Chapitre IV : Fourvoiement
C'était la cérémonie de remise des diplômes et tous les 104ème corps de cadets de la division Sud étaient réunis :
— AVEZ-VOUS DU CŒUR ?! rugit un officier.
Tous les cadets saluèrent :
— OUI, MONSIEUR !
Le militaire continua :
— A partir de maintenant, trois options s'offrent à vous! Choisissez judicieusement !
Il étendit les mains.
— La Garnison, dont le travail est de renforcer les murs ! Les Bataillons d'Exploration, qui partent se sacrifier sur le territoire du Titan pour récupérer ce qui était autrefois nôtre ! Et les Brigades Spéciales, qui maintiennent la loi et l'ordre dans l'Intérieur sous la direction de sa Majesté !
— « Et à l'occasion ils serviront de jouet à sa Majesté. »
L'officier fit un geste vers le premier rang :
— Les cadets éligibles aux Brigades Spéciales ont déjà été nommés ! Vous autres, regardez-les bien ! Ce sont les meilleurs de votre classe !
Les dix premiers étaient positionnés dans l'ordre croissant de gauche à droite : Amos Nox, Mikasa Ackerman, Reiner Braun, Bertoldt Hoover, Annie Leonhart, Christa Lenz, Eren Jeager, Jean Kirstein, Marco Bott, Sasha Braus.
Armin n'était pas du tout surpris par le fait que Mikasa et Eren faisaient partie du top dix, mais de là à ce qu'Amos soit devant l'orientale… Il supposa que l'exercice de survie de 848, l'esprit de camaraderie d'Amos et ses notes maximales en classes avaient pesés dans la balance. En pratique tridimensionnelle, Mikasa était meilleure, mais Nox était un bon deuxième en la matière. Armin savait à l'avance qu'il ne ferait pas partie du top dix, et cela lui convenait très bien. Eren et Mikasa prévoyaient de rejoindre les explorateurs, et il pourrait donc se joindre à eux. Il espérait juste qu'il ne serait pas un fardeau pour ses amis.
Jean de son côté était furieux d'avoir fini derrière Eren, tandis que ce dernier était simplement satisfait du fait que ses classes soient terminées et qu'il allait enfin pouvoir bouffer du titan.
Amos était… contrarié, en trois ans d'entrainement il n'était pas encore parvenu à dégotter un plan pour intégrer les Bataillons d'Exploration…
La cérémonie se termina lorsque les officiers leur donnèrent quartier libre pour la soirée, les recrues se retrouvèrent donc dans une grande salle afin de fêter leur promotion.
Cependant, et à la surprise de tous, Amos et Mikasa n'étaient nul part en vue.
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Au cours de la fête, Eren et Armin s'étaient retrouvés à discuter avec un de leurs groupes d'amis. Mais la discussion n'était pas très joyeuse, en effet Nic regardait Eren d'un air incrédule.
— Vous prévoyez toujours de rejoindre les Explorateurs, même après avoir fait partie du top dix ?
Le concerné hocha la tête.
— J'ai pris ma décision il y a longtemps. Je ne suis pas devenu un soldat pour fuir les Titans, je suis devenu un soldat pour reprendre ce qui est à nous.
Thomas céda dans la seconde :
— On peut pas gagner !
Il fut cependant plus bruyant que prévu et le silence général fit écho à ses paroles, cela ne l'empêcha pas de répondre :
— Des dizaines de milliers de gens se sont fait bouffer ! La population a diminuée de 20%, on a la réponse. L'humanité ne peut pas gagner contre les titans.
Un silence de cathédrale fit suite à cette déclaration, toutes les recrues baissèrent la tête avec défaitisme.
— Et alors ? On pense ne pas pouvoir gagner alors on abandonne ? C'est vrai que l'humanité n'a subie que des défaites parce qu'elle ne connaissait pas les titans. Les attaques quantitatives sont inefficaces contre eux, on a perdu, mais les informations récoltées au fil des batailles nourrissent l'espoir ! Il faudrait renoncer à ces progrès tactiques obtenues grâce à tous ces sacrifices et servir sagement de pâtée aux Titans ? Vous vous foutez de moi ?! Moi je vais tous les massacrer jusqu'aux derniers, et sortir de ces murs étroits ! C'est ça mon rêve ! L'humanité n'a pas encore perdue !
Nouveau silence, les cadets étaient choqués par le discours emplie de passion d'Eren, à tel point que certains commençaient à sentir naitre en eux une germe d'espoir.
La porte de la pièce s'ouvrit soudainement, et Amos entra à la surprise générale avec Mikasa derrière lui.
Les impressionnants hématomes qui couvraient les côtés droits des visages des adolescents n'échappèrent à aucune des personnes présentes, qui se demandèrent chacune ce qu'il s'était passé.
Comme toujours, Eren fut celui avec le moins de tact :
— Qu'est-ce que vous avez foutu tous les deux ?
Ils ne répondirent pas, Amos alla s'asseoir à une table tandis que Mikasa rejoignit Eren et Armin comme si de rien n'était. Hélas, le silence persista.
— La prochaine fois embrassez-vous moins violemment ! balança soudainement Ymir avant de se prendre un coup de coude de la part de Christa.
Les concernés la foudroyèrent du regard tandis que les diplômés retinrent difficilement leurs éclats de rire.
Amos se leva brusquement de sa table, dégaina un couteau de sa botte, et fonça droit sur la blagueuse qui recula paniquée en levant les bras.
— Wow ! Hé ! Du calme, je faisais que déconner !
— C'est ça, moi aussi j'ai envie de déconner !
Sans demander son reste Ymir s'enfuie par la porte de derrière poursuivie par le major de promotion, lui-même poursuivi par Christa qui les supplia tous deux d'arrêter. Il s'écoula un nouveau moment de silence avant que l'hilarité générale ne se répande dans la pièce. Eren fut le seul à ne pas avoir le coeur à rire ce soir, il choisit plutôt d'aller prendre l'air, et fut suivi par ses amis de toujours.
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— Merci pour la blague Ymir, dit Amos en rangeant sa dague, l'ambiance était vraiment pourrie là-dedans.
Christa lui colla un coup de pied dans le tibia.
— C'était obligé le couteau ? grogna-t-elle agacée.
— C'était pour l'effet, répondit-il en lui caressant les cheveux, et puis tu sais bien que je ne fais que taquiner ta petite amie.
Cette dernière secoua la tête.
— Si tu veux épouser une déesse, fais avec son démon, dit-elle distraitement avant de continuer, mais sans déc, il s'est passé quoi avec Mikasa ?
Amos poussa un long et profond soupir tout en caressant son hématome du bout des doigts.
— Elle… voulait une revanche, grommela-t-il frustré.
— Me dit pas que t'as perdu ? s'exclama Ymir sincèrement surprise.
— Pas… exactement non… mais je n'ai pas gagné non plus…
Une image de Mikasa et de lui en train de s'infliger simultanément un coup de pied circulaire retourné s'imposa dans son esprit, Amos avait fait un vol plané de trois mètres en tournoyant sur lui-même avant de percuter un tonneau, tandis que l'orientale avait titubé en arrière quelques instants avant de s'écrouler sur le sol.
Ymir éclata de rire sans la moindre pudeur face à la mésaventure du jeune homme, Christa écarquilla les yeux de surprise.
— Comment ça a pu arriver ?
Amos grommela quelques chose d'inintelligible, la grande fille aux tâches de rousseur posa une main sur son oreille en affichant un sourire moqueur.
— Répète ?
— J'ai fait une erreur de calcul, admit-il finalement.
Christa n'en cru pas ses propres oreilles.
— C'est possible ?
— Hé ! se défendit Nox en affichant un sourire un peu forcé. Je suis humain moi aussi, tu sais ? Mikasa est vraiment très dangereuse et elle s'est beaucoup améliorée depuis notre premier duel. Lui survivre est déjà difficile, la battre requiert une analyse parfaite. Cette fois elle ne m'a pas laissé un round d'observation, il a fallu improviser un peu.
— « J'imagine que je dois ça à Armin, d'ailleurs, » soupira-t-il intérieurement, « il a dû lui donner quelques infos. »
— Tu l'aurais surement battue si tu ne lui avais pas appris les arts martiaux, fit remarquer Ymir en haussant les épaules, tu peux t'en prendre qu'à toi même.
Amos leva les yeux au ciel en entendant une énormité pareille.
— Et comment je suis supposé m'améliorer sans rivaux dignes de ce nom ? dit-il comme si c'était l'évidence même. J'étais déjà entrainé avant de venir moi, il a bien fallu que je trouve des moyens et des gens fiables pour continuer de m'améliorer. Tout le monde ne se contente pas du strict minimum.
La grande fille savait parfaitement que cette dernière phrase lui était destinée, mais elle se contenta de répondre par un nouveau haussement d'épaule et changea de sujet :
— C'est marrant que tu sois pas plus énervé que ça quand même.
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
Ymir fit claquer sa langue.
— Sur toutes les activités purement physiques Mikasa nous a tous éclaté, même toi. Pourtant t'as jamais été frustré ou effaré comme les autres, ça te fait pas chier qu'une gonzesse éclate un grand gaillard comme toi ? Et ta fierté de mâle t'en fous quoi ?
Amos soupira d'exaspération.
— Alors déjà la « fierté de mâle »comme tu dis est un concept débile. Ensuite j'adore les femmes, je ne vois pas pourquoi je devrais me mettre sur un piédestal parce que mes organes sexuels pendouilles, enfin je sais très bien pourquoi elle m'éclate et je sais aussi que je n'arriverai jamais à être aussi fort malgré toute ma volonté. Du coup, je contourne le problème avec intelligence pour l'empêcher de me dépasser.
— « Mais bon je ne me fais pas d'illusion, encore quelques temps et je ne pourrai plus jamais la battre dans un combat au corps-à-corps… Dans un combat loyal tout du moins. »
— Enfin, reprit-il tout haut en s'étirant et en se tournant vers la petite blonde, tu as choisi quel corps armé tu vas intégrer ?
— Les Bataillons, répondit-elle sans la moindre hésitation.
Amos serra les dents, il tenta de ne rien laisser paraître mais sa façade se brisa au moment où Christa l'enlaça.
— Puisque personne ne veut de moi au sein des Murs, j'irai dehors forger mon propre futur. C'est toi qui m'a apprit ça, à prendre possession de mon destin, maintenant il faut que je vole de mes propres ailes.
Nox referma ses bras autour du petit ange, et la serra aussi fort qu'il le pu sans lui faire mal.
— Il y a des gens qui veulent de toi ici, dit-il sincèrement, je t'aime tellement petite soeur…
— Je sais, je t'aime aussi.
Ymir était un peu mal à l'aise, elle avait le sentiment d'être une intruse dans un moment familiale intime. Elle fut cependant surprise de voir Amos lui faire signe d'approcher.
— Amène-toi par là grande garce, pour le meilleur et pour le pire tu fais partie de la famille.
Christa lui donna un coup dans les côtes avant d'encourager sa petite amie à les rejoindre à son tour.
La fille aux tâches de rousseurs s'approcha avec hésitation, avant d'être attrapée par les deux blonds et forcée de se joindre à leur embrassade.
Ymir rougit comme elle avait rougi lors de son premier baiser avec Christa lorsqu'elle sentit leurs bras se refermer autour de sa taille, ne sachant que faire d'autre, elle finit par leur rendre leur étreinte.
— « C'est agréable. » songea-t-elle en serrant davantage. « Un démon et une déesse, c'est vraiment ironique quand j'y pense, mais j'aurais pu trouver bien pire comme famille. »
Il s'écoula un moment de silence confortable, avant qu'Amos ne reprenne la parole :
— Je promets que je trouverai le moyen d'intégrer le Bataillon, vous n'irez pas dehors sans moi.
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Bien que leur charge de travail ait été considérablement réduite après la remise des diplômes, les cadets devaient encore s'occuper de plusieurs choses avant l'attribution, comme entretenir les murs. Des sections de la 104ème étaient divisées entre sur l'ensemble du district de Trost afin de nettoyer les canons et d'assurer leur fonctionnement et embellir un peu la barrière.
Une foule s'était rassemblée autour de la route vers la sortie pour saluer les membres éminents des Bataillons d'exploration : le commandant Erwin Smith, le chef aux cheveux blonds du corps armé, Hanji Zoë, une scientifique chef d'escouade, et le capitaine Levi , le petit soldat aux cheveux noirs qui était apparemment le soldat le plus fort de l'humanité. Si les rumeurs derrière lui étaient à demi-vraies, le sort de l'humanité était entre de bonnes mains.
— Faites place ! annonça quelqu'un. L'unité principale des explorateurs part en mission !
— Commandant Erwin ! cria un autre type. Massacrez tous ces salauds !
— Regardez, c'est le capitaine Levi, fit remarquer un autre. Ils disent qu'il est une armée d'un seul homme.
L'armée d'un seul homme renâcla et marmonna exaspéré :
— Vos gueules…
Debout aux côtés de Franz, Hannah, Amos, Mikasa et Armin, Eren avait l'air heureux pour la première fois depuis des années :
— Ça a bien changé en cinq ans. Plein de gens comptent sur les Bataillons d'Exploration.
— C'est parce qu'ils ont tous été brutalement ramenés à la réalité, expliqua Amos en attirant toute l'attention sur lui. Avant le peuple se fichait éperdument de ce qu'il y avait derrière les murs et ne se préoccupait que de sa petite vie, résultat ils ne comprenaient pas l'intérêt d'avoir des explorateurs, ceux-ci n'étaient vus que comme des fous qui couraient à leur mort en territoire hostile. Mais maintenant que les titans ont réussis à franchir un Mur ils prennent la chose beaucoup plus au sérieux, car ils sont désormais directement concernés par une reconquête éventuelle du Mur Maria.
La mine d'Eren s'assombrit presqu'immédiatement.
— Donc ils font ça juste par égoïsme, comprit-il déçu.
— Désolé si j'ai ruiné ta bonne humeur, s'excusa le blond avec une pointe de regret.
Jaeger secoua la tête.
— T'as pas à le faire, j'avais besoin d'entendre ça, soupira-t-il en faisant un geste de la main pour lui faire comprendre qu'il n'était pas vexé. Parfois j'aimerai voir ce que tu vois, ça m'éviterai de m'emballer comme un môme.
— « Tu finirais alcoolique si tu voyais l'Humanité comme moi, » songea Amos avant de choisir d'adoucir l'ambiance plutôt que de la ruiner davantage.
— S'il n'y a que ça pour te faire plaisir, dit-il avant de plisser les yeux d'un air faussement concentré, je vooooiiiiis… un idiot suicidaire.
Eren fronça les sourcils et se tourna vers lui avec une mine vexée tandis que leurs camarades cachaient leurs sourires.
— Connard, finit-il par dire en souriant à son tour, maintenant je comprends pourquoi Christa te frappe si souvent.
Profitant de la bonne humeur nouvellement retrouvée, Franz cru bon d'ajouter :
— En tout cas avec la rénovation totale de l'artillerie on est paré pour toutes les attaques maintenant. Leur seule vue devrait suffire à effrayer même le Titan Colossal.
— C'est clair, renchérit Hannah en souriant.
Amos se frappa le front en entendant une énormité pareille.
— « C'est ce genre de comportement laxiste et abrutissant qui est la cause principale de la perte de Maria. »
Eren fit cependant connaître son opinion à voix haute :
— C'est un tas de conneries, espèce de stupide couple ! gronda-t-il outré.
Ledit couple commença à rougir furieusement.
— Whoa, whoa, whoa ! N'insinue pas qu'on va bien ensemble ! protesta Hannah en détournant les yeux.
— Tu vas un peu vite en besogne, ajouta Franz sur le même ton.
Amos roula des yeux et murmura quelque chose d'inintelligible tandis qu'Eren continuait de bouillir.
— Amos Nox ?
Toutes les paires d'yeux se tournèrent vers les nouveaux arrivants : deux membres des Brigades Spéciales à la mine étonnement sérieuse.
— « Déjà ? » s'étonna le concerné. « Je croyais que j'avais au moins jusqu'à la fin de la journée. »
— Oui ?
— Veuillez nous suivre.
Il serra les dents de frustration mais finit par acquiescer sous les regards inquiets de ses camarades.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Armin un peu nerveux.
— Ce n'est rien, répondit le blond aux yeux verts en tentant de les rassurer, je sais de quoi il s'agit. Je vous rejoins tout à l'heure.
Sur ces mots, il suivit les soldats en ignorant les mines soucieuses qui l'observaient, bien qu'intérieurement, il était frustré.
Ils marchèrent pendant presque quarante minutes afin de traverser la ville et sa foule, jusqu'à atteindre la porte qui menait à l'intérieur du Mur Rose. Là, il eut la mauvaise surprise de découvrir qu'une diligence ainsi qu'une escorte armée de fusils l'attendaient.
Le cochet lui ouvrit la portière, mais il refusa d'y monter.
— Je suis navré, dit-il sur un ton qui signifiait tout le contraire, mais je suis le major de ma promotion et je ne peux partir sans avoir honoré le dernier rassemblement.
— Excusez-nous messire, mais les ordres viennent d'en haut.
Amos détestait qu'on l'appelle « messire », aussi il décida d'abandonner la politesse.
— Écoutez-moi bien, votre seule tâche aujourd'hui est de m'escorter, n'est-ce pas ?
Ils acquiescèrent après un moment d'hésitation.
— Très bien, dans ce cas vous avez toute la journée de libre. Et moi des devoirs à accomplir, je reviendrai lorsque ceux-ci seront accomplis.
— Messire… commença à protester un brigadier.
— Telle est ma décision, trancha-t-il d'un ton sec, et vous vous y plierez que vous le vouliez ou…
Une gigantesque détonation résonna depuis la mur extérieur de la ville de Trost, Amos sursauta avant même d'avoir finit sa phrase et se retourna en écarquillant les yeux.
Le Titan Colossal était de retour, son hideuse tête dépourvue de peau était parfaitement visible même depuis l'autre bout de la ville. Nox resta paralysé sur place pendant quelques secondes, ne retrouvant ses esprits que lorsque la porte qui reliait Rose à Maria se retrouve pulvérisée par l'imposant pied de la créature.
Une série de hurlements paniqués s'échappa des rues et résonna jusqu'à ses oreilles pour se répercuter dans son crâne, lui faisant ainsi prendre parfaitement conscience de l'ampleur du désastre.
La prédation envahi soudainement ses yeux d'émeraude, et il fit un pas en avant, avant d'être saisi par les épaules.
— Messire ! hurla l'un des brigadiers totalement paniqué. Nous devons partir, vite !
Amos le repoussa d'un coup de coude dans l'estomac, couru jusqu'au bâtiment le plus proche, et s'envola grâce à son équipement TDM en ignorant royalement les appels et les supplications des militaires.
— « Allez au Diable ! Je refuse de partir ! » rugit-il intérieurement en filant droit vers le Quartier Général. « J'ai une position à assumer ! Et je n'ai certainement pas l'intention de fuir devant l'adversité ! »
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L'intégralité du 104ème régiment s'était réunie dans la cour du Quartier Général. La plupart étaient terrifiés, mais parvinrent à ravaler leur peur. Ils s'étaient entrainés pour ce moment, maintenant il était de leur devoir de défendre leurs terres.
— Toutes les escouades vont se séparer comme nous l'avons pratiqué, ordonna le Capitaine Weilman au bord de la panique. Sous le commandement de la Garnison vous serez responsables du ravitaillement, de la transmission d'infos et bien entendu de l'élimination des Titans ! Les escouades de la contre-offensive prendront l'avant-garde, les cadets prendront la garde du milieu dirigée par l'escouade de soutien, l'arrière-garde ira aux élites de la Garnison !
Debout au premier rang, Amos n'en cru pas ses oreilles.
— « Les escouades d'élite à l'arrière et les cadets au massacre… Bande de putains de lâches incapables. »
— J'attends de vous que vous occupiez tous vos postes en sachant que l'équipe avancée a été anéantie !
Il y eu plusieurs halètements choqués de la part des cadets. Les choses allaient de mal en pis.
— C'est la vérité ! craqua sa voix. La porte extérieure a été enfoncée, les Titans sont entrés. Cela signifie que le Titan cuirassé est susceptible de réapparaître. Si ça arrive, la porte intérieure sera aussi détruite !
— « Les soldats derrière lui sont au bout de leurs vies alors qu'ils n'ont même pas encore combattu, cela signifie que nous n'aurons aucun renfort de la part de « l'élite ». Il va falloir nous débrouiller seuls en attendant la fin de l'évacuation. »
Une foule de murmures effrayés traversa les rangs des cadets, comme si la mort elle-même planait au-dessus de leurs têtes.
— Silence ! ordonna Weilman. La contre-offensive à lieu à l'avant ! Votre mission est très simple : défendre le Mur Rose à tous prix jusqu'à ce que l'évacuation soit terminée. Souvenez-vous tous, que la désertion est passible d'exécution.
— « Je vais me faire une joie de garder ce détail en mémoire. »
— Sacrifiez votre vie pour l'Humanité ! Rompez !
— Oui, monsieur ! répondirent-ils tous.
Le compte rendu étant terminé, de nombreux cadets coururent vers leurs escouades respectives pour se préparer au combat. Malheureusement, beaucoup commencèrent à paniquer, y compris Jean.
— Pourquoi est-ce que ça devait arriver aujourd'hui ? demanda-t-il effrayé. Encore un jour et j'aurais été à l'Intérieur.
Il ne fut pas aidé quand il vit un autre cadet vomir ses tripes pendant que Christa tentait de le réconforter.
Amos sortit une cigarette de la poche de sa veste et l'alluma. Il laissa la fumée infiltrer ses poumons avant de lever les lèvres vers le ciel pour expirer bruyamment, ce ne fut que lorsqu'il s'apprêtait à tirer sa deuxième bouffée qu'il sentit une goutte de sueur couler le long de son front. Un peu surpris, il la recueillit du bout du doigt et l'examina attentivement, avant de remarquer que sa main toute entière tremblait.
— « J'ai peur, » conclu-t-il finalement en tirant à nouveau sur sa cigarette, « Évidement que j'ai peur, autrement je serais un idiot. »
Il tira une très longue bouffée, avant d'écraser son mégot sur le sol et de faire craquer ses doigts.
— Au travail, annonça-t-il tout haut avant de remarquer une cadette haletante à quatre pattes sur le sol.
Ses cheveux bruns attachés en queue de cheval étaient ébouriffés, sa peau habituellement bronzée était pâle comme la mort et son visage était trempé de sueur.
— Sasha ? la reconnut-il finalement.
Pas de réponse. Il la saisit par les aisselles et la força à se tenir debout.
— Allez, debout la Patate !
— Je suis désolée, lâcha-t-elle soudainement, je ...
Sa bouche s'ouvrit et se referma plusieurs fois, lui souffla par la même occasion sa respiration haletante à la figure. Elle essaya de parler à nouveau, mais toujours pas de mots. Elle lui fit un geste, lui demandant peut-être comment il allait ou cherchant de l'aide.
Amos la prit dans ses bras et la serra aussi fort qu'il pu.
— Là, là, calme-toi, lui murmura-t-il à l'oreille, concentre-toi sur ma voix et ma respiration. Nous allons tous les deux prendre une grande inspiration en même temps, d'accord ? Un, deux, trois.
Sasha inspira bruyamment par le nez, avant d'expirer encore plus bruyamment par la bouche. Ils répétèrent l'opération cinq fois avant qu'elle ne finisse par retrouver un semblant de calme, mais son coeur battait toujours la chamade.
— Est-ce qu'on va mourir ? lâcha-t-elle finalement en le serrant aussi fort qu'elle le put dans ses bras pourtant mous et tremblants.
— Dans un peu plus de soixante ans je crois, répondit-il avec légèreté, enfin si Connie nous refile pas sa saloperie comme à l'hiver dernier.
Il sentit la jeune fille sourire très légèrement contre sa joue, elle resserra son emprise au point de planter ses ongles dans la nuque du jeune homme qui ne broncha pas.
— T-tu n'as pas peur ?
— Bien sûr que j'ai peur, dit-il toujours sur le même ton, seuls les idiots suicidaires comme Eren n'auraient pas peur dans cette situation.
Elle sourit une fois de plus, avant de reprendre une grande inspiration.
Ils restèrent là pendant quelques secondes alors que les soldats s'affairaient autour d'eux. Certains vérifiaient et revérifiaient frénétiquement leur équipement. Quelques-uns se blottirent dans des coins pour dire au revoir ou pour offrir des prières à l'entité supérieure à laquelle ils croyaient. La plupart avaient un air frappé de transe, chacun étant hanté par les pensées qui tourmentaient les hommes et les femmes confrontés à la mort.
— Je ne veux pas mourir, avoua-t-elle finalement au bord des larmes.
— Si tu meurs, je promets de déposer un sac de pommes de terre sur ta tombe tous les dimanches.
Sasha gloussa bêtement en lui donnant un maigre coup de poing dans les côtes.
— Et je ferai graver sur ta pierre tombale : « Ci-gît Sasha Braus, la 104ème Patate. »
Cette fois, elle lâcha un petit éclat de rire et le frappa avec davantage de conviction.
Satisfait, Amos voulut la relâcher, mais elle s'agrippa obstinément.
— On peut rester comme ça ? Juste encore un peu…
— Sasha…
— S'il te plait, supplia-t-elle.
Nox soupira de défaitisme, et finit par céder après qu'elle lui promit de ne pas lui prendre trop de temps.
— J'ai entendu dire que tu avais sauvé Samuel, dit-il pour changer de sujet. Comment va-t-il ?
— Ils l'ont emmené dans un hôpital ici à Trost. Comme Il ne peut pas se battre ils ont dit qu'ils l'évacueraient avec les autres quand ils le pourront.
— Beau travail Sasha, c'est grâce à toi s'il est encore en vie.
— Mais si jamais il n'est pas évacué à temps ? Nous sommes des soldats, mais nous ne sommes pas l'une de leurs priorités. On est leurs boucliers humains, mais ils mangent mieux que nous.
— Sasha…
— Tu sais, c'est facile d'en apprendre plus sur les gens en observant leur façon de manger, marmonna-t-elle en l'ignorant. Ça me manque de vous regarder…
— Perverse, murmura-t-il et elle lui remit un petit coup.
— Christa grignote pour se donner des airs de fantaisie comme une grande demoiselle mais s'empiffre quand personne ne la regarde.
— « C'est… étonnamment correct, » songea-t-il sincèrement impressionné.
— Ymir aime agir de manière égoïste, mais je sais qu'elle a volé de la nourriture pour la donner à des enfants. Eren ne se soucie pas du goût et traite sa bouffe comme un caillou sur son chemin.
Elle prit une grande inspiration, et reprit :
— J'ai jamais pu te cerner, avoua-t-elle, tu manges méthodiquement, comme si tu mesurais ta bouffe sans la savourer… même pas un petit peu… c'est super triste de voir quelqu'un traiter la nourriture comme ça…
— C'est exactement ce que je fais, avoua Amos en réprimant un éclat de rire, j'ai toujours eu peur de prendre du poids.
Les yeux de Sasha s'écarquillèrent.
— Oh… alors c'était ça…
Il acquiesça avant de lui sourire.
— Ça va mieux maintenant ? demanda-t-il en relâchant son emprise.
— Oui, répondit-elle en souriant sans s'arrêter de trembler, merci.
— AMOS NOX ?!
Le concerné roula des yeux en entendant la voix paniquée de Weilman, il le salua.
— Monsieur ?
— Tu baiseras ta copine plus tard ! Je t'ai assigné à la tête de la 21ème escouade ! Offre ton coeur à l'Humanité !
— Oui Monsieur ! répondit-il alors que Sasha virait à l'écarlate. « Je m'offrirai ta tête si tu oses t'enfuir ! »
Il salua la native de Dauper d'un signe de tête qu'elle lui rendit.
— « Il est l'heure, »songea-t-il avant de récupérer son expression naturelle pour la première fois depuis son premier duel contre Mikasa, et de rejoindre son équipe.
Celle-ci était composée de deux filles et de deux garçons, Nox nota avec déplaisir qu'ils semblaient tous soulagés d'avoir le major de la promotion comme leader. Mais le frisson qui les parcouru lorsqu'ils aperçurent sa figure lui plut à voir.
— Bon, gronda-t-il en frappant dans ses mains, je suis Amos Nox votre chef d'escouade ! Présentez-vous !
— Marcus Zeike, dit un grand dadais aux cheveux brun.
— Héléna Vaughner, dit une brune bronzée.
— Alexeï Grobner, dit un blond frisé.
— Amélie Silias, salua une autre brune à la peau plus claire.
— Comme on vous l'a expliqué plus tôt, l'objectif est de ralentir l'avancée des titans afin de permettre l'évacuation totale des civils. J'ai personnellement un autre objectif : faire en sorte que vous restiez tous vivants.
Les yeux de son escouade brillèrent d'espoir, bien voilà qui allait être utile.
— Je ne vous fait aucune promesse quant au fait d'y arriver, je ne peux que vous promettre de faire de mon mieux, et pour cela j'ai besoin que vous écoutiez chacune de mes directives. Si je vous dit d'attaquer, vous attaquez, si je vous dit de vous cacher, vous vous cachez. Si je décide de la retraite vous partez dans la seconde, je me fous de savoir si vous avez une occasion en or de tuer un titan, vous vous barrez !
— Oui, Monsieur !
— Je n'ai pas terminé ! aboya Amos. Si je vous dit de m'abandonner, vous m'abandonnez ! Si je vous dit de ne pas sauver l'un de vos coéquipiers vous obéissez !
Cette déclaration choqua son équipe, mais il ne s'arrêta pas pour autant.
— Je préfère vous le dire tout de suite : je suis responsable de vos vies. Si jamais je dois en abandonner un plutôt que de risquer l'escouade entière, je le ferai. Si jamais je dois en sacrifier un pour en sauver deux, je le ferai. Si je meurs vous avez pour ordre de battre en retraite. C'est compris ?!
— Oui, Monsieur !
— Voilà qui me plait à entendre ! On bougera quand l'ordre nous sera donné !
— Oui, Monsieur !
L'attente fut une véritable torture pour son escouade, n'aillant rien d'autre à ajouter, Nox se mura dans le silence et la cigarette. Dévoré par le stress, Marcus lui en demanda une qu'il céda.
Trois minutes plus tard, la voix d'un lieutenant résonna dans leurs oreilles :
— Escouade 21 ! À vous !
— Oui, Monsieur !
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L'escouade 21 fut déployée à l'Ouest de la ville, de là, Amos pu constater l'étendue du désastre et lâcha un grognement exaspéré.
— On dirait que l'avant-garde a été complètement annihilée, fit-il remarquer pour la plus grande horreur de son équipe, il jeta un coup d'oeil en arrière avant de poursuivre : et on dirait que les « troupes d'élite de la Garnison » sont une bande d'incapables. L'évacuation est loin d'être terminée.
— Q-qu'est-ce q-qu'on fait ?
— On accomplie notre mission, répondit-il d'une voix impassible, on tue autant de titans qu'on peut tout en restant en vie jusqu'à la retraite.
Il se tourna vers son escouade terrifiée, et effectua un salut parfait.
— Pour l'Humanité, offrons nos coeurs !
— Oui ! hurlèrent-ils en réponse bien qu'encore tremblant.
Satisfait, Amos revint vers le front.
— Chargez dans le tas est stupide, nous sommes plus intelligents qu'eux nous devons donc agir intelligemment. Nous attirerons les Titans un par un dans une allée aux bâtiments élevés comme celle-ci, dit-il en pointant l'endroit idéal du bout de son épée. On va se diviser en deux groupes : deux guetteurs et trois tueurs. On alternera pour économiser notre gaz. Héléna et Alexei vous serez les premiers guetteurs, faites attention aux déviants, l'un d'entre vous ira sur ce clocher, l'autre sur le plus haut sommet de cette école. Alexei tu surveilles le Sud et l'Ouest, Héléna le Nord et l'Est. Marcus et Amélie vous vous mettez en embuscade derrière les cheminées de ces grandes maisons, moi je ferai l'appât pour attirer le titan de onze mètres qui vient par ici.
L'escouade retint son souffle en apercevant l'énorme créature obèse au crâne chauve et à la moustache épaisse, ils déglutirent avant d'acquiescer.
— Escouade 21, en formation !
— Oui Monsieur !
Fidèle à son plan, Amos attendit que chaque membre de son équipe soit à son poste, avant d'attirer l'énorme titan vers lui en plantant un grappin à chaque extrémité de la rue, et en se suspendant tel un drap en train de sécher.
La créature s'approcha dangereusement, mais le jeune homme ne paniqua pas et attendit patiemment que sa proie vienne à lui.
— Maintenant !
Marcus accrocha son grappin sur la nuque de la créature et fila droit sur son point faible, hélas, son entaille ne fut pas assez profonde. Amélie… ne bougea pas.
Amos écarquilla les yeux de colère en voyant la jeune fille trembler de peur contre sa cheminée, le regard larmoyant hypnotisé par l'horreur que représentait le titan.
Ce dernier tendit alors la main vers le blond toujours aussi furieux, mais celui-ci appliqua son plan de secours. Il décrocha ses grappins avant d'envoyer une poussée de gaz pour passer par-dessus le membre qui essayait de le saisir, il couru alors le long du bras, tira son grappin dans le crâne de la créature afin de se propulser au-delà de sa tête, et se servit d'une dernière poussée de gaz pour se projeter sur la nuque afin de trancher le point faible.
Le titan obèse s'écroula sur le sol, avec un Amos mécontent sur le dos. Ce dernier s'envola vers la position d'Amélie, et la foudroya d'un regard si terrifiant qu'elle se plaqua contre sa cheminée.
— L'échec je peux le tolérer, dit-il d'une voix froide alors que Marcus les rejoignait, mais l'inaction ? Heureusement que je suis le major de la promo, y'en a même pas une poignée qui aurait évité un truc pareil.
— J-je suis désolée, pleurnicha la jeune fille, j'ai eu tellement peur de mourir…
— Ce n'est pas grave, voulu rassurer le grand brun, au moins personne n'est blessé.
Amos s'apprêtait à l'invectiver lorsqu'il entendit Alexei hurler depuis son clocher :
— Attention ! Un déviant !
Nox releva la tête, et aperçut une créature de treize mètres foncer droit sur eux. Il eut à peine le temps d'effectuer une poussée de gaz pour se projeter en arrière avant que cette dernière ne percute le toit sur lequel il était. Elle attrapa Marcus et le croqua goulument avant même que celui-ci n'ait eu le temps de crier, Amélie, elle, avait réussi à s'enfuir.
Amos réagit au quart de tour, et abattit le titan d'un coup bien placé. Celui-ci se vautra sur le bâtiment qu'il avait percuté et commença à s'évaporer.
— Alexei ! rugit le garçon aux yeux émeraude fou de rage. Comment est-ce qu'un déviant de treize mètres a pu arriver jusqu'ici par l'Ouest sans que tu ne le vois ?!
Sous le choc, le blond frisé se mit à bégayer :
— Il… il y avait tellement de titans au Sud…
— « Il s'est laissé distraire… mon guetteur s'est laissé distraire après à peine deux minutes… qu'est-ce que c'est que cette équipe de bras cassés ? Je ne m'attendais pas à quatre Mikasa mais quand même…»
L'instant suivant, un grappin se planta juste à côté d'Alexei, et le blond frisé ne put que regarder sa mort arriver lorsqu'Héléna le décapita.
Amos ne crut pas ce qu'il vit.
— Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? lâcha-t-il complètement perdu.
La brune bronzée avait les larmes aux yeux, et une expression meurtrière sur le visage. Elle se tourna vers lui en le fusillant d'un regard assassin, là il comprit, et il poussa un soupir exaspéré :
— Super… une folle amoureuse.
Héléna planta son grappin sur le toit où se trouvait son chef d'escouade et lui fonça dessus, ce dernier esquiva l'attaque sans difficulté.
— Ordure ! hurla-t-elle en tentant de le découper en rondelles. Connard ! Pourquoi tu n'as pas sauvé Marcus ?! Tu es le major de promo ! Tu es le meilleur ! Pourquoi est-ce que tu l'as laissé mourrir ?!
Amos para sa dernière attaque d'une lame et lui transperça la gorge de l'autre, Héléna essuya une quinte de toux ensanglantée avant de rendre l'âme.
Nox regarda tour à tour les cadavres qui furent il y a moins de deux minutes les membres de son escouade, avant d'entendre Amélie hurler d'horreur. Il pencha la tête en avant pour observer la rue, et vit la tête de la jeune fille franchir les mâchoires d'un quatre mètres avant que celles-ci ne se referment sur son cou.
La seule réaction du jeune homme fut de hausser un sourcil, puis de rejoindre le poste qu'occupait Alexei afin de faire un point sur sa situation et de localiser tous les plus grands titans. Il claqua sa langue lorsqu'il vit que toutes les escouades à l'Ouest de sa position avaient été anéanties, et que deux titans de neuf et sept mètres avançaient vers l'arrière garde.
— Je vois, soupira-t-il tout haut, quel échec cuisant… je comprends maintenant pourquoi il choisi et entraine ses propres troupes… quelle bande de ratés…
Après avoir constaté que ses lames étaient émoussées, il les relâcha et en prit deux sur le cadavre décapité d'Alexei.
— Bon, reprit-il en se redressant, puisque je dois tout faire moi-même autant bien faire.
Sur ce il s'envola vers les titans de sept et neuf mètres qu'il avait repéré, calcula en une demi-seconde la trajectoire parfaite pour les abattre d'une traite, planta son grappin sur l'arrière du crâne du plus grand et les tua tous deux en traçant une courbe qui passa devant leur nuque respective.
— Fiou, lâcha-t-il en atterrissant sur un autre toit tandis que les corps géants s'effondraient, « je ne sais même plus quoi penser… je sais que je suis meilleur que tous les autres, je me suis entrainé toute ma vie pour être meilleur que tous les autres, mais de là à ce que le gouffre soit si large… »
Il entendit un hurlement féminin et tourna la tête, au loin, il vit Hannah, la rousse aux tâches de rousseur et fausse-petite-amie de Franz être saisie par un titan de dix mètres. Tout en se sachant beaucoup trop éloigné pour intervenir, il alla néanmoins dans sa direction.
La jeune fille était déjà presque entièrement mâchouillée lorsqu'il abattit son dévoreur d'une manoeuvre parfaitement maitrisée, il n'en restait pas moins blasé lorsqu'il atterrit sur le toit d'en face. Les paroles d'Héléna résonnaient dans sa tête alors que les pieds sectionnés d'Hannah tombaient au sol.
— « C'est vraiment comme ça qu'ils me voient ? Un espèce de surhomme qui s'occupera de tous leurs problèmes parce qu'il est meilleur qu'eux ? C'est pour ça qu'ils ne se donnent pas les moyens de réussir par eux-mêmes ? Je me demande si le Capitaine Levi doit gérer ce genre de connerie au quotidien… »
Une goutte d'eau lui tomba sur le dos de la main, avant d'être suivie par ses petites soeurs. Amos leva les yeux au ciel, et accueillit la douche froide comme un rafraichissant plaisir.
— « Toute ma vie, j'ai été entouré par des gens compétents… », les images de Reiner, Bertholdt, Mikasa, Annie, Armin, Christa, Ymir, Eren, Connie, Jean et Sasha apparurent dans son esprit, « même au sein de la 104ème j'ai trouvé des personnes avec qui partager et échanger, des personnes avec qui j'aurais adoré travailler aujourd'hui. Mais gérer des types comme mon escouade… Qu'est-ce que j'étais supposé faire avec ça ? Y'avait-il une solution viable à laquelle je n'avais pas pensé ? Qu'est-ce que je suis supposé faire à moi tout seul ? Je ne peux pas bâtir un Monde à la seule force de mes bras… Je suppose que je vais devoir empiler des montagnes et des montagnes de cadavres…»
Il laissa échapper un éclat de rire amer.
— « Je savais que je devais devenir un monstre, mais vais-je devoir le rester ma vie entière ? Ai-je commis une erreur ? Je ne sais plus quoi penser… un comble pour quelqu'un comme moi…»
Toujours un peu déprimé, il se mit à promener son regard au hasard, et haussa les sourcils de surprise.
Là, dans la rue où il avait abattu le titan qui avait dévoré Hannah, il vit Armin recroqueviller contre le mur, immobile et seul.
Après avoir vérifié qu'il n'y avait pas d'ennemis à proximité, Amos descendit à son niveau et s'approcha de lui.
— Armin ? appela-t-il avant de poser une main sur son épaule. Armin ?
Ce dernier poussa un cri de panique et le repoussa d'un revers, dévoilant ainsi son visage déformé par des émotions aussi violentes qu'horrifiées.
Amos lui colla une gifle.
Prit par surprise, le petit blond fut forcé de virer sa tête de côté, avant de revenir vers son major de promotion en le regardant avec des yeux ahuris. Il bredouilla des paroles totalement inintelligibles tout en massant sa joue brulante.
D'un revers de main, Nox lui en colla une deuxième, l'obligeant ainsi à plaquer ses mains sur chaque côté de sa tête.
— Armin, prévint-il plus exaspéré qu'autre chose, soit tu te réveilles immédiatement, soit je te colle une série de torgnoles jusqu'à ce que tu ai repris tes esprits. Qu'est-ce que tu choisis ?
Le petit blond releva la tête, et le fixa d'un regard qui trahissait son incompréhension.
— P-pourquoi ?
— Pourquoi quoi ?
— Pourquoi tu perds ton temps avec quelqu'un de faible ?
Amos haussa les sourcils face à la sincérité de cette question, il jeta un coup d'oeil à droite et à gauche, avant de soupirer et de s'asseoir face à son camarade. Il ne put s'empêcher de sourire face à leur drôle de situation, ils étaient sagement installés au milieu de l'Enfer tandis que d'autres cadets mourraient. Mais peut-être avait-il besoin de le convaincre autant que de se convaincre.
— Parce que ce quelqu'un de faible est intelligent, dit-il comme si c'était l'évidence même, tu crois que j'ai passé les trois dernières années à aiguiser ton esprit pour que tu ailles massacrer des titans à la force de tes bras ?
Armin écarquilla les yeux, et se remémora les nombreuses parties d'échecs qu'ils avaient joué, les nombreuses discussions et débats qu'ils avaient eu, les nombreux livres qu'ils avaient lu et les nombreuses stratégies qu'ils avaient développés.
— Tu… tu as fais tout ça… pour m'entrainer ?
— Je ne laisse jamais rien au hasard, petite tête, dit-il avant de se remémorer l'incompétence de son escouade, même si le hasard n'hésite pas à me prendre par surprise de temps en temps.
Il soupira avant de reprendre :
— Armin, la vrai force de l'Humanité n'a jamais été sa force physique, ça a toujours été son intelligence. C'est grâce à l'intelligence qu'on a pu bâtir des endroits comme cette ville, développer des armes comme l'équipement tridimensionnel et forger des épées comme les nôtres. Et c'est pour cette raison, qu'à mes yeux, tu es un atout des plus précieux. « Et un pilier pour ma santé mentale vu les crétins qui nous entourent. »
Le petit blond n'en cru pas ses oreilles.
— Mais… Mais je n'ai réussi qu'à faire tuer toute mon escouade… Eren… Il… Il s'est sacrifier pour me sauver… Alors que je n'ai servi à rien…
Amos enregistra l'information tandis que son interlocuteur laissait ses larmes couler.
— « Donc Eren est mort… Mikasa va être compliquée à gérer… »
— Mon escouade aussi est morte.
Armin écarquilla les yeux une fois de plus.
— Tu me croyais vraiment infaillible toi aussi…
Ce n'était pas une accusation, juste un constat, il reprit :
— Le chemin que nous avons choisi est celui de la victoire, et il sera parsemé de cadavres du début jusqu'à la fin. On ne pourra pas sauver tout le monde, peu importe à quel point on est doué, fort ou intelligent.
Il se redressa pour lui tendre la main, Armin hésita un instant avant de la saisir et de se laisser remettre sur pieds.
— Ce qu'on peut faire en revanche, c'est continuer à avancer pour tous ceux qui sont tombés. Si Eren a choisi de mourir pour te sauver alors c'était son choix, et tu te dois de le respecter. S'il y a bien une chose qu'on ne pouvait pas retirer à cet idiot suicidaire c'était sa détermination, s'il a choisi de te la léguer alors tu te dois de la porter sur tes épaules, en sa mémoire. Par contre, si tu t'apitoies et que tu te laisses mourir, alors son sacrifice perdra tout son sens, il sera effectivement mort pour rien et sa vie n'aura jamais eu le moindre sens.
Armin se figea sur place et se mit à haleter, réfléchissant à toutes vitesses aux paroles du plus grand blond. Hélas pour lui, il n'eut guère le temps de mettre ses pensées en ordre, car un déviant de six mètres filait droit dans leur direction.
Le petit blond écarquilla les yeux de terreur, avant de se tourner vers son camarade qui regardait la créature d'un air désintéressé.
— Allons sur les toits, dit-il en faisant un signe de tête.
Une fois à l'abri, ils virent le titan continuer sa route et foncer comme s'il ne les avait pas vu. Nox souffla du nez avant d'entendre enfin le signal de la retraite.
Armin fut tenté de s'échapper directement sur les murs, mais il n'avait plus assez de gaz pour réussir une telle ascension. Aussi il attendit de voir ce que son ami allait faire.
— Il te reste de quoi grimper à l'abri ? demanda ce dernier.
Le petit blond secoua tristement la tête.
— Alors allons détrousser ces cadavres, dit-il en pointant du bout de l'épée les monticules de corps éparpillés sur la route.
— Hein ? s'exclama Armin effaré.
— Tu crois que leurs bonbonnes leur servent encore à quelque chose ?
— N-non…
— Alors allons les récupérer, ainsi leur malheur servira à sauver nos vies, et peut-être celles d'autres cadets.
— « Est-ce que… est-ce que c'est la même chose qu'avec Eren ? » se demanda le petit blond estomaqué. « Donner du sens aux morts… même le plus petit sens possible… pour accorder de la valeur à leurs vies… Comment… ? Comment…? »
— Comment tu fais ça ? demanda-t-il tout haut.
— Hm ?
— Comment tu… acceptes la réalité aussi facilement ?
Amos ne répondit pas immédiatement, et son regard se perdit vers l'horizon, il n'y avait qu'une seule explication possible pour lui.
— Je suis un connard.
Sur ces mots, il descendit auprès des cadavres écrasés et mâchouillés, et commença à vérifier les niveaux de gaz de leurs bonbonnes.
— « Je ne pense pas que tu sois un connard, Amos. » songea Armin en descendant à ses côtés pour l'imiter. « Si tu l'avais été tu n'aurais jamais perdu autant de temps à me remettre sur pieds, peu importe les valeurs que tu vois en moi… Je crois… Que tu es plus confus avec toi-même que tu ne veux l'admettre… mais que tu gardes la tête froide pour me garder en vie… Je… Merci… Je te rendrai cette confiance. »
Il récolta deux bouteilles auprès d'un corps sectionné au niveau des pectoraux, tout en s'efforçant de se concentrer sur sa tâche pour ne pas se laisser distraire par le sanguinolent carnage.
— « Je ne sais pas qui tu étais… mais je te remercie pour ton gaz… Je m'en servirai à bon escient… je te le promets… »
Une fois parée, ils retournèrent sur les toits pour dresser un plan. C'est à cet instant qu'ils aperçurent de nombreux cadets rassemblés sur les toits du même pâté de maison, un énième soupir exaspéré s'échappa des lèvres du grand blond.
— On dirait que tu n'es pas le seul à qui je vais devoir coller des torgnoles, grogna-t-il avant de lui faire signe de le suivre.
Armin ne put s'empêcher de laisser échapper un frêle sourire en coin, Amos était peut-être agacé mais il continuait d'avancer et d'aider les autres, alors qu'il aurait pu se mettre à l'abri et les laisser mourir pour former un nouveau plan avec les soldats de la Garnison.
Tandis qu'il le suivait en voltigeant, le petit blond sentit à nouveau les larmes lui monter aux yeux en pensant à la mort de son meilleur ami. Il renifla, et afficha un regard déterminé.
— « Eren… Pardonne-moi… Je vais me battre… Je vais donner tout ce que j'ai pour réaliser notre rêve ! Je te le promets… Eren… Ta mort ne sera pas vaine ! »
