NA : Hello tout le monde, j'ai suivi un rythme de fou pendant un peu plus d'un mois sur cette histoire, mais j'ai malheureusement des obligations personnelles qui m'obligeront à la mettre en pause (ou en tout cas à bien ralentir) après l'arc du Titan Femelle (donc la fin de la saison 1). J'espère que vous continuerez cependant à la suivre et à m'aider à la corriger pendant ce temps. Comme d'hab, hésitez pas à me faire part de vos critiques et de vos avis par commentaire ou MP ;). Cela me permet d'améliorer l'histoire et me motive pour la continuer. À plus et bonne lecture ;)
Chapitre X : Résolution
Installé au bureau de sa chambre avec un tournevis dans la bouche et une ribambelle d'outils et de pièces mécaniques éparpillées sur sa table tout en étant éclairé par les lueurs de deux bougies, Amos était en train de bricoler son équipement tridimensionnel.
Durant ses classes, il avait eu de nombreuses idées pour améliorer son efficacité au combat, notamment en truffant ses vêtements de mécanismes et armes en tout genre. Il en profita également pour intégrer les deux bonbonnes de gaz de secours placées sous ses fourreaux au circuit de sa production afin de bénéficier d'une meilleure réserve. Bien sûr, plus il était chargé, plus lourd il serait, et plus difficile il sera de voltiger. C'est pourquoi il s'était attaché des poids au corps pendant la grande majorité de ses entrainements TDM.
Enfin, en théorie son nouvel équipement lui accorderait un avantage non-négligeable à l'extérieur, en pratique cela pouvait finir par avoir l'effet inverse. Et il allait devoir s'entrainer davantage pour déterminer les points faibles de ses améliorations.
Il jeta un coup d'oeil à sa montre à gousset, et réalisa qu'il n'avait plus que cinq heures et neuf minutes pour dormir avant de faire ses corvées du matin.
Bien qu'un peu déçu de devoir s'arrêter là, le noble se résolut à remettre son bricolage à plus tard, à éteindre ses bougies et à se glisser sous sa couverture.
Demain marquerai le début de l'entrainement d'Eren, et le grand blond se demandait si son ami avait réussi à s'endormir. Amos se gratta la tempe dans son lit, il avait 28 jours pour faire du natif de Shiganshina un combattant fiable, la tâche n'était pas infaisable, mais entre ses pouvoirs et ses faiblesses psychologiques il y avait quand même du boulot. L'épisode de la cuillère avait eu le mérite de mettre en lumière la deuxième condition requise pour réussir une transformation. Cependant, le noble était plus inquiet par le fait qu'Eren n'avait pas réussi à refermer ses blessures. Cela ne pouvait signifier qu'une chose, son ami doutait de lui-même, comme cela s'était produit à Trost avant qu'il ne parvienne à guérir ses plaies suite au discours d'Armin. Jaeger ne pouvait pas rester comme ça, il devait devenir un pur atout, une arme redoutable tel que le capitaine Levi. Et pour ça, il devait changer de mentalité. Tout en regardant la Lune à travers sa fenêtre, Amos réfléchit calmement à la condition d'Eren. Il théorisa le fait que sa haine contre les titans l'avait complètement aveuglé pendant toutes ces années, et l'avait ainsi empêché de grandir pour devenir le soldat dont l'Humanité avait besoin. Mais tout n'était pas perdu, Jaeger avait du potentiel, sa volonté de fer et son esprit vengeur étaient des armes redoutables avec lesquelles le noble pouvait travailler. Eren allait devoir se regarder en face pour finalement former sa chrysalide et muer, et Amos ne se priverai pas de pousser tous les boutons nécessaires à la réussite de cette métamorphose. La question était à présent de savoir comment il allait devoir s'y prendre : à coeur ouvert ou au poing fermé ?
Hannibal songea au fait que les cadets ne rejoindraient leur corps d'armé que dans deux semaines. Ce qui signifiait qu'il avait quinze jours avant que Mikasa ne vienne potentiellement lui mettre des bâtons dans les roues… Ça le désolait de penser comme ça étant donné son respect pour l'orientale, mais il devait prendre cela en compte.
— « Eren… Je vais faire de toi le soldat que tu aurais toujours dû être… celui dont l'Humanité a désespérément besoin. »
Sur ces pensées, il ferma les paupières, et sombra dans un profond sommeil.
(-)
— Capitaine ?
Levi était en train de déguster son thé matinal quand l'héritier de la maison Hannibal l'interpella, il leva le nez de sa tasse pour le fixer dans les yeux.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Aujourd'hui, j'aimerai baser et consacrer l'entrainement d'Eren sur sa psychologie. Je crains que sa mentalité actuelle ne nous fasse cruellement défaut et ne vienne entraver sa progression.
L'officier haussa un sourcil.
— Non pas que je ne sois pas d'accord avec ton analyse, mais tu crois sincèrement que tu peux lui faire pousser une paire de couilles en l'espace d'une journée ?
— Je lui en ferai pousser une troisième s'il le faut, répondit le noble avec un sourire confiant. Cependant, pour cela j'ai besoin d'intimité. Aussi je voudrai savoir s'il était possible que vous vous fassiez discret pendant qu'on cause. On s'installera dans la forêt où vous pourrez nous observer et nous écouter tout en restant planqué. Mais il ne doit pas se douter que qui que ce soit nous écoute.
Levi hésita un court instant, avant de trouver ces conditions acceptables et de donner son accord d'un signe de tête. Amos le remercia avant de s'en aller préparer les oeufs brouillés de l'escouade.
— « On dit que la politique est l'art de la manipulation, » songea le capitaine en buvant son thé, « je me demande comment il compte s'y prendre. »
(-)
— Ok Eren, annonça Amos en lui faisant signe de s'asseoir dans l'herbe, on va pouvoir commencer l'entrainement.
Le natif de Shiganshina regarda autour de lui d'un air circonspect, son camarade l'avait trainé dans les bois loin de l'escouade chargée de garder un oeil sur lui. S'il se transformait accidentellement et perdait le contrôle il n'y aurait personne pour l'arrêter… quoique… Le noble portait son équipement TDM et était techniquement assigné à sa surveillance lui aussi. Il supposa donc qu'il ferait l'affaire.
— Par quoi on va commencer ? demanda-t-il un peu nerveux.
— On va commencer par corriger ton comportement.
Jaeger haussa les sourcils avec étonnement.
— Heu… qu'est-ce que tu veux dire par là ?
— Eren, commença Amos en plissant les yeux, as-tu une idée de la situation dans laquelle nous nous trouvons ?
Cette question le prit au dépourvu, il baissa la tête pour réfléchir.
— Je… hésita-t-il avant d'ouvrir la bouche pour la refermer, hé bien… Je sens que je vais dire une connerie donc je vais te laisser répondre.
Amos éclata d'un petit rire.
— Je vais considérer ça comme une bonne réponse pour cette fois, sourit-il avant de reprendre un air sérieux. Eren, grâce à ta nouvelle capacité tu as gagné un statut unique, une valeur inestimable. À tel point que le Major Erwin sera prêt à sacrifier un très grand nombre de soldats pour te garder en vie.
Le natif de Shiganshina ouvrit la bouche avec béatitude, horrifié par les paroles de son camarade.
— Je… Je…
— Sans ton pouvoir, continua le noble en l'ignorant, tu serais de la chair à canon. Le genre de soldat qui se sacrifiera pour permettre à l'Humanité d'avancer d'un demi millimètre. Le genre de soldat que seront nos camarades.
— Qui… Que… Quoi ?!
Amos se contenta d'hausser les épaules avec résignation tandis que Levi fronçait les sourcils perché sur sa branche d'arbre.
— Hé oui… soupira le grand blond. Lors des prochaines expéditions, il est plus que probable que de nombreux soldats mourront pour garantir ta sécurité, certains feront peut-être parti de notre promotion. Si ça devait arriver, que feras-tu ?
Eren était absolument mortifié par ce qu'il venait d'entendre, les frissons atroces qui parcouraient son corps l'écrasaient d'une pression dont il ignorait l'existence jusque là. Il se mit à haleter avant qu'Amos ne lui fiche une taloche derrière la tête.
— J'attends une réponse, l'informa-t-il sobrement, tout de suite, la première chose qui te passes par la tête, ton premier réflexe.
Des balbutiements furent ses seules réponses.
— Je… je…
Le noble poussa un profond soupir, avant de s'asseoir dans l'herbe à son tour.
— Tu te figerais sur place, conclut-il en regardant dans le vide, comme tu le fais maintenant.
Eren sentit une lame lui transpercer le coeur, il baissa la tête avec honte et frustration, les poings serrés de colère contre lui-même.
— Ça n'a rien de bien étonnant tu sais, les réactions d'Armin et Mikasa lorsqu'ils ont cru que tu étais mort étaient assez similaires.
Jaeger écarquilla les yeux d'horreur et décrocha sa mâchoire.
— Hein ?
— Quand j'ai retrouvé Armin, il était recroquevillé en position foetale dans une ruelle tandis qu'un titan était en train de bouffer Hannah à quelques mètres de lui, expliqua le noble en regardant son camarade droit dans les yeux. Si j'avais pas été dans le coin il aurait été trop choqué pour se défendre ou s'enfuir. Pour Mikasa c'était encore pire, elle a littéralement essayé de se suicider après avoir apprit ta mort.
Eren ne répondit pas, il était paralysé, horrifié, stupéfait… Il ne savait pas quoi dire, il ne savait pas quoi penser. Il était juste… choqué et perdu.
— J'ai dû coller une paire de torgnoles à Armin et un coup de boule à Mikasa pour les réveiller. Et tu sais ce que je leur ai dis ? Que s'ils abandonnaient maintenant tu serais mort pour rien.
Amos n'attendit même pas que son camarade réponde ou réagisse pour continuer :
— Tu t'es sacrifié pour sauver Armin, tu as survécu, certes, mais tu l'as quand même fais. Dis-toi bien qu'Armin a dû se résoudre à vivre avec ta mort. Qu'il a réussi à mettre au point deux plans ingénieux pour permettre la survie d'un grand nombre de nos camarades. Qu'il a continué à avancer en ta mémoire malgré les remords qui le rongeaient. La même chose vaut pour Mikasa, malgré l'état lamentable dans lequel elle était, elle s'est battue pour rester en vie, elle s'est battue pour protéger les nôtres. Tout ça pour ne pas trahir ta mémoire et donner du sens à ton sacrifice. Maintenant la situation est très différente, tu as un pouvoir qui pourrait permettre à l'Humanité de remporter de grandes victoires telle que Trost à l'avenir. Mais pour cela des soldats devront sacrifier leurs vies, et toi comme d'autres devront vivre avec ces sacrifices, et se servir du dévouement des hommes et des femmes tombés au combat pour aller de l'avant, afin de permettre à l'Humanité de garantir sa survie. C'est ton devoir et ta plus grande responsabilité en tant que soldat, porter les espoirs et les rêves de tous nos camarades tombés au combat.
Eren sentit une pression titanesque s'abattre sur ses épaules, ses mains se mirent à trembler.
— Qu… comment je pourrais faire un truc pareil ?
— Tu l'as déjà fais, répondit simplement Amos en attirant son attention, quand tu as rebouché la brèche de Trost. Des dizaines de soldats de la Garnison ont sacrifiés leurs vies pour que tu y arrives. Eux, et certains de nos camarades cadets. Dont Marco.
Eren releva soudainement la tête, tandis que Levi penchait la sienne, curieux de connaitre la réaction du nouveau membre de son escouade.
— Que… Quoi ? demanda-t-il faiblement. Marco…
— S'est fait bouffer, compléta Amos en le regardant dans les yeux. Je ne l'ai appris qu'hier en consultant la liste des victimes. C'est te dire à quel point il est mort discrètement, pas de sacrifice ultime à la vue de tous. Il a trépassé dans son coin, sans aucun témoin.
Jaeger balbutia des paroles inintelligibles, tout en se prenant la tête dans les mains. Marco… l'éternel optimiste, celui qui était indétestable était mort depuis plusieurs jours, et il n'en avait jamais rien su.
— Tu ne le savais pas, commenta le noble en regardant ailleurs, tu ne le savais pas et pourtant tu as donné du sens à son sacrifice et de la valeur à sa vie. Il est un de ceux qui ont offert leur souffle pour garantir la première victoire de l'Humanité, une victoire qui aurait été impossible sans toi.
Eren ne répondit rien, sa bouche était sèche et ses yeux vides.
— Ce que je veux dire par là, idiot suicidaire, c'est que tu ne peux pas continuer à te battre comme ça. La haine et la vengeance n'ont conduit qu'aux morts de Thomas, Nack, Millius et Mina. Tout ça pour rien.
Le natif de Shiganshina sentit soudainement des larmes se former dans ses yeux, il tenta de se recroqueviller sur lui-même mais Amos le saisit par le col et plaqua son front contre le sien.
— Il suffit, ordonna-t-il fermement, je vais te demander la même chose que j'ai demandé à Mikasa : tu t'apitoies sur ton sort, ou tu te bats jusqu'au bout pour honorer tous ceux qui sont morts et tous ceux qui mourront ? J'inclue ta mère là-dedans, as-tu l'intention de rendre son décès insignifiant en te lamentant jusqu'à la fin de tes jours ? Ou est-ce que tu vas te relever, te défoncer et te battre corps et âme pour donner un sens à tous ceux qui sont morts pour permettre à l'Humanité de continuer d'avancer ?
Jaeger était figé sur place, estomaqué, terrorisé, effaré. Ses yeux écarquillés à s'en exploser la rétine, sa bouche ouverte à s'en décrocher la mâchoire. Un flot de larmes coulait le long de ses joues, ses émotions ébranlaient son corps au point de le faire trembler de tout son être.
Levi manqua de lâcher un sifflement admiratif depuis sa branche d'arbre.
— « Il est en train de le défoncer pour mieux le reconstruire, mais est-ce qu'il va vraiment y arriver en une seule conversation ? »
— Eren ! gronda Amos suffisamment fort pour le faire sortir de sa transe. Tu dois abandonner tes rêves de vengeance et de massacre de titan, auquel cas tu seras tellement obsédé par ta soif de sang que t'enverras d'autre soldat à la mort comme Thomas ou Mina. Si ça se trouve la prochaine fois ce sera Mikasa ! Tu dois rassembler tout le courage que tu es capable de générer pour continuer d'avancer, pour porter les rêves, les espoirs et les sacrifices de nos camarades ! Réfléchis ! Qu'est-ce qui t'importe le plus ?! Massacrer des titans ou protéger Armin et Mikasa ?!
Jaeger ne répondit pas, il était brisé, déchiré, torturé et tourmenté par les dilemmes et les enjeux colossaux que le noble lui avait balancé en pleine figure. Puis il reçu une très puissante gifle de la part de ce même noble. Eren rejeta sa tête en arrière sous la force du coup, avant de revenir vers son interlocuteur.
— Arrête, ordonna-t-il, cesse de te morfondre. Tu n'accompliras jamais rien et tu ne rendras hommage à aucun des nôtres en agissant ainsi. Si tu veux vraiment avancer, si tu veux vraiment que chacun de leur coeur ait de la valeur, alors tu devras faire l'impasse sur tes émotions, faire l'impasse sur tes désirs, et défoncer tous les obstacles sur ton chemin pour réussir ce qu'ils espèrent tous. Tu ne le feras pas tout seul, je ferai la même chose, moi et beaucoup d'autres, comme le Capitaine Levi ou le Major Erwin. Tu dois simplement t'aligner au niveau d'exigence que l'on s'impose, au niveau d'exigence requis pour que les éclaireurs puissent porter les esprits de leurs camarades déchus. Et pour ça, tu n'as qu'une seule chose à faire : te battre, encore et encore, peu importe tes sentiments ou tes craintes. Si jamais le monde se montre trop cruel, tu dois le défoncer. Mais en aucun cas tu ne dois perdre de vue l'objectif que chaque soldat s'est fixé.
Sans crier gare, le grand blond saisit son camarade par les poignets, et les leva jusqu'à ce qu'ils se tiennent entre leurs deux visages.
— Pour réussir, tu dois garder la tête froide et l'esprit clair. Ta rage et celles des nôtres doivent aller dans tes poings. Chaque coup que tu porteras sera témoin des esprits et des âmes de nos camarades. Et c'est pourquoi je veux que tu me fasses une promesse, Eren.
Le concerné regarda son interlocuteur dans les yeux, transcendé par le discours de ce dernier et la puissance que tous les éclaireurs décédés à travers les générations étaient en train de lui transmettre.
— Si jamais je venais à mourir, quelles que soient les circonstances, je voudrai que tu ne t'attardes pas sur mon sort. Que tu continues de te battre quoiqu'il arrive et que tu accordes ton attention et tes efforts à ceux qui sont toujours en vie plutôt qu'à mon cadavre. C'est le meilleur service que tu puisses me rendre.
Eren ouvrit la bouche, estomaqué et stupéfié, avant de la refermer et de replonger dans sa transe. Il avait tant de choses à encaisser, tant de choses à penser, tellement… Il ne savait même plus par quel bout commencer ou quelle voie emprunter. Il était perdu.
Amos se releva finalement, et lui mit une petite tape amicale derrière la tête.
— Je te laisse cogiter, ne t'en fais pas pour tes corvées de l'aprem, je m'en occupe. Et ne t'inquiète pas pour le capitaine, il est au courant et ne t'en voudra pas.
Jaeger ne savait même plus quoi dire, ni « merci » ou « d'accord », il regarda simplement son ami partir en repensant à tout ce qui venait de lui être dit. À tout ce qu'il avait à faire, à tout ce qu'il devait corriger.
— « J'ai été tellement obsédé par les titans pendant si longtemps… Je n'ai même pas remarqué à quel point ils n'importaient pas… Je… J'ai tellement… J'ai perdu tellement de temps et d'énergie… Thomas… Marco… »
— « Eren ! » rugit la voix de Mikasa dans son esprit. « Je ne peux pas te perdre au nom de la vengeance, ça n'en vaut pas le coup pour moi. »
Mikasa… Mikasa avait eu tellement raison à ce moment. Ça n'avait aucun intérêt, aucune valeur, aucun sens de sacrifier des vies aussi précieuses que celles de ses camarades pour simplement massacrer des titans. Ces stupides créatures ne méritaient pas qu'il s'acharne au point de tout sacrifier. Armin et Mikasa valaient tellement plus à ces yeux…
— Amos ?! appela-t-il soudainement.
Le grand blond s'arrêta pour se retourner vers lui.
— Pourquoi est-ce que tu fais tout ça ?
La question prit le noble au dépourvu, il fixa son camarade l'air hésitant.
— Pourquoi est-ce que tu consacres tant d'énergie à la guerre ? demanda finalement Eren désireux de connaître les raisons pour lesquelles quelqu'un comme l'héritier de la Maison Hannibal s'était tant donné et continuait de se donner malgré les difficultés. Est-ce que tu as un rêve ? Un objectif ? Une raison qui te pousse à aller de l'avant ? Si c'est le cas, tu veux bien me la dire ?
Amos… se figea sur place un court instant. Personne ne connaissait son obsession, sa raison de vivre, le carburant de son épopée. Personne à part Historia… Même Ymir n'en savait rien, son grand-père encore moins. C'était sa mère qui l'avait inspiré, c'était elle qui lui avait donné ce dont il avait toujours eu besoin.
Ça le gênait d'en parler, en particulier parce que Levi était perché dans un arbre en train de les écouter. Mais après un court instant de réflexion, il supposa qu'il pouvait partager avec Jaeger le rêve que sa propre mère lui avait transmis. Si ça pouvait l'aider à y voir plus clair.
— Je veux être père, lâcha-t-il soudainement. Je… On vit dans un monde de merde. Un monde au sein duquel on est obligé d'être des ordures de la pire espèce si on espère survivre.
Le noble revint s'asseoir aux côtés de son camarade, et le gratifia d'un triste sourire aux yeux larmoyants. Ce qui estomaqua le natif de Shiganshina.
— Je me suis résolu à cela, à être le plus gros connard que l'Humanité ait connu pour remporter la victoire. Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire en sorte que mes enfants n'aient pas à être comme moi. Qu'ils grandissent dans un meilleur monde, un monde que j'aurais bâti à la force de mes deux bras et à travers un océan de sang s'il le faut.
Il éclata d'un rire nerveux, qui fit tressaillir Eren et inquiéta Levi, avant de reprendre :
— Regarder mes enfants grandir dans un monde plus sûr, les voir devenir meilleurs que je ne pourrai jamais l'être, c'est ça mon rêve.
Jaeger n'avait pas les mots, il fixait la bobine larmoyante du noble avec des yeux écarquillés et une expression hagarde. Ce dernier s'essuya les joues, et récupéra son expression naturelle.
— Je me confie un peu trop ces derniers temps, nota-t-il l'air absent, il vaudrait mieux que j'évite de devenir trop émotif si je veux pas faire de connerie.
Sur ces mots, il poussa un très long soupir et se releva.
— Bon, bailla-t-il en sortant une cigarette de sa poche, moi je retourne faire mes corvées. Hésite pas à venir me voir si t'as des questions, mais vaudrait mieux que tu cogites un peu avant qu'on commence ton entrainement. Je te préviens, dès demain je vais t'en faire voir des vertes et des pas mûres jusqu'au jour de l'expédition. Le tout sera de voir jusqu'où t'es prêt à aller et t'en donner les moyens.
Eren ne répondit pas, il enregistra simplement l'information et se tourna vers l'horizon.
— Le capitaine Levi va te défoncer s'il te chope en train de fumer pendant le service, fit-il remarquer.
— Qu'il me défonce, répliqua Amos en haussant les épaules, j'ai besoin de me détendre un peu.
Et Hannibal s'en alla en allumant sa cigarette, laissant derrière lui un nuage puant qui monta jusqu'aux narines de Levi. Ce dernier foudroya le noble du regard avant de reporter son attention sur Eren, curieux de voir comment il allait réagir.
Ce dernier resta immobile un bon moment, et regarda sa main.
— « C'est bizarre, » songea-t-il tandis que sa vie défilait devant ses yeux, « j'ai l'impression de me réveiller d'un stupide rêve enfantin. Est-ce que je…? Est-ce que j'ai vraiment passé tout ce temps à regarder dans la mauvaise direction ? »
Il repensa à toutes les fois où il s'était déchaîné contre les titans, leurs promettants mille tourments et l'extermination complète, il repensa au livre d'Armin et au Monde extérieure qui l'attire tant. Il repensa au fait que les gens de Sina n'avaient pas le sens des priorités puisqu'ils craignaient de perdre leurs privilèges plus que de perdre contre les titans. Mais au final il était comme eux, il avait égoïstement choisi de privilégier sa haine et son rêve à ses camarades. Mina, Nack et Millius… ils étaient tous morts parce qu'il avait foncé tête baissée sans réfléchir, parce qu'il avait choisi la haine avant ses camarades.
— « Il y a une différence entre se battre pour la liberté de l'humanité et foncer tête baissée comme un dégénéré dans la gueule d'un titan. »
Eren renâcla de mépris envers lui-même, dès le début Amos l'avait cerné, il s'était enfoncé dans sa connerie et fait tuer les siens plutôt que de se battre pour les protéger. Il était vraiment un sale con.
— « Je vais te demander la même chose que j'ai demandé à Mikasa : tu t'apitoies sur ton sort, ou tu te bats jusqu'au bout pour honorer tous ceux qui sont morts et tous ceux qui mourront ? J'inclue ta mère là-dedans, t'as l'intention de rendre son décès insignifiant en te lamentant jusqu'à la fin de tes jours ? Ou est-ce que tu vas te relever, te défoncer et te battre corps et âme pour donner un sens à tous ceux qui sont morts pour permettre à l'Humanité de continuer d'avancer ? »
Eren repensa à sa mère, à son sourire, à tout l'amour qu'elle lui avait donné tandis qu'il passait son temps à s'énerver contre elle. Elle voulait juste le garder en sécurité, elle avait peur pour lui parce qu'elle l'aimait, et il avait craché à la face de cet amour pour suivre son instinct primal. Elle s'était faite dévorer pour qu'il survive, et en se jetant dans la gueule de ce titan, il avait bien failli rendre son sacrifice inutile. Sans son pouvoir, sans un énorme coup de chance… Il aurait abandonné Armin et Mikasa, il aurait réduit à néant tout ce qui faisait son existence, tout ce pour quoi il avait juré de se battre, tout ça par pur égoïsme.
Eren serra les poings, et se frappa le visage de toutes ses forces. Il ne s'arrêta pas là, il se déchaîna contre sa figure encore et encore, jusqu'à ce que Levi n'apparaisse pour lui saisir les poignets.
— Arrête, ordonna-t-il d'une voix ferme, tu vas finir par te transformer et dans ce cas il faudra que je te coupe les membres. Qu'est-ce qui te prend de te déglinguer la face comme ça ?
— Pardon capitaine, grogna Jaeger alors qu'un filet de sang coulait le long de son nez, je collais juste une raclée à un sale petit morveux… Dont j'aimerai me débarrasser pour de bon.
Ledit capitaine haussa un sourcil avant de relâcher son subordonné. Celui-ci releva la tête pour croiser le regard de son supérieur, lui permettant ainsi de constater le brasier qui brulait dans ses yeux.
— « Putain, » songea Levi légèrement impressionné, « Hannibal est diablement efficace. »
— Va te laver la figure, et va te changer les idées avant de faire tes corvées, ordonna-t-il simplement. Évite de trop t'amocher, t'en baveras bien assez demain quand ton réel entrainement commencera.
— Oui Capitaine, salua le jeune homme avant de prendre la direction d'une salle de bain.
Tout en marchant, il repensa au rêve de son ami. Un monde plus sûr où il pourrait voir ses enfants grandir en sécurité.
Une image similaire s'imposa dans son esprit, celui d'un monde où Armin et Mikasa n'auraient pas à se battre tous les jours dans le seul but de vivre une journée de plus, un monde où ils auraient tous l'opportunité de vieillir paisiblement en réalisant leurs rêves.
— « Ça semble être une excellente raison, » songea-t-il en souriant, « ça semble valoir le coup d'en prendre plein la face et de se battre jusqu'au bout. C'est pour ça que je dois me battre. »
Il entra dans une salle de bain pour essuyer le sang sur son visage déjà rafistolé, il se passa de l'eau dessus, avant de serrer les poings de détermination.
— Je me battrai, encore et encore, pour qu'ils puissent être libres. Je dois me battre…
Il fixa son propre reflet dans le miroir pendant quelques minutes, à répéter sa nouvelle promesse.
Demain marquera un tournant dans sa vie, demain il allait commencer à avancer dans la bonne direction, demain, il donnerait tout ce qu'il a.
(-)
Eren reçu un coup de poing d'une violence inouïe en pleine figure et s'étala sur l'herbe devant la base. Son corps était couvert d'ecchymoses et de plaies, son visage avait pratiquement doublé de volume.
— On continu ! lança-t-il en se relevant immédiatement pour se remettre en garde malgré son souffle rauque.
Amos le gratifia d'un sourire satisfait avant de l'imiter.
— Souviens-toi, dit-il alors qu'ils se tournaient autour, la rage va dans les poings, la tête doit rester froide. Tu dois analyser mes mouvements pour réagir en conséquences, sers-toi de tes émotions pour augmenter la force de tes coups, mais garde les sous contrôle ou elles se retourneront contre toi.
Eren regarda ses mains.
— Quel genre d'émotion je dois ressentir pour frapper le plus fort possible ?
— Très simple : pense à la mort de ta mère.
Jaeger se raidit sur place, ses yeux étincelèrent d'une rage pure.
— Garde ça sous contrôle je t'ai dit, réprimanda le noble, la rage dans les poings, la tête reste froide.
Eren prit une très grande inspiration, ses mains se mirent à trembler de haine et de colère tandis qu'il s'efforçait de ravaler son ressentiment.
— Viens je t'attends, provoqua Amos en souriant.
Et son camarade se jeta sur lui.
— La vache, commenta Oluo en les regardant assis sur l'escalier de l'entrée, le nobliau y va pas de main morte. Ça fait dix jours qu'il le tabasse tous les matins et le p'tit con en veut encore.
— Eren fait des progrès, nota Eld en buvant une lampée de thé, sa capacité de régénération lui permet d'encaisser et de se relever rapidement. Durant le premier jour il fonçait sans réfléchir à une stratégie. Maintenant il est plus mesuré et il se sert de sa tête. Extérioriser le matin lui permet d'avoir l'esprit plus clair lors de ses entrainements sous forme de titan.
— Là aussi il a fait de gros progrès, renchérit Petra en souriant, il n'a pas eu une seule perte de contrôle. Il se déplace correctement et il arrive à reproduire les mouvements qu'Amos lui apprend.
— Ses entrainements à la course étaient terrifiants, fit remarquer Gunther en déglutissant.
— Tu dis ça à cause de la vitesse à laquelle il a apprit à courir ou à cause d'Hanji ? demanda Eld.
En effet, la scientifique s'était extasiée devant la grâce avec laquelle le titan rebelle se déplaçait, et avait supplié Eren de la laisser monter sur son épaule pendant qu'il courait. Elle avait alors passé l'intégralité de la course à hurler de bonheur, mais elle avait hurlé si fort que le métamorphe avait été déstabilisé au point d'entrechoquer ses genoux et de se vautrer lamentablement sur le sol sous les regards consternés de l'escouade Levi. Ce qui n'avait pas du tout dérangé Hanji, elle avait trouvé l'attraction tellement amusante qu'elle voulait absolument s'y remettre. Malheureusement pour elle, Levi n'était pas du tout amusé par le nuage de poussière qu'Eren avait soulevé en s'étalant sur le sol, et avait instantanément mit fin au bonheur de la scientifique malgré ses protestations et ses larmes capricieuses dignes d'une enfant de huit ans à qui on avait confisqué la glace à la vanille.
Le capitaine regardait son nouveau subordonné en prendre plein la figure sous les coups du noble. Jusque là, il était satisfait par ses progrès autant en matière de transformation et de compétences au combat que de comportement. Il agissait en vrai soldat, pour le moment.
Mais qu'en sera-t-il de ses performances sur le terrain ? Comment réagira-t-il lorsqu'il verra ses camarades mourrir ? Gardera-t-il la tête froide, succombera-t-il à la haine ou paniquera-t-il de terreur ? Au jour d'aujourd'hui, c'était impossible à prévoir.
Pour ce qui était d'Amos, Levi était satisfait de l'avoir sous la main. Sa présence avait permis à Eren d'avancer considérablement en l'espace de seulement quelques jours, le métamorphe avait cessé de se plaindre ou de douter grâce à son influence, et n'avait pas subit la moindre perte de contrôle pendant son entrainement sous sa forme de titan.
Le noble avait un esprit très aiguisé et une bonne capacité d'analyse, il repérait et corrigeait chaque erreur effectuée par Eren. Dont son problème d'équilibre et sa façon de se battre quand il mesurait quinze mètres de haut. Il avait également eu l'idée d'entrainer l'escouade à affronter Eren pour le cas où ils auraient affaire avec un autre métamorphe. Et il développait des tactiques pour se battre à ses côtés qui étaient théoriquement intéressantes.
Les performances d'Amos lors des entrainements aux manoeuvres tridimensionnel ainsi que les dix-sept titans qu'il avait abattu à Trost auraient pu convaincre Levi de l'ajouter à son escouade… mais il était loin d'avoir entièrement confiance en lui, et Erwin prévoyait de l'avoir à ses côtés lors de l'expédition.
Celle-ci serait très révélatrice quant aux capacités et aux mentalités réelles des deux jeunes recrues, en théorie ils étaient tous les deux de sérieux atouts, mais c'est sur le champ de bataille que l'on découvrait ses véritables alliés.
Eren faisait tout ce qui était en son pouvoir pour ignorer les douleurs atroces qui irradiaient ses muscles, et continua d'attaquer Amos. Il déchaîna une avalanche de coups tous parés par le noble, avant d'écarter soudainement les bras de ce dernier pour lui mettre un coup de tête sur le front.
Quand ça arriva, il écarquilla les yeux de surprise.
— « Je… Je l'ai fait ! J'ai mis un coup à Amos ! Personne à part Annie et Mikasa n'avait jamais… »
Un coup de poing dévastateur en pleine mâchoire vint interrompre ses pensées, Eren s'écroula sur le sol et cracha deux incisives.
— T'as sincèrement cru que le combat était terminé après m'avoir mit un coup ? demanda le noble exaspéré. Il t'en a pas fallu beaucoup pour abandonner ta garde et perdre ta concentration.
Jaeger se redressa difficilement, et cracha un filet de sang sur le sol.
— Che refrai pas la même erreur, articula-t-il en découvrant l'énorme trou dans sa dentition.
— Bien, soupira le noble en abaissant les poings, ça ira pour ce matin. Il vaut mieux que tu reprennes des forces pour le déjeuner avant de passer à l'entrainement de l'aprem.
— Voui.
Amos fit passer le bras d'Eren autour de sa nuque, et l'aida à marcher jusqu'aux autres éclaireurs. Il le déposa sur une marche de l'escalier tandis que ses blessures fumaient.
— Tu ressembles à une chaudière humaine, fit remarquer le noble en gloussant.
Quelques sourires s'esquissèrent sur les visages des membres de l'escouade Levi, Eren fit un doigt d'honneur à son camarade.
— Va te faire, blarp, glapit-il en crachant la vapeur qui s'échappait de sa gencive.
Les éclaireurs éclatèrent de rire, faisant ainsi bouder le métamorphe.
— On ne fait que te taquiner Eren, rassura Petra en posant une main sur son épaule, tu as fais de très gros progrès ces derniers jours, tu peux être fier de toi.
Il rougit en entendant ce compliment et retrouva le sourire.
— Au fait, dit Gunther, ce soir c'est la cérémonie d'appel aux jeunes recrues. On se demandait s'il y en avait dans votre promotion qui voulaient rejoindre le Bataillon.
— Il y en a, acquiesça le natif de Shiganshina avant de baisser la tête, enfin il y en avait, maintenant je ne sais pas.
— Il y en aura au moins cinq qui nous rejoindront, affirma Amos en s'asseyant aux côtés de son camarade, pour les autres j'ai un doute.
— Lesquels nous rejoindront ? demanda Eren curieux.
— Mikasa et Armin pour commencer, énuméra le grand blond, ensuite Reiner, Ymir et Christa.
Le métamorphe ne savait pas quoi penser de ça, il était content que ses amis restent à ses côtés mais il ne voulait pas qu'ils risquent leurs vies.
— Seulement cinq, soupira Eld, et ils sont bons ?
— Mikasa et Reiner sont les deuxième et troisième de notre promo, Christa est sixième, Armin est très intelligent et Ymir est très forte bien qu'elle n'ait pas fait parti du top 10.
Il haussa les épaules.
— Avec un peu de chance, Bertholdt suivra Reiner, et il a fini quatrième. Pour les autres je ne sais pas vraiment. Sasha était terrorisée du début à la fin de la Bataille de Trost, je ne lui en voudrai pas si elle choisit d'intégrer les Brigades Spéciales. Connie a intégré le top 10 après la mort de Marco, mais je doute sincèrement qu'il ait envie de profiter de cette opportunité macabre pour rejoindre les brigadiers. Annie ira à Sina, ça c'est sûr à 100%. Et pour Jean…
Il se gratta pensivement le menton, à la surprise d'Eren.
— Peut-être que tout ce qui s'est passé récemment lui font reconsidérer les choses, soupira-t-il en haussant les épaules à nouveau, mais je n'en suis pas certain.
— Je serai très surpris si la face de cheval rejoignait le Bataillon, grogna Jaeger en passant sa langue sur ses incisives fraichement repoussées. Il remonterait énormément dans mon estime s'il le faisait.
— M'est avis qu'il s'en fout un peu de ton estime, sourit Amos en s'étirant.
Eren renâcla, mais changea de sujet.
— J'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne les ai pas vu, soupira-t-il.
— Moi aussi, admit le noble, j'ai hâte de revoir Christa.
Cet aveu attira l'attention du métamorphe, et un détail lui revint en mémoire.
— Tiens, oui. Je voulais te demander, comment ça se fait que toi et Christa vous connaissiez avant nos classes vu que t'es noble ?
— Ça Eren, ça ne te regarde pas, répondit simplement le grand blond en fixant son camarade dans les yeux, si Christa veut en parler ça la regarde, mais si elle ne veut pas, soit gentil de ne pas insister.
Jaeger était officiellement intrigué, mais se contenta de la réponse d'Hannibal pour le moment.
— Oï ! lança Levi en s'approchant d'eux. Si vous avez fini de récupérer vous avez des corvées à effectuer avant le déjeuner. Au travail.
— Oui capitaine.
(-)
Christa ne tenait pas en place.
Elle et ses camarades avaient officiellement rejoins le Bataillon d'Exploration la nuit dernière, et alors qu'ils visitaient leur nouvelle base d'opération sous la direction d'un officier, elle ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'oeil à droite et à gauche à la recherche d'une personne en particulier.
— Calme-toi princesse, lui dit Ymir en lui tapotant la tête, ton noble frangin finira par se montrer de lui-même.
— Je suis juste impatiente, répondit-elle en croisant les bras, il avait dit qu'il trouverait le moyen d'intégrer le Bataillon et il a tenu parole. Je veux juste…
— Lui dire à quel point tu es heureuse et fière de lui et blablabla, compléta la grande fille en soupirant, dans d'autres circonstances je serai morte de jalousie, tu sais ?
Christa rougit furieusement, avant de gratifier sa petite amie d'un sourire.
— Oh je sais, dit-elle d'un ton taquin, il m'a raconté la fois où il t'a donné la « discussion du grand frère ».
Ymir grinça les dents d'embarras en se souvenant de cet épisode, elle s'était promis ce jour-là de ne jamais devenir l'ennemie d'Amos.
— Il s'est passé quoi ? demanda Connie qui les écoutait.
Cette question attira l'attention du groupe sur la grande fille qui secoua la tête.
— Ça vous regarde pas, répliqua-t-elle d'un ton ferme tandis que sa petite amie gloussait.
Aux yeux d'Ymir, Amos était parfois encore pire que Mikasa quand il s'agissait de protéger Christa, c'était pas une si mauvaise chose mais c'était vraiment terrifiant.
— Hé les gars ! appela une voix qu'ils connaissaient tous.
L'orientale du groupe se figea sur place, et se retourna en haletant :
— Eren !
Elle écarquilla les yeux en apercevant son petit frère adoptif sur le dos d'Amos, visiblement exténué.
— Eren ! s'écria-t-elle en se précipitant à ses côtés. Tu vas bien ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
— C'est rien, s'empressa de répondre le métamorphe avec embarras tandis que le noble le laissait se remettre sur ses pieds, mon entrainement est juste éreintant.
— Ils ne t'ont pas fait de choses horribles ? questionna Mikasa morte d'inquiétude. Est-ce qu'ils ont examinés ton corps sous toutes les coutures ? Est-ce que tu as subis des tortures psychologiques ?
Le grand blond se retenait de toutes ses forces d'éclater de rire, sa rivale était adorable quand elle s'inquiétait.
— Non, répondit Eren en rougissant face au comportement de son amie, rien de tout ça.
Le regard de la jeune fille s'assombrit soudainement, et elle marmonna entre ses dents :
— Ce gnome s'est un peu trop lâché au tribunal, un de ces jours je lui ferai payer très cher.
— « Houla, c'est ce que je craignais. »
— Du calme Mikasa, soupira Amos en posant une main sur son épaule pour lui murmurer à l'oreille : il est comme toi.
L'orientale se paralysa sur place, et grimaça de dégoût.
— Tu te moques de moi ?
— Pas du tout, attends d'avoir quelques années d'expérience sous la ceinture avant de mettre ton plan à exécution, à l'heure actuelle il est beaucoup plus fort que toi.
Mikasa serra les dents, et renâcla de colère.
— Attendez une minute, vous parlez du Capitaine Levi ? s'étonna Eren. Mikasa, ce qu'il a fait au tribunal était nécessaire, et puis comparé aux coups qu'Amos me colle tous les matins, il m'a ménagé.
L'orientale tourna immédiatement un regard meurtrier en direction du noble qui leva les yeux au ciel.
— Pas une seule fois tu ne t'es plains… grogna-t-il exaspéré. Mais dès que Mikasa est dans le coin tu peux pas t'empêcher de couiner.
— Je ne couine pas ! se défendit Jaeger vexé, avant de remarquer le regard effroyable que son amie jetait au grand blond.
Celui-ci haussa un sourcil, avant de laisser la prédation s'emparer de ses yeux d'émeraude.
— Tu as quelque chose à me dire ? demanda-t-il avec un sourire terrifiant.
— H… Hé, bredouilla Armin en tentant de s'interposer, calmez-vous tous les deux.
— Vous êtes super flippants, ajouta Eren un peu décontenancé par la violence de leurs regards.
Amos esquissa un grand sourire qui agaça considérablement l'orientale, avant qu'une petite tête blonde ne bouscule Armin pour se jeter dans les bras du grand blond.
— Salut toi, dit ce dernier en serrant sa soeur contre lui.
— Tu m'as manqué, répondit Christa en enfonçant son visage dans sa chemise.
— Yo ! lança Connie. Amos, Eren !
— Ça fait un bail, renchérit Sasha.
Les deux jeunes éclaireurs étaient aussi surpris l'un que l'autre, ils ne s'attendaient pas à ce que tant de leurs camarades finissent par les rejoindre.
— Vous êtes tous ensemble ? s'étonna le natif de Shiganshina. Vous avez tous rejoins les rangs du Bataillon ?
— Tu vois une autre explication ? sourit Connie.
— Alors il n'y a que Jean et Annie qui ont rejoins les Brigades Spéciales ?
Amos remarqua alors le cadet qui s'approchait dans le dos d'Eren, et s'autorisa un sourire de satisfaction.
— « Ils sont tous là, tous sauf Annie. »
— C'est pas vrai, lâcha Jaeger sous le choc en apercevant Kirstein, toi aussi ?
— Marco est mort, annonça-t-il sobrement.
Eren se figea sur place, avant de baisser la tête.
— Je sais.
Si Jean était surpris, il ne le montra pas.
— Visiblement tout le monde ne peut pas faire de sortie théâtrales, on ne sait même pas comment il est mort. Il est mort dans son coin sans que personne ne le voie.
Eren se sentait plus bas que terre à l'heure actuelle, il avait perdu un autre camarade, et il ne l'avait su que bien plus tard, quand Amos le lui avait dit.
— On devrait se trouver un coin tranquille où causer, suggéra le noble, on a pas mal de choses à se dire.
Et c'est ce qu'ils firent, sans un mot, ils rejoignirent un hangar à proximité au sein duquel ils pourraient discuter sans être dérangé.
— Alors, déclara le grand blond en s'adossant contre une caisse, videz votre sac si vous avez des choses à dire.
— Dis Eren, commença immédiatement Jean, il parait que quand tu t'es changé en titan tu aurais tenté de tuer Mikasa. Qu'est-ce que ça veut dire au juste ?
Jaeger serra les dents, il s'était attendu à cette question.
— C'est faux, s'empressa de réfuter la jeune fille, Eren a essayé de taper une mouche.
Amos se frappa le front en lâchant un grognement exaspéré.
— Tu empires les choses, l'informa-t-il sobrement tandis qu'elle le fusillait du regard.
— Mikasa, reprit Jean, ta plaie à la joue à l'air sacrément profonde, tu t'es fais ça quand ?
L'orientale tenta de cacher sa cicatrice derrière ses cheveux, mais c'était déjà trop tard.
Eren regarda la blessure qu'il avait infligé à son amie de toujours avec le coeur lourd comme du plomb.
— Apparemment c'est vrai, admit-il finalement, quand je me suis transformé j'ai essayé de tuer Mikasa.
— Apparement ? Tu ne t'en souviens pas ? Tu ignorais l'existence de ta force de titan jusque là, et donc tu n'as pas moyen de la maitriser ?
Cette fois, Eren secoua la tête avec davantage de conviction.
— Non, je n'ai pas souvenir de mes premières transformations. Ce n'est que quand j'ai commencé à m'entrainer depuis que j'ai rejoins le Bataillon que je n'ai plus eu de problème de contrôle ou de mémoire. C'est difficile, mais mon plus gros souci actuel c'est de réussir à ne pas me fatiguer trop vite quand je m'exerce sous ma forme de titan. Je ne perdrai plus jamais le contrôle, j'en fais le serment.
Jean était un peu rassuré d'entendre cela, mais il se garda bien de le montrer.
— Tu confirmes tout ça, Amos ?
Le grand blond haussa les épaules.
— Eren se défonce du matin au soir pour maitriser pleinement ses pouvoirs et devenir le meilleur combattant possible. Je peux affirmer aujourd'hui qu'il est bien plus fiable et efficace qu'il ne l'était à Trost. Il a encore du chemin à faire, mais tu le connais, il n'est pas du genre à reculer ou a revenir sur sa parole.
Les paroles du noble réchauffèrent le coeur de Jaeger malgré l'anxiété qui commençait à l'envahir. Il était bon de voir que quelqu'un croyait en lui.
Jean n'était pas convaincu cependant.
— Et est-ce que t'as bien conscience du fait que nos vies dépendent de toi à l'heure actuelle ? Qu'on pourrait très bien mourir comme Marco sans que tu t'en rendes compte avant qu'il soit trop tard ?
— Jean ! s'exclama Mikasa prête à voler à la rescousse d'Eren, mais ce dernier l'arrêta d'un geste.
— Arrête, il a le droit de me demander des comptes.
L'orientale voulut ajouter quelque chose, mais elle finit par se renfrogner sous le regard du jeune homme.
— Jean, reprit Eren en faisant un pas en avant, qu'est-ce que tu attends de moi ?
Kirstein le regarda pendant quelques secondes histoire de le jauger avant de répondre :
— Je veux savoir pourquoi on se bat, je veux savoir à quoi vont servir nos vies, on doit tous le savoir pour éviter d'hésiter dans les moments cruciaux.
— Tu t'adresses à la mauvaise personne dans ce cas, fit remarquer Amos, ce n'est pas à Eren qu'il faut demander ça, mais au Major Erwin.
— Peut-être, acquiesça Kirstein, mais j'attends tout de même quelque chose d'Eren. Je veux savoir s'il vaut la peine qu'on sacrifie nos vies pour lui.
— Je n'en vaut pas la peine, déclara brutalement Jaeger.
Les recrues du Bataillon écarquillèrent les yeux en l'entendant, même Jean semblait un peu décontenancé par sa réponse. Amos en revanche, était curieux d'entendre ce qu'il avait à dire.
— Personne ne devrait avoir à donner sa vie pour moi, développa le natif de Shiganshina, ce n'est pas ce que je veux, et ça ne le sera jamais. Ce n'est pas parce que je peux me transformer en titan, parce que j'ai une capacité hors du commun, que je vaux soudainement des centaines de vies. Aucune vie ne vaut moins que la mienne.
Il se tourna vers Mikasa qui était déconcertée par ses paroles.
— Aucune, insista-t-il en la regardant dans les yeux avant de revenir vers Kirstein.
— Tout ce que je peux faire, Jean, c'est te promettre que je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour gagner cette foutue guerre. Les morts de nos camarades, passé et futur, la mort de Marco, je les porterai tous.
Il se frappa le coeur du plat de la main.
— Je porterai tous leurs espoirs, je défendrai ce qu'ils chérissaient, pour chacun d'entre eux je ferai un pas en avant, et je ne m'arrêterai que lorsqu'on aura gagné, que lorsque les sacrifices de tous nos camarades en auront véritablement values la peine. Je me battrai jusqu'au bout, pour Marco et pour chacun d'entre vous ! Ça, j'en fais le serment !
Un silence de cathédrale fit écho à ces paroles, les recrues fixèrent leur camarade aux pupilles emplie de passion et à la respiration haletante. Jean prit Eren par les épaules, et le regarda droit dans les yeux.
— On compte vraiment sur toi, putain. Nous lâche pas.
— Je vous lâcherai jamais, je le jure.
Armin était époustouflé par le discours emplie de maturité qu'avait prononcé son meilleur ami, il jeta un coup d'oeil vers son ami noble qui souriait de satisfaction.
— « Qu'est-ce que tu lui a dit, qu'est-ce que tu lui a fais pour le faire grandir si vite ? » se demanda le petit blond. « Est-ce que tu as fais comme Pixis l'a fait avec ses hommes ? En pressant les bons boutons ? Est-ce que c'est comme ça qu'un leader doit agir ? »
Hannibal était très satisfait par le discours de son camarade. Il ne parlait plus par vengeance, il prenait ses responsabilités, et se concentrait sur ce qui importait le plus. Il avait bien grandi.
— Amos ? interpella Ymir depuis la caisse sur laquelle elle était assise et attirant ainsi toute l'attention sur eux.
— Oui ?
— Tu peux me regarder dans les yeux et me dire que tu lui fais confiance à 100% pour la suite ?
Le noble roula des yeux exaspérés.
— Je ne fais jamais autant confiance à qui que ce soit, l'informa-t-il sobrement à la surprise des autres cadets, et ce serai même incroyablement stupide de faire un truc pareil. Tout ne dépend pas que de lui, loin de là. C'est un atout considérable c'est sûr, mais il faut également que les officiers qui lui donneront ordres et instructions soient compétents, et que les gens qui l'entourent fassent correctement leur boulot. En somme, même si Eren aura un rôle important à jouer étant donné sa condition, on doit tous faire notre part si on veut avoir une chance. Donc non, je n'ai pas confiance à 100% en Eren -sans vouloir te vexer-, en revanche, je suis certains qu'il tiendra parole.
La grande fille se contenta de cette réponse et acquiesça, Jaeger aussi sembla s'en satisfaire.
— D'ailleurs, lança Reiner avec hésitation, tant qu'on y est, Amos, es-tu vraiment un membre de la famille royale ?
Le concerné roula les yeux devant la multitude de regards curieux à son égard.
— Crois-moi Reiner, quand je te dis qu'être le cousin du Roi n'a rien de glorieux.
— Si ça c'est pas vrai, renchérit Eren d'une voix sombre, j'ai encore du mal à croire que tu sois apparenté à ce sale petit con.
Les recrues échangèrent des regards interrogateurs.
— Au moins tu l'as bien remit à sa place, dit le natif de Shiganshina en esquissant un sourire sadique, c'était putain de jouissif de le voir se pisser dessus.
Cette fois tout le monde écarquilla les yeux et ouvrit la bouche d'un air béas, sauf Christa qui connaissait son frère mieux que quiconque et savait que personne ne lui marchait sur les pieds.
— Amos ? demanda Armin avec hésitation. Qu'est-ce que tu as fais ?
Le sourire d'Eren s'élargit, tandis que le concerné se pinça les coins des yeux.
— Il l'a chopé par la graisse et l'a menacé de lui en arracher vingt kilos s'il fermait pas sa gueule.
Amos laissa échapper un grognement consterné tandis que ses camarades le regardait comme s'il venait de lui pousser une deuxième tête.
— T-t-t-t-t'as fais quoi ? lâcha Sasha sous le choc.
— Oh la vache, siffla Connie impressionné.
Bertholdt et Reiner échangèrent un regard songeur.
— Qu'est-ce qu'il a dit pour que tu sortes de tes gonds comme ça ? demanda Christa un peu étonnée.
Hannibal grimaça de dégout et serra les dents.
— Il a insulté Maman, cracha-t-il avec rage, personne n'insulte Maman.
La petite blonde écarquilla les yeux, avant de serrer les poings à son tour.
— Il a aussi dit des choses dégueulasses sur Mikasa, ajouta Eren en contorsionnant son visage de colère, franchement j'étais presque déçu que tu lui fasses pas bouffer sa graisse.
L'orientale haussa un sourcil, mais manqua de sourire en constatant la façon dont son frère adoptif la défendait.
— T'as pas peur que ça ait des conséquences pour nous ? demanda Jean légèrement inquiet. Je veux dire, il pourrait nous mettre des bâtons dans les roues en guise de représailles.
Le noble secoua la tête.
— Il n'a aucun réel pouvoir, c'est mon grand-père qui contrôle tout. Et s'il y a bien une chose qu'il ne me reprochera jamais c'est de discipliner ce petit con, expliqua-t-il. Il a toujours été affreusement déçu par Philippe et par ma tante pour l'avoir si mal éduqué, c'est probablement la seule de mes actions qui l'a ravi ce jour-là.
— Tu sais Amos, reprit le natif de Shiganshina, tu devrais prendre le pouvoir à la place de cette petite merde, je t'y aiderai si tu veux.
Hannibal éclata d'un rire bref en l'entendant.
— Alors primo ça marche pas comme ça, il me faudrai beaucoup plus qu'une couronne pour devenir Roi. Secondo c'est un boulot de con, t'es bien gentil mais je n'en suis pas un. Tersio, je n'ai aucune prétention au trône. Je ne suis pas de sang de royal, je ne suis que le cousin du souverain.
Eren soupira de défaitisme.
— Tu ferais quand même un meilleur souverain que ce trou du cul.
— Mon cheval ferait un meilleur souverain que ce crevard, lâcha le grand blond en roulant des yeux sous les éclats de rire de leurs camarades.
— Du coup est-ce que ça veut dire que tu vas financer le Bataillon ou un truc du genre ? demanda Connie.
— Est-ce que tu peux ajouter de la viande à nos menus ? supplia Sasha pleine d'espoir.
— Non, répondit Amos avec défaitisme, mes privilèges de noble sont suspendus tant que je serai éclaireur. Pour les récupérer il faudrait que je démissionne, ou que je me fiance.
Ses camarades n'en crurent pas leurs oreilles.
— Que tu… quoi ?
— Mais quel rapport ?
— Pourquoi ?
Christa, Ymir, Sasha et Mikasa fixaient le grand blond avec pitié pour certaines et horreur pour d'autres.
— C'est le devoir d'un héritier, expliqua le jeune homme avec un triste sourire, épouser une jeune fille de bonne naissance pour garantir le futur de la Maison à travers une alliance bénéfique. Dites-vous bien qu'il faudra sans doute que je m'y plie, pour le cas où le Bataillon aura besoin du soutien de la famille Hannibal.
— C'est dégueulasse, lâcha Christa écoeurée, comment peut-il te traiter comme un étalon ?
— C'est ignoble, renchérit Eren, pourquoi ? Qu'est-ce qu'il espère ?
— Créer une longue dynastie, dit Amos en haussant les épaules, mon grand-père pense que si je dois succomber à mes lubies au-delà des murs, il faut au moins que j'assure sa descendance.
Mikasa sentit soudainement un frisson d'horreur parcourir son échine, elle se tourna vers son rival.
— Cette fille au tribunal, la fille du gros noble. Qu'est-ce que tu as fais avec elle ?
— Oh putain, grimaça le jeune homme, tu ne veux pas le savoir.
— Je veux le savoir, gronda l'orientale. Putain Amos, qu'est-ce que tu as fais pour qu'elle se range de ton côté pendant le procès ?
Le noble était un peu étonné d'entendre la jeune fille jurer, mais ça ne lui importait pas vraiment.
— Je l'ai baisé, finit-il par avouer dans un soupir exaspéré, pour elle c'était une opportunité en or de tomber enceinte de mon enfant afin de devenir la prochaine Lady Hannibal. Mais j'ai assaisonné son thé avec un contraceptif, c'est grâce à ça que son père ne s'est pas retourné contre Eren pendant son procès.
Ce dernier ouvrit la bouche horrifié, tandis que le visage de Mikasa se contorsionnait d'un dégoût indescriptible.
— Tu t'es prostitué pour mettre ce gros porc dans ta poche, réalisa l'orientale écoeurée.
Le noble ouvrit la bouche pour protester avant de prendre une seconde pour réfléchir.
— On peut dire ça, admit-il en soupirant à nouveau.
— Amos ! s'écria Christa en le saisissant par la chemise pendant que les recrues le regardaient avec des expressions estomaquées. Comment tu as pu faire une chose pareille ?!
— Ça suffit, gronda le jeune homme en choquant sa soeur par son ton agressif, si je n'avais pas fait ça mon grand-père se serait jeté sur ce prétexte pour exécuter Eren et Mikasa.
Les concernés écarquillèrent les yeux.
— C'est le genre de sacrifice que je dois me résoudre à faire, ajouta-t-il finalement, vous êtes tous prêts à sacrifier vos vies, à côté de ça ma dignité n'est pas un prix très élevé à payer.
Personne n'eut quoi que ce soit à répondre à ça, ils regardaient leur camarade avec des expressions hagardes et désolés. Armin, Jean et Ymir étaient impressionnés par sa résolution, Christa et Eren étaient écoeurés par ce qu'il avait été forcé de faire, Mikasa… était furieuse.
— Ça suffit maintenant, répéta le grand blond fatigué, on ne parlera plus jamais de ça. Sachez simplement que je le referai si nécessaire, et ça ne m'amuse pas du tout.
Sur ces mots, il prit la direction de la salle de bain la plus proche pour se passer de l'eau sur le visage, ses amis ne purent que le regarder partir.
— C'est immonde, lâcha finalement Eren rouge de colère, personne ne devrait avoir à faire ça. Lui encore moins… Pourquoi ?
— Fous-lui la paix, répliqua Ymir exaspérée, tu l'as entendu, il a fait ça pour vous protéger Mikasa et toi. Il a estimé que vos vies valaient plus que ça, c'est tout. Respecte son choix.
Un frisson de réalisation parcouru le dos de Christa.
— Qu'est-ce qu'il a fait… qu'est-ce qu'il a dû faire pour me protéger ?
La grande fille passa un bras réconfortant autour des épaules de sa petite amie.
— Tu sais qu'il ferait n'importe quoi pour toi, princesse. Ça a toujours été son choix.
La petite blonde ne put rien faire d'autre que pleurer à ces paroles, et réfugia son visage dans la chemise de son amante qui la serra dans ses bras.
Il s'écoula un instant de silence pesant, avant que l'orientale ne décide de suivre le noble d'un pas déterminé.
— Mikasa ! appela Armin.
Mais elle l'ignora royalement, et partie à la poursuite d'Amos les poings serrés et le regard de jais furieux.
(-)
Hannibal se passa rapidement de l'eau sur la figure, après quoi il se dégotta un petit coin tranquille où il pourrait fumer sans que Levi ne lui tombe dessus. Il s'adossa derrière le QG, et alluma une cigarette. Une vague de chaleur l'envahit, et il laissa la fumée lui lécher les lèvres.
— « Je doute qu'ils arrivent un jour à comprendre comment fonctionne la politique et le monde des nobles, » soupira-t-il intérieurement en tirant une autre bouffée, « mais s'ils s'excitent pour si peu, j'ose même pas imaginer comment ils réagiraient s'ils apprenaient… »
Il fut arraché à ses pensées lorsque Mikasa fit connaitre sa présence en se plantant à un mètre de lui, Amos haussa un sourcil en remarquant son regard, avant de soupirer :
— Laisse-moi tranquille, je n'ai pas envie de te parler.
Il ne vit jamais venir la gifle qu'elle lui colla.
Hannibal fut pris de cours par la violence du coup, sa cigarette s'en alla tournoyer dans un buisson aux alentours.
Le grand blond regarda l'orientale avec des yeux surpris.
— Est-ce que tu viens de me gifler ? gronda-t-il outré.
Le poing de la jeune fille fut sa seule réponse, mais cette fois il était prêt, et l'esquiva. Le mur derrière ne tint pas la force de l'impact.
— Qu'est-ce qui te prend ?! lâcha le noble effaré par la puissance de l'attaque. « Il faut que je dégage d'ici avant qu'elle ne m'écrase contre le QG. »
Il effectua un plongeon pour éviter le coup de pied circulaire de l'orientale avant de rouler dans l'herbe pour se remettre sur ses pieds. Mais Mikasa était déjà sur lui, déchaînant une série d'attaques à la suite.
Amos en esquiva six avant de saisir la jeune fille par le poignet pour la faire passer par dessus son épaule, il n'attendit pas qu'elle atterrisse pour se jeter sur elle et l'enfermer dans une prise.
— « Oh bordel ! » songea-t-il en la sentant lutter. « Elle est complètement déchaînée ! Si je ne l'assomme pas très rapidement elle va me mettre en pièces ! »
Soudain, elle cessa de se débattre, et se releva, avec le noble toujours sur le dos.
— Oh génial, grommela-t-il avant d'être saisit par les cheveux et balancé comme un sac sur le sol.
Il roula sur quelques mètres avant de reprendre ses appuis et de revenir sur ses pieds, l'orientale le toisait d'un regard furieux.
— « D'accord, » pensa-t-il en laissant la prédation le posséder, « aucune place à la négociation ici. Il ne reste donc qu'une seule solution. »
Le temps sembla ralentir alors qu'Amos se remettait en garde, le souffle lent et les paupières plissées.
— « Situation critique, la concentration et la prédation doivent être à leur maximum, aucune pitié. »
Son imagination prit la relève, et simula le combat qui allait suivre.
— « D'abord, la désorienter, » songea-t-il en parant un coup de poing avant d'abattre ses paumes sur chaque oreille, « puis l'aveugler avant de battre en retraite. »
Il pressa ses pouces sur chacun de ses yeux, avant d'effectuer un bon en arrière pour éviter qu'elle ne le frappe à l'estomac.
— « Le taureau blessé fera danser ses cornes, il faut en couper une. »
Mikasa tenta de l'atteindre d'un coup de pied circulaire, mais il se baissa et saisit le genou de son autre jambe à pleine main pour y effectuer une pression surpuissante qui lui fit perdre l'équilibre.
— « Préparer le terrain pour le coup final », songea-t-il en se redressant brutalement pour percuter le menton de la jeune fille avec le sommet de son crâne. « Affaiblir la proie. »
Il frappa les nerfs de son cou avec précision, avant de reculer d'un pas, et d'armer sa dernière attaque.
— Abattre la bête.
Amos se projeta en avant et déplia sa jambe pour fracasser le menton de Mikasa d'un coup de talon retourné dévastateur. L'orientale décrivit un arc de cercle dans les airs avant de s'étaler sur le sol. Hannibal essuya le léger filet de sang qui avait coulé le long de son nez.
— Voilà, soupira-t-il en s'asseyant à ses côtés pour sortir une autre cigarette, j'espère qu'à ton réveil tu me donneras une explication.
Il se prit un coup de poing surpuissant en pleine figure avant même d'avoir pu visser sa clope sur ses lèvres. Sa tête heurta l'herbe avec violence alors que des chandelles dansaient devant ses yeux.
Mikasa se jeta sur lui instantanément pour le plaquer au sol, et arma une nouvelle attaque.
Amos réagit juste à temps, et envoya ses poings s'écraser contre la poitrine de la jeune fille qui poussa un cri de douleur, avant d'être saisie par les cheveux et renversée par terre. Hannibal dégaina une dague de sa botte et la plaqua contre sa gorge.
— Ça suffit ! rugit-il furieux alors que du sang coulait désormais en abondance de son nez et de sa lèvre fendue. Arrête !
Son hémoglobine dégoulina de son visage jusqu'à tomber à grosses gouttes sur la figure de la jeune fille, qui le fixait avec des yeux larmoyants.
Cette vision le décontenança, il retira sa lame et fronça les sourcils.
— « Pourquoi…? Pourquoi est-ce que tu pleures ? »
Amos finit par la relâcher, et rangea son couteau. L'orientale se redressa, s'assit à ses côtés et cacha son visage derrière son écharpe.
Le noble poussa un profond soupir, avant de plonger la main dans la poche intérieur de sa veste.
— Tu comptes encore me frapper ou je peux enfin fumer tranquillement ? ironisa-t-il.
Le regard froid de la jeune fille fut sa seule réponse.
Tandis qu'il allumait sa troisième cigarette, il repensa au combat qu'ils venaient de se livrer.
— « Putain, et dire que je croyais pouvoir tenir encore quelques mois sans me résoudre à tricher pour la battre. Elle est devenue beaucoup trop forte, la Bataille de Trost a dû considérablement l'endurcir. »
— Et si tu m'expliquais ce que j'ai fais pour mériter ta fureur ?
Mikasa resserra ses genoux contre sa poitrine meurtrie, et essuya le sang d'Amos de son visage.
— Ce que tu as fais était répugnant.
Il roula des yeux.
— C'est parce que j'ai fais ça qu'Eren et toi n'avez pas fini fusillés, répliqua-t-il sans la regarder, et ne pense même pas à regretter d'avoir sauvé tous ces gens à Trost. Franchement, je ne comprends pourquoi tu en fais tout un plat.
La jeune fille serra les poings.
— Tu t'es prostitué, cracha-t-elle furieuse, tu es prêt à le refaire encore, combien de fois tu as fais ça ?
Amos se paralysa sur place, un cri d'horreur noyé dans un torrent de larmes résonna dans sa cervelle.
— « Pitié ! Arrêtez ! »
Il haleta brutalement, attirant l'attention de la jeune fille.
— Amos ?
— Je le referai s'il le faut, lâcha-t-il après avoir ravalé ses émotions, tu as raison quand tu dis que c'est répugnant. Mais on doit tous faire des sacrifices si on veut avancer. Ce n'est qu'un moyen parmi d'autres, et ça vaut mieux que de se faire bouffer ou fusiller. C'est juste… un moyen comme un autre.
Mikasa le foudroya du regard, avec une telle colère que le jeune homme faillit frissonner.
— Pourquoi tu as aussi peu d'estime de toi ?
Amos ne s'attendait tellement pas à cette question qu'il s'étouffa avec sa fumée et essuya une quinte de toux.
— Qu'est-ce que tu racontes ? s'étrangla-t-il en s'éclaircissant la gorge.
Mikasa remonta son écharpe sur son nez, avant de répondre :
— Tu ne prends pas soin de toi, tu traites ta propre personne comme un genre d'arme ou d'outil.
Hannibal haussa un sourcil consterné.
— D'où est-ce que tu sors ça ?
— Tu te traites de connard, continua-t-elle en l'ignorant, tu considères des choses aussi importantes que ton mariage comme un cruelle nécessité. Tu calcules absolument tout pour faire le choix le plus pragmatique possible, et ce peu importe les choses horribles que tu t'infliges.
Amos l'observa calmement et retraça chaque fait qu'elle avait énoncé un par un, avant d'hausser les épaules.
— J'ai simplement le sens du devoir.
— Tu fais beaucoup de mal à ceux qui t'entourent, répliqua Mikasa au quart de tour. Christa était dévastée en ne faisant qu'imaginer les sacrifices que tu as fais pour elle.
— Si je n'avais pas fais ces sacrifices ç'aurait été bien pire pour elle, répliqua Amos qui commençait à s'agacer de cette conversation. Je ne vois pas où est-ce que tu veux en venir.
L'orientale le gratifia d'un regard assassin.
— C'est toi qui m'a appris la valeur de l'estime de soi, gronda-t-elle ulcérée, mais tu en as si peu que tu es allé jusqu'à manquer de te suicider sous les yeux de ta mère.
Amos se figea sur place, et foudroya la jeune fille du regard.
— Je t'interdis de te servir d'elle, vociféra-t-il.
Elle l'ignora.
— La cicatrice sur ton cou a l'air profonde, donc je suppose que tu y es allé franchement pour faire céder ton grand-père. À ton avis, qu'a-t-elle ressentit quand son petit garçon à plaqué sur lame sur sa propre gorge ?
— Mais ferme-là ! rugit le noble. J'avais huit ans ! Je ne connaissais pas encore Christa, je n'avais personne d'autre qu'elle ! Et tu crois qu'elle ne me l'a pas dit elle-même ?!
Amos haleta le temps de reprendre le contrôle, avant de pousser un grognement.
— Je n'aurais jamais dû te parler d'elle, gronda-t-il furieux, quand je pense que je t'ai laissé garder sa robe…
Mikasa écarquilla les yeux, une nouvelle larme coula le long de sa joue.
— J'essaye… J'essaye juste de te montrer que tu importes. Qu'il y a des gens qui tiennent à toi…
Amos n'en cru pas ses oreilles.
— Attends, quoi ? Et c'est en me frappant que tu voulais me montrer ça ?
Elle secoua la tête.
— Non… Je voulais que tu te défendes, que tu te protèges…
— Hein ?
Là c'était officiel, il ne comprenait plus rien. C'était tellement illogique.
— Tu es très égoïste, tu sais ? reprit-elle calmement. Tu prends les décisions que tu juges être les meilleures sans prendre en compte les émotions des autres.
Ça en revanche il savait que c'était vrai, son échec avec son escouade à Trost avait été éloquent à ce sujet.
— Quelqu'un doit prendre ces décisions, répondit-il en écrasant sa cigarette, tu vas vite t'en rendre compte lors de l'expédition. C'est le destin des gens les plus compétents, ceux qui sont prêts à tout pour gagner. Abandonner leur Humanité pour prendre les décisions les plus difficiles et garantir la victoire. C'est un prix à payer dérisoire comparé aux vies qui doivent être sacrifiées pour accomplir cette tâche. Se fier à ses émotions lors d'une mission revient à courir à la catastrophe.
Mikasa renâcla, mais n'ajouta rien et garda son visage caché derrière son écharpe. Amos se releva, massa la partie de son visage enflée et s'étira.
— Dis-toi bien que c'est parce que je prends ce genre de décision qu'Eren et toi êtes encore en vie, que Christa est encore en vie, que je suis encore en vie. Alors regarde-moi dans les yeux, et dis-moi que ça n'en valait pas le coup.
Elle refusa de lever la tête, au lieu de cela elle se renfrogna sur elle-même. Elle savait qu'au fond il avait raison, mais la façon qu'il avait de présenter les choses la frustrait.
— Pourquoi tu ne peux pas prendre soin de toi ? demanda-t-elle dans un souffle. À chaque fois… À chaque fois que tu fais ça… tu te ronges de l'intérieur… Tu te détruis petit à petit et tu l'acceptes si facilement…
— Pourquoi tu ne te mêles pas de tes affaires ? gronda le jeune homme irrité.
L'orientale était en train d'aller beaucoup trop loin à son goût, il avait horreur qu'on le psychanalyse, horreur qu'on remette ses choix en question, horreur qu'on s'immisce dans sa tête.
— « Comment est-ce qu'elle arrive à voir tout ça ?! » songea-t-il effaré.
— Ça suffit, décida-t-il finalement en se levant, je n'ai pas à me justifier. Encore moins envers toi, je ne suis pas Eren. Ce que je fais et ce que je décide ne te concernent pas. Et tu n'es franchement pas bien placée pour me faire la leçon étant donné les sacrifices que tu es prête à faire pour protéger Eren. Fin de la discussion.
Il partit sans se retourner, laissant la jeune fille seule. Cette dernière resserra son étreinte autour de ses genoux, et laissa échapper une autre larme.
— « Pourquoi est-ce que je me suis excusé ?! » gronda intérieurement le noble en se remémorant la conversation qu'il avait eu avec l'orientale après avoir rechargé son gaz à Trost. « J'aurais dû fermer ma putain de gueule et ravaler mes foutus remords ! »
(-)
— Franchement t'aurais pu y aller moins fort.
Amos se paralysa dans sa course alors qu'il passait devant l'arbre sur lequel Ymir s'était adossée. Il poussa un profond soupir.
— Qu'est-ce que tu fous là ? demanda-t-il d'un ton las. Christa doit avoir besoin de toi à l'heure actuelle.
— Je lui ai dis ce que j'avais l'intention de faire, elle a accepté par pure inquiétude, répondit la grande fille en haussant les épaules avant de remarquer la face gonflée du jeune homme. Putain, Mikasa t'as pas loupé.
Le noble roula des yeux.
— C'est rien, ça aura dégonflé dans deux jours. Maintenant Ymir, je suis désolé de te dire ça mais je suis franchement pas d'humeur à causer. J'en ai bien assez dit jusque là.
— T'en as trop dis surtout, répliqua la grande fille, je crois que tu as blessé les sentiments de cette pauvre Mikasa. Elle essayait juste de te rendre la pareille, tu sais ?
— Je ne lui ai rien demandé, grogna le jeune homme dans un râle, et putain de merde Ymir, n'encourage pas ce genre de connerie.
— Quel genre de connerie ? s'esclaffa-t-elle. Ça te fait si peur que ça ?
Il fallu une très grande maitrise de soi au noble pour parvenir à ravaler la violente poussée d'émotion qui émergea dans sa poitrine. Mais oui, il avait peur.
— Arrête, demanda-t-il sincèrement, c'est le genre de truc que je peux plus me permettre. Sinon je vais faire une énorme connerie, le genre que tu veux pas que je fasse.
— Oh putain Amos, grogna-t-elle en secouant la tête, c'est toi qui m'a dit que je faisais partie de la famille. Faut bien que je te secoue un peu les puces vu que personne d'autre le fera pour toi. Elle a pas tort tu sais ? Faudrait que tu prennes un peu plus soin de toi.
Hannibal plongea son front dans sa main.
— Je ne peux pas, répondit-il fatigué de répéter la même chose, je perdrai mes objectifs de vue si je faisais ça. Ça pourrait avoir de terribles conséquences sur Christa… ou sur toi. Alors s'il te plait, arrête de me demander ça.
Ymir se mordit la lèvre, un peu décontenancée par ces paroles. Pour elle, rien n'avait plus d'importance que sa petite amie. Cependant, si Amos venait à craquer comme elle le craignait, elle n'osait imaginer les conséquences envers leur petite famille. Christa comptait énormément sur son grand frère, et elle aussi si elle était parfaitement honnête. S'il continuait comme ça…
Ymir expira dans un râle bruyant, elle ne savait pas quoi faire ou dire. Elle n'était pas une psychiatre, et son « beau-frère » était beaucoup trop complexe et malin pour elle.
— Tu fais chier, finit-elle par déclarer, on a besoin de toi, tu vas finir par éclater si tu continues comme ça. Autorise-toi un peu de joie, putain. Ton affection est plus importante que tes plans et tes complots.
— Mais mes plans et mes complots, comme tu dis, vous maintiennent en vie, mon affection n'en est que le moteur, du coup qu'est-ce qui est vraiment plus important ?
La grande fille grogna, bien sûr qu'il contrerait ses arguments.
— Ce que je veux dire, gronda-t-elle frustrée, c'est que ça sert absolument à rien de faire partie de la famille si tu sais pas en profiter.
Amos se paralysa sur place en entendant cela, et Ymir se permit un immense sourire en le remarquant. Elle avait réussi à percer la carapace d'ultracier de son « beau-frère », à ses yeux c'était un authentique exploit.
Le grand blond voulu répliquer, il voulu se justifier, mais absolument rien ne lui vint à l'esprit. Il se consola donc dans le fait que la grande fille avait cessé de parler de Mikasa, et poussa un profond soupir.
— T'es une chieuse, grogna-t-il dans un sourire avant d'ajouter : mais t'as pas tort.
Il porta son regard vers l'horizon pendant quelques secondes, avant de plonger sa main dans sa poche pour en sortir une petite boite.
— Tiens avant que j'oublie, Christa me l'avait demandé avant Trost.
Ymir observa l'objet avec méfiance, avant que le jeune homme ne l'ouvre pour découvrir la bague qu'il contenait.
— Je suis pas en train de te demander en mariage au cas où tu comprendrais pas, ironisa le grand blond, je t'accueille officiellement dans la famille.
La grande fille écarquilla les yeux, avant de découvrir que la chevalière en argent portait l'emblème de la chauve-souris, et que le nom d' « Ymir » était gravé à la base.
— Chaque membre de la famille Hannibal possède une telle bague, expliqua le noble en la saisissant pour l'insérer sur le quatrième doigt de la main gauche de sa « belle-soeur ». Comme tu n'as pas de nom de famille, je me suis dit que tu avais mérité le nôtre. Christa a un anneau similaire, mais c'est son vrai nom qui est gravé dessus.
Ymir haleta en fixant la chauve-souris argentée sur son doigt, ses yeux étaient écarquillés et son cerveau était en ébullition
— Bienvenue dans la famille, Ymir Hannibal, sourit le noble avec un clin d'oeil.
La grande fille releva la tête, les larmes aux yeux, Amos la prit dans ses bras.
— Maintenant occupes-toi de Christa, et pas de moi, veux-tu ?
Cette phrase lui valu un coup de poing dans les côtes.
— Comment tu fais pour être aussi intelligent et aussi con en même temps ? grogna-t-elle ulcérée malgré sa joie. On doit s'occuper les uns des autres si on veut que notre famille ait un sens. C'est comme ça que ça doit marcher si on veut que ça marche, espèce de trou du cul.
Amos lâcha un très profond soupir, mais se retint de répondre cette fois.
—« Pourquoi est-ce qu'il faut que deux nouveaux problèmes surgissent dès que j'en ai réglé un ? J'ai déjà décidé de me séparer de mes sentiments sur le champ de bataille et d'en profiter pleinement quand je n'y suis pas. Mais ce genre de sentiment, ils sont impossibles à ravaler dans le feu du combat, même pour moi. Si jamais l'une d'entre elles fait une connerie à cause de moi… Il ne faut pas qu'elles soient dans le même secteur que moi… Putain c'est déjà assez compliqué de les gérer, je ne peux pas laisser mon affection pour les autres prendre le dessus. »
— Vous m'emmerdez, finit-il par lâcher dans un râle, je vous adore, mais vous m'emmerdez. Je suis totalement paumé avec vos conneries.
— Bienvenue dans la famille, s'esclaffa Ymir entre ses larmes, rien n'a de sens mais on s'aime.
Amos laissa échapper un triste ricanement, les traits de son visage étaient totalement crispés de terreur.
— « À quoi ça sert que je sois aussi intelligent si je fais des trucs aussi cons ?! »
(-)
Amos se tenait aux côtés du Major Erwin tandis que la grande porte de Karanes était en train de s'ouvrir. Le jour était venu, la 57ème expédition des Bataillons d'Exploration était sur le point de débuter. Il avait dû ravaler tous ses sentiments pour ce moment, seule la prédation était présente sur son visage. Tout le reste, tout le reste ne devait pas importer. Surtout au vu des multiples conflits qui s'entrechoquaient dans son esprit. Mais cela ne faisait rien pour l'instant, seule la prédation importait pour la réussite de cette mission.
— En avant ! rugit Erwin alors que ses éclaireurs rugissaient en retour.
Le Bataillon d'Exploration s'élança dans le territoire du Mur Maria, prêt à livrer sa première bataille face à ses nouveaux ennemis.
