Chapitre XII : Les Vaincus
— AAAAAAMOOOOS !
Le possesseur du Titan Femelle enregistra immédiatement l'identité de sa victime ainsi que la propriétaire de la voix qui venait de hurler. Elle grinça des dents face à la cruelle désillusion qui lui heurta l'esprit. En effet, la blonde métamorphe aurait préféré capturer le noble plutôt que de l'abattre. Mais étant donné la situation périlleuse dans laquelle elle se trouvait cela ne lui importait pas. Christa ferait un bon substitut une fois qu'elle se sera emparée d'Eren. Sans se poser de question, elle s'extirpa de la nuque de son Titan avant de se mordre le pouce pour se métamorphoser une troisième fois. Malgré sa fatigue grandissante, le novice qu'était Eren serait une proie facile sans l'appui d'Amos.
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Ymir n'en crut pas ses yeux lorsqu'elle vit Amos se sacrifier pour Mikasa en se jetant sur elle. Elle s'arrêta dans son élan et contempla la scène d'un air béat.
— « Pourquoi ? Putain Amos... Pourquoi ? C'est de ça dont t'avais peur ? Tu savais... Et tu l'as quand même fait... »
La grande fille aux tâches de rousseur sentit ses yeux s'humidifier, ses mains se resserrèrent sur ses poignées au point de blanchir.
Le cri désespéré d'Historia la fit sortir de sa transe et elle reprit sa route dans le but de protéger sa petite amie.
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Mikasa écarquilla les yeux d'horreur en découvrant la figure résignée de son sauveur. Elle s'extirpa de son emprise protectrice avant de l'emporter sur une branche haute dans le but d'évaluer la gravité de ses blessures. Ce qu'elle vit lui coupa le souffle, le grand blond avait deux épaisses traces de griffures sanguinolentes sur le dos. Sa tête basse et son absence de mouvement n'indiquaient rien de bon quant à la stabilité de son état de santé. Horrifiée, la métisse le saisit par les épaules et commença à le secouer doucement.
— Amos ? appela-t-elle à mi-voix tandis que ses yeux s'humidifiaient. Amos ? Je suis désolée... Je suis tellement désolée... Réveille-toi... S'il-te-plait...
— Ne le touche pas ! hurla Christa furieuse en se posant sur leur branche avant de gifler l'orientale d'un revers de main. Je t'interdis de le toucher !
Mikasa recula d'effroi en découvrant le visage aussi écoeurée qu'enragée de la plus petite fille de la 104ème brigade, celle-ci la foudroyait d'un regard empli de haine.
La blonde se tourna alors vers son frère et le prit délicatement dans ses bras.
— Grand frère ? pleura-t-elle dans son cou. Ne meurt pas... Pas comme ça... Pas ici... Je t'aime tellement... Ne me laisse pas toute seule... S'il te plait.
Mikasa sentit son coeur se déchirer en deux, et ses larmes coulèrent à grosses gouttes. C'était entièrement sa faute, elle avait foncé tête baissée sans se soucier des conséquences. Elle avait laissé son inquiétude pour Eren l'aveugler... Encore une fois... Et à cause de ça... À cause d'elle... Amos était mort en la protégeant. Elle...
— Arrête, grinça la voix du noble tandis qu'il posait une main sur l'épaule de sa soeur, arrête de me serrer... s'il te plait... Ça fait mal.
Mikasa haleta de soulagement lorsqu'elle vit le grand blond relever la tête en grimaçant, ce dernier laissa échapper un grognement et redressa son dos pour évaluer la gravité de ses blessures sous les regards ébahis des deux jeunes filles.
— Putain... la colonne vertébrale et les muscles dorsaux sont intacts... Mais j'ai dû perdre un peu de chair... Je me disais bien que j'avais repris du poids...
Sans prévenir, Historia se mit à marteler la poitrine de son frère avec frénésie, le faisant tressaillir.
— Espèce d'idiot ! pleurnicha-t-elle. Espèce de putain d'idiot ! Je croyais... Je croyais que tu...
— Hey, hey, hey, interrompit le noble en la saisissant par les joues et en posant son front contre le sien. Je t'ai promis que je ne te laisserai plus jamais seule, et tu sais que je tiens toujours mes promesses.
Historia hoqueta bruyamment, avant de retourner s'enfouir dans son cou. Malheureusement Amos dû la rappeler à la réalité, et ce même s'il n'aurait pas dit non à un câlin.
— Reste concentrée, le combat n'est pas encore terminé.
La petite blonde hocha la tête, avant d'essuyer ses larmes d'un revers de manche et d'aider son frère à se relever en passant un bras par-dessus ses épaules. Cependant son poids rendait la tâche difficile, heureusement ce fut à cet instant qu'Ymir atterrit à leurs côtés pour l'agripper par l'autre.
— Joli travail, ironisa la grande fille en jetant un coup d'oeil à ses blessures. Je suppose que ça faisait partie de ton plan génial ?
Amos roula faiblement des yeux avant de se tourner vers sa « belle-soeur »... et de remarquer les traces d'humidité sur les tâches de rousseurs de cette dernière. Il se mordit la langue et baissa la tête.
— Je suis désolé... de vous avoir inquiété toutes les deux.
— Qui t'as dit que j'étais inquiète ? répliqua Ymir en regardant ailleurs.
Mikasa se sentit plus bas que terre en assistant à la scène, elle déglutit difficilement en réalisant qu'elle avait failli ruiner une famille entière.
La troisième transformation du Titan Femelle reporta cependant l'attention générale sur l'ennemie, l'orientale secoua la tête pour se reconcentrer et voulu à nouveau se jeter dans la mêlée. Mais sa récente erreur la fit hésiter et elle ne put qu'assister au coup de poing dévastateur d'Eren dans la figure de l'ennemie.
— « Merde... » grinça intérieurement le noble en reconnaissant l'éclat dans les yeux du métamorphe. « S'il perd le contrôle maintenant il n'aura aucune chance de remporter ce combat, et il faudra alors se reposer entièrement sur Mikasa pour le récupérer... On a besoin de renforts... sinon on est cuits. »
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Eren perdit tous ses moyens au moment où il vit Amos se faire charcuter. Sa figure hagarde balbutiait des paroles inintelligibles depuis la nuque de son Titan. À ses yeux, ce qui venait de se dérouler était absolument impossible. Amos Hannibal, anciennement Amos Nox, le Conseiller, le major de leur promo, son mentor dans pratiquement tous les domaines, celui qui était capable de tout aux yeux du métamorphe, venait de mourir. C'était irréaliste, invraisemblable, et pourtant...
La troisième transformation du Titan Femelle l'arracha à ses pensées macabres, et reconcentra son attention sur celle qui avait causé tant de morts au sein des éclaireurs. Eren vit rouge, son regard jusque-là concentré prit un éclat enragé, il n'attendit même pas que son adversaire ait finit de matérialiser son titan pour lui fracasser la figure.
— « Sale pute ! » rugit-il intérieurement. « Ignoble garce ! Comment as-tu osé ?! »
La Femelle s'écroula lourdement sur le sol, mais elle ne laissa pas le temps au Rebelle de la plaquer contre terre, et lui creva un oeil grâce à ses doigts griffus.
Eren recula en hurlant sa douleur, et sentit peu à peu sa conscience s'évaporer de son esprit tant ses lamentations avaient envahi son cerveau et éclipsé sa raison.
— « C'est ma faute ! » se plaignit-il alors que ses yeux humains commençaient à larmoyer. « J'aurais dû me transformer pendant qu'elle nous courrait après dans la forêt ! À cause de ça... À cause de moi... »
Les paroles de son ami lui revinrent en mémoire, et semblèrent effectuer une danse vertigineuse autour de sa tête :
— « Regarder mes enfants grandir dans un monde plus sûr, les voir devenir meilleurs que je ne pourrai jamais l'être, c'est ça mon rêve. »
— « À cause de moi... À cause de TOI... Le rêve d'Amos... est BRISÉE ! »
Le Titan Rebelle tenta un nouvel assaut mais fut instantanément repoussé par le coup de talon de son adversaire.
— « Salope ! Putain d'enfoirée ! Je vais te réduire en charpie ! T'arracher la tête ! Et te BOUFFER ! »
— « Arrête », ordonna fermement une voix dans sa tête.
Eren se figea sur place en reconnaissant le propriétaire de celle-ci, sans crier gare, son subconscient l'entraina loin de la forêt des arbres géants. Et il se retrouva dans une forêt tout à fait ordinaire, la forêt où Amos l'avait sortit de sa spirale de haine.
— « Pour réussir, tu dois garder la tête froide et l'esprit clair. Ta rage et celles des nôtres doivent aller dans tes poings. Chaque coup que tu porteras sera témoin des esprits et des âmes de nos camarades. Et c'est pourquoi je veux que tu me fasses une promesse, Eren. »
Depuis la nuque de son titan, le natif de Shinganshina sentit ses larmes couler le long de ses joues. Le Titan Rebelle lui-même pleurait sans la moindre retenue tandis que sa mâchoire finissait de se reformer.
— « Si jamais je venais à mourir, quelles que soient les circonstances, je voudrai que tu ne t'attardes pas sur mon sort. Que tu continues de te battre quoiqu'il arrive et que tu accordes ton attention et tes efforts à ceux qui sont toujours en vie plutôt qu'à mon cadavre. C'est le meilleur service que tu puisses me rendre. »
Eren renifla et serra les dents de chagrin.
— « Amos... »
Le Titan Femelle s'approcha, et rigidifia sa cheville pendant que son adversaire restait hagard, les bras ballants et le regard aussi vide que larmoyant.
Le bruit de la cristallisation alerta Mikasa qui écarquilla les yeux de terreur.
— Eren ! cria-t-elle avec horreur alors que la Femelle lançait un coup de pied dévastateur.
Elle sauta de sa branche pour se précipiter sur l'ennemie, mais malgré toute sa vitesse, elle arriverai trop tard pour empêcher l'attaque.
À l'intérieur de la nuque de son corps géant, Jaeger prit une grande inspiration, et répéta les enseignements de son ami tel un mantra :
— Garde la tête froide... la rage va...
En un battement de cil le Titan Rebelle croisa ses bras sur la droite et encaissa durement l'attaque, un tintement assourdissant vint résonner jusqu'aux oreilles des quatre spectateurs tandis que la Femelle écarquillait les yeux d'horreur.
—... Dans les poings.
Eren tourna la tête pour découvrir que sesdits poings étaient à présent recouvert d'une couche de cristal semblable à celle qui recouvrait la cheville de son ennemie.
Tous les spectateurs présents haussèrent les sourcils de surprise, et ouvrirent leurs bouches d'un air béat. Mikasa s'arrêta en pleine course et s'éloigna hors de portée de la Femelle, tandis qu'un large sourire dérangeant se dessinait sur les lèvres d'Amos.
— Défonce-la.
La surprise du Rebelle ne dura qu'un instant, sa détermination et son envie de meurtre reprirent le dessus. Il saisit son adversaire par la jambe et l'envoya valdinguer par-dessus son épaule, où elle effectua un vol plané avant de s'encastrer dans le tronc d'un arbre géant.
Le Rebelle avait la respiration lourde et le corps tout entier couvert de sueur, néanmoins il trouva la force de se remettre en garde, et posa son regard perçant sur le fruit de son nouveau pouvoir.
— « Merci... Amos... Je te jure... Je te jure... Que je la battrai... Je te le jure ! »
Le Titan Femelle se redressa maladroitement, et lui jeta un regard furieux qu'il lui rendit sans sourciller.
— « Amène-toi ! »
Les deux géants s'approchèrent l'un de l'autre, avant de reprendre leur affrontement en entrechoquant leurs poings cristallins.
L'onde de choc qui en résultat fit trembler la terre et les branches, et leurs peaux rigidifiées se fissurèrent à diverses endroits, mais ils ne s'arrêtèrent pas pour autant et continuèrent leur affrontement.
Mikasa serra les dents et les poings face à la scène, intervenir maintenant serait suicidaire, elle serait prise entre deux feux et gênerait considérablement son frère adoptif qui serait forcé de veiller sur elle. Elle détestait la sensation qui la traversait plus que tout au monde, pour la première fois de sa vie, elle avait le sentiment d'être aussi inutile que gênante.
Il devenait de plus en plus évident que la Femelle disposait d'un avantage considérable. En effet, et malgré le fait qu'elle en soit à sa troisième transformation, elle semblait disposer d'une réserve d'énergie suffisante pour effectuer des mouvements souples et précis. Tandis que le Rebelle paraissait bien plus fatigué, et luttait pour ne serait-ce que conserver sa garde en place.
— « Putain ! » jura Eren en s'efforçant d'ignorer la douleur dans ses muscles et sa tête. « Je ne peux pas... Je ne peux pas perdre... Pas maintenant... »
Il encaissa un violent uppercut dans le flanc qui lui éclata les côtes, il poussa un grognement de douleur avant de se jeter à corps perdu sur la Femelle et la plaquer contre le sol. Malheureusement, celle-ci lui asséna un coup de manchette sur le crâne, fendant celui-ci.
Elle ne perdit pas une seule seconde et l'attrapa par les cheveux et l'épaule dans le but de lui arracher la peau de la nuque d'un coup de dents, avant de se faire déchiqueter l'oeil gauche par Mikasa. Bien que toujours bouleversée, l'orientale parvint à transformer son chagrin en haine et enchaîna des attaques toutes plus destructrices les unes que les autres, forçant ainsi la Femelle à reculer et à rigidifier sa nuque.
La métisse alla se jucher sur une branche dans le but d'obtenir un meilleur angle pour son prochain assaut, son ennemie se redressa finalement, le visage fumeux et le souffle lourd. Elle foudroya Mikasa du regard, ce qui ne fit qu'énerver davantage cette dernière.
Eren poussa un grognement d'épuisement, exténué mais pas vaincu, il posa ses énormes mains sur le sol et s'efforça de se relever.
Fixant à son tour l'ennemie d'un regard furieux, il releva ses bras flageolant afin de se remettre en garde une fois de plus. Malheureusement, sa peau de cristal tombait en poussière de ses jointures, le rendant beaucoup moins dangereux qu'auparavant.
C'est alors que le Major Erwin et ses éclaireurs surgirent des bois, la moitié à cheval, l'autre en voltigeant dans les arbres. Les trois Hannibal poussèrent un soupir collectif en les voyant arriver.
— C'est pas trop tôt, grogna le grand blond tout en cherchant Levi du regard.
— Encerclez le Titan Femelle ! ordonna le leader du Bataillon en levant son épée. Ne lui laissez pas la moindre chance de s'échapper !
Les soldats obéirent et se mirent en place sous le regard terrifiée de la blonde titanesque qui se savait désormais faite comme un rat. Désespérée, elle voulu alors repartir à l'assaut de la nuque d'Eren. Mais un éclaireur surgit des bois et fondit sur elle. Elle tenta de le repousser d'un revers de main, hélas pour elle, son bras gauche tout entier se fit déchiqueter en l'espace d'une demi-seconde, et la dernière chose qu'elle vit avant que ses yeux ne soient à nouveau crevés ce fut la figure enragée du Capitaine Levi.
Elle tituba en arrière sous les assauts répétés du soldat le plus fort de l'Humanité et finit par s'écrouler contre le tronc d'un arbre géant tandis que son bourreau lui tailladait les articulations sous le regard impressionné d'Amos, de Mikasa et de tous les autres.
Complètement acculée et incapable de se défaire de son assaillant, elle écarta les lèvres. Sentant le coup arriver, Levi se précipita sur sa gorge afin de lui trancher les cordes vocales, mais ses lames se brisèrent sur une couche de peau rigidifiée.
La Femelle poussa pour la deuxième et dernière fois son cri de détresse, rameutant ainsi tous les titans qui se trouvaient dans le secteur.
— Passez tous en manoeuvre tridimensionnel ! hurla Erwin pour couvrir les tremblements dues à la horde qui se précipitait vers eux. Et tenez vous prêts à capturer quiconque sortira de la nuque du Titan Femelle !
Hélas... le Major avait oublié un détail important dans son équation : Eren.
En effet, le Titan Rebelle tenait à peine sur ses pieds, et lorsque la horde atteignit la clairière, elle déferla sur lui aussi.
Ce dernier tenta vainement de repousser les cannibales géants, sans succès, il fut submergé par le nombre et plaqué contre un arbre tandis que ses assaillants attaquaient sa nuque à coups de mâchoires, pour la plus grande horreur de Mikasa.
— EREN !
En apercevant cela, Smith n'eut d'autre choix que de modifier ses ordres.
— Oubliez le Titan Femelle ! Récupérez Eren Jaeger quoiqu'il vous en coûte !
Amos réagit au quart de tour, maitrisant sa douleur, il se dégagea de l'emprise d'Ymir et d'Historia, plongea ses mains derrière son dos, se saisit des deux grenades attachées à sa ceinture, les dégoupilla et les jeta entre les mailles du carnage, droit sur le cou du Titan Rebelle. Le souffle des explosions repoussa les cannibales géants et les projeta sur le sol.
D'autres tentèrent de prendre leurs places, mais Levi suivit par d'autres éclaireurs les charcuta avant qu'ils n'approchent.
— Mikasa ! hurla le noble dont la douleur au dos menaçait de le faire tomber dans les pommes. Va chercher Eren !
Le sang de l'orientale ne fit qu'un tour, elle fila entre les titans qui peinaient à se relever et taillada la nuque du Rebelle pour en sortir un Jaeger inconscient. Ne perdant pas une seule seconde, elle trancha les nerfs qui le reliaient à son corps géant et tenta de l'emmener en sûreté vers les hauteurs. Malheureusement pour elle, l'un des titans repoussés était parvenu à se redresser, et se jetait désormais sur eux la mâchoire grande ouverte.
Levi surgit du nuage de vapeur qui émanait des cadavres titanesques pour dégager les adolescents du passage. Cependant, pour se faire il dû prendre appui sur les dents du titan et se tordit la cheville.
Maitrisant sa douleur à son tour, le capitaine des éclaireurs dirigea les deux natifs de Shiganshina vers la branche de laquelle Amos avait faillit tomber en lançant ses grenades. Heureusement pour lui, sa petite soeur et sa belle-soeur avaient eu tôt fait de le rattraper par les bras.
— Comment va-t-il ? demanda faiblement le noble.
Mikasa releva la tête pour apercevoir le visage pâle et fiévreux de son interlocuteur, ainsi que son dos maculé de sang. Elle grimaça de tristesse et détourna le regard lorsqu'elle croisa celui d'Historia.
— Il va bien, bredouilla-t-elle rongée par la culpabilité.
Culpabilité qui n'échappa pas à Levi, pas plus que la colère d'Historia ou les blessures d'Amos.
— Hé, nobliau, appela le capitaine d'une voix morne, tu crois que la garce a fini par clamser ?
Ledit nobliau laissa échapper un grognement mécontent, avant de jeter un coup d'oeil en direction du cadavre du Titan Femelle qui finissait d'être dévoré.
— Non... je suis sûr qu'elle s'en est tirée.
La grande fille aux tâches de rousseurs partageait secrètement son opinion.
Levi ne put que renâcler de frustration.
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Vaincus et abattus, les éclaireurs chargèrent Amos et Eren dans le même chariot avant d'aller rassembler leurs morts, ce qui n'était pas une si bonne idée du point de vue du noble étant donné la tension qui régnait entre Historia et Mikasa.
L'orientale s'était recroquevillée sur elle-même en gardant le regard fixé sur Eren et le visage caché derrière son écharpe, de son côté, la petite blonde s'affairait à nettoyer les blessures de son frère avec un chiffon imbibé d'alcool.
Ymir avait eu la « gentillesse » de rassembler et ramasser le matériel tridimensionnel d'Hannibal, fort heureusement, il n'y avait rien d'irréparable. La grande fille était agenouillé aux côtés d'Historia et lui caressait les cheveux pour la calmer tandis qu'Amos était allongé sur le ventre, ruminant sa défaite et maudissant sa douleur.
— Mikasa !
Armin et Jean se précipitèrent vers leurs camarades, ils purent ainsi constaté avec effroi le dos sanguinolent du noble, l'inconscience d'Eren, et la mine déprimée et vide de l'orientale.
— Vous tombez bien tous les deux, grogna le grand blond en se redressant péniblement.
— Ne bouge pas, s'exclama Historia en le saisissant par les épaules pour le rallonger.
Mais son frère était encore trop fort pour elle malgré son état, et il parvint à s'asseoir.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Kirstein inquiet.
— Pas maintenant, grogna Hannibal en retirant ce qu'il restait de sa veste et de sa chemise tout en tressaillant, il faut que je me débarrasse de ces blessures le plus vite possible.
Lorsqu'il fut finalement torse-nu, Mikasa aperçut la collection hideuse de cicatrices sur la peau du noble, elle écarquilla les yeux d'horreur une fois de plus aujourd'hui. Tout y était, balafres, traces de brûlures, de morsures canines et de fouet, ainsi que blessures par balle. Le reste était indescriptible.
Jean et Armin les avaient déjà vu quand ils partageaient les douches communes du camp d'entrainement, néanmoins ils ne seraient sans doute jamais à l'aise à leur vue.
Amos sortit une petite boite cylindrique de sa poche, et la tendit à sa soeur qui haussa un sourcil.
— Qu'est-ce que c'est ?
— De la compote.
Les yeux d'Historia s'écarquillèrent d'horreur.
— Tu n'es pas sérieux ?
— Je suis très sérieux, répliqua-t-il en retirant sa ceinture, Jean ? Ymir ? Il faut que vous me mainteniez au sol pour m'empêcher de me débattre pendant que Christa m'étale ce truc sur le dos. Je vous préviens, ça va être violent.
Kirstein déglutit, mais acquiesça et s'approcha pour l'attraper par les épaules tandis qu'Amos mordait sa ceinture avant de s'allonger sur le dos, exposant ainsi sa peau nue et charcutée.
Ymir le saisit par les chevilles en serrant les dents, Historia ouvrit le pot de métal en tremblant légèrement et vint s'agenouiller près de son frère. Elle s'assura que ceux qui le tenait étaient prêts, avant de rassembler un peu de crème sur ses doigts et de commencer à l'appliquer sur le dos d'Amos.
Ce fut au moment où le remède entra en contact avec la chair à vif que la situation manqua de dégénérer. En effet, la « compote » déclencha une réaction chimique terrifiante, les plaies sur lesquelles elle était appliquée se mirent à bouillonner, arrachant au blessé un cri de douleur abominable étouffé par la ceinture qu'il mordait. Historia se mit à pleurer une fois de plus, mais elle poursuivit sa tâche malgré les tremblements frénétiques du corps de son frère. Ymir et Armin écarquillèrent les yeux à s'en exploser la rétine pendant que Jean luttait de toutes ses forces pour empêcher Hannibal de se libérer de son emprise.
Voyant qu'il allait lâcher prise, Mikasa maitrisa son horreur pour lui venir en aide et se servit de sa force pour contenir les tentatives du noble de se soustraire à son traitement douloureux. Historia fit de son mieux pour ignorer les cris de son frère et continua d'appliquer la crème. Ce n'est que lorsqu'elle passa à la deuxième plaie qu'Armin put constater les résultats prodigieux du remède miracle. En effet, la trace de griffure avait été remplacée par une longue et hideuse cicatrice blanche, tellement hideuse qu'il eut l'impression écoeurante que la peau de son ami avait été grossièrement ressoudée par un tisonnier chauffé à blanc. Mais en toute honnêteté, il était aussi répugné que fasciné.
La deuxième application se révéla encore plus pénible que la première, car si Mikasa aidait Jean pour tenir les épaules du blessé, personne n'aidait Ymir qui était forcée de maintenir ses jambes à elle seule. Amos rejeta brutalement sa tête en arrière, et poussa un long et terrifiant cri de souffrance étouffé, à à peine quelque centimètres du visage de la métisse qui était ébahi d'horreur. Le noble avait les yeux révulsés, et les traits déformés par la douleur, son teint blanc comme un linge et la sueur qui dégoulinait de son front en faisait un authentique revenant. Mikasa en fut si épouvantée qu'elle faillit le lâcher.
Ce ne fut qu'une fois le dernier millimètre carré cicatrisé qu'Amos laissa retomber sa face contre le chariot, inconscient, le corps couvert de sueur et une respiration lourde digne d'un boeuf.
Ymir le relâcha presqu'immédiatement pour aller réconforter Historia qui semblait avoir le coeur au bord des lèvres. Jean et Mikasa eurent besoin qu'Armin leur fasse signe que c'était terminé pour desserrer leurs mains. Et si Kirstein éprouvait un profond sentiment de dégoût face à l'échec de leur mission et l'état misérable dans lequel ils avaient retrouvés leur camarade, le dégoût qu'Ackerman ressentait était tourné vers sa propre personne.
— Oï !
Les nouvelles recrues sursautèrent en entendant la voix du Capitaine Levi, personne ne l'avait entendu approcher.
— S'il est tiré d'affaire aller aider vos camarades à ramasser les corps, on est encore en territoire ennemi au cas où ça vous aurait échappé. Attendez d'être de retour à Karanes avant de vous relâcher ou il y aura d'autres cadavres.
Les anciens cadets de la 104ème acquiescèrent à contrecoeur, et s'en allèrent s'acquitter de leur devoir. Une fois qu'ils furent assez loin, le soldat le plus fort de l'Humanité jeta un bref coup d'oeil sur le dos d'Amos et parcouru sa collection de cicatrices du regard.
— Putain, dit-il de sa voix morne en retirant sa cape pour le couvrir, t'es complètement barge, Hannibal.
— Vous m'apprenez rien, baragouina une petite voix embrumée.
Levi haussa légèrement un sourcil de surprise en voyant le noble rouvrir des yeux épuisés.
— Comment t'es encore conscient ?
— Main gauche.
Le capitaine baissa les yeux, et aperçut une petite seringue pas plus grosse qu'un grain de raisin.
Il s'en empara avant de la renifler, l'odeur qui envahit ses narines lui fit écarquiller les yeux de colère. Il la connaissait bien, cette saleté pullulait dans la ville souterraine.
— Je rêve ou tu t'es shooté à l'héroïne ? demanda-t-il d'une voix froide et dangereuse.
— Presque, c'est de la méthanol, corrigea le grand blond vaseux, en gros c'est de l'héroïne sans la défonce.
Levi ignorait s'il devait achever le noble maintenant ou s'il devait attendre qu'il soit remis sur pieds pour le démolir.
— Pourquoi tu t'es injecté cette saloperie ?
— Parce que sans cette saloperie je serais mort d'un arrêt cardiaque à cause de la douleur, grogna-t-il en réponse.
Le capitaine scruta attentivement sa figure semi-consciente avant de jeter la seringue par-dessus son épaule.
— Je suis désolé, dit le blessé.
— De quoi ?
— D'avoir fait foirer la mission.
Le sourcil de Levi se leva une nouvelle fois.
— En quoi c'est ta faute ? De mon point de vu on s'est tous plantés.
Amos prit une grande inspiration, avant de poser ses mains sur le bois pour se redresser difficilement et s'asseoir en grognant, son interlocuteur ne bougea pas d'un cil.
— J'ai eu l'opportunité parfaite d'en finir avec elle, tout ce que j'avais à faire s'était sacrifier une camarade.
Il marqua un temps pour respirer, avant de reprendre :
— J'ai pas pu le faire, et à cause de ça j'ai fini dans ce triste état, on a perdu d'autres soldats et elle a réussi à s'enfuir.
Il ne fallut guère longtemps à Levi pour faire le lien entre la blessure, la culpabilité de Mikasa et les regards haineux d'Historia.
— Je suis désolé, répéta Amos avec sincérité, vous avez sacrifié plus d'une centaine de camarades pour réussir cette mission. Mais quand tout reposait sur moi je n'ai pas pu me résoudre à en sacrifier une seule.
Le capitaine des éclaireurs observa le noble quelques instants, avant de jeter un coup d'oeil en direction de l'orientale qui paraissait toujours aussi bouleversée.
Amos laissa alors échapper un gloussement dérangeant, il jeta un regard à ses camarades qui empilaient les cadavres, avant de poser les yeux sur Eren.
— Que c'est pathétique, finit-il par admettre en plongeant son visage dans sa main, comment j'ai pu abaisser ma garde à ce point-là ?
Levi roula des yeux agacés tout en renâclant.
— T'as raison gamin, c'est VRAIMENT pathétique.
Ce fut au tour d'Amos de renâcler, mais il partageait ce sentiment.
— Cesse de te morfondre, reprit-il en regardant à son tour les jeunes recrues, ne te laisse pas consumer par le regret. Si ça t'arrive ça influencera toutes tes décisions futures, au point de laisser quelqu'un d'autre les prendre à ta place. Et là, la seule chose qu'il te restera à faire c'est crever.
Hannibal releva la tête et regarda son capitaine en fronçant les sourcils d'interrogation.
— On est tous condamnés, gamin, qu'on soit noble ou bouseux. Chacune de nos actions en entraine inexorablement une autre qui affectera le restant de nos jours.
Il croisa alors le regard d'émeraude d'Amos avec son visage aussi morne que d'habitude.
— Dis voir Hannibal, tu regrettes de lui avoir sauvé la vie ?
Amos prit un temps pour répondre, et jeta un coup d'oeil en direction de Mikasa qui le lui rendit au même moment.
— Non, admit-il finalement, « et c'est ça qui me terrifie. »
— Bien, acheva Levi en lui collant une tape dans le dos qui l'irradia d'une douleur fulgurante, t'es pas le seul à avoir merdé aujourd'hui, le bleu. Apprends de cette expédition et ne manque pas la grande garce la prochaine fois, c'est un ordre.
— Compris, grinça le noble en maitrisant ses douleurs dorsales.
— Enfin, reprit Levi, je dis ça mais si ça se trouve il n'y aura peut-être même pas de prochaine fois.
Aussitôt, la prédation illumina les yeux d'Amos.
— Oh, croyez-moi, reprit-il d'une voix presque gutturale, il y aura une prochaine fois. Et même beaucoup plus tôt qu'elle ne l'imagine.
Le capitaine des éclaireurs croisa le regard de son subordonné, et compris ce qu'il voulait dire par là avant qu'il n'ouvre la bouche.
— Crache le morceau.
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— C'était pas ta faute, tu sais ?
Mikasa releva sa figure déprimée du cadavre qu'elle portait, et croisa le regard d'Ymir.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-elle un peu étonnée d'entendre la petite amie de Christa lui parler après ce qu'il s'était passé.
— Ce qui est arrivé à Amos, clarifia la grande fille en déposant un corps dans un chariot, c'était pas ta faute. C'était entièrement la sienne.
Les yeux de l'orientale s'écarquillèrent de surprise, Ymir poursuivit :
— Il aurait dû te laisser mourir, s'il l'avait fait on aurait capturé le Titan Femelle et la mission aurait réussie. L'Humanité aurait alors fait un immense pas en avant.
Elle pointa du doigt les corps empilés sur le chariot, avant de continuer :
— Te sacrifier était un choix des plus logiques, tu n'aurais été qu'un cadavre de plus à rapporter, et au moins personne ne serait mort pour rien.
Mikasa serra les poings avec frustration et tristesse, les souvenirs du sacrifice d'Hannibal provoquaient des tremblements dans son corps, et ses larmes se remirent à couler.
— Mais bon, reprit Ymir en haussant les épaules, apparement Amos a décidé que ta vie valait plus que la réussite de la mission, les déesses seules savent pourquoi.
L'orientale cligna des yeux, avant de relever la tête :
— Quoi ?
— Tu t'es pas servi de lui comme bouclier humain que je sache ? répliqua la grande fille consternée. C'est lui qui a décidé de se jeter sur toi, alors je sais pas pourquoi il a été assez con pour faire ça, mais le meilleur service que tu puisses lui rendre c'est de pas lui faire regretter. On dit que tu vaux une centaine de soldats, bah il serait peut-être temps de le prouver, tu crois pas ?
Mikasa jeta un coup d'oeil emplit de regrets aux cadavres, avant de dissimuler son visage derrière son écharpe.
— Merci, Ymir.
La grande fille haussa un sourcil vexé.
— Hein ? De quoi tu me remercies ? Fais juste ton boulot.
Sur ces mots, elle repartit en direction d'Historia qui s'occupait des blessés, laissant l'orientale avec ses pensées. Son regard se posa sur Amos qui discutait avec le capitaine Levi, pile au moment où ce dernier regardait dans sa direction.
Les mots du noble lui revinrent subitement en mémoire et elle tourna la tête.
—« Je suis... un putain... d'abruti... »
Elle remonta son écharpe sur son nez et continua son travail.
(-)
Eren s'éveilla de son cauchemar en haletant de terreur, paniqué, il tenta de se relever, mais une main puissante le saisit par l'épaule et le coupa dans son élan.
— Du calme, ordonna une voix qu'il croyait ne plus jamais entendre, le combat est terminé.
Lentement, Jaeger redressa la tête pour découvrir son interlocuteur, ses yeux s'emplirent de larmes en découvrant le visage fatigué du grand blond.
— A-A-Amos... ?
— Ouais, répondit le susnommé en laissant échapper un triste sourire, j'ai pas encore mordu la poussière.
Le métamorphe s'apprêtait à répondre lorsqu'une pensée alarmante lui traversa.
— Où est Mikasa ?
Le noble pointa l'orientale du pouce, celle-ci chevauchait à côté de leur chariot, le visage toujours masqué par son écharpe. Le natif de Shinganshina poussa un profond soupir de soulagement en l'apercevant.
— Eren, appela-t-elle, rallonge-toi, tu dois te reposer.
— Elle a raison, renchérit Amos en le forçant délicatement à se remettre sur le dos, tu dois reprendre des forces. « Tu en auras besoin plus tôt que tu ne le penses. »
Le regard de Jaeger jongla entre son ami et sa soeur adoptive, avant que ses yeux ne s'écarquillent.
— Et le Titan Femelle ?
Les mines des deux jeunes éclaireurs s'assombrirent.
— Enfuie, répondit le noble, repose-toi maintenant, nous ne sommes plus très loin du Mur Rose.
Eren ne sembla pas en croire ses oreilles.
— Mais... Et l'opération ?
L'orientale secoua tristement la tête.
— Elle a échoué.
Jaeger haleta une fois de plus et découvrit la cape qui le recouvrait.
— Qu'est-ce que... Mikasa... est-ce que tu m'es encore venue en aide ?
À cette question, le bruit hideux des griffes de cristal tailladant la chair d'Amos résonna dans la tête de la jeune femme se crispa brusquement avant de détourner le regard et de cacher son visage.
Amos l'observa un court instant avant de soupirer et de se redresser, mais il tressaillit suite à ses blessures et grimaça de douleur. Mikasa serra les dents derrière son écharpe.
— Reste allongé, dit le noble au métamorphe avant de retirer la cape de Levi, on est presqu'arrivé.
Il ramassa ses vêtements déchirer pour les renfiler, Eren aperçut sans mal les traces de griffures sanglantes sur la chemise et la veste de son ami.
— Amos... ton dos...
— C'est guéri, traitement extrême, dit-il nonchalamment sans fournir davantage d'explications, mais la douleur persistera pendant un bout de temps.
Jaeger échangea un court regard avec Mikasa et lu la culpabilité dans ses yeux. Malgré cela il ne pu contenir l'intense sentiment de soulagement et de reconnaissance qui envahissait son corps.
— Merci, dit-il sincèrement en ravalant ses larmes, merci.
Le noble resta un moment sans réaction, puis il esquissa un léger sourire.
Il enfila ensuite la cape de Levi afin de masquer ses blessures et ses vêtements déchirés, avant de se redresser afin d'affronter la colère du peuple avec la dignité d'un Hannibal.
(-)
Lorsque le Bataillon franchit les portes de Karanes, il fut accueilli par une haie « d'honneur » de la part de la population. Du point de vue d'Amos, il s'agissait là d'une des expériences les plus frustrantes et les plus humiliantes de sa jeune vie, même si elle était loin d'être la pire. À l'instar d'Erwin et de Levi, le noble conserva un visage neutre, debout dans le chariot avec Eren à ses pieds et Mikasa au chevet de son frère adoptif. Il chercha discrètement du regard le moindre agent de son grand-père tout en ignorant ses douleurs dorsales qui revenaient à la charge.
— « Merde, les effets de la méthanol commencent déjà à se dissiper, » grogna-t-il intérieurement.
— Hé, ils sont pas moins nombreux que ce matin ? fit une voix dans la foule.
— « Et c'est parti... »
— Putain y'en a carrément moins.
— Lamentable... encore une fois.
— Ils sont déjà de retour ?
— Hé bah, regardez moi ces têtes de cochons.
— Ça valait le coup de leur faire un départ triomphal pour qu'ils reviennent comme des chiens battus.
— « Vous n'avez pas totalement torts, mais je vous souhaite quand même d'aller tous vous faire enculer par des sangliers. »
— Qu'est-ce qu'ils sont allés faire, putain ?
— À ton avis ? Ils sont allés gaspiller nos impôts, comme d'habitude.
Eren était en train de bouillir de colère allongé dans son chariot, tandis que Mikasa semblait extrêmement mal à l'aise et inquiète pour le métamorphe.
— Hé c'est pas le petit-fils du Premier Ministre ?
— Si, y'avait sa tronche dans les journaux, y z'avaient fait un foin là-dessus.
— Tss, c'était rien de plus que de la propagande de noble à la con. Regardez-le, il a pas une égratignure. Il est surement resté bien caché pendant que les autres allaient se faire bouffer. Et il revient faire le fier.
— Je pari qu'il a dû changer de pantalon avant de revenir.
Cette fois, Eren manqua d'exploser de rage. Malgré ses muscles courbaturés et son cruel manque d'énergie, il s'appuya sur ses coudes et se redressa difficilement.
— Eren, dit Mikasa d'une voix triste, calme-toi.
Aveuglé et assourdi par sa colère, Jaeger l'ignora pour foudroyer la foule du regard et leur hurler qu'ils n'étaient rien de plus que des boeufs dans un enclôt, alors qu'Amos avait saigné pour qu'ils continuent de s'engrosser. Mais le noble l'arrêta dans son élan en s'agenouillant pour presser une main sur son épaule.
— Arrête, ordonna-t-il à voix basse, ça ne sert à rien, tu vas faire beaucoup plus de mal que de bien.
Le natif de Shiganshina ne semblait pas en croire ses oreilles, il fixa son ami avec incrédulité.
— Ils n'ont aucun droit, balbutia Jaeger avec colère, aucun droit de nous juger...
— As-tu déjà vu un loup se préoccuper de l'opinion des moutons ? Non ? Alors ne te préoccupe pas de leur avis.
Eren serra les dents de frustration au point de manquer de les éclater sous la pression, il tourna son regard noir vers le peuple, avant de se figer sur place. Amos suivit son regard.
Deux enfants très jeunes se tenaient debout sur des tonneaux derrière la foule, un garçon avec des étoiles pleins les yeux, et une petite fille émerveillée. Mikasa les remarqua également, elle ignora comment elle devait réagir.
— La classe ! lâcha le garçon suffisamment fort pour que les jeunes éclaireurs l'entendent. Les Bataillons d'exploration sont incroyables !
Amos haussa les sourcils de surprise, qu'est-ce qu'ils avaient de « classe » ou « d'incroyable » dans leur état ?
— Ils continuent de se battre quoiqu'il arrive ! poursuivit le gamin en se tournant vers la fillette.
Ébahit, Eren perdit tous ses moyens, il n'affichait plus qu'une mine désorientée et abattue. Amos fixa le petit garçon avec une triste curiosité.
— « Est-ce que j'ai déjà aussi naïf ? » se demanda-t-il avant que sa mémoire ne se rafraîchisse d'elle-même.
(Flashback)
Le jeune Amos Hannibal âgé de huit ans, était en train d'effectuer une série de coups parfaitement calculés sur un mannequin dans la salle d'entraînement du château de Caraxes. Le visage ferme et concentré, et le cou recouvert d'un bandage. Cependant, après plus d'une demi-journée à répéter les mêmes mouvements encore et encore, ses mains commençaient à subir davantage de dégâts que sa victime de bois.
— Amos, appela une voix douce en le prenant par les épaules, ça suffit, tu vas finir par réellement te blesser si tu continues.
Le petit garçon blond déglutit avec tristesse avant de relâcher sa garde. Ses jointures le faisaient atrocement souffrir, mais cette souffrance était à ses yeux la preuve qu'il avançait dans la bonne direction.
— Amos, soupira une femme d'une trentaine d'année aux traits orientaux en lui prenant les mains pour les panser, pourquoi est-ce que tu t'entraines autant ? Tu n'as pas besoin d'être aussi fort, tu sais ?
Le jeune Hannibal abaissa légèrement la tête, avant de poser sa main blessée sur celle de l'orientale.
— Si, j'en ai besoin...
Nanami Nakamura croisa le regard aussi triste que déterminé de son petit garçon, elle fronça légèrement les sourcils d'interrogation.
— Amos... ?
— Il faut que je devienne le plus fort possible ! s'exclama le jeune Hannibal les yeux emplis de larmes. Je dois devenir le meilleur ! Pour que plus personne n'ose s'en prendre à toi ! Pour que plus personne n'arrive plus jamais à nous séparer !
Nanami sentit ses yeux s'humidifier à son tour, un triste sourire se dessina sur son visage.
N'y tenant plus, le garçon de huit ans se jeta dans les bras de sa mère et pleura à chaudes larmes dans son cou.
— Je suis tellement désolé, Kaa-san ! hoqueta-t-il entre ses sanglots. Je te promets... Je te promets que j'y arriverai ! Je te le promets !
La trentenaire ne répondit pas, elle se contenta de serrer son fils contre elle aussi fort que possible tandis que ses propres larmes coulaient. Ses tremblements firent tinter son pendentif d'argent en forme de tigre aux yeux d'émeraude.
(-)
Inconsciemment, Amos serra ledit pendentif autour de son cou au point de manquer de s'entailler la paume.
— « La seule promesse que je ne pourrai jamais tenir. »
La soudaine humidification de ses yeux ramena brutalement le jeune homme à la réalité, il les essuya en prétendant se pincer le nez avec frustration, et reprit son visage neutre. Les mots de Levi lui revinrent en mémoire :
— « Ne te laisse pas consumer par le regret. Si ça t'arrive ça influencera toutes tes décisions futures, au point de laisser quelqu'un d'autre les prendre à ta place. Et là, la seule chose qu'il te restera à faire c'est crever. »
Il poussa un soupir discret.
— « C'est difficile, c'est vraiment difficile de ne pas avoir de regrets. Même s'ils ne servent pas à grand chose. »
— Major Erwin ! hurla un des citoyens. Répondez-nous ! Qu'est-ce que cette expédition vous a rapporté en contrepartie de tous ses sacrifices ?!
— Vous n'avez aucun regret devant tous ces soldats morts ?!
Erwin n'esquissa même pas un battement de cil, il continua sa route en essuyant les cris et les plaintes de la populace.
Amos l'observa de loin avec un respect nouveau.
— « Il sait très bien qu'il fait un boulot de con, et ce, alors qu'il est loin d'en être un lui-même. Il n'a jamais vraiment gagné une bataille, c'est un éternel perdant depuis sa promotion il y a cinq ans... et pourtant il continue d'aller de l'avant, malgré les défaites et les coups durs, malgré le mépris et la haine d'autrui, malgré les bâtons dans les roues que lui colle le gouvernement. Je me demande quel est son poison pour continuer de ramper avec autant de détermination dans la fosse à merde au sein de laquelle il s'est jeté. Ce n'est que ma première défaite contre les Titans, et j'ai déjà le morale dans le cul d'une vache. Je suppose que j'ai encore un tas de trucs à apprendre et d'obstacles à franchir pour m'élever à son niveau. Ou alors j'ai pas encore trouvé mon poison. »
Un gémissement étranglé par les sanglots l'arracha à ses pensées, il baissa la tête en fronçant les sourcils.
Eren était en train de pleurer. Le natif de Shinganshina masquait son visage avec son avant bras et expiait sa tristesse, sa déception, sa culpabilité ainsi que le goût amer de la défaite à travers ses larmes. Mikasa lui tenait fermement la main, ses cheveux noirs masquaient ses yeux de jais.
Pendant un petit moment, Hannibal songea qu'il valait mieux le laisser, mais sa propre mémoire continua de lui jouer des tours, et la voix de sa mère résonna une fois de plus dans sa tête.
— « Amos, tu es de très loin la personne la plus forte que je connaisse. Mais si tu gardes toute cette force enfouie au fond de toi, tu finiras tout seul, aveuglé par la puissance et l'illusion que tu vaux mieux que les autres... »
Le noble posa un genou sur le fond du chariot et appela son ami :
— Hé, Eren ?
Jaeger écarta son bras de son visage larmoyant pour apercevoir la main gauche de son ami.
— « ...C'est pourquoi, quand tu rencontreras quelqu'un de moins fort que toi, ne lui tourne pas le dos, tends-lui la main. Partage ta force avec lui... »
Le natif de Shinganshina écarquilla les yeux, avant d'interroger son camarade du regard.
— Relève-toi, dit ce dernier d'une voix aussi douce que ferme, c'est loin d'être terminé. Sèche tes larmes, encaisse la défaite et relève-toi. Aujourd'hui nous avons perdu, mais nous ne sommes pas vaincus. Nous avons pliés, mais nous ne sommes pas brisés. Nous allons surmonter ce jour funeste et repartir de l'avant, nous continuerons d'avancer peu importe les difficultés. Je sais que je le ferai, mais je n'accomplirai absolument rien tout seul. J'ai besoin de ton aide, j'ai besoin de l'aide de tout le monde, alors relève-toi, encaisse, et avance.
Pendant quelques secondes, Eren fixa le visage de son ami d'un air ébahi, avant de poser les yeux sur la main de ce dernier. Subitement, les traits de sa figure se durcirent, ses yeux verts embués de larmes retrouvèrent leur étincelle, il leva sa propre main gauche et saisit celle d'Amos.
— « ... Aide-le à s'élever... »
Relever Eren se révéla plus compliqué que prévu, car ils étaient tous les deux épuisés et les douleurs dorsales d'Hannibal ne rendaient pas la tâche facile. Néanmoins ils y parvinrent sous le regard inquiet et coupable de Mikasa.
— « ...Jusqu'à ce que cette personne devienne ton égal... »
Amos passa le bras droit de Jaeger autour de son cou, et l'aida à se tenir dignement, même dans une défaite aussi cuisante.
— « ... et partage sa propre force avec d'autres... »
Bien qu'à bout de souffle, Eren tendit sa main gauche en direction de Mikasa. L'orientale fut extrêmement touchée par ce geste mais elle hésita avant de croiser le regard d'Amos, elle manqua d'haleter de soulagement lorsque le grand blond lui adressa un sourire rassurant et un hochement de tête encourageant. Légèrement revigorée, elle passa le bras gauche d'Eren autour de son propre cou et se tint à ses côtés.
Ils restèrent debout tout du long, à essuyer les insultes et les cris du peuple, jusqu'à ce qu'ils ne rejoignent la base du Bataillon derrière le Mur Rose. Ce ne fut qu'après avoir traversé le flot d'injures, après que la méthanol ai cessé de faire effet, après que le chariot se soit arrêté, qu'Hannibal finit par s'évanouir dans les bras d'Eren et de Mikasa tandis qu'ils l'appelaient par son nom.
—« ... Et peut-être qu'un jour, tu seras celui qui aura besoin d'être relevé... »
Avec un sourire reconnaissant sur les lèvres, et une larme coulant le long de sa joue, Amos eut le temps formuler une pensée avant de définitivement sombrer dans l'inconscience.
— « Aishiteimasu, Kaa-san. »
(-)
Ce soir-là, Mikasa n'arriva pas à dormir.
Après s'être assurée qu'Eren était nourri et couché, -sans avoir protesté-, elle avait essayé de faire de même. Mais malgré la fatigue dû aux multiples émotions violentes qu'elle avait ressentie aujourd'hui, elle eut beau se tourner et se retourner dans son lit pendant presque deux heures, elle fut incapable de fermer l'oeil. Le sacrifice d'Amos tournait en boucle dans sa tête, à tel point que sa migraine chronique était revenue la hanter. Elle grinça des dents en posant une main sur son crâne, et décida finalement de rejoindre la salle de bain pour se passer de l'eau sur la figure et faire le ménage dans son esprit.
Mais peu importe combien de fois elle se rinça le visage, elle ne parvint pas à apaiser son mal de tête.
Pire encore, celui-ci s'accentua, à tel point qu'elle dut s'agripper sur les rebords de l'évier pour ne pas s'évanouir.
— « Tu t'apitoies ou tu te bats ? »
— « Bats-toi ! »
L'orientale secoua la tête, une larme coula le long de sa joue.
— « À chaque fois que je me bats, je ne fais qu'empirer les choses, » songea-t-elle avec défaitisme, « j'ai beau être forte, je fonce toujours dans le mur... et... »
Une douleur fulgurante lui transperça la cervelle, elle tressaillit en grimaçant sa souffrance. Trois souvenirs remontèrent à la surface : la fois où Amos l'avait réprimandé à l'infirmerie après sa débâcle contre les trafiquants de chair humaine, son coup de boule pour la sortir de sa tentative de suicide à Trost, et enfin son sacrifice contre le Titan Femelle.
— « À chaque fois... il est obligé de réparer mes erreurs... Chaque fois... »
Elle remonta son écharpe sur son nez, et ferma les paupières pour évacuer son surplus de larmes.
Le souvenir d'Amos redressant Eren fut le dernier à s'imposer dans son esprit, et bien que son meilleur ami l'ai invité à les rejoindre, elle ne pouvait repousser l'arrière goût de sa bouche.
— « Ils sont tellement forts... comment... comment puis-je me tenir à leurs côtés ? »
Épuisée, la jeune fille quitta la salle de bain, mais elle n'était toujours pas prête à aller se coucher. Aussi, elle décida d'aller voir si Amos allait bien, ne serait-ce que pour soulager le poids de la culpabilité qui pesait sur son coeur.
Malheureusement pour elle, lorsqu'elle atteignit la chambre du noble, elle trouva Historia assise à ses côtés.
La petite blonde avait dû pleurer pendant longtemps au vu de ses yeux rouges, elle jeta un regard assassin à l'adresse de l'orientale qui tressaillit légèrement.
— Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle d'une voix froide.
— Je... commença la visiteuse pas très sûre, je voulais juste voir comment se portait Amos...
— Tu sais très bien comment il se porte, répliqua-t-elle d'un ton tranchant, tu étais là.
La métisse encaissa le coup, avant de baisser la tête.
— Excuse-moi, souffla-t-elle avant de tourner les talons.
— Attends.
Historia serra les dents, avant de pousser un long et profond soupir tout en plongeant sa tête dans ses mains.
— Attends Mikasa... Je... Je suis désolée... Je sais que ce n'était pas ta faute...
L'orientale s'arrêta dans sa démarche et tourna la tête vers la petite blonde.
— Je suis une bâtarde de la famille Hannibal, révéla subitement cette dernière pour la plus grande surprise de son interlocutrice, en tant que telle ma simple existence est une tâche sur l'honneur de notre Maison.
Elle releva la tête pour fixer le mur d'un regard lointain, Mikasa décela sans peine la tristesse qui la possédait.
— La plupart des bâtards de noble sont noyés à la naissance, dit-elle pour la plus grande horreur de l'orientale, d'autres sont simplement confiés dans des orphelinats ou adoptés par des familles de roturiers. Mon cas est plus particulier, j'ai grandi dans une petite ferme sur les terres de la Maison Hannibal à l'Est de Sina. Je n'avais personne à part une grosse gouvernante qui me préparait mes repas en maudissant mon existence pour l'avoir forcée à veiller sur moi. Je passais mes journées à travailler à la ferme en subissant les injures et les gifles de cette sale vache. Je savais pas lire ni écrire, je ne savais que deux choses : mon prénom, et que je n'avais pas le droit d'exister.
Mikasa était écoeurée par ce qu'elle entendait, à chaque fois qu'elle en apprenait plus sur le monde de la noblesse, elle découvrait à quelle point c'était le milieu le plus inhumain qui soit, pire encore que celui de l'esclavage. Ne serait-ce que pour la façon dont les parents traitaient leurs propres enfants.
— Je n'avais ni famille, ni ami, les enfants du coin me jetaient des pierres en me traitant de bâtarde et de « salissure de noble » dès que je mettais le nez dehors. Ça a été mon quotidien jusqu'à mes huit ans. Et puis...
La petite blonde posa son regard de saphir sur son frère inconscient, ses larmes se remirent à couler.
— Et puis j'ai rencontré Amos, et tout a changé. Il m'a tout appris, à me battre, à lire et écrire, à jouer aux échecs, à me défendre contre ceux qui s'en prenaient à moi, à vivre pour moi peu importe les opinions des autres... Je lui dois tout... Absolument tout... Il est devenu mon frère... Il m'a donné une mère... Il m'a donné son amour et m'a appris à aimer... Je suis la personne que je suis aujourd'hui uniquement grâce à lui.
Mikasa écarquilla les yeux, et sentit un profond sentiment de chaleur envelopper son coeur. Elle ne la comprenait que trop bien... Eren fut tout aussi salutaire pour elle. Il lui avait réappris à vivre, à se battre, il lui avait donné une famille et un foyer, avait enveloppé cette écharpe autour de son cou. Quelque part, l'orientale était heureuse d'avoir trouvé quelqu'un qui pouvait la comprendre aussi bien qu'Historia.
— Puis il a disparu, lâcha cette dernière d'un ton cassant à la grande surprise de la métisse. Un jour il était là à rire et à s'entrainer avec moi, et le lendemain il a disparu pendant une année entière. Je ne savais pas où il était ni même s'il était encore en vie. Pendant des mois je me suis demandé si c'était ma faute... Si j'avais fais quelque chose pour lui déplaire... Si finalement le fait que j'étais une bâtarde avait fini par le dégoûté. Ma nouvelle gouvernante ne savait pas où il était non plus, et même elle semblait inquiète. Je n'ai jamais arrêté de m'entrainer ou d'étudier pour autant, j'ai même redoublé d'effort pendant qu'il n'était pas là. Je voulais... Je voulais qu'il soit fier de moi dès le moment où il reviendrai... Mais tous les soirs... J'allais me coucher en pleurant... en me demandant si mon frère était encore en vie... ou même s'il m'aimait toujours.
Mikasa sentit son coeur se déchirer en entendant cette histoire, elle était incapable d'imaginer sa réaction si une telle chose venait à lui arriver.
Un petit sourire triste apparut sur le visage d'Historia, elle poursuivit :
— Il est revenu un an plus tard... Et j'ai été tellement soulagée et heureuse de le retrouver que j'ai mis un certains temps avant de remarquer à quel point il avait changé. Il était plus froid, sa chaleur et ses embrassades semblaient moins sincères, de même que ses sourires ou son rire. Et puis... Le Mur Maria est tombé... Maman... nous a quitté... Amos ne s'en ai jamais véritablement remis... Il a passé les deux années qui ont suivit à être triste et mélancolique, mais il était aussi beaucoup plus violent et pragmatique que je ne l'avais jamais vu... Et il a commencé à m'enseigner la survie... Probablement pour faire en sorte que je ne le quitte pas moi non plus.
Elle marqua un temps afin de calmer son déluge de larmes et reprendre sa respiration, puis elle continua.
— Ce n'est... Ce n'est que lorsque l'on a rejoint la 104ème que j'ai véritablement retrouvé mon grand-frère. Ça a mit un peu de temps... Mais sa chaleur, son sourire, son rire, ses blagues et sa façon d'aider les autres... Tout était... tout était redevenu vrai. C'était comme s'il avait enfin trouvé la sortie du labyrinthe dans lequel il s'était perdu. J'étais tellement heureuse de le voir comme ça... Et je vous était tous tellement reconnaissante... que j'ai naïvement cru que les choses ne pouvaient que s'améliorer à présent... Mais... quand il s'est jeté sur toi... Je... J'ai...
N'y tenant plus la petite blonde éclata en sanglots sous le regard troublé de Mikasa, et se jeta au cou de son frère comme si elle avait peur que celui-ci ne disparaisse.
— J'ai eu tellement peur ! admit-elle d'une voix étranglée par le chagrin. J'ai eu tellement peur de le perdre à nouveau ! J'ai eu tellement peur qu'il meurt sous mes yeux sans que j'ai jamais pu le remercier d'avoir été là pour moi ! Ou lui dire à quel point je l'aimais et que j'étais tellement heureuse qu'il soit mon frère !
Historia s'agrippa à Amos de toutes ses forces, son corps fut pris de tremblements incontrôlables chaque fois qu'elle hoqueta. Elle sanglota, encore et encore, tandis que Mikasa sentait sa culpabilité lui déchirer les entrailles et le coeur, et qu'une nouvelle cascade de larmes coulait le long de ses joues.
Les deux jeunes filles restèrent là, à pleurer et à regretter jusqu'à ce qu'Historia ne retrouve un semblant de self-contrôle. Lentement, elle se redressa pour essuyer ses yeux.
— Je suis désolée... Mikasa, répéta-t-elle dans un souffle, je n'aurais pas dû t'en vouloir...
— Ce n'est pas grave, assura la métisse en posant une main sur son épaule. Je comprends très bien... Si nos rôles avaient été inversés... ma réaction aurait été bien pire...
Historia se permit un petit gloussement triste.
— Tu devrais aller te coucher, Christa, reprit Mikasa d'une voix neutre, Amos ne voudrait pas te voir gaspiller ton énergie et ton sommeil à monter la garde pendant qu'il dort.
La petite blonde soupira, avant d'acquiescer doucement. Elle regarda son frère une dernière fois, avant de souhaiter la bonne nuit et de rejoindre la chambre qu'elle partageait avec Ymir. Ne pensant désormais plus qu'aux bras de sa petite amie dans lesquels elle brûlait de se réfugier.
Mikasa resta plantée devant le lit du noble pendant un moment, avant de finalement se décider à relâcher la respiration qu'elle retenait, et s'asseoir sur la chaise qu'avait occupé Christa.
Elle hésita quelques instants, prit une grande inspiration pour se donner du courage, et finit par déballer son sac :
— Amos...? Je... Je voulais juste te dire à quel point j'étais désolé, dit-elle d'un lourd de regrets, tout le monde... Tout le monde a essayé de me rassurer. De me dire que ce n'était pas ma faute, de me dire que c'était ta décision et que je devais faire en sorte de ne pas te faire regretter. Mais je... Je... Je ne peux pas m'empêcher de penser que... que tu n'aurais pas dû faire ça. Pas seulement pour Christa et Ymir... Ou les autres... Je... Je...
L'orientale laissa échapper sa frustration et sa colère envers sa personne en expirant à travers ses dents, et reprit :
— Je ne pense pas que j'aurais fait la même chose pour toi si... si nos rôles avaient été inversés.
Elle serra les dents, ferma les poings et baissa la tête. Elle avait cru qu'avouer ses fautes l'aurait soulagé d'un poids, mais c'était le contraire qui se produisait : le poids de sa honte menaçait désormais de l'écraser.
— Je suis tellement ingrate, ajouta-t-elle distraitement, je te dois tellement... Tu nous as sauvé, Eren, Armin et moi plusieurs fois. Tu as aidé Eren à grandir, tu as aiguisé l'intelligence d'Armin tout en l'aidant à prendre confiance en lui. Tu as aidé tout le monde. Même moi, surtout moi... Chaque fois que je fonce dans le mur, tu es là pour m'arrêter. Je... J'aurais tout perdu sans toi... Je ne saurais même pas qui étaient réellement mes parents, ni pourquoi je suis si forte... Amos...
— « Tais-toi. »
— Je suis heureuse d'avoir fait ta connaissance.
— « Qu'elle se taise. »
— Et je trouverai un moyen de te rendre la pareille.
— « Que quelqu'un la fasse taire, putain ! »
— Merci.
Sur ces mots, l'orientale se releva et prit la direction de la sortie.
— Mikasa ?
Elle se paralysa sur place et écarquilla les yeux en entendant cette voix, elle tourna lentement les talons pour découvrir le triste regard du noble. Celui-ci fixait ses pupilles de jais.
— Tu n'as rien à te reprocher, l'informa-t-il sobrement, parce que je ne veux pas que tu fasses ça pour moi.
L'orientale ne sembla pas en croire ses oreilles, ce n'était pas la réponse à laquelle elle s'attendait.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— J'ai été on ne peut plus clair, répondit-il en refermant ses paupières, je ne veux pas que tu fasses ça pour moi.
Mikasa voulu essayer de le rappeler, mais elle se douta qu'il ferait la sourde oreille. Aussi elle choisit de regagner la chambre qu'elle partageait avec Sasha. Sa culpabilité s'était légèrement apaisée, mais sa curiosité était désormais piquée.
De son côté, Amos se rendormit en laissant ses larmes couler sur son oreiller.
— « Historia... Petite soeur... Je suis tellement désolé... »
