27. Imprévus

Dimanche 30 Septembre :

Je me réveille en sursaut à cause des notifications de mon téléphone, me confirmant au passage de nombreuses courbatures dues à nos ébats d'hier soir. Je me décale en faisant grommeler Edge qui dort toujours pour regarder qui me harcèle dès le matin. J'ouvre la messagerie et avant même de lire le message, je remarque que l'envoyeur est Offender. Je verrouille aussitôt l'appareil et titube jusqu'à la salle de bain où je m'enferme pour plus de sécurité avant d'enfin pouvoir lire ce que l'on m'a envoyé.

Il se trouve que j'ai bien fait de prendre mes précautions puisque effectivement, Error nous rapporte une certaine agitation du côté de Puppet qui a visiblement convaincu Ruvik de le laisser « marquer » nos esprits. Il ne peut malheureusement pas en savoir plus car Ruvik semble lui imposer quelques restrictions qui l'empêchent de collecter plus de données.

Sur la conversation, Offender demande si l'on ne doit pas s'attendre à une attaque frontale lors d'une sortie ou d'une mission et Error lui a répondu qu'au vu du tempérament de Puppet, il faut s'attendre à un truc du genre, de gros dégâts matériels et civils.

Tout ça ne présage rien de bon, mais je dois garder la face pour que personne ne se doute de rien pour le moment. Je me vidange et rejoins Edge comme si de rien n'était pour profiter encore un peu de son étreinte. Quand il se réveille enfin, il me regarde avec un petit sourire en coin et me tire un peu plus contre lui, me faisant un peu grincer des dents à cause des courbatures.

-Et bien ? Il semblerait que tu ne récupère pas aussi vite que d'habitude. Lance-t-il d'un air taquin.

-Haha, très drôle. Mais je dois avouer que je préfère avoir ce genre de douleur après un moment comme celui-ci plutôt qu'après un combat ou une mission. Dis-je en l'embrassant rapidement.

-C'est un fait.

Il marque une pause et passe ses doigts sur les traces de morsures de mon cou avant de reprendre en soupirant.

-On va dire que pour ton confort et ta tranquillité, je trouve qu'il est préférable de résorber tout ça.

-J'y pensais aussi. Non pas que ça me dérange de montrer que je t'appartiens mais je préfère rester discrète. Surtout après la rouste de Slender.

Il se relève pour s'étirer et me regarde avec un petit sourire doux que je ne lui connaissais pas.

-Tu sais, j'ai beau vouloir me faire passer pour un mâle dominant, je ne peux pas me résoudre à t'imposer des choses qui ne te plaisent pas. Tu n'as pas à être traitée comme un objet, personne ne doit l'être. Au final, ce choix t'appartient et le sera toujours. Lâche-t-il en passant sa main sur sa nuque.

Je viens l'enlacer en souriant et calle ma tête contre l'arrière de ses côtes.

-Ça me rassure un peu de t'entendre dire ça. Dans le fond je sais que ce genre de choix m'appartient, mais j'avais un peu peur que tu réagisses mal par rapport à ta fierté. C'est donc vraiment un soulagement pour moi de t'entendre le dire de toi-même.

-Attend, tu doutais vraiment de ça ?! Je sais que j'ai été un connard à ton égard, mais à ce point...

-Et envers les autres également.

-Oui, enfin bref, je ne suis pas la meilleure personne objectivement parlant, mais jamais je ne forcerais quelqu'un à faire quelque chose qui ne lui plaît pas !

Vu son air renfrogné, je pense l'avoir un peu vexé. J'arrive heureusement à rattraper le coup à force de discussions et de débats jusqu'à ce qu'on se décide enfin à se lever à proprement parler pour sortir voir des gens et profiter de ce beau dimanche encore doux et ensoleillé.

Vendredi 11 Octobre :

Ça fait maintenant plus d'une semaine que je suis sur mes gardes et mon comportement commence à alerter les plus perspicaces des squelettes comme Ink, Blue ou encore Sans. En effet, plus le temps passe, plus le stress et l'angoisse me rongent. J'ai du mal à dormir et n'arrive pas à rester concentrée sur la plupart des cours car je suis sans arrêt sur mes gardes, à l'affût du moindre changement ou son suspect.

Par chance, ma capacité à mentir me sauve la mise en leur faisant croire que je fais pas mal de cauchemars et que certains d'entre eux me rendent un peu parano, mais que ça me passera dans après une bonne nuit de sommeil. Ils sont simplement un peu septiques mais me font confiance, ce qui me soulage un peu.

Mais malgré les quelques tasses de café avalées au petit-déjeuner, je ne parviens pas à rester complètement éveillée durant les deux premiers cours de la matinée alors qu'ils sont toujours intéressants. Je finis par me dire que je sécherais le cours d'endurance pour essayer de récupérer, mais que je dois au moins suivre la théorie, histoire de dire que j'ai au moins tenu une demi-journée.

Entre deux battements de paupières, je distingue au tableau l'image un peu floue de SCP-035, le sujet d'étude du jour. La voix d'Eyeless est distordue à cause de la fatigue, je prends donc l'initiative d'enregistrer le cours avec mon portable pour rattraper mon retard puisque même avec toute la volonté du monde, je n'arrive pas à sortir du gaz. Les bavardages et le son des stylos grattant sur le papier constituent un excellent fond sonore pour m'endormir.

Le bruit sourd des plombs qui sautent suivis de quelques cris de surprise me sortent instantanément de ma torpeur. L'amphi est plongé dans l'obscurité et malgré les paroles rassurantes d'Eyeless, l'agitation et la peur envahie toute la classe, majoritairement les petits nouveaux. Tous mes sens sont en alerte et je demande à Papyrus, Blue et les autres de calmer les étudiants car ce sont les plus aptes à le faire selon moi, chose qu'ils acceptent sans perdre de temps.

Je ne distingue pas grand-chose à cause du manque de lumière mais j'entends clairement Jack tenter de remettre le courant en place sans succès. D'un coup, le vidéoprojecteur se rallume et projette un genre de vidéo où l'on voit SCP-035 flotter avec une mine souriante affreusement sinistre, derrière lui se tient une silhouette fine bien trop familière à mon goût. L'ombre devient plus nette et dévoile Puppet, dont les yeux brillants semblent me fixer. C'est en comprenant la merde dans laquelle nous sommes que je hurle à plein poumons.

-Tous à terre ! Planquez-vous !

J'ai à peine le temps de déployer une barrière d'os et de matière noire que Puppet empoigne 035 et sort par je ne sais quels moyens de l'image projetée en brisant mes protections pour me coller 035 sur le visage avant de disparaître en riant hystériquement.

La réalité est bien plus douloureuse que les rapports, ma peau fond comme neige au soleil sous l'action de son liquide corrosif et ne tarde pas à atteindre ma chair et mes nerfs avant de couler dans mes yeux et dans mon cou, me provoquant une indescriptible sensation de brûlure extrême alors que je hurle à m'en déchirer les cordes vocales en essayant de retirer le masque, sans succès puisque mes doigts se désagrègent à cause de ses sécrétions. En sentant la conscience de 035 prendre de plus en plus de place grâce à la fatigue et la souffrance, je tente le tout pour le tout en utilisant un sort de régénération un peu maladroitement sur toute la zone de ma tête pour éviter la mort cérébrale tout en luttant contre la personnalité sadique de 035 qui essaye de prendre le contrôle de mon corps et de mon esprit. Je m'adosse au bureau derrière moi et me laisse glisser par terre pour économiser le peu de force qu'il me reste.

La voix mentale de 035 masque tous les bruits autour de moi et ce qu'il reste de mes yeux ne me permet même plus de distinguer les formes, tout devient sombre et silencieux. Je m'enfonce lentement dans un sommeil profond, ignorant l'immense douleur qui parcourt mon corps.

Mercredi 16 Octobre :

Plusieurs voix se trouvent dans la même pièce que moi, mais je n'arrive pas à comprendre ce qu'elles se disent, comme si j'étais sous l'eau. Je bouge légèrement mes extrémités et saisi rapidement que mon corps entier est engourdi.

Le niveau de l'eau se met à baisser et je remarque que je ne suis pas du tout mouillée. Une grande masse bleu claire avec deux grands yeux ronds et rouges se dresse face à moi et il me faut quelques instants pour reconnaître la mine effrayée de Mudy , puis comprendre qu'elle me servait de sas régénérateur. Je me redresse difficilement avec l'aide de Mudy qui soutient tout mon dos et mes cervicales avant de me masser le front et de retrouver peu à peu mes sens. En balayant les lieux du regard, je constate que je ne suis pas à l'Académie. La pièce est haute avec un plafond en dôme et les murs sont en pierre tout ce qu'il y a de plus basique, c'est peut-être la raison pour laquelle il fait plutôt frais. Plusieurs Elfes richement habillés font des allées et venues pour s'échanger des documents en jetant de brefs coups d'œil dans ma direction.

-Comment tu te sens ma grande ? Me demande Mudy en prenant ma température.

-Un peu pâteuse mais dans l'ensemble ça va. Lui répondis-je en souriant pitoyablement.

-Est-ce que tu te souviens de ce qu'il s'est passé avant que tu t'endormes ?

Je croise les bras et fronce les sourcils pour réfléchir, j'ai effectivement l'impression d'avoir comme un gros trou de mémoire. J'essaie une nouvelle fois d'analyser les alentours pour trouver quelques indices et cette fois-ci, c'est une série d'images similaires accrochées les unes après les autres sur un tableau qui attirent mon regard. Je pose un pied, puis l'autre et avance lentement avec le soutien de Mudy jusqu'à mon objectif et étudie les images, qui se révèlent être des photographies prisent avec soin.

Le sujet des clichés semble le même, un humanoïde dont le profil a été tiré du haut du crâne jusqu'au milieu d'un torse charnu qui indique le genre féminin de cette personne, à la différence que sur la première photo, le visage et la surface de la boite crânienne sont endommagé, comme si ils avaient fondus, ce qui n'est pas le cas des autres. En effet, plus on avance, plus la zone de la tête et du torse se recouvrent de chair, puis de peau et de poils aux endroits où ils devraient être, jusqu'à ce que je me reconnaisse. Sous chaque image, se trouve la date et l'heure à laquelle a été pris le cliché, partant du Vendredi 7 Octobre à 11h27 jusqu'au Mercredi 16 Octobre à 8h.

Les souvenirs refont surface et des flashs horrifiques bombardent mon cerveau, me faisant perdre l'équilibre et coupant mon souffle. Tout me revient maintenant, les plombs qui sautent, la peur, SCP-035 et Puppet et enfin ma peau qui fond sous la corrosion. Mudy m'asseoir dos au mur pour essuyer la mes larmes et la transpiration qui perle sur mon front pendant que je peine à reprendre le contrôle sur ma respiration. Je la regarde, lui faisant comprendre que la mémoire m'est revenue avant qu'elle ne me porte jusqu'au lit dans lequel je me trouvais. Je me recroqueville et prends de profondes inspirations pendant un temps pour pouvoir me calmer. En relevant la tête, je remarque dans l'encadrement de la porte le pinceau d'Ink, et en tendant l'oreille, je sais qu'il y a d'autres personnalités importantes de l'Académie.

Le premier à entrer est Eyeless Jack et me fais passer toute une batterie de tests pour s'assurer que tout est bien régénéré et en place, sous les regards inquiets d'Offender et de Jeff qui restent à l'écart pour le moment.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé quand j'ai perdu connaissance ?

Il s'écarte pour pousser un soupir mélangeant gêne et frustration en se massant la nuque.

-Je n'aime avouer ce genre de chose, mais je n'ai pas su être un bon supérieur sur ce coup-là. Malgré la panique et le danger, Ink a été le premier à accourir pour t'éviter la mort cérébrale en poursuivant la régénération. Il n'a pas hésité un seul instant alors que de mon côté, je n'ai pu qu'assister à la scène sans savoir quoi faire à cause de la surprise. Il a fallu qu'il ordonne à tous ceux qui maîtrisent des sorts de soins pour que je m'active.

Je lui offre quelques petites tapes amicales pour tenter de détendre l'atmosphère, et son petit soufflement m'indique qu'il a un petit sourire.

-Personne ne réagit de la même manière face à certaines situations. Tu as d'abord pensé à la sécurité des autres élèves parce que tu as conscience de mes capacités. Tu n'as pas à te blâmer pour ça.

-Même, ça me frustre. Enfin bref, après avoir arraché SPC-035 au pied de biche et une partie de la peau de ton visage, Sans a suggéré de te téléporter à la Cité Impériale pour pouvoir te prodiguer les meilleurs soins en continu. Par chance, Mudy était déjà sur place avec quelques Hauts Elfes et ils ont été très réactifs.

-Et 035 ?

-Slender l'a enfermé dans un vieil aquarium le temps que la Fondation n'arrive pour le confiner. Ce qui nous inquiète, c'est que Puppet possède maintenant la même capacité que Ruvik ou Ben qui est de se promener librement sur des réseaux informatiques. Lâche-t-il en soupirant.

-Donc c'est clairement la merde. Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? Dis-je en me rongeant le peu d'ongle que je possède.

-Ben et d'autres mages sont sur le coup pour fortifier et rendre le réseau Impérial global plus difficile d'accès, donc pas de soucis de ce côté pour le moment. Lance Offender en s'adossant dans l'encadrement de la porte.

La discussion continue et s'étend sur les éventuels problèmes qui pourraient survenir dans le futur jusqu'à ce qu'un Elfe demande aux visiteurs de partir.

-Offender peut rester pour me raccompagner ? Je pense être rétablie.

-Non, je vais rester avec toi. Coupe Ink en avançant vers moi avant de se faire arrêter par Eyeless.

-Non, j'ai besoin de toi pour aider Ben et rassurer les autres. Offender, pas de bavures, sinon ton frère te tombera dessus. Lance Jack en sortant.

Mudy et un mage viennent m'examiner et me laissent partir, bien que Mudy m'accompagne jusqu'à sortir de la ville en me faisant la bise.

-Tiens-nous au courant, on sera ravi d'avoir de vos nouvelles. Dit-elle en souriant.

-Je n'y manquerais pas, faudrait se faire un petit resto un de ces quatre !

-J'avoue, après on se reverra sûrement pour l'examen d'hiver.

-C'est vrai que ça se rapproche dangereusement, enfin bref, à la prochaine !

Elle nous laisse et nous nous enfonçons dans la forêt en marchant tranquillement, avant qu'Offender ne brise le silence.

-Error est en train de perdre sa place de second auprès de Ruvik. Lâche-t-il sans aucune pression.

-Pardon ?! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Nos interactions ne passent plus inaperçues aux yeux de Ruvik à cause de certains de ses sbires, c'est aussi pour ça qu'il n'a pas pu prévoir cette attaque.

-Et donc ? Ça veut dire quoi en gros ?

-Ça veut dire qu'il a de moins en moins d'accès aux informations sensibles et qu'il risque de se faire rejeter par Ruvik et ses pairs s'il continue de se faire remarquer, d'où le manque de précision sur cet…incident.

-Merde, on est en train de perdre notre informateur. Et pour couronner le tout il risque d'y rester s'il déconne un peu trop.

Je me gratte frénétiquement le crâne pour évacuer une partie de ma frustration et de mon stress durant quelques instants avant qu'Offender ne me les plaque dans le dos.

-On n'a pas passé des journées entières à réparer ta tête pour que tu te la déglingue cinq minutes après être sortie. Lance-t-il en riant pour détendre l'atmosphère avant de libérer mes mains.

On continue notre route en essayant de se changer les idées afin de ne pas paraître trop suspect mais un bruit familier remonte jusqu'à mes oreilles, et sans trop de surprise, c'est Error qui vient à notre rencontre, l'air grave.

-Je vous passe les formules de politesses, on n'a pas vraiment le temps pour ça. Je voulais juste m'assurer que tu ne sois pas trop choquée par ce qu'il s'est passé. Dit-il en me tournant autour pour m'examiner rapidement sous tous les angles.

-Comme tu peux le voir, ça va. C'est la fatigue et l'angoisse due à ta mise en garde qui ont fait le plus de dégâts, mais mis à part ça, je ne devrais pas avoir de séquelles étrangement. Lui dis-je d'un ton détaché.

-Ink a au moins servi à quelque chose dans l'histoire. Soupire Error.

-Comment tu sais ça toi ?

-Je l'ai mis au courant. Tu te doutes bien qu'il ne peut pas s'infiltrer dans la Citée comme ça. Répond Offender.

-Et je suppose que tu ne sais pas comment Puppet a pu obtenir de telles aptitudes ?

-Nan, mais j'exploiterais la moindre faille pour récupérer le plus d'information possible avant de filer fissa. Lance Error en serrant les poings.

-La situation est si critique ? Demandais-je.

-Malheureusement oui, elle m'échappe complètement pour une raison que j'ignore.

-Tu comptes rejoindre l'Académie après ton départ ?

La question d'Offender à Error le force réfléchir un temps avant qu'il n'en vienne à la conclusion suivante en soupirant.

-Ce serait la meilleure chose à faire, et je compte sur toi pour ranger le maximum de personne de notre côté. Parce que je n'ai pas vraiment la cote parmi tes copains et tes profs. Lance Error en faisant un peu la grimace.

-Je veux bien essayer, mais les miracles ne sont pas vraiment ma spécialité.

-Si tu savais…

Il nous salue brièvement avant de disparaître dans un portail, nous laissant rentrer tranquillement au bercail qui grouille d'activité bien que l'heure du dîner soit largement dépassée. Je suis évidemment prise d'assaut par mes squelettes favoris et Jackal qui a très mal pris ma soudaine disparition car son étreinte est bien plus ferme que d'habitude. Je lui caresse le dos et lui murmure que je vais bien et que tout est fini pour le rassurer, ce qui l'amène à me reposer délicatement sur le sol.

Après une embrassade générale, Slender me convoque pour un bref rapport qui ne dure pas plus de dix minutes avant d'enfin me laisser tranquille.

Lundi 20 Octobre :

J'ai passé les derniers jours à me défouler à chaque pause en courant un peu partout dans les jardins et en défonçant des sacs de frappe pour passer ma frustration sans déranger la moindre personne. En fait, j'essaie surtout de m'occuper un maximum pour éviter de ruminer et de trop réfléchir sur le dernier incident puisqu'on ne sait toujours pas comment Puppet a pu se balader de réseaux en réseaux et ça me titille un peu trop l'esprit.

Je me dépêche d'aller au cours de vol pour prendre un grand bol d'air frais, sans mauvais jeu de mot et explose mes derniers records de hauteur et de vitesse sans vraiment m'en rendre compte, au grand plaisir de Karl qui applaudit ma performance.

En sortant des vestiaires, je remarque que Stretch et Sans sont en train de m'attendre en discutant avec Karl qui me fait de grands signes pour que je m'approche. Je m'exécute et il pose sa grande main sur mon épaule pour la tapoter plus doucement que d'habitude.

-Tes petits gars viennent de me mettre au courant de la situation. Je me disais bien que des résultats pareils étaient dus à un truc important. Lance-t-il en riant bruyamment.

-Ouais, j'ai tendance à faire du zèle dans ces moment-là. Mais je pensais qu'on évitait d'ébruiter ce genre de choses. Dis-je en jetant un coup d'œil à Sans qui hausse les épaules avant de me répondre.

-Il nous a simplement demandé ce qui avait pu t'arriver pour que tu sois aussi énergique. On a dit les choses telles qu'elles sont.

-Et vous avez bien fait ! Venez les jeunes, je vous invite à dîner pour que l'on puisse discuter de ça autour d'un bon verre, et surtout assis bien confortablement.

Nous acceptons avec grand plaisir son offre et le suivons jusqu'à la forge qui est pour une fois peu animée par rapport à d'habitude. En laissant traîner mes yeux un peu partout, je remarque que Bonnie est en train de se faire refaire les mains et les pieds. Poussée par la curiosité, je vais à sa rencontre en restant à une distance de sécurité plus que raisonnable.

-Salut, tes extrémités étaient si abîmées que ça ?

-Ho ! Bonsoir, et oui, la carcasse devenait de plus en plus fine. En fait, je suis le dernier à passer par la case réparation. Dit-il en me faisant un signe de la main.

-Et pourquoi ça ? Je veux dire, pourquoi toi en dernier spécifiquement ?

-Parce que Toy Bonnie et moi-même étions réquisitionnés pour enquêter sur ce qu'il s'est passé avec 035.

-Je vois…et ça avance ?

-Pour être franc, nous avons une piste sérieuse. Mais nous devons creuser encore un peu pour éviter de nous lancer dans une expédition risquée.

-Tu peux m'en dire plus s'il te plaît ?

Il s'arrête de parler, faisant mine d'observer le forgeron s'occuper de minuscules détails avant de soupirer.

-Nous pensons que Springtrap est à l'origine de nos soucis. Me répond-t-il en détournant le regard.

-Springtrap ?! M'écriais-je.

-Mais rien n'est encore sûr. Donc pour le moment, on ne fait rien. D'ailleurs, je pense que tu fais attendre tes compagnons.

Il pointe du doigt Karl qui fait griller de délicieuses brochettes au-dessus d'un brasier, avec une chope remplie d'un liquide ambré. Je les rejoins et il me tend une boisson identique à la sienne. J'y trempe les lèvres et constate que ce n'est que du thé noir glacé.

-Je pensais que des gars comme vous buvaient de la bière. Dis-je en sirotant ma boisson.

-Vu ce que l'on boit à cause de la chaleur, je ne suis pas certain que l'on pourrait correctement travailler avec autant d'alcool dans le sang. Lance Karl en riant tout en nous tendant une brochette à chacun avant de se vautrer dans un vieux fauteuil usé jusqu'à la corde. La discussion démarre et je la fait glisser vers le sujet des animatroniques.

-Et mettons, comment est-ce qu'on ferait pour dissocier la personnalité de l'humain et de la machine ? Dis-je en mordant dans ma viande l'air de rien.

-Et bien il faudrait que des médecins ou des mages sectionnent le cordon qui relie les deux consciences mais il faut s'assurer auparavant que ça n'entraînera pas la mort du sujet. Répond Karl en sirotant son thé.

-C'est déjà arrivé dans le passé ?

-Il y a eu quelques rares cas engendrés par des tarés qui pensaient pouvoir totalement humaniser des machines. On n'a pas pu tous les sauver malheureusement. Mais il existe des cas d'androïdes qui se sont bien terminés. Lance Stretch en allumant une énième clope dans le feu du brasier.

On continue jusqu'à ce que Bonnie soit réparé et ouvre la marche. Sur le chemin, Sans et Stretch me ralentissent pour que Bonnie ne puisse pas nous entendre.

-J'ai une vague idée de ce que tu as derrière la tête, et je n'aime pas ça. Lance Sans avec une mine renfrognée.

-Écoutez, c'est visiblement la seule piste envisageable pour le moment. Ça vaut le coup d'essayer non ?

-Tu sors à peine d'un grave accident et tu veux déjà remettre le couvert ? Il n'en est pas question à moins que l'on soit sûr à au moins 80% que ce soit lui la cause de ce problème. De toutes manières, personne ne sait où il se trouve et comment le localiser. Ajoute Stretch d'un ton très sérieux.

-Si ce n'est que ça, je suis prête à attendre le feu vert de Slender et des autres pour partir en mission avec vous ! M'écriais-je pour les rassurer.

-Il y a bien intérêt pour toi. On doit récupérer de toutes ces émotions nous aussi. Lance Sans en prenant ma main, vite suivi par Stretch.