Chapitre II : Un Prédateur Perdu
(Quelques mois plus tard)
Les cadets du 104ème corps étaient en plein entrainement au combat singulier, une matière dans laquelle Amos était l'expert et le professeur incontesté.
Son élève du jour était Jean Kirstein, qui avait apprit récemment qu'il était préférable d'apprendre à se battre si l'on souhaitait intégrer les Brigades Spéciales. Il avait donc, comme beaucoup, demandé l'aide de Nox. Mais contrairement aux autres, le natif de Trost avait surmonté les premières séances de torture pour se concentrer sur ses progrès, et Amos était plutôt satisfait de cet élève-ci.
— Excellente souplesse, Jean ! complimenta le grand blond en esquivant un coup de pied circulaire qui visait sa tête.
Kirstein eut un sourire narquois et lança une série de coups de poing rapides qui furent tous bloqués sans difficulté, frustrant ainsi le jeune homme.
— J'arriverai à te toucher un jour, jura-t-il en reprenant ses distances.
— Si tu agissais plus que tu ne parlais ce serait déjà fait, répliqua le « Conseiller » en roulant des yeux.
Alors que le natif de Trost repartait à l'assault, Amos profita des attaques prévisibles de ce dernier pour faire un point sur ses élèves.
Jusqu'à présent, il avait entrainé Jean, Sasha, Connie et Marco. Tous ceux qui voulaient rejoindre les Brigades Spéciales et pour qui les arts martiaux seraient un atout. Néanmoins, Nox était déçu. C'était surtout Mikasa qu'il voulait entrainer, en effet, l'orientale comptait beaucoup trop sur son attribut héréditaire et ne voyait donc pas l'intérêt de s'améliorer dans ce domaine. Surtout qu'elle avait vaincu tous ceux qu'elle avait affronté.
Le meilleur moyen d'attirer son attention, c'était bien évidement Eren, cependant…
Jaeger préférait s'entrainer avec Annie Leonhart plutôt qu'avec qui que ce soit d'autre, et ça, Amos n'avait eu aucun mal à comprendre pourquoi.
La deuxième plus petite blonde après Christa avait tapé dans l'oeil du natif de Shinganshina, au grand dam de Mikasa qui jetait parfois des regards froids au duo.
— « Voilà peut-être l'opportunité dont j'ai besoin », songea Amos. « D'abord Eren, ensuite Mikasa ».
Il recula d'un pas pour esquiver la dernière attaque de Jean, et passa un bras derrière son dos avant de se mettre en garde.
À cela, les traits du visage de Kirstein se murent pour former une grimace vexée.
— Tu te fous de ma gueule ? gronda-t-il trop fort, ce qui attira l'attention des autres cadets.
Y compris celle d'Eren.
— Tu es trop arrogant, répondit Amos en secouant la tête, tu as besoin d'apprendre l'humilité.
Sur ces mots, il fit signe à Jean de venir l'affronter, et manqua presque de sourire lorsqu'il remarqua le regard goguenard de Jaeger du coin de l'oeil.
Ce qu'il ne remarqua pas en revanche, c'était l'intérêt qu'Annie portait à sa petite mise en scène.
Kirstein hésita, il n'était pas condescendant au point de réaliser qu'il s'était fichu dans un joli bourbier en faisant part de son mécontentement. Maintenant que presque tout le monde le regardait, il ne pouvait plus faire marche arrière.
Aussi il se mit en garde, maitrisa sa respiration, et se jeta à l'assaut de celui qui serait son bourreau.
Amos para et esquiva les attaques du natif de Trost avec la précision et la rapidité d'un maitre des arts martiaux. Il laissa durer le spectacle un court instant afin que chacun puisse en profiter pleinement, puis il mit un terme à la confrontation en balayant les jambes de Kirstein qui tomba lourdement sur les fesses.
— Putain ! s'exclama ce dernier alors que quelques éclats de rire fusaient depuis les rangs des cadets. C'était vraiment nécessaire ?
Amos haussa les épaules tout en aidant son apprenti à se relever.
— On doit tous passer par là, expliqua-t-il en souriant avant de jeter un coup d'oeil parmi leurs spectateurs, n'est-ce pas Reiner ?
Cette phrase raviva immédiatement le souvenir de l'humiliation qu'avait subit Braun des mains d'Annie, embarrassé, celui-ci se frotta l'arrière du crâne.
— Bon, repris Amos tout haut en frappant dans ses mains, reprenez l'entrainement avant que Shadis ne nous tombe dessus.
Sur ces mots, les cadets respectèrent l'autorité naturelle du grand bond et se dispersèrent presqu'immédiatement. Même Eren se plia instantanément à ses instructions, une réaction qui s'expliquait sans doute par l'admiration et le respect parfaitement lisibles dans son regard. De son côté, Nox parcouru les rangs de ses camarades afin de prodiguer des conseils.
En passant, il aperçut Christa et Armin en pleine leçon, un sourire en coin se dessina son visage.
Si les progrès d'Arlet étaient fulgurants aux échecs, ils l'étaient beaucoup moins sur le terrain d'entrainement. Christa avait donc prit sur elle pour enseigner le combat à mains nus à Armin, et si la plupart du temps il finissait groggy et courbaturé, il s'était amélioré au point de pouvoir tenir un peu contre le petit ange du régiment.
Même si le surnom de « petit ange » perdait tout son sens quand elle laissait parler ses poings, Thomas en avait douloureusement fait les frais.
Après avoir constaté que personne n'était libre si ce n'était Ymir qui n'avait aucune envie de se battre contre lui, le jeune homme se contenta de regarder la leçon qu'Armin recevait de Christa au cas où il aurait des choses à ajouter.
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Annie Leonhart observait Amos Nox avec méfiance, il y avait quelque chose qui ne lui plaisait pas du tout chez ce type.
Il était tout simplement trop gentil, trop doué, trop amical, trop facile à apprécier pour être authentique. La première chose qu'elle remarqua le concernant, c'était qu'il semblait capable de détecter le potentiel des autres cadets. Déterminant ainsi qui était digne de son attention et de ses enseignements et qui ne l'était pas, séparant les gens talentueux des gens normaux, élargissant par la même occasion le gouffre entre les candidats au top 10 et la chair à canon habituelle. Annie était convaincue qu'il ne laissait rien au hasard, et contrôlait presque le cent quatrième corps des cadets sans que personne ne s'en rende compte. Les seules qu'ils n'avaient pas encore approché étaient Mikasa et elle-même. Même Eren semblait boire chaque parole qui sortait de la bouche de ce type depuis qu'il lui avait sauvé la mise lors du test d'aptitude.
Ensuite… Il était beaucoup trop fort et savant pour être normal. Il prétendait avoir tout apprit dans une école privée du Mur Sina, une histoire crédible puisque personne ici n'y avait jamais mit les pieds. Cependant il n'avait que treize ans, et elle doutait fortement que les gamins couvert de soie de l'Intérieur n'ait les compétences que possédait Nox. Ses capacités d'analyse et d'anticipation étaient hors norme, ses mouvements aussi rapides que fluides, et ses coups aussi précis que dévastateurs.
Le sourire fraternel qu'il arborait presqu'en permanence empestait la fausseté du point de vue d'Annie, et ses conseils étaient beaucoup trop précis et justes pour être aussi simples qu'il tentait de les faire paraître.
C'était presque comme si…
La charge d'Eren interrompit ses pensées, et elle fut obligée de l'envoyer au tapis afin de se remettre à réfléchir. Hélas, le jeune homme ne lui laissa pas cette opportunité.
— Putain… grogna-t-il avec colère, j'arrive à rien…
— Arrête de chouiner, répliqua-t-elle exaspérée, tu progresses, mais t'es encore loin de mon niveau, c'est tout.
Jaeger se redressa en se massant les côtes et suivit le regard bleu-argenté de la jeune fille.
— Tu ne le trouves pas suspect ? demanda soudainement Annie sans quitter sa cible des yeux.
— Hein ?
— Amos, clarifia-t-elle, tu ne trouves pas ça bizarre qu'il passe autant de temps à aider certains d'entre nous tout en laissant les autres moisir ?
À sa grande déception, Eren fut plus stupéfait que méfiant.
— Qu'est-ce que tu racontes ? Amos aide pratiquement tout le monde.
— À différents niveaux, corrigea Annie en se servant de Jaeger pour développer sa réflection, il donne des conseils généraux à tout le monde, mais ses conseils et ses enseignements perso ils ne les donnent qu'à deux poignées de gens tout au plus. À ton avis, pourquoi il fait ça ?
Le garçon aux yeux verts semblait totalement perdu, mais réfléchit à la question néanmoins.
— Parce qu'il sait faire la différence entre ceux qui sont doués et ceux qui ne le sont pas ?
— Bingo.
— Je ne vois toujours pas où est le problème, admit Eren en regardant son camarade, il entraîne les plus méritants, donc les plus utiles. Il m'aide beaucoup pour la tridimensionnalité.
Annie grinça des dents, clairement déçue par sa réponse.
— « Imbécile. Tu crois qu'il t'entraîne parce que tu es méritant ? C'est pour ça que tu ne te méfies pas… »
— On dirait qu'il forge sa petite unité personnelle, expliqua-t-elle finalement, ça ne te dérange pas un minimum ?
— Qu'est-ce que ça peut faire ? demanda naïvement le jeune homme. Du moment qu'on a ce qu'il faut pour éclater les titans…
Cette précision fit hausser un sourcil à la blonde.
— Parce que tu penses qu'il va rejoindre le Bataillon ?
— Il l'a admit lui-même, insista Eren sur la défensive, s'il a ce qu'il faut pour nous débarrasser de ces saloperies je prendrais ce qu'il a à nous offrir.
Annie comprit rapidement qu'elle n'arriverai pas à changer l'avis de Jaeger, ce dernier admirait trop Nox et détestait trop les titans. Pendant un instant, elle se demanda pourquoi le natif de Shinganshina venait la voir elle plutôt que le grand blond pour apprendre les arts martiaux, mais elle se reconcentra finalement sur le moment présent. Elle avait une théorie à vérifier, et le parfait cobaye sous la main.
— Je vois… soupira-t-elle avant de lui jeter le couteau, attaque-le par surprise.
— Quoi ?
— Attaque-le par surprise, répéta-t-elle avec fermeté, si t'es vraiment déterminé à lui confier ta vie et celles de tes amis, le moins que tu puisses faire c'est de le tester. Pas vrai ?
Eren hésita, personne n'avait jamais réussi à porter un coup à Amos, pas même Reiner ou Bertholdt. De plus… Il n'avait tout simplement pas envie d'attaquer le type qu'il respectait le plus et qui l'aidait autant. Ça n'avait pas de sens.
— J'imagine que je me suis plantée, continua-t-elle avec nonchalance, ça semble parfaitement te convenir d'être le pantin d'un type que tu connais à peine juste parce qu'il a quelques talents. Tu lui diras qu'il est compétent quand tu ramasseras les cadavres d'Armin et de Mikasa ? Et s'il n'est pas content que tu aies voulu le tester, c'est qu'il ne mérite pas toute l'admiration que tu lui voues.
Ces mots firent rugir quelque chose dans la poitrine de Jaeger, il imagina ses amis les plus proches être dévorés de la même façon dont sa mère le fut. Cette vision d'horreur lui glaça le sang et lui fit resserrer son emprise sur le manche de l'arme factice. Il se remit à observer Amos, ce dernier affichait un sourire insouciant, un sourire qui l'agaça soudainement. Certes, comme le prouvait ses cicatrices, Nox avait souffert au cours de sa vie, mais il n'avait jamais vu le moindre titan, il ignorait tout de l'horreur que représentait ces monstres. Au fond… était-il véritablement capable de les mener à la bataille ? Sera-t-il aussi fiable lorsqu'ils sortiront de l'enceinte du Mur Rose ? Ou fuira-t-il comme tous ceux qui ont fuit lorsque le Colossal est apparu ? Eren avait pris sa décision. Il échangea un dernier regard avec Annie qui l'encouragea d'un hochement de tête, avant de se diriger vers Amos le couteau en bois au poing.
— « Bon travail, Eren », songea la blonde, « je t'enseignerai une de mes techniques favorites pour ça. »
Elle jeta alors un coup d'oeil vers la droite, et remarqua que la personne dont elle souhaitait attirer l'attention était déjà en train de la lui accorder.
Un sourire éclaira son visage.
— « Voyons comment Nox se débrouille face à un monstre. »
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Amos était en train de réajuster la posture d'un Armin flagellant quand il entendit une série de pas rapide se projeter dans sa direction. Par réflexe, il usa de l'instinct de survie qui lui fut enseigné afin de riposter. Il bloqua l'attaque surprise en saisissant le poignet porteur de l'arme qui était destinée à sa poitrine, et repoussa l'assaillant d'un coup de poing dévastateur droit dans l'estomac. Eren se plia en deux sous son regard surpris, et rendit l'intégralité de son déjeuner sur le sol.
Amos mit quelques secondes à comprendre ce qui venait de ce passer, avant de saisir Jaeger par les aisselles dans le but de l'aider à se soulager et à retrouver sa respiration violemment coupée en ouvrant au maximum sa cage thoracique.
— Mais pourquoi tu as fais ça ? grommela-t-il exaspéré avant de noter l'énorme ombre qui filait droit dans leur direction.
Il lâcha immédiatement Eren afin d'effectuer un mouvement de recul, et esquiva Bertholdt de peu. Ce dernier roula sans retenu sur le sol.
— Hé, Amos ? appela une voix qu'il connaissait. Tes techniques ont l'air efficaces.
Nox releva la tête, et aperçut la fascinante Ackerman orientale s'avancer vers lui avec une expression impassible, munie d'un regard glacial.
— Pourquoi tu m'apprendrais pas deux ou trois coups ? proposa Mikasa en continuant de marcher dans sa direction avec la ferme intention de le pulvériser.
Ce dernier regarda l'orientale d'un regard sceptique, avant de remarquer l'agitation que cette déclaration suscitait.
— Oh bordel, lâcha Connie sous le choc, oh bordel ! Hé les gars ?! Amos et Mikasa vont se foutre sur la gueule !
Il n'en fallut guère plus pour rameuter tous les autres cadets, ceux-ci formèrent un cercle autour des deux combattants. En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, les évènements avaient totalement dépassé le grand blond avant qu'il n'ait eu l'opportunité de désamorcer la situation.
— Qui gagnera selon vous ? demanda Reiner à l'adresse des autres recrues.
— Hé bah, commença Marco pas très sûr, Mikasa est incroyable, mais Amos n'a jamais prit un coup… Je mise sur Amos.
— Tu déconnes ?! hurla Jean effaré, je parie mon diner sur Mikasa !
— Tenu ! hurla immédiatement Sacha en imaginant la double portion qu'elle se ferait après la victoire du blond.
— Mikasa est une bête, admit Connie, mais Amos… bah c'est Amos, quoi.
Ymir secoua la tête en voyant sa précieuse Christa morte d'inquiétude, elle espéra secrètement une victoire de l'orientale.
Tandis que les cadets se disputaient, Reiner avait prit un Eren vaseux par les épaules afin de le stabiliser.
— Selon toi, demanda-t-il tout bas, qui gagnera ?
Jaeger hésita quelques secondes, d'un côté il avait pour Nox une admiration sans borne, de l'autre Mikasa lui semblait invincible au point de l'agacer continuellement.
— Je pense - « j'espère »- qu'Amos gagnera, souffla-t-il mais sa soeur adoptive l'entendit.
Malgré la douleur que lui infligeait cet aveu, sa résolution ne s'en trouva que fortifiée.
— « Je le battrai, et je prouverai à Eren que je peux le protéger, et que je le protégerai quoi qu'il arrive. »
— « Eren trouve toujours le moyen de s'attirer des ennuis, en cas de problème, vous devrez vous entraider. »
Les mots de Carla Jaeger lui revinrent en mémoire, et son regard ne s'en retrouva que plus déterminé. Elle fixait désormais Amos avec la ferme intention de l'exterminer.
De son côté, le jeune homme haussa un sourcil perplexe.
— « J'avoue que j'avais une autre idée en tête lorsque j'espérais attirer son attention, » songea-t-il aussi agacé qu'exaspéré, « Mikasa semble convoiter ma peau avec une avidité féroce… mais ça fera l'affaire.»
Nox savait qu'il n'échapperait à cette situation qu'en combattant, aussi, il se mit en garde.
— « Elle est encore très jeune, » pensa-t-il en observant son adversaire, « son potentiel n'est pas encore pleinement exploité, et elle compte beaucoup trop sur son instinct héréditaire plutôt que sur ses propres talents. Mais sa force et sa vélocité semblent déjà avoir atteint un excellent niveau, j'ai besoin de savoir comment elle bouge face un combattant de mon calibre avant de dresser un plan d'attaque. »
Lorsque le signal de départ fut donné par Marco, Mikasa se projeta sur Amos avec une violence inouïe même pour ce dernier qui esquiva son poing de justesse.
— « Diable ! » songea-t-il effaré. « Si elle m'avait touché elle m'aurait arraché la tête. »
L'orientale ne perdit pas une seconde, et enchaîna des attaques toutes plus meurtrières les unes que les autres, qui forcèrent son adversaire à faire preuve de toute son adresse pour éviter de se retrouver à l'infirmerie pour un mois.
L'enthousiasme des recrues retomba presqu'immédiatement face à la violence de l'affrontement, et beaucoup regrettèrent de s'être autant enflammés en voyant la Ackerman dominer le combat sous tous ses aspects.
Seuls Armin et Annie restèrent sur leurs gardes, attendant de voir comment le « Conseiller » allait réagir.
Mikasa parvint finalement à porter un coup à Amos en plein dans le grand pectoral, heureusement pour ce dernier, il avait effectué un mouvement de recul suffisant pour atténuer les effets de l'attaque. Celle-ci fut néanmoins suffisamment puissante pour envoyer le jeune homme rouler sur le sol, il se servit cependant de l'élan octroyé par le coup pour revenir rapidement sur ses pieds.
Un silence de cathédrale s'abattit sur les rangs des cadets, des expressions choquées et émerveillées étaient imprimés sur leurs visages. Ça venait d'avoir lieu, c'était officiel, Amos Nox avait encaissé son premier coup.
Eren serra les dents en sentant sa frustration grandir à une vitesse folle.
— « Évidemment, évidemment que de tous les combattants ce serait Mikasa qui réussirait là où tout le monde à échoué ! Même Amos ne lui arrive pas à la cheville… Mais putain, pourquoi est-ce que tout doit forcément lui réussir ?! Elle ne peut pas avoir des limites comme tout le monde ?! »
L'orientale toisa son adversaire d'un regard déçu et hautain qui ne plut pas du tout à ce dernier. Il se releva en massant sa poitrine endolorie.
— Tu n'es pas aussi fort que tu le prétends, dit-elle avec dédain, à vrai dire tu n'as même rien de spécial. Tu fais simplement croire aux autres que tu vaux quelque chose pour te donner des airs.
Les recrues observèrent Mikasa avec stupéfaction, depuis quand la jeune fille était-elle aussi méprisante ? Qu'est-ce que Nox lui avait fait pour mériter un tel traitement ?
Armin semblait particulièrement inquiet, il avait remarqué les coups d'oeil envieux et frustrés que son amie lançait parfois à Reiner, Amps et Annie. Il supposa qu'elle avait jalousé le fait qu'Eren aille leur demander conseil à eux plutôt qu'à elle, et qu'il semblait préférer leur compagnie plutôt que la sienne. Elle devait trainer ce ressentiment depuis un bout de temps pour en être arrivé là, et sa frustration s'était accumulée au point qu'elle cherchait désespérément à se rassurer en battant Amos. Il semblerait aussi qu'elle cherchait à se prouver quelque chose autant qu'à Eren… Dans tous les cas ça n'allait pas bien finir.
Armin s'interrompit alors dans ses pensées en apercevant le regard effroyable qui venait d'émerger dans les yeux vert émeraude de Nox. De nombreux cadets dont le petit blond sentirent un frisson d'épouvante parcourir leur échine.
L'orientale n'était pas affectée le moins du Monde par l'aura maléfique que son adversaire semblait émettre, mais elle haussa néanmoins un sourcil intrigué.
— Mikasa, grinça-t-il d'une voix froide comme la mort en époussetant ses épaules avec nonchalance, tu as commis une très grosse erreur.
Le ton qu'il employait fit plisser les yeux de la jeune fille avec méfiance, elle ne perdit cependant pas sa confiance en elle.
— Je pense qu'il est grand temps que je t'apprenne les bonnes manières, déclara finalement le blond en étirant sa nuque avant de frapper sa paume du poing, à la force du poignet.
Il n'en fallut guère plus pour ramener l'enthousiasme au sein des cadets, et une vague de murmures parcourue leurs rangs.
— Elle est fichue, chuchota Christa à Ymir en affichant un de ses rares sourires authentiques.
Armin l'entendit, et observa Amos avec attention tout en se remémorant l'opposition à sens unique à laquelle ils avaient assisté jusque là. Il écarquilla les yeux en réalisant que le grand blond avait analysé tous les mouvements de son amie.
— Oh non… souffla-t-il tout bas.
Mais Eren l'entendit et sembla reprendre espoir.
Le temps ralentit autour d'Amos, les insectes battaient faiblement des ailes, les rayons du Soleil s'étaient atténués et les cadets s'étaient presque figés sur place, il n'y avait plus que le grand blond et sa redoutable adversaire, figés dans son imagination.
— « D'abord, vider le nid. » songea-t-il en s'imaginant la provoquer d'un signe de main.
Aussitôt, Mikasa se jeta sur lui, mais ses mouvements étaient à présent bien trop prévisibles.
— « Couper les ailes », continua-t-il d'imaginer en emprisonnant les bras de la jeune fille pour frapper les nerfs de ses deltoïdes. Sur un humain normal cela aurait paralysé ses membres, sur une Ackerman, cela la ralentirait tout au plus.
— « Clouer le bec. »
Il esquiva une attaque dévastatrice en effectuant un angle de 52° avec son cou afin de pencher sa tête de côté, il imaginait parfaitement la force de l'attaque lui caresser les cheveux et riposta par un revers de main en pleine figure.
— « Casser les oeufs. »
Un coup de poing rapide dans chaque sein de la jeune fille suffirait plus que largement à la déstabiliser, celle-ci répliquerait par une descente du coude, mais Amos se serait déjà relevé en crochetant la cheville de son adversaire au passage.
— « Brouiller, » commenta-t-il avant de profiter du déséquilibre pour écraser sa paume sur son menton. « Une pincée de sel, » il planta deux doigts dans ses yeux, « et une pointe de poivre. »
Il sentit malgré ses attaques à répétitions qu'il en faudrait encore plus pour envoyer Mikasa au tapis, il imagina très bien cette dernière se fier uniquement à son instinct pour porter un coup net et précis malgré son aveuglement. La meilleure façon d'esquiver cette attaque était de se baisser, puis de se glisser dans son dos tel un serpent afin de la saisir par la tête.
— « Retourner l'omelette. »
Il fit passer sa victime par dessus lui, mais dût rapidement balayer ses jambes pour l'empêcher de retomber sur ses pieds.
— « Touche personnelle, » songea-t-il en pivotant sur lui-même alors que Mikasa tentait de se relever, « une bonne cuillère à soupe de crème d'ail. »
Son talon entra en collision avec la tempe de l'orientale, l'envoyant ainsi rejoindre les bras de Morphée.
—« Une seule erreur de calcul entrainerait une douloureuse indigestion, » acheva-t-il en revenant dans le Monde réel, « qui pourrait laisser de sérieuses séquelles. »
— Mettons la table, murmura-t-il avant de se remettre en position.
Concentré comme jamais, il provoqua Mikasa en la mettant au défi de l'approcher, celle-ci réagit automatiquement.
— « Le nid est vidé. »
— Qu'est-ce qu'il fait ?! s'étrangla Connie.
— Il veut crever ou quoi ?! s'exclama Jean.
— « Couper les ailes, clouer le bec, casser les oeufs, brouiller, une pincée de sel et une pointe de poivre, retourner l'omelette, achever par la touche personnelle. »
Quinze secondes, le combat avait duré quinze secondes. Une fois ces quinze secondes écoulées, Mikasa s'était retrouvée inconsciente la face contre terre, et Amos était debout en train de relâcher bruyamment sa respiration.
— Le petit-déjeuner, est servi, dit-il à voix basse.
Aucun des cadets, mis à part Christa, n'avait compris ce qui venait de se produire.
— Est-ce… est-ce que Mikasa a perdu ? lâcha Eren sous le choc.
— Bordel, dit Connie en se frottant les yeux pour vérifier qu'il ne rêvait pas, quelqu'un a une idée de ce qu'il s'est passé ?
— Je vais avoir double portion au dîner, résuma une salivante Sasha pour qui rien d'autre n'avait d'importance.
— Est-ce… Est-ce qu'il a osé lui frapper la poitrine ?! s'exclama Jean scandalisé.
— Je crois que oui, murmura Marco.
— Je confirme, renchérit Bertholdt.
Eren ne les écoutait pas, un profond sentiment de culpabilité était en train de lui ronger les entrailles. Oui, il avait souhaité la victoire d'Amos parce qu'il en avait assez de voir que tout réussissait à Mikasa. Il voulait juste la voir échouer pour rassurer sa petite personne, mais à aucun moment, à AUCUN moment n'avait-il voulu la voir souffrir.
Il la regarda avec horreur, elle avait l'air si frêle allongée ainsi sur le sol, inconsciente et sans défense. Comme le jour où il l'avait rencontré.
— Je suis désolé… murmura-t-il tout bas pour lui-même.
Annie, celle qui était à l'origine de ce duel, l'avait observé avec un regard calculateur témoignant d'un grand intérêt (ce qui était assez rare pour le souligner). Elle se gratta pensivement le menton avec l'index.
— « On aurait dit une pièce de théâtre : ses mouvements étaient beaucoup trop bien coordonnées et efficaces, comme s'il les avait répétés. Ça confirme ce que je pensais, il n'a rien de normal. Il a dû recevoir un genre de formation extrême digne d'un assassin de première catégorie, et il est beaucoup trop doué et létal pour être une simple recrue. C'est à se demander ce qu'il fait là. »
De son côté, Amos grinça des dents. Il avait toujours évité de confronter Mikasa parce qu'il savait qu'il n'avait aucune chance de l'emporter face à elle sans user de son meilleur atout. Il était évident que quelqu'un l'avait piégé en poussant Eren à l'attaquer pour déclencher une réaction de la part de l'orientale. Et Nox avait la ferme intention de découvrir qui était derrière cela afin de lui administrer une punition exemplaire.
Pour l'heure, il devait s'efforcer de conserver l'image que les autres cadets avaient de lui. Aussi il ramassa Mikasa et la porta comme une jeune mariée.
— Eren ? Armin ? appela-t-il d'une fausse voix fraternelle empli de regrets. Accompagnons-la à l'infirmerie, voulez-vous ?
Les deux amis acquiescèrent sans réfléchir, et s'empressèrent de suivre ses pas sous les regards toujours estomaqués des autres cadets.
Aucun mot ne fut échangé durant le trajet, puisqu'Amos jugea préférable de laisser les garçons digérer ce à qu'ils avaient vu. La discussion qui suivrait n'en serait que plus fructueuse.
Une fois Mikasa déposée sur un lit, Nox s'empara d'une chaise et s'assit à son chevet, il encouragea Armin et Eren à l'imiter d'un simple geste de la main.
— Vous voulez bien m'expliquer ? demanda-t-il soudainement après un moment de silence.
— T'expliquer quoi ? questionna le petit blond.
— M'expliquer pourquoi Mikasa s'est battue avec autant de passion.
Les deux amis échangèrent un regard hésitant, Amos laissa échapper un profond soupir.
— Normalement je ne me mêlerai pas de vos histoires de famille, mais elle aurait pu me briser en deux si je n'avais pas été assez prudent. Je veux juste comprendre pourquoi une chose pareille s'est produite afin d'éviter que cela ne se reproduise.
Ce n'était pas l'entière vérité, évidemment, il voulait aussi savoir quel genre d'évènement avait pu déclencher le réveil de l'attribut génétique des Ackerman chez la jeune fille et déterminer s'il y avait un moyen d'éviter que cela ne se retourne contre lui à l'avenir.
Eren lui raconta tout après un moment d'hésitation, comment Mikasa était devenue sa soeur adoptive, ce qu'il était advenu de ses parents, ce qu'ils avaient vécu à Shiganshina lors de la chute du Mur Maria, et leurs existences de chiens galeux des rues jusqu'à ce qu'ils ne s'engagent au sein des cadets.
Amos écouta chacune de ses paroles en conservant un air impassible, avant d'acquiescer finalement.
— Retournez vous entrainer, dit-il simplement, j'ai des choses à dire au médecin.
Les deux garçons haussèrent un sourcil sceptique, mais se plièrent finalement aux demandes du leader officieux de leur corps.
Une fois seuls, Amos esquissa un sourire devant la mine d'information qu'il avait acquis. Il allait se faire un plaisir d'en profiter dans les plus brefs délais, c'est en ce sens qu'il colla une pichenette sur l'hématome de Mikasa.
— Debout, ordonna-t-il soudainement en ignorant sa mou douloureuse, je sais que je ne peux pas t'assommer plus de cinq minutes.
L'orientale ouvrit les yeux, encore confuse par le coup qu'elle avait reçu à la tempe, et le fixa d'un air impassible avec un regard vide.
— Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle d'une voix froide suite à sa défaite encore fraiche.
— Hé bien tout d'abord, je voulais te dire que tu es idiote.
Le regard vide de la métisse s'embrasa instantanément, Amos enchaîna avant de lui laisser l'opportunité de répondre :
— Au lieu de m'attaquer, tu aurais dû chercher à comprendre pourquoi Eren avait décidé de me poignarder dans le dos alors qu'il m'adore. Tu aurais alors noté qu'il discutait avec Annie quelques secondes avant d'agir aussi stupidement. Et là, tu aurais réalisé qu'Annie avait manipulé Eren. La prochaine fois tu réfléchiras.
Les pupilles de jais de la jeune fille s'élargir de stupeur pendant quelques instants, puis la colère vint de nouveau s'emparer d'elle. Au point de la faire serrer les poings et grincer des dents, Amos leva les yeux au plafond, et lui colla une autre pichenette pour la calmer.
— Si tu as l'intention de te venger, tu me feras le plaisir d'oublier cette idée. D'une part, si tu t'en prends à elle, tout le monde va te prendre pour une folle, d'autre part, elle te battra.
Mikasa se paralysa de stupeur face à la déclaration du Conseiller, un sentiment atroce lui noua l'estomac. Un sentiment d'impuissance mêlé de culpabilité, le visage souriant de Carla Jaeger s'imposa dans son esprit.
— P-pourquoi… ? Pourquoi est-ce que je ne la battrai pas ?
— Parce qu'elle, elle sait se battre, répondit Amos en prenant volontairement un ton plus compatissant, tu es plus rapide et plus forte, mais tu manques d'expérience face à des combattants de calibre élevé et tu n'as jamais appris aucun art martial. Annie retournera ta force contre toi et te battra devant tout le monde.
S'il était honnête avec lui-même, Nox n'était pas tout à fait sûr de cette théorie. Mais il n'avait pas besoin de l'être, il avait besoin que Mikasa y croit, ce qui était déjà le cas s'il en jugeait par l'horreur qui avait envahi le regard de jais de la jeune fille.
— Au début de notre combat j'ignorais si tu étais sérieuse ou non, menti-t-il éhonté, dès que j'ai compris que tu voulais ma peau, je n'ai eu besoin que de quinze secondes pour te battre.
L'orientale baissa les yeux, désespérée par le discours du grand blond, celui-ci secoua la tête.
— Continu comme ça et il va te falloir une bouteille de gnôle, plaisanta-t-il avant de reprendre un semblant de sérieux, si tu as besoin de leçons d'arts martiaux, je peux t'aider avec ça. Mais tu n'as aucunement besoin de briser les os de celles et ceux qui te déplaisent. Annie a fait une connerie, mais t'en prendre à elle devant tout le monde c'est la meilleure façon de passer pour la pire des garces.
Mikasa était choquée par les paroles du grand blond. Elle ouvrit la bouche pour répliquer, prétendre qu'elle ne ferait pas une telle chose par intérêt personnel, qu'elle ne s'en serait prise à Annie que pour protéger sa famille. Mais elle réalisa rapidement que quoiqu'elle dise, personne ne la comprendrait, pas même Eren.
— Écoute, Mikasa, reprit Amos en la regardant dans les yeux, les choses seraient beaucoup plus simple si tu parlais à Eren.
Elle haussa un sourcil d'incompréhension.
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
— Après avoir entendu ton histoire, la raison pour laquelle tu tiens autant à lui me semble désormais évidente. Discuter avec lui de ce que tu ressens te permettrai d'éviter nombre de situations embarrassantes et blessantes comme notre combat, à l'avenir.
Elle détourna le regard tout en cachant la moitié de son visage avec son écharpe.
— Je ne suis pas certaine qu'il comprenne, déclara-t-elle simplement.
— Tu ne peux savoir sans expérimenter, tu ne peux que supposer.
Mikasa fronça les sourcils, cette réponse fut beaucoup trop automatique pour être naturellement venue au blond.
Elle vit ce dernier se lever afin de sortir, elle le retint en exprimant la question qui lui brulait les lèvres :
— Et s'il ne comprend pas ?
— Alors je me chargerai de lui enseigner la leçon, déclara-t-il en s'arrêtant, mais elle sera moins significative que si elle venait de toi.
Sur ces paroles, il sortit finalement de l'infirmerie sans se soucier de l'état de la Ackerman. La suite des évènements dépendrait du courage de cette dernière et de la justesse de ses mots, ceux-ci auraient perdu tout leur sens si Nox les avait enfoncé dans la bouche de la métisse.
C'est alors qu'à sa grande surprise, une question vint germer dans son esprit. Amos haussa un sourcil face à la témérité de son propre esprit, et revint sur ses pas pour demander en affichant un sourire curieux :
— Qu'est-ce que tu veux ?
Mikasa fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Qu'est-ce que tu veux dans la vie ? clarifia-t-il avant d'élaborer : tu n'as aucune ambition, aucun objectif personnel, aucun but réel. Alors dis-moi, qu'est-ce que tu espères tirer de ton existence ?
L'orientale se mit soudainement à le regarder comme si une deuxième tête venait de lui pousser, son incertitude la fit trembler avant qu'elle ne reprenne le contrôle d'elle-même.
— Je veux juste protéger ma famille, dit-elle avec résolution, le reste n'a pas d'importance.
Amos… se paralysa quelques instants. Son regard habituellement si jovial et amical se plongea dans un vide sans fond, au sein duquel il espérait trouver le temps de formuler une réponse adéquate.
Mikasa l'impressionnait… non, son émerveillement allait au-delà de ça : il… il…
— Je crois que je t'envie, admit-il sans réfléchir.
L'orientale écarquilla légèrement les yeux.
— Comment ça ?
— La protection est la deuxième étape, cru-t-il clarifier sans pour autant dégager son regard de l'horizon, je suis encore très loin d'avoir accompli la première. Pour être honnête, je ne suis même pas sûr de parvenir à tenir jusque là.
Mikasa fronça les sourcils à nouveau quand elle vit une larme couler le long de sa joue, que diable racontait ce type ?
— Excuse-moi, reprit-il soudainement, je ne fais que m'apitoyer sur mon sort. Tu es très forte, physiquement plus forte que moi. Mais il va falloir que tu laisses Eren et Armin prendre des coups si tu veux accroitre leurs chances de survie.
L'orientale se figea dans son lit, et serra ses draps au point de blanchir ses propres phalanges.
— Je ne veux pas les voir souffrir.
Amos laissa soudainement échapper un cruel soupir, un de ceux qui ne laissait nul place à la pitié.
— Il t'a fallu souffrir pour devenir aussi forte, affirma-t-il en masquant ses propres sentiments, j'ai même l'impression que ta défaite face à moi ne fera que renforcer ta détermination. Si tu veux vraiment les rendre plus forts, laisse-moi les entrainer jusqu'à leurs limites. Et si tu veux qu'Eren grandisse… il te faudra le confronter en usant des sentiments que tu caches. Si tu veux qu'Eren devienne plus fort, utilise tes ressentiments pour le forcer à faire face à ses propres démons.
Mikasa écarquilla les yeux, aussi horrifiée que fascinée par les paroles du jeune homme qui l'avait envoyé au tapis. Une prouesse que personne n'avait réussi à accomplir jusque là. Qui était-il ? Qu'essayait-il d'accomplir ? Comment arrivait-il à la comprendre ?
Amos partit finalement, l'esprit essoré et les dents serrées par sa propre frustration. Laissant l'orientale rassembler ses esprits, et réfléchir à ses prochaines actions.
(-) (-) (-)
Mikasa réfléchit longtemps aux paroles d'Amos, à vrai dire elle y réfléchit tellement qu'elle en oublia presque de dormir cette nuit. Ce ne fut que le lendemain, alors qu'elle était chargée d'éplucher des pommes de terre avec Eren durant la matinée, qu'elle prit la décision de lui parler. Mais à sa grande surprise, ce dernier la prit de court :
— Je suis désolé.
Elle leva la tête de sa patate en haussant les sourcils.
— De quoi ?
— D'avoir voulu te voir perdre contre Amos, clarifia-t-il en sentant ses muscles se raidirent, j'étais jaloux et frustré, je voulais que tu perdes juste pour me rassurer, mais je ne voulais pas que tu souffres, pardon Mikasa.
L'orientale écarquilla les yeux, sincèrement touchée par l'aveux de son meilleur ami, pendant quelques secondes elle renonça à l'idée de lui dire ce qu'elle avait sur le coeur. Mais elle se rétracta, Eren avait fait le premier pas, c'était à elle de suivre.
— Est-ce que je t'ennuie tant que ça ?
— Hein ?
— Est-ce que je suis vraiment si ennuyeuse pour toi ?
Le garçon se crispa, et toute la frustration accumulée depuis le début de leur entrainement sembla remonter d'un coup. Néanmoins il se força à se contrôler, il ne s'était pas excusé pour s'énerver une seconde plus tard.
— Tu me traites comme un gamin, dit-il d'une voix qu'il s'efforça de garder monocorde, je ne peux rien faire moi-même.
— J'essaye juste de te protéger.
— En m'empêchant de m'améliorer ?
— Eren ! lâcha-t-elle sous le choc. Ce n'est pas ce que je cherche à faire.
— Et pourtant c'est ce que tu fais, manqua-t-il de cracher en relevant la tête.
Il aperçut cependant le regard estomaqué de la jeune fille et poussa un profond soupir pour retrouver son calme. Il ne pouvait pas s'énerver, pas maintenant, il n'avait pas le droit d'être en colère contre Mikasa après son combat contre Amos.
— C'est frustrant tu sais ? reprit-il d'un ton plus modeste. D'être pratiquement incapable de faire quoique ce soit soi-même, tu ne me laisses même pas porter une fichue caisse, pour l'amour des déesses. Comment est-ce que je suis supposé m'endurcir si tu ne me laisses rien faire ?
L'orientale baissa les yeux, elle avait toujours su qu'elle en faisait peut-être un peu trop, mais elle n'avait pas réalisé à quel point cela pouvait avoir un effet néfaste sur Eren. Il avait raison, elle l'empêchait de progresser.
— Je suis désolée, souffla-t-elle alors qu'une larme coulait le long de sa joue.
Malheureusement, Eren ne la remarqua pas.
— Maman est partie, dit-il crûment en saisissant une autre patate dans le bac, tu n'as pas à la remplacer.
C'était plus que la jeune fille ne pouvait le tolérer, elle le saisit par les épaules pour l'obliger à lui faire face, lui dévoilant ainsi sa figure déformée par les larmes, la colère et la peur.
— Moi aussi je l'ai perdu tu sais ! cria-t-elle sans retenue. Moi aussi je n'ai plus de foyer ! Mes parents, le Docteur Jaeger et Carla sont tous partis ! Tu es tout ce qu'il me reste !
Eren n'avait aucune idée de comment ils en étaient arrivés là, il n'avait jamais vu sa soeur adoptive dans un tel état de faiblesse.
— Mikasa…
— Et si quelque chose t'arrivait aussi ? s'empressa-t-elle de demander.
— Mikasa, rien ne m'arrivera…
Il ne réussit cependant qu'à déployer la colère de la jeune fille alors qu'elle le saisit par le col pour qu'ils se retrouvent nez à nez.
— Les gens ont dit que les murs empêcheraient les Titans d'entrer, mais ils sont entrés. Hannes a dit qu'il allait nous protéger, mais il ne l'a pas fait. Mes parents ont dit qu'ils seraient toujours là pour moi, mais ils sont morts. Carla m'a accueilli comme sa fille, elle m'a promis la même chose que mes parents, et je l'ai cru cette fois-là aussi, et elle est morte !
Elle haleta, visiblement plus essoufflée qu'elle ne l'avait jamais été, ne laissant plus paraître que son chagrin et sa peur.
— On a déjà dû grandir plus vite que l'on n'aurait jamais dû. Tu es tellement obsédé que tu prends des risques inconsidérés avec ta vie, toi, la dernière personne qu'il me reste. Je ne peux pas pleurer pour toi aussi. C'est au-delà de mes forces.
Elle prit une grande inspiration, avant de continuer :
— Ils nous disent tous les jours à l'entraînement qu'on ne peut pas tout faire seul et tu ne peux pas. Tu fais partie d'une équipe, nous sommes une équipe, nous l'étions depuis le jour où tu m'as sauvé. Tu m'as rendu cette vie et je ferais tout pour la garder, Eren. Tu es tout ce qu'il me reste. Des larmes coulaient sur son visage maintenant alors qu'elle commençait à se décomposer comme elle l'avait fait lors de leur première rencontre. Ils sont tous partis.
Eren ne savait pas quoi dire. Il n'a jamais vraiment pris le temps de réfléchir à la façon dont elle vivait. Bien sûr, lui et ses parents étaient là quand elle avait perdu les siens, mais après la chute de Shiganshina et la mort de sa mère… à quel point s'était-elle sentie seule par sa faute ? Il se sentait plus bas qu'il ne l'avait jamais été de toute sa vie, et c'était de sa faute. Alors il serra Mikasa dans ses bras aussi fort qu'il le pouvait.
— Je suis désolé, Mikasa, murmura-t-il. Je suis vraiment désolé.
— Je dois te protéger, Eren. L'étreinte de l'orientale s'intensifia alors que des sanglots secouaient son corps. C'est pourquoi je dois continuer à m'améliorer aussi.
— C'est juste que… Putain ! Ils tombèrent à genoux. Ils me manquent tellement.
— À moi aussi.
— Ces foutus Titans. Ils méritent tous de mourir, grogna-t-il avec colère alors que des larmes coulaient sur son visage. J'ai tout perdu, je veux tout récupérer !
— Eren, je ne peux pas te perdre au nom de la vengeance, ça n'en vaut pas le coup pour moi.
— Alors qu'est-ce que je suis censé faire?
— Je ne peux pas te dire comment faire pour trouver la paix, c'est quelque chose que tu dois faire par toi-même.
— La paix ? demanda-t-il doucement. Ça n'existe pas. Je ... je veux ma liberté.
Mikasa ne répondit pas alors qu'ils s'étreignaient. Ce n'était pas quelque chose qui pouvait être corrigé. Pas avant longtemps, du moins. Ils étaient trop brisés, trop en colère pour essayer de sortir de la douleur que les Titans leur causaient. Mais, pour une fois, ils se sentaient plus proches l'un de l'autre qu'ils ne l'avaient jamais été depuis longtemps. Et pour l'orientale, c'était inestimable.
Adossé contre le mur à côté de la porte, Amos laissa un sourire de satisfaction éclairer son visage avant de s'en aller.
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Nox effectuait ses échauffements matinaux devant les dortoirs lorsque Mikasa vint le trouver. En effet, suite à l'inconfortable réaction qu'avaient provoquées ses cicatrices à l'ensemble de ses camarades, le grand blond avait décidé de se lever plus tôt et de prendre sa douche seul pour le restant de ses classes. Ce qui lui permettait, entre autres, de s'échauffer tout en profitant du lever de Soleil.
— Amos ? appela l'orientale en s'approchant dans son dos. Tu veux bien m'apprendre les arts martiaux ?
Il sourit de toutes ses dents en entendant cette demande, se félicita intérieurement d'avoir coincé sa proie, puis il se retourna en affichant une expression neutre et répondit :
— Uniquement si tu m'écoutes du début à la fin, et si tu ne m'interpelles pas sur la façon dont j'entraine Eren et Armin.
Ces conditions arrachèrent une légère crispation à la jeune fille, elle dut prendre une grande inspiration afin de lâcher :
— D'accord… mais s'il te plait…
— Je veux qu'ils finissent leurs classes, précisa le grand blond en l'incitant à s'approcher d'un geste de main, je ne leur ferai pas plus mal que nécessaire.
Évidement, cette déclaration n'apaisa nullement la métisse, mais elle fit cependant l'effort de ravaler ses inquiétudes pour cette fois. Amos s'empressa alors de la sortir de sa transe maternelle en lui administrant une pichenette sur le front qu'elle esquiva, cependant, elle n'esquiva pas celle qui lui arriva sur le lobe de l'oreille gauche.
— Concentre-toi d'abord sur toi avant de t'inquiéter pour eux, raisonna Nox alors que la jeune fille lui jetait un regard vexé. Si tu meurs avant eux ils pourraient mourir le jour qui suit. Tu veux qu'ils vivent ? Alors vis aussi longtemps qu'il te sera possible… tout en étant aussi efficace que possible.
Sur ces mots, il se mit en garde, et attaqua Mikasa qui para de manière peu académique.
— Bien, complimenta faussement le jeune homme tout en maintenant son corps en mouvement, maintenant voyons ce que cela donne si j'accélère la cadence.
Leur séance dura un peu moins d'une heure, néanmoins, la métisse apprit suffisamment pour venir réclamer la même chose le lendemain à la même heure. Elle ne se doutait guère qu'elle était tombée dans le piège d'un prédateur, un prédateur qui était victime de son propre piège sans le savoir.
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Il ne fallut que quelques semaines à Christa Lenz pour se démarquer des autres recrues. En effet, la petite blonde était une redoutable combattante au corps à corps, disposait d'une adresse unique en tridimensionnalité et ses notes en classe surpassaient l'écrasante majorité des autres cadets. Une réussite impressionnante, qui s'expliquait aux yeux d'Ymir, par sa proximité avec Amos. Les deux blonds pratiquaient les mêmes arts martiaux, avaient des tocs de comportement similaires, et l'un comme l'autre avait un vocabulaire des plus fournis. La grande fille aux tâches de rousseur n'avait pas eu à les observer bien longtemps, pour comprendre que leur relation était plus intime que celle qui reliait deux amis d'enfance. Ce qui signifiait que si elle voulait se rapprocher de Christa, Ymir devait passer par Amos, et ça elle n'en avait aucune envie.
D'une part, parce qu'elle savait qu'il était bien moins gentil qu'il ne le prétendait, mais surtout parce qu'il était très protecteur. Les quelques pervers qui s'étaient retrouvés à l'infirmerie avec des membres brisés n'y avaient pas atterris par magie.
Fort heureusement pour la grande fille, l'opportunité de causer seule à seul avec le grand blond se présenta lorsqu'ils furent associés durant l'un des exercices de survie hivernale. Et en ce jour, elle avait déjà décidé d'opter pour l'approche la plus franche, et donc la plus risquée.
— Écoutez-moi bien ! cria Shadis pour attirer leur attention, Je vais lire dans l'ordre quelles paires partiront en premier, en deuxième et ainsi de suite, votre tâche est simple, vous avez 16 heures à partir du début pour vous frayer un chemin à travers la vallée où les autres instructeurs vous les équipes : Marco et Connie, puis Mikasa et Reiner. Eren et Mina. Franz et Thomas. Hannah et Sasha. Armin et Jean. Christa et Annie. Ymir et Amos.
Ce dernier chercha sa partenaire du regard et la vit se frayer un chemin avec un sourire narquois sur le visage.
— Hey, beau gosse.
Nox se figea instantanément et transperça la grande fille du regard.
— Oups, fit-elle en prenant un air innocent.
— Bonjour Ymir, grinça le jeune homme en masquant sa colère. Tu m'as l'air étonnamment de bonne humeur.
— Voilà autre chose qui va t'étonner : t'étais justement la personne avec qui j'espérai passer un moment.
Effectivement, cette information souleva un sourcil de surprise.
Christa se racla la gorge pour signaler sa présence au duo formé par Shadis. Ymir l'accueillit avec un chaleureux sourire.
— Salut beauté, qu'est-ce qu'on peut faire pour toi ?
La petite blonde rougit à ce compliment, et dut feindre une quinte de toux pour éviter de bégayer. Amos se contenta de rouler des yeux.
— Tiens, quand j'parle d'elle tu dis rien ? Pourtant vous vous ressemblez beaucoup.
Il s'écoula un moment de flottement durant lequel la prédation apparut dans le regard du grand blond, Christa se fit donc un devoir d'intervenir rapidement :
— Ymir, prévint-elle sans masquer son inquiétude, arrête… s'il te plait.
— Sans déconner, continua la concernée après s'être assurée qu'ils n'étaient pas écoutés, vous passez trop de temps ensembles, vous vous ressemblez trop, pourquoi vous dites à tout le monde que vous êtes que des amis d'enfance ?
— Notre relation n'est pas vraiment un secret, répondit Amos sans diminuer la violence dans ses pupilles, elle ne regarde simplement personne.
— Et avant que tu n'ailles plus loin, coupa Christa qui sentait venir la catastrophe, cesse de faire des remarques sur son physique. Et n'essaies pas de comprendre.
Ymir voulu s'esclaffer, mais l'inquiétude bien réelle dans le regard de la petite blonde l'arrêta dans son élan. Au lieu de cela elle secoua la tête, et déclara à l'adresse du grand blond :
— Bon, on part à la filoche ?
— Vas-y, je te rattrape, répondit Amos qui ne s'était pas déridé une seule fois.
La grande fille en revanche, ne se priva pas pour afficher un sourire triomphant et parti se préparer, une fois hors de sa vue, Nox expira bruyamment entre ses dents.
— Amos, réprimanda Christa, là, tu exagères.
— La dernière fois qu'on m'a consterné à ce point, j'ai pris des mesures drastiques, l'informa-t-il avec froideur.
Un frisson d'épouvante traversa l'échine de la petite blonde, elle prit une grande inspiration pour se maitriser.
— S'il te plait… ne lui fait pas de mal…
Amos fut très étonné par l'importance que sa soeur accordait à la fille aux tâches de rousseur, il la regarda dans les yeux.
— Ça dépendra d'elle.
— Momo…
— Ne m'appelle pas comme ça, trancha le jeune homme agacé.
— Avant tu adorais ce surnom…
— J'ai changé…
— Je sais, souffla Christa en contenant ses larmes, j'ai remarqué il y a des années.
Les yeux vert émeraude d'Amos croisèrent les bleu saphir de sa cadette, il n'y vit que tristesse et regrets. Il mentirait s'il disait que cela ne l'affectait pas, mais il ne pouvait plus ressentir autant d'émotions qu'auparavant. Il ne pouvait se le permettre.
— Écoute, soupira-t-il résigné, je veux bien te promettre de ne pas lui faire de mal pendant cet exercice.
L'air consterné qu'afficha le visage de la petite blonde l'aurait fait rire il y a quelques années.
— J'imagine que j'aurais pas mieux, dit-elle d'une voix impassible avant de tourner les talons et de partir s'organiser.
Son frère sentit un petit pincement au coeur en la regardant partir, il ignora cependant ce sentiment pour se préparer à son tour.
(-) (-) (-)
Ni Ymir ni Amos ne décrocha un mot durant les deux premières heures que dura leur ascension dans la neige. Ce ne fut que lorsque la pente se montra moins raide, et la marche moins fatigante, que la grande fille se décida finalement à dire ce qu'elle avait sur le coeur :
— Tu sais, commença-t-elle d'une voix légère, j'aurais jamais cru que je verrai un jour un noble se salir autant les mains que toi.
Amos se figea sur place en entendant cette déclaration, la prédation surgit dans son regard d'émeraude tandis qu'il esquissait un petit sourire en coin. Il se retourna lentement pour jauger sa coéquipière.
— Pas mal, commenta-t-il alors que les dagues dans ses bottes le démangeaient, comment est-ce que tu as réussi à découvrir ça ?
Ymir mesura avec précaution ses prochaines paroles, elle n'était pas inconsciente au point de ne pas craindre une réaction violente de la part du grand blond, aussi elle demanda en se grattant nerveusement la joue :
— Hé bah… Euh… Tu veux bien me laisser terminer avant de t'exciter d'une quelconque façon ?
Amos la foudroya d'un regard noir, avant de claquer sa langue en signe d'agacement.
— J'ai promis à Christa de ne pas te faire de mal durant cet exercice, l'informa-t-il sobrement, par contre je te conseille de te mettre à table, si tu ne veux pas être victime d'une mort aussi prématurée que rapide et indolore.
— Hé…hé…ha… euh…, ricana nerveusement la grande fille, tu… t'es pas en train de plaisanter, pas vrai ?
— Non, confirma Amos en croisant les bras.
Ymir déglutit et comprit qu'elle avait désormais tout intérêt à déballer son sac :
— J'vois le genre… et bien en fait… avant j'étais une voleuse… et j'volais pas mal d'endroit à Sina… Et puis un jour… je suis allé piller une des églises du culte des Murs… et j'ai entendu deux prêtres parler de la fille de la Reine…
Amos n'en cru pas ses oreilles.
— Pardon ? lâcha-t-il consterné alors qu'il commençait à trembler de colère.
— Hé, répliqua Ymir en levant défensivement les bras, j'y suis pour rien moi…
— Je me fous de ton avis sur la question, gronda le jeune homme furieux, dis-moi immédiatement ce que tu as appris de ces deux cons et n'oublie pas le moindre détail, veux-tu ?
— Ok, ok, grommela la grande fille, bon… alors ils ont dit que la bâtarde de la Reine avait été forcée de rejoindre l'armée et qu'elle se faisait désormais appeler Christa Lenz.
Un silence de cathédrale s'abattit la route enneigée, seul le sifflement du vent se fit entendre alors qu'Ymir guettait la réponse d'Amos après que les pupilles de ce dernier se soit élargies comme deux soucoupes.
Il poussa un grognement exaspéré tout en se pinçant les coins des yeux.
— C'était quelle église ? demanda-t-il d'une voix froide.
— Celle d'Ehrmich, pourquoi ? Tu vas la raser ?
— Non, je vais faire arracher la langue aux deux abrutis qui ont ouvert leurs clapets.
Cette déclaration tout à fait sérieuse arracha un frisson d'épouvante à la grande fille, elle failli se mordre le doigt lorsque le jeune homme releva la tête.
— Quant à toi… j'aimerai comprendre. Tu as entendu parler de ma soeur et de son ascendance, tu as appris qu'elle allait rejoindre les cadets et tu t'es engagée à ton tour. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu as pris une telle décision basée sur une telle information ?
Ymir hésita, elle n'avait franchement pas envie de répondre à cette question-ci.
— J'en avais marre d'être une voleuse, menti-t-elle à moitié, je me suis dis que rejoindre les cadets ça pouvait me permettre de trouver un boulot et j'étais curieuse de connaitre la bâtarde de la Reine. D'ailleurs, si Christa est…
— Ne change pas de sujet, trancha Amos d'une voix impassible, et je ne te crois pas une seconde.
La grande fille se paralysa sur place tandis que le grand blond poursuivait :
— La situation de ma soeur n'a été décidée que peu de temps avant le début des classes, tu n'as pas pu l'apprendre plus de cinq jours avant notre première formation. Durant cette courte période, tu as traversé la grande distance qui sépare Ehrmich de Trost pour t'assurer de t'engager dans notre promotion. Tu aurais pu amasser un beau butin en pillant d'autres églises avant de rejoindre l'armée l'année prochaine. Tu es suffisamment maligne pour y avoir pensé, ce qui veut dire que tu as pris la décision d'être ici sur un banal coup de tête, après avoir appris l'existence et la situation de ma soeur… Et tu veux me faire croire que ce n'était que de la curiosité ?
Ymir était époustouflée et terrifiée par la capacité d'analyse de Nox, en l'espace de quelques secondes, elle avait l'impression d'avoir été déshabillée et disséquée.
Un petit sourire se dessina sur le visage du grand blond, ses yeux d'émeraude luisaient d'amusement.
— Allons, Ymir, reprit-il d'un ton légèrement hautain, tu ne m'as pas fait cette révélation sans avoir une idée derrière la tête, n'est-ce pas ? Tu n'es pas assez bête pour essayer de me faire chanter. Alors vide ton sac.
La grande fille grimaça de colère face à la façon dont le jeune homme la menait par le bout du nez, elle serra les dents, enterra d'éventuels regrets quant à sa décision de lui avoir parlé, et prit son courage à deux mains pour finalement demander :
— J'voulais ta… permission… pour draguer ta soeur…
— Accordée, lâcha Nox avant de reprendre sa route en la plantant sur le chemin.
Ymir resta figée quelques secondes, avant d'écarquiller les yeux de courir à sa suite.
— Attends t'es sérieux ?! manqua-t-elle de hurler une fois revenue à sa hauteur. T'arraches des langues, t'as défoncé tous les mecs qui se sont approchés de ta soeur, t'as carrément menacé de me buter… Mais tu me donnes ton accord pour la draguer… Pourquoi ?
Amos répondit sans ralentir :
— Les pervers à qui j'ai cassé les mains n'avaient d'yeux que pour son corps.
Il grimaça de dégout avant de poursuivre en maîtrisant ses pulsions :
— Toi, c'est sa situation qui t'as intéressé avant tout le reste, tu l'as approché dès le premier jour et tu la fixais déjà lors de notre première formation. Tu as pris le temps d'apprendre qui elle était avant de te mettre à la taquiner. Tu as compris que Christa Lenz n'est pas qu'un simple nom, c'est aussi et surtout, un personnage. Tu essayes depuis quelques temps de découvrir qui est la personne qui se cache derrière Christa, cette même personne qui apprécie ta compagnie au point de m'arracher la promesse de ne pas te faire de mal. Et malgré la crainte que je t'inspire, tu as eu le courage de venir me demander la permission de la séduire… Je suis très protecteur, mais je ne l'empêcherai jamais de vivre sa vie. Si elle veut de toi comme petite amie, je ne vois pas pourquoi je dirais non.
Ymir accueillit ces explications avec un sourire étonné et un soupir de soulagement. Elle marcha à ses côtés dans un silence confortable pendant quelques instants, avant de flairer une anguille sous la roche.
— Calculateur comme t'es… Tu m'as certainement pas donné cette permission sans intérêt, comprit-elle en se tournant vers lui. Qu'est-ce que t'as à gagner ?
— Ma soeur n'est pas heureuse, répondit Amos en gardant le regard fixé sur la route. C'est en très grande partie ma faute.
Ymir haussa les sourcils, elle savait pour le manque de bonheur dont souffrait la petite blonde, mais elle n'avait pas imaginé que c'était à cause de son frère. Ces deux-là étaient si proches…
— Le truc, reprit Nox d'une voix impassible, c'est qu'elle n'a que moi dans sa vie. Et elle attend de moi que je devienne quelqu'un que je ne serai jamais. Je ne peux pas la rendre heureuse par moi-même.
Il se tourna vers la grande fille qui aperçut brièvement une lueur triste dans ces yeux d'émeraude, cette dernière sentit une certaine pression peser sur ses épaules.
— Peut-être que toi tu peux, dit-il simplement avant de se reconcentrer sur la route.
Ymir écarquilla les yeux de stupeur en entendant ces paroles. Elle essaya de dire quelque chose mais aucun mot ne franchit ses lèvres. Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits et commit une erreur.
Amos intercepta son poignet avant que ses doigts ne touchent son épaule et la foudroya d'un regard possédé par la prédation.
— Ne me touche pas, siffla-t-il suffisamment violemment pour la faire frissonner.
Il la lâcha et continua sa route, mais Ymir n'en avait pas terminé.
— Je pense pas qu'elle arrivera a être heureuse si tu l'es pas, fit-elle remarquer.
— Elle ne peut pas bâtir sa vie autour de moi.
— Est-ce que tu es sa seule famille ?
Nox s'arrêta pour lever des yeux exaspérées au ciel.
— Moins tu en sais sur notre famille et mieux tu te porteras, maintenant occupes-toi d'elle et pas de moi.
La fille aux tâches de rousseur fronça des sourcils consternés, avant de grommeler :
— On t'a déjà dit que t'étais un abruti borné ?
— Non, mais ma soeur m'a déjà traité de « sale con borné ».
Ymir s'esclaffa.
— Au moins tu l'aimes ta soeur, ça, personne pourra dire le contraire.
La réponse d'Amos ne vint qu'après quelques secondes d'un silence gênant.
— Merci, murmura-t-il en ravalant ses émotions.
Son interlocutrice fut tentée de pousser le bouchon plus loin, mais elle estimait qu'elle avait besoin davantage d'informations pour continuer. Aussi, elle se mura dans le silence pour se concentrer sur l'exercice, et réfléchir à la meilleure façon de séduire sa dulcinée.
(-) (-) (-)
Lorsqu'Ymir et Amos arrivèrent à l'abri, ils furent accueillis par Christa et Eren. Le grand blond apprit par le natif de Shinganshina qu'Armin s'était foulé la cheville et fut donc contraint d'entrer s'occuper de lui, tandis que sa soeur restait dehors avec la fille aux tâches de rousseur.
— Ça s'est bien passé ? demanda-t-elle plus curieuse qu'inquiète.
La satisfaction sur le visage d'Ymir fut une réponse des plus éloquentes, celle-ci tapota tendrement la tête de la bâtarde.
— Tu sais, commença la grande fille après s'être assurée qu'elles n'étaient pas écoutées, je pense pas que ton frère soit irrécupérable.
Christa haussa les sourcils de surprise, un espoir fou s'empara de son coeur.
— Bon c'est un sale con, raisonna-t-elle en roulant des yeux, mais de ce que j'ai compris y'a rien au monde qu'il n'aime plus que toi. Et s'il est capable de réaliser que t'es la priorité c'est qu'il est pas complètement foutu.
Christa resta silencieuse et immobile pendant quelques instants, avant d'être soudainement prise par les sanglots. Ymir, la personne la plus franche qu'elle connaissait, venait de lui dire qu'il y avait de l'espoir pour son frère. Cette simple déclaration avait ravivé l'espoir dans le coeur de la petite blonde qui se jeta instinctivement dans les bras de la grande fille pour la serrer de toutes ses forces. Cette dernière lui caressa gentiment l'arrière du crâne, tout en se remémorant la réaction d'Amos lorsqu'elle avait essayé de le rattraper par l'épaule. Ymir n'était pas une psy, elle savait pas soigné les traumatismes et encore moins d'aussi sévères. Elle ne le croyait pas irrécupérable, mais ignorait comment procédé.
Elle choisit donc, de suivre le conseil du Conseiller, et de s'occuper uniquement de la soeur de ce dernier… pour le moment.
