Chapitre XIV : Un Regard vers le Passé avant d'avancer vers l'Avenir.

— Père ? Où allons-nous ?

Arthur Hannibal releva le nez de son livre pour regarder son petit garçon de huit ans avec toute sa tendresse paternelle.

Le père et le fils voyageaient actuellement dans une diligence de la famille Hannibal, escortés par une douzaine de brigadiers centraux à cheval armés jusqu'aux dents. Contrairement aux Brigades Spéciales, ils arboraient une chauve-souris noire sur leur uniforme au lieu d'une licorne verte.

— Nous allons rendre visite à une de tes cousines, l'informa-t-il en souriant.

— Vraiment ? s'excita le jeune Amos avant de pencher la tête de côté. Mais pourquoi ne l'ai-je pas rencontré plus tôt ?

Arthur grimaça, et but une lampée de vin.

— Parce que c'est une bâtarde, mais une bâtarde très précieuse.

— Oh, fit le petit garçon un peu étonné, mais alors pourquoi est-ce que Grand-père l'a gardé ?

Arthur serra ses dents jaunes, et passa sa main dans ses cheveux bruns.

— Ça… Je ne peux pas te le dire.

Amos était visiblement très vexé par le refus de son père d'obtempérer, avant de pencher la tête de côté avec interrogation.

— Attendez une minute, vous avez dit qu'il s'agissait de ma cousine. Mais n'avez pas de frère.

Est-elle… ?

— C'est une Hannibal, assura Arthur en buvant une autre lampée de vin.

Dans ce cas il n'y avait qu'une seule solution possible, le visage d'ange du petit garçon prit une expression furieuse.

— Cette harpie a eu une bâtarde ?

— Oui, admit Arthur en se retenant de rire.

— Quelle pute, gronda le petit garçon.

— Nous sommes d'accord.

Amos se renfrogna après avoir entendu cela, il avait toujours haïe sa tante pour être une femme aussi stupide, qu'arrogante et méprisante.

Il commença à se changer les idées en regardant par la fenêtre de leur calèche, et finit par apercevoir une petite maison au milieu de la campagne, et une petite fille blonde en train de ratisser les feuilles mortes sous un arbre.

— Est-ce que c'est elle ? demanda-t-il en essayant de mieux l'observer.

Son père se pencha à son tour à la fenêtre pour répondre à sa question.

— Oui c'est elle, confirma-t-il avant que celle-ci ne reçoive un caillou dans la tête.

— Bâtarde de noble ! hurla la voix d'un enfant.

— Salissure de riche !

— Personne ne t'aime ! Va-t'en !

En entendant cela, Arthur tenta vainement de rattraper son fils par le bras, mais celui-ci s'était déjà jeté hors de la calèche sans que celle-ci ne se soit arrêtée, et fonçait à pleine vitesse en direction de la bande de petits roturiers en soulevant un nuage de poussière dans son sillage. Les Brigadiers observèrent la scène avec stupeur.

Lorsqu'Amos percuta le gamin le plus proche d'un coup de genou en pleine tête, un sourire de fierté apparu sur le visage de l'homme assit aux côtés du cochet.

— Brave petit, gloussa Kenny Ackerman.

Hannibal ne s'arrêta pas là, et déchaina une avalanche de coups parfaitement ajustés sur les deux autres brutes qui s'écroulèrent de douleur à moitié conscient. Le tout sous le regard très étonné de la petite fille qui essuyait le sang sur son front sans comprendre ce qu'il se passait.

— Amos ! cria Arthur depuis la fenêtre de sa calèche. Arrête immédiatement !

Le jeune garçon se figea au moment où il s'apprêtait à écraser le genou d'une des brutes, et les foudroya tous d'un regard si meurtrier que ceux-ci mouillèrent immédiatement leurs pantalons.

— Si jamais vous vous en prenez encore à cette fille… gronda-t-il d'une voix gutturale en pointant la petite blonde du doigt, … j'arracherai chacune de vos têtes. Pigé ?

Les roturiers acquiescèrent frénétiquement, et s'enfuir à toutes jambes en larmes et en sang.

Satisfait, le gamin de huit ans sauta par-dessus la barrière qui entourait la maison et s'approcha de la petite blonde qui l'observait sans dire un mot.

Il sortit un mouchoir de soie de sa poche et essuya le sang sur son front, elle en fut si surprise qu'elle écarquilla les yeux et se figea sur place.

— Pourquoi tu ne t'es pas défendue ? demanda-t-il après qu'il eut terminé.

— Personne ne les a jamais grondé, souffla-t-elle sous le choc, tu es le premier. J'ai toujours cru qu'il ne faisait rien de mal, qu'ils avaient raison de faire ça.

Amos lui colla une pichenette sur le front.

— Les loups comme nous ne se soucient pas de l'opinion des moutons, dit-il en imitant son grand-père, ne les écoute pas, ils sont idiots.

— Mais… nous ne sommes pas des loups, remarqua la jeune fille sans comprendre.

— Pour des moutons comme eux, si nous le sommes, affirma le noble avec conviction, je suis un Hannibal, par conséquent je dois tout faire pour m'élever au sommet de la chaîne alimentaire. Toi aussi tu es une Hannibal, tu n'as pas mon nom, mais le même sang coule dans tes veines.

La gamine était émerveillée par ses paroles, un espoir fou s'empara de son être.

— Alors… nous sommes de la même famille ?

— Oui, nous sommes cousins.

— Je n'ai jamais rencontré qui que ce soit de ma famille, souffla-t-elle les larmes aux yeux, ma gouvernante ne me parle pas.

— Ce n'est pas grave, sourit le garçon en lui prenant les mains. Je serai ta famille.

La petite fille n'y tint plus, elle se jeta dans ses bras et éclata en sanglots.

Son bienfaiteur lui rendit volontiers son étreinte, pour son plus grand bonheur.

Elle avait lu dans un livre que les membres de la même famille témoignaient de leur amour par des gestes de tendresse comme celui-ci.

— « Il est vraiment ma famille. »

— Je m'appelle Amos, dit-il en resserrant son emprise.

— Historia, hoqueta-t-elle en faisant de même de peur qu'il ne disparaisse.

Arthur Hannibal observait les deux enfants depuis l'entrée de la propriété, un sourire empli de fierté éclairait son visage.

— « Stop, » ordonna un Amos de seize ans vêtu de ses habituels vêtements d'aristocrate.

Le noble s'arrêta un instant pour contempler le visage de son paternel usé par l'alcool, avant de revenir vers sa petite soeur de sept ans. Il posa un genou à terre pour observer sa figure angélique transportée de bonheur.

— « Comme je regrette d'avoir essayé de t'enseigner ces conneries d'endoctrinement nobles, » soupira-t-il, « tu as bien fait de ne pas prendre ces leçons au pied de la lettre. »

Il marqua un temps d'arrêt, avant de poursuivre :

— « Historia, tu es de très loin la personne la plus cher à mon coeur, et je suis tellement fier d'être ton grand frère. Je serai toujours à tes côtés… »

Le décor changea, les souvenirs se succédèrent, Amos passa un certain à observer l'entrainement d'Historia. On y voyait cette dernière âgée de neuf ans, habillée en tenue de sport, tenter de frapper la tête de son aîné. Elle finit par lui coller un méchant coup de pied sur le tibia avant de le percuter de tout son poids, ils roulèrent dans l'herbe en riant avant que le jeune noble ne la soumette en la chatouillant.

Amos sentit un sourire de joie sincère se dessiner sur ses lèvres, Déesses, que cette période lui manquait.

Puis d'autres souvenirs prirent place, des souvenirs qui remontaient à la période qui avait suivit sa disparition pendant une année. Et maintenant qu'il prenait son temps pour comparer ses comportements, il remarqua à quel point il était devenu froid et paranoïaque, et ce même avec Historia.

Il grimaça lorsque sa mémoire l'amena au moment où il avait initié sa soeur aux manoeuvres tridimensionnelles, ce fut pire lorsqu'il l'équipa d'un équipement anti-personnel pour l'emmener chasser avec lui dans le district de Yarckell.

— « Soyons honnête, » reprit-il en ravalant un râle de frustration, « je ne regrette pas vraiment de l'avoir initié à la survie et à la guerre. Je ne regrette que la façon dont je m'y suis pris et… et de ne pas l'avoir suffisamment soutenu. »

Puis vinrent les souvenirs de leur temps passer au sein de la 104ème, et le sourire revint sur son visage.

— « Qui aurait cru que cette période aurait fini par être aussi bénéfique pour elle comme pour moi ? Je… »

Il s'arrêta brusquement, et fronça les sourcils. C'était au cours de ces trois années qu'il avait finit par sortir de sa spirale traumatique et psychotique. Que diable lui était-il arrivé pour qu'il finisse enfin par émerger ? Quel évènement fut le déclencheur ?

Il parcourut des dizaines de souvenirs, avant de s'arrêter sur celui qui n'était pas celui qu'il cherchait, mais qui faisait néanmoins partie de ceux qu'il voulait visionner.

— « La première fois que j'ai commencé à accepter Ymir… » soupira-t-il en souriant avec amusement. « On ne peut pas dire que je lui ai facilité la tâche. »

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Amos était assis au sein du réfectoire, en train de diner et de faire ses comptes dans son carnet de cuir bleu, lorsqu'Ymir vint poser son plateau à sa table sans prévenir.

— J'espère que je te dérange pas, dit-elle d'une voix légère.

— Si, tu me déranges, répliqua Nox sans lever le nez de ses notes. Si c'est vraiment important j'imagine que patienter deux petites minutes ne te posera pas de soucis.

La fille aux tâches de rousseur grimaça, mais finit par attendre que le grand blond ait terminé son travail.

— Alors ? demanda-t-il en poussant un soupir résigné avant de se saisir de son verre d'eau. Qu'est-ce qui t'amènes ?

— Christa est triste.

Le Conseiller prit immédiatement une expression des plus sérieuses et se pencha en avant.

— Comment ça ?

— Ça fait plusieurs semaines que tu broies du noir tout seul dans ton coin, fit remarquer Ymir en avalant une cuillère de sa mauvaise soupe. Tu bosses beaucoup trop ces derniers temps, du coup t'as l'air moins heureux que d'habitude et elle s'inquiète.

Amos fronça les sourcils, « moins heureux » ? Quand diable avait-il eu l'air heureux ces derniers temps ?

Il prit deux secondes pour déterminer ce qui avait changé, avant de secouer simplement la tête.

— Ce n'est rien du tout, rassura-t-il, Mikasa et Reiner ont mit les bouchés-doubles avec les tests de fin d'année qui approchent. Et comme je n'ai pas l'intention de me laisser dépasser, je fais de même. Je suis juste très concentré sur ma réussite, ce sera rentré dans l'ordre quand ce sera fini.

Ymir grinça légèrement des dents, ce qui n'échappa pas à Nox.

— Mouais, m'enfin tu pourrais faire un effort pour la rassurer avant qu'elle ne passe les tests elle-même.

— J'irai lui parler.

— Non ça suffira pas, contra immédiatement la grande fille, les actes avant les paroles beau gosse. Elle veut te voir heureux, pas t'entendre lui dire que tu es heureux.

Cette fois ce fut au tour d'Amos de grincer les dents, il ne comprenait pas comment sa soeur avait pu le voir heureux ces derniers temps, surtout après l'exercice de survie.

— Et qu'est-ce que tu suggères ? demanda-t-il poliment en buvant une gorgée de son verre.

— Je me disais que t'avais besoin de t'envoyer en l'air, dit-elle avec un sourire moqueur.

À cela, Amos s'étrangla avec son eau et essuya une violente quinte de toux sous le regard amusé de la grande fille.

— Qu'est-ce que tu racontes ? baragouina-t-il en s'essuyant la bouche.

Le sourire d'Ymir s'élargit, pour le déplaisir du grand blond.

— Oh allez, dit-elle d'un ton taquin en se penchant en avant. J'ai bien vu la passion avec laquelle tu as tourbillonné la langue de cette brave Mina. Qu'est-ce que t'as ressenti quand tu lui a aspiré la glotte ?

— Du dégoût, répondit-il d'une voix froide comme la mort en la foudroyant avec la prédation.

Ymir s'arrêta dans son élan, et cessa de sourire.

— Hein ?

— Je n'ai ressenti que du dégoût, répéta-il en calmant ses pulsions animales.

Constatant qu'il était nécessaire d'en dire plus avant que la grande fille ne tire les mauvaises conclusions, il ajouta :

— Ça n'avait rien à voir avec Mina cependant, c'est une chic fille. Le problème… c'était moi.

Ymir fronça les sourcils.

— T'es gay ?

Amos leva les yeux au plafond.

— Non, et n'insiste pas sur mon problème s'il te plait.

La grande fille se mordit la langue, maintenant qu'elle était intriguée elle avait envie de creuser davantage. Mais elle prenait l'avertissement de Nox au sérieux.

C'est alors qu'une nouvelle question germa dans son esprit.

— Et Christa ? murmura-t-elle en jetant des coups d'oeil à droite et à gauche. Elle est de quel bord ?

Le grand blond s'ébroua de lassitude et haussa un sourcil consterné.

— Tu crois pas que t'aurais dû te renseigner là-dessus avant d'essayer de la séduire ?

La grande fille laissa échapper un sourire embarrassé, mais attendit avec impatience la réponse de son interlocuteur.

Ce dernier laissa échapper un soupir résigné.

— Elle est bisexuelle, avoua-t-il finalement à voix basse, elle aime les garçons ET les filles.

Ymir écarquilla les yeux et ouvrit une bouche mi-béate mi-excitée.

— Sérieusement ? demanda-t-elle un peu trop fort.

Un coup de pied dans le tibia la rappela à l'ordre tandis que certains de leurs camarades tournaient leur tête dans leur direction.

— Moins fort, réprimanda le grand blond, et oui sérieusement.

Ymir se mordit la lèvre inférieur, avant d'avaler sa soupe d'une traite et de se lécher les babines.

— Oh putain c'est génial, dit-elle en affichant un large sourire.

— Vraiment ? grinça le jeune homme un peu étonné. Je ne vois pas en quoi c'est aussi génial, ta concurrence vient de doubler.

La grande fille balaya cette remarque d'un geste de la main.

— Pff, qu'ils y viennent ceux-là, c'est pas comme si ils allaient m'arrêter.

Amos leva un sourcil et porta son gobelet à ses lèvres.

— Tu sais, c'est pas une bataille que tu gagneras si tu continues comme ça, l'information c'est le nerf de la guerre, Ymir.

— Et qu'est-ce que tu crois que je suis en train de faire ? demanda-t-elle sans s'arrêter de sourire.

— Quelque chose que t'aurais dû faire y'a au moins six mois, répliqua Nox peu impressionné, ne t'attends pas à des félicitations de ma part. Le simple fait que je t'ai laissé la fréquenté tout en connaissant tes intentions aurait dû te mettre la puce à l'oreille.

Cette fois la grande fille grimaça, et mordit son pain à pleines dents. Elle chercha quelque chose à répondre mais finit par se résigner à changer de sujet.

— Pour en revenir à toi…

— Oh putain…

— C'est donc mort pour cette pauvre Mina, dit-elle en se penchant en avant, du coup avec qui tu voudrais tenter ta chance ?

Amos plissa les yeux d'un air menaçant, mais Ymir ne se laissa pas démonter.

— Tu n'as rien de mieux à faire que de parler des filles avec moi ?

— Je vois pas de quoi tu parles, répliqua l'adolescente avec un sourire. On est juste en train de discuter pour faire plaisir à Christa en prévision des tests. Tu crois pas que ça lui réchauffera le coeur de nous voir nous entendre ?

Nox leva les yeux au plafond avant de pousser un long et profond soupir.

— Bien joué, grinça-t-il vexé de s'être fait avoir comme ça. Mais tu veux pas parler d'autre chose ?

— Hmm… pensa-t-elle tout haut avec sarcasme. Passer l'opportunité de connaitre les goûts et les élues du coeur du mec le plus populaire de la promo ? Pff, dans tes rêves.

Elle se prit un deuxième coup de pied sur le tibia, mais ne cessa pas de sourire pour autant.

— Ymir, ça ne m'amuse pas du tout, prévint-il, et je n'ai aucune « élue ».

— D'accord, d'accord, maugréa-t-elle en se massant la cheville, donc qu'est-ce que tu penses de Sasha ?

Amos n'en crut pas ses oreilles.

— Mais tu écoutes ce que je te dis ou tu le fais exprès ?

— Oh allez, ronchonna-t-elle faussement, je te demande pas de savoir qui tu veux te taper, je te demande simplement ce que tu penses de Sasha.

Nox s'apprêtait à l'envoyer poliment se faire foutre, avant de mettre en place les pièces du puzzle et de plisser les yeux.

— Pourquoi Sasha particulièrement ? questionna-t-il méfiant.

— Quoi ? Tu préfères qu'on parle d'Annie ? demanda-t-elle impassible.

— Non, je trouve simplement suspect que tu amènes Sasha sur la table tout en sachant que tu l'apprécies plus que tu ne voudrais l'admettre.

Ymir haussa un sourcil, mais se garda bien de montrer son inquiétude.

— Je n'apprécie pas…

— Et… ! poursuivit Nox en l'ignorant. Tout en ayant remarqué à quel point notre cher patate me dévore des yeux.

Cette fois, la grande fille se crispa de surprise et d'inquiétude.

— Aïe…

— Comme tu dis, confirma-t-il en finissant son eau. C'est gentil ce que t'essayes de faire, Ymir, mais ça ne marchera jamais.

Il accentua légèrement le mot « jamais », ce qui suffit à briser les derniers espoirs de son interlocutrice.

— Mais bon… reprit-il d'une voix plus mesurée, puisque tu m'as demandé ce que je pensais de Sasha, et que tu l'as fait pour une bonne raison, je vais répondre…

Ymir releva un sourcil d'intérêt.

— Sasha est jolie, mignonne, très gentille et même bien gaulée. Mais elle n'est pas mon genre, et je ne supporte pas sa façon de manger… elle me donne des envies de meurtres chaque fois que je la vois. Et c'est surtout le fait qu'elle me mate le cul deux à quatre fois par jour… qui me met très mal à l'aise.

— Ah bon ? s'étonna-t-elle. Tu devrais pourtant être flatté, c'est un morceau de viande dans lequel elle rêve de planter ses dents.

La prédation s'empara immédiatement du regard du grand blond, Ymir manqua de tressaillir.

— Je ne suis… en aucune façon… flatté.

Réalisant immédiatement qu'elle s'aventurait sur un terrain très glissant, la grande fille leva ses mains en signe de résignation.

— Ok, ok… désolée.

— C'est rien, grinça Amos en finissant son bout de pain.

Comprenant qu'ils allaient se quitter sur cette mauvaise note, Ymir réfléchit à toute vitesse au moyen de reprendre la conversation sur un meilleur pied.

— Pourquoi tu lui dis pas si ça te gêne tant ? réalisa-t-elle soudainement. T'es pas du genre à mettre ta langue dans ta poche.

Nox releva la tête, puis il soupira tandis que son regard s'adoucissait.

— Sasha en a largement assez bavé dernièrement, expliqua-t-il calmement, son village a perdu une grande partie de ses territoires et elle ne peut donc plus pratiquer la chasse, elle ne peut plus manger à sa faim, elle… elle a perdu espoir. Et la seule raison pour laquelle elle est là c'est pour intégrer les Brigades Spéciales et pouvoir à nouveau manger comme elle l'entend. C'est son seul espoir à l'heure actuelle… Ça et… l'espoir de sortir un jour avec moi. Et comme j'ai pas envie qu'elle perde davantage je lui laisse cet espoir jusqu'à ce quel se trouve autre chose.

Ymir haussa les sourcils avec surprise, un sourire moqueur se dessina sur son visage.

— Qu'est-ce que t'es chou.

— Ta gueule.

— Nan, j'insiste, t'es vraiment chou.

— J'ai compris.

— Qui aurait cru que tu pouvais être si CHOU.

— Ymir, ferme ta gueule ou je t'en fous une.

La grande fille rejeta sa tête en arrière et explosa de rire.

— L'espoir de la patate par les fesses du beau blond, reprit-elle d'une voix basse et solennelle, quel titre ronflant.

— Mais ferme-là nom de Dieu, répondit ledit beau blond en esquissant un sourire en coin.

Satisfaite par cette réaction, la grande fille en profita pour creuser davantage.

— Ok, reprit-elle en se penchant de nouveau en avant, du coup… C'est qui la plus jolie fille de la promo selon toi ?

Là par contre, Amos s'arrêta de sourire.

— Tu me gonfles, pourquoi tu veux savoir ça ?

— Par curiosité, répondit-elle simplement, et puis t'as la chance d'avoir une future-belle-soeur comme moi. Tu peux avoir tous les renseignements que tu veux, souviens-toi que je partage les douches avec toutes les autres.

Nox roula des yeux et renâcla de dégoût.

— Je ne suis pas un pervers, Ymir, gronda-t-il outré, et si c'est ça ta stratégie pour entrer dans mes bonnes grâces tu te fourres le…

Il s'arrêta subitement en réalisant ce que la proposition de la grande fille impliquait. La prédation fit immédiatement son retour dans ses yeux verts émeraude, et fixait la jeune femme avec une colère froide.

Ymir en fut si surprise qu'elle effectua un mouvement de recul.

— Heu… fit-elle en sentant un filet de sueur couler le long de son dos, qu'est-ce que j'ai dis ?

Amos prit une très longue inspiration par le nez, et replia sa jambe pour poser la main sur sa dague.

— Dis voir, murmura-t-il d'une voix gutturale, tu ne profiterais pas de la salle de bain commune pour mater ma petite soeur quand elle se lave, par hasard ?

L'expression sur le visage de la grande fille fut aussitôt déformée par la terreur, une réponse des plus éloquentes aux yeux du jeune homme.

— Cours, lui conseilla-t-il en dégainant son poignard.

Et c'est ce qu'elle fit.

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Tranquillement installé derrière le QG des Bataillons tout en fumant sa cigarette, Amos sourit lorsqu'il s'extirpa du souvenir de ce repas partagé avec Ymir.

— J'arrive pas à croire que j'ai fini par accepter une telle perverse dans la famille, gloussa-t-il en tirant sur sa cigarette, à vrai dire… j'ai fait tellement de trucs incroyables pendant mes classes… Et après mes classes.

Il grimaça avant d'écraser son mégot dans son cendrier portatif, observa le levé de Soleil derrière les arbres, et retourna dans l'enceinte du château.

Aujourd'hui était le jour fatidique, le jour de l'embuscade dans le district de Stohess, le jour de sa revanche contre Annie.

S'il était parfaitement honnête avec lui-même, il avait ruminé sa défaite contre le Titan Femelle avec colère. Annie Leonhart n'avait jamais réussi à le battre lors de leurs classes, qu'elle ait réussi à lui infliger une telle défaite sur le champ de bataille… le mettait hors de lui. Et il n'était pas homme à se cacher derrière des faits imprévisibles. La petite blonde s'en était tirée contre vents et marées dans la Forêt des Arbres Géants. C'était à cause de cela qu'ils étaient au pied du Mur, à à peine quelques heures de finir entre les griffes de Lord Peter.

— « Tu ne m'échapperas pas cette fois, je vais t'arracher de la nuque de ton titan et je vais m'amuser… pendant aussi longtemps que nécessaire. »

Le visage larmoyant d'Armin s'imposa dans son esprit, il baissa la tête. Mais sa décision était déjà prise.

— « Il vaudrait mieux qu'Armin n'apprenne pas ce que je vais faire à Annie, sa réaction serait totalement imprévisible. Et bien qu'il soit solide il risquerait quand même de céder. Je regrette d'en être arrivé là, mais il n'y a pas d'autres solutions. Il faut absolument que cette sale garce crache le morceau. »

Amos consulta sa montre, et réalisa qu'il était presque l'heure de petit-déjeuner. Comme à son habitude, il s'était levé bien avant tous les autres. Et c'était à lui de préparer le repas aujourd'hui.

Tout en entrant dans la cuisine, il se remémora la réaction d'Eren lorsqu'ils avaient exposé l'identité du Titan Femelle.

Il grinça des dents avant de sortir les conserves de porridge et les oeufs du placard, avant de s'emparer des épices qu'il avait amené des cuisines du Manoir Hannibal. Puis il mit l'eau à bouillir pour le thé.

— « Je regrette d'avoir laissé Armin gérer son cas, j'aurais dû m'en occuper moi-même, mais…

L'image de Mikasa et lui en train de discuter seuls dans sa chambre le fit frissonner, il poussa un profond soupir en se souvenant de l'expression de l'orientale.

— « Je n'avais pas la force de… enfin j'avais besoin de dormir. »

Même si techniquement il ne devait préparer que les repas de Levi et Eren, il se voyait mal laisser Armin et Mikasa se débrouiller tous seuls. Aussi il fit cinq petites omelettes et cinq portions de porridge.

Il dressa parfaitement la table comme il l'appréciait, plia les serviettes et déposa des portions équitables dans chacune des assiettes. Ce ne fut qu'au moment de servir la dernière assiette que Mikasa fit son entrée dans la salle à manger, le remarqua et remonta son écharpe sur son nez.

Ne sachant comment prendre le geste, il se contenta de la saluer d'un signe de tête qu'elle lui rendit. Hannibal se concentra ensuite sur le service du thé, tandis qu'Ackerman s'asseyait à la gauche de la place d'Eren, en face de la place d'Amos.

— Tu veux quelque chose dans ton thé ou tu le prends nature ? demanda ce dernier en lui tendant la dernière assiette.

— Un peu de sucre, s'il te plait, répondit-elle d'une voix impassible.

Le grand blond brulait d'envie de se retourner pour analyser les traits de son visage, il choisit cependant de ne rien en faire.

— Il n'y en a pas, soupira-t-il en sachant que Levi n'en mettait jamais dans le sien, mais j'ai du miel.

Mikasa releva la tête avec surprise.

— Du miel ? Où est-ce que tu en as trouvé ?

— Je l'ai fauché dans les cuisines du Manoir, répondit Amos en sortant le pot du placard avec une petite cuillère, je te laisse doser à ton goût.

L'orientale resta interdite devant ledit pot… elle n'avait pas mangé de miel depuis son enfance. Depuis son dernier anniversaire avec ses parents… et le gâteau de sa mère.

Elle s'empara timidement de la douceur sucrée, en versa une cuillère dans son thé, mélangea calmement et porta le breuvage à ses lèvres. Le délicieux goût de la substance sirupeuse envahi son palais et elle laissa échapper un petit sourire.

Néanmoins… ce n'était pas exactement le goût dont elle se souvenait, elle passa son doigt sur sa cuillère pour déguster le miel nature… toujours pas…

— Il y a quelque chose qui ne va pas ? demanda Amos curieux par sa démarche.

Mikasa poussa un petit soupir et se remit à boire son thé.

— Ce n'est rien, répondit-elle d'une voix distraite.

Elle brûlait de lui demander s'il avait entendu parler d'un tel gâteau, mais ce ne serai pas correct… Elle devait d'abord demander autre chose :

— Amos ?

— Oui ?

— Comment tu te sens ?

Le noble s'arrêta un instant tandis qu'il servait le thé pour les autres éclaireurs, il hésita à relever la tête, pour finir par lâcher un petit soupir.

— Hé bien… commença-t-il en remplissant la tasse du Capitaine Levi, je ne sais pas vraiment. Je… Je crois qu'en parler m'a fait un peu de bien, mais… je sais pas si ça a vraiment changé grand chose.

Mikasa semblait légèrement triste d'entendre cela, elle se garda cependant de le montrer.

Amos lâcha un râle poli, et s'en alla reposer la théière.

— Disons, reprit-il après un temps, disons que je regrette la façon dont j'ai pu penser pendant des années, et ma mentalité d'enculé. Cependant, je ne changerai pas mes méthodes, et ne les changeraient probablement jamais.

Il soupira de tristesse et se tourna vers l'orientale.

— Je sais qu'au fond je suis le pire genre de salopard qu'on puisse trouver, je suis prêt à faire absolument tout, à commettre les actes les plus abominables s'ils s'avèrent nécessaire, à réussir quelque que soit le prix à payer. Ça… ça ne changera jamais.

L'orientale sentit son coeur saigner en l'entendant, Amos avait toujours été l'une des personnes les plus fortes qu'elle avait connu. Le voir ainsi… ça lui faisait mal. Mais il avait cependant l'air de moins souffrir, il ne se voilait plus la face lorsqu'il lui parlait.

— Tu es très loin… commença-t-elle tout bas avant de parler avec davantage de conviction, très loin d'être le pire des salopards, comme tu dis.

Amos ne répondit pas, il ne croyait tout simplement pas . Cette dernière le remarqua, et prit une grande inspiration.

— Je pense que tu es quelqu'un de formidable, lâcha-t-elle sincèrement.

Le grand blond écarquilla les yeux, il tenta de répondre mais les mots moururent sur ses lèvres. Il sentit alors un léger rougissement colorer ses joues, il tourna la tête et se gratta la tempe droite avec la main gauche pour se cacher.

— J'ai besoin d'une écharpe, avoua-t-il en dissimulant un petit sourire.

Mikasa gloussa doucement et remonta sa propre écharpe sur son nez.

— Qu'est-ce vous fabriquez tous les deux ?

La voix morne de Levi mit un terme immédiat à l'amusement de l'orientale, celle-ci reprit son expression neutre et mangea son petit-déjeuner sans dire un mot. L'officier l'ignora pour contempler la table, Amos prit cependant les devants :

— Bonjour Capitaine, petit-déjeuner servi à six heures trente comme vous l'avez demandé.

— Putain, pourquoi t'as déjà servi le thé ? réprimanda ce dernier. Il doit être froid.

Hannibal haussa un sourcil, avant de prendre l'une des tasses par la soucoupe et de la tendre à son supérieur. Celui-ci haussa un sourcil à son tour, s'empara de la tasse et la porta à ses lèvres. Il fronça les deux sourcils cette fois et regarda le noble droit dans les yeux.

— Comment t'as fais pour le garder chaud ?

— En chauffant les tasses avec de l'eau bouillante avant d'y servir le thé, répondit-il simplement.

Levi nota cette astuce dans un coin de sa tête, puis il donna une tape dans le dos du jeune homme.

— Pas mal, dit-il avant de remarquer que ce dernier n'avait pas bougé.

Le capitaine s'arrêta brusquement et foudroya le grand blond du regard.

— Qu'est-ce que tu t'es encore enfilé ?

À ces mots, Mikasa releva la tête.

— « Enfilé ? Enfilé quoi ?»

— Une concoction secrète à base de poils de chat, répondit nonchalamment le concerné, coupée avec un peu de lessive.

Les yeux de Levi prirent une dangereuse lueur meurtrière.

— De la méthanol, finit par avouer le jeune homme, la survie de l'Humanité pourrait très bien se jouer aujourd'hui, je me dois donc d'être à 100%.

Son supérieur prit une grande inspiration pour se calmer, avant de renâcler et d'aller s'asseoir.

— Dès que ce sera finit, Hannibal, je te donnerai la leçon que tu mérites.

— Je vous crois, répondit ce dernier en s'asseyant à son tour, « ça n'arrivera jamais. »

Ce fut ce moment que choisirent Eren et Armin pour entrer dans la pièce, ils saluèrent leur supérieur et prirent places devant leur assiette respective. Ni l'un ni l'autre ne semblait avoir bien dormi étant donné leurs cernes.

Le repas se fit dans un silence pesant, tous pensèrent à la mission du jour : la capture d'Annie Leonhart, le Titan Femelle.

Une fois terminé, Mikasa et Armin furent désignés pour faire la vaisselle tandis qu'Amos et Eren partaient se préparer, et que Levi se servait une nouvelle tasse de thé.

— Armin ? demanda l'orientale en essuyant une assiette. Est-ce que tu as déjà entendu parler de la Sorcière Noire d'Orvund ?

Le Capitaine des éclaireurs se figea sur place en entendant ce nom.

Le petit blond haussa les sourcils de surprise, puis il prit un temps pour réfléchir.

— Vaguement, répondit-il après hésitation, j'ai entendu des marchants en parler un an après Maria. Ils disaient qu'elle avait été brulée vive… mais qu'elle avait juré de revenir.

Mikasa regarda son ami frémir, comme il n'ajouta rien, elle ne posa pas davantage de question. Ils finirent leur corvée et s'apprêtèrent à quitter la pièce lorsque Levi s'exprima :

— Ackerman ? Reste un moment.

La concernée n'avait aucune envie de rester en compagnie de l'homme qui avait battu Eren et qui torturait Amos. Néanmoins elle se plia à l'ordre de son supérieur tandis que son ami partait en leur jetant un regard inquiet.

— La Sorcière Noire d'Orvund, reprit lentement l'éclaireur en levant le nez de sa tasse, où as-tu entendu ce nom ?

— Ça ne vous concerne pas, Monsieur, répondit-elle intransigeante.

Levi haussa un sourcil et roula des yeux.

— Hannibal et toi vous devez vous entendre à merveille, fit-il remarquer pour le plus grand agacement de la jeune fille.

Il marqua un temps pour déguster son thé, avant de reprendre avec sérieux :

— Le nobliau ne prononcerait pas ce nom à la légère, il est important que je sache dans quel contexte il l'a prononcé.

— Pourquoi ? demanda-t-elle en refoulant son inquiétude grandissante.

Mais Levi la lu sans problème.

— Parce qu'y a qu'un seul môme qui a survécu à cette garce, répondit-il d'une voix morne, suffit de faire le rapprochement avec les cicatrices d'Hannibal. Je suis plus clair ou tu veux que je te fasses un dessin ?

Mikasa commençait sérieusement à s'énerver, elle prit une grande inspiration pour se calmer.

— Capitaine, vous pouvez m'en dire plus s'il vous plait ?

Ledit capitaine la regarda du coin de l'oeil en haussant un sourcil, ce qui eut pour effet d'accentuer l'énervement de l'orientale.

— La Sorcière Noire d'Orvund était sans l'ombre d'un doute, la pire salope de toute l'histoire de l'Humanité. Cette dégénérée prétendait qu'elle avait invoqué des forces obscures, elle pratiquait des rituels visant à sacrifier des enfants et des vierges pour augmenter ses « pouvoirs ».

Mikasa écarquilla les yeux d'horreur.

— Elle avait tout un culte pour la vénérer comme une déesse, ajouta le capitaine en buvant une lampée de thé, c'est pourquoi il a été si difficile de l'attraper, elle avait des connexions partout. Elle a sévit pendant des années, et à en juger par les cicatrices d'Hannibal, il a dû croiser son chemin.

— Comment ça ?

— Elle torturait ses victimes, précisa Levi en finissant sa boisson, un moyen pour elle de se « nourrir de leur force vitale avant de sacrifier leurs vies ».

Mikasa resta interdite, la respiration coupée, les muscles tendus, le corps tremblant de haine.

— Elle a fini brulée vive, acheva le capitaine en se levant pour laver sa tasse, fin de l'histoire.

— Je vois, merci, répondit l'orientale avant de commencer à partir.

Elle s'arrêta cependant, car une question venait de germer dans son esprit.

— Comment vous savez tout ça ?

Ce ne fut que l'expérience qui prévint la crispation de Levi, il continua de nettoyer sa tasse comme si de rien était.

— Je l'ai traqué une fois, pour des raisons personnelles, répondit-il d'un ton morne et impassible tout en inspectant la propreté de son récipient, je l'ai trouvé, elle a gagné.

Mikasa fut sincèrement choquée de l'entendre, elle avait vu le Capitaine déchiqueter le Titan Femelle en a peine quelques secondes. Qu'il se soit fait battre un jour par une simple humaine était très difficile à croire.

— « Qui était ce… monstre ? Et qu'est-ce qu'elle a fait à Amos ? »

Levi releva la tête, croisa le regard de la jeune fille, et soupira.

— L'histoire est terminée, t'iras t'expliquer avec Hannibal plus tard. Pour l'instant concentre-toi sur la mission du jour, et souviens-toi que si on perd Eren, l'Humanité est foutue.

Mikasa fut brutalement ramenée à la réalité, elle garda ses questions dans un coin de sa tête avant de se cuirasser l'esprit. Une chose à la fois, aujourd'hui Annie mordra la poussière, et paiera pour tous ses crimes.

Satisfait par ce qu'il voyait, Levi la congédia d'un signe de tête, et renâcla discrètement sa frustration une fois seul.

— « Hannibal et moi on va avoir une petite conversation dès la fin de cette putain d'opération. »

L'image d'une jeune femme aux cheveux roux vêtue d'un uniforme d'éclaireur s'imposa dans l'esprit du Capitaine, il serra les poings. Avant de se concentrer à son tour sur la mission du jour et de sortir de la salle à manger en ignorant ses vielles et violentes émotions.

— « Comment est-ce que ce gamin a réussi à échapper à cette monstruosité ? »

(-)

Stohess était, comme à son habitude et comme toutes les villes du Mur Sina, une cité radieuse. Ses habitants étant galvanisés par la sécurité que leur offrait l'Intérieur, ils étaient tous heureux de vivre une vie de paix sans avoir à se préoccuper d'autre chose que leur traintrain quotidien. Toutefois, les habitués auraient remarqués que de nombreux commerces avaient fermés sans prévenir en milieu de semaine. Et quelqu'un de très attentif aurait fait le lien avec les multiples chariots qui avaient traversés la porte qui reliait le District à la Capitale durant la nuit.

Mais Annie Leonhart se fichait éperdument de tout cela, elle se contentait de saluer le convoi mené par le Commandant Niles Dawk aux côtés des autres jeunes recrues. Le convoi qui amenait Eren Jaeger devant la Cour afin que son cas soit définitivement traité.

Annie avait pitié de lui. Tout ce qu'il voulait c'était aider l'Humanité, mais maintenant l'Humanité allait l'exécuter. L'ironie était profonde.

Une fois la dernière diligence passée, Leonhart commença à suivre le reste des jeunes recrues chargées de l'escorte, et passa devant une ruelle où se dissimulait une petite silhouette.

— Annie ? murmura une voix familière.

La concernée se figea, attendit que tout le monde s'éloigne, et s'engagea dans la ruelle à la recherche de celui qui l'avait interpellée. Cette personne n'était autre qu'Armin, vêtu d'un grand imperméable vert.

— Bonjour, salua-t-il avec un sourire.

— Armin, répondit-elle sincèrement surprise de le voir. Qu'est-ce que tu fais dans cette tenue ?

— Je fais le porteur, je cache mon équipement tridimensionnel avec mon imperméable.

Sur ces mots, il souleva le vêtement pour dévoiler son mécanisme.

La petite blonde prit un air assez inquiet en le découvrant.

— Qu'est-ce que ça signifie ?

— Annie… Tu veux bien aider Eren à s'échapper ?

Cette fois elle eut l'air sceptique.

— Pour qu'il aille où ? Il n'a nulle part où s'enfuir à l'heure actuelle, et le gouvernement le traquera sans relâche.

— Il se cachera le temps qu'Amos parvienne à convaincre son grand-père de lui donner une seconde chance. On ne compte pas se rebeller de front contre le gouvernement, rassures-toi. Amos prévoit d'amadouer le Premier Ministre en acceptant de se fiancer, puis il…

Armin se mordit la langue, son interlocutrice devina sans peine que le prochain détail gênait le petit blond.

— …puis il… le fera assassiner… et prendra le contrôle du Gouvernement.

Annie écarquilla les yeux de surprise, était-ce possible ?

— Attends… On peut espérer une telle chose ? Comment Amos va s'y prendre ?

— Apparement c'est un coup qu'il prépare depuis des années, expliqua Armin en tachant de ralentir les battements de son coeur, il aurait aimé attendre encore un peu, mais l'échec de notre dernière expédition et la pression de Lord Peter lui ont forcé la main.

La brigadière haussa un sourcil, Hannibal avait toujours semblé plus dangereux qu'il ne laissait paraitre, mais de là à tenter un coup pareil…

— Pourquoi tu as besoin de mon aide ? demanda-t-elle méfiante. Si Amos est si influant qu'est-ce que je peux faire qu'il ne peut pas faire ?

— Il y a eu un problème dans notre plan initial, répondit Armin presque trop précipitamment. De base nous étions supposés nous échapper avant d'atteindre Sina, mais les Brigades Hannibal nous ont surveillés de si près qu'on a eu qu'une minuscule fenêtre d'action pour remplacer Eren par Jean. Maintenant on ne peut plus compter sur Amos, il a été transporté hier à la Capitale après qu'il soit revenu blessé de l'Expédition. Il nous faut l'aide d'une brigadière pour passer les postes de contrôle des Brigades Spéciales… Je suis désolé, je ne veux pas te mettre dans une telle position… Amos s'assurera que tu n'aies pas de problème…

— Et si je refuse ?

La question était froide et morne, typique de la terreur de la 104ème.

Armin la regarda avec incrédulité avant de baisser la tête.

— Si tu refuses… Eren se fera probablement tué avant qu'Amos n'ait pu faire quoique ce soit. C'est encore son grand-père qui mène la danse et il veut absolument le voir disparaitre. Je… Je ne sais pas quoi te dire pour te convaincre, si ce n'est que j'ai besoin de toi.

Leonhart leva un sourcil sceptique.

— Pourquoi moi ? Qu'est-ce qui te fait croire que je suis une bonne personne pour faire un truc pareil ?

Armin déglutit, et croisa son regard bleu-acier en rosissant légèrement.

— Une bonne personne ? Personnellement je n'aime pas beaucoup cette expression, car c'est ce que l'on dit aux gens lorsque cela nous arrange. Et je sais par expérience qu'il suffit d'une seule mauvaise décision pour devenir mauvais aux yeux de quelqu'un. Mais si tu veux tout savoir Annie… de mon point de vue, tu as toujours été quelqu'un de bien. Et ça ne changera pas quel que soit ta décision.

Leonhart était touchée et surprise d'entendre ces paroles avec autant de sincérité, elle sentit alors un sentiment lourd peser contre sa poitrine.

— Je le pense, poursuivit Armin, parce que je sais que quoique tu décides, tu ne le feras pas parce que tu as de mauvaises intentions, mais parce que tu… penses que c'est la meilleure chose à faire. Ce qui ne veut pas dire que tu n'éprouveras pas de remords si jamais tu ne m'aides pas. Et c'est ce qui me fait penser que tu es quelqu'un de bien.

Annie resta silencieuse, hésitante, et légèrement désorientée. Elle avait apprécié ces mots, Armin la comprenait si bien… il l'aidait à se sentir mieux.

— D'accord, finit-elle par dire en déposant son fusil.

Puis elle enfila discrètement un anneau en argent avant d'ajouter :

— Je te suis.

(-)

Annie et Armin rencontrèrent Mikasa et Eren un peu plus loin, tous deux couverts par leurs imperméables. Les quatre anciens cadets de la 104ème parcoururent les routes secondaires pour éviter les soldats, et jusqu'à présent cela semblait fonctionner.

— C'est passé, commenta doucement Eren. Je ne peux pas croire que c'était si facile.

— Chut, réprimanda Mikasa.

Eren soulevait un très bon point sans le savoir, c'était trop facile.

— Les Brigades Spéciales travaillent dur, ironisa-t-il, c'est à se demander pourquoi ils prennent la peine de mettre leurs uniformes.

— Arrête de regarder à droite et à gauche, exhorta Mikasa, les Brigades Hannibal pourraient très bien nous observer.

— J'espère qu'ils n'ont pas encore remarqué mon sosie, continua-t-il en l'ignorant. Il sera grillé dès qu'il descendra de la calèche. Jean et moi on se ressemble pas du tout.

— « Et c'est reparti, » songea Annie en résistant à l'envie de lever les yeux au ciel. Certaines choses ne changeaient jamais.

— Ça va aller, assura Armin, Vous avez tous les deux un regard de brute et une tête de brigand.

— J'ai pas sa tête de cheval, protesta Eren.

— Hé, interrompit Annie qui en avait déjà marre, si j'avais refusé de vous aider, c'était quoi votre plan B ?

— Les égouts, répondit Armin, mais c'était tellement immense que j'avais très peur qu'on se perde et qu'on finisse par déboucher au milieu de la capitale.

Annie haussa un sourcil, avant de dire d'une voix froide :

— Je vois, c'est un très bon plan.

Mikasa tilta immédiatement et serra discrètement les dents, les poignées de ses épées la démangeait terriblement.

— Dit Armin, reprit la petite blonde, tu m'as dis qu'Amos était blessé. Ce n'est pas trop grave ?

Le concerné se raidit automatiquement, avant de baisser la tête.

— C'était hideux, il s'est drogué pour paraitre indemne devant le peuple… Mais il va lui falloir du temps avant de pouvoir être de nouveau apte au combat.

— Je vois, répondit Annie en essayant de paraitre impassible.

Mais Armin cru détecter de la déception dans sa voix. Était-elle déçue de ne pas l'avoir tué ?

Il n'eut cependant pas le temps de pousser sa réflexion, car le petit groupe venait d'arriver à destination.

— Le voilà, annonça-t-il.

Les trois suivirent Armin jusqu'à un escalier qui menait sous terre, un endroit dans lequel un métamorphe ne pourrait pas se transformer même si il ou elle en avait besoin.

— Ici ? demanda Annie troublée.

— Oui, confirma Arlet en descendant les escaliers avec Eren et Mikasa sur les talons. Nous passerons par là. C'est ce qui reste d'une ville souterraine qu'ils prévoyaient de construire il y a longtemps. Et si j'ai raison, cela devrait nous conduire aux environs de la porte extérieure.

— Beau travail, Armin, complimenta Eren. C'est génial.

Les trois s'arrêtèrent soudainement quand ils réalisèrent qu'Annie était toujours en haut des escaliers, immobile, le regard froid comme la mort.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Eren confus. T'as pas peur du noir, si ?

— Et si c'était le cas ? répondit Annie d'un ton outrée. Je m'attends pas à ce qu'un courageux suicidaire comme toi me comprenne. Tu ne sais pas ce que c'est que d'être une fille fragile paralysée par la peur.

Armin grimaça, il savait qu'elle savait.

Allongé sur le dos contre le toit à vingt-cinq mètres derrière le Titan Femelle, Amos laissa échapper un discret râle de fumée sans décoller sa cigarette de son bec. Les éclaireurs qui l'entouraient lui jetaient des regards réprobateurs intenses suite au stress qu'ils ressentaient, mais le noble n'en eut cure.

— « Prévisible, » songea-t-il en tirant une nouvelle bouffée, « voyons comment Armin s'en sort. »

— Une fille qui peut renverser un homme adulte n'a rien de fragile, remarqua Eren avant de s'enfoncer sous terre, arrête tes conneries et avançons.

Hannibal posa une main sur son front.

— « Oh… Eren… »

— Non, je refuse, déclara-t-elle fermement. J'aiderai si on reste à la surface, sinon je me tire.

Il y eut une longue pause qui fit monter la tension, plus personne n'était dupe à présent.

— Arrête d'être têtu, bordel ! cria soudainement Jaeger. Magne-toi de descendre espèce de connasse ! Sinon on va se faire…

— « Espèce de connasse, » récita Amos en contenant son éclat de rire.

— Arrête de crier, réprimanda Mikasa. Quelqu'un va t'entendre.

— Ça va aller, Mikasa, dit Annie. Il semble que pour une raison quelconque, il n'y a plus personne dans les environs.

Elle adressa à Armin un regard déçu, mais fut surprise par la façon dont le petit blond la regardait en retour.

Il avait l'air si triste, si désolé. Pourquoi donc avait-il l'air désolé ?

— Ne me regarde pas comme ça, Armin, demanda-t-elle en ravalant son ton suppliant, Ça me fait mal. Ça me fait vraiment mal.

Ce dernier tenait un pistolet caché dans sa main, il souffla du nez avant de lui faire totalement face.

— Annie… pourquoi tu avais l'équipement tridimensionnel de Marco lors de l'inspection ? Je l'ai reconnue au premier coup d'oeil… Qu'est-ce que… Qu'est-ce que Marco a entendu pour… pour finir ainsi ?

Les yeux de la petite blonde s'écarquillèrent très légèrement, elle soupira tout aussi légèrement.

— Je sais pas vraiment, admit-elle de façon évasive, mais le travail devait être terminé.

Il déglutit.

— C'est toi qui a tué les deux Titans capturés, continua-t-il alors qu'une larme coulait le long de sa joue pour la plus grande horreur de son interlocutrice.

— Peut-être, répondit-elle d'une voix monotone très énervante. Mais si tu t'en doutais depuis le mois dernier, pourquoi as-tu attendu si longtemps pour dire quoi que ce soit ?

— Je ne voulais pas y croire, avoua simplement Armin, j'ai refusé d'y croire et ça m'a coûté. Comme ça t'as coûté de m'épargner deux fois.

Un silence de mort s'écrasa sur les personnes présentes, alors que le vent prenait de la vitesse.

— Tu as raison, dit Annie, on en est là parce que je t'ai laissé vivre. Bien sûr, je n'aurais jamais cru que tu finirais par m'acculer comme ça.

Elle se mit soudainement à parler toute seule.

— Pourquoi ? Pourquoi ne t'ai-je pas tué ?

De son côté, Eren en avait assez entendu, il s'apprêtait à prendre la parole pour supplier sa camarade, mais Armin le devança par une déclaration qui le paralysa avec tous les autres :

— Je t'aime.

Mikasa et Eren regardèrent leur ami comme si une deuxième tête venait de lui pousser, mais personne n'était plus choqué qu'Annie elle-même. La petite blonde fut soudain prise d'une crise d'hyper ventilation, ses yeux s'embuèrent instantanément.

— « Putain Armin ! » songea Amos en mordant son mégot de frustration. « Tu vas complètement perturber Eren ! »

— Je me souviens de cette nuit, ajouta Armin en déglutissant et en ignorant la bouche béate de Leonhart, je me souviens de tout et je ne l'oublierai jamais. Je le chérirai pour toujours ! C'est pour ça que je n'ai rien dit !

Annie balbutia des paroles inintelligibles et cligna des yeux à de multiples reprises, elle se sentait comme foudroyée.

Le petit blond grimpa deux marches avant de continuer :

— Annie… Je… Je sais que tu n'es pas un monstre, dit-il d'une voix étranglée par les sanglots, tu avais dix ans quand le Mur Maria est tombé. Quel enfant de dix ans fait un truc pareil de son propre chef ?! Tu avais des ordres, tu ne pouvais que les suivre parce que c'est ce que tu as toujours connu, n'est-ce-pas ?!

Annie effectua un pas en arrière, l'expression de son visage était aussi horrifié que soulagé.

— Annie ! Je t'en supplie ! Tu n'avais pas le choix jusque là ! Mais maintenant… maintenant tu en as un ! S'il te plait ! Joins-toi à nous ! Dis nous, dis nous ce que nous ignorons ! Je t'en supplie !

Leonhart le regarda avec des yeux aussi larmoyants qu'horrifiés, et considéra sa proposition pendant un instant qui paru durer une éternité.

— « Osé Armin… putain… je prie pour toi pour que ça marche, sinon je la charcute. »

— Personne ne me pardonnera, fit-elle remarquer alors que ses larmes continuaient de couler, tout le monde me haïra… Comme ce fut le cas jusqu'à maintenant…

Cette dernière révélation fit hausser le sourcil d'Amos, il alluma une autre cigarette avec la braise de la première.

— Moi, reprit Armin après s'être essuyé les yeux d'un revers de manche, moi je ne t'en ai jamais voulu. Si jamais tu fais ce choix, je veux que tu saches que je serai toujours à tes côtés ! Quoiqu'il arrive !

Annie écarquilla les yeux à s'en exploser la rétine une dernière fois. Armin… Armin sera toujours à ses côtés ? Cette simple pensée suffit à tout remettre en question du point de vue de la jeune fille.

Que faire ? Abandonner tout ce pour quoi elle avait bataillé jusque là au profit d'un avenir éphémère ? Ou c…

Annie s'arrêta de penser après cette première hypothèse, un avenir éphémère ? Empli de souffrance et de regrets pour un stupide amour d'adolescente ? Un avenir condamné à l'extinction quoi qu'il arrive ? Réduisant toutes ses atrocités, ses crimes et ses sacrifices à néant… La forçant à regarder Armin mourir ? Non… Elle ne pouvait pas faire ça… Pas quand son père l'attendait à la maison et continuerait de donner du sens à sa vie longtemps après sa mort. C'était trop pour pas assez… au fond le choix était des plus logiques. Même s'il était incroyablement douloureux.

— Armin… dit la jeune fille d'une voix possédée par les larmes, je suis si contente… si heureuse de t'avoir entendu prononcer ces mots… Je veux que tu saches… que je t'aime aussi… et que je suis tellement heureuse de t'avoir rencontré… Malheureusement… ni toi ni moi n'aurons ce que nous désirons.

Cela suffit à écraser les derniers espoirs du petit blond qui sentit pour la deuxième fois en deux jours son coeur se faire broyer par l'impitoyable main du destin. Ses dents se serrèrent au point de manquer d'exploser.

— C'est terminé, Armin, poursuivit Annie avec regret en jetant un vague coup d'oeil à Eren et Mikasa, tu dois faire ce que tu as à faire, je ferai ce que j'ai à faire.

— « Le devoir est la mort de l'amour, » récita la voix d'Amos dans la tête d'Arlet qui la baissa.

Le choix était fait, il n'y avait plus de retour en arrière possible.

Eren en avait assez entendu, et tenta alors une manoeuvre désespérée :

— Annie ! hurla-t-il d'une voix complètement paniqué. T'as poussé cette blague assez loin ! Dis-nous simplement que c'était une farce horrible ! Il n'est pas trop tard ! Allez ! Descends et parlons ! Tu peux nous prouver qu'on se plante en descendant ces escaliers ! Prouve qu'on a tort de t'accuser !

— « Putain…! Pourquoi est-ce que… est-ce que… je ne t'ai pas préparé à ce genre de situation ? »

Amos était furieux contre lui-même en entendant les braillements d'Eren, jamais il n'aurait dû laisser Armin s'occuper de Jaeger.

— Ça suffit ! rugit Mikasa en laissant tomber sa capuche. J'en ai assez entendu !

Sur ces mots l'orientale tira l'une de ses lames en affichant un regard assassin en direction de la petite blonde.

— Je vais te découper une deuxième fois, TITAN FEMELLE !

Annie manqua d'exploser de rire après cette déclaration, avant de croiser le regard de la métisse. Elle s'arrêta en plein élan, puis fronça les sourcils.

— Ouah… lâcha-t-elle impressionnée. Je t'ai jamais vu aussi furieuse, Mikasa.

Cette dernière parvint à accentuer sa furie… surprenamment.

— Laisse-moi deviner… soupira la petite blonde, c'est parce que j'ai fait souffrir Armin ? Ou parce que j'ai essayé d'enlever Eren ?

La métisse ne bougea pas d'un centimètre, ce qui épaissit le mystère aux yeux de la traitresse.

— Non ? Bah alors pourquoi…?

Un éclair de réalisation traversa le regard bleu argenté de la brigadière, et cette fois, elle laissa échapper un authentique éclat de rire aussi terrifiant que sincère. Les trois natifs de Shiganshina l'observèrent se bidonner avec des regards effarés tandis que le noble de Mitras se contentait de froncer les sourcils derrière son toit.

— Ah je vois, reprit Annie en se calmant, tu m'en veux pour ce que j'ai fait à Amos.

Cette fois, Mikasa eut un léger frémissement qui n'échappa à personne, pas même au grand blond caché derrière le toit.

— C'est pas ma faute tu sais, quel genre d'abruti se sacrifie pour une imbécile comme toi ?

L'orientale sentit une fureur infernale gronder au sein de ses entrailles, de son côté, Hannibal laissa la prédation s'occuper de sa réflexion.

— « À agir en pétasse on est traité en pétasse, Annie. Je ne répond plus de mes actes à partir de maintenant. Les sentiments d'Armin ne te sauveront pas ! »

— J'aurais dû me douter que les psychopathes étaient ton délire, reprit la brigadière en gratifiant la métisse d'un regard moqueur, t'as pas idée de la merde dans laquelle tu te fourres et t'y sautes la tête la première. J'ai fait la même connerie avec un connard de son genre si tu veux tout savoir…

Hannibal haussa un sourcil curieux, tandis que Mikasa sentait son sang bouillir à une température délirante, elle incendia son ennemie de la lueur la plus meurtrière que ses yeux de jais aient jamais conjuré.

Mais à ce stade, Annie Leonhart n'en avait plus rien à faire, elle revint vers le petit blond, les joues humides et le sourire triste.

— Armin… Je suis tellement contente d'avoir tant compté pour toi… Ça me rend réellement heureuse tu sais… ? Pour l'instant… Il semble que tu aies gagné ton pari.

Les lèvres de la traitresse s'élargirent jusqu'à atteindre ses oreilles, le petit blond serra les dents de terreur.

— Mais moi… Moi je pari sur cet instant !

À ces mots, elle amena son index vers sa bouche afin de le mordre.

Armin réagit au quart de tour, il leva son pistolet à fumigène et pressa la détente en ignorant tous les sentiments qui le rongeaient.

À son signal, plusieurs soldats en tenue civile surgirent hors et derrière les bâtiments pour foncer à pleine vitesse vers Annie. Amos en profita pour faire l'exact contraire; s'éloigner de la zone. Le coup de feu tiré par le petit blond désorienta suffisamment la fausse brigadière pour qu'elle soit attrapée et bâillonnée afin de prévenir une transformation. Cependant, elle ne lutta pas malgré l'assaut. Elle se contenta de croiser son regard froid avec celui du garçon qu'elle aimait, avant de dégainer une lame cachée dans sa bague. Mikasa réalisa le danger avant ses amis et les entraina dans les profondeurs de la terre avant qu'il ne soit trop tard.

— Qu'est-ce que tu…? protesta Armin.

— C'est trop tard ! gronda la métisse avec regret.

Annie se trancha le doigt avec la lame de sa bague.

Bien qu'il fut à un pâté de maison plus loin, Amos observait sa proie à l'aide d'un télescope portatif qu'il replia en constatant la prévisible issue des négociations.

— C'est parti, sourit-il de toutes ses dents alors qu'un éclair surgissait du ciel pour frapper Stohess.

L'onde de choc vint balayer ses cheveux blonds.

— Bataille décisive en un round gagnant, dit Amos en se léchant les babines, tu ne m'échapperas plus jamais.