on approche de la voie ferrée, plus mes sens m'indiquent qu'il y a un élément dangereux dans les environs. Je me rapproche de Krom et lui fais signe de faire attention car un courant d'air passe dans le tunnel, transportant avec lui une odeur de charbon, de cadavres et de sang. On se regarde et décidons de raser les murs pour éviter de se faire repérer. Une fois la voie ferrée atteinte, nous découvrons un gigantesque tunnel dont le fond est encombré d'un nombre incalculable de cadavres qui sont balancés dans les fourgons des trains qui vont et viennent par de grands humanoïdes aux yeux vitreux. Je passe discrètement ma tête et remarque que les corps sont disposés au niveau des murs, Al regarde par-dessus mon épaule et me tire en arrière pour chuchoter.

-Bon, on n'a pas trente-six solutions. Il va falloir infiltrer l'un des trains et voir où est-ce que ça nous mène.

-Et si on tombe sur des Dévoreurs ? Demande Sans.

-On arrête tout et on retourne au point de départ, quitte à se séparer. Répond Al en chargeant son fusil d'assaut.

Les Dévoreurs sont les créatures noires que l'on rencontre de temps à autres depuis quelques semaines, celles que j'ai rencontré quand je me suis perdue en forêt peu de temps après notre arrivée. On les a surnommées comme ça car elles ont l'air affamées et dévorent tout ce qui se trouve sur leur passage.

Un des trains est à l'arrêt à une quinzaine de mètres de nous, des créatures le remplissent de cadavres sans relâche mais ce sera un jeu d'enfant d'entrer dans le fourgon si on y va un par un. Krom et Sans ouvrent le bal et entrent sans soucis, Edge passe in extremis puis c'est à mon tour. Je m'avance mais rebrousse vite chemin en remarquant qu'un des monstres a le visage rivé dans notre direction. Il hume plusieurs fois l'air et avance lentement vers nous en grognant tout en reniflant le sol comme un chien. Je regarde Stretch et Al puis les saisis par le col pour nous jeter dans une pile de corps dégoulinants de sangs et d'entrailles.

La créature se stoppe et renifle une nouvelle fois avant de retourner à son travail.

-Ils ne doivent percevoir leur environnement seulement par les odeurs. Lance Al en soupirant.

-Une erreur bête. Il faudra prendre des vêtements non-contaminés par une quelconque odeur tenace pour les prochaines missions. Ajoute Stretch en se pinçant l'arête du nez.

On sort du tas puant dans lequel nous sommes cachés pour rejoindre les autres avant que le train ne démarre pour traverser ce long tunnel sombre que l'on parsème de mines. Il faut une bonne dizaine de minutes au véhicule pour sortir du sanatorium et traverser une forêt de plus en plus éloignée de la ville. On essaye d'utiliser nos capacités magique mais rien ne fonctionne, c'est comme si quelqu'un avait prévu l'arrivée d'intrus dotés de pouvoirs surnaturels.

Je passe discrètement ma tête par l'ouverture du wagon et vois une usine désaffectée de laquelle s'échappe une fumée noirâtre et malodorante. Alors que l'on s'approche du bâtiment, le train décélère et nous laisse contempler l'enfer dans lequel nous somme tombé. Des dizaines et des dizaines d'humain et de créatures entassées dans des cellules de fortune sont muselées et gémissent de douleur, suppliants aux gardiens de leur donner ne serait-ce qu'une miette de pain et une goutte d'eau. Les plus maigres sont envoyés dans une sorte d'immense four métallique et après plusieurs minutes de hurlements d'agonie, ils ressortent transformés en Dévoreurs et sont nourris avec les cadavres du sanatorium.

Al nous fait comprendre qu'il va falloir se séparer pour disperser les dernières mines avant de repartir à bord d'un train. On sort chacun d'une partie différente du train pour explorer entre guillemets les lieux. Mes yeux se perdent sur chaque recoin de la pièce et je manque plusieurs fois de me faire repérer car je reste figée pour observer ce qui m'entoure. Par chance, les Dévoreurs sont trop occupés à manger, ce qui nous permet d'être relativement tranquilles avec les humanoïdes qui ne nous repéreront pas sauf si l'on fait du bruit, et encore dans ce cas, il suffirait de nous cacher.

Le temps passe et plusieurs trains vont et viennent toutes les demi-heures environ. Al nous fait signe qu'il faut qu'on parte dans le prochain train, sinon on risque de rester bloqué. Sans, qui était avec moi à l'étage depuis une petite heure tente de me ramener de force avec lui. Je me dégage et lui chuchote à l'oreille.

-Il me reste deux mines, je vais les coller sur la machine. Essayez d'atteindre la cabine du conducteur, que l'on puisse déguerpir en quatrième vitesse si ça dérape.

Son visage renfrogné me fait comprendre qu'il n'approuve pas mon idée, alors je lui prend les mains et le regarde droit dans les yeux.

-Je te promets qu'il ne m'arrivera rien. Je ferais attention.

-Il y a bien intérêt pour toi. Je n'en peux plus de me ronger les os à chaque fois que tu pars de ton côté.

Je hoche la tête et il repart. Quand il arrive au niveau du train, il se met à parler avec les autres qui me jettent un regard mélangeant inquiétude et colère. Je leur fait signe de monter dans le train et avance vers la machine avec beaucoup de prudence et dépose la mine dessus. Sauf que quand elle se fixe sur le métal, elle provoque un bruit sourd qui résonne dans tout le bâtiment. Je me fige et regarde autour de moi, personne ne semble m'avoir repéré, mais un son visqueux se fait entendre juste à côté de moi. Un œil gigantesque émerge de la machine et sa pupille se tourne directement vers moi. Dans un élan de panique, je balance ma dernière mine sur cette immondice et saute de l'étage pour courir vers le train qui démarre pendant qu'une sirène d'alarme retentit et que tous les monstres présents soient en alerte. Du liquide sombre tombe du plafond et tâche absolument tout ce qu'il touche, en plus d'être glissant. Je tombe une première fois et me relève pour continuer ma course vers le dernier wagon où Sans m'attend en tendant sa main pour faciliter ma montée alors que le train en cesse de prendre de la vitesse.

-Tu n'as rien ?! S'inquiète Sans en tâtant tous les recoins de mon corps.

-On s'en fout, on doit se barrer d'ici et vite !

On traverse le train en un éclair tout en entraînant Stretch et Krom dans notre course, et une fois que l'on a atteint la cabine, Krom détache les wagons de la locomotive, causant la mort de plusieurs monstres au passage. Edge fait exploser le bâtiment qui s'embrase en un instant avant de tomber en ruines. Al, s'occupe de conduire pendant que Krom ajoute du charbon pour que l'on prenne plus de vitesse.

-Bon sang mais qu'est-ce que tu as foutu ?! Hurle Al, complètement en rogne.

-Mon devoir ! Krom, blinde-moi ce fourneau, ils vont nous rattraper ! Dis-je en criant.

En effet, les Dévoreurs n'ont aucun mal à suivre le train, et les coups de feu des squelettes ne leur font pas beaucoup d'effet.

-On va se tuer si on accélère plus ! Lance Krom en nage.

-Et on mourra si ces trucs nous rattrapent ! On doit sauter ! Lui répondis-je en ajoutant moi-même du charbon avec mes mains.

-À cette vitesse ?! Ce sera un miracle si on survit ! Lance Krom en me poussant à l'arrière de la cabine.

-On n'a pas le choix. Écoutez-moi bien tout le monde ! Tenez-vous prêts à sauter le plus loin possible dès que l'on aura passé une minute dans le tunnel ! Le but sera d'atteindre les piles de cadavres pour amortir notre chute ! Hurle Al en abandonnant le poste de pilotage.

Il nous regroupe tous prêt de la porte après avoir blindé le fourneau de charbon.

-Soyez prêt à effectuer sans doutes la course la plus rapide et mortelle de votre vie les jeunes ! Rappelez-vous, vous devez sortir à tout prix, tant pis si l'un de nous reste derrière, le succès de la mission prime ! Lance Al en ouvrant la porte.

On se regarde avec les squelettes et on acquiesce à contrecœur, car on sait pertinemment qu'Al a raison. Et à son signal, on s'élance tous et la plupart d'entre nous s'écrasent lourdement dans les corps putréfiés. Même avec le souffle coupé, je tire Edge qui a atterri à côté de moi et commence à sprinter jusqu'à l'entrée du couloir par où on est rentré, heureusement, tout le monde s'est déjà engouffré avant nous. Je sors mon boîtier et fait sauter le tunnel pour y coincer nos poursuivants, malheureusement, plusieurs d'entre eux survivent et frappent frénétiquement les murs qui changent de matière pour devenir des sortes de murs de chair qui se rapprochent petit à petit.

Au niveau de la sortie, on découvre avec horreur que l'on est enfoncé dans la terre, alors tout le monde escalade comme il peut pour se sortir de là. Je me retourne et constate avec effroi qu'un Dévoreur se trouve à une dizaine de mètres. Sans réfléchir, je hisse Sans qui peinait à attraper la main de Edge pour qu'il puisse sortir avant de me retourner et de déclencher les dernières mines qui font s'écrouler des tonnes de chair sur ce monstre et moi alors que j'entends les hurlements désespérés de Sans et Edge pendant que le sol m'engloutit peu à peu. Je commence à suffoquer et distingue vaguement des bruits de blasters et les cris de mes compagnons, mais soudain, je glisse dans une sorte de portail et me retrouve dans un monde vide et blanc.

Je me tourne dans tous les sens et entend un soupir distordu.

-Franchement, c'est ridicule jusqu'où tu es prête à aller pour eux.

Error apparaît devant moi, les bras croisés avec un visage qui transpire le dégoût.

-Si tu n'étais pas utile, je les aurais laissés te broyer comme un vulgaire insecte.

-Et je suppose que je dois te remercier pour ton immense bonté ?

-Un peu ouais.

Il m'examine en grommelant et passe ses doigts dans mon dos pour me montrer un liquide noir et épais.

-Tu sais de qui ça vient ça ? Me demande-t-il.

-Non, mais je suppose que tu vas me le dire.

-Ce truc vient d'Ink ! Ces monstres n'auraient jamais dû te repérer, mais à cause de cette fichu encre, ils ont réussis à te traquer ! Est-ce que tu me crois maintenant quand je te dis qu'Ink n'est qu'un immonde manipulateur ?!

Je reste silencieuse, toutes ces pensées tourbillonnent dans mon crâne. Je suis incapable de discerner le vrai du faux et de savoir qui est de mon côté et qui ne l'est pas. Il soulève mon menton et arrache violemment mon âme de ma poitrine pour la regarder.

-Heureusement que ton âme n'a pas atteint sa couleur définitive, tu n'es pas encore en danger pour le moment. Dit-il en la replaçant et en me relevant.

-Et maintenant ? Qu'est-ce que tu vas me faire ?

-Rien, d'ailleurs, tes amis sont en train d'arriver. Garde bien tout ce que je te dis en tête si tu ne veux pas finir comme une coquille vide.

Je n'ai pas le temps de lui répondre car il me fait sortir de l'Antivoid à l'instant même où j'ouvre la bouche. Je me retrouve une nouvelle fois compressée par la chair, mais un courant d'air me permet de respirer convenablement. Je jette un coup d'œil au-dessus de moi et vois une main d'os me saisir le col pour me hisser à la surface. On me fait sortir du sanatorium et Sans, qui m'avait sorti du tunnel s'effondre à genoux en me serrant contre lui. Le reste de ses congénères le rejoignent et je sens quelque chose d'humide couler dans mon dos. Je regarde Sans qui pleure toutes les larmes de son corps en enfouissant son visage dans le creux de mon épaule.

- Mon dieu, ne refait plus jamais ça. J'ai vraiment cru que j'allais te perdre. Sanglote-il en crispant ses mains dans mon dos.

-Pardon Sans.

-Tu m'avais promis de faire attention, pourquoi tu t'obstines à faire passer les autres avant toi ?

Je me tais un instant, ma gorge se serre et de grosses larmes coulent sur mes joues sans que je ne puisse rien n'y faire.

-Parce que c'est comme ça qu'on m'a élevé.

Presque tout le monde fond en larmes avant que nos supérieurs nous transportent en silence jusqu'au camp pour quelques jours de repos.

Vendredi 10 Juin :

Nos jours de repos sont passés à une vitesse incroyable, mais j'avoue être contente de reprendre le travail. Tout le monde s'est relayé jours et nuits pour me tenir compagnie, je n'ai pas eu un seul moment de solitude depuis notre retour du Tunnel de la Mort. En soi, je les comprends, j'ai frôlé la mort de très près cette fois. Mais je trouve qu'ils s'inquiètent peut-être un peu trop pour moi, ce n'est pas comme si c'était la première fois que je me mettais dans une situation délicate.

Bref, si je suis aussi motivée, c'est parce qu'il ne nous reste plus que le quatrième étage à nettoyer, après ceci, notre mission se terminera et on pourra profiter de vacances bien méritées.

Dès que l'on sort du camp, Edge et Red se placent à côté de moi comme pour former une barrière. En y repensant, Edge est extrêmement tendu depuis l'incident, c'est à peine si il a posé ses yeux sur moi durant les derniers jours. Il en va de même pour Sans, sauf que j'ai pu tirer les choses au clair en discutant avec lui, ce qui n'est pas le cas de Edge qui a tout fait pour m'éviter.

Pour une fois, toutes les équipes se trouvent dans le même étage, on se sépare juste pour couvrir plus de terrain plus facilement et rapidement, par contre, il n'est pas question de me laisser toute seule. Red et Edge sont toujours à moins de deux mètres de moi, donc forcément, notre équipe est moins efficace. Les heures défilent et rien d'anormal ne se passe à part quelques esprits assez violents que l'on réduit au silence sans trop de difficultés.

-Dites, vous pouvez pas me laisser plus d'espace ? On est à la traîne. Dis-je avec agacement.

-Même pas en rêve. Il est hors de question que l'on te laisse seule, on a déjà assez donné. Répond Edge en grinçant des dents.

-C'est pas en me couvant que ça arrangera les choses. Al l'a dit lui-même, si on ne se confronte pas assez à ce genre de situations, on ne sera jamais de bons Gardes.

Red me serre le bras avant que son frère ne me soulève par le col pour me plaquer violemment au mur en me fixant avec des yeux brûlants de rage.

-Quand est-ce que tu vas te rendre compte à quel point ta vie est importante pour nous ?! Cesses d'être égoïste un instant et prends soin de toi bordel ! Arrêtes de faire passer nos besoins avant les tiens, ça n'apporte rien de bon à personne !

Les hurlements d'Edge sont puissants, ils regorgent de d'agacement, d'inquiétude et d'une certaine forme de douceur. Sa voix résonne dans le couloir vide puis laisse place à un silence vite interrompu par des gargouillis. Nos têtes se tournent vers la source du bruit et nous découvrons avec effroi un Dévoreur qui plonge sur nous pour nous attaquer. J'écarte Edge d'un coup de pied et le met hors de portée du Dévoreur, malheureusement, je n'ai pas le temps de me déplacer suffisamment loin pour esquiver sa charge, ce qui me coûte une douloureuse balafre au bras. Son coup de crocs est si profond qu'il m'a arraché une bonne partie de la chair de mon bras, emportant avec lui le GPS accroché à mon poignet et la mobilité de mon membre. Ses yeux sont rivés sur moi, me faisant comprendre que je suis sa proie.

Sans hésitation, je m'élance par la fenêtre en prenant soin de faire valser mes coéquipiers pour les mettre à l'abri.

-Je vais le semer au campement, rassemblez et évacuez tout le monde en attendant !

Je fonce dans la forêt tout en dressant une multitude de pics pour tenter de ralentir le Dévoreur et me permettre de me cacher. Heureusement pour moi, j'ai appris à maîtriser mes déplacements avec mes tentacules et arrive à suffisamment le distancer pour me cacher dans la salle de bain du camp. Je m'adosse au mur et respire profondément en me tenant le bras qui me fait souffrir le martyr. Je reste tout de même attentive aux gargouillis du Dévoreur qui s'éloigne petit à petit et pousse un soupir de soulagement avant de me faire surprendre par Error qui sort de l'Antivoid juste devant moi pour faire un garrot improvisé à la base de mon bras, ce qui diminue fortement l'effusion de sang.

-Décidément, tu es du genre bornée. Tu n'en fais qu'à ta tête. Dit-il avec dédain.

-Tu aurais fait la même chose à ma place.

-Nan, j'aurais battu en retraite. On n'a pas la même définition de la camaraderie toi et moi.

Il fait disparaître le garrot au moment où les voix de Red et Muddy se font entendre. Il disparaît dans sa dimension en souriant comme un sadique en murmurant.

-Prépares-toi à souffrir.

Red déboule dans la salle de bain et se fige en contemplant la mare de sang que j'ai formé. Je me relève et titube jusqu'à lui à cause de ma vision qui se trouble de plus en plus.

-Mon dieu, vous n'avez rien ?! Et Edge ? Il est blessé ?

-On s'en fout pour le moment !

Il m'assoit contre le mur pendant que Bill, Muddy et Blue accourent avec du matériel de soins. Muddy m'englobe pour maintenir ma température à un niveau optimal pendant que Blue examine mon bras.

-Ce n'est plus du soin qu'il faut à ce stade de dégradation, c'est de la régénération. Et je n'ai pas assez pratiqué pour ça. Annonce Blue en tremblant.

-Bien, je prépare le sort. Désinfectes-lui le bras. Lui répond Bill en lui lançant une bouteille d'alcool à 90%.

Je regarde Blue qui tremble de peur, on est tout les deux pleinement conscient que ça va être douloureux. Il dévisse le capuchon et s'approche de moi.

-Je suis désolé Léa. Dit-il, les yeux remplis de larmes.

-Fais-le, on n'a plus le choix. Dis-je en mordant le bout de bois que Muddy me met entre les dents.

L'alcool coule et s'infiltre lentement dans les moindres recoins de la plaie, provoquant une intense et atroce sensation de brûlure qui persiste et qui s'enfonce toujours plus profondément dans ma chair. Je me contorsionne dans tous les sens et mord avec férocité le bois que je sens plier sous la force de ma morsure qui contient et étouffe mon hurlement.

Blue continue de nettoyer la plaie pendant ce qui me paraît être une éternité jusqu'à ce que Bill n'arrive pour lancer son sort de régénération. La chair, les muscles et la peau reviennent peu à peu combler les trous béants que m'a laissés le Dévoreur et atténuent petit à petit la douleur du désinfectant. Muddy relâche son étreinte et m'aide à me relever car mon bras est complètement engourdi.

-Merci tout le monde, je pense que je ne m'en serais pas sortie sans votre aide cette fois.

-Tout le plaisir est pour nous ma grande. Répond Muddy en caressant ma tête.

On sort de la salle de bain et quand on arrive dans la pièce principale, tout le monde me regarde et pousse un immense soupir de soulagement avant de me prendre dans leur bras à tour de rôle, comme pour se rassurer que je sois bien en vie. Seul Edge reste en retrait, tête baissée. Je m'avance pour aller lui parler mais Al me prend dans une salle à part et m'installe devant un ordinateur.

-Qu'est-ce qui se passe ?

-Slender veut te parler.

Le ton sec sur lequel Al me l'annonce ne présage rien de bon. Il allume l'écran et se tient bien droit derrière moi pendant que j'attends nerveusement que la communication se mette en route. L'image apparaît et devient de plus en plus nette à mesure que Slender s'éloigne de la caméra.

-Bonsoir Léa. Dit-il avec un ton menaçant.

-Bonsoir Monsieur.

-Ben nous a informés de l'arrêt soudain de ton GPS, nous avons donc demandé à tes supérieurs un rapport et il se trouve que tu as de nouveau mis ta vie en danger. À plusieurs reprises pour ne pas arranger ton cas. Tu as quelque chose à dire pour ta défense ?

J'essaie de relever mes yeux et ma tête pour lui faire face mais son visage tordu de colère me font froid dans le dos.

-Non Monsieur. Je pense que rien ne peut justifier mes actes.

-Qu'en est-il de la version plus honnête qui se cache dans tes pensées ?

-J'ai fait ce qui m'a semblé être le plus adéquat en sauvant mes partenaires. La mission était déjà remplie dans le Tunnel, alors si je pouvais minimiser les pertes humaines en me sacrifiant, ça me convenait. Et pour ce qui est de l'attaque du Dévoreur, j'ai agis de manière impulsive. Rien de plus, rien de moins.

Le visage de Slender se relâche et poursuis avec un ton plus calme et posé.

-Il va vraiment falloir que tu te rendes compte à quel point tu nous es indispensable. On ne peut pas se permettre de perdre notre pièce maîtresse, alors grave cette information dans ton crâne et cesses de prendre des risques inconsidérés. Soupire-t-il.

-C'est tout ? Pas de sermon interminable ?

-Premièrement, tu n'es pas en position de dire une telle chose. Et deuxièmement, je sais très bien qu'une remontrance ne servirait à rien. Tu es de nature obstinée et bornée. Nos paroles peuvent te faire réfléchir mais sont incapables de te contrôler. Nous sommes obligés de te faire confiance, même si ça se termine par des incidents comme ceux-ci. Tout ce que je te demande, c'est de faire attention.

-Bien. Je vais faire de mon mieux pour ne plus vous inquiéter. Merci de votre indulgence et de votre confiance.

Je m'incline poliment et me lève.

-Une dernière chose !

-Oui ?

-Nous allons désactiver les GPS de tes camarades. Je pense que tu as retenu la leçon précédente.

-Merci Monsieur.

Je pars, laissant Al et Slender discuter ensemble pendant que je regarde tout le monde rejoindre leur chambre pour s'affaler dans leur lit, épuisés à cause du stress. Pour ma part, je n'ai pas encore sommeil, d'autant plus que mon bras engourdi me perturbe trop pour le moment.

Je décide de me faire une tisane et en entrant dans la cuisine, je découvre Edge affalé dur le comptoir, une bouteille de whisky entamée au trois quart à ses côtés. Je sais pertinemment que cette bouteille était à peine entamée à la fin de notre dernier apéro, je m'approche et lui retire son verre avec la bouteille de mon bras valide. Il relève à peine sa tête et fuis ouvertement mon regard, alors je m'assois à côté de lui et lui parle gentiment.

-Je sais que l'alcool peut aider à faire passer la pilule, mais tu ne dois pas en abuser. C'est bien toi qui me l'a dit non ?

-Mouais.

-Tu n'as pas à t'en vouloir. Je suis la seule à avoir pris cette décision, alors arrête de noyer ta frustration et tes problèmes dans l'alcool. Ça va te tuer à petit feu.

-Et toi tu vas me tuer petit à petit si tu continues d'agir comme ça !

Il me tire brusquement sur ses genoux pour me coincer entre le comptoir et lui en m'enlaçant fermement et en calant son front dans mon épaule.

-Merde, tu ne te rends pas compte à quel point c'est frustrant de te voir avancer, prendre des risques alors que je suis censé le faire pour toi !

-Pardon ? J'ai peur de ne pas bien comprendre.

-J'étais censé te protéger, tu devais m'admirer et me prendre pour exemple. Au lieu de ça, tu progresses à une vitesse fulgurante, c'est comme si je ne servais à rien ! Bougonne-t-il en me serrant davantage.

Je pose ma main valide sur le haut de sa tête pour la caresser pendant que la seconde atterri un peu maladroitement sur l'une de ses grandes mains gantées. Son souffle chaud parcoure ma nuque et me fait frissonner.

-Mais je t'ai toujours admiré. Tu possèdes une puissance, une agilité et un mental que je ne pourrais jamais avoir. Et puis douée comme je suis, tu auras moult occasions de venir me tirer d'un mauvais pas. Dis-je en riant doucement.

-Alors pourquoi je marche qu'en voyant ton dos ?

-Parce que je veux te prouver ma valeur. Te montrer que je suis enfin digne d'être l'égale du Grand Edge.

-Et de toutes les personnes que j'ai rencontrées il fallait que ce soit toi !

L'une de ses mains relève subitement mon cou pour qu'il y plante ses dents, m'arrachant un petit cri au passage pendant que la deuxième se resserre à l'intérieur de ma cuisse. J'essaie de bouger mais il me maintient contre lui en laissant un profond grognement bestial sortir du fond de sa gorge. Mon corps tremble, partagé entre la peur et l'excitation alors qu'il retire ses crocs pour passer sa langue sur la plaie et sur le reste de mon cou, me provoquant de courts gémissements.

-Pourquoi est-ce que je ressens ça ? Pourquoi est-ce que tu me fais autant d'effet ?!

Il reprend les morsures et fait glisser sa main de ma cuisse jusqu'à ma poitrine pour la serrer entre ses doigts. Je retiens de toutes mes forces mes gémissements et sens une bosse ferme dans le bas de mon dos.

-Edge, je crois que tu vas trop loin. Dis-je d'une voix aussi tremblante qu'une feuille.

Il s'écarte d'un coup et me regarde avec un air choqué et gêné. Il cache ses yeux d'une main et grince des dents.

-Merde, merde !

Il frappe du poing sur la table, me faisant sursauter par la même occasion.

-Je suis allé beaucoup trop loin cette fois. Je n'aurais jamais dû perdre le contrôle de la sorte. Je suis désolé.

-Ce n'est rien, enfin je crois.

-Écoutes, oublies ce qu'il vient de se passer, ou au moins n'en parle pas. On sait tous les deux ce qu'on a fait et on n'en reparle plus. Compris ?

-Oui Edge...

Il part comme une furie, me laissant en plan, complètement dépassée par les événements. Je vais me passer de l'eau sur le visage, espérant faire descendre la tension, mais la vue des marques laissées par Edge sur toute la partie gauche de mon coup me fait paniquer, au point où j'en viens à demander de l'aide à Muddy, à qui j'explique toute la situation.

Elle jubile et me montre comment bien ajuster mes vêtements pour cacher les preuves.

-Tu en as pour au moins deux semaines sans sort de soin.

-Je vois, merci de ton aide.

-De rien, mais maintenant tu dois me promettre que tu vas te jeter à l'eau.

Je marque une pause et la regarde un peu gênée.

-Tu trouves ça normal ce genre de sentiments ?

-On ne peut plus normal ! Tu peux foncer tête baissée. Et pour te filer un coup de pouce, je vais t'arranger des sorties pour tes vacances, fais-moi confiance !

Je me jette dans ses bras pour me rassurer dans son parfum frais de linge propre avant d'aller me reposer pour ranger toutes mes pensées