Chapitre III : Les Monstres dans les Bois
— Mikasa ? Pense à écrire qu'Amos a soupiré pour la dix-huitième fois aujourd'hui, gloussa Reiner.
Le concerné leva les yeux au ciel, ce n'était pas sa faute si l'exercice de survie estival que leur avait imposé Shadis était d'un ennui mortel. Il consistait à se séparer en deux équipes, aller à un certain point à travers les montagnes pour rencontrer l'autre équipe, et revenir. Ce n'était pas un entrainement aux yeux du blond, mais une corvée.
— D'accord, répondit la concernée en esquissant un petit sourire.
Amos grogna d'agacement en observant les alentours, mais Reiner ne semblait pas disposé à le laisser tranquille.
— Y'a des rumeurs qui court comme quoi tu serais gay, dit-il d'un ton banal, est-ce qu'elles sont vraies ?
— Pourquoi ? T'as peur que je te pique Bertholdt ? demanda-t-il en se tournant vers ce dernier. T'as pas à t'en faire, il est tout à toi.
Les deux plus grands garçons écarquillèrent les yeux d'horreur tandis que le reste du groupe éclatait de rire. Annie et Mikasa se contentèrent de sourire.
— Elle est vraie cette rumeur ? demanda Nox une fois les cadets calmés.
— Pourquoi ? questionna Reiner en espérant prendre sa revanche. Tu as peur pour ta réputation ?
Amos se pinça les sinus et feignit un soupir résolu.
— Reiner, je suis ton ami, ma réputation est déjà ruinée.
Annie s'esclaffa brièvement avec cruauté, et tout le monde se figea sur place.
La petite blonde s'arrêta lorsqu'elle se rendit compte que tous les regards étaient tournés vers elle, et répliqua de sa voix froide :
— Quoi ? Vous avez jamais vu quelqu'un rire ?
— Heu… commença Franz avant de prendre un coup de coude dans les côtes de la part de Hannah.
— J'attends.
— On peut revenir au sujet ? grogna Amos afin de désamorcer la situation. D'où sort cette rumeur ?
— Les mecs parmi les cadets sont persuadés que t'es gay parce que tu passes tout ton temps avec Christa sans rien tenter, clarifia Ymir pour l'aider à calmer les choses.
Amos lâcha un grognement d'exaspération qui arracha quelques sourires.
— C'est tout ? Christa est mon amie d'enfance, ce serait comme sortir avec ma soeur.
— Ça semble pas être une raison suffisante pour certains, expliqua Bertholdt.
— Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas de rumeurs sur Eren ?
Un silence de cathédrale fit écho à cette question.
— Pourquoi est-ce qu'il y aurait des rumeurs sur Eren ? demanda Mikasa sans comprendre.
Amos scruta tous ses autres coéquipiers du regard avant de soupirer :
— Vous êtes des lâches.
Ils reprirent la route dans un silence embarrassé, laissant la Ackerman confuse.
(-) (-) (-)
Une fois le camp monté pour la nuit, Amos et Annie se dévouèrent pour tenter de chasser quelque chose, étant tous deux fatigués de ne manger que de la patate et du pain pendant des mois. Mais étant donné l'heure tardive et après avoir récupéré un lièvre et un héron, ils durent se résigner à rentrer avant que la nuit ne tombe.
— Dommage que Sasha soit pas dans notre équipe, soupira Amos, elle les aurait surement mieux préparés que nous.
— Qui ça ?
— La patate.
— Ah, ouais sans doute.
Il s'écoula un moment de silence uniquement perturbé par le bruit de pas des deux adolescents, Annie reprit finalement la parole :
— Hé Nox ?
— Oui ?
— Pourquoi tu mens tout le temps ?
Il haussa un sourcil sans pour autant s'arrêter de marcher, et répondit en haussant les épaules :
— Je ne mens pas tout le temps, j'exagère juste le peu que je montre et je me permets de garder le reste pour moi. Toi, en revanche, tu mens tout le temps, et mal en plus.
Annie se figea sur place, Amos continua sa route comme si de rien n'était.
— Tu comptes rester planter là le temps que ton héron pourrisse ?
Elle releva la tête et croisa le regard indifférent du jeune homme, celui-ci soupira quand il comprit qu'elle ne bougerait pas.
— Écoute Leonhart, je sais pas du tout à quoi tu joues mais franchement tu te fais du mal pour rien.
— Qu'est-ce que tu racontes ? grogna-t-elle nerveuse.
— Quand tu y vas trop fort pendant les séances de combat au corps-à-corps tu regrettes immédiatement, ce qui prouve que tu en as quelque chose à faire malgré le fait que tu fasses tout pour prétendre le contraire. C'est pour ça que tu restes dans ton coin, parce que tu ne veux pas t'attacher à qui que ce soit de peur de finir par souffrir toi-même.
Annie était estomaquée tandis que Nox poursuivait :
— Je suis désolé de te le dire franchement Leonhart, mais c'est trop tard. Est-ce que tu peux me regarder dans les yeux, et me dire que tu ne seras pas affectée par la mort du garçon pour lequel tu as le béguin ?
Elle écarquilla les yeux.
— Comment sais-tu que… ?
— Je te l'ai dit : tu mens très mal.
La petite blonde baissa la tête vers ses bottes, sa respiration était haletante, ses joues rouges de stress.
— N'est-ce pas ? soupira-t-il exaspéré. Ça m'a fait pareil à moi aussi.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-elle intriguée en se redressant pour oublier ses émotions.
— J'étais pas supposé m'attacher à qui que ce soit en arrivant ici, avoua-t-il en haussant les épaules, j'étais simplement venu pour devenir un soldat afin de continuer ma route. Mais… bizarrement… J'ai fini par les apprécier. Je suis sûr que toi, plus que les autres, tu me comprends. Ils sont lourds, mais ils sont attachants.
Annie plissa les yeux de méfiance, elle n'avait certainement pas l'intention de se laisser mener en bateau par des paroles mielleuses.
— Je vois ce que tu veux dire, admit-elle d'une voix mesurée, mais toi et moi on sait que tu n'es absolument pas net.
Un bref éclat de rire lui servi de réponse.
— Ouch, dit-il en feignant d'être blessé, qu'est-ce que tu veux dire par là ?
Leonhart en eut bien vite assez du ton hautain du grand blond, elle se planta face à lui et le foudroya du regard.
— Tu es trop doué, grinça-t-elle, tu manies trop bien la tridimensionnalité et les armes à feu que ce soit dans leur utilisation ou leur entretien pour être un novice. Si on ajoute à ça ta maitrise des arts martiaux et tes connaissances en stratégies militaires, on obtient un espèce de soldat d'élite déjà surentrainé. J'ai aucune idée de ce que tu fous là, Nox, mais je sais que t'es pas là pour apprendre quoique ce soit.
— Tes compliments me vont droit au coeur, ironisa le grand blond sans s'arrêter de sourire. Tu veux une médaille pour ta perspicacité ?
Annie n'était pas du tout amusée, ses yeux bleu-argenté brillaient de colère.
— Pourquoi est-ce que tu es ici ? gronda-t-elle en serrant les poings.
— C'est pas ta vrai question, répondit Amos en cessant de sourire.
Il laissa tomber sa proie et son sac à dos pour faire face à la petite blonde.
— Ta véritable question c'est : « quels sont mes projets pour Armin. »
Leonhart se raidit sur place, ses mains se mirent à trembler, la colère dans son regard laissa place à la rage, la peur lui noua l'estomac.
Rien de tout ça n'échappa à Amos, et celui-ci se demandait si cette conversation n'était pas en train de prendre des proportions démesurées.
— Écoute Annie, reprit-il d'une voix plus mesurée, je n'ai pas l'intention de me servir d'Armin…
— Je ne te crois pas une seconde, siffla la jeune fille d'une voix froide.
— Alors cette conversation est inutile, déclara Nox en se penchant pour ramasser ses affaires.
Le genou de Leonhart entra violemment en contact avec son front, et un bruit d'impact sourd vint résonner à travers les branches de la forêt.
Annie n'avait pas réfléchi à son geste, elle n'avait eu aucun plan en tête, ses actions avaient été dictées par la peur. Malheureusement, elle réalisa trop tard que son instinct de survie l'avait trompé.
Amos avait encaissé le coup sans broncher, et pendant une seconde, sa seule réaction fut une paralysie temporaire. Puis, sans que personne ne cri gare, trois doigts frappèrent la gorge de la jeune fille avec une telle violence, que ses yeux manquèrent de jaillir de leurs orbites.
Leonhart tomba à genoux tout en essayant désespérément de reprendre son souffle, mais un coup de poing dans le grand pectoral bloqua définitivement sa respiration. Avec un regard possédé par la prédation et une importante hémorragie au niveau de l'arcade sourcilière, Amos la saisit par le cou et la plaqua au sol tout en restreignant la main droite de sa victime en attrapant son poignet, et en écrasant la gauche avec sa botte.
Annie était à sa merci, incapable de bouger ou de respirer, ses yeux exorbités luisaient de terreur et d'horreur.
De son côté, Nox était furieux comme il l'avait rarement été ces derniers mois. À tel point qu'il faillit rompre les os du col de la jeune fille. Il expira bruyamment pour se maitriser et approcha son regard de prédateur fou à quelques millimètres de celui de sa proie terrorisée.
— Écoute moi bien, Leonhart, gronda-t-il avec fureur, si tu lèves encore la main sur moi je te tord le cou, est-ce que c'est clair ?
Le manque brutal d'oxygène empêchait sa victime de réfléchir correctement, des points noirs commençaient à recouvrir sa vision. La seule qu'elle fut en mesure de faire c'est hocher lentement la tête.
Satisfait, Amos la relâcha et se décala pour éviter d'être couverts des postillons qui accompagnèrent la violente quinte de toux qu'elle essuya.
Annie mit près d'une minute à retrouver une respiration convenable, un temps que son bourreau avait utilisé pour sortir un petit cylindre de métal plein de crème et un flacon de pilules bleus.
Il recouvrit ses doigts de crème et l'appliqua délicatement sur la gorge de la jeune fille qui frissonna de terreur.
— Garde le menton levé et écarte les bras pour ouvrir ta cage thoracique, l'intima-t-il après avoir ravalé la prédation.
Annie obéit par crainte, ce qui n'échappa pas à Nox qui fronça des sourcils circonspects.
— Si je te fais aussi peur, pourquoi est-ce que tu m'as attaqué ?
Elle ne répondit pas, elle se contenta de fuir son regard.
— D'ailleurs… pourquoi est-ce que je te fais si peur ? demanda-t-il en sortant trois pilules de son flacon.
Leonhart contempla les médicaments avec crainte.
— Tu veux en savoir plus sur moi ? ironisa le grand blond. Je n'ai pas interrompu mes études de médecine, je les ai finies. Alors écoute les conseils du seul médecin à cinquante kilomètres à la ronde et suce ces pilules pour soulager ta gorge.
Annie l'observa avec méfiance, avant de lâcher un petit soupir agacé. Elle s'empara des médicaments et les jeta dans sa bouche.
Il s'écoula un moment de silence gênant, durant lequel la jeune fille attendit que son remède fasse effet, et le jeune homme sortit un miroir portatif, du fil, une aiguille, un flacon d'alcool et une petite seringue.
Leonhart observa Nox alors que celui-ci s'injectait le contenu de la seringue, stérilisait son aiguille et faisait passer le fil dans le chas d'une main experte. Puis il lui tendit le miroir.
— Tiens-moi ça pendant que je me rafistole, ordonna-t-il presque.
Annie préféra coopérer, à l'heure actuelle, toutes ses autres options étaient mauvaises.
— Putain… grogna Amos en contemplant la plaie sur son visage. Tu m'as pas loupé… net et précis juste au-dessus de l'arcade…
La jeune fille ne répondit que par une moue qui signifiait qu'elle n'était pas désolée, mais à en juger par les tremblements de ses mains, elle faisait son possible pour ne pas paraitre terrorisée.
Le Conseiller nettoya sa plaie avec un mouchoir imbibé d'alcool, et, sous le regard effaré de la petite blonde, entrepris de recoudre sa blessure en conservant un visage des plus impassibles.
— Av… Avec quoi… tu t'es shooté ? gargouilla Leonhart en posant une main sur sa gorge douloureuse.
— Un truc qui défonce pas, répondit le jeune homme sans lever les yeux. Pourquoi est-ce que tu as peur de moi ?
Elle serra les dents, ce qui obligea Amos à faire fonctionner ses méninges.
— Si tu insistes pour que je devine par moi-même… gronda-t-il presqu'agacé par sa propre patience. Ce sont mes compétences qui t'ont interpellés, plus encore que mon côté menteur et manipulateur. Je suis une anomalie que tu n'arrives pas à expliquer, et rien que ça c'est suffisamment effrayant… Mais ce n'est pas vraiment de moi dont tu as peur, tu as peur pour Armin.
Tu as peur de ce que j'ai prévu de faire de lui, donc selon toi, j'entraine tout le monde, Armin y compris pour servir mes intérêts.
Le regard d'Annie se fit soudainement plus dur, mais sa défaite encore fraiche avait diminué sa confiance en elle. Elle ne pouvait pas représenter une menace réelle à l'heure actuelle.
— C'est plus que mon côté menteur-manipulateur qui te dérange, ça va plus loin… c'est mon profil; tu as toi-même été la victime d'une personne comme moi…
Leonhart renâcla avec mépris.
— Je suis même pas étonnée que t'es deviné, soupira-t-elle aussi résolue qu'agacée.
— Et étant donné tes « nouveaux » goûts en matière de garçon… j'imagine qu'on parle de ton ex ?
Annie ne répondit pas, elle se contenta de l'incendier du regard.
— Quoique… reprit-il en finissant le cinquième point de suture. T'es un peu jeune pour avoir un ex… Donc on va plutôt dire : un garçon de ton âge qui t'as fais miroiter monts et merveilles avant de te jeter comme un jouet cassé. En bref… tu t'es faites avoir par un riche.
La jeune fille sentit la vielle blessure sur son coeur se rouvrir, elle serra les dents et retint ses larmes.
— Pas étonnant que tu apprécies Armin, termina Amos en passant un bandage autour de sa tête, c'est un de mes opposés. Petit, mignon, innocent mais pas naïf, faible mais courageux, plus malin que fort et plein de bonne volonté. C'est le garçon idéal pour toi.
— La ferme, lâcha Annie alors que des larmes coulaient le long de ses joues, ferme ta putain de gueule.
Amos récupéra son miroir et rangea ses affaires, avant de s'asseoir face à la petite blonde.
— En tant que médecin, je suis au regret de t'informer que tu as attrapé le syndrome de Mikasa, et qu'il n'existe aucun remède.
Furieuse, Leonhart lui fit un bon gros doigt d'honneur auquel il sourit.
— Écoute Annie… reprit-il d'une voix légèrement embarrassée, tu n'as pas totalement tort…
Il leva la main pour empêcher son interlocutrice de lui couper la parole.
— C'est vrai qu'au début des classes… j'entrainais ceux que je sélectionnais par intérêt, admit-il exaspéré par ses propres propos. Et encore… c'était surtout parce que j'avais pas envie de me faire chier pendant trois ans.
Annie s'était attendue à bien raisons qui auraient pu pousser Amos a se servir de leurs camarades, cependant l'ennuie n'était pas sur sa liste. Elle haussa des sourcils circonspects en avalant ces pilules devenues liquides.
Nox hésita un instant mais il continua :
— Tu veux savoir ce que je fais là ? soupira-t-il avec une pointe de dédain et agacement. Hé bien je suis là par obligation. De base je n'avais aucune envie de venir ici, et comme tu l'as très bien compris je n'ai jamais eu besoin de cet entrainement. Entrainer les autres c'était un hobby que j'ai voulu transformer en investissement… un peu comme toi avec Eren.
Leonhart renâcla mais ne le contredit pas.
— Au final… je n'ai plus envie de me servir d'eux.
— Pourquoi ? s'enquit Annie dubitative. Qu'est-ce qui a changé ?
Nox haussa les épaules.
— La plupart des gens dont je me suis servi au cours de ma vie l'avait plus ou moins méritée.
Plongé dans ses souvenirs, le grand blond se mit à observer l'horizon d'un air nostalgique avec un sourire presque paternel.
— Ceux-là… ils sont tellement ordinaires et ignorants que c'en est exaspérant. Dès le premier jour j'ai dû aider Armin parce qu'il ne savait pas faire des pompes… des pompes…
Il s'esclaffa, avant de reprendre avec un ton mi-amusé, mi-exaspéré :
— Quel genre de soldat en herbe ne sait pas faire de pompe ? Et si encore il n'y avait eu que ça… mais y'en a pas un ici qui savait faire quoique ce soit de ses dix doigts.
Il poussa un profond soupir, mais il n'arrêta pas de sourire pour autant.
— Au fond… je les aime tous. Eren et Jean sont bruyants mais sans eux la caserne serait bien moins animée. Armin est un élève plein de bonne volonté et d'ambition intellectuel, être son professeur est très gratifiant… Et j'aime bien jouer aux échecs contre lui.
— Tu le bats tout le temps, fit remarquer Annie.
— Mais il me propose quelque chose de nouveau à chaque nouvelle partie, développa le Conseiller. Dans quelques années il aura un très bon niveau.
Leonhart réprima un sourire tandis qu'il continuait :
— Marco n'est pas aussi intelligent qu'Armin et il est un peu empoté, mais il reste un excellent élève. Connie est…
Il s'interrompit, pris une seconde pour réfléchir, et soupira d'une voix résolue :
— … con. Mais ses conneries amènent un peu d'animation.
Cette fois, Annie dissimula un éclat de rire en prétendant se racler la gorge. Malheureusement, cela lui rappela douloureusement le coup qu'elle avait reçu il y a peu et lui arracha une grimace endolorie. Amos lui tendit le flacon de pastilles bleues dont elle s'empressa d'en prendre trois de plus.
— Ne le dis pas à Ymir, continua Amos, mais je la trouve marrante. Mikasa… est la personne la plus adorable que j'ai jamais rencontré.
Leonhart haussa un sourcil circonspect.
— Tu ne peux pas le voir parce qu'elle t'assassine sans arrêt du regard, expliqua Nox amusé, mais elle est vraiment adorable.
— Qu'est-ce que je lui ai fais pour qu'elle me regarde comme ça ?
— Tu passes trop de temps avec Eren.
La petite blonde roula des yeux avec agacement.
— C'est lui qui…
— Et je lui ai dis que c'était toi la responsable de mon combat contre elle, avoua Amos sans prendre de gants.
Leonhart n'en cru pas ses oreilles, Nox en profita pour la gratifier d'un sourire moqueur tout en lui faisant signe de lever le menton pour qu'il examine sa gorge. Ce qu'elle fit en arborant une grimace contrariée.
— J'espère que maintenant tu as compris que tout se paye avec moi, dit-il après avoir constaté qu'il avait sans doute frappé moins fort qu'il ne l'avait pensé.
— Ça va, grinça-t-elle en rabaissant la tête pour le foudroyer du regard, j'ai pigé.
Elle poussa un soupir agacé et se redressa en ramassant son héron, son interlocuteur en fit de même avec son lièvre et son sac.
— À t'entendre on croirait que tu te plais ici, fit-elle remarquer en se frottant le cou, tu es brillant, beau et riche de ce que j'ai compris… Qu'est-ce que tu trouves à cet endroit ?
Amos éclata de rire alors qu'ils reprenaient leur route.
— Je ne lui trouve rien, ce sont les gens que j'aime bien… et Christa est heureuse ici. Pour moi… j'appellerai presque ça des vacances.
— Des vacances ? répéta Annie dubitative.
Nox haussa les épaules.
— On vit dans un Monde dangereux et cruel Annie, mais on ne vit qu'une seule fois. Je sais que je suis condamné a subir les mauvais moments de mon existence alors… j'essaye de profiter des bons.
Cette phrase gifla la jeune fille en plein visage, elle le fixa avec des yeux ronds comme s'il venait de se transformer en titan.
Un silence étonnement confortable s'installa entre les deux camarades, ils parcoururent une bonne cinquantaine de mètres avant que Leonhart dise avec une pointe de chagrin :
— Tu as changé…
— Je sais, répondit Nox sur le même ton, mais je doute que ce soit une bonne chose sur le long terme.
Elle ne réagit pas à cet aveu, car elle partageait ce point de vue.
— Je peux te demander un service ?
Amos s'esclaffa bruyamment.
— Dit-elle après m'avoir envoyé son genou dans la courge…
— Tu veux bien gérer l'entrainement d'Eren ? coupa-t-elle pour échapper à ses moqueries.
Le grand blond s'arrêta un instant pour croiser son regard, étonnamment, ce fut la détermination qui prima dans ces yeux bleu-argent.
— Tu n'as pas beaucoup de hobbies à part ça, fit-il remarquer, pourquoi est-ce que tu… ?
— Je veux entrainer Armin.
Amos voulu répondre mais Annie enchaîna très vite :
— C'est mieux pour tout le monde; Eren obtiendra un meilleur prof que moi, Christa passera plus de temps avec Ymir, toi t'auras un élève en plus, Mikasa arrêtera de me flinguer du regard…
— J'allais accepter, trancha Nox exaspéré, « même si Eren sera déçu ».
— Ah…
Il roula des yeux, mais esquissa un petit sourire.
— J'imagine que tu viens me demander parce que t'as besoin d'une excuse crédible…
— Annie ! Amos !
En entendant les cris de Reiner, les concernés coupèrent court à leur conversation et filèrent à travers la forêt pour déboucher dans une clairière.
Franz, Hannah, Bertholdt, Ymir et Reiner étaient en train d'inspecter les restes d'un campement pendant que Mikasa rédigeait ce qu'ils disaient.
— Au rapport ! ordonna Amos.
— Plusieurs sacs de rationnement utilisés et plusieurs feux de camps éteints, je dirai qu'un groupe de personnes était ici, répondit Reiner en examinant une partie du bois brûlé. Et c'est récent.
— Mikasa ? donne le rôle de chroniqueur à Daz. Avons-nous des informations sur les locaux ?
— Pas que je sache, répondit Reiner, qu'est-ce qu'on fait ?
— Donnez-moi une seconde.
Il se planta au milieu du camp, les traits du visage plissés et l'expression ferme. Ses yeux parcoururent chaque trace, chaque indice, chaque information à une vitesse folle. Les différentes traces de bottes, la taille de ces traces, la profondeur de ces traces, les traces de roues et de sabots, la poudre tombée sur une pomme de pin, la légère entaille sur la pierre en forme de miche de pain, et l'odeur pestilentiel d'eau de vie et de vomi.
— Ils étaient vingt-deux, tous des hommes, pratiquement tous en surpoids, avec cinq charrettes chacune tirée par deux chevaux, ils sont armés de fusils mais ont aussi des lames, cependant elles ne sont pas en ultracier. Certains, sinon tous, sont saouls comme des cochons.
Il remarqua alors un mégot qu'il ramassa sans remarquer les regards hébétés que lui lançaient ses coéquipiers, Daz retranscrit fidèlement chacune de ses paroles.
— Et merde, siffla-t-il après avoir reniflé l'odeur de tabac froid.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda Bertholdt inquiet.
Amos se redressa pour exhiber sa trouvaille.
— Cette saloperie est le pire genre de cigarette que tu puisses trouver, c'est un mélange de foin et de mauvais tabac produit dans les Souterrains sous la Capitale, en d'autres termes…
Il porta son regard froid vers le Sud, et siffla entre ses dents.
— Il faut tirer un fumigène rouge pour avertir l'autre équipe, décida Bertholdt en fouillant dans sa besace.
— Non ! Pas de fumigène. Mikasa ?
— Oui ?
— Je t'ordonne de ne pas foncer tête baissée une fois que tu auras obtenu l'information que je vais vous transmettre.
L'orientale se raidit sur place et posa ses mains sur les manches de ses épées.
— Amos ? prévint Annie. Elle va se tirer.
— Mikasa, reprit-il d'un ton plus ferme sans se retourner, si tu désobéis à mon ordre tu te mets en danger et tu retarderas l'opération de sauvetage probable qu'il va falloir mener. Calme-toi c'est un ordre.
La jeune fille serra les dents avant de relâcher ses armes, ce que Reiner indiqua à Amos.
— Ces types sont des trafiquants de chair humaine des Souterrains, en d'autres termes, des esclavagistes, des violeurs, des tueurs et des contrebandiers. Et ils filent droit vers l'équipe A.
Mikasa s'envola à la seconde où il termina sa phrase, il poussa un juron furieux.
— Équipe B ! Suivez-moi ! Il va falloir qu'on fasse un détour pour prendre ces connards à revers !
— Pourquoi on fait le tour ?! demanda Ymir tandis qu'ils virevoltaient. Pourquoi on ne suit pas Mikasa ?!
— Parce qu'il est fort probable que l'équipe A se fasse capturer avant qu'elle n'ait le temps d'arriver, ces types ont des fusils, des armes parfaites pour les humains alors que nous sommes entrainés à tuer des titans.
— Mais Mikasa est très forte ! cria Hannah pour couvrir le vent qui lui fouettait le visage.
— Cette idiote a un énorme point faible nommé « Eren », dès le moment où il aura une arme braquée sur la tempe elle cessera de se battre, et laissera l'intégralité de ce troupeau de porcs lui passer dessus si ça peut permettre à l'idiot suicidaire de vivre trois secondes de plus.
La rousse fut horrifiée par ces paroles, mais Annie, Reiner, Bertholdt et Ymir gardèrent leur sang-froid.
— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Thomas en déglutissant.
— On devrait retourner voir Shadis ! s'écria Daz. Lui il saura quoi faire !
— Le temps qu'on fasse ça, les filles auront été violées et enlevées et les garçons tués ! On doit agir maintenant, Mikasa nous a déjà fait perdre un temps précieux en fonçant dans le tas. Maintenant ils sauront dans quelle direction les renforts sont susceptibles d'arriver, d'où le détour désormais nécessaire.
— Quel est le plan, capitaine ? demanda Reiner.
— Est-ce que quelqu'un sait lancer des couteaux ici ?
— Oui, moi, répondit Annie.
— Parfait, d'abord il faut qu'on passe du Nord à l'Ouest de leur position, ensuite il faudra faire preuve de la plus grande discrétion, et enfin, lorsque le moment sera venu, il faudra prendre des vies humaines.
Franz, Hannah, et Daz déglutirent, les quatre autres se contentèrent de hocher la tête, mais ce fut aux trois premiers qu'Amos s'adressa :
— Si vous n'en êtes pas capables dites-le moi tout de suite, mais sachez que le sort de nos camarades repose désormais entre nos mains, soit nous prenons la décision de les couvrir de sang pour les sauver, soit elles resteront blanches comme neige, et nos camarades périront.
Ces paroles semblèrent renforcer la résolution de deux d'entre eux, mais le dernier semblait sur le point de se faire dessus.
— Daz ? Tu retranscriras tout ce que je dis et tout ce qu'on fait aussi vite que possible, telle est ta mission. Ça épargnera de la paperasse à Shadis et ça nous épargnera des ennuis.
— Oui capitaine ! s'empressa-t-il de répondre, trop heureux d'être épargné.
(-) (-) (-)
— RELÂCHEZ-NOUS ! hurla Eren en tentant de se débarrasser de ses liens bien ficelés.
C'était dans une petite clairière que les bandits étaient tombés sur les jeunes recrues de l'équipe A, et les avaient dépouillé de leur équipement en les menaçant de leurs armes avant de les attacher. La nuit était tombée il y a peu, et seule la lumière des torches de leurs ravisseurs éclairaient les alentours.
— Tss, regardez-moi cette petite merde ! ricana le chef des bandit, un gros homme à la dent d'or qui colla un coup de pied dans la tête du garçon, ce qui ne réussit qu'à l'énerver davantage.
— Eren ! crièrent Mikasa et Armin.
L'orientale avait surgit quelques minutes plus tôt, et avait commencé à découper les bandits sans que ces derniers ne soient capables de riposter malgré leurs fusils. Hélas, comme l'avait prédit Amos, plusieurs d'entre eux se saisirent de certains leurs prisonniers afin de s'en servir comme otages, et Eren fut parmi eux. Résultant ainsi en la reddition de la Ackerman.
Le petit blond comme les autres membres de l'équipe A était solidement attaché, Marco transpirait abondamment de terreur, Jean regardait Mikasa avec horreur, Thomas était encore inconscient, Sasha et Connie se débattaient en vain, Mina ne s'était toujours pas réveillée et Christa foudroyait les bandits du regard avec une haine viscérale.
— Max ? garde ton flingue sur la tronche de ce braillard. C'est le seul moyen qu'on ait de mater cette petite garce.
Mikasa serra les poings mais se laissa faire, un type avec pansement ensanglanté qui lui traversait la figure leva la main.
— Ch'peux l'aboir, chi vous plait bossh ? Chette petite pute m'a coupé le nez ! Elle a tué trois d'nos gars !
— La virginité d'une fille de cette qualité pour un nigaud comme toi ? ricana Dent d'or. Va vider tes couilles dans une autre, mais pas la petite blonde. Elle elle vaut cher.
Pas d'Nez semblait déçu, mais promenait déjà son regard vers les autres filles tandis que les quatorze autres bandits avec eux exultèrent joyeusement à l'idée de violer. Mina, qui venait de se réveiller, commença à pleurer de terreur, Sasha lutta davantage sans aucun effet, et Mikasa n'avait que pour seule expression celle d'un cadavre encore frais, ses beaux yeux de jais avaient perdu tout leur éclat.
Pas d'nez opta finalement pour Mina, la jeune fille aux couettes hurla d'horreur lorsque la main boudinée de ce dernier lui saisie la ceinture.
Eren tenta de se débattre, mais le dénommé Max avait toujours le canon de son fusil braqué sur sa tête. Dent d'or avait visiblement dans l'idée de cueillir lui-même la virginité de Mikasa, aussi il l'attrapa par les cheveux pour la mettre à quatre pattes. L'orientale ne réagit pas, elle semblait froide comme la mort et manipulable comme une poupée.
Soudain, trois projectiles furent jetés hors des bois et rebondirent sur le sol de la clairière à plusieurs reprises, aussitôt, les bandits se précipitèrent sur leurs armes et prirent des otages dans la panique.
— C'est quoi ce merdier ? rugit Dent d'or avant de se tourner vers Eren toujours menacé par Max. Y'a d'autres mouflets là dehors ?
— C-chef ?
Le gros homme jeta alors un coup d'oeil vers les projectiles et écarquilla les yeux, ces « projectiles » étaient des têtes humaines, les têtes des trois hommes qu'il avait laissé en sentinelles pendant qu'ils s'amusaient avec les cadets.
— Bordel ! hurla un autre homme en découvrant les ignobles mutilations qu'avaient subies ses anciens collègues. Je vais faire payer ces putains de mômes !
— C'est pas des mômes ! gronda Dent d'or entre ses dents.
— C'est les Brigades Spéciales ?! Sortez de là, tas d'enculés ! cria-t-il paniqué en saisissant Sasha par la queue de cheval. Ou je…
— Mais tu vas la fermer ?! T'en connais beaucoup des brigadiers ou des mômes qui décapitent et mutilent des prisonniers ?!
— Mais… Mais… ? demanda faiblement un autre bandit plus petit. C'est quoi alors ?
— J'en sais rien, grinça Dent d'or en relâchant Mikasa, mais nos otages nous servent à rien.
Armin écarquilla les yeux lorsque la réalisation le frappa.
Un éclat de rire maléfique et inhumain résonna soudainement à travers les branches, plusieurs oiseaux s'envolèrent de terreur, les recrues derrière les criminels étaient transit d'effroi.
L'un des bandits céda à la panique, et tira à l'aveugle. La détonation soudaine brisa les nerfs fragiles de ses compères qui l'imitèrent à leur tour. Les coups de feu illuminèrent les alentours quelques instants, mais ne révélèrent aucun ennemi.
— Arrêtez ! Arrêtez nom de Dieu !
Ses hommes mirent quelques secondes à obéir à ses ordres, leurs respirations haletantes allaient de paire avec leurs armes fumantes.
— Vous voyez pas ce qu'ils essayent de faire, bande de cons ?! Ils nous forcent à épuiser nos…
Deux éclairs argentés fendirent les airs, et se plantèrent dans les têtes de deux bandits qui s'écroulèrent presqu'instantanément. Leurs compères les regardèrent tomber pendant deux secondes, deux secondes qui leurs coûtèrent deux hommes de plus avant qu'ils ne reprennent leurs tirs de panique.
Il s'écoula une quinzaine de secondes avant la fin de la fusillade, les criminels étaient si crispés sur leurs armes que leurs mains avaient blanchies.
Dent d'or était le seul à avoir conserver son sang-froid et toutes ses munitions, il réfléchit à toute vitesse, il avait besoin de vite trouver un plan, auquel cas ils allaient tous se faire décimer.
Deux nouveaux couteaux fendirent les airs, l'un vint se loger dans la gorge de Pas d'nez, l'autre dans l'oeil de Max.
Ils n'étaient plus que huit, et trois secondes plus tard ils ne furent plus que six.
— Reiner ! hurla une voix que tous les cadets connaissaient.
Aussitôt, Reiner, Bertholdt, Ymir, Franz et Hannah tombèrent du ciel les lames en avant prêt à découper les criminels.
Dent d'or leva son arme encore chargée, avant que deux grappins ne jaillissent de l'obscurité pour venir se planter dans son corps. Amos se propulsa vers le chef des bandits et le découpa en trois, le reste de son équipe décapita les autres, Annie sortit de sa cachette.
L'équipe A les regarda bouche bée, leur soulagement était tel que des larmes coulèrent le long de leurs joues.
— Tout le monde va bien ? demanda Reiner tandis qu'il s'approchait pour libérer ses camarades.
— R-Reiner, souffla Mina en pleurs.
— Ymir, sourit Christa alors que celle-ci la libérait.
— Les gars, lâcha Jean une fois libre.
— MERCI ! hurlèrent-ils tous en se jetant une fois libres dans les bras de leurs sauveurs.
— J'ai cru qu'on allait mourir ! pleurnicha Sasha contre le torse d'Amos.
— Merci ! Merci ! chouina Mina contre Reiner.
— Vous êtes des putains de héros, lâcha Thomas en enlaçant Bertholdt.
— On vous adore, crièrent Jean et Connie en attrapant Franz et Hannah.
— Vous nous avez sauvé la vie, souffla Marco en étreignant Annie.
Cette dernière ne savait pas comment réagir, elle s'apprêtait à le repousser lorsqu'Amos l'attrapa par la manche.
— Profite des bons moments, chuchota-t-il en lui faisant un clin d'oeil.
Leonhart grimaça, avant de revenir vers Marco, et de refermer à son tour ses bras autour de lui. Le jeune homme resserra son étreinte.
— Tu es une héroïne, dit-il tout bas.
Annie se foudroya sur place et écarquilla des yeux larmoyants, ça lui faisait tant de bien d'entendre cela, de l'entendre avec autant de sincérité. Pour la première fois de son existence, elle était fière d'elle-même.
— Y'a… y'a pas de quoi, bredouilla-t-elle sous le choc.
Amos consola Sasha encore quelques instants, avant de se tourner vers Armin et Eren. Les deux garçons s'étaient agenouillés à côté de Mikasa et celui aux yeux verts la secouait en lui sommant de se réveiller.
— Mikasa ?! Hé Mikasa ?!
— Arrête ! trancha Nox en attirant par la même occasion l'attention général sur lui. Laisse-moi voir.
Eren s'écarta pour lui laisser la place de s'agenouiller, les yeux de l'orientale étaient toujours aussi vides, comme si elle était dans un état végétatif. Un frisson écoeuré transperça la colonne vertébrale du jeune homme lorsqu'il vit cela, seules la prédation et la drogue lui permirent de ravaler cette sensation abjecte.
— Elle est en état de choc, expliqua-t-il impassible après l'avoir examiné, il vaut mieux l'assommer.
Sur ces mots, il localisa l'artère désirée qu'il pinça pour obtenir l'effet recherché. Le soulagement qui s'empara de lui lorsqu'Ackerman perdit connaissance fut immense.
— Reiner ? appela-t-il une fois qu'elle eut fermé les yeux. Il va falloir que tu la portes.
Le grand blond acquiesça, avant de la ramasser façon jeune mariée.
— Écoutez-moi, reprit le Conseiller à l'adresse de tous, il est parfaitement inutile de poursuivre l'exercice dans ces conditions. Récupérez les armes de ces salopards et laissez la nature s'occuper de leurs corps, on va récupérer leurs carrioles pour y dormir, avec un peu de chance il y aura aussi à manger là-dedans, abreuvez et nourrissez les chevaux si nécessaire, on s'en servira pour repartir à l'aube.
— Oui, Amos !
— Il doit aussi y avoir de l'alcool là-dedans, réalisa-t-il tout bas avant d'aboyer : et si j'en chope un en train de picoler pour oublier, il ou elle finira avec mon pied au cul !
— Oui, Amos ! reprirent les recrues pas vraiment enclines à lui déplaire.
— Attendez ! s'écria Jaeger. Mikasa est blessée, il faut qu'on rentre tout de suite !
— Eren, coupa Nox d'une voix calme, elle n'est pas blessée mais en état de choc, il lui faut du repos et du soutien au réveil. De plus on ne peut pas voyager de nuit, et nous sommes tous exténués par les épreuves du jour.
Le garçon baissa la tête, avant d'acquiescer. Et très vite les recrues du 104ème régiment suivirent à la lettre les consignes de leur chef tout désigné, avant de s'évanouir de fatigue au sein des carrioles après avoir récupérer un Daz tout tremblant sur le chemin. Contre l'avis général, Amos s'était porté volontaire pour le premier tour de garde, et s'était montré intransigeant sur ce sujet. D'une part il pensait que tout le monde avait mérité de se reposer, et d'autre part, il voulait tester en cachette les excellentes cigarettes du Mur Maria qu'il avait trouvé dans une des caisses de contrebande. Il attendit donc que tout le monde se soit endormi pour se trouver un point un peu élevé sur une colline afin de surveiller les environs, puis il s'en alluma une, et laissa la fumée lui lécher les lèvres.
— Amos ?
— « Grillé, » songea-t-il en soupirant : oui, Armin ?
Le petit blond vint s'asseoir aux côtés du plus grand blond, en ignorant autant que possible la fumée de sa cigarette.
— Ton plan était génial, admit-il timidement, leur faire croire qu'ils avaient affaire à un tout autre type d'ennemi pour annuler l'avantage de leurs otages. C'était brillant.
— La flatterie ne fonctionne pas avec moi Armin, répondit Nox en soufflant un nuage, même si je sais qu'elle est sincère. Accouche, qu'est-ce que tu as à me dire ?
Le petit blond rougit de honte comme un enfant prit la main dans le pot à cookies, il finit cependant par répondre :
— Je… Hé bien je n'étais pas sûr… Mais ces derniers temps tu parais… et bien… plus sincère.
Amos leva un sourcil interrogateur, son interlocuteur développa :
— Au début tu semblais ravi d'aider tout le monde, et j'y ai cru et j'étais content de faire ta connaissance. Je le suis toujours d'ailleurs, mais ces derniers mois… tes sourires, tes rires et ta bienveillance paraissent plus… authentiques. En tout cas ils sont différents de ceux que tu montrais au début de l'entrainement. Peut-être que c'est juste mon imagination, mais je ne peux pas m'empêcher de me demander si… si au commencement tu n'étais pas…
— … un menteur ? acheva Nox en tirant sur sa cigarette. Si, totalement.
Armin écarquilla les yeux, il avait eu raison, son instinct ne l'avait pas trahi.
Amos laissa échapper un sourire triste, et s'allongea sur l'herbe.
— À l'avenir Armin, je te déconseille de me psychanalyser si tu ne veux pas faire de cauchemars, dit-il très sérieusement, mes pensées ne sont pas au goût de tout le monde. Si tu veux tout savoir, au départ je n'étais pas content d'être là, je ne suis venu que par obligation mais côtoyer d'autres mammifères n'était clairement pas dans ma liste de priorités. Je n'ai aidé les autres que dans le seul but d'adoucir mon séjour, mais j'y ai pris goût, et j'ai fini par apprécier ces gens avec lesquels je grandissais. J'ai commencé à changer, à devenir une autre personne, et j'aime bien cette nouvelle personne pour être honnête. Malheureusement, je ne pourrai pas rester comme ça indéfiniment, je vais devoir… peut-être redevenir mon ancien moi… sinon… je vais finir par faire une énorme connerie.
Armin était choqué et fasciné en même temps, il n'était pas certains de tout comprendre, mais il savait désormais que la situation d'Amos était beaucoup plus compliquée qu'il n'y paraissait. Il ne put s'empêcher de se demander ce que son ami cachait, un aveu attira cependant son attention.
— Comment ça « redevenir ton ancien toi » ? Comment tu peux faire ça ?
— Je t'ai dis de ne pas me psychanalyser, gronda Nox d'une voix sévère.
Et le petit blond se tut.
— J'espère que ta curiosité est satisfaite Armin, parce que tu n'auras pas d'autres réponses, conclut-il en se relaxant.
Mais comme ce dernier n'était toujours pas partit, Amos dut se résoudre à reporter le moment de paix qu'il désirait :
— Quoi encore ?
— À propos de Mikasa…
— Elle va en prendre plein la gueule, déclara Nox simplement, fin de la discussion.
— Amos…
— Armin, répliqua-t-il avec une fermeté qui ne laissait nulle place à la négociation, elle a désobéi à un ordre direct, a abandonné ses coéquipiers, s'est faite capturer par une bande de cochons saouls en surpoids, a retardé l'opération de sauvetage de l'équipe B en nous forçant à faire un détour, a mit en danger l'intégralité de nos vies et celles de l'équipe A tout en fonçant dans le tas… je continue ou tu as eu ta dose ?
— Amos…
— Tu en veux encore ? Pas de soucis, elle a énervé les bandits en en tuant trois avant de se rendre comme une idiote. C'est un miracle qu'ils n'aient pas fait sauter les cervelles de certains d'entre vous en guise de représailles, la tienne en aurait sans doute fait partie… quoique… maintenant que j'y pense, les mignons petits garçons comme toi se vendent à prix d'or au marché des esclaves concubins des Souterrains.
Arlet écarquilla les yeux d'horreur, à cela Amos haussa un sourcil.
— Hé oui Armin, toi aussi, tu as un trou.
Un frisson d'épouvante mêlé à un profond dégout vint faire écho à ces paroles, et le plus petit des deux blonds baissa la tête. Nox en profita pour s'approcher de lui et lui murmurer à l'oreille d'une voix froide :
— Mikasa va s'en prendre plein la gueule, la discussion est close, va te coucher c'est un ordre.
Armin voulut ajouter quelque chose… mais finit par se raviser lorsqu'il réalisa qu'il n'avait pas les moyens de faire changer d'avis le Conseiller. Aussi il obéit, le laissant avec ses pensées.
Amos resta seul pendant le restant de son tour de garde, à scruter et à observer chaque recoin de la forêt qui les entourait. Lorsqu'il eut terminé, il s'en alla vérifier si Mikasa dormait toujours, avant de réveiller Reiner pour qu'il prenne la relève le temps qu'il aille faire une petite course, avant d'aller se coucher à son tour.
(-) (-) (-)
Le retour au camp d'entrainement fut triomphal aux yeux des autres recrues du 104ème Régiment lorsqu'ils aperçurent les cinq carrioles, mais ceux qui descendirent desdites carrioles étaient surtout soulagés d'être revenus entiers. En tant que chefs désignés des différentes équipes, Amos et Marco durent faire leur rapport à Shadis tandis que Mikasa était transportée à l'infirmerie, et que les autres recrues obtinrent un jour de congé exceptionnel qui fut plus que bienvenue.
Assis dans son bureau, Shadis finissait de lire les rapports rédigés par Daz et Armin, tandis qu'Amos et Marco attendaient son verdict au garde-à-vous.
— Je vois, dit l'instructeur en chef d'une voix impassible.
— Monsieur, salua le garçon aux tâches de rousseurs, je prends l'entière responsabilité pour la capture de mon équipe !
— Ce ne sera pas nécessaire, la faute est mienne, j'aurais dû me douter que certains de ces porcs se promenaient dans nos montagnes. Cadet Bott, tu peux disposer.
— Monsieur, salua une nouvelle fois ce dernier avant de prendre congé.
Il s'écoula quelques secondes d'un silence pesant, durant lesquelles Shadis observa le regard d'Amos qui conserva une expression des plus neutres, finalement, il poussa un profond soupir.
— Je sais que le numéro du connard d'instructeur ne fonctionne pas sur toi, aussi inutile de le conserver pour le principe. Je vais être honnête, je suis vraiment impressionné. Tous tes camarades sont en vie et indemnes, et tous les ennemis sont morts, un match parfait en quelque sorte, même s'il aurait été préférable d'en garder un en vie pour l'interroger.
— Ce n'était pas nécessaire, Monsieur.
Sur ces mots, il sortit une dent en or de sa poche et la déposa sur le bureau de son instructeur qui la ramassa et l'examina. Un caractère oriental était gravé sur l'objet, le caractère qui signifiait « l'amour » .
Shadis sentit son sang bouillir dans ses veines, il ne savait pas lire ce caractère, mais il le connaissait bien.
— Cette sale petite vermine, siffla-t-il entre ses dents.
La prédation fit soudainement son apparition dans le regard d'émeraude d'Amos, celui-ci cessa de saluer, tira la chaise qui faisait face au bureau de Shadis afin de s'y installer, et se pencha en avant pour poser son menton sur ses mains jointes.
L'ancien Major du Bataillon d'Exploration effectua un léger mouvement de recul sans se laisser démonter pour autant, il serra néanmoins les dents face à l'insubordination éhonté de son cadet.
— Dites-moi, Sergent-Instructeur, ironisa-t-il en contenant sa propre colère, voulez-vous bien m'expliquer comment vingt-deux porcs complètement saouls et cinq charrettes de contrebande sont passées entre les mailles de votre dispositif de surveillance ?
Keith serra les poings.
— Il est évident…
— Qu'ils étaient là depuis plusieurs jours dans un périmètre qui aurait dû être passée au crible fin, mais qui ne l'a manifestement pas été. J'ai vu un de leurs camps, ça faisait au moins quatre-vingt-seize heures qu'ils étaient dans ces montagnes… Pourquoi cette zone n'a-t-elle pas été ratissée ?
Keith avait un mal de chien à regarder son interlocuteur dans les yeux. Les rumeurs sordides qu'il avait entendu à son sujet l'empêchait d'élever la voix. Il ignorait à quel genre de personne il avait réellement affaire, mais il savait cependant que son autorité était inexistante sur lui.
— Vous aviez pourtant les effectifs nécessaires, continua Amos, ils ont été mis à votre disposition pour trois ans.
— Mes instructeurs étaient parfaitement capables…
— Ils ont échoué, trancha « Nox » sans prendre la peine de masquer son mépris, tout comme vous. Vous avez refusé d'employer de l'aide gratuite et experte uniquement par fierté, ce qui a mis en danger vos dix-huit meilleurs cadets. Il fut une époque où vous aviez la décence d'attendre que vos soldats soient diplômés avant de les envoyer au massacre.
Seul un effort surhumain empêcha Shadis de se jeter sur sa recrue, mais cela ne l'empêcha pas de trembler de rage.
Nox plissa les yeux un instant afin de jauger l'instructeur, puis il s'adossa contre le dos de sa chaise.
— Vos émotions biaisent trop vos décisions, Sergent, vous avez bien fait de laisser Erwin prendre votre place.
L'ancien Major du Bataillon fracassa son bureau avec ses poings et faillit rugir :
— Je ne suis pas biaisé par mes émotions !
— Alors pourquoi avez-vous saboté la ceinture d'Eren ?
Cette simple question fit disparaitre la colère de Shadis en un claquement de doigts, l'instructeur écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, sans pour autant formuler la moindre parole.
— Vous êtes un idiot, soupira Amos en faisant disparaitre la prédation, vous saviez exactement quel était le problème sur sa ceinture alors que vous avez prétendu ignorer que cette partie pouvait se casser. Un problème qui était pourtant introuvable à l'examen basique. Puis vous avez prétendu que vous l'ajouteriez à l'entretien ce que vous n'avez jamais fait. Avec tout ça, la théorie du sabotage et l'identité du saboteur étaient plus qu'évidentes.
Épuisé, Keith se laissa tomber sur son fauteuil et prit sa tête dans ses mains, mais Amos ne lui accorda pas un instant de répit.
— Ce qui m'a vraiment mis la puce à l'oreille, c'est la fureur avec laquelle vous m'avez fixé quand j'ai fait remarquer que la ceinture était cassée. Après cela, j'ai aperçu les quelques regards que vous jetiez à Eren quand il ne vous regardait pas, et j'ai appris par Armin qu'Eren ressemble beaucoup à sa mère…
— La ferme… souffla Shadis exténué alors que des larmes coulaient le long de ses joues, fermez là…
Nox fut presqu'étonné par la sensation désagréable que lui causa ce vouvoiement… Il la balaya pour s'emparer du bloc-notes de son instructeur ainsi que d'un crayon. Sur le papier, il griffonna une adresse ainsi qu'un nom. Puis il s'empara de la bougie à moitié consumée qui trainait sur le bureau, l'alluma d'une allumette et versa la cire fondue sur une autre feuille. Après quoi, il sortit une bague de sa poche et y appliqua un sceau en forme de chauve-souris. Puis il arracha les deux feuilles et les lui tendit.
— Envoyez une lettre à cette psychiatre, conseilla-t-il à l'instructeur au regard vide, ce n'est pas la meilleure selon l'ordre des médecins mais c'est de loin ma préférée. Elle habite à Trost, vous pourrez lui rendre visite durant votre jour de repos. Je paierai votre thérapie.
Shadis fixa les feuilles de papier en arborant une grimace confuse, avant de la prendre et de relever la tête.
— Parce que vous avez des problèmes personnels à régler, ça ne devrait pas avoir d'impact sur votre travail et encore moins sur vos cadets, répondit Amos en anticipant le « pourquoi ».
Sur ces mots, il se leva de sa chaise pour quitter le bureau, mais il s'arrêta avant d'avoir atteint la porte.
— Qu'est-ce que vous allez faire de Mikasa ?
Shadis reposa la feuille, s'essuya le visage d'un revers de manche et répondit en ravalant ses émotions autant que possible :
— D'abord attendre qu'elle se réveille, ensuite l'envoyer en cellule de soutien psychologique.
Amos serra les dents, ce n'était pas l'idéal, les cellules de soutien psychologique gardaient les patients trop longtemps avant qu'ils ne soient de nouveau opérationnels. Mais il y avait un moyen, un moyen qu'Amos Nox répugnait à utiliser, son ancien lui en revanche, le fera sans hésiter.
— Puis-je formuler une requête, Monsieur ?
Shadis faillit s'esclaffer en entendant le mot « Monsieur » sortir de la bouche de ce fichu gosse.
— Je t'écoute.
— Il n'est peut-être pas nécessaire de perdre autant de temps, je pense être capable de la remettre sur pieds avant la fin de la journée.
Shadis leva l'un de ses sourcils inexistants et observa le jeune homme de nouveau.
— Si tu veux passer ton seul jour de repos à faire ça c'est ton problème… recrue. Mais si tu empires son état, sache que chaque autre cadet l'apprendra d'une manière ou d'une autre.
Le sourire confiant et amusé qu'afficha le grand blond horripila l'instructeur qui dû se contenir de plus belle.
— Merci… Monsieur. Cette menace-là avait plus de sens que toutes les autres.
— Ta gueule, putain de môme, grinça l'ancien Major au bout du rouleau. Tu peux disposer.
— Monsieur, salua-t-il avant de sortir tandis que Keith fronçait ses sourcils inexistants. Il regarda les deux feuilles que lui avait laissé son cadet, l'une était vierge mis à part le sceau en forme de chauve-souris au bas de la page. L'autre contenait le nom et l'adresse d'une Docteur Victoria Val. Épuisé par son entretien éprouvant avec le Conseiller, le Sergent-Instructeur sortit le dossier du cadet pour y ajouter une appréciation.
— « Amos Nox, le leader non-officiel de la 104ème. Exceptionnel dans toutes les matières, Amos a gagné la confiance et le respect de presque tous ses camarades. Cependant… ses antécédents psychiatrique douteux le rende manipulateur et imprévisible. Il pourrait être le plus grand allié de son régiment, ou son pire ennemi. »
(-) (-) (-)
Amos fila droit vers l'infirmerie dès qu'il fut dehors, il empestait le tabac froid et avait encore le sang de Dent d'or sur les vêtements. Ce qui était impeccable à son sens.
Lorsqu'il entra dans l'infirmerie, il eut la surprise de découvrir que l'orientale allongée sur un lit avait les yeux ouverts, mais ceux-ci toujours aussi vides fixaient le plafond d'un regard vitreux.
Nox sentit soudainement une série d'images toutes plus horribles les unes que les autres, envahir son cerveau. Il se souvint d'une cellule, de coups de feu, de coups de fouet, et d'aboiements incessants. Alors que ses yeux d'émeraude manquèrent de jaillir de leurs orbites, suite aux douleurs foudroyantes qui semblaient irradier chaque parcelle de son corps, il s'empressa de sortir une petite seringue de sa poche intérieur avant de s'injecter le contenu dans le cou. Quelques secondes plus tard, il prit une très grande inspiration, comme s'il était resté sous l'eau trop longtemps, et une vague de soulagement le submergea. C'est là que la prédation fit son retour dans son regard, et fixa Mikasa avec un profond mécontentement. Nox s'empara d'une chaise pour s'asseoir à ses côtés. Il claqua plusieurs fois des doigts devant ses yeux, pas de résultats, il lui colla une pichenette sur le nez, pas davantage, il caressa l'idée de lui en mettre une, mais ça ferait probablement plus de mal que de bien, aussi il choisit d'opter pour une approche plus sentimentale. Il s'éclaircit calmement la gorge et chanta :
Habataitara modoranai to itte
Mezashita no wa aoi aoi ano sora
"Kanashimi" wa mada oboerarezu
"Setsunasa" wa ima tsukamihajimeta
Anata e to idaku kono kanjou mo
Ima "kotoba" ni kawatte iku
Mikasa haussa un sourcil.
Michi naru sekai no yume kara mezamete
Kono hane wo hiroge tobitatsu
Elle cligna des yeux.
Habataitara modoranai to itte
Mezashita no wa shiroi shiroi ano kumo
Tsukinuketara mitsukaru to shitte
Furikiru hodo aoi aoi ano sora
Aoi aoi ano sora
Aoi aoi ano sora
Avant de les écarquiller.
Aisou tsukita you na oto de
Sabireta furui mado wa kowareta
Miakita KAGO wa hora sutete iku
Furikaeru koto wa mou nai
— Kaa-chan, souffla-t-elle faiblement.
Takanaru kodou ni kokyuu wo azukete
Kono mado wo kette tobitatsu
Elle commença à se redresser, lentement mais surement, ses yeux et sa peau reprirent des couleurs.
Kakedashitara te ni dekiru to itte
Izanau no wa tooi tooi ano koe
Mabushisugita anata no te mo nigitte
Motomeru hodo aoi aoi ano sora
Sa respiration jusqu'alors presqu'inexistante devint tout à coup haletante, Mikasa ne semblait pas en croire ses oreilles
Ochite iku to wakatte ita
Sore de mo hikari wo oitsuzukete iku yo
Des larmes coulèrent le long de ses joues alors qu'elle était désormais assise dans son lit, le regard désormais emplie de vie et d'émotions.
Habataitara modoranai to itte
Sagashita no wa shiroi shiroi ano kumo
Tsukinuketara mitsukaru to shitte
Furikiru hodo aoi aoi ano sora
Aoi aoi ano sora
aoi aoi ano sora
Lorsqu'Amos termina finalement sa chanson, il croisa bras et jambes en attendant que la jeune fille finisse de retrouver ses esprits. Ce qui dura tout de même quelques minutes.
Quand enfin elle se tourna vers lui, son regard doux et émerveillé s'entrechoqua contre le dur et furieux que le jeune homme avait préparé spécialement pour l'orientale qui sursauta.
— Bien dormi ? ironisa-t-il avant de noter : tu n'as pas l'air ravie de me voir.
Mikasa jeta quelques coups d'oeil autour d'elle pour découvrir où elle était, avant d'être soudainement assaillie d'une foudroyante migraine, tous les souvenirs de l'attaque des bandits réinvestirent soudainement sa cervelle, et elle saisit sa tête à deux mains.
— Eren ! cria-t-elle en se remémorant l'image de son frère adoptif avec un canon pointé sur la tête.
Elle voulut sortir de son lit mais Amos la saisit fermement par l'épaule.
— Il va bien, l'informa-t-il en tâchant de préserver sa voix de toute forme d'exaspération, reste allongée, tu as traversé une expérience traumatisante.
Mikasa sembla hésiter quelques instants, avant que le visage ricaneur de Dent d'or ne vienne soudainement s'imposer dans son esprit. Son regard s'assombrie.
— Qu'est-ce qui est arrivé aux bandits ?
— Tous morts, Annie, Reiner, Bertholdt, Ymir, Hanna, Franz et moi les avons tués.
— Et le type avec la dent en or ?
— Son sang est encore sur mon uniforme, je l'ai coupé en trois.
Ses yeux glissèrent sur les impressionnantes taches rouges qui ornaient les vêtements du jeune homme, mais son visage resta impassible.
— Je vois.
Sans crier gare, Amos la saisie par le col, et plaqua son front contre le sien, l'orientale écarquilla les yeux face au visage déformé par la rage de son bourreau
— Écoute-moi bien, vociféra-t-il d'une voix froide, ton impulsivité et ta putain d'obsession ont failli nous coûter très cher ! C'est un foutu miracle que ces connards n'aient pas refroidis plusieurs membres de l'équipe A par vengeance après ton attaque complètement ratée ! Tu nous a tous mis en danger, tous ! Tu n'as eu aucune considération pour aucun d'entre nous, pas même Armin ! Pas même toi ! Tu étais prête à laisser dix neuf porcs complètement saouls t'enfoncer par chaque orifice de ton corps sous le regard d'Eren ! Non mais, tu as la moindre idée de ce que ça lui aurait fait de voir une chose pareille ?! Je suis persuadé qu'il aurait préféré mourir un million de fois plutôt que de te voir subir une telle atrocité !
Mikasa avait le souffle coupée et les yeux écarquillés, elle avait le sentiment qu'on lui avait arraché le coeur de la poitrine.
— Que tu aimes Eren je le comprends, mais tu n'as aucun droit ! Tu m'entends ? Aucun droit de trahir tous tes camarades ! Tu es la plus forte, la plus douée à l'épée et à la tridimensionnalité. Les autres t'admirent, ils placent en toi une confiance énorme ! Une confiance sur laquelle tu as craché dès que tu as cessé d'en avoir quelque chose à foutre de leurs vies ! Qu'est-ce que tu aurais fait, bordel, si Sasha avait été violée et réduite en esclavage ?! Tu serais allé dans son village pour l'annoncer à sa famille ?! Tu aurais alors constaté les dégâts irréparables que ton erreur a failli leur coûter !
Horrifiée, Mikasa se couvrit les oreilles, se recroquevilla sur elle-même et fondit en larmes.
Amos ne se laissa pas défiler, mais il ne voyait désormais plus la peine de continuer d'énumérer les multiples conséquences qu'aurait pu avoir la décision désastreuse de la jeune fille. Elle avait touché le fond, à elle à présent de remonter la pente.
Il patienta donc, dix minutes, puis vingt, ce ne fut que peut après vingt-sept que l'orientale finit par relever la tête, les yeux rougis par les larmes.
— Pardonne-moi.
— Non, dit-il simplement, tu ne l'as pas mérité.
Mikasa resserra ses genoux contre sa poitrine, rongée par la honte.
— Pas encore en tout cas, reprit-il beaucoup plus calmement, tu as commis une erreur, une erreur qui aurait pu coûter très cher, mais heureusement ce ne fut pas le cas. Maintenant reste à savoir ce que tu vas faire de tout ça, apprendras-tu de cette erreur ? Seras-tu à la hauteur des attentes et de la confiance placées en toi ? Seras-tu capable de contrôler tes émotions afin de prendre les bonnes décisions ? Tu n'as que deux options Mikasa : tu te bats pour t'améliorer, ou tu te noies dans l'apitoiement. Qu'est-ce que tu choisis ?
L'orientale était prise de court, elle fixa le jeune homme d'un regard paniqué.
— Une décision, Ackerman, gronda-t-il d'un ton dur. Tu t'apitoies ou tu te bats? Alors ?
— « Bats-toi ! »
Mikasa se paralysa sur place, ses dents grincèrent, elle serra ses draps si forts que ses phalanges blanchirent.
— « Bats-toi ! Bats-toi ! BATS-TOI ! »
— Je me bats, répondit-elle avec une assurance retrouvée.
— Alors debout, ordonna Nox en lui tendant la main.
L'orientale la saisit et se laissa redresser, le regard empli d'une détermination nouvelle.
— Bien, soupira le jeune homme en lui tapotant la tête, content de te revoir.
Mikasa prit une profonde inspiration, avant de remarquer la puanteur ignoble qui s'échappait du blond.
— Tu as besoin d'une douche, déclara-t-elle simplement.
— Toi aussi, répliqua-t-il sur le même ton.
Sur ces mots, il prit la direction de la salle de bain commune des garçons, où il était certains de ne trouver personne à cette heure. Mais Mikasa l'attrapa par le bras, et le maintint avec fermeté.
— Où as-tu appris à parler l'oriental ? demanda-t-elle d'un ton sec.
Il répondit par un sourire, et la jeune fille fronça les sourcils. Ce n'était pas le sourire d'Amos, ce n'était pas le sourire qu'elle connaissait, c'était… autre chose.
Nox posa sa main libre sur son épaule avant de la presser soudainement, aussitôt, Mikasa sentit ses muscles se relâcher et il en profita pour s'extirper de son emprise.
— Watashiniha himitsu ga arimasu (j'ai un secret), dit-il avant de s'éclipser, laissant la jeune fille seule avec ses questions.
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Mikasa et Amos avaient, chacun de leur côté, rejoint la salle de bain commune dédiée à leur sexe respectif. L'un comme l'autre passèrent de longues minutes à se laver des puanteurs qu'ils avaient accumulés lors de leur dernier exercice, ce qui ne fut guère facile. Il semblerait que la sueur de Dent d'or pour l'une et son sang pour l'autre collaient à leurs peaux, ils frottèrent énergiquement jusqu'à atteindre une propreté satisfaisante et ressortirent de leurs cabines chacun de leurs côtés pour s'observer dans leur miroir respectif.
Mikasa repensa à sa conversation avec Eren, au moment où elle s'était enfin décidé à lui parler à coeur ouvert. À lui expliquer pourquoi elle se devait de le protéger, pourquoi il comptait tellement à ses yeux.
— « Je dois te protéger, Eren. C'est pourquoi je dois continuer à m'améliorer aussi. »
— Baka…
Elle avait échoué, et de manière spectaculaire qui plus est, son frère adoptif avait failli assister en première loge au sort atroce auquel il l'avait arraché il y a toutes ces années. Elle comprenait maintenant pourquoi il avait longtemps rejeté son aide, pourquoi il s'était agacé de son comportement, c'était celui-là même qui avait failli tous les condamner.
— « Tu n'as eu aucune considération pour aucun d'entre nous, pas même Armin ! »
Les mots d'Amos lui déchirèrent le coeur une nouvelle fois. Comment avait-elle pu ignorer Armin ? Son ami de toujours, lui aussi était un membre de sa famille, et elle avait bien faillie le faire tuer.
— « Pas même pour ta propre personne ! »
Mikasa n'avait jamais pensé à cela, pour elle rien d'autre ne comptait que la survie d'Eren. Elle était prête à se sacrifier pour lui, sacrifier cette vie qu'il avait sauvé sans même penser aux conséquences que cela aurait pu avoir sur lui. Maintenant elle réalisa à quel point elle, en tant que personne, importait. Elle voulait protéger sa famille à tous prix, mais elle était si obsédée par cette idée qu'elle avait presqu'oublié que ses amis la voyaient aussi comme telle. Elle s'était très longtemps agacée de l'impulsivité d'Eren et du peu de considération qu'il semblait avoir pour sa vie, sans même se rendre compte qu'elle faisait la même chose.
— Hypocrite…
— « Seras-tu à la hauteur des attentes et de la confiance placées en toi ? »
Mikasa grinça des dents, plus jamais elle ne commettrait une erreur aussi grotesque ! Plus jamais elle ne trahirait la confiance qu'Eren, Armin et tous leurs camarades avaient placé en elle ! Plus jamais ça ! Plus jamais ça !
— « Tu n'as que deux options Mikasa : tu te bats pour t'améliorer, ou tu te noies dans l'apitoiement. Qu'est-ce que tu choisis ? »
L'orientale s'était assez apitoyée sur son sort, elle devait aller de l'avant.
— « Bats-toi ! Bats-toi ! »
— Bats-toi… murmura-t-elle, Bats-toi… « Bats-toi ! »
Son poing entra en collision avec son reflet, réduisant le miroir en un amas d'éclats qui vint s'éparpiller sur le sol. Elle observa le dos de sa main sanguinolente, et retira avec ses ongles les bouts qui avaient pénétrés sa peau.
— Bats-toi et améliore-toi, conclut-elle avant d'aller s'habiller en commençant par son écharpe.
Mais alors qu'elle reboutonnait sa chemise, elle repensa à la chanson qu'Amos avait chanté. Elle ne connaissait pas cette chanson, en revanche son oriental était parfait, il n'avait pas une trace d'accent. Elle n'avait plus parlé sa deuxième langue maternelle depuis l'âge de neuf ans, comment est-ce que Nox la connaissait ? L'avait-il apprit dans son école à Sina ? Y'avait-il d'autres orientaux là-bas ?
Elle fronça les sourcils une fois habillée, quelque chose clochait. Elle ne savait pas quoi, elle ne savait pas si elle devait s'en inquiéter ou simplement considérer qu'il avait le droit à une vie privée, mais c'était beaucoup trop préoccupant à ses yeux pour qu'elle cesse d'y penser.
Que diable cachait-il ?
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De son côté des douches, Amos était… confus. Il fixait sa main droite d'un regard vitreux, les sourcils froncés.
— Qu'est-ce qui m'arrive ? murmura-t-il pour lui-même. Pourquoi est-ce que j'ai des remords ? Je… pourquoi est-ce que je regrette… ?
Il écarquilla les yeux en réalisant ce qu'il était en train de dire, et se mit aussitôt à serrer son poing de rage et de frustration.
— « Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! » songea-t-il furieux. « Depuis quand est-ce que je suis devenu aussi faible ?! Qu'est-ce qui me prend ?! Ce n'est pas moi ! Ce n'est pas qui je suis ! Je… Je ne peux PAS être comme ça ! Sinon… Sinon je vais regretter… »
Il saisit le lavabo à pleines mains et se foudroya lui-même du regard.
— « Souviens-toi ! » s'ordonna-t-il. « Souviens-toi de qui tu as juré d'être ! Souviens-toi de ce qui t'as forgé ! »
Une multitude d'images traversèrent son esprit, la plupart n'étaient que larmes, sueur et sang. Seuls quelques sourires venaient parfois arroser l'incendie qui brulait au fond de ses entrailles.
— « Mère ! » pleura une voix.
— « SILENCE ! » rugit-il intérieurement. « Je t'ordonne de te taire ! Ne l'appelle pas comme ça ! Chaque pensée que tu lui accordes est une victoire pour elle ! »
Il inspira profondément par le nez, avant de tout relâcher dans un râle silencieux qui parvint à détendre partiellement ses muscles.
La prédation avait retrouver sa domination naturelle dans son regard, et la brillance qui en luisait lui arracha un sourire satisfait et lui procura un agréable sentiment de sécurité.
— « Voilà qui est mieux, » songea-t-il avant de hausser un sourcil, « je me demande ce qui cloche chez moi… »
Soudain, un fracas assourdissant se fit entendre, et le mur sur lequel était accroché le miroir qui le réfléchissait trembla. Amos haussa les deux sourcils de surprise, avant de glousser doucement.
— « On dirait qu'elle a reprit du poil de la bête, » pensa-t-il satisfait, « voilà une bonne chose de faite, une Ackerman n'a rien à faire sur la touche. »
Sur cela, il s'habilla calmement tout en prenant soin de ne pas froisser sa chemise, et sortit pendant que Mikasa s'interrogeait sur lui.
