Chapitre XVI : Les Réponses d'Amos
Amos écarquilla les yeux de colère en réalisant qu'il était en train de déprimer au lieu de réfléchir, enragé contre lui-même, il se claqua les joues et ramassa son télescope.
— « Concentre-toi, Hannibal ! » se réprimanda-t-il en observant de nouveau le titan dans le mur. « Ce n'est pas le moment de déprimer ! »
Le noble calcula rapidement le diamètre de l'énorme tête écarlate, avant d'en déduire approximativement la taille de son porteur.
— « Il doit faire au moins 47 mètres, » nota-t-il avant de balayer l'enceinte du district de Stohess du regard, « si tous les murs sont remplis de ce genre de titan, vu leur épaisseur et leur longueur, il doit y en avoir au moins… »
Il écarquilla les yeux de terreur, avant de tirer une dernière bouffée de sa cigarette et de la jeter nonchalamment par dessus le toit de la caserne.
— « La vache… ça fait un bail que j'avais pas ressentit un tel effroi. Ils étaient tous sous mon nez pendant tout ce temps… endormis pendant plus d'un siècle…»
Une étincelle de réalisation traversa ses pupilles d'émeraude, il lâcha un râle bestial agacé.
— Je crois que je commence à comprendre… si j'ai vu juste, ça expliquerai pourquoi ils nous ont attaqué et infiltré…
Amos croisa les bras, et regagna la chambre qu'il partageait avec Eren. Ce dernier ainsi que Mikasa s'étaient endormis pendant qu'il était sorti. Le noble récupéra ses affaires à pas de loup, se changea malgré la présence de l'orientale endormie, et repartit tout en se grattant pensivement le menton.
— « Bon… j'ai une idée générale de ce qui est en train de se produire, mais il me manque encore beaucoup trop d'éléments pour tout comprendre… Je ferai mieux de partager ce que je sais avec Erwin, ça ne peut qu'améliorer nos prochains mouvements. »
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Annie Leonhart s'était rarement sentie aussi misérable de toute son existence.
Après sa capture, les éclaireurs l'avaient enfermé dans une cellule souterraine tout en enfermant ses moignons dans des cloches de fer afin d'empêcher la régénération. La blonde était assez impressionnée par cet ingénieux procédé, elle supposa qu'elle devait sa création à Amos.
Elle serra les dents en repensant au noble. Elle avait beau se creuser la tête, personne, pas même Reiner ne suscitait un tel excès de haine de sa part. Hannibal l'avait massacré pendant leurs classes, il avait amplifié les émotions effroyables qu'elle avait ressentit en assassinant Marco par son conseil qu'elle avait commit l'erreur de suivre, et pire que tout, il lui avait arraché le coeur pour le broyer sous ses yeux. Et si encore ce n'était que ça… Ce qu'il était… le pouvoir absolu qu'il détenait… rendait toutes ses actions écoeurantes.
Il avait au moins eu la gentillesse de lui avouer qu'il avait mentit. Le soulagement qu'elle avait ressentit à ce moment fut salutaire pour elle malgré sa capture et ses membres tranchées. Le simple fait que les sentiments qu'elle partageait avec Armin étaient réels suffisaient à la combler dans ses moments les plus noirs. Comme celui-ci.
La porte du couloir s'ouvrit, et elle entendit une personne s'approcher de sa cellule. Une seule personne… Leonhart poussa un soupir de résignation et releva la tête. Qui allait être son premier visiteur ? Armin ? Peu de chance. Jean ? Il voudra surement savoir ce qui est arrivé à Marco. Amos ? Peut-être, c'était même assez probable. Le Major Erwin ? Il ne descendrait pas seul. Alors…
— Salut pétasse.
Annie eut un peu de mal à ravaler la peur que lui inspirait le capitaine Levi. Le soldat le plus fort de l'Humanité s'était avancé d'un pas presqu'ennuyé, avant de se planter devant les barreaux de sa cellule pour la foudroyer du regard. La Femelle avait encore en tête la raclée que l'éclaireur lui avait collé dans la Forêt des arbres géants. La vitesse à laquelle il l'avait découpé l'avait fait paniquer au point d'appeler une nouvelle fois les titans malgré de très faibles chances de survie.
Elle maintint une expression neutre et répondit :
— Vous êtes très malpoli.
— Et tu as perdu pas mal de poids, répliqua-t-il en constatant ses membres tranchées. Ça me fait un peu chier je t'avoue, ça m'enlève plein d'os à casser.
Levi nota le léger frémissement de la Femelle, celle-ci se maitrisa.
— Qu'est-ce que vous me voulez ?
— Des réponses, dit-il d'un ton tranchant, pourquoi toi et tes copains avez détruit le Mur Maria ? Qu'est-ce que vous êtes venu faire ici ? Et surtout, pourquoi tu as changé de cible pendant la Bataille de Stohess ?
Annie leva simplement un sourcil.
— Allez vous faire foutre, déclara-t-elle simplement.
Levi ne laissa aucune émotion transparaître, il conserva sa figure morne.
— Je cracherai le morceau tout de suite si j'étais toi. Si tu ne parles pas, les nobles vont finir par te mettre le grappin dessus. Et il n'est pas dit qu'ils seront aussi patients que moi.
Leonhart renâcla avec moquerie, ce qui ne fit qu'agacer le capitaine.
— Les nobles m'ont déjà mit le grappin dessus, répondit-elle nonchalamment, et contrairement à ce que vous supposez, Amos est très patient.
L'un des sourcils du petit homme s'arqua par réflexe, Annie savait qu'elle avait trouvé une faille.
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ? grinça-t-il irrité. Pourquoi est-ce que tu as abandonné la capture d'Eren pour lui courir après ?
— Parce que c'est un menteur, répliqua l'espionne, un menteur et un manipulateur. Ce salopard nous mène tous en bateau depuis le départ, il sait. Il sait absolument tout. Je sais pas ce qu'il compte faire, mais je suis sûre d'une chose, absolument personne ne sortira gagnant à part lui. On est juste des pions sur son échiquier.
Leonhart manqua de grimacer lorsqu'elle vit Levi rouler des yeux.
— Belle tentative, dit-il de sa voix morne, donne-moi donc une bonne raison de te croire.
En vérité, l'éclaireur était très intriguée par ce que la Femelle avançait, certes, il se méfiait toujours du noble, mais celui-ci avait saigné sur le champ de bataille aux côtés de ses camarades. Il avait faillit y rester pour sauver l'une d'entre eux, et la frustration qu'il avait manifester après son échec était réelle. Qu'est-ce que la prisonnière pouvait dire qui ferai pencher la balance dans le sens inverse ?
— Capitaine Levi ?
Le concerné souffla du nez, avant de se tourner vers la personne qui venait l'interrompre, celle-ci était plus grande que lui, avait des cheveux blonds coiffés en queue de cheval et un regard bleu acier. Il nota les quatre hommes qui l'accompagnaient avant de reporter son attention sur elle,
et grimaça légèrement en notant la chauve-souris sur leurs uniformes.
— Qu'est-ce qu'il y a ? grinça-t-il.
Sans plus de cérémonie, elle tira un papier de sa poche qu'elle colla devant le visage de l'éclaireur.
— Par ordre de son excellence, le Premier Ministre. La criminelle Annie Leonhart est placée sous notre juridiction.
La concernée serra les dents en entendant cela.
Levi retint de justesse son envie de déchirer le papier qui lui était tendu, au lieu de cela, il écarta le bras de la jeune femme avec son index.
— À moins que le Major Erwin ne vienne me donner son approbation, vous ne prendrez pas notre prisonnière.
— Nous n'avons pas besoin de l'approbation du Major, répondit-elle en faisant signe à l'un de ses hommes d'aller ouvrir la cellule. Nos ordres proviennent du Premier Ministre en personne.
Levi se saisit du poignet du brigadier qui s'apprêtait à insérer la clef dans la serrure, aussitôt, les soldats dégainèrent leurs pistolets et les pointèrent sur la tête du petit homme. Celui-ci ne prit même pas la peine de réagir à cette menace.
— Les armes à feu ne sont pas conseillées dans les lieux étroits comme celui-ci, prévint-il en resserrant sa prise sur le brigadier qu'il tenait.
Surprenamment, ce dernier parvint à conserver une figure stoïque malgré la douleur qu'il devait ressentir.
— Capitaine Levi, reprit la blonde, si vous persistez à vous dresser face à la volonté du gouvernement, nous n'aurons d'autre choix que de vous déclarer rebelle. Et nous serons alors forcé d'investiguer les rangs du Bataillon à la recherche de complices.
L'éclaireur renâcla de colère en entendant cela, elle ne prenait même pas la peine de dissimuler sa menace.
— Beaucoup de nos camarades sont morts pour capturer cette garce, gronda-t-il en pensant à son escouade.
— Et nous leur en sommes très reconnaissants, dit-elle avec indifférence, à présent, veuillez vous…
— Lieutenant Traute !
La blonde et ses compères se raidirent instantanément en entendant cette voix, ils se retournèrent comme un seul homme pour s'incliner devant le nouvel arrivant.
— Lord Amos, salua-t-elle tandis qu'Annie et Levi levaient les yeux au plafond face à leur soudaine docilité, c'est un plaisir de vous revoir, milord.
— J'aurais dit la même chose si vous n'étiez pas en train de tenter de chaparder ma prisonnière, grogna le jeune homme en descendant les marches. J'avoue cependant que je suis un peu déçu, je m'attendais à voir votre supérieur.
— Le capitaine n'a pas jugé bon de venir, répondit-elle en relevant la tête, selon lui c'était une perte de temps.
Sans crier gare, Hannibal parcouru rapidement la distance qui le séparait de la brigadière, se saisit de son papier et l'incendia à l'aide d'une des bougies qui éclairaient la pièce.
— Vous auriez dû en faire de même, dit le grand blond exaspéré.
Traute fronça les sourcils d'incompréhension.
— Milord…?
— Lieutenant, coupa-t-il, vous allez retourner à Mitras informer mon estimé grand-père qu'Annie Leonhart est ma prisonnière. Et que s'il la veut, il devra venir me la prendre en personne. Dites-lui aussi que lui et moi nous allons avoir une petite conversation tôt ou tard, et précisez que je n'apprécie pas qu'il se soit permis d'omettre certains détails cruciaux. Ah, et tant que vous y êtes.
Il sortit une feuille pliée en quatre qu'il tendit à la brigadière, celle-ci s'en empara avec curiosité.
— Confiez ces instructions à votre capitaine, à présent veuillez nous laisser.
Traute et les brigadiers s'inclinèrent sans poser de questions et quittèrent le sous-sol sous le regard morne de Levi.
— Plus aucun privilège, hein ? fit remarquer ce dernier avec sarcasme.
— Officiellement, nuança Amos avec un sourire tout en jouant avec les clefs de la cellule, officieusement, aucun d'entre eux n'est assez stupide pour discuter mes ordres. Ils savent tous très bien ce qui risquerait d'arriver, et ils savent aussi que je n'ai nul besoin de mon grand-père pour me faire respecter.
Un reniflement bruyant vint faire écho à ses paroles, les deux éclaireurs se tournèrent vers leur prisonnière.
— Quelle farce, grogna-t-elle en foudroyant Hannibal du regard, t'as vraiment honte de rien.
Le noble haussa un sourcil, avant de lui adresser un sourire moqueur.
— Pas vraiment non, dit-il en se tournant vers la Femelle tout en effectuant un discret signe de la main à Levi pour qu'il n'ait pas l'idée de l'interrompre. Mon petit jeu t'énerve-t-il tant que ça ?
Annie l'incendia du regard le plus furieux et le plus meurtrier qu'elle fut jamais capable de conjurer, elle serrait les dents si fort que celles-ci menaçaient presque de craquer.
— Tu es écoeurant et pathétique ! cracha-t-elle avec tout son mépris. Tu te pavanes comme si ton autorité et tes exploits venaient de ton propre fait ! Mais on sait tous les deux ce qu'il en est réellement, Amos ! Tu n'es rien de plus qu'un putain de marionnettiste qui joue avec les gens comme s'ils étaient des poupées ! Tu n'es rien de plus qu'un psychopathe à l'esprit pervers !
— « Elle a pas totalement tord… voyons à présent si ma théorie est exacte… »
— Qu'est-ce que tu es bruyante, se plaignit Hannibal avec un agacement nonchalant digne d'un enfant, ils sont tous comme ça là d'où tu viens ?
Annie choisit sagement de garder ses lèvres scellées.
— Je vois… dis voir… si je leur envoie quelques colossaux… ou disons plutôt quelques milliers… est-ce qu'ils apprendront à se tenir tranquille ?
Leonhart écarquilla les yeux de terreur et ouvrit la bouche avec béatitude, Levi fronça les sourcils, son instinct de survie irradiant son corps comme une alarme stridente.
Un immense sourire de satisfaction apparu sur le visage du jeune homme, sourire qui arracha un authentique tremblement d'effroi à la petite blonde.
— Donc en résumé, reprit Amos d'une voix beaucoup plus sérieuse, toi et tes petits copains, vous nous avez attaqué car vous recherchez un métamorphe de sang royal capable de contrôler les titans dans les murs. Métamorphe que vous vous devez de capturer pour éviter qu'il n'envoie ses colossaux vous écraser, et ainsi ajouter ce pouvoir à votre collection. Me suis-je trompé quelque part ?
Annie et Levi haussèrent simultanément les sourcils, la petite blonde affichait une expression qui trahissait son incompréhension.
Hannibal laissa échapper un petit gloussement, avant de se retourner et de soulever sa chemise pour exposer les hideuses cicatrices laissées par la Femelle. Cette dernière écarquilla les yeux en les apercevant, avant de cracher un râle indignée et furieux.
— Oh…! Espèce de putain d'enculé ! gronda-t-elle enragée contre elle-même.
— Pas ma faute si tu es idiote, gloussa le noble en se rhabillant sous le regard circonspect de Levi. Je n'ai pas guéri de ces blessures parce que je suis un métamorphe, Annie, j'ai simplement utilisé un traitement choc particulièrement douloureux. Mais je ne pensais pas que celui-ci aurait eu de tels résultats.
Sur ces mots, il s'en alla récupérer une chaise et s'assit face à la prisonnière qui maudissait sa propre stupidité.
— Bien, reprit-il en frappant dans ses mains, maintenant qu'on a mit de côté ce petit échange aussi instructif qu'amusant, si on parlait affaire ?
— Comment est-ce que tu savais qu'on cherchait un métamorphe de sang royal ? rumina-t-elle.
— C'est moi qui pose les questions, trancha le noble en laissant la prédation envahir son regard. Et tu as désormais un choix à effectuer. Soit tu te mets à table tout de suite, soit tu te tais jusqu'à ce que mon grand-père ne parvienne finalement à te mettre la main dessus. Et là crois-moi que tu regretteras très amèrement de ne pas avoir craché le morceau. D'où viennent les titans ? Comment es-tu devenue une métamorphe ? D'où est-ce que tu viens ?
L'effroi qui avait possédé Annie il y a peu avait complètement disparu, la Femelle était désormais plus furieuse qu'autre chose.
— Je t'emmerde, répliqua-t-elle avec tout son mordant, tu peux me torturer autant que tu veux, je finirai toujours par me régénérer. Tu ferais mieux de me tuer tout de suite, parce que je te ferai payer toutes tes putains de manipulations dès que je sortirai de ce trou à rat.
Amos laissa échapper un gloussement sinistre, et roula des yeux avec exaspération.
— Qui a dit que j'allais te torturer ? demanda-t-il avec mélancolie. Ce serait une perte de temps, je sais que je ne ferai jamais mieux que mon grand-père. Lui il se contentera de te donner à une bande de pervers en chaleur qui se serviront de toi comme vide-couilles jusqu'à ce que tu ne te décides à parler.
À ces mots Annie écarquilla de nouveau les yeux d'horreur. Levi dû se retenir de toutes ses forces de ne pas incendier le noble du regard, espérant silencieusement qu'il bluffait.
— Aujourd'hui j'ai pu empêcher qu'il ne te mette la main dessus, mais il suffit qu'il revienne avec une centaine de brigadiers faire une demande publique pour que je sois contraint de te lâcher. Alors dans ton intérêt, Annie, il serait préférable que tu nous dises tout.
Leonhart tremblait de tout son corps, son inconscient lui envoya des images répugnantes du sort qui l'attendait si jamais elle venait à tomber entre les griffes de Peter Hannibal, elle eut un haut le coeur rien que d'imaginer une bande de brutes manipuler son corps dépourvue de membres.
Elle haleta d'horreur, avant de relever la tête pour croiser les yeux d'émeraude possédés par la prédation de son interlocuteur, celui-ci semblait complètement insensible à son potentiel malheur.
Sa respiration se fit plus lourde, sa colère mêlée à son dégoût et à sa peur eurent tôt fait de dérégler son rythme cardiaque. Elle était à deux doigts d'une crise de panique.
— T'es… t'es vraiment un enfoiré… lâcha-t-elle finalement. « Papa… »
— Je sais, répondit Amos sans sourciller, je ne suis pas désolé. Crache le morceau.
Annie prit une grande inspiration pour calmer ses nerfs, ce qui ne fonctionna pas. Levi se délectait de l'état dans laquelle la meurtrière de son escouade était. Mais il refusait catégoriquement de laisser qui que ce soit subir un tel châtiment. Même elle.
C'est alors qu'un éclaireur déboula précipitamment dans le sous-sol et salua sans prendre la peine de contrôler son souffle rauque.
— Capitaine ! J'ai une terrible nouvelle ! Les Titans ont pénétré l'enceinte du Mur Rose !
Amos et Levi écarquillèrent les yeux, le premier se leva immédiatement et griffonna des instructions dans son carnet de cuir bleu avant d'arracher la page pour la tendre à son chef d'escouade.
— Conduisez-la à cette adresse, mon grand-père ne devrait pas la trouver là-bas.
Le petit homme haussa un sourcil, mais acquiesça et s'empara du bout de papier, Hannibal jeta un regard agacé à Leonhart pour noter la lueur d'espoir qui venait d'apparaitre dans ses yeux bleu.
— Sauvée par le gong, grogna-t-il en esquissant un sourire en coin, mais ne t'inquiète pas je reviendrai bien assez vite.
Revigorée par son nouvel espoir, Leonhart cracha sur le sol en guise de réponse.
— Dégueulasse, commenta Levi avant de partir avec le noble à sa suite.
Laissant ainsi le titan Femelle dans l'ombre avec un léger sourire aux lèvres.
(Note de l'auteur : pour ceux qui n'auraient pas compris, Annie pensait qu'Amos était l'originel et se servait de ses pouvoirs pour vivre un genre de conte de fée dont il est le héros en influençant tout le monde. Amos n'a cependant pas compris que l'originel peut influencer les humains, il croyait qu'Annie parlait de ses manipulations psychologiques.)
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— Hannibal ? dit le capitaine alors qu'ils montaient l'escalier pour atteindre le bureau d'Erwin. Cette histoire de viol, c'était du flan ?
Amos grinça des dents, et s'arrêta momentanément, forçant ainsi son supérieur à en faire de même.
— Sachez une chose, gronda le noble qui avait reconnu la légère variation dans le ton de l'éclaireur, il n'y a rien que je déteste plus en ce monde que les violeurs.
Levi ne réagit pas, et examina minutieusement la figure de son subordonné.
— Tiens… alors c'est cette tête-là que tu tires quand tu es honnête.
Hannibal haussa les sourcils de surprise, avant de claquer la langue de frustration.
— Tu n'as toujours pas répondu à ma question, fit remarquer le petit homme en reprenant son ascension.
— Je n'en sais rien, avoua le grand blond en le suivant, je ne sais pas ce que mon grand-père lui fera, mais je sais qu'il est parfaitement capable d'aller aussi loin.
Levi renâcla de dégoût, Amos jugea bon de ne rien ajouter.
— Et pour ce qui est de tes découvertes sur l'objectif de l'ennemi et la façon dont tu l'as découvert, tu comptais partager ça quand ?
— Je l'ai fait avec le Major, dix minutes avant de descendre.
Le capitaine hocha légèrement la tête, satisfait par cette réponse-ci.
Ils arrivèrent finalement devant le bureau d'Erwin, Levi entra sans frapper.
— Ces saloperies de titans ne peuvent pas nous foutre la paix cinq minutes, grogna-t-il en pénétrant dans la pièce.
Smith décrocha son regard pensif de sa fenêtre pour accueillir ses deux soldats.
— Vous pensez être en état d'y aller ?
— Pas comme si on avait le choix, répondit le capitaine.
— Ça ira, renchérit calmement le noble.
Erwin acquiesça, et reporta son attention sur l'extérieur.
— Amos ? Tu partageras tes informations avec Levi et Hanji sur le trajet. Comme Levi ne sera pas en état d'aller directement sur le front, ce sera toi qui commandera son escouade durant cette opération.
Le noble fronça les sourcils. À part Eren, tous les autres membres de l'escouade Levi avaient péri durant la 57ème expédition.
Le Major se tourna vers le capitaine.
— J'ai consulté et validé les deux noms que tu m'as présenté.
— Bien, répondit le petit homme en posant son regard sur Hannibal, ça fait de toi mon second, et le responsable de ces trois vies.
Le grand blond haussa un sourcil intrigué.
— De quelles vies on parle ?
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Ce fut les bras chargés de deux caisses à la suite d'Hanji, de Levi et du Pasteur Nick, qu'Amos retrouva Eren, Mikasa et Armin.
— Yo, salua-t-il en déposant son matériel dans le chariot qui allait les transporter pour s'asseoir face au petit blond.
— Désolée pour l'attente, ajouta la scientifique, les préparatifs ont prit plus de temps que prévu.
Arlet leur jeta un regard circonspect en découvrant leur visiteur surprise.
— Heu… commença-t-il pas très sûr, excusez-moi ? Mais pourquoi le révérend nous accompagne-t-il ?
— Oh ? fit Hanji en passant un bras autour des épaules de l'homme d'église. Le ministre et moi sommes devenus super potes, pas vrai ?
Ledit ministre paraissait extrêmement mal à l'aise, il faisait tout pour éviter le regard d'Amos, ce que les officiers remarquèrent.
— Vous en faites pas pour ça, reprit la scientifique, la composition de cette équipe est déjà farfelue de toute façon. Pas vrai Levi ?
— Bien sûr que non, elle répond forcément à une logique puisqu'Erwin en a sélectionné les membres. N'est-ce pas, Hannibal ?
— Tout à fait, répondit le noble en déposant un sac de pommes au milieu du chariot. On a plein de choses à se dire pendant notre petite balade. Aussi je vous conseille de manger un morceau, on va tous avoir besoin de forces.
Les jeunes recrues acquiescèrent avant de se servir.
— Eren, dit Mikasa en lui passant une cape autour des épaules, couvre-toi, il fait froid la nuit.
Si le métamorphe se retint de faire un commentaire, le petit sourire en coin du grand blond l'agaça légèrement.
— C'est ça, marres-toi, grogna-t-il en se disant que c'était de bonne guerre après ce qui s'était passé dans leur chambre.
— Je ne trouve pas ça drôle, corrigea le noble en levant un doigt, je trouve juste Mikasa adorable.
— C'est vrai, approuva Hanji en gratifiant la concernée d'un large sourire, c'est trop mignon.
L'orientale préféra remonter son écharpe sur ses joues plutôt que de répondre.
— Ouvrez la porte !
Aussitôt, les éclaireurs reprirent une expression des plus sérieuses tandis que l'immense porte du district de Stohess était lentement remontée.
Juché à la tête de ses troupes, Erwin retourna son cheval pour leur faire face.
— Tant que l'état du Mur Rose n'aura pas été évalué, Ehrmich est notre dernier rempart ! Nous tâcherons d'y gagner autant de temps que nécessaire ! En avant !
Comme un seul homme, le Bataillon d'Exploration franchi la porte du Mur Sina en direction du front, prêt à en découdre avec leurs envahisseurs et à mourir au combat si la victoire se révélait impossible.
Hanji attendit quelques instants qu'ils soient bien lancés, puis révéla la raison pour laquelle l'homme d'église les accompagnait.
En entendant cela, les yeux d'Eren manquèrent de jaillir de leurs orbites.
— Attendez… Quoi ?! Le révérend savait qu'il y avait des titans dans les murs ?!
— Oui, répondit la scientifique avec amertume, mais il n'a apparement jamais jugé bon de partager cette information. Il va donc nous accompagner et constater la situation de lui-même. On verra s'il continu à s'en tenir à ses principes et à son silence après avoir vu la réalité de ses yeux.
— Ça ne marchera pas, prévint Amos en attirant toute l'attention sur lui.
— Ah bon ? fit la binoclarde curieuse. Pourquoi donc ?
Un triste sourire en coin se dessina sur le visage du noble, il attrapa une pomme qu'il croqua sans quitter le pasteur des yeux. Celui-ci baissa la tête.
— Je suppose que vous vous souvenez de moi.
Les éclaireurs froncèrent les sourcils simultanément.
— Oui… répondit l'homme d'église d'une toute petite voix.
— Et je suppose que vous réalisez qu'il est temps pour vous de confesser vos pêchés, continua le jeune homme en élargissant son sourire.
— Arrête de faire durer le suspens, trancha Levi avec agacement.
Agacement qui était partagé par Mikasa, Eren et Hanji. De son côté, Armin était totalement captivé par la torture mentale du grand blond sur le cinquantenaire.
— « Rabat-joie, » songea ce dernier avant de reprendre tout haut : le ministre Nick ici présent est un ancien alcoolique qui a perdu sa femme, ses filles et son emploi à cause de son penchant pour la boisson. Désespéré et seul au Monde, ce crétin a rejoint le culte de la Sorcière Noire d'Orvund.
Eren fut le seul à ne pas écarquiller les yeux, car il était le seul à n'avoir jamais entendu parler d'une quelconque sorcière.
Le pasteur sentit sa honte s'abattre sur ses épaules au point de baisser sa tête davantage. Amos poursuivit :
— Comme l'écrasante majorité des débiles qui ont suivi cette catin, il a naïvement cru à ses mensonges. Comprenez bien que les abrutis qui se dévouent corps et âmes à un culte le font car ils ne sont pas assez malins ou courageux pour trouver un vrai sens à leurs vies. La sorcière savait parfaitement exploiter cette faiblesse, elle leur donnait les buts et les raisons d'être qu'ils cherchaient tous désespérément. Faisant ainsi d'eux des esclaves de leur propre désespoir, car désobéir à la sorcière revenait à perdre le sens même de leurs vies. N'est-ce pas Nick ?
Les éclaireurs observèrent le prêtre pendant un instant, celui-ci avait les larmes aux yeux, la honte et la misère froissaient son visage déjà ridés et ses mains serraient sa tunique au point de blanchir ses phalanges.
— Quand la sorcière a brûlé, grand-père s'est servit du même procédé; il a récupéré tous les moutons qui avaient perdu toute raison d'être et a créé le culte des Murs. À la base je croyais qu'il avait fait cela dans le seul et unique but d'abrutir la population, mais je comprends aujourd'hui qu'il désirait surtout éloigner le plus de curieux possible des Murs, afin d'éviter qu'on y découvre les titans qui s'y cachent. Me suis-je trompé quelque part ?
Nick ne répondit pas, non pas que qui que ce soit dans le chariot s'attendait à une réponse.
— C'est pour ça qu'il ne parlera pas, conclu Amos, le culte des Murs et les secrets qu'il détient sont les raisons même de son existence, ce n'est pas grand chose, mais c'est tout ce qu'il a. Il emportera ses secrets dans sa tombe s'il le faut, et il nous est impossible de le convaincre, car connaissant grand-père, il fera abattre les filles et l'ex-femme de notre bon pasteur si jamais il nous révélait quoique ce soit.
Une ambiance pesante accentuée par une poussé de colère s'abattit sur les éclaireurs, Eren en particulier semblait à deux doigts d'imploser, il fixait l'homme d'église en tremblant de rage. Nick représentait tout ce qu'il haïssait, c'était un esclave, un mouton qui était parfaitement satisfait de vivre comme du bétail.
— Dans ce cas il est inutile, grogna Levi en le saisissant par la nuque tout en ignorant son glapissement de douleur. Pourquoi devrions-nous nous encombrer d'un tel poids ?
— J'ai seulement deux questions à lui poser, répondit Amos en se levant pour faire face au cinquantenaire en se plaçant devant Jaeger, et je n'ai pas vraiment besoin qu'il réponde.
Le capitaine haussa un sourcil, et relâcha le pasteur, celui-ci se massa la nuque tout en fixant le regard d'émeraude du jeune homme avec horreur. Hanji et Armin observèrent ce dernier avec curiosité, tandis qu'Eren essayait maladroitement de se décaler pour mieux voir.
— Première question, grinça Hannibal, est-ce que toute la noblesse est au courant pour les titans dans les murs et le pouvoir qui permet de les contrôler ?
Levi fut le seul à ne pas réagir, tous les autres fixaient le grand blond avec des yeux ronds d'incompréhension.
Nick était horrifié comme jamais.
— C-comment…?
— Je n'ai pas besoin de réponse, trancha Amos, le simple fait que vous et une autre source qui n'avez rien en commun m'aient confirmé l'existence de ce pouvoir suffit à me convaincre de son existence.
Hanji brulait de demander au noble davantage de précisions, mais la légère expression de satisfaction sur le visage de Levi suffit à la faire patienter quelques instants.
Eren et Armin ne tenaient pas en place, mais ils faisaient confiance à leur ami pour tout leur dire une fois son interrogatoire terminé. Mikasa resta étonnamment impassible.
— Donc, reprit le grand blond, si vous vous saviez, il est évident que toute la noblesse le sait aussi. Savez-vous pourquoi je n'ai pas été mis au courant ?
Cette fois, Nick s'abstint de formuler le moindre mot, mais il posa néanmoins un bref regard sur les ailes de la liberté qui ornait la poitrine de son interrogateur. Celui-ci l'imita et poussa un profond soupir.
— Quelle drôle de décision, commenta-t-il avant de retourner s'asseoir, je me demande ce qu'il a derrière la tête… Pourquoi me garder dans l'ombre…?
— Hannibal, grogna Levi exaspéré, puisque tu es si bien renseigné, tu ne crois pas qu'il serait temps que tu nous dises ce que tu sais et comment tu l'as su au lieu de faire ton numéro de type mystérieux ?
À cela, Amos gloussa stupidement, ce qui ne contribua qu'à agacer davantage tous les autres éclaireurs.
— Pardon, lâcha-t-il un peu embarrassé, vous avez raison.
— Pourquoi Annie a-t-elle tenté de te capturer à la place d'Eren ? manqua de crier Armin soulagé de pouvoir enfin obtenir des réponses à ses questions.
Le noble pointa son dos du pouce.
— Parce qu'elle a été induite en erreur par la compote, expliqua-t-il en ignorant les froncements de sourcils d'Eren et d'Hanji. J'ai guéri d'une blessure grave trop vite, elle a cru que j'étais un métamorphe comme elle et Eren.
Arlet ouvrit la bouche, avant de se rétracter pour réfléchir une seconde.
— Mais pourquoi est-ce qu'elle a fait ça ? redemanda-t-il circonspect. Même si tu en étais un, qu'est-ce qui te rend… ?
Les yeux du petit blond s'illuminèrent lorsqu'il se souvint des questions un peu trop insistante de Reiner.
— Le sang royal ! réalisa-t-il en claquant des doigts.
Amos le félicita en levant son pouce, Eren était un peu agacé de ne pas réussir à suivre, mais il préférait prétendre tout comprendre plutôt que de réclamer des explications plus claires.
— Bien, complimenta Hannibal, continu.
Armin s'empara de son menton pour réfléchir à toutes vitesses, heureusement pour lui, le bref interrogatoire entre le pasteur et le noble lui avait donné bien assez d'indices. Une fois de plus, il écarquilla les yeux et les posa sur le mur Sina encore éclairé par les torches de la Garnison.
— C'est comme ça que les murs ont été construits, devina-t-il sous les regards estomaqués d'Hanji, Eren et Mikasa. C'est grâce à ce pouvoir de métamorphe royal… Mais alors… c'est pour ça que le Colossal nous a attaqué ! Nous avons les moyens d'envoyer des centaines de milliers de titans géants sur l'ennemi ! Avec ça nous serions une puissance inarrêtable !
— Attendez ! Attendez ! Attendez ! coupa Jaeger en battant des bras pour qu'on lui accorde une pause. Je comprends rien du tout ! Si on a les moyens de contrôler des titans géants, alors pourquoi est-ce qu'on ne se débarrasse pas tout simplement des titans ?! Pourquoi est-ce qu'on a continué à vivre dans un enclos et à envoyer des soldats à la mort pendant UN PUTAIN DE SIÈCLE, alors qu'on avait une solution à ce problème pendant tout ce temps ?! Ça n'a aucun sens !
Amos leva la main pour encourager son ami à se calmer. Celui-ci retomba sur son siège dans l'espoir que le noble éclaire sa lanterne, hélas pour lui, le grand blond secoua la tête.
— J'en ai pas la moindre idée, admit ce dernier avec agacement, tu as tout à fait raison. Cette décision est incompréhensible à l'heure actuelle, et c'est pourquoi il me faut avoir une conversation avec mon grand-père. Je suis persuadé que ce vieil enculé sait très bien ce qu'il fait.
Levi renâcla bruyamment, faisant sursauter Eren, Armin et Nick au passage.
— Il doit bien rire depuis son putain de château, cracha-t-il avec mépris, on passe vraiment pour une bande de cons ignares à ses yeux.
Amos grimaça de colère à son tour.
— Ce qui me fait vraiment chier, c'est qu'il a toutes les cartes en main, si je veux lui tirer les vers du nez je vais être obligé de lui obéir… Il m'a bien eu.
Il ne fallut qu'une demi-seconde à Mikasa pour comprendre ce qu'il entendait par là.
— Ne me dit pas que tu vas faire ce que je crois que tu vas faire.
— « C'est sur ce point-là qu'elle décide de protester ? »
— Si, répliqua-t-il d'un ton tranchant, il faut que je me fiance. Je ne peux pas l'approcher pour obtenir des réponses sans jouer à son jeu, s'il a vraiment le pouvoir de contrôler les titans dans les murs sous la main, il m'a littéralement mit en échec et mat avant même que la partie ne commence. Je suis trop ignorant pour faire autrement, il a la capacité de me mener en bateau pendant encore longtemps si je m'entête à lui désobéir.
Le noble serra les poings avec frustration, cette situation le rendait fou. Jamais il n'aurait imaginé que Peter Hannibal était dans une telle position, cela expliquait leur dernière conversation. Il ne l'avait laissé rejoindre les éclaireurs que dans le seul et unique but de lui montrer qui était le Lord Hannibal, une leçon d'humilité qu'Amos n'était pas prêt d'oublier. Mikasa tenta de rester impassible, mais l'Enfer qui se déchainait dans son regard de jais rendait la tâche insurmontable.
— Enfin, grogna le noble en se pinçant les sinus, un problème à la fois. D'abord l'extérieur, ensuite l'intérieur.
Hélas, ces paroles n'apaisèrent en rien les émotions violentes que ressentaient tous les éclaireurs présents dans le chariot. Armin et Hanji étaient complètement dépassés par l'ampleur de ces révélations et s'efforçaient de faire le tri dans leur tête respective. Eren bouillait littéralement de colère depuis qu'il avait réalisé que la mort de sa mère et la perte de Maria étaient des évènements qui auraient pu être parfaitement évitables. Levi était rigide comme un bloc de granit, mais intérieurement il ressentait une rage similaire à celle du natif de Shiganshina. Mikasa avait masqué son visage derrière son écharpe, et s'était muré dans un silence furieux. Le pasteur choisit sagement de se faire le plus discret possible.
— Amos ? demanda timidement Armin en s'efforçant de calmer la myriade de pensées qui l'assaillait pour se concentrer sur la question qu'il voulait poser. À ton avis, qui est le métamorphe parmi la famille royale ?
Cette question ramena tous les regards vers le noble, ce dernier lâcha ses sinus et se tourna vers Levi.
— Dites capitaine ? Vous voulez bien assommer le révérend s'il vous plait ?
Nick n'eut pas le temps d'écarquiller les yeux que le poing du petit homme l'envoya rejoindre le pays des songes, Hanji se décala un peu pour éviter qu'il ne dorme sur son épaule.
Le grand blond s'étira et bailla avant de reprendre :
— Ce que je vais vous dire est l'un des secrets les mieux gardés de la noblesse, aussi je vous encourage vivement à n'en parler à personne. À part à Erwin.
Il attendit qu'ils acquiescent et poursuivit :
— Peu de temps après la création des murs, la famille royale Fritz décida de régner dans l'ombre plutôt que de s'exposer à la vue de tous. Ils changèrent de nom et devinrent la famille Reiss, une modeste famille noble de campagne.
Hanji écarquilla les yeux.
— Attends, mais les Reiss…
— Laissez-moi finir, coupa Amos vexé d'avoir été interrompu si vite.
D'un regard, Levi calma immédiatement la scientifique qui se gratta la tête avec embarras.
— Pendant presque quatre vingt dix sept ans, les Reiss régnèrent dans l'ombre de la fausse famille Fritz qu'ils avaient érigés à la vue de tous. Cependant… ils avaient des pratiques pour le moins douteuses, des pratiques qui agacèrent pendant des décennies entières les autres familles nobles. En effet, au sein des Reiss, seul l'héritier mâle était autorisé à se marier et à avoir des enfants. Les autres enfants étaient condamnés au célibat et interdis de procréer pendant leurs vies entières. Ce qui a sans doute un rapport avec notre métamorphe royal si je ne m'abuse.
Amos s'interrompit pour croquer dans une pomme, avant de poursuivre :
— Hélas pour eux, les familles nobles étaient toutes relativement en colère contre leurs souverains. Car ceux-ci refusaient catégoriquement de marier leurs filles aux héritiers des différentes maisons, afin d'éviter la propagation du sang royal et l'apparition d'un grand nombre de prétendants au trône. Ce qui en revanche, poussa certains Reiss à se rebeller contre leur Roi de l'ombre, parfois au nom de l'amour, d'autres fois au nom du pouvoir. En tout et pour tout, il y eu cinq rébellions durant le dernier siècle, et une d'entres elles réussie.
Levi laissa échapper un râle exaspéré.
— Laisse-moi deviner : putain de Peter Hannibal ?
— Putain de Peter Hannibal, confirma Amos impassible. Ironiquement c'est la seule rébellion qui ne fut pas déclenchée par un ou une Reiss qui finit par réussir.
Le capitaine se renfrogna sur lui-même, le premier ministre détenait officiellement le titre de personne qu'il souhaitait voir le plus souffrir.
— Grand-père a été beaucoup plus malin que tous les autres, au lieu de s'en prendre directement à la famille royale, il a passé trente longues années à bâtir un empire politique et financier. Il avait deux soeurs qu'il a marié aux héritiers de deux autres familles nobles afin de se doter d'alliés puissants et solides. Et tandis que les Reiss s'occupaient de leurs affaires en croyant naïvement que leur sang royal les protégeait de tout, grand-père a tranquillement fait son bonhomme de chemin jusqu'à devenir le politicien le plus influent de la capitale. Une position qui lui a permis de dresser les familles nobles les unes après les autres contre la famille royale, jusqu'à ce que le Roi de l'ombre ne finisse par être complètement dépassé par les évènements. En effet, en trente ans, les Reiss avaient perdu une grande partie de leur fortune et de leurs propriétés suite à des manoeuvres politiques trop mauvaises ou trop tardives. N'ayant plus autant d'influence à la cour qu'avant, ils furent forcés de demander de l'aide à mon grand-père afin de restaurer leur pouvoir fragilisé. Une aide qui eut un prix : la main d'une fille Reiss pour l'héritier des Hannibal.
Armin écarquilla les yeux en réalisant ce qu'Amos était en train dire, Mikasa fronça les sourcils.
— Malgré les très vives protestations de son frère, Uri Reiss accepta la proposition de mon grand-père et maria sa soeur à mon père. Je suis sorti du ventre de la mariée onze mois après leur union.
Cette fois-ci tout le monde imita Arlet, et fixa le noble avec fascination.
Amos les ignora cependant afin de finir son histoire.
— Un peu plus d'un an après ma naissance, grand-père a fait assassiner presque tous les Reiss et a incendié leur manoir en faisant passer cela pour un accident. C'est comme ça qu'il est monté au pouvoir.
Il s'écoula un léger moment de silence, avant qu'Hanji ne lui demande avec appréhension :
— Donc… techniquement… c'est toi le Roi.
Hannibal soupira avec exaspération.
— À mon avis, le vrai Roi c'est plutôt notre fameux métamorphe de sang royal. Mais j'ai aucune idée de qui ça peut être. À ma connaissance, il n'y a que trois personnes dont moi qui descendent encore de la famille Reiss. Et je ne vois pas du tout qui peut être un métamorphe, il est tout à fait possible que grand-père ait un autre descendant caché sous la main. Ça expliquerait certaines de ses décisions…
— Attends une minute, lâcha Armin en écarquillant les yeux de réalisation, la famille Fritz n'est qu'une couverture ?
— Oui.
— Mais alors… pourquoi… ? Pourquoi est-ce que ton grand-père a marié sa fille avec un faux Roi ?
À cela, Hannibal éclata de rire.
— Parce que cette bouffonne a fait une énorme connerie, et grand-père n'est pas du genre à passer l'éponge. Après sa connerie, plus aucun noble n'aurait accepté de l'épouser de toute façon, elle et sa fausse progéniture royale sont la risée de la cour.
Hanji et Levi échangèrent un regard, tandis qu'Eren avouait en rougissant :
— J'ai pas tout compris.
Amos lui adressa un regard consterné qui lui fit baisser la tête.
— Armin ? Réexplique lui, moi je vais faire une sieste. Vous avez de quoi cogiter tout le long du trajet, mais pensez tout de même à reprendre des forces.
Sur ces mots, il croisa les bras et ferma les yeux. Laissant ses collègues digérer tout ce qu'ils venaient d'apprendre. Hanji avait déjà des centaines de théories en tête, certaines incroyablement farfelues, d'autres surprenamment pertinentes. Levi rumina dans son coin, contenant la rage que lui inspirait le simple nom de Peter Hannibal. Armin se tourna vers Eren pour lui expliquer plus en détails ce qu'impliquaient les informations d'Amos. Quant à Mikasa… l'orientale semblait aussi triste que furieuse. Elle jetait parfois de petits coups d'oeil au blond endormi, mais chacun d'entre eux ne faisait qu'accroître sa frustration. Les nobles… les nobles étaient des êtres immondes. Leurs manipulations, leurs guerres, leurs façons ignobles de produire des enfants au sang particulier comme des poulains dans une écurie. Leurs avidité et leur orgueil qui empêchaient leur propre progéniture de connaitre le bonheur au profit du pouvoir, de l'argent et du luxe.
Tout cela, tout ce système incroyablement pervers et inhumain à ses yeux, retenait Amos prisonnier malgré toute son intelligence. Et elle ne pouvait strictement rien y faire.
Mikasa serra les poings de frustration, la seule fois où elle s'était interposée face à un noble, Hannibal avait été contraint de coucher avec une fille pour les sauver, Eren et elle. Elle eut un léger haut le coeur rien que d'y penser.
À l'image de Levi, elle se renfrogna sur elle-même et cacha son visage derrière son écharpe.
Intérieurement, elle se jura de trouver le moyen de ne plus jamais être aussi impuissante et inutile qu'elle ne l'était dans ce genre de situation.
(Équipe d'éclaireurs de l'Ouest ; sept heures après l'apparition des Titans)
— Plus nous nous rapprochons du mur, moins la zone sera peuplée, fit remarquer Henning.
— C'est une bonne chose, répondit Nanaba. Cela ne nous a pas pris très longtemps.
Elle jeta un coup d'œil à ses subordonnées, Historia et Ymir Hannibal.
— Très bien, nous partons vers le sud.
— Pourquoi faire ? demanda la plus grande des deux recrues. Aux dernières nouvelles, il n'y a pas de village au sud d'ici.
— L'alerte a été transmise à toutes les personnes présentes dans la région et l'évacuation doit être pratiquement terminée. Maintenant, nous devons localiser la brèche en longeant le mur Rose depuis l'ouest.
Ymir grinça des dents face à la stupidité et la dangerosité de ce plan.
— Vous êtes sérieuse ? se plaignit-elle. Vous savez que Christa et moi n'avons pas notre équipement TDM. Qu'est-ce qu'on foutra si des titans débarquent ? Ils infestent probablement le Sud et si on peut pas se défendre on se fera croquer. Laissez-nous nous replier vers l'arrière qu'on aille au moins chercher de quoi se battre.
Historia partageait l'avis de sa petite amie, cette situation était insensée. Pourquoi diable n'avaient-elles pas été autorisées à prendre leur équipement de combat dans la base où elles avaient été placées avec le reste de la 104ème ?
— Négatif, déclara Nanaba avec froideur. Quand nous trouverons la brèche, j'aurai besoin d'un messager pour le relayer au QG. Je sais que vous avez peur, mais que cela vous plaise ou non, cela fait partie du travail.
Les deux jeunes filles resserrèrent leur emprise sur les rennes de leur cheval respectif, mais n'ajoutèrent rien néanmoins.
— « On se fera dévorer avant de trouver la brèche, » grogna intérieurement Historia, « il ne nous sera pas possible d'approcher d'une faille dans le mur si la zone grouille de titans. »
Elle laissa échapper un léger grognement, mais elle ne discuta pas davantage.
— Putain… grommela Ymir en se rapprochant de sa petite amie pour éviter que leur supérieure ne les entendent. Dès qu'on voit un titan, on se tire, d'accord ?
— Ymir ! manqua de s'exclamer la petite blonde scandalisée. On ne peut pas faire ça. On a une mission à remplir !
La grande fille grimaça et soupira d'exaspération.
— Pas de ces conneries avec moi Hiss, je sais très bien pourquoi tu veux continuer.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, se défendit la bâtarde.
— Tu veux continuer parce que tu crois que c'est ce qu'Amos aurait fait, pas vrai ? répliqua la grande fille en l'ignorant.
Historia se raidit sur sa selle avant de détourner le regard.
— Je… ça n'a rien à voir…
— Connerie, répliqua la grande fille d'une voix tranchante, t'arrêtes pas de faire une fixation sur ton frangin adoré. C'est pour ça que t'as rejoins le Bataillon, avoue. Tu savais qu'il allait y aller et tu voulais pas être séparée de lui. Alors que si tu voulais vraiment le rendre heureux, t'aurais eu qu'à rejoindre un des autres corps armé, te trouver un petit coin tranquille et couler des jours heureux. M'est avis qu'il aurait été bien plus content.
Le visage d'Historia se contorsionna de colère et de frustration.
— Parce que toi tu as rejoins le Bataillon pour une autre raison peut-être ? grinça-t-elle outrée.
Ymir encaissa le coup, mais esquissa un très léger sourire.
— Ouais… bon d'accord, j'ai rien à répondre à ça…
Le ton mélancolique qu'elle avait employé n'échappa pas à la petite blonde, celle-ci adoucit les les traits de sa figure.
— Ymir… ?
— Qu'est-ce qu'on est cons, n'empêche, grogna la grande fille avec exaspération. Amos aurait dû rester à Mitras, il nous aurait trouvé une belle petite maison dans laquelle on aurait vieilli tranquillement. Pourquoi est-ce qu'on a tous décidé de partir au front comme des débiles ?
Historia laissa échapper un sourire triste, le visage sérieux et pragmatique de son grand frère s'imposa dans son esprit.
— Si on avait fait ça, ça aurait pas duré bien longtemps, les titans seraient venus nous dévorer tôt ou tard. C'est pour ça qu'Amos a choisit d'aller se battre… pour… pour me protéger…
Ymir haussa les sourcils.
— Pourquoi tu l'as suivi alors, s'il fait ça pour toi ?
— Je ne veux pas le perdre, répondit-elle presqu'automatiquement avec force, je… je ne veux pas qu'il meurt pour moi. Et je ne veux pas que tu meurs pour moi non plus.
Ces paroles touchèrent la grande fille en plein coeur, elle détourna le regard pour cacher son rougissement.
— Dis pas des trucs comme ça, putain… grommela-t-elle d'un ton boudeur.
Historia gloussa face à sa réaction.
— Amos t'aimes aussi, tu sais ? ajouta-t-elle avec sincérité. Je suis sûre qu'il fait ce qu'il fait autant pour toi que pour moi.
Cette fois, Ymir fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour réfuter cette déclaration, avant de se souvenir d'une phrase que le grand blond lui avait dit durant leurs classes.
— « Putain… t'es comme une soeur chiante que j'ai jamais voulu, mais que je peux pas m'empêcher d'apprécier, c'est insupportable. »
La grande fille rougit furieusement en réalisant ce qu'il avait voulu dire par là, et plongea sa tête dans sa main pour se cacher.
— Oh bordel… grommela-t-elle de plus belle.
Un sourire éblouissant se dessina sur le visage d'Historia, à cela vint s'ajouter un petit rougissement.
— On forme une belle famille, tu trouves pas ?
Ymir renâcla avec amusement, ses joues étaient encore roses.
— Si par « belle » tu veux dire qu'on forme un beau trio de cons, alors oui, on est vraiment une belle famille, dit-elle avec un sarcasme forcée.
Mais sa petite amie ne fut pas dupe, et son sourire s'élargit.
— Vous avez fini ? gronda Nanaba assez exaspérée par la légèreté avec laquelle ses deux subordonnées prenaient leur mission.
Les deux adolescentes eurent la décence de baisser leur tête, mais aucune d'entres elles ne s'arrêta de sourire.
— « Elles ont de la chance, » songea la militaire en reportant son regard vers l'avant et en ignorant son pervers de père qui rodait dans sa tête.
(Équipe Sud; Onze heures après l'apparition des titans.)
Le crépuscule était tombé sur le Mur Rose, mais les nuages avaient totalement obscurci les environs. Ce n'est qu'avec l'aide de leurs torches que l'équipe du Sud parvint à voir. Malheureusement, le rayon de leur lumière était limité a à peine quinze ou vingt mètres, au delà de ça il n'y avait que les ténèbres, des ténèbres qui regorgeaient probablement de titans.
Inutile de dire qu'ils étaient tous dévorés par l'anxiété la plus totale. Aucun d'entre eux n'avait aperçu une quelconque brèche jusqu'à présent, néanmoins, ils étaient tous persuadés qu'ils s'en approchaient. Et cela signifiait que les chances de rencontrer des Titans étaient extrêmement élevées à l'heure actuelle. Bien que les géants soient inactifs pendant la nuit, la présence des flammes pourrait suffire à les inciter à attaquer. Et entendre les respirations lourdes de leurs camarades ne faisaient que les stresser davantage.
Soudain, ils repérèrent des flammes dans l'obscurité et assez rapidement, leur groupe fut rejoint par l'équipe de l'Ouest composée de Nanaba, Lynne, Ymir et Historia, chacune avaient des mêmes expressions effrayées identiques aux leurs.
— Hé… ? demanda faiblement Gelgar en rompant le silence inconfortable, vous avez suivi le Mur jusqu'ici, je suppose ?
— Oui, confirma Nanaba. Vous avez trouvé la brèche, alors ?
Ses yeux s'écarquillèrent.
— Quoi ?
— Il n'y avait aucune anomalie le long de la route ouest, donc la brèche est sûrement à l'est.
Gelgar resta interdit pendant un bon moment, avant d'avouer en bredouillant :
— Non… Le Mur est parfaitement intact.
Les deux groupes se regardèrent avec des yeux ronds en tâchant d'assimiler cette nouvelle information. Le fait que les Titans étaient à l'intérieur du Mur Rose mais qu'ils n'avaient pas franchi le Mur était stupéfiant.
— Hé bien, peut-être que nous l'avons simplement raté, suggéra nerveusement Lynne.
— Improbable, contra Henning. Un trou assez grand pour que les Titans puissent le traverser ? Aucune chance qu'on le rate.
— Dans ce cas… y'a pas trente six solutions, il faut faire un nouveau tour, déclara Gelgar et ce bien qu'il était au bout du rouleau.
— Cela va sans dire, répondit Nanaba. Le problème, c'est que nos chevaux sont sur le point de s'effondrer et nous aussi. Si seulement nous avions plus de lumière.
Comme si sa prière avait été entendue, les nuages se séparèrent pour révéler une pleine lune éclatante qui vint éclairer leurs environs.
— Hé, interpella Gelgar en apercevant un bâtiment au loin, qu'est-ce que c'est ?
La construction se révéla être un authentique château en ruine avec ses deux tours reliées par un petit pont. L'endroit semblait avoir connu des jours meilleurs, mais au moins c'était un endroit où ils pouvaient s'abriter pour la nuit.
Lentement, les éclaireurs se dirigèrent vers les ruines, impatients de mettre un terme à cette éprouvante journée.
(-)(-)(-)
Amos émergea de sa sieste en grimaçant, il se frotta les yeux et consulta sa montre à gousset.
— « Quatre vingt quatorze minutes de sommeil… il faudra faire avec. »
Il s'étira discrètement et bailla modestement, après quoi il réalisa qu'ils avaient encore environ trente minutes avant d'arriver à destination. Il retint un grognement d'ennuie, et joignit ses mains sous son menton.
— « Puisque j'ai un peu de temps, autant bien l'employer. »
Il tourna son regard vers le nord afin d'éviter que qui que ce soit ne remarque ses pupilles dilatées, et se plongea dans ses souvenirs.
(-)(-)(-)
—« Bon… » reprit-il alors qu'il était plongé dans sa bibliothèque mentale vêtu de sa tenue d'aristocrate. « Comment se fait-il que Mikasa arrive à annuler la prédation ? »
Tout en parcourant les rayons remplis de livres imaginaires qui contenaient ses souvenirs, le noble réfléchit calmement à cette étrange situation.
La prédation était sa création, un sentiment né de l'instinct de chasseur naturel affamé qui ne pensait qu'à assouvir sa faim dévorante. Une particularité propre à certains carnivores que l'être humain ne possède pas, mais qu'il s'était fabriqué de toutes pièces pour l'implanter dans son cerveau, afin de s'assurer de ne jamais commettre d'erreur résultant d'un manque de conviction. Le fait qu'une personne ait la capacité d'annuler son pragmatisme à la pureté totale le terrifiait, car cela signifiait que comme tous les êtres humains sur cette terre, il était tout à fait capable de commettre des erreurs aussi grossières que fatales. À l'instar de son sacrifice dans la forêt des arbres géants.
— « Comment cela a-t-il pu arrivé ? » songea-t-il en parcourant ses ouvrages. « Aucune explication logique ne me vient à l'esprit. »
Il lâcha un bref soupir agacé, et se saisit d'un livre au hasard.
— « D'abord il faut que je localise le moment où mon comportement a changé… à l'époque où la prédation était la dernière chose qui me maintenait en vie. Armin m'ayant grillé peu avant l'exercice de survie… je vais devoir revenir presque deux bonnes années en arrière. »
Il ouvrit l'ouvrage dans ses mains, et se plongea dans son souvenir.
(-)(-)(-)
Debout au milieu du terrain d'entrainement réservé à la pratique des arts martiaux, Amos Hannibal observait méticuleusement les duels entre ses camarades de formation.
— « Connie Springer, » songea-t-il avec froideur. « Con comme une brique, mais correct à la tridimensionnalité. Il peut servir au combat… en tant que leurre au mieux. L'intégrer au Bataillon. »
— « Jean Kirstein, beaucoup de potentiel mais une naïveté exaspérante, il aurait besoin d'un bon coup de pied de la part de la réalité pour avoir une quelconque utilité. Une expérience traumatisante pourrait lui permettre d'ouvrir les yeux… son accréditation est à méditer, mais je doute qu'il ait le cran pour les Brigades Hannibal. »
— « Marco Bott, un bouffon idéaliste dépourvu de couilles, mais je pourrai peut-être me servir de lui pour exploiter le potentiel de Jean. Oui, c'est tout à fait réalisable. »
— « Annie Leonhart, absolument pas fiable pour le Bataillon, beaucoup de potentiel pour les Brigades en revanche. Elle a tout ce qu'il faut pour faire partie de l'escouade de Kenny. »
— « Armin Arlet, intelligence élevée, imagination remarquable. Un précieux atout pour ma carrière dans le Bataillon. »
— « Reiner Braun, idéaliste et réaliste, le soldat parfait pour le Bataillon, il a tout ce qu'il faut pour finir officier. Un précieux atout, il me faut garder sa confiance. »
— « Bertholdt Hoover, un trouillard qui suit Reiner comme un bon toutou, il a cependant les qualités nécessaires pour faire un éclaireur correct. Mais rien de plus à en tirer. »
— « Sasha Braus, chasseuse hors pair, idéale pour le bataillon. Mais sa stupidité couplée à son appétit vorace et ses manières exécrables me forceront sans doute à me séparer d'elle une fois qu'elle aura épuisé ma patience. »
— « Ymir, rien à en tirer, flemmarde de première et fausse égoïste. À se demander ce qu'elle fout là. »
— « Eren Jaeger, un danger publique ambulant, entrainera plusieurs de ses camarades dans la mort par pure vanité. S'assurer de faire en sortes qu'Armin et Mikasa ne fassent pas parti des victimes de sa bêtise. »
— « Historia Hannibal… non… pas elle. »
— « Mikasa Ackerman, immense potentiel, mais ses sentiments pour Eren la rendent impulsive et imprudente. Elle ne pourra que s'améliorer après la mort du suicidaire, il faut cependant s'assurer qu'il ne meurt pas trop tôt, auquel cas sa réaction serai imprévisible. »
(-)(-)(-)
— « C'est bon, ça suffit ! » gronda-t-il contre lui-même en s'extirpant de cet insupportable souvenir. « C'était après ça ! »
Enragé contre lui-même, Hannibal rangea le livre dans sa bibliothèque et poursuivit son chemin à travers les rayons en s'en éloignant le plus possible.
— « Putain… j'étais… putain… »
Un frisson parcouru son échine dans le monde réel, une réaction qui n'échappa pas à Mikasa.
— « Bordel de merde… Je dois accepter… Je dois assumer… Je dois être ce monstre… »
Il serra le poing sous le regard de l'orientale qui haussa un sourcil d'inquiétude.
— « Mais… plus jamais… plus jamais je ne me permettrai d'oublier qui je suis ! Plus jamais je ne me laisserai consumer ! Je suis un démon parce que j'ai choisi de l'être, rien d'autre ! »
Il prit une grande inspiration pour se calmer, et se replongea dans sa bibliothèque mentale.
— « Putain… » reprit-il en s'efforçant d'oublier ce souvenir douloureux. « Je sais que je suis un authentique psychopathe insensible quand je laisse la prédation me pousser à bout… mais là c'était n'importe quoi ! J'étais vraiment tombé plus bas que terre à cause de cette… comment… comment est-ce que je m'en suis sorti ? »
C'est alors qu'il réalisa quelque chose, quelque chose d'incroyablement perturbant.
La prédation avait été toute sa vie pendant pratiquement trois ans, c'était le seul sentiment qui lui avait permis de continuer à avancer, et c'est pourquoi il s'était laissé consumé. S'il ne l'avait pas fait, il aurait été bien trop brisé pour être capable de protéger Historia. Et pourtant, durant les deux dernières années de ses classes, il était parvenu à s'en passer. Et il avait naïvement cru que c'était lié au fait qu'il avait grandi entouré de bonnes personnes au sein de la 104ème. Mais maintenant, il réalisait… il réalisait qu'il n'y avait qu'une seule personne qui réussissait à lui faire ravaler la prédation. Une seule.
— « Non, » rejeta-t-il presqu'immédiatement, « non mais… je rêve ?! Mais qu'est-ce que… Ça n'a aucun sens ! Qu'est-ce qu'y s'est passé ?! Qu'est-ce qu'elle a fait pour réussir un coup pareil sans même l'avoir voulu ?! »
Comme pour répondre à sa question, il se remémora ce que l'orientale lui avait dit dans l'écurie, et tout devint subitement plus claire :
— « Personne ne le voit, tu le caches vraiment bien… Mais moi… moi je le vois tout le temps. Je le vois depuis… depuis… depuis qu'on a parlé sur le porche du dortoir il y a deux ans. »
— « Le porche ! » réalisa-t-il en se saisissant du livre adéquat. « Qu'est-ce qui s'est passé sur ce putain de porche ?! Qu'est-ce que j'ai raté ?! »
(-)(-)(-)
(Deux ans plus tôt)
Fatigué par la journée d'entrainement intensif de Shadis et désireux de trouver un peu de tranquillité. Amos s'était allongé sur la rambarde du porche du dortoir des garçons avec « les explosifs modernes », le dernier livre de sa besace qu'il n'avait pas encore lu.
Au loin, le coucher de Soleil printanier éclairait la caserne de ses lueurs rosées, et un agréable vent d'Ouest vint rafraichir le visage du grand blond, dont la concentration semblait imperturbable.
— Amos ?
Le concerné fronça les sourcils d'agacement, avant de pousser un soupir résigné et de lever les yeux de son ouvrage.
Mikasa s'était approchée de lui à pas de félin, à en juger par la serviette autour de son cou et ses cheveux encore mouillés, elle venait de sortir des douches.
— Oui ?
— Je voudrais te demander quelque chose.
— Vas-y, répondit-il avec indifférence.
L'orientale réprima une grimace vexée, mais choisit de l'ignorer.
— Après notre combat, tu m'as dit quelque chose que je n'ai pas compris, tu m'as dit que tu m'enviais… puis tu as dit que « la protection était la deuxième étape »… et j'avoue que je n'ai pas vraiment compris, tu peux m'expliquer ? Pourquoi est-ce que tu m'envies ?
Nox haussa un sourcil, puis il poussa de nouveau un soupir et déposa son livre avant de joindre ses mains.
— Parce que tu as déjà tout ce qu'il te faut et tu t'en contentes, dit-il d'une voix calme, la plupart… enfin, l'écrasante majorité des êtres humains ne sont jamais satisfaits par ce qu'ils ont. Ils sont davantage préoccupés par ce qu'ils peuvent obtenir de plus et prennent ce qu'ils ont déjà pour acquis. J'avoue que je ne fais pas exception à la règle, j'ai déjà beaucoup, mais ça ne me suffit pas. Et parfois je me dis que j'en fais sans doute trop et que je devrai me contenter de ce que j'ai déjà. Mais je ne suis pas satisfait, et c'est là où je t'envie.
Il porta son regard vers l'horizon et souffla du nez.
— Toi tu as Eren et Armin, tu n'as pas besoin de plus et tu ne désires pas plus. Tu as atteint ce que j'ai appelé la « deuxième étape », tu fais ce que tu peux pour les protéger et ainsi garder ce que tu as déjà, plutôt que de les risquer pour obtenir davantage. C'est là où je t'envie, moi je ne sais pas si j'arriverai un jour à être pleinement satisfait, à vrai dire, je crains que cela n'arrive jamais.
Mikasa était assez touché par ces aveux, cependant, elle fronça très légèrement les sourcils.
— Tu as Christa, n'est-elle pas suffisante ?
Amos laissa échapper un petit sourire triste en coin qui surprit l'orientale par sa sincérité.
— Christa a sa propre vie à mener, elle grandira, se trouvera quelqu'un et fondera une famille. Je serai toujours là pour elle, mais ce sera SA vie. Il faut bien que je vive la mienne d'une façon ou d'une autre.
Il se tourna vers l'orientale.
— Je pense d'ailleurs que c'est une des raisons pour lesquelles Eren est parfois frustré face à ton comportement.
Il n'en fallut guère plus pour obtenir l'attention totale de la jeune fille.
— Quoi ?
— Le fait est qu'on a parfois l'impression que tu vis plus pour ceux qui te sont chers que pour toi, Eren doit avoir le sentiment qu'il t'entrave ou quelque chose du genre. Et pour quelqu'un comme lui qui est raide dingue de la liberté, ça doit être agaçant, surtout s'il pense que c'est lui qui te retient et pas toi qui a décidé par toi-même.
Mikasa écarquilla les yeux et se plongea dans ses souvenirs, elle se repassa en boucle toutes les fois où son frère adoptif lui avait fait brutalement remarqué qu'il n'était plus un gamin, qu'il n'avait pas besoin qu'elle lui colle aux basques et qu'elle devrait se concentrer sur elle-même. Et alors elle comprit, elle comprit qu'Amos avait probablement raison, Eren devait agir ainsi parce qu'il était frustré, parce qu'il croyait qu'elle n'était pas libre… à cause de lui.
— Je pense qu'il a simplement besoin de comprendre que tu le surprotèges parce que tu as choisi d'agir ainsi, ajouta le grand blond en haussant les épaules, il continuera d'être frustré parce qu'il veut plus d'indépendance. Mais il se calmera sans doute un peu, s'il réalise que tu fais ce que tu fais parce que c'est ce que tu as décidé de faire, et pas parce que tu es contrainte de le faire.
L'orientale remonta son écharpe sur ses joues et regarda l'horizon à son tour. Puis elle baissa les yeux avec tristesse.
— C'est… commença-t-elle pas très sûre, j'ai fait la promesse à sa mère de toujours le protéger… Je ne dis pas que je le protège uniquement à cause de cela, mais cette promesse compte beaucoup pour moi. Sa mère avait été incroyablement gentille avec moi… je l'aimais comme j'aimais ma propre mère… Alors je suppose…
— C'est un truc que j'ai toujours admiré chez toi, coupa Amos qui savait quel genre de bêtise elle s'apprêtait à dire. Tout ce que tu fais, tu le fais par amour.
Mikasa sentit ses joues bruler, elle baissa la tête pour mieux se cacher.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Tu sais très bien ce que je veux dire, sourit le grand blond sous le regard choqué de l'orientale.
— « Stop. »
Amos Hannibal se tenait debout face au porche, les bras croisés, il observait attentivement les yeux de la jeune fille.
— « Pourquoi est-ce qu'elle me regarde comme ça ? Elle se planquait dans son écharpe il y a deux secondes. »
Il fronça les sourcils, et se tourna vers son lui du passé.
— « Qu'est-ce que j'ai de si spécial ? »
D'un claquement de doigts, il laissa le temps reprendre son cours.
— Tu protèges Eren et Armin parce que tu les aimes, tu t'entraines pour mieux les protéger parce que tu les aimes, tu tiens à ta promesse parce que tu aimais la mère d'Eren, tu es devenue soldat par amour, tu te bats par amour. Bref, tout ce que tu fais, tu le fais par amour.
Cette fois, Mikasa dû entièrement se tourner pour cacher son visage écarlate, Amos gloussa doucement en la voyant.
— Tu sais, reprit-il en reportant son regard vers l'horizon, si un jour tu as des enfants, ils auront une chance incroyable de t'avoir comme mère.
Pendant un très court instant, la figure de l'orientale se fit plus rouge, puis elle réalisa la mélancolie avec laquelle ces paroles furent prononcées, et revint vers son interlocuteur.
Celui-ci paraissait si triste qu'elle se figea sur place, le grand blond poussa un maigre soupir.
C'est là qu'elle comprit, Amos avait parlé de l'avenir de Christa mais pas du sien.
— Ne veux-tu pas fonder une famille, toi aussi ?
Il se tourna vers elle, le regard emplie de chagrin.
— « Une minute, » réalisa Hannibal en arrêtant le temps. « Depuis quand est-ce que je suis si expressif… ? Avant le début de la conversation j'étais… »
Il fronça les sourcils, avant de légèrement écarquillé les yeux.
— « C'est ça, » comprit-il, « Mikasa pressait tous mes boutons les plus sensibles. De l'amour qu'elle porte jusqu'à son instinct maternel en passant par son altruisme et sa détermination. Elle est l'inverse totale de ce que j'étais, et je commence à… C'est comme si elle m'ouvrait les yeux…Le simple fait que ce soit une personne comme elle qui me pose des questions sur ce que je désire… »
— C'est ce que je désire le plus au Monde, avoua le Amos du passé, mais je serai un pitoyable père.
Mikasa ne sembla pas le croire, son regard s'adoucit considérablement en l'espace d'une seconde, elle s'approcha du grand blond et posa une main sur son épaule.
— Je ne suis pas d'accord, dit elle avec un sourire aussi timide qu'éblouissant, je pense au contraire que tu seras exceptionnel.
Ces paroles prononcées avec tendresse frappèrent le jeune homme en plein coeur, celui du passé comme celui du présent. Celui du passé écarquilla les yeux et fixa l'orientale en rougissant. Celui du présent secoua légèrement la tête.
— « Ces mots… venant de quelqu'un comme Mikasa… C'est comme si elle m'avait rendu mon espoir… Pas étonnant qu'elle arrive à annuler la prédation. Elle représente la seule chose qui me permet de voir au-delà. »
— Merci… murmura le Amos du passé en détournant le regard.
Un sourire joueur se dessina alors sur son visage, celui du présent secoua la tête en sachant ce qui allait se passer.
— C'était une drôle de demande en mariage.
L'orientale réagit au quart de tour, et lui colla une violente taloche derrière le crâne. Le grand blond bascula de la rambarde sur laquelle il s'était allongé et s'étala sur le sol.
— « J'arrive pas à croire que j'ai dit ça, » maugréa Hannibal en réprimant un gloussement. « Mais j'ai pas pu résister, elle était trop mignonne.»
C'est alors que le Amos du passé éclata de rire, un rire puissant et amusé qui résonna à travers le cerveau du noble.
Ce dernier fronça les sourcils.
— « Pourquoi est-ce que je me bidonne à ce point là ? Ce n'était pas SI drôle. »
Nox mit une bonne minute à se calmer, il avait tant ri qu'il en avait les larmes aux yeux. Mais lorsqu'il se redressa il croisa le regard de Mikasa.
L'orientale paraissait estomaquée, ses paupières étaient écarquillées à s'en éclater la rétine.
— « Stop ! » s'écria aussitôt le noble en affichant une expression similaire.
Il s'écoula un long moment de silence pesant, durant lequel le grand blond tentait vainement de se remettre toutes les idées en place.
Il observa son lui du passé d'un regard incrédule.
— « C'était quand la dernière fois que j'ai autant ri ? » se demanda-t-il hagard. « Ça devait faire au moins quatre ans… C'est… »
Il revint alors vers l'orientale, l'observant avec un émerveillement confus.
— « C'est grâce à ce moment qu'elle arrive à déchiffrer mon comportement. Je ne crois pas avoir affiché des émotions aussi sincères pendant les quatre années qui ont précédées cette conversation. La façon dont j'ai ri… c'était comme si je rattrapais le temps perdu. Comme si enfin je finissais par voir la lumière. Et elle a tout vu… Elle a compris que je me cachais derrière un masque de logique et de pragmatisme. Elle sait… C'est comme ça qu'elle arrive à me lire… Comment ? »
Le jeune homme se prit la tête dans les mains et s'efforça de trouver la réponse à ses questions.
— « En une conversation qui n'a pas duré trois minutes, elle est parvenue à briser ma carapace sans même avoir cherché à le faire, à m'extirper d'une dépression vieille de trois ans, à me faire ravaler l'instinct qui me détruisait autant qu'il me maintenait en vie, à me redonner espoir… comment est-ce que… ? »
Et c'est là qu'il comprit, et qu'il se paralysa sur place.
Il comprit les messages que son subconscient lui avait envoyé durant la bataille de Trost, il comprit la souffrance qu'il ressentait chaque fois qu'il la faisait souffrir, il comprit pourquoi il adorait sa facette adorable, il comprit pourquoi elle lui faisait ravaler la prédation, et occupait bien trop souvent ses pensées.
Puis il se frappa le front avec les deux mains, dans le monde réel.
(-)(-)(-)
— Ouah ! lâcha Hanji surprise en le voyant réagir si violemment sans crier gare. Tu m'as flanqué une de ces frousses !
En effet, la scientifique avait été tellement absorbée par le cristal qu'elle tenait qu'elle avait sursauté face au mouvement brusque du noble.
Amos grommela des paroles inintelligibles dans ses mains, tandis que toutes les personnes présentes dans le chariot le regardait avec des sourcils froncés.
— Hannibal ! appela Levi agacé. T'as pas intérêt à péter un boulon maintenant !
— Je suis pas en train de péter un boulon, rétorqua le jeune homme agacé, je suis juste frustré contre moi-même.
Cette phrase attira immédiatement l'attention des officiers, mais le grand blond balaya leur curiosité d'un geste.
— Ça n'a rien à voir avec les titans, c'est personnel. Désolé si je vous ai fait flipper, j'irai mieux dans une seconde.
Levi fut tenté d'ajouter quelque chose, mais il commençait à connaitre son nouveau subordonné et savait à quel point celui-ci pouvait se révéler pragmatique. Il choisit donc de le laisser faire. Hanji mêle regarda un instant, avant de se reconcentrer sur son cristal. Eren et Armin échangèrent un regard interrogateur, tandis que Mikasa fixait le grand blond avec inquiétude.
Ce dernier avait tourné la tête afin d'éviter que qui que ce soit ne parvienne à déchiffrer les traits de son visage.
— « Putain… » songea-t-il en observant les ténèbres, « putain… comment j'ai fait pour ne pas le voir plus tôt… ça explique absolument tout… absolument tout… Elle ne m'a pas redonné espoir, elle EST mon espoir… »
Il poussa un soupir aussi long que discret, ses yeux d'émeraude avaient une lueur mélancolique.
— « Je suis amoureux d'elle… Putain… »
