Chapitre Spécial I : Action ou Vérité

Quelques jours seulement s'étaient écoulés après le fameux exercice de survie qui avait failli terminé en hécatombe. Et si l'incident était désormais derrière eux, une grande majorité des cadets présentaient encore des signes évidents de traumatisme. Mina et Sasha avaient fait de nombreux cauchemars ces dernières nuits, Connie et Jean sursautaient au moindre son suspect ou brutal, Eren était encore plus en colère que d'habitude et tellement hargneux à l'entrainement que Shadis dû le rappeler à l'ordre plusieurs fois. Christa était furieuse contre elle-même de s'être laissée avoir de façon si minable, et avait pratiquement supplié son frère de passer à la prochaine étape de sa formation. Ce qu'il avait refusé jusqu'à ce qu'elle soit calmée.

Amos détestait les voir comme ça, il détestait ça bien plus qu'il ne voulait l'admettre. L'ambiance de la 104ème Brigade lui manquait, les blagues débiles de Connie, les disputes entre Jean et Eren, l'appétit carnassier de Sasha. Tout cela semblait mort…

Heureusement, il avait l'intention de remédier à cela par des méthodes relativement universelles, bien que peu orthodoxes.

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Le couvre-feu était déjà passé alors que les cinq cadets préparaient le terrain pour leur petite surprise.

— T'es sûr que ça va marcher ? demanda Reiner tandis qu'il déposait une caisse de marchandise près des autres.

Lui et Amos avaient secrètement gardé et caché une partie de la contrebande des trafiquants de chair humaine qu'ils avaient massacrés. Justement pour une occasion comme celle-ci

— Y'a pas un autre moyen ? bredouilla Bertholdt avec un sac sur le dos et une expression un peu plus nerveuse que d'habitude sur le visage.

— « Si Reiner boit trop… »

— J'ai tout essayé pour leur remonter le moral, répliqua Amos en déposant le fagot de bois qu'il portait près d'Annie et d'Ymir qui s'affairaient à allumer un feu. À moins que vous ne vouliez garder une ambiance dépressive durant le restant de nos classes vous pourriez faire un petit effort. Et puis je vous rappelle qu'on fait ça pour nos camarades, vous voulez vraiment les laisser comme ça ?

— Non, se défendit automatiquement le plus grand, mais on risque d'avoir de gros ennuis si Shadis nous attrape.

— Pas de souci de ce côté, répondit Nox, j'ai assaisonné la boisson des instructeurs avec un puissant somnifère. Même une fanfare ne les réveilleraient pas.

Annie releva la tête du feu de camp avec un sourcil haussé.

— Où t'as trouvé ça ?

— Dans les chariots des trafiquants, mentit-il, ils avaient vraiment de la bonne marchandise.

La petite blonde accepta sa réponse en hochant la tête, et se reconcentra sur son feu qui prit après une minute de patience supplémentaire.

Bertholdt réalisa bien vite qu'il était à court d'argument, il jeta un coup d'oeil en direction de Reiner et Annie mais aucun ne semblait vouloir renoncer à cette fête.

— Mais… commença-t-il avant d'être coupé par son meilleur ami.

— Ne me dit pas que tu as peur de boire ? plaisanta Braun en lui collant une tape dans le dos. On a tous bien mérité de se détendre et nos camarades ont besoin d'un bon remontant, puisqu'on a aucune chance de se faire prendre autant en profiter.

Bertholdt le considéra avec inquiétude pendant une seconde, avant de finalement baisser la tête.

Ymir sortit les différents gibiers des sacs des trafiquants et les apporta à Annie pour commencer à les faire rôtir.

— Je ne sais pas cuisiner, prévint la petite blonde.

— Laisse, je m'en occupe, se proposa Amos en venant s'installer à ses côtés, pendant ce temps vous pouvez commencer à aménager un peu l'endroit. Et apportez-moi les bouteilles tant que vous y êtes, je vais faire flamber la viande avec du cognac.

Reiner se dévoua pour ouvrir la caisse qui contenait les bouteilles, mais comme il était incapable de faire la différence entre les différents breuvages qu'elle contenait, il l'amena à Amos qui en déboucha une pour la humer. Il écarta précipitamment son nez du goulot en écarquillant les yeux de surprise.

— Ouch, alors ça c'est du whisky, souffla-t-il en se grattant l'organe olfactif, y'a au moins 50% d'alcool pur là-dedans.

Cette information inquiéta ses camarades.

— C'est pas un peu fort ? demanda Reiner dubitatif.

Nox haussa les épaules et reboucha la bouteille.

— Elles ont pas l'air d'être toute comme ça, dit-il en en humant une deuxième, mais va falloir faire attention à ce qu'on distribue si on veut éviter de mauvaises surprises demain.

Ils hochèrent la tête pour signifier leur accord.

Amos embrocha alors quelques carcasses de lapins et se mit à les faire rôtir sur le feu grâce à la broche improvisée confectionnée par Annie.

— Bon, reprit-il après avoir fait flamber la viande sous les regards impressionnés de ses camarades, Reiner et Ymir vous pouvez aller chercher les autres. Soyez discrets et gardez la surprise. Bertholdt ? Va prendre des chopes et des assiettes au réfectoire. Annie ? Il nous faut plus d'eau, on ne va pas passer la nuit à ne boire que de l'alcool.

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— Sérieusement Reiner, grommela Connie, qu'est-ce que vous manigancez ?

—Vous verrez, répliqua le grand cadet, on s'est simplement dit que vous aviez tous besoin de sortir la tête de l'eau.

— On a pas besoin d'aide, répliqua Eren relativement agacé d'avoir été trainé hors de son lit après leur éprouvante journée d'entrainement.

— Dixit celui qui a toujours besoin que Mikasa lui tienne la main, balança Jean.

— Ta gueule, Face de Cheval !

— Va te faire voir, bouffon suicidaire !

— Mais vous allez la fermer ! gronda Ymir en arrivant avec les filles à sa suite. On est là pour se détendre ! Pas pour se foutre sur la gueule !

Eren se renfrogna sur lui-même et continua de suivre Reiner tout en marmonnant des paroles aussi vulgaires qu'inintelligibles.

C'est alors que Sasha se paralysa sur place et fut soudainement prise de tremblements incontrôlables, Christa fut si surprise par son arrêt soudain qu'elle lui rentra dedans.

— Sasha ? demanda-t-elle un peu inquiète. Est-ce que tout va bien ?

La chasseuse ne lui répondit pas, ses yeux avaient prit une dangereuse lueur écarlate, une impressionnante quantité de bave coulait le long de ses lèvres.

— De la viande, marmonna-t-elle d'une voix gutturale en humant l'air, de la viande !

Sans crier gare, elle se mit à courir comme une bête vers le lieu de rendez-vous en feulant furieusement.

— Rattrapez-la ! cria aussitôt Reiner paniqué en se lançant à sa poursuite. Elle va tout manger !

Aussitôt les cadets emboitèrent le pas de leur camarade, malheureusement pour eux Sasha était beaucoup trop rapide, et la seule qui aurait pu la rattraper n'était pas assez motivée pour le faire.

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Annie déposa les sceaux d'eau qu'elle était allée puiser à la rivière aux côtés d'Amos qui releva partiellement la tête.

— La patate arrive, prévint-il en continuant de faire tourner la broche, tu peux t'occuper d'elle ou tu veux que je le fasse ?

La petite blonde haussa un sourcil avant d'entendre un cri digne d'une banshee affamée venir de l'Ouest, elle poussa un soupir.

— Je vais régler ça.

Sur ces mots, elle alla se planter face à la direction par laquelle la charognard allait arriver et se mit en position de combat tout en foudroyant les bois de son regard glacial.

Sasha surgit presqu'instantanément des buissons et couru droit vers le festin.

— De la viaaaaannnde ! rugit-elle avant d'apercevoir une paire d'yeux bleus argentés froid comme la mort.

Son instinct de survie prit le dessus sur son appétit animal, elle tenta d'arrêter sa course d'un coup et traça deux longs sillons sur le sol avant de se stopper juste devant Annie.

La petite blonde la fixa pendant une très longue dizaine de secondes afin de s'assurer que la chasseuse était plus terrifiée qu'affamée, avant de pointer lentement du doigt l'un des bancs aménagé plus tôt dans la soirée.

— Assise, ordonna-t-elle froidement, ou je te brise le dentier et te force à regarder les autres manger.

Cette perspective arracha un frisson d'épouvante à la patate, qui s'empressa d'exécuter les ordres d'Annie en s'asseyant aussi droite que possible. Mais son regard resta cependant scotché sur les lapins en train de cuire.

— C'est bon, annonça la petite blonde tandis que le grand blond levait son pouce pour la remercier.

Quelques secondes plus tard, les autres cadets déboulèrent dans la clairière le souffle court et le visage écarlate.

— Où est Sasha ? demanda Reiner après avoir poussé un soupir de soulagement en constatant que le gibier était intact.

Annie effectua un mouvement de tête nonchalant en direction de la concernée qui continuait de saliver tout en étant sagement assise.

— Qu'est-ce qui se passe ? questionna Connie en remarquant la viande en train de cuir.

Les estomacs des recrues se mirent à gronder, leurs yeux s'écarquillèrent devant ce rêve devenu réalité. Amos les accueillit d'un large sourire.

— Installez-vous, dit-il tandis que Bertoldt revenait avec un sac remplie de couverts, c'est pratiquement prêt. Et vous en faites pas pour les instructeurs, ils se réveilleront pas avant demain matin. « Si ce n'est demain midi. »

Les adolescents firent ce qui leur était demandé, et prirent place autour du feu de camp.

— C'est l'anniversaire de quelqu'un ? demanda Jean.

Amos secoua la tête.

— Non, répondit-il en sortant un couteau de sa botte pour le cautériser sous les flammes, mais je me suis dit qu'une petite fête était plus que nécessaire étant donné l'ambiance générale.

Il trancha un bon morceau et le déposa dans une assiette apportée par Bertholdt.

— Alors ? reprit-il plus fort. Qui a faim ?

Ils furent tous beaucoup trop heureux de lui répondre positivement, et suivirent tous l'exemple de Sasha une fois servit. Les cadets se remplir la panse autant que possible, savourant chaque bouchée, chaque coup de dents, chaque goutte de jus de ce plaisir unique.

Amos releva la tête de son assiette quelques instants pour constater les bienfaits de sa petite fête.

Ses amis avaient tous retrouvé des couleurs, Sasha mangeait comme avant, Christa riait avec Ymir tout en grignotant royalement sa viande, Jean s'extasiait devant la nourriture en promettant à Marco qu'ils auraient de nombreux repas comme celui-ci une fois membres des Brigades Spéciales, Connie tenta quelques blagues stupides qui ne firent rire personne, mais qui firent sourire Nox. Eren semblait revigoré pour la première fois depuis l'exercice de survie, et discutait ardemment avec Armin, même Mikasa avait reprit des couleurs en voyant ses amis sourire et rire, elle mangeait son repas silencieusement en profitant des expressions sur leurs visages.

— Joli travail, complimenta Annie en venant s'asseoir aux côtés du grand blond.

— Merci.

— Je parlais de la nourriture.

Amos éclata de rire.

— Mais oui, je te crois.

La petite blonde roula des yeux, mais n'insista pas davantage, Nox se saisit d'une bouteille qu'il déboucha avant de la porter à ses lèvres.

— Hé Amos ? lança Ymir depuis sa place. Qu'est-ce que tu bois ?

— Du whisky de luxe, répondit-il en buvant une autre rasade, 50% de cette merde est composée d'alcool pur.

La grande fille et le reste des cadets froncèrent les sourcils, certains jetèrent des regards assassins en direction du jeune homme.

— Et tu te la tapes comme ça sans en proposer aux autres ?

— On m'a informé que c'était sans doute trop fort pour vous, répliqua-t-il en haussant les épaules avant de s'envoyer une autre lampée.

Ymir grimaça de mécontentement, se saisit de son gobelet et vint se planter devant le frère de sa petite-amie.

— Fait tourner, gronda-t-elle en lui tendant son récipient.

Amos la gratifia d'un sourire moqueur, avant de se tourner vers les autres.

— Y'en a d'autres qui en veulent ?

Pratiquement toutes les recrues hochèrent avidement la tête, Mikasa jeta un regard inquiet en direction d'Eren lorsqu'il se joint au mouvement après un instant d'hésitation.

— Alors permettez-moi de prononcer quelques règles, reprit Nox en se levant, tout d'abord, mesdemoiselles. Si vous ne voulez pas vous réveiller avec un garçon dans votre lit demain je vous conseille de boire avec modération, je ne veux pas passer ma soirée à faire le chaperon pour éviter que vous vous retrouviez avec une grosse bedaine dans quelque mois.

Les filles rougirent furieusement en entendant cela, certaines invectivèrent le grand blond de regards furieux qu'il ignora.

— Deuxièmement, si y'a une seule bagarre qui éclate je me permettrai de démolir ceux qui l'auront provoqué, cela vaut pour tout le monde.

Il adressa un regard lourd à Jean et Eren qui déglutirent avant d'acquiescer.

— Troisièmement, annonça-t-il en se levant pour aller fouiner dans un sac, ceux qui boivent…

Il exhiba un magnifique alto en bois verni et le déposa sur son épaule.

—… Doivent danser.

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Pendant près de trois heures, la fête battit son plein. Les cadets dansèrent, burent, mangèrent et s'amusèrent autour de leur feu de camp tout en riant et en chantant.

Au départ, presque tout le monde accepta de se plier aux règles d'Amos, mais les quelques récalcitrants finirent par se sentir seuls en voyant leurs camarades s'amuser et acceptèrent finalement de boire un coup avant de se joindre à la fête. Christa se dévoua pour remplacer son frère chaque fois que celui-ci voulu faire une pause pour boire ou discuter avec les autres. Au fond il était très fier de lui, l'ambiance au sein de la 104ème n'avait jamais été aussi bonne, les cadets étaient bras dessus bras dessous en train de danser autour du feu et le rire primait. Il dû admettre qu'il apprécia grandement cette soirée, voir toutes les personnes avec lesquelles il grandissait aussi heureuses lui réchauffa le coeur.

Malheureusement, il aurait dû se douter que tout ne se passerait pas aussi bien qu'il l'avait souhaité, et cela se confirma lorsqu'il remarqua qu'un grand type à la tignasse brune était en train de trainer sans ménagement une Sasha complètement saoule par le bras.

Sans crier gare, la prédation s'empara instantanément de ses membres, et il reposa sa bouteille avant de démarrer sa traque.

Le cadet brun n'alla pas très loin, et se contenta de jeter la chasseuse sur le sol derrière l'un des dortoirs avant de commencer à déboutonner son pantalon.

Amos le saisit violemment par la nuque, ignora son glapissement de douleur et le rejeta en arrière. Le grand dadais tituba en battant vainement des bras avant de s'écrouler les quatre fers en l'air, il se redressa péniblement en découvrant son agresseur.

— J'croyais que tu jouerais pas les chaperons, marmonna Rodolf de son haleine chargée d'alcool.

— J'ai menti, répliqua Nox en le foudroyant du regard, rassure-moi, t'étais pas en train de faire ce que je crois que t'allais faire ?

Visiblement, le grand brun était trop ivre pour noter le ton guttural employé par le grand blond, il se contenta donc d'hausser les épaules.

— Hé c'est toi qui a dit qu'elles devaient pas trop boire si elles voulaient pas se retrouver au plumard avec un gars.

Il pointa nonchalamment son doigt vers Sasha.

— La patate a trop bu, conclu-t-il comme si c'était l'évidence même.

Amos ne répondit pas, ses yeux s'étaient écarquillés d'une rage animale démente, il laissa échapper un grognement bestial qui fit sursauter Rodolf.

— Parasite, siffla-t-il avant que le temps ne se mette à ralentir autour de lui.

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Il déposa Sasha dans son lit moins d'une dizaine de minutes plus tard sous les regards ivres et curieux d'Hannah et Elsa qui lui lancèrent des « bonnes nuits » en ricanant bêtement. Il leur adressa un sourire, avant de s'en aller ratisser le camp de fond en comble histoire de s'assurer qu'aucun acte répréhensible n'avait eu lieu pendant son absence, mais il fut rassuré de constater que ce ne fut pas le cas.

Lorsqu'il regagna les lieux de la fête, il remarqua que pratiquement tout le monde s'était retiré pour la soirée, les derniers encore présents étaient engagés dans une discussion intense sans queue ni tête.

Une fois minuit passé, la plupart des recrues furent trop fatigués ou saouls pour continuer de danser, aussi Reiner proposa de passer à la prochaine attraction de la soirée.

— Ok tout le monde, annonça-t-il d'une voix forte, maintenant que les langues sont déliées il est temps de jouer à un petit jeu dangereux.

Amos haussa un sourcil, avant de se saisir de sa bouteille et de venir rejoindre le cercle que les cadets commençaient à former. Christa vint s'asseoir à ses côtés et posa sa tête sur son épaule sous le regard un peu jaloux d'Ymir et les envieux des autres garçons.

— De quel jeu tu parles ? demanda Sasha en grignotant un bout de pain savamment fauché dans le garde-manger.

Bertholdt, Eren, Connie, Mikasa, Armin, Ymir, Jean, Marco, Amos, Mina, Christa et Annie interrogèrent Reiner du regard.

— Action ou Vérité, si vous ne répondez pas ou ne faites pas l'action, vous devez boire un coup.

Certaines recrues grognèrent, mais acquiescèrent néanmoins. Amos promena son regard sur les visages des participants pour s'assurer que toutes les personnes présentes étaient encore en état de jouer.

— « Attendez une seconde, »songea-t-il en se retenant de rire, « est-ce que Mikasa a bu ? »

L'orientale avait effectivement les joues rougies par la boisson, et malgré son expression stoïque imperturbable elle avait le regard beaucoup moins tranchant que d'habitude.

— « Je sens que cette partie va être très amusante. »

— Qui commence ? demanda Marco avec une pointe d'impatience enfantine.

— Hé bah, pourquoi pas toi ? proposa Jean en lui collant un coup de coude amical.

Le garçon aux tâches de rousseurs haussa les sourcils, avant de réfléchir rapidement.

— Amos ? Action ou vérité ?

— « Quelle surprise, » songea-t-il avant de répondre : vérité.

— Qu'est-ce que tu sais des Brigades Nobles ?

Le grand blond se figea sur place, avant de pousser un soupir et d'avaler une rasade de whisky.

— T'aurais pu trouver un sujet un peu plus gai pour commencer cette partie, grommela-t-il alors que Marco se grattait la tête.

— Désolé.

— Pourquoi vous en faites toute une histoire ? persifla Eren. C'est juste des brigadiers comme les autres.

— C'est là que tu plantes totalement, coupa Nox d'une voix grave, les Brigades Spéciales ce sont des incompétents corrompus et paresseux. Mais les Brigades Nobles c'est une tout autre histoire. Ces types sont des chasseurs de rebelles et des tueurs professionnelles. Ce sont les petits soldats personnels des familles nobles, et lorsque deux d'entres elles entre en conflit c'est eux qui se foutent sur la gueule jusqu'à la mort au nom du Lord qu'ils servent.

Les recrues restèrent interdites face à ces révélations inquiétantes, Marco, Jean, Sasha et Connie étaient particulièrement touchés par ces paroles.

— « J'en ai un peu trop dit, je devrai ralentir sur le whisky. »

— C'est pour ça que je vous recommande chaudement de ne pas rejoindre ces tarés, ajouta-t-il en fixant les quatre concernés et Annie, vous pourriez finir par vous entretuer au nom du devoir. Contentez-vous des Brigades Spéciales, si vous voulez les nettoyer de fond en comble je vous souhaite toute la réussite possible. Mais restez à l'écart des Brigades Nobles.

Ils acquiescèrent les uns après les autres, tandis que Reiner, Annie et Bertholdt échangèrent un très court regard entendu.

— À mon tour, reprit Nox en se frappant les mains pour dissiper l'ambiance devenu pesante. Annie ? Action ou vérité ?

— Action, répondit la jeune fille d'un ton ennuyé.

— Embrasse Reiner, souffla-t-il avec un sourire moqueur.

Il n'avait jamais vu qui que ce soit boire un verre d'alcool aussi vite de toute sa vie, pas même son père, même Eren n'avait pas vu les soldats ivres de Shiganshina s'enfiler à une telle vitesse.

L'hilarité générale gagna les recrues suite à la rapidité fulgurante avec laquelle Leonhart avait prit son verre, et en partie à cause du rejet instantané que Reiner avait subit.

— Très bien, reprit la blonde en promenant son regard autour des recrues, alors… Reiner. Action ou Vérité ?

— Action.

— Répète vingt fois d'affilé : « je suis un bouffon incompétent, » ordonna-t-elle d'une voix ferme.

Toutes les recrues écarquillèrent les yeux face à la violence de ce gage, Reiner en particulier eut l'impression qu'on l'avait giflé en plein visage.

Une expression horrifiée s'empara de la figure de Bertholdt.

— Annie…

— Qu'il le fasse, trancha la jeune fille en sirotant son verre de whisky. Il sait très bien pourquoi.

Son compatriote déglutit difficilement, avant de se lever pour effectuer son action.

— Je suis un bouffon incompétent, je suis un bouffon incompétent, je suis un bouffon incompétent…

Il s'écoula une bonne minute avant qu'il ne finisse d'effectuer ses vingt répétitions, une ambiance pesante s'était installée autour du feu de camp, Annie semblait satisfaite.

Reiner avala une longue gorgée d'alcool afin de se remettre de l'éprouvante épreuve imposée par sa camarade avant de se tourner vers Christa.

— Action ou vérité ?

— Vérité.

— Est-ce que tu es une déesse ?

Un rougissement violent s'empara des joues de la petite blonde, provoquant quelques rires chez les cadets. Ymir vola à sa rescousse :

— Si c'en est une je suis son ange gardien, et faites gaffe à ne pas réveiller son démon personnel. Une multitude de sourcils se froncèrent en entendant cette déclaration, seul Amos leva les yeux au ciel.

Christa gloussa en apercevant l'expression de son frère et réfléchit quant a son choix.

— Mikasa ? Action ou vérité ?

— Vérité.

— Pourquoi tu portes tout le temps cette écharpe ?

L'orientale remonta son bout de vêtement sur son nez.

— Eren me l'a offerte après m'avoir sauvé la vie, souffla-t-elle en repensant à ce moment si important, j'y tiens beaucoup.

La petite blonde acquiesça en souriant, satisfaite par cette réponse. Avant qu'un détail ne lui fasse hausser un sourcil.

— On dirait qu'elle a vu des jours meilleurs, fit-elle remarquer, tu sais comment la rafistoler ?

Mikasa secoua timidement la tête en masquant sa gêne, Christa la gratifia alors d'un sourire éblouissant.

— Je peux t'apprendre si tu veux.

Le visage de l'orientale s'illumina soudainement, et elle remercia la petite blonde avec sincérité tandis qu'elle continuait de lui sourire.

— À ton tour maintenant.

Mikasa se tourna vers Bertholdt après avoir remarqué que celui-ci n'avait pas encore été interrogé.

— Action ou vérité ?

— Action.

— Embrasse Annie.

Le grand dadais se figea sur place, observa la petite blonde pendant un instant, et vida son gobelet par pure lâcheté. Tout le monde s'esclaffa sauf Annie, Amos, Christa, et Mikasa.

— Pourquoi est-ce que tout le monde veut m'embrasser ? grogna cette dernière ulcérée par les tentatives des autres cadets.

— La louve solitaire aux yeux froids comme la mort a quelque chose d'attirant par ici, plaisanta le Conseiller depuis sa place, il y a en tout trois garçons qui veulent vraiment t'embrasser.

— Qui ça ? s'exclama-t-elle horrifiée en scrutant les concernés d'un regard si intimidant qu'ils tournèrent tous la tête.

— Trouve toute seule.

— Amos ? s'étrangla Bertholdt dans le but de détourner l'attention, action ou vérité ?

— Vérité.

— Qui parmi nous mourra en premier ?

Cette question macabre jeta un froid qui fut automatiquement brisé par l'éclat de rire du grand blond.

— Connie, sans hésiter.

— Sans hésiter, renchérit Reiner.

— Sans hésiter, approuva Jean.

— Sans hésiter, avoua Connie.

Tous les regards se tournèrent vers lui.

— Quoi ? J'aurais dit la même chose.

Amos rit une fois de plus avant de lui donner la main.

— Vu qu'on pense que t'es condamné autant te filer la parole pour cette fois.

— Ok, approuva le garçon au crâne rasé avant de se tourner vers Jean, action ou vérité ?

— Action.

— Écris un poème pour Mikasa.

Jean n'avait jamais été doué pour ce genre de chose, et il refusait de rater un poème en l'honneur de son crush « secret », aussi il choisit de boire.

— Mina, action ou vérité ?

— Action, s'exclama la jeune fille soulagée que son tour soit enfin venu.

— Roule une pelle à… Amos.

Le concerné lui adressa un regard consterné, avant de tourner la tête vers la jeune fille aux couettes brunes qui semblait sur le point de s'évanouir. Comprenant qu'elle avait le béguin pour lui, il fit signe à Christa de relever la tête avant de se lever à son tour pour adresser à Mina un sourire encourageant.

— Si c'est vraiment ce que tu veux il vaudrait mieux que tu te dépêches, à moins que tu ne veuilles prendre un verre.

Carolina hésita quelques secondes qui parurent durer une éternité pour elle, avant de venir se tenir devant lui en retenant sa respiration. N'ayant aucune envie de passer la nuit entière à laisser la jeune fille peser le pour et le contre, il la saisit par les joues, et l'embrassa goulument.

Des sifflements et des exclamations vinrent commenter cet acte tellement osé aux yeux de tous, Amos s'appliqua à lui offrir un premier baiser digne de ce nom tandis que Mina s'était paralysée sur le coup et subissait volontairement ses coups de langue.

Considérant que le tendre échange avait suffisamment duré, Nox se sépara de la fille aux couettes en se léchant les babines sans aucune pudeur. Celle-ci rougit si fort qu'elle semblait sur le point d'exploser sur place.

— À ton tour, annonça-t-il en s'essuyant les lèvres d'un revers de manche.

Malheureusement, elle était si choquée qu'elle tomba sur les fesses en se tenant les joues avec embarras.

Tandis que le grand blond comprenait que cela résultait simplement de l'effet que sa beauté naturelle avaient sur Mina, les autres personnes présentes s'esclaffèrent, sifflèrent et se moquèrent de la cadette qui fut embrassée par le garçon de ses rêves.

— Bon, grogna-t-il pour mettre un terme aux moqueries un chouilla trop insistantes à son goût, je prends sa place pour le coup. Annie ? Action ou vérité ?

— « Encore moi ? » gronda intérieurement la petite blonde avant de répondre : vérité.

— J'épouse, je baise, je tue, énuméra Amos en avalant une gorgée de whisky, entre Connie, Armin et…

Il allait dire Eren lorsqu'il croisa le regard incendiaire de l'orientale à ses côtés, un sourire moqueur éclaira son visage.

— … et Mikasa, compléta-t-il sous les furieux yeux de jais de cette dernière. Lequel tu baises, lequel t'épouses et lequel tu tues ?

Annie roula des yeux, avant de prendre un temps pour réfléchir.

— J'épouse Armin, comme ça au moins j'épouserai quelqu'un qui aura un cerveau.

Le concerné rougit furieusement et cacha son visage derrière ses mains.

— Je baise Mikasa, ajouta-t-elle en haussant les épaules tout en masquant son petit sourire en coin.

Amos se retint de toutes ses forces d'éclater de rire face à l'expression outrée de l'orientale.

— Et je tue Connie, acheva-t-elle en prenant une gorgée d'alcool.

— Dieu merci, murmura le chauve soulagé.

Malheureusement pour lui Reiner l'entendit.

— Quoi ?! s'exclama ce dernier faussement scandalisé. Tu préfères mourir plutôt qu'épouser ou baiser Annie ?

La concernée jeta un regard à Springer, le mettant au défi de répondre.

— Oui, admit-il en se grattant la tête, je veux dire… Je pense que ce sera moins douloureux.

Des éclats de rire suivirent cette déclaration, même Annie paru légèrement amusée par cet aveux.

La seule qui n'était pas du tout amusée était Mikasa, cette dernière foudroyait toujours la petite blonde du regard.

— Hé bien dans ce cas Connie, reprit la combattante, action ou vérité ?

— Vérité.

— Qui tu baiserais ?

Le natif de Ragako avala rapidement un verre de whisky pour éviter de répondre, et manqua de s'étouffer en essuyant une quinte de toux.

— Putain, s'étrangla-t-il en ravalant le goût horrible, c'est quoi ce truc ?

— Du whisky de luxe, l'informa Amos, voit ça comme un honneur.

Le buveur déglutit difficilement en se martelant la poitrine, avant de se tourner vers une personne qui n'avait pas encore été interrogé.

— Eren, Action ou Vérité ?

— Vérité, répondit le garçon curieux en ignorant les huées de Jean et Reiner.

— Si tu devais te taper une fille du coin ce serait qui ?

— Hein ?

— Il te demande quelle fille tu voudrais baiser si t'en avais l'occasion, clarifia Amos avant de tourner un regard déçu vers Connie.

— « Il aurait quand même pu faire preuve d'un peu plus d'imagination. »

Eren rougit violemment, avant de répondre :

— J'y ai pas vraiment pensé, l'entrainement est tout ce qui m'importe pour l'instant.

— « Menteur, mais on va éviter de t'exposer pour préserver Mikasa. »

La réponse étant décevante aux yeux de tous, mais Eren semblait plus intéressé par la perspective de demander plutôt que de répondre :

— Armin ? Action ou vérité ?

Le petit blond était un peu surpris de voir son meilleur ami le questionner lui, néanmoins il se plia au jeu d'un signe de tête.

— Action.

— Bats Amos aux échecs.

Le concerné haussa les sourcils avec amusement, et lança un sourire défiant à Armin qui sentit une pression colossale s'abattre sur ses épaules.

— Je vais chercher l'échiquier, proposa Christa en se relevant pour regagner le dortoir.

Ymir renâcla de son côté.

— Franchement on a rien de mieux à faire que de regarder deux grosses têtes jouer aux échecs ? grommela-t-elle en s'enfilant une gorgée de plus.

— Si je perds je m'engage à faire dix actions ou vérités d'affilé, annonça Amos en se redressant pour s'étirer.

La grande fille s'arrêta dans son élan, et laissa un large sourire éclairer son visage. Elle alla se placer derrière Armin pour lui mettre une bonne tape dans le dos.

— Défonce-le, dit-elle en lui tendant sa bouteille, tiens, tu vas en avoir besoin.

Le petit blond hésita un petit instant, avant d'en avaler une bonne rasade, il déglutit difficilement avant de se frapper les joues pour remettre son esprit en fonction.

— Je suis prêt, lâcha-t-il tandis que Christa revenait avec l'échiquier.

Surprenamment, Armin choisit les noirs.

Le action ou vérité fut immédiatement suspendu pour le duel opposant les deux personnes les plus intelligentes du camp, et si les trois quarts des cadets ne comprirent ni les règles, ni le jeu auquel ils se livraient, ils furent tous captivés par la partie entre le petit blond et le grand blond.

Cependant, il parut évident aux yeux de tous qu'Amos avait pris un avantage conséquent lorsqu'Armin n'eut pour seul pion restant que son Roi. Et Jean comme d'autres ne comprirent pas la raison pour laquelle le natif de Shiganshina passait son temps à échapper à l'emprise du grand blond alors que ce dernier avait très clairement annoncé qu'Armin ne pouvait plus gagner. Au bout d'un moment, le visage du plus petit des deux s'illumina de satisfaction.

— Pat !

— Et merde… grogna Nox faussement déçu.

— Armin a gagné ? questionna Eren avec enthousiasme tandis que cinq autres cadets fêtaient une victoire qu'ils croyaient acquises.

— Je n'ai pas gagné, corrigea le natif de Shiganshina avec embarras, j'ai juste arraché le match nul.

— Sois pas si dur avec toi-même, rassura Amos, c'est la première fois que je ne gagne pas.

Ne sachant quoi répondre, Armin se renfrogna pour éviter d'exposer sa fierté.

— Du coup… commenta Jean avec hésitation, … Armin n'a pas gagné.

— Il n'a pas perdu non plus, pour une fois, nota le Conseiller en souriant. Du coup j'accepte de faire cinq « actions ou vérité » pour marquer l'occasion. Mais c'est Armin et personne d'autre qui décidera des gens autorisés à m'interroger.

Le petit blond comprit sans mal que son ami lui demandait de faire preuve de fair-play en lui offrant la possibilité de choisir. Cependant, il se permit de conserver la prérogative de la première question :

— Action ou vérité ?

— Action, répliqua Amos en théorisant qu'Armin aurait préféré une « vérité ».

— Apprends moi un coup unique aux échecs.

— « Espèce de petit… » songea-t-il franchement impressionné, « oser profiter de ma générosité pour me voler mes stratégies… Je suis si fier de toi. »

— Prends les blancs et mets pion en E4 histoire que je te montre le piège que j'ai inventé, grommela-t-il beau joueur.

Armin obtempéra, et avança son pion. À sa grande incompréhension, Amos lui livra un pion puis un cavalier en pâture avant d'avancer stupidement son fou pour mettre son Roi en échec, mais ce dernier pouvait très bien neutraliser la menace par lui-même.

— Mais à quoi ça sert de faire… ça…? Ah ! Non ! cria-t-il en réalisant que sa Reine était grossièrement exposée à la Reine adverse sans la moindre défense ni couverture.

— Ça répond à ta question ? ricana Nox en dévorant sa pièce maitresse.

Armin plongea sa tête dans ses mains en se traitant d'imbécile tandis qu'Amos continuait de rire.

— Satisfait de mon piège ? demanda-t-il en souriant.

— Oui, grommela le petit blond beau joueur, j'avoue que j'étais tellement confus et sûr de moi que je n'ai rien vu venir.

— Bien, alors qui d'autre aura le droit de m'interroger ?

Armin inspecta ses amis du regard, avant de donner la parole à Ymir.

— Action ou vérité ?

— Action.

— Embrasse la fille pour laquelle tu as le béguin.

— Y'en a pas, répondit Nox en haussant les épaules.

La grande fille grinça des dents, mais ne se laissa pas démonter.

— Alors embrasse la plus jolie.

— D'accord, répondit-il avant d'attraper Christa pour lui déposer un bon bisou sur la joue qui la fit glousser.

Les garçons le fixèrent avec des regards jaloux tandis qu'Ymir grimaçait de mécontentement.

— J'aurais dû dire « à part Christa », grogna-t-elle en regardant son amante pompette serrer son frère dans ses bras.

— Dans ce cas ça aurait été Mikasa et je doute qu'elle aurait apprécié, répondit Amos sans retenue.

L'orientale avala immédiatement une lampée de whisky avant de cacher son visage sous son écharpe.

— Hé ! réprimanda Eren. Calme-toi ! Tu n'as pas arrêté depuis le début de la fête !

— Je suis d'accord, renchérit Amos d'un air préoccupé, pourquoi est-ce que tu t'es mise à boire en premier lieu ?

Elle pointa le jeune homme avec le goulot de sa bouteille d'un air accusateur, dévoilant à ce dernier l'état réel dans lequel elle était.

— Tiens, je me demande pourquoi… grinça la jeune fille en jetant un regard au grand blond.

Celui-ci fronça les sourcils.

— J'espère que tu n'insinues pas que c'est à cause de moi, répliqua-t-il en soutenant ses yeux accusateurs.

— Ah non ? Qui a dit que ceux qui veulent danser doivent boire ?

— Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit, gronda-t-il outré, j'ai dit que ceux qui veulent boire doivent danser, je n'ai rien dit pour ceux qui voulaient seulement danser.

Mikasa ouvrit la bouche pour répliquer avant de se rendre compte qu'elle n'avait rien à dire. Aussi elle préféra se renfrogner sur elle-même et cacher son visage sous son écharpe.

Amos fut très tenté de lui faire remarquer qu'elle devrait l'écouter plus attentivement et plus souvent, mais cela aurait ramené la douleur qu'il avait essayé d'effacer en organisant cette fête.

Aussi il choisit de garder ses lèvres scellées pour cette fois.

— Enfin, grogna-t-il en se massant les tempes, à qui le tour Armin ?

Le petit blond s'empressa de choisir quelqu'un pour évacuer la tension qui régnait entre l'orientale et le grand blond.

— Connie ?

Le natif de Ragako réfléchit quelques secondes, avant de demander :

— Action ou vérité ?

— Action.

— Fais un bras de fer avec Mikasa.

Les yeux de jais de l'orientale pétillèrent instantanément en entendant cela, elle abaissa son écharpe et se mit en position sur l'herbe. Elle ne prit même pas la peine de masquer son petit sourire.

Armin trembla de nervosité, ce n'était pas du tout ce qu'il avait eu en tête quand il avait voulu détendre l'atmosphère.

De son côté, Amos n'était pas du tout amusé, il jeta un regard noir à Connie qui l'évita en regardant ailleurs.

Ymir ria ouvertement en découvrant son visage agacé.

— Puisqu'il le faut, maugréa-t-il en s'allongeant à son tour pour prendre la main de son adversaire.

Le signal de départ fut donné, et le résultat fut des plus prévisibles.

En effet, et pour la beauté du sport, le grand blond tenta tout de même de faire bouger la poigne de fer de l'orientale. Mais celle-ci ne cilla pas d'un millimètre, elle le fixa d'une expression ennuyée et stoïque pendant quelques secondes, avant d'écraser le dos de sa main contre l'herbe sans la moindre pitié.

Amos eut heureusement la bonne idée d'accompagner le mouvement, sinon elle lui aurait déboité l'épaule.

Quelques cadets dont Annie eurent le courage de glousser face à l'humiliante défaite du Conseiller, Mikasa semblait particulièrement satisfaite.

— Bon, grogna Nox en se redressant pour masser son articulation, si vous avez finit de rire on peut passer au prochain.

Christa se proposa aussitôt pour lui masser l'épaule, mais son frère refusa poliment sans pour autant oublier de lui sourire pour sa gentillesse.

— Heu… hésita Armin en parcourant leurs camarades du regard, Annie ?

La concernée remercia le petit blond d'un signe de tête, avant de fixer le Conseiller dans les yeux.

— Action ou vérité ?

— Vérité, répondit Amos qui commençait à regretter son idée.

— Je ne veux pas que les autres l'entendent, dit-elle en lui faisant signe de la suivre un peu plus loin.

Nox haussa un sourcil, mais finit par obtempérer.

Une fois seuls, Leonhart posa sa question :

— Quel garçon a le béguin pour moi ?

— Oh putain… grogna Amos en se frappant le front, Annie…

— Répond, trancha-t-elle d'une voix intransigeante.

— Tu es saoule, répliqua-t-il en ignorant son propre état, qu'est-ce que tu vas faire de cette information ?

— Ce ne sont pas tes affaires, Nox, gronda la petite blonde en serrant les poings.

— « Si ça me retombe dessus… »

— Tu veux savoir si Armin a le béguin pour toi ? La réponse est oui.

La petite blonde écarquilla légèrement les yeux, avant de reprendre son expression neutre.

— Et les autres ?

— Ne viens pas me faire croire que tu t'intéresses aux autres, grogna Amos en croisant les bras, tu as ton info, ce que tu vas en faire ne me regarde pas. Mais ne viens pas me mêler à tes affaires de coeur, Annie, je n'apprécie déjà pas beaucoup que tu te sois servie de moi plutôt que d'être allé directement parler au concerné.

Leonhart serra les poings à nouveau et le foudroya d'un regard glacial qui ne lui arracha qu'un haussement de sourcil désintéressé.

— Maintenant retournons autour du feu avant que les autres ne se doutent d'un truc.

Et c'est ce qu'ils firent, tout en maintenant une figure neutre pour Annie et un sourire factice pour Amos. Leurs façades s'effacèrent cependant lorsqu'ils découvrirent le triste spectacle qui s'offraient à eux.

Apparement Jean et Eren s'étaient encore pris le bec, et cette fois ils avaient décidé de régler leurs différends avec un concours de boisson. Au grand dam de Mikasa et d'Armin qui suppliaient presque leur ami d'arrêter. Mais le natif de Shiganshina n'était pas connu pour reculer face à l'adversité.

— Qu'est-ce qui t'arrive Jaeger ? beugla Kirstein en s'enfilant une autre rasade. Pas capable d'assumer un peu de boisson ? Qu'est-ce que tu vas faire contre les titans si t'es pas fichu de tenir ton putain d'estomac ?

— La ferme, Face de cheval ! répliqua Eren en l'imitant. Toi en revanche, ça sert à rien de beurrer une tête déjà pleine de merde. Tu devrais t'arrêter sinon tu pourrais devenir un mec décent !

Nox roula des yeux, avant de traverser la clairière pour se planter face aux deux braillards.

— Assez ! tonna-t-il d'une voix ferme. Vous allez faire un coma éthylique si vous continuez comme ça.

— Mêles-toi de tes affaires ! répliqua Jean avant de tenter de s'enfiler une autre rasade.

— Ouais, ta gueule ! approuva Eren en faisant de même.

La prédation apparut en un quart de seconde, Amos saisit les rivaux par la nuque, les redressa, les fit pivoter de force et leur ceintura la gorge avant de planter deux doigts dans la bouche de chacun. Ils écarquillèrent les yeux avant de violemment régurgiter les quantités exagérées d'alcool dont ils s'étaient imbibés.

Mikasa voulu immédiatement intervenir, mais Armin la retint par le bras en secouant la tête. Lui faisant ainsi comprendre que c'était malheureusement nécessaire.

— Bande de soulards, grogna le grand blond franchement déçu, ne vous plaignez pas demain si vous avez une putain de migraine.

Il attendit qu'ils aient terminé de vider leur estomac respectif, avant de tendre Eren vers ses camarades.

— Tiens, Reiner, emmène-le au…

Malheureusement Braun était incapable de répondre, il était allongé dans l'herbe, les paupières closes.

Amos laissa échapper un soupir exaspéré tandis que Hoover baissait les yeux, il était le seul à avoir remarqué à quel point son ami s'était saoulé après le gage d'Annie.

— Bertholdt ? reprit le Conseiller. Ramène-le dans son lit.

Le plus grand acquiesça avant de s'exécuter.

— Y'en a d'autres qui ont besoin d'aide ?

Ymir et Christa se supportaient l'une et l'autre, elles répondirent en secouant la tête. Armin tressaillait légèrement, mais heureusement pour lui Annie vint lui prêter son épaule, Connie portait Mina sur son dos, Mikasa ne bougeait pas d'un cil.

— Tout le monde au lit, annonça finalement Amos en tendant Jean à Marco. Connie ? Passe Mina à Mikasa, les garçons vont chez les garçons et les filles chez les filles. Prévenez nous si il y a un problème. Je reviendrai nettoyer dès que j'aurais couché Eren. Vous avez six heures de sommeil devant vous avant que Shadis ne se réveille, savourez-en chaque seconde. Personne ne se présente malade demain. Compris ?

— Oui Amos.

— Parfait, alors au lit.

Sur ces mots, il jucha Eren sur son épaule sous le regard agacé de Mikasa, et s'en alla vers le dortoir des garçons suivi de Bertholdt, Marco et Connie.

Il retira les bottes de Jaeger avant de le glisser sous ses couvertures, puis il s'assura que chacun avait regagné son lit avant de ressortir pour aller fumer l'une des cigarettes qu'il avait soutiré aux trafiquants tout en finissant sa bouteille.

— « Je crois que je commence à comprendre pourquoi tu aimais autant ça, Papa, » songea-t-il en s'enfilant une autre rasade, « c'est un bon anti-douleur contre la cruauté du Monde, dommage que cela ne soit pas un réel remède. »

Il alluma tranquillement sa cigarette et observa l'éclat de la Lune de son regard vitreux, il lâcha un gloussement fumeux incontrôlable.

— « Putain qu'est-ce que j'ai picolé… mais pour être honnête je suis plutôt fier de moi. Tout le monde a retrouvé le sourire, tout le monde s'est bien amusé. Même la gueule de bois du lendemain on va la partager ensemble. »

Il s'arrêta pour s'avaler une dernière rasade et tirer sur sa cigarette, après quoi il relâcha un nuage de fumée vers le ciel tout en fixant les étoiles.

— « Je suis content d'être ici, » conclut-il avant de s'en aller ramasser les détritus laissés par les fêtards.

Cela lui prit bien plus de temps qu'il n'aurait préféré, mais il n'était pas particulièrement agacé. Il rassembla nonchalamment les caisses, les carcasses, les bouteilles et les sacs de toiles. Il garda l'un de ces derniers pour y rassembler tous les couverts, gobelets et assiettes. Puis il alluma un nouveau feu à l'aide de l'alcool restant pour y brûler tous les déchets. Ceci fait, il rejoignit le réfectoire où il s'attela à faire toute la vaisselle de ses camarades pendant quinze minutes. Il dû cependant faire preuve de la plus grande prudence afin d'éviter que son esprit embrumé par l'alcool ne lui joue un vilain tour. Il n'avait pas envie de casser une assiette ou de s'entailler la main avec un couteau.

Un puissant bâillement s'échappa de sa mâchoire et il s'étira comme un félin.

— Bon…, ronronna-t-il en s'allumant une autre cigarette, cinq heures et demi de sommeil avant le coup de clairon de Shadis, j'ai connu pire.

C'est alors qu'il entendit les bruits distinctifs de coups de poings contre les poteaux d'entrainement. Il fronça les sourcils et se dirigea vers la source tout en continuant de fumer. Il ne fut presque pas surpris de découvrir que l'auteur de tout ce raffut n'était autre que Mikasa, en revanche ce qui le surpris c'était l'état dans lequel elle était.

En effet, l'orientale était trempée de sueur de la tête aux pieds, les poteaux sur lesquels elle tapait avaient presque tous été réduit en miettes sous l'assaut de ses poings. Le seul encore debout était épais comme un tronc d'arbre, qui ne comportait aucune protection pour encaisser proprement les coups.

C'était sans doute la raison pour laquelle les mains de la jeune fille étaient couvertes de sang.

— Mikasa ?

Pas de réponse, elle continuait de frapper de toutes ses forces.

— Mikasa ?! appela-t-il plus fermement.

Toujours rien.

Amos en eu assez, il passa ses bras sous les aisselles de l'orientale et la tira en arrière.

— Arrête nom de Dieu, tu vas te casser les mains !

Pendant un instant il cru qu'elle allait se débattre ou se libérer de force, mais au lieu de cela elle s'effondra sur lui.

— Hé, hé, hé ! s'écria le jeune homme en l'aidant à s'asseoir. Qu'est-ce qui t'arrive ? Mikasa ?

C'est alors qu'il réalisa qu'en plus d'être trempée de sueur, sa respiration était celle d'un boeuf, les traits de son visage étaient déformés par l'anxiété et le chagrin, son haleine empestait le whisky et sa figure était couverte de larmes.

— Carla… murmura-t-elle, je suis tellement désolée. Je te promets que je le protégerai, je n'échouerai plus.

— « Elle délire, » constata Amos avec tristesse, « il va falloir que je la fasse dessaouler. »

— Calme-toi, lui chuchota-t-il avec tendresse, je vais m'occuper de toi. Mais j'ai besoin que tu sois forte, d'accord.

Mikasa hocha la tête d'un air absent, les yeux dégoulinants de larmes.

Nox la redressa doucement sur ses pieds tout en soutenant son corps aux jambes flageolantes, puis il rejeta son écharpe dans son dos, avant de passer derrière elle, de lui ceinturer la gorge et de lui planter deux doigts dans la bouche.

L'orientale écarquilla les yeux d'horreur et commença à se débattre en poussant des cris étouffés, mais elle était trop ivre pour se libérer de l'emprise du grand blond. Et bientôt, elle régurgita une quantité astronomique de whisky sur le sol.

— « Oh putain, » songea le jeune homme en constatant l'étendue de la flaque fétide, « mais tu t'es enfilée tout un tonneau ou quoi ? »

— Arrête, s'il te plait ! supplia la jeune fille d'une voix noyée par les larmes.

Amos sentit son coeur se déchirer, mais il ne céda pas.

— Je dois le refaire juste au cas où, l'informa-t-il avec regret.

— Non…

Trop tard, Mikasa sentit deux doigts traverser de force l'intérieur de sa bouche pour aller lui transpercer la luette. Elle se courba en avant et vomi une fois de plus, en quantité moindre mais toujours impressionnante.

— Voilà, annonça calmement le grand blond en l'allongeant délicatement contre un arbre, ça devrait aller mieux demain matin.

L'orientale ne semblait pas l'avoir entendu, elle essuya une violente quinte de toux avant d'inspirer à grande bouffée avant d'expirer d'un souffle rauque. Elle tenta désespérément de soulager la douleur de son estomac en respirant de l'air frais.

Amos sortit un mouchoir de soie de sa pocher et décrocha une outre pleine d'eau de sa ceinture, puis il mouilla le linge avant de s'affairer à nettoyer le visage couvert de sueur et les lèvres couvertes de vomissures de la jeune fille.

Cette dernière frissonna suite au contact froid et humide, ses yeux retrouvèrent peu à peu leur lueur avant de se poser sur le grand blond.

— Qu'est-ce qui se passe ? murmura-t-elle d'une voix rauque à cause de l'inflammation de sa gorge.

— Tu as trop bu, répondit Amos en épongeant la sueur sur son front, j'ai dû te faire vomir.

L'orientale rougie de honte avant de poser une main sur son ventre, elle avait le sentiment atroce qu'un animal sauvage déchiquetait son estomac de l'intérieur.

— Tiens, dit le jeune homme en lui tendant son outre, rince-toi la bouche et bois doucement, sinon tu vomiras encore une fois.

Mikasa le remercia d'un signe de tête, et fit ce qui lui était demandé. Elle délogea les dernières traces de vomissures entre ses dents en y faisant circuler l'eau avant de la cracher, puis elle en avala quelques gorgées, mais s'arrêta lorsque son estomac recommença à la faire souffrir.

— Donne moi tes mains, demanda Amos d'une voix douce en sortant un pot en bois de la poche de sa veste, il vaudrait mieux les traiter tout de suite.

L'orientale était sur le point de lui demander ce qu'il entendait par là lorsqu'elle posa les yeux sur ses membres, constatant ainsi l'état sanglant dans lequel ils étaient.

— Qu- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle en pliant ses doigts douloureux pour vérifier leur bon fonctionnement.

— Tu étais en train de pulvériser les poteaux à mains nues quand je t'ai trouvé, dit-il en effectuant un geste nonchalant vers ce qu'il restait du matériel d'entrainement, tu délirais en t'excusant auprès d'une certaine Carla pour avoir « échoué ».

Mikasa écarquilla les yeux d'horreur en entendant cela, elle sentit le poids de son échec revenir peser sur son coeur au triple galop.

Elle tenta de cacher son visage sous son écharpe, mais la douleur lancinante dans sa main arrêta son mouvement. Amos ouvrit son pot, couvrit son doigt de crème et la prit délicatement pour appliquer sa concoction sur les plaies de la jeune fille.

Celle-ci frémit en sentant le remède piquer sa chair.

— Ce n'est rien, l'informa Nox en s'assurant de ne laisser aucune zone non couverte, tu as un métabolisme surhumain, d'ici demain il n'y paraitra plus.

Mikasa ne répondit pas, elle attendit simplement que le grand blond ait fini de traiter ses blessures, après quoi elle enlaça ses genoux, et laissa échapper une larme.

Amos l'essuya machinalement du pouce, attirant ainsi l'attention de la jeune fille qui le fixa d'un regard surpris.

— « Merde, je ne sais pas ce qui m'a pris. »

— Pourquoi est-ce que tu as bu ? demanda-t-il en conservant sa voix douce. Au départ tu avais plutôt l'air contre la boisson.

L'orientale baissa les yeux, comme une petite fille prise sur le fait et forcée de devoir justifier sa bêtise à ses parents.

— Je ne voulais pas, souffla-t-elle avant d'admettre : mais Eren, Armin et les autres avaient vraiment l'air de s'amuser. Je voulais juste… je voulais juste me joindre à eux.

— Tu n'avais pas besoin de boire pour faire ça, tu sais ?

— Je ne comprenais pas ce qu'ils disaient ou faisaient, avoua-t-elle en resserrant son étreinte, je me sentais vraiment exclue.

Amos serra les dents avec embarras, ne comprenant que trop bien ce que ressentait la jeune fille.

— Je suis désolé, Mikasa, lâcha-t-il dans un soupir, je n'aurais pas dû garder cet alcool.

Elle haussa les sourcils de surprise.

— Non, non, assura-t-elle malgré son esprit toujours embrumé, ce n'est pas ta faute. Je suis contente que tout le monde se soit autant amusé.

— Je n'aurais pas organisé cette fête si j'avais su dans quel état tu aurais fini, avoua le jeune homme un peu surpris par ses propres paroles, tu as assez souffert comme ça ces derniers jours. L'orientale abaissa le regard en se remémorant sa pathétique débâcle lors de l'exercice de survie, elle laissa échapper une autre larme qu'Amos essuya également.

— Tu veux un câlin ? proposa-t-il soudainement.

— « Mais qu'est-ce qui me prend ? »

Mikasa écarquilla les yeux.

— Hein ?

— Tu ressembles à His… Christa quand elle était petite, clarifia-t-il tout en maudissant sa cervelle embrumée, chaque fois qu'elle avait fait un truc qu'elle croyait impardonnable elle se renfrognait sur elle-même pour pleurer sur son sort. Un bon câlin était souvent la seule chose qui pouvait la convaincre que la vie continuait et que les erreurs existaient pour qu'on en apprenne.

L'orientale ne répondit pas, elle continuait de le fixer avec des yeux ronds incertains. Comme s'il était fou et qu'elle venait de le comprendre.

— « Pourquoi j'ai dit ça ? »

— Écoute, soupira-t-il, normalement je ne te proposerai pas ça, mais je suis saoul, et tu as l'air d'avoir besoin d'un câlin.

— « Peut-être que moi aussi d'ailleurs, maintenant que j'y pense… »

Mikasa hésita un petit instant, avant de se redresser pour aller déposer sa tête contre sa poitrine.

Ce fut au tour d'Amos de hausser les sourcils de surprise.

— Moi aussi je suis saoule, se justifia-t-elle.

Le grand blond referma ses bras autour d'elle, et s'efforça de contrôler sa respiration.

— Tu comprends maintenant pourquoi je suis désolé d'avoir amené à boire ?

Ces mots arrachèrent un gloussement à Mikasa qui fut rapidement suivit par celui d'Amos. Ils gloussèrent comme des enfants pendant au moins une bonne minute avant de reprendre leur souffle.

— C'est un peu bizarre, commenta-t-il sobrement.

— Mais ce n'est pas désagréable, répondit-elle de la même façon.

— Non c'est vrai.

Un silence confortable s'installa, leur chaleur corporelle respective les maintenaient au chaud malgré la fraicheur de la nuit. Il s'écoula presque une demi-douzaine de minutes avant que l'un d'entre eux ne reprenne la parole.

— Amos ?

— Oui ?

— Action ou vérité ?

Nox n'en crut pas ses oreilles, il s'esclaffa bruyamment avant de plonger son regard d'émeraude dans le regard de jais de l'orientale.

— T'es sérieuse ?

— Oui.

Il roula des yeux avant de glousser calmement.

— Qu'est-ce que tu veux que je réponde ? Action ou vérité ?

Mikasa abaissa doucement ses paupières.

— Action.

— Alors action.

Elle resserra son emprise autour de son écharpe malgré ses doigts douloureux, et murmura :

— Cette chanson que tu as chanté pour me réveiller il y a quelques jours, tu peux la chanter encore une fois ?

Amos écarquilla des yeux incrédules, et l'interrogea silencieusement du regard.

— S'il te plait, insista-t-elle en lui soufflant involontairement son haleine chargée au visage.

Nox la contempla un petit instant, avant de pousser un long et profond soupir résolu. Il prit un temps pour s'éclaircir la gorge et commença finalement à chanter la chanson de sa mère.

Ce n'était pas la seule qu'elle connaissait, ce n'était même pas la meilleure, mais c'était de très loin sa préférée, car c'était la première qu'elle lui avait chanté un soir où il avait fait un cauchemar.

Mikasa ferma doucement ses paupières, bercée par l'envoutante mélodie. Épuisée et apaisée, elle finit par s'endormir sans remarquer les larmes qui coulaient le long des joues du grand blond.

Lorsque celui-ci termina sa chanson, il constata le doux visage assoupit de l'orientale avec un sourire, puis il la porta comme une jeune mariée jusqu'à son lit. Là, il lui retira ses bottes, la glissa sous ses couverture et remonta son écharpe sur son nez.

— Je ne te laisserai plus jamais boire, dit-il tout bas avant de prendre le chemin de la sortie. « Et je ne boirai plus jamais en ta présence. »

C'est alors qu'une étrange odeur monta jusqu'à ses narines, il écarquilla les yeux, et parcouru le dortoir du regard.

Amos écarquilla les yeux d'horreur lorsqu'il repéra la source de ces effluves.

— Oh putain… de merde…