NA : Yo tout le monde, déjà MERCI pour les commentaires, en recevoir est vraiment très motivant. ;)
Thomquiri, dans le chap 3 c'était à quel point il aurait fait un mauvais "père", pas assassin ;)
Je comprends que les évènements déjà vu dans le Manga puissent paraitre longs, et ce, même avec la présence d'Amos. Mais c'est comme ça pour le moment. Ce seront surtout les personnages qui changeront et bénéficieront de l'influence et de la présence d'Amos. En revanche, je te rassure, l'arc révolutionnaire, la reconquête de Maria et L'arc Mahr seront très différents. Surtout le révolutionnaire, j'ai hâte de l'écrire je t'avoue. l'incohérence top 5/top 7 est dans le chap du procès, elle a été corrigée, merci à toi.
Bon, du coup ce chap est un peu particulier, parce que je voulais juste écrire deux trois scènes de discussion avant de passer direct à Utgard. Mais bon, il fait déjà 10 000 mots, c'est donc un chap en lui-même important pour le développement de perso. Le prochain, (voire les deux prochains) se concentrera sur Historia et Ymir.
Je préfère ne pas répondre aux théories, ;) sinon je gâcherai mon scénar. Mais j'aime les lire et elles peuvent m'inspirer, donc n'hésitez pas à les partager.
Bonne lecture o/
PS : j'avais pas prévu d'écrire la scène finale de ce chap aussi tôt, puis je me suis dit que c'était pas une si mauvaise idée, Niark :D
Chapitre XVII : Ses Yeux
Amos passa les quinze minutes qui suivirent sa réalisation à maitriser ses émotions, ce qui en l'état des choses, relevait d'un authentique exploit.
Il était à proprement parlé, terrorisé. Pas par ses sentiments envers Mikasa, non, ces sentiments le fascinaient et l'émerveillaient plus qu'autre chose. En revanche, ce qu'ils impliquaient le terrifiait. Hannibal était prêt à mourir plutôt que de la voir mourir, ce qui s'était passé dans la forêt en était la preuve flagrante. L'orientale ne l'avait pas seulement tiré de sa dépression, elle le maintenait constamment à la surface. Si elle venait à perdre la vie, le noble savait qu'il ne s'en remettrait jamais. Ce serait tout juste s'il réussirait à vivre pour Historia et Ymir.
Mais le pire dans cette histoire, c'était son grand-père. Si jamais Peter Hannibal apprenait que son héritier s'était entiché d'une roturière… Amos frémit d'horreur rien que de penser aux conséquences. Et ce n'était pas seulement le Premier Ministre, la noblesse toute entière voudrait la peau de Mikasa. Si ses sentiments envers elle venaient à s'ébruiter, l'orientale subirait moult tentatives d'assassinat de la part de nobles qui désirent le voir épouser leurs filles, ou des demoiselles elles-mêmes.
Hannibal finit par expirer discrètement, et se servit de la prédation pour ralentir les battements de son coeur.
— « Ce n'est pas bon du tout, » soupira-t-il intérieurement, « je ne peux pas mettre mon plan à exécution tant que je n'aurais pas obtenu toutes les informations dont grand-père dispose. Et avec la menace extérieure qui se fait de plus en plus pressante, je vais être obligé d'accélérer. Actuellement, il n'y a que deux demoiselles qui sont aptes à devenir la prochaine Lady Hannibal, mais l'une comme l'autre se servira du fait que je sois pressé, et usera de ses informations concernant l'extérieur pour mener la danse. Putain… à moins qu'Annie ne crache le morceau, je vais souffrir pendant les semaines à venir. »
Amos parvint finalement à chasser ses démons de sa tête, et se reconcentra sur la mission.
Histoire de se changer les idées, il passa en revue les figures de ses camarades et supérieurs. Le pasteur Nick était toujours assommé, Eren, Armin et Hanji semblaient plongés dans leurs pensées. Levi était indéchiffrable, mais nul doute qu'il bouillait toujours de rage envers Lord Peter.
Les yeux verts émeraude d'Hannibal croisèrent alors le regard de jais de Mikasa, et les violentes émotions que le noble y décrypta lui firent hausser les sourcils de surprise.
L'orientale était dans une colère noire, elle l'observait avec une frustration née du désespoir et de l'impuissance, couplée avec… un genre de… résolution ? Il n'était pas sûr.
Lorsqu'elle remarqua que le grand blond l'avait repéré, elle souffla calmement du nez pour évacuer son surplus d'émotion, et reprit un visage impassible tout en tournant la tête dans une autre direction. Mais Amos ne la quitta pas des yeux.
— « Qu'est-ce qui lui prend ? » songea-t-il perplexe. « Ça fait combien de temps qu'elle m'observe comme ça ? »
Il s'écoula un court moment de silence supplémentaire, qui fut brisé par Levi.
— Hanji ? appela-t-il soudainement.
Pas de réponse.
— Oï, bourrique à lunettes ? insista-t-il de sa voix morne. Tu fais joujou avec un caillou ? C'est nouveau ça.
— Oui, répondit pensivement la scientifique, mais ce n'est pas n'importe quel caillou. C'est un morceau de peau rigidifié laissé par le Titan Femelle.
Amos haussa un sourcil intéressé et posa le regard sur le cristal.
Armin leva la tête de surprise.
— Il ne s'est pas évaporé ?
— Non, répondit Hanji avec excitation. Il est resté intact, même après s'être détaché du corps d'Annie. Alors ça m'a fait réfléchir, et j'ai eu l'idée de le comparer à un éclat du mur, la texture et la composition étaient pratiquement identiques. Autrement dit, les titans colossaux sont les piliers porteurs de nos murs, et nous sommes protégés par des barrières de peau de Titan rigidifiée.
Les méninges d'Armin tournèrent à toutes allures, jusqu'à ce que ses yeux ne s'écarquillent.
— Mais alors, ça veut dire… !
Sans crier gare, Hanji plaqua sa main sur sa bouche.
— Attends Armin ! Laisse-moi le dire !
Tout en maintenant sa paume collée contre les lèvres du jeune homme au cas où celui-ci lui volerait sa conclusion, elle continua :
— Dans l'état actuel des choses, nous aurions du mal à trouver un rocher assez gros pour boucher le Mur Rose. Il faudrait qu'il ait juste la bonne forme et la bonne taille et nous n'avons pas encore assez de détails sur la faille. Mais d'un autre côté, là où il y a une volonté, il y a un moyen. Imaginez qu'Eren utilise sa capacité d'auto-pétrification sous forme de Titan.
Toutes les paires d'yeux, à l'exception de celle d'Amos, se tournèrent vers le métamorphe en question qui lançait un regard vide à Hanji.
— Vous voulez que je répare le trou dans le mur avec ma capacité de durcissement… murmura-t-il d'une voix peu confiante.
— Oui, confirma la scientifique, ta peau rigidifiée est composée du même matériau avec un ajout plus brillant, comme celle…
Amos attrapa soudainement le poignet de cette dernière et libéra Armin qui haleta à grandes bouffées.
— Oh ! Désolée, dit-elle avec un sourire penaud en réalisant qu'elle l'avait presque étouffé.
Mais elle reprit son explication sans tarder :
— Si ton corps fossilisé peut rester en place même après avoir rompu ta transformation, ça devrait le faire.
Le petit blond prit un temps pour reprendre son souffle, avant d'ajouter :
— Hé bien… ça semble valoir la peine d'être tenté. Si nous parvenons à consolider le mur Rose, le mur Maria commence à sembler très prometteur. Aussi vitale qu'elle soit, l'infrastructure de l'avant-poste nous ralentit énormément. Le temps et les ressources nécessaires pour transporter les matériaux sont immenses, mais si les wagons d'approvisionnement ne font pas partis du voyage, nous pouvons nous diriger vers Shiganshina beaucoup plus rapidement. Et si nous décidions de réaliser notre plan en pleine nuit ? Quand les Titans sont immobiles.
Le sourire d'Hanji s'élargit, excitée par ce chemin de pensée elle répondit :
— Ce n'est pas mal. En fait, c'est du génie, surtout si le groupe est assez petit pour passer inaperçu.
— Oui, confirma Armin, mais tout dépend de la capacité d'autopétrification d'Eren.
Le concerné sentit soudainement le poids d'une responsabilité écrasante s'abattre sur ses épaules, il se crispa.
Hanji s'apprêtait à s'adresser à lui, lorsqu'elle remarqua qu'un certain noble n'avait toujours pas pris la parole malgré les plans qu'ils étaient en train d'élaborer pour leur survie. Aussi elle se tourna vers ledit noble, et le découvrit profondément plongé dans ses pensées.
— Tu n'as rien à dire ? demanda-t-elle un peu surprise. Habituellement, tu nous gratifies toujours de réflexions poussées.
Un léger silence pesant vint suivre cette remarque, Amos ne bougea pas d'un cil… mais descella ses lèvres pour lâcher sa bombe :
— Je peux me tromper… mais je ne crois pas qu'il y ait de brèche dans le mur Rose.
À cela, Eren, Armin, Hanji et Mikasa le regardèrent avec des yeux de merlans frits, tandis que Levi haussait un sourcil semi-intéressé.
— Erwin doit avoir eu la même idée, fit remarquer le capitaine de sa voix morne. Il a dit « tant que l'état du Mur Rose n'a pas été vérifié », et pas un truc du genre « tant que le Mur Rose n'aura pas été rebouché. »
— C'est aussi ce que je me disais, confirma Hannibal d'une voix pensive.
— Balance dans ce cas, répliqua le petit homme, qu'est-ce qui te fait dire qu'il n'y a pas de brèche ?
Le noble se permit quelques secondes de réflexion supplémentaire, avant de répondre :
— On sait que les murs sont composés de Titans Colossaux, on sait, grâce à l'interrogatoire mené sur Annie, que l'ennemi est au courant. Dans ce cas, pourquoi est-ce qu'ils prendraient le risque inconsidéré de faire un trou dans un Mur ? Ça n'a aucun sens et c'est extrêmement risqué. J'ai fait un rapide calcul, compte tenu de l'épaisseur et de la longueur de nos remparts, il y a au bas mot un million cinq cent milles titans colossaux ne serait-ce qu'à l'intérieur du mur Rose.
Les éclaireurs écarquillèrent les yeux d'horreur en entendant ce chiffre, même Levi n'était pas du tout serein.
— Tu as raison, approuva Armin d'une voix tremblante, le jeu n'en vaudrait pas la chandelle. S'ils avaient fait ne serait-ce qu'une seule erreur en perçant leur trou, ils auraient réveillé un ou plusieurs colossaux. Ceux-ci auraient arrachés des pans entiers du mur en se réveillant, ce qui aurait déclenché une réaction en chaîne jusqu'à ce que l'intégralité de Rose ne finisse en un immense tas de gravas…
— Effectivement, acquiesça Amos, et comme n'importe quel titan, ils devront manger. Ils fileront donc d'abord vers Sina, en réveillant au passage tous leurs compères qui y dorment, et quitteront notre territoire une fois qu'on sera exterminé pour des terrains de chasses encore intacts. Comme la civilisation d'où Annie et ses complices proviennent, détruisant au passage le Mur Maria et réveillant le reste de leurs copains. Bref, tout le monde sera foutu et personne n'aura rien à y gagner.
Eren et Hanji déglutirent bruyamment en les écoutant, la scientifique fit remarquer :
— Mais les titans sur le territoire du Mur Rose doivent bien provenir de quelque part, comment sont-ils entrés ?
La mine du noble s'assombrit soudainement et ses sourcils se froncèrent, ce qui n'augurait rien de bon pour ceux qui le connaissaient bien.
Il expira entre ses dents, avant de reprendre en grognant :
— C'est ça qui me dérange… il y a pleins de trucs qui ne collent pas. L'alerte a été donnée vers midi, ce qui signifie que les titans ont débarqués pendant la mâtiné… Donc… ils sont là depuis au moins seize heures. Et en seize heures, aucun déviant n'a foncé vers les villages et les villes les plus proches de l'endroit où la brèche est supposée être, d'après nos éclaireurs. À l'inverse, tous les postes avancés de la Garnison ont été attaqués. Ce n'est pas une banale invasion, ça m'a tout l'air d'être une attaque coordonnée qui visait spécifiquement nos défenses.
Un silence de cathédrale s'abattit sur le chariot, les traits sur le visage de Levi se froissèrent.
— Attends une minute… t'es en train de dire que ces titans obéissent à une stratégie ?
Les éclaireurs frissonnèrent face à cette perspective, les méninges d'Armin et d'Hanji tournaient à plein régime.
— Annie était parvenue à attirer des titans vers elle, fit remarquer la scientifique, si jamais on a affaire à un métamorphe plus expérimenté qui dispose d'un pouvoir similaire… voire supérieur… Alors…
— Oui… acheva Armin, c'est plus que probable, et ça expliquerait leur comportement.
— Mais ça ne répond toujours pas à notre question, intervint Eren qui avait réussi à suivre, comment ils ont pu passer s'il n'y pas de brèche ?
— Il y a peut-être une brèche, corrigea Amos, je n'en suis simplement pas sûr.
Hanji acquiesça et se remit à réfléchir.
— Les deux recrues qu'on suspecte d'être des complices d'Annie sont sur le front près de la zone où les titans sont apparus. Il y a peut-être un lien.
À ces mots, les yeux d'Eren jaillirent de leurs orbites, tandis que ceux de Mikasa s'écarquillaient légèrement.
— Comment ça « les complices d'Annie » ? manqua-t-il de hurler. Il y a d'autres traitres dans notre promo ?!
— Eren, gronda Levi agacé, calme-toi.
Le natif de Shiganshina se mordit la langue et obtempéra, pendant ce temps, Amos jeta un regard agacé à un certains petit blond.
— Armin ? grinça-t-il mécontent. Pourquoi tu ne leur a rien dit ?
Le concerné baissa légèrement la tête sous les regards surpris de ses amis d'enfance.
— Je… je pensais que les officiers en parleraient avant moi.
À cela, Hannibal laissa échapper un soupir exaspéré.
— Oh pour l'amour de… Il faut vraiment qu'on travaille davantage ta confiance en toi. Ce n'est pas parce que tu es un soldat que chacune de tes décisions requiert un ordre ou une autorisation.
Armin encaissa le coup, et se recroquevilla en affichant un air penaud.
— Bon, grogna le noble en se pinçant les sinus, puisque c'est ta découverte c'est à toi d'en parler. Vas-y.
Sur le coup, Arlet ignora s'il s'agissait d'un genre de punition ou d'une manière pour Amos de le forcer à prendre confiance en lui. Néanmoins il s'efforça de ravaler sa nervosité, et finit par révéler les identités supposés des complices de la Femelle.
Hannibal observa méticuleusement les réactions de ses deux autres camarades, Eren écarquilla les yeux à s'en éclater la rétine au fur et à mesure qu'Armin détaillait les faits qui l'avaient poussé à soupçonner Reiner. Mikasa tenta de rester impassible, mais il était évident pour tout le monde qu'elle bouillait de colère.
— C'est… balbutia Jaeger avant que l'Enfer ne se déchaine dans son regard, quelle bande de fils de putes ! Je vais les… !
— Eren, trancha soudainement Amos, fais un calcul rapide. Quel âge avaient Reiner, Bertholdt et Annie quand le Mur Maria est tombé ?
Le natif de Shiganshina incendia le noble du regard et grinça furieusement des dents… puis… réalisa où son ami voulait en venir.
Mikasa sembla tout aussi choquée.
— Attends une minute… murmura le métamorphe en se remémorant le jour où il avait perdu son foyer.
Il s'en souvenait comme si c'était hier, et il ne l'oublierai jamais.
Le chaos, la panique, l'horreur, les cris, le sang, la terreur, tels étaient les meilleurs mots qui lui venaient à l'esprit pour décrire la chute de Shiganshina. Un Enfer sur Terre qui s'était déchaîné dans sa ville natale. La pire expérience de toute son existence.
— T'es en train de me dire… marmonna-t-il sans même parvenir à y croire lui-même, que tout ça… toute cette horreur… Ça a été fait par des…
—… gosses de dix et onze ans, compléta Amos, oui.
Eren n'en crut pas ses oreilles, il croisa le regard du grand blond dans l'espoir que celui-ci l'aide à y voir plus clair. Ce dernier poussa un profond soupir.
— On a théorisé qu'Annie, Reiner et Bertholdt venaient probablement d'une autre civilisation que la nôtre. Si c'est le cas, j'ignore tout de leur nation et du contexte dans lequel ils ont grandi. Qui sait ? Peut-être croyaient-ils naïvement qu'ils servaient une juste cause en nous attaquant. Peut-être qu'on a été dépeint comme les méchants de l'histoire avec notre armée de colossaux bien cachée dans nos murs. J'en sais absolument rien à l'heure actuelle, mais j'ai bien l'intention de leur poser la question.
Cette fois, Eren paraissait totalement perdu, il posa une main sur son visage et soupira pour évacuer son surplus d'émotion. Mikasa lui agrippa délicatement l'épaule.
— Je… commença-t-il pas très sûr, je…
Pour la première fois de son existence, Jaeger ne savait pas contre qui diriger sa colère. Les titans ? La dernière fois qu'il avait fait cela il avait causé la mort de certains de ses camarades et amis. Annie ? Elle a déjà été vaincue, et même si elle était une ennemie, les sentiments qu'elle partageait avec Armin le perturbaient, et l'empêchaient de la détester. Reiner et Bertholdt… ? Les responsables de son plus grand malheur ? Les détester serait facile, en particulier Braun, mais c'était des gosses quand ils ont détruit le Mur Maria, des foutus gosses. À leur âge, la plus grande crainte d'Eren était de faire les corvées que sa mère lui assignait, ou de se faire prendre pendant qu'il tirait au flanc. Qu'est-ce qui les a poussé à faire un truc aussi dément ? Pourquoi ? Pour quoi sa mère devait-elle mourir ? Pour quoi a-t-elle été dévorée par un titan ?
— Reiner est méprisable, lâcha soudainement Mikasa en serrant les poings, qu'il ne soit pas dans notre camp, je peux le comprendre. Mais il n'avait aucun besoin de… d'agir comme il l'a fait. De prétendre être le grand frère de la promotion. Tout le monde l'admirait, Marco l'admirait. Au moins, Annie et Bertholdt n'ont pas essayé de se rapprocher de nous.
Il n'en fallut guère plus pour ranimer le brasier dans le regard d'Eren, une vision qu'Amos n'appréciait pas du tout.
— J'aurais fait la même chose, admit-il d'un ton dur, « j'ai fait la même chose. »
Les trois natifs de Shiganshina le fixèrent avec des yeux ronds, tandis que Levi l'observait discrètement, le grand blond haussa nonchalamment des épaules.
— C'est ce qu'on attends d'un bon espion, expliqua-t-il calmement, souviens-toi comme Armin et toi avez hésité quand vous avez découvert qu'Annie était la Femelle. À ton avis ? Qui d'autre pourrait hésiter quand Reiner et Bert seront exposés ?
Eren comprit où le noble voulait en venir, néanmoins la façon dont il présentait les choses l'agaçait.
— À t'entendre on croirait que tu les admires, cracha-t-il.
La prédation qui apparut dans le regard d'Amos lui fit immédiatement regretter ses paroles.
— Ma mère aussi est morte parce qu'ils ont défoncé Maria, gronda le grand blond, même si je ne l'ai pas vu mourir.
À ces mots, Jaeger se mordit la langue et baissa la tête en signe d'excuse.
— Pardon… c'est juste que… Bert… il m'a demandé de lui raconter ce qu'il s'était passé à Shiganshina. Pourquoi est-ce qu'il a fait ça ? Quel genre de taré fait ça ?
Hannibal calma son instinct de prédateur et grimaça légèrement, il savait qu'Eren n'allait pas apprécier sa réponse.
— Par curiosité, j'imagine.
Le métamorphe releva la tête, une expression mi-confuse mi-furieuse sur le visage.
— Hein ?
— C'est facile de tuer des gens dont on ne sait rien, développa le noble d'un ton sinistre. En ignorant qui ils étaient et ce qu'ils représentaient, on les déshumanise, et ainsi la culpabilité que l'on ressent en les tuant s'en retrouve fortement diminuée.
Il haussa les épaules, et reprit :
— Les enfants-soldats tels que nos trois compères existent pour une raison très simple : ils sont très faciles à manipuler. Il suffit de leur donner une arme, un but et d'affirmer qu'ils font ça au nom du bien commun par exemple, et ils ne seront que trop heureux d'obéir. Car ils sont trop naïfs pour réaliser les véritables conséquences de leurs actes.
— Tu parles par expérience, Hannibal ? demanda Levi en se penchant en avant.
— Oui, répondit le noble d'un ton tranchant à la surprise des autres passagers, et non, je n'ai envoyé aucun enfant au massacre.
— « À part Historia, » songea-t-il amère.
Le capitaine acquiesça et s'adossa de nouveau, permettant ainsi au grand blond de reprendre :
— Ce que j'essaie de dire, c'est que Bertholdt a peut-être voulu réfléchir sur les conséquences de ses actes pour la première fois, en te demandant de lui raconter l'attaque sur Shiganshina depuis le point de vue d'une victime.
Eren était de plus en plus perturbé par la réflexion du noble, il tentait vainement de faire le tri dans ses pensées.
C'est à ce moment qu'Armin choisit de prendre la parole :
— J'ai du mal à voir Annie croire un quelconque mensonge pour justifier un massacre de masse, admit-il, je me demande pourquoi elle fait ça…
— Son père… lâcha distraitement Jaeger.
À ces mots, Arlet écarquilla les yeux et se tourna vers son ami. Ce dernier réalisa alors ce qu'il venait de dire.
— Heu… hésita-t-il de peur de dire une bêtise, j'imagine… enfin… Les seuls moments où Annie est pleine de vie c'est lorsqu'elle montre ses techniques de combat, et elle m'a dit qu'elle tenait ses techniques de son père… alors je…
Il fut interrompu par les applaudissements d'Amos.
— C'est exactement ce que je pense, dit-il avec fierté, bien joué.
Eren rougit légèrement face à ce compliment, mais la confusion dans sa tête le ramena bien vite à la réalité.
— J'ai…
Il prit une grande inspiration pour se donner du courage, comme s'il s'apprêtait à avouer une faute qui lui pesait sur la conscience.
— J'ai… j'ai du mal à les détester.
— C'est bien.
Jaeger fronça les sourcils, et croisa le regard d'Amos.
— C'est bien ? répéta-t-il sans y croire.
— Oui, confirma le noble, c'est très bien. Les haïr c'est prendre le risque de te laisser aveugler par la rage. Et quand ça arrive tu es automatiquement foutu.
Hannibal se pencha en avant et regarda Eren droit dans les yeux.
— Je ne les hais pas, admit-il sans aucune honte, et ce, bien que ma mère soit morte à cause d'eux. À mes yeux, ils ne sont rien de plus que des outils, rien de plus que les couteaux qui l'a tué, et ce serait stupide de blâmer un couteau. En revanche, ce que je veux savoir, c'est pour quoi ? Pour quoi ma mère est-elle morte ? Qui leur a donné l'ordre de nous attaquer et dans quel but ? Et qu'est-ce qui a poussé Reiner et Bertholdt a exécuter cet ordre ?
Eren écoutait très attentivement chacun des mots prononcés par Amos afin d'y voir plus clair, pendant un instant, il fut tenté de détester ceux qui avaient ordonné à Reiner, Bertholdt et Annie de détruire Maria. Mais en y réfléchissant, les trois traitres étaient venus car ils craignaient peut-être d'être un jour réduit à néant par les colossaux dans les murs. Ou peut-être étaient-ils venus pour prendre ce pouvoir afin de débarrasser le monde des titans ? Ou peut-être en avaient-ils simplement besoin pour garantir leur survie ? Si c'était le cas, pouvait-il réellement les blâmer ? Les haïr ?
— Ça ne veut pas dire que je les épargnerai pour autant, précisa Hannibal. Je les tuerai si je le dois, ou les capturerai si je le peux. Ce ne sont peut-être pas des monstres ou de la vermine, mais ce sont nos ennemis. Et en tant que tels, je ne me permettrai pas d'avoir pitié d'eux au point de me retenir. C'est eux ou nous. Il n'y a pas de bon ou de mauvais côté, juste une guerre avec la survie à la clef. Pour cela, nous devons nous montrer inflexibles. Si nous voulons protéger ceux que nous aimons, protéger les nôtres, alors on doit se battre et aller de l'avant.
Ces mots déclenchèrent un souvenir dans la tête de Jaeger, le souvenir d'un discours qu'il avait prononcé pour lui-même alors qu'il était enseveli sous des décombres dans une des rues de Stohess.
Il n'avait pas le temps de se demander si ce qu'il faisait était « bien » ou « mal », il ne devait avoir qu'une seule chose en tête, la survie de ses amis. C'était la seule chose qui lui importait véritablement, après tout, il avait promis à sa mère de protéger Mikasa. Et s'il devait faire des sacrifices, alors il les ferait, sa décision était prise.
Il croisa les yeux verts émeraude d'Amos avec toute sa détermination, et acquiesça fermement, le noble se permit un petit sourire.
— « Voilà, là, il est prêt. »
Sans crier gare, Hanji lâcha un sifflement admiratif.
— Hé bah, dit-elle sincèrement impressionnée. On peut dire que tu sais comment faire grandir tes camarades.
À cela, Hannibal préféra détourner le regard pour cacher son léger rougissement, malheureusement pour lui, Mikasa ajouta en souriant derrière son écharpe :
— Amos fera un très bon père un jour.
Cette fois, le noble se figea sur place en affichant une grimace indescriptible et en lâchant un gazouillis étranglé. Eren, Armin et Hanji éclatèrent de rire tandis que l'orientale gloussait discrètement.
— Pourquoi est-ce que tu rigoles ? grogna le grand blond à l'adresse du métamorphe en pointant la métisse du pouce. Elle vient littéralement de dire que t'étais un gosse.
À ces mots, Jaeger cessa immédiatement de se bidonner et foudroya Mikasa d'un regard noir qu'elle évita en regardant ailleurs. Armin essaya vainement de se retenir de rire en étouffant ses éclats dans sa main droite.
— T'inquiètes Eren, reprit Amos avec un sourire moqueur, quand t'auras bien durci pour boucher le trou de Maria, plus personne ne pourra contester ta virilité.
Ce fut le coup de grâce pour Armin, Mikasa et Hanji, les trois éclaireurs furent pris d'une crise d'hilarité si intense que plusieurs éclaireurs aux alentours, rongés par la gravité de leur situation, les regardaient avec comme s'ils étaient devenus cintrés. Même Levi ne parvint pas à complètement contenir l'amusement présent dans son regard.
De son côté Eren était mortifié, il avait écarquillé les yeux d'horreur et affichait une bouche béate. Ne sachant que faire d'autre, il fit un beau doigt d'honneur au noble avant de se renfrogner sur lui-même pour bouder. Puis il réalisa que sa soeur adoptive rigolait toujours, dissimulée derrière son écharpe. Ses iris s'élargirent légèrement, il haussa les sourcils de surprise.
— « J'ai jamais vu Mikasa rire autant, » songea-t-il étonné. « Elle a l'air… »
Il se souvint alors que c'était de lui dont la jeune fille riait, et se remit immédiatement à bouder.
Soudain, une clarté supérieure à celle des torches de leur convoi vint illuminer leurs visages. Les éclaireurs tournèrent la tête pour découvrir leur destination.
— On est arrivé, annonça Hanji, Ehrmich.
Une fois à l'intérieur du District, ils furent accueillis par les murmures sinistres des réfugiés qui fuyaient le territoire du Mur Rose envahi par les Titans. Levi réveilla Nick en le secouant, et le guida vers les humains injustement chassés de leur foyer, pour que le pasteur puisse constater par lui-même l'ampleur de la catastrophe. Et en effet, le cinquantenaire se figea lorsqu'il découvrit l'abondance de gens épuisés vêtus de haillons, mais il fut poussé en avant par le pied d'un capitaine irrité.
— Personne ne t'as dit de t'arrêter, grogna ce dernier. On va finir par perdre les autres.
— Ce… c'est… bredouilla Nick à court de mots.
— Peut-être que vous vous attendiez à voir quelque chose de plus pittoresque ? ironisa Levi d'une voix sinistre. C'est ce qui arrive quand les murs cèdent.
Les hordes de gens continuaient de défiler sous le regard du pasteur, qui finit par remarquer un enfant perdu dans la foule qui pleurait pour ses parents.
Horrifié, Nick voulu aller dans sa direction, mais le capitaine l'attrapa par l'épaule et le retint.
— Oï, où tu crois allez comme ça, saint homme ? Regarde bien, ce sont les visages des êtres humains qui ont perdu tout ce qu'ils ont jamais eu. Des êtres humains que vous et les vôtres abandonnez incidemment. Difficile de vous voiler la face dans ces conditions, hein ? Si votre bande de planqués avait le dernier mot, nous serions tous dans cette situation. Les Titans afflueraient et se régaleraient de notre chair, pelletant l'homme, la femme et l'enfant dans leurs gosiers pourris. Toute l'humanité digérée comme un seul être dans l'horreur et la douleur.
Du côté d'Amos, le noble n'avait pas perdu une seconde à contempler la misère du peuple, il s'était empressé de ramasser ses caisses et s'appliquait à présent à s'équiper du plus de matériel possible.
Sentant ses douleurs dorsales revenir, il fut contraint de s'injecter une nouvelle dose de méthanol. Puis il en cala cinq autres dans les poches de sa veste.
Hanji le remarqua tandis qu'il accrochait ses grenades à sa ceinture et ses cartouches à ses cuisses, elle jeta un regard par dessus son épaule.
— Vous êtes trop près, l'informa sobrement Hannibal en dissimulant d'autres explosifs dans sa cape.
La scientifique se décala un peu, mais ne quitta pas le matériel des yeux.
— C'est du beau matos, siffla-t-elle impressionnée, qui l'a créé ?
— Moi. Enfin, les grenades sont mes inventions, les flingues sont issu d'un équipement particulier conçu pour affronter des humains et utilisé par les Brigades Hannibal. J'ai simplement assemblé les deux équipements pour davantage de polyvalence.
Hanji continua son inspection durant un court instant supplémentaire, avant de se tourner vers le grand blond.
— Tu peux en faire beaucoup des trucs comme ça ?
Le jeune homme secoua la tête.
— Je n'ai pas le temps de les faire moi-même, il faudra que je me réapprovisionne après cette mission.
Hanji ouvrit la bouche, mais Hannibal la coupa.
— Et non, je ne peux pas en donner à tous les éclaireurs pour trois raisons : d'une, vous avez pas le budget, de deux, ces trucs là sont dangereux et doivent être manipulé avec un certain doigté que tout le monde n'a pas, de trois mes propres ressources ne sont pas inépuisables.
La binoclarde sembla frustrée, mais concéda le point de vue du noble.
Ce dernier se tourna alors vers les trois natifs de Shiganshina qui se préparaient plus loin dans la caserne.
— Armin ?! Viens voir.
Bien qu'un peu surpris, le concerné s'approcha du Conseiller avec ses deux amis curieux sur les talons. Amos sortit une grenade de sa caisse et la tint devant le visage du petit blond.
— Grenade explosive, présenta-t-il en la faisant tournoyer sur son doigt. Garde la main sur la cuillère une fois la goupille retirée, elle explose cinq secondes après que la cuillère se soit détachée. En calculant bien ton coup tu devrais pouvoir la balancer dans la gueule d'un titan pour lui détruire la nuque de l'intérieur.
Armin écarquilla les yeux d'horreur.
— A-attends…
Mais Hannibal n'en fit rien, il sortit deux autres grenades et trancha d'une voix sévère pour le forcer à se concentrer :
— Fumigène, très pratique pour s'esquiver ou faire diversion. Et Incapacitant, aussi connue sous le surnom de « bombe au poivre ». Balance ça dans les yeux d'un titan et je peux de te garantir qu'il pleurera pendant au moins trois heures. Évite cependant de l'envoyer quand il y a un éclaireur dans le périmètre. Je t'en donne deux de chaque, utilise-les judicieusement je te prie.
Les yeux d'Armin semblaient sur le point de jaillir de leurs orbites, son corps tremblait comme une feuille sous les regards inquiets de ses amis.
— M-merci Amos… mais je ne peux pas…
— Tu comptes aller exterminer des titans à la lame ?
— Euh…
— Tu comptes rester en retrait à réfléchir pendant qu'Eren, Mikasa et moi on va au charbon ?
— Non, répondit-il avec plus d'assurance.
— C'est pas toi qui refusait d'être un fardeau ?
L'effet fut immédiat; un brasier déterminé s'alluma dans le regard du petit blond.
— Accroche-toi ces grenades à la ceinture, ordonna simplement Hannibal.
Armin prit une grande inspiration pour se donner du courage, et fit ce qui lui était demandé. Ses amis posèrent chacun une main sur son épaule pour le soutenir, Arlet leur adressa un petit sourire reconnaissant.
C'est alors qu'Hanji se pencha en avant, de sorte à ce que son visage soit bien trop près de celui du noble pour que celui-ci soit à l'aise. Les pupilles de la scientifique s'élargir soudainement pour former des yeux de merlans frits, qui essayaient sans doute de passer pour des yeux de chatons.
Amos arrêta la progression de la tête de la jeune femme avec son index et recula la sienne.
— Vous voulez une grenade, devina-t-il gêné, c'est ça ?
Hanji acquiesça vivement.
Après avoir lâché un soupir exaspéré, le grand blond plongea la main dans sa caisse et en sortit son dernier explosif.
Hanji sourit de toutes ses dents, et reparti en jonglant avec son nouveau jouet tandis que Moblit jetait au noble un regard consterné, auquel il répondit en haussant les épaules avec impuissance.
Ce petit épisode terminé, Hannibal se reconcentra sur ses amis.
— Eren et Armin, vous pouvez retourner vous préparer, Mikasa, reste une seconde il faut qu'on parle.
Si l'orientale était surprise, elle ne le montra pas. Une fois qu'ils furent seuls, Amos lui fit signe de le suivre dans une ruelle derrière la caserne, là où ils ne seraient pas dérangés.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda la jeune fille.
Les yeux d'émeraude d'Hannibal se firent soudainement plus durs, son interlocutrice comprit immédiatement qu'elle n'allait pas apprécier cette conversation.
— Tu te souviens quand je t'ai dit que je ne voulais pas que tu te sacrifies pour moi ?
La métisse haussa les sourcils de surprise, un léger et bref voile de tristesse passa sur son visage.
— Oui.
— Pourquoi est-ce que tu l'as quand même fait ?
Elle fronça les sourcils.
— Je…
— Je n'étais pas sur ta trajectoire quand Annie m'a envoyé valser, coupa le noble, donc si je t'ai percuté, cela veut dire que tu t'es jetée derrière moi.
À ces mots, Mikasa se crispa et détourna le regard.
— Tu as failli y rester, poursuivi le noble d'une voix impassible, si tu étais tombée sur la nuque ça aurait été terminé pour toi. Alors fais moi plaisir, et ne refais jamais un truc pareil, tu veux ?
Lentement, la jeune fille releva la tête, ses yeux de jais brulaient d'une colère née de la frustration.
— Pourquoi ? grinça-t-elle. Parce que tu ne vaux pas la peine d'être sauvé ?
— Non, répondit-il sur le même ton, je ne vaux pas la peine que tu te sacrifies pour moi. C'est tout.
Mikasa en avait assez entendu, elle saisit le jeune homme par le col et plaqua son front contre le sien en l'incendiant d'un regard infernal. Amos resta parfaitement stoïque.
— J'en ai assez, l'informa-t-elle avec rage, assez de t'entendre te rabaisser et accorder si peu d'importance à ta vie.
Cette fois, Hannibal fronça les sourcils.
— Non mais écoutez qui parle, répliqua-t-il, celle qui est prête à jeter sa vie aux orties tous les jours pour Eren et Armin. Enfin… ça c'était avant qu'elle ne décide de les oublier ainsi que sa promesse pour se jeter imprudemment dans mon dos.
La gifle de Mikasa lui irradia la joue gauche, mais à ses yeux c'était une petite victoire. L'orientale l'invectiva avec force :
— Je t'interdis de te servir de…
C'est alors qu'un éclair de réalisation traversa son regard de jais, en l'espace d'une seconde l'expression sur son visage s'adoucit considérablement. Elle relâcha le col du jeune homme et fixa ses pupilles d'émeraude.
— Tu es en train de me dire des choses blessantes pour m'éloigner de toi, n'est-ce pas ?
Les yeux écarquillés de son interlocuteur furent une réponse éloquente, elle secoua la tête.
— Ça ne marchera pas Amos, dit-elle d'une voix calme, économise ta salive.
L'expression sur le visage du noble se décomposa comme un château de cartes, sentant son coeur se serrer, il évacua son surplus d'émotion dans un profond soupir las et baissa la tête.
Mikasa remarqua alors qu'un court filet de sang coulait le long du menton du grand blond, elle l'essuya machinalement avec son pouce.
Amos releva les yeux et croisa son regard, pendant un court instant, il sentit une douce chaleur envelopper son coeur. Mais elle fut presqu'aussitôt remplacée par une terreur sourde.
— Je veux juste t'aider, souffla la jeune fille.
— Ne meurs pas pour ça, répondit-il en ravalant sa peur, ne meurs pas… c'est tout ce que je te demande.
L'orientale observa ses yeux d'émeraude un petit moment, et finit par acquiescer.
— Et arrête de te mettre dans des états pas possible chaque fois que je parle de fiançailles, ajouta-t-il d'un ton légèrement joueur.
Mikasa se raidit sur place, loin d'être amusée.
— Si tu arrêtais de te laisser traiter comme un étalon je serai déjà plus calme, siffla-t-elle agacée.
Amos haussa alors un sourcil et esquissa un léger sourire.
— Alors c'est pour ça que tu m'as attaqué derrière le QG, comprit-il, tu croyais que je me laissais abattre et tu voulais me réveiller.
L'orientale détourna le regard et grimaça de colère. Elle voulait simplement qu'il se défende et qu'il prenne soin de lui, était-ce trop demandé ?
— Écoute, reprit le jeune homme, « fiançailles » ne veut pas dire « mariage », et « mariage » ne veut pas dire « grossesse ». Alors s'il te plait, tant que je n'ai pas engrossé qui que ce soit, ne me considère pas comme vaincu.
S'il avait espéré la calmer avec cette phrase, il comprit rapidement qu'il s'était royalement planté à la vue des éclairs qui jaillissaient de ses yeux de jais.
— Donc tu vas te plier aux souhaits de ton connard de grand-père sans rien dire ? gronda-t-elle outrée.
— Rectification, coupa le jeune homme en levant un doigt, je vais simplement ravaler ma fierté le temps qu'il faudra pour reprendre l'avantage sur lui. Une fois ceci fait, tu peux être certaine que je vais l'abattre.
Cette révélation calma légèrement la colère de la jeune fille, néanmoins celle-ci renâcla d'impuissance :
— Qu'il soit vivant ou pas tu le feras quand même, tu l'as dit toi-même. Tu dois épouser une demoiselle par pur enjeu politique.
— Parce que tu crois que je laisserai la première connasse venue être la mère de mes enfants ? trancha Amos avec dureté. Ça, c'est très mal me connaitre, Mikasa.
L'orientale écarquilla les yeux de surprise, le noble s'adoucit et ajouta :
— Fais-moi confiance, s'il te plait. Je n'ai pas l'intention de me laisser faire, mais je ne peux pas toujours agir ouvertement. Je te promets cependant ceci : je n'épouserai jamais une femme qui ne le mérite pas.
À ces mots, la métisse le regarda droit dans les yeux pour s'assurer de la véracité de ses propos, et sourit en sachant à quel point le jeune homme prenait ses promesses au sérieux. Elle laissa échapper un léger soupir de soulagement.
— Bien, murmura-t-elle en remontant son écharpe sur ses joues, tant mieux.
Amos sourit à son tour, satisfait de la voir rassurée. Il consulta rapidement sa montre et grimaça.
— Il faut qu'on y aille, les autres doivent se demander où on est passé.
Mikasa acquiesça et le suivit jusqu'à l'intérieur de la caserne où elle alla poursuivre ses préparations. Hannibal lui jeta un court regard dans son dos, incapable d'empêcher le regret de lui ronger le coeur.
— « J'aurais dû faire plus, » pesta-t-il contre lui-même, « je dois l'éloigner de moi… sinon… »
Il serra les dents, et repartit se préparer. La prédation jaillit alors dans ses yeux pour l'aider à se maitriser.
— « Elle lit en moi comme dans un livre ouvert dès que j'essaie de forcer. Ça ne va pas être facile, au moins je pense l'avoir calmé pour cette mission. Reste à la mener à bien avant de s'inquiéter de la suite des évènements. Mais il faut absolument que je trouve le moyen de l'écarter… »
Inconsciemment, il jeta un dernier regard vers la jeune fille, et reprit ses préparatifs.
— « Tout ce qu'elle fait, elle le fait par amour… c'est comme ça qu'elle a toujours agi… Bon Dieu… Pourquoi moi ? Pourquoi ? »
(-)(-)(-)
Il fallut cinq minutes de plus aux éclaireurs pour être prêts à chevaucher en direction du sud-ouest, Hanji était en train de transmettre ses dernières consignes aux jeunes recrues tandis que ceux-ci filaient vers les écuries.
— Une fois que nous aurons quitté Ehrmich, nous serons sur le territoire des Titans.
— Eren, tu penses pouvoir monter à cheval ? demanda Moblit.
— Oui, acquiesça Jaeger, j'ai retrouvé mes forces.
— Économise-les au maximum, préconisa Amos, ta forme de titan dépend beaucoup de ton endurance. Tu te souviens où va la rage ?
Le métamorphe esquissa un sourire et leva son poing, le noble tapa dedans avec le sien.
— Bien, en selle.
Mais au moment où ils s'apprêtaient à partir, ils repérèrent Nick qui venait d'entrer dans la cour avec Levi sur les talons. La terreur horrifiée qui se lisait sur le visage du pasteur n'inspiraient rien de bon à Hanji et Hannibal.
— Chef d'escouade, appela Moblit, nous sommes pressés par le temps.
— Donne-moi une seconde, répondit la scientifique en se dirigeant vers les nouveaux arrivants. Alors, vous avez vu la lumière ? Vous avez des informations supplémentaires à nous donner ?
Le pasteur resta silencieux, les traits du visage crispés, comme s'il avait été foudroyé par la peur. Finalement il releva la tête, et parcouru les éclaireurs du regard jusqu'à tomber sur Amos.
Le noble haussa un sourcil circonspect en voyant le ministre s'approcher de lui comme un automate, les autres soldats observèrent curieusement la scène.
— Je vous dirai tout ce que vous voulez savoir, lâcha-t-il à la surprise du grand blond, si vous me promettez que vous mettrez mes filles à l'abri.
Hannibal manqua de s'esclaffer en l'entendant, il secoua la tête avec dédain.
— Il faut donner avant de recevoir, pasteur, l'informa-t-il sobrement, telle est la dure loi de la négociation.
Nick serra les dents, il était tellement rongé par l'anxiété qu'il semblait qu'il allait faire une crise cardiaque à tout moment. Mais le noble resta parfaitement impassible.
C'est alors que l'homme d'église tomba à genoux à la surprise générale, et agrippa la veste de son interlocuteur.
Celui-ci grimaça de dégoût et s'apprêtait à le repousser lorsqu'il entendit le prêtre prononcer deux mots :
— La sorcière…
Amos se paralysa sur place, avant de grogner de colère et de rouler des yeux.
— La sorcière est morte, cracha-t-il alors que les éclaireurs n'en croyaient pas leurs oreilles, je l'ai regardé brûler.
— Non… bredouilla le cinquantenaire en secouant frénétiquement la tête, elle est vivante ! Je l'ai vu comme je vous vois, elle est revenue de l'Enfer !
À court de patience, le noble repoussa l'homme d'église d'un coup de poing dans l'oeil et tourna les talons.
— Ce type est dingue, informa-t-il sobrement en commençant à s'éloigner et en s'époussetant le col, débarrassez-vous de lui.
— VOUS AVEZ SES YEUX !
Un silence de cathédrale s'abattit sur la pièce après le hurlement de Nick, tous les regards se tournèrent vers Amos qui s'était raidit comme s'il avait été frappé par la foudre.
— Je n'étais pas sûr… continua le prêtre alors que du sang coulait de son arcade, je n'étais pas sûr que c'était bien elle avant de vous voir. Mais maintenant… maintenant je n'ai plus aucun doute… Vous avez les mêmes iris, vous et elle. Des pupilles vertes émeraude, mouchetées de petits losanges dorées. Je sais… Je sais qu'elle est votre mère…
Mikasa écarquilla les yeux d'horreur.
Hannibal fit volte-face avec la rapidité d'un serpent, faisant sursauter Armin au passage, et, sous les regards ébahis des éclaireurs, vint s'agenouiller devant le pasteur, et le saisit par la gorge avec la prédation au maximum.
— Cette salope n'est pas ma mère, siffla-t-il d'une voix gutturale tandis que l'homme d'église tentait vainement de respirer. Vous m'entendez ?
Levi saisit le poignet du noble et lui fit signe de relâcher sa prise, ce dernier obtempéra malgré sa colère.
— Dites-moi tout ce que vous savez, poursuivit le jeune homme, immédiatement.
— Je ne sais pas grand chose, avoua le ministre la tête basse. Peu après la bataille de Trost, elle a envoyé un message à chacun de ses anciens fidèles pour nous annoncer son retour. Je suis allé à la réunion pour vérifier de mes propres yeux que c'était bien elle. J'ai refusé de les croire quand je l'ai vu. Elle nous a dit qu'elle avait transcendé sa condition humaine, qu'elle était désormais une déesse, et que ceux qui lui avait fait du tord allait payer de leur vie. J'ai immédiatement avertit votre grand-père… Cependant, j'ignore ce qu'elle a prévu, mais je suis sûr de deux choses : votre soeur sait ce qu'elle prépare, et votre cousine doit absolument être mise à l'abri.
Amos passa un court moment à observer la figure du pasteur, avant de lâcher un râle guttural entre ses dents qui fit frissonner ses camarades de la 104ème.
— Je protégerai vos filles, concéda-t-il finalement avant de se tourner vers Hanji, mettez le en sureté le temps qu'on en finisse avec les titans. J'aurai d'autres question à lui poser.
La scientifique acquiesça tout en le fixant avec curiosité, et fit signe à deux de ses subordonnés d'emmener Nick.
Mikasa vint poser une main sur l'épaule du jeune homme, lui faisant instantanément ravaler sa prédation. Il lâcha un soupir aussi frustré qu'exténué.
— Tu vas bien ? demanda-t-elle inquiète.
— Non, avoua-t-il en serrant les dents, mais on a pas le temps de s'en préoccuper.
Hanji, Levi, Eren et Armin s'approchèrent de lui pour l'entourer, ce fut la scientifique qui prit la parole :
— Tu nous as dit que seulement trois personnes étaient encore de sang royal, laquelle est ta soeur et laquelle est ta cousine ?
Ce fut ce moment que Sasha choisit pour entrer dans la pièce en ouvrant la porte à la volée.
— Message important ! cria-t-elle en serrant fermement un morceau de papier. Je fais partie du 104e corps de cadets. Oh, et je m'appelle Sasha Braus.
Malheureusement pour la native de Dauper, personne ne la remarqua, ils étaient tous concentré sur le noble.
Amos claqua la langue avec agacement, mais finit par cracher le morceau :
— Ma cousine a rejoint le Bataillon sous un faux nom, elle se fait appeler Christa Lenz, elle était avec nous dans la 104ème.
Les autres cadets de la même promotion écarquillèrent les yeux en apprenant cela, Hanji et Levi froncèrent les sourcils.
— Je croyais qu'elle était une bâtarde de la famille Hannibal, lâcha Mikasa confuse.
Amos lui jeta un regard assassin qui lui fit réaliser qu'elle avait gaffé. L'orientale se figea sur place et baissa la tête pour s'excuser.
— On est deux fois cousins, expliqua le noble en contenant sa colère, ma tante, Margaret Hannibal, s'est amourachée de mon oncle Rod Reiss il y a quinze ans et a eu Christa avec lui. La honte d'avoir porté une bâtarde lui a valu sa place de fausse Reine.
Sasha s'approcha d'Hanji avec précaution afin d'essayer de lui transmettre son message.
— Désolée, ce message est pour la chef d'escouade…
Mais malgré ses efforts, elle était toujours ignorée.
— Mais, si elle fait partie du 104ème corps de cadets, elle est en première ligne, réalisa Hanji.
— Elle quoi ?! s'écria Amos qui n'en savait rien jusque là, avant de se mettre à bouillir de colère.
— Calme-toi, Hannibal, ordonna Levi d'un voix froide, et parle-nous de ta soeur.
Le grand blond dut faire des efforts surhumains pour obéir à son supérieur, les évènements s'enchaînaient beaucoup trop vite, et avec Mikasa à ses côtés, il avait du mal à user correctement de la prédation pour se concentrer.
Il y parvint néanmoins, et répondit en grinçant des dents :
— Ma demi-soeur, se nomme Eva Reiss, c'est une folle totalement dévouée au culte de sa mère. Elle est internée à l'asile de Yarckell depuis cinq ans. Grand-père m'a empêché de la tuer malgré le fait que j'ai insisté plusieurs fois. Aujourd'hui, je pense qu'il a fait cela car il aura besoin d'un utérus de Reiss, pour le cas où Christa et moi venions à quitter ce monde prématurément.
Tout le monde frémit en l'entendant, Eren, Levi et Mikasa grimacèrent de dégout.
— Sasha ? reprit le noble en se tournant vers la concernée à la surprise générale. Quel est ton message ?
— Sasha ? répéta Jaeger en faisant volte-face pour se retrouver nez à nez avec la patate. Qu'est-ce que tu fais là ?
Réalisant que c'était son moment, la jeune fille se précipita face à Hanji et lui tendit son bout de papier en effectuant une révérence très exagérée aux yeux de tous.
— J'ai été envoyé pour transmettre un message au commandant Erwin, qui m'a alors confié le soin de vous le remettre, Chef d'escouade !
— Oh, fit Hanji un peu surprise par sa révérence, euh… d'accord, alors. Excellent travail.
Sur ces mots, elle s'empara du parchemin et plaça une pomme de terre cuite à la vapeur dans les mains de Sasha, dont le visage s'illumina d'une joie pure. Elle en prit une grosse bouchée, ravie de goûter à nouveau à de la vraie nourriture.
— Bon, s'exclama Hanji pendant que les cadets commençaient à attacher leur équipement TDM, priorité numéro un : Christa Lenz. À quoi ressemble-t-elle ?
— C'est la plus petite fille de notre classe, expliqua Eren alors que Mikasa s'assurait que son équipement était correctement attaché.
— Elle a des cheveux blonds et des yeux bleus , décrivit Armin. Et elle est… euh… elle est très mignonne.
Cette remarque lui valut une taloche derrière la tête de la part d'Amos.
— C'était une information utile ça ? grogna-t-il visiblement de très mauvaise humeur.
Le petit blond rougit, mais ne fit aucun commentaire.
Hannibal se tourna vers ses supérieurs, et ajouta :
— Elle sort avec une grande fille aux cheveux marrons et au visage couvert de tâches de rousseurs qui s'appelle Ymir, ces deux-là sont inséparables.
Hanji haleta face à cette révélation, tandis que Levi écarquilla légèrement les yeux.
— Ymir… répéta la scientifique sous le regard analyseur du noble.
Amos réagit au quart de tour.
— Quoi encore ?
— C'est rien… répondit-elle trop rapidement pour que le noble la croit, je vous expliquerai une autre fois.
— « C'est ça, » gronda le grand blond consterné, « vous exigez toutes mes informations malgré le fait que le temps presse, et vous gardez les vôtres. Ça, je m'en souviendrai. »
Amos vérifia son équipement une dernière fois avant que Levi ne vienne poser une main sur son épaule.
— Écoute Hannibal, grinça-t-il de sa voix morne, j'imagine à peine la tempête qui est en train de te balayer la tête. Mais pour l'instant, je veux que tu te concentres sur ta mission. N'oublie pas que tant que je serai blessé, ces trois-là sont sous tes ordres. Ton objectif principal sera de tous les ramener en un seul morceau, mais n'oublie pas de revenir toi aussi.
Cet appel du devoir ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd, le noble passa en revu les visages de ses camarades, et fut touché de constater à quel point ceux-ci avaient confiance en lui. Admettant la véracité des propos de son capitaine, il ferma les yeux, ravala toutes ses émotions, et laissa sa prédation faire le travail.
Satisfait, le petit homme se tourna vers ses autres subordonnés.
— Écoutez-moi bien vous autres, nos chemins se séparent ici. À partir de maintenant vous faites cavaliers seuls. Erwin a monté votre équipe au pied levé, mais on ne peut pas faire autrement, on compte sur vous tous. Armin ? Continue de faire travailler tes méninges avec Amos et Hanji, si les choses dégénèrent ce sera à vous de trouver une solution.
— Oui, capitaine, acquiesça le petit blond.
— Mikasa ? Je ne sais pas pourquoi tu es si attachée à Eren, mais toutes tes capacités doivent être employées à sa protection.
— Compris, répondit automatiquement la jeune fille, cela va de soi.
— Et quant à toi, Eren.
Le métamorphe déglutit, avant de rassembler son courage.
— Très franchement, la confiance qu'Hannibal place en toi me dépasse. Peut-être voit-il quelque chose que je suis incapable de voir, si tel est le cas, fais en sorte d'être digne de cette confiance.
Ne perds pas le contrôle, comporte toi avec pragmatisme, comme tu l'as fais dans la forêt.
— Compris ! répondit Jaeger soulagé d'entendre qu'il y avait au moins une personne ici qui avait confiance en lui.
En moins de temps qu'il en fallut pour le dire, les éclaireurs étaient à cheval en direction du sud-ouest, droit vers l'ancienne forteresse du Château Utgard. Où, à leur insu, une bataille des plus endiablé faisait rage.
Mais alors qu'ils galopaient à pleine vitesse, Amos ne put contenir un frisson d'horreur parcourir son échine alors qu'il se remémorait les paroles du pasteur. En moins de temps qu'il ne fallut pour le penser, il était de retour dans sa bibliothèque mentale, où il s'empressa de consulter un souvenir bien particulier. Le souvenir où il avait vu sa génitrice brûler sur son bûcher tandis qu'elle promettait de revenir un jour reprendre ce qui lui appartenait de droit.
Amos serra les rênes de sa monture si fort que sa peau blanchie, la terreur sourde qui lui nouait l'estomac manqua de lui faire perdre le contrôle de la prédation. Il secoua la tête.
— « Elle ne peut pas être en vie ! » rugit-il dans sa tête. « Elle ne peut pas avoir survécu ! »
Il lâcha un râle de bestial, avant de finalement réussir à se maitriser.
— « Elle est morte, par contre, sa salope de fille et moi on va avoir une très longue conversation. »
Hannibal passa la main sur son visage et prit une immense inspiration pour ralentir les battements de son coeur.
— « Quelle foutue journée… » gronda-t-il exaspéré, « tout s'enchaîne trop vite. J'ai à peine eu le temps de me débarrasser d'Annie que je suis attaqué de tous les côtés. Les prochaines semaines s'annoncent très compliquées… »
Considérant qu'il s'était assez plaint de sa situation, il se colla une paire de claques, et se reconcentra sur sa mission.
— « Chaque chose en son temps, d'abord récupérer Historia et Ymir, ensuite massacrer les titans, puis capturer Reiner et Bertholdt. Et après je m'occuperai des affaires de l'Intérieur… une bonne fois pour toutes. »
(-)(-)(-)
La nouvelle cellule dans laquelle Annie avait été enfermée était légèrement plus accueillante que la précédente. En effet, contrairement à la première, celle-ci n'empestait pas la pisse et ne grouillait pas de rats. Mais elle était toujours sous-terre et était encore plus étroite.
Les quatre éclaireurs assignés à sa surveillance l'avaient transporté peu de temps après que l'alerte fut donnée sur une propriété au coeur du bidonville de Stohess. Qui heureusement pour tout le monde, contenait assez de vivre et d'équipement pour tenir quelques semaines. Les éclaireurs avaient enfermé leur prisonnière dans la cellule contenue au fond de la cave, et se relayaient toutes les six heures pour la surveiller. Cependant, l'un comme les autres se permettaient de l'invectiver sur la centaine de leurs camarades qu'elle avait tué pendant l'expédition.
Leonhart ignora royalement leur haine, et répliqua en leur lançant des regards moqueurs chaque fois qu'ils étaient obligés de la nourrir.
Lors de ce premier soir, c'était Ulrich, un éclaireur de vingt-deux ans à la stature modeste, qui était chargé de lui faire manger son diner, et comme elle s'y attendait, il était aussi courtois que son prédécesseur du déjeuner.
— T'es vraiment une sale garce, cracha-t-il en lui enfonçant une cuillère de mauvaise soupe dans la bouche.
— J'avais pigé la première fois, répliqua-t-elle de sa voix froide en avalant le liquide infect.
Ulrich se figea de colère, mais continua néanmoins de la nourrir. Après tout, il était un soldat au service de l'Humanité et il avait reçu l'ordre de garder sa prisonnière indemne, nourrie et en vie. Et ce, malgré la haine qu'il ressentait à son égard.
Une fois Leonhart nourrie, il ramassa le plateau et commença à remonter les escaliers de la cave, afin de laisser la surveillance de la traitresse démembrée à l'un de ses camarades. Mais au dernier moment… il se ravisa, s'empara de l'écuelle en cuivre et rouvrit la porte de la cellule pour fracasser le crâne de la blonde avec.
Cette dernière encaissa sans broncher ou émettre la moindre plainte, elle se contenta de serrer les dents et d'attendre que le mauvais moment ne passe.
— Ça c'est pour Gunther, espèce de pétasse.
— J'ai pas la moindre idée de qui est Gunther, répliqua-t-elle avec tout son mordant.
Ulrich écarquilla les yeux d'une furie pure, il leva de nouveau l'écuelle, mais se retint au dernier moment. Choisissant d'écouter la voix de ses supérieurs plutôt que celle de sa haine. Il renâcla avec mépris, referma la cellule et remonta finalement les escaliers avec son plateau.
De son côté, Annie secoua la tête pour dissiper son mal de tête, et prit un temps pour observer ses nouveaux quartiers. Elle devait reconnaître qu'elle était aussi impressionnée qu'inquiétée par les ressources dont disposait Amos. Cette maison, bien que pittoresque et hideuse en extérieure, possédait des murs renforcés, un authentique arsenal caché, et une cage en acier trempée. Les traces de sang sur le sol indiquèrent à la guerrière qu'elle n'était pas la première occupante de cette cellule, et qu'elle n'allait certainement pas être la dernière.
C'est alors qu'un coup de feu retentit, faisant sursauter la petite blonde qui vit Ulrich dévaler les escaliers de la cave avant de s'étaler sur le dos. Son visage à jamais figé dans la confusion était désormais orné d'un trou parfaitement placé entre les deux yeux.
Leonhart écarquilla les siens, et releva la tête en entendant quelqu'un descendre les marches. Son visiteur était un homme brun d'une quarantaine d'années, vêtus d'un uniforme militaire noire ornée d'un blason représentant une tête de femme portant une couronne de saphirs sur champ rouge. Annie reconnaitrait ce blason entre mille, elle l'avait souvent étudié dans son enfance : c'était le symbole des Fritz, l'emblème de la famille royale.
Le nouveau venu examina attentivement l'adolescente démembrée, puis il releva la tête en direction de l'entrée de la cave.
— Votre Majesté, elle est ici !
Le coeur d'Annie sembla s'arrêter de battre, elle écarquilla les yeux alors qu'elle avait cessé de respirer.
— « Votre Majesté ? Non… »
C'est alors qu'elle entendit une nouvelle personne descendre les marches qui conduisaient à sa cellule, lentement, l'une après l'autre, chacun de ses pas résonnant aux oreilles de la petite blonde comme le tambour qui l'accompagnait au gibet. La première chose qu'elle aperçut fut une paire de talons d'où dépassaient deux orteils vernis. Puis vint la somptueuse robe de satin, noire d'ébène au décolleté profond, où un splendide pendentif en saphir reposait sur le creux d'une poitrine voluptueuse.
La femme qui se tenait face à Annie était grande, même sans ses talons, elle faisait au moins un mètre quatre-vingt. Elle arborait une longue chevelure blonde dorée qui descendait en cascade sur son dos.
Mais surtout, elle dégageait une aura maléfique, accentuée par un sourire dément à la dentition presque parfaite et un regard vert émeraude affamé. Annie écarquilla les yeux d'horreur en découvrant entièrement sa visiteuse, la ressemblance physique que celle-ci partageait avec un certain noble ne lui avait pas échappé.
La grande blonde attendit que son subordonné lui ouvre la porte de la cellule, avant d'y entrer, de s'accroupir près de la guerrière démembrée, et de promener son doigt à l'ongle aiguisé sur le visage terrifié de cette dernière.
— Bonsoir, guerrière de Mahr, sourit-elle d'une voix envoutante. Si tu savais comme je suis heureuse de faire ta connaissance…
Sous le regard tétanisé de Leonhart, la grande femme se lécha les babines avec gourmandise.
— Tu es trèèès appétissante, dis-moi.
